CHAPITRE XVI
Départ du cardinal Altemps. — Le pape pense à augmenter le nombre des légats, mais bientôt après il change d'avis. — Nouvelles difficultés sur la manière de former le septième canon, qui regarde l'institution des évêques.
1. Les longueurs occasionnées au concile par ces différends toujours nouveaux et presque interminables, furent cause que le cardinal Altemps demanda et obtint du pape la permission de quitter Trente pour aller voir son Eglise de Constance, et revenir ensuite au concile ; il partit donc sur la fin
(l) Ce poèie dont parle Pallavicini , c'est Caro, Irès-ancien Siuis (ioulc, auiciir do !;« fameuse chanson qui cotinneiice par ce vers : Veuile aW ombra de gran gigliW oro : Venez à l'ombre des grands lys dorés. '
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d'octobre, mnis comme les congés obtenus 2. Ccpend.iiii les légnls conlinuaionl d'a-
pour quelques jours deviennent souvent per- voir sur eux tout io poids do ces grandes
péluels, il fut par la suite déchargé de son affaires, et comme ils étaient bien aises de le
emploi. On avait vu par l'expérience que ni porter seuls, ils ne s'épargnaient ni les fa-
sa patrie, ni sa noblesse, ne pouvaient réaliser tigues du corps, ni l'application, pour les
l'espérance qu'on avait conçue d'attirer au concile beaucoup d'Allemands ; d'ailleurs son âge peu avancé ne lui avait encore donné ni la science, ni la prudence, ni celte maturité requise pour les grandes afl'aires. D'un autre côté, le pape était presque résolu d'envoyer au concile, pour nouveaux légats, deux de ceux sur qui il avait jeté les yeux quelques mois auparavant : c'étaient les cardinaux de la Bordisière et Navagcro. Il pensait que l'un et l'autre étant dans le consistoire inférieurs pour le rang au cardinal de Manloue,
amener à bon terme. Dans la dernière congrégation générale, tenue le 20 octobre, vu la diversité des sentiments sur la principale controverse, et tant de changements qu'on voulait faire aux autres décrets, les légats jugèrent à propos d'adjoindre aux premiers rédacteurs quatre autres prélats, pour que tous ensemble trouvassent un arrangement qui fût au gré de tout le monde. Les adjoints furent trois évêques, religieux de Saint-Dominique, Naclantus , Marin et Foscarari, et avec eux Gastaneo. On ne saurait croire avec
le laisseraient en possession de sa dignité de quelle diligence et quelle attention travail
premier légat, sans lui causer aucun chagrin ni diminuer sa réputation ; c'était d'ailleurs les hommes qu'il lui fallait dans les circonstances présentes; car, outre les motifs qu'il avait eus précédemment pour choisir ces deux sujets, il était persuadé que le cardinal de la Bordisière, comme Français, aurait beaucoup d'influence sur les prélats de cette nation, et servirait avec eux de contre-poids à l'autorité du cardinal de Lorraine, au cas que celui-ci voulût s'en prévaloir ambitieusement. Le cardinal de Manloue, informé de cette résolution, s'en expliqua avec Visconti, par l'entremise de l'archevêque d'Olrante; il lui fit savoir qu'il prendrait toujours en bonne part les délibérations de Sa Sainteté, mais que de celle-ci en particulier, à son jugement,
lèrent les rédacteurs pour imaginer et comparer l'une avec l'autre une infinité de formes, de tournures et de termes propres à exprimer le septième canon ; il s'agissait d'en trouver qui déclarassent pleinement ce qui était de foi sur cet article, sans toutefois donner prise aux esprits les plus passionnés de faire des interprétations, ou contraires, ou du moins éloignées de l'enseignement de la foi. A la fin, on en composa une nouvelle déclaration, que les légats proposèrent aux Espagnols le soir du 28, pour la présenter sans obstacle à la congrégation du lendemain, mais elle ne fut pas acceptée : aussi les légats, indignés contre ces prélats endurcis, et n'espérant plus de les mettre d'accord, résolurent entre eux de présenter le canon ainsi rédigé aux
il n'y avait pas grand fruit à attendre, vu que suffrages des Pères, et de s'en tenir à ce que le cardinal de la Bordisière, auprès des Fran- la pluralité aurait résolu. Cependant la fraîçais, ne pouvait balancer l'influence de celui cheur de la nuit (à la fin d'octobre, dans le
de Lorraine, prince du plus haut rang, émirtent en doctrine, envoyé par le roi comme chef des évêques de France. D'un autre côlé, le cardinal de Lorraine, indigné d'avoir un rival, et un rival aussi inférieur, aurait voulu peut-être montrer par les faits la prépondérance de son autorité et de son crédit. Navagero, qui n'était ni théologien, ni canoniste, n'était guère capable de diriger les opérations d'un concile. 11 ne parlait pas du bon sens et des autres qualités qui le rendaient estimable. Le pape les connaissait toutes; et ces qualités étaient d'autant plus apprécial)les, que la vigueur de l'esprit était en lui secondée par l'activité de la main. Le cardinal Simonetla témoigna à Visconti les mêmes senliments relativement aux intentions du pape. Quant aux anciens légats, ils ne pouvaient consentir qu'avec peine à recevoir ces nouveaux collègues, quoiqu'ils ne dussent pas être au-dessus d'eux. Celle augmentation de légats signifierait, ou que les anciens ne suffisaient pas, ou qu'ils n'avaient plus la (onfiance du pape; et il devait s'en suivre naturellement que ceux qui, par une longue expérience, avaient déjà le champ libre pour la direction des affaires, ne mettraient plus le même intérêt aux opérations du concile, de peur que le succès n'en fût attribué à l'opération et au secours de leurs nouveaux col-
lÔglU'S,
pays de Trente) ayant modéré l'ardeur des légats, dans la matinée du 29 ils s'unirent de nouveau aux prélats qui avaient leur confiance, pour trouver quelque voie de concilialion; ils y appliquaient toutes leurs pensées, lorsqu'un groupe de prélats espagnols vinrent demander audience. Guerrero et Ajala parlèrent au nom de tous avec beaucoup de chaleur; ils demandaient qu'on leur fit justice, en promulguant le canon tel qu'il avait été dressé du temps de Jules III, et qu'on traitât du sacrement de l'ordre et de la hiérarchie sans dissimuler les prérogatives que Jésus- Christ avait voulu accorder à l'épiscopat, qui est l'ordre le plus élevé et le grade principal de la hiérarchie. Si leur demande n'était pas écoutée, ils étaient décidés à s'en plaindre au roi catholique et aux autres princes, et à ne plus venir auxcongrégalions. Guerrero ajouta que c'était pour eux une injure très-sensible d'être notés de peu de fidélité et d'affection au siège apostolique. Sur cet article, dit-il, nous ne le cédons à personne; et en preuve do notre fidélité, nous consentons que l'on mette dans le canon que les évêques sont de droit divin soumis au pape, et tenus de lui obéir. Les présidents, qui les voyaient échauffés de la sorte, ne voulurent pas s'engager avec eux dans une longue dispute, parce que, à des gens ainsi disposés, apporter les raisons les plus convaincantes, c'est comme si on don-
HISTOIRE DU CONCILE DE TliENTE.
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nail à manger au malade dans l'accès de la fièvre; celle nourriture, donnée à conlrelemps, sans rétablir la chaleur naturelle, augmente l'inflammation de la fièvre. En conséquence, le cardinal de Manloue leur fit, avec beaucoup de politesse et de modeUie, une réponse générale; il les assura que lui et ses collègues feraient à cet égard tout ce que portait le devoir de leur charge; ils l'avaient ainsi fait par le passé, et les opérations précédentes du concile en étaient la preuve. Les autres légats dirent aussi tout ce qui pouvait les porter à la paix, et les exhortèrent à se
rite du souverain pontife, sur laquelle il ne devait y avoir ni dispute, ni incertitude. A celle demande, qui élail le premier objet de leur visite, ils en ajoutèrent une autre, en suppliant les légals de ne point perdre le temps pour écouter les instances de qui que ce fût, mais de hâter les congrégations, puisqu'il ét.iil absolument nécessaire de terminer le concile, soit pour délivrer les Pères des inconimodilés du séjour de Trente, qui devenaient tous les jours plus insupport;ib!es ; soit pour le bien de l'Eglise universelle, qui allendait la promulgation des décrets, soit
conformer auxopinionscornmunémentadop- pour le besoin des Eglises particulières, qui
tées par le concile, parce que sans cette paix et celte conformité un bon prélat ne pouvait bien servir l'Eglise, comme sans l'une et sans l'autre un bon citoyen ne pouvait pratiquer les règles de la vertu et de la saine politique.