Après ces exhortations ils furent con
attendaient le retour de leurs évêques.
5. Celle dernière demande surprit un peu les légats, qui ne croyaient pas avoir opéré avec négligence, pour qu'on eût besoin de les exciter. Le cardinal de Manloue répondit au nom de lous. Sur la première partie, il dit que les légats n'avaient que des remercîments
gédiés ; mais celte espèce de protestation à leur faire pour une demande qui était une
qu'ils venaient de faire donna beaucoup à penser aux légats : car bien que ces représentations ne fussent pas faites au nom de toute la nation , et les légats savaient bien que plusieurs parmi les Espagnols ne pensaient pas comme ceux-ci, il en était pourtant venu un bon nombre, et même des principaux. Ce qui faisait craindre que si les Français arrii aient, ils ne s'unissent à celte compagnie d'Espagnols dissidents : car il s'agissait d'un article qui intéressait tout l'ordre épiscopal, et pour cette même raison il était possible que des évêques italiens vinssent grossir leur nombre. Si les évêques espagnols s'absentaient des congrégations, comme ils en avaient fait la menace, les ambassadeurs de leur prince auraient bien pu s'en retirer aussi. Les impériaux surtout auraient suivi cet exemple, s'il arrivait que le comte de Lune vînt au concile en qualité d'ambassadeur pour le roi Philippe, comme le bruit en avait couru. Ce comte ayant été précédemment ambassadeur du roi d'Espagne à la cour de l'empereur et du roi de Bohème, le long séjour qu'il y avait l'ail l'avait uni de senliment et d'affection avec cesdeux princes. Il était visible qu'il favoriserait ce parti espagnol, qui, outre la supériorilé du nombre, était parfaitement d'accord avec les Allemands; et ceux-ci, soutenus par de si puissants alliés, auraient plus hardiment excité le tumulle. De tout cela il pouvait résulter une discorde qui aurait produit la dissolution du concile, et dont le monde, scandalisé, n'aurait pu savoir à qui il fallait en attribuer la faute
4. Les légals avaient passé la nuit dans ces perplexités et ces doutes, lorsqu'ils virent arriver dans la matinée une quarantaine de prélats italiens, qui avaient à leur tête les trois patriarches et quelques archevêques : ils venaient pour faire instance à ce que l'on ne changeât rien au septième canon déjà proposé. Les Espagnols l'avaient prétendu.
preuve de leur zèle et de leur piété : que c'était bien l'intention des légals qu'aucun changement ne se fit que pour des raisons indispensables, et après y avoir bien réfléchi. Sur la seconde, il dit que les légals connaissaient bien la nécessité d'accélérer les opérations du concile; mais que les difficullés du septième canon, qui n'étaient ignorées de peis(mnc, avaient lait relarder d'un jour ou deux les congrégations. Au reste, ces jours de relard tendaient à accélérer ces opéralious, puisqu'on les avait employés à chercher une forme de décret qui fût approuvée de tous. On voulait éviter une discorde qui obligerait pour le moins à renvoyer la session, et peut-être ferait perdre tout le fruit que Sa Saint<'té avait espéré de recueillir eu assemblant le concile ; et le monde chrétien y avait aussi fondé ses espérances.
6. Après cette requête des Italiens, qui exprimait indirectement un reproche très-applicable aux Espagnols, les légats, pour le moment, ne voulurent pas suivre leur première pensée de communiquer à ceux-ci la nouvelle forme du canon ; afin qu'assurés de leur consenlemenl, ils pussent la proposera tous dans la congrégation. Ils aimaient mieux s'exposer à ce que le canon fût refusé par la congrégation entière ( le refus serait venu d'un tribunal légilime), que de se soumettre à la censure de quelques prélats qui n'avaient [las plus d'autorité, mais plus de hardiesse que les auires. Il aurait été même déraisonnable que les légats allassent s'humilier devant ceux qui ne voulaient pas se soumellre à leurs supérieurs légitimes ; mais comme la chaleur d'un premier mouvemeîii, qui soulève bien haut des résolutions momentanées, ne (arde pas à se tempérer dans les tôles attiédies par l'âge et coiiduites par l'expérience, le désir de la paix fil bientôl revenir les légats à leur premier dessein de traiter et do persuader. La gloire d'avoir bien cor.ibatlu est une gloire vaiiie et populaire:
mais il ne convenait pas, disaient-ils, que le elle n'est pas digne de ceux qui, par état, sont petit nombre l'emportât sur la majorité, sur- chargés de inetlre la paix. La victoire la plus tout dans un article où il s'agissait de l'auto- honorable, c'est celle qui procure plus d'à-
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\antages à la république; c'est celle qui fait n'avait pu assister aux dernières congrégaréussir une entreprise à la satisfaction ào tions, n'eut pas plutôt vu la formule du catout le monde, et qui en rend par là les effets non qu'il la rejeta comme équivoque et sus-
plus durables et plus constants. Les légats se souvinrent donc que l'archevêque de Lanciano et l'évèque de Modène leur avaient préservé, de la part des Espagnols, une formule de canon, obscure à la vérité, mais que les Espagnols, de vive voix , interprétaient dans un sens légitime. S'étant donc consultés entre eux et avec l'auditeur Paleollo j ils résolurent d'adopter cette même formule dont les termes exprimeraient le sens que lui donnaient les Espagnols. Cela fait, Caslaneo et le fère Lainez furent chargés de disposer les laliens à l'accepter; et, d'après leur consentement, on la proposerait aux Esp.ignols. Lo texte de cette formule est rapporté de diffé
ceptibîe de ces mauvaises interprétations que l'on veut surtout éviter dans les dénnilions théologiques ; il la trouva toute différente de celle (|u'on avait envoyée au pape. Le pape même, tout récemment, avait recommandé aux légats d'exclure de leurdéûnition tous les termes ambigus et vagues. La matière, par sa difficulté, ne se prêtait que trop à (le (aiisses explications et à des conséquences tiès-dangereuses. Il fallut travailler à une formule plus sûre, et dresser sur un nouveau plan la doctrine et les canons. Le septième fut conçu en ces termes : Excommunia cation contre quiconque dira : que ce n'est pai^ par rinslilution de Jésns-Christ qu'il y a des
rentes manières par différents auteurs, pour cvéques dans r Eglise catholique, et que ceux
cette raison que, chacune des paroles étant pesée et comme passée à l'alambic, on changeait tantôt l'une et tantôt l'autre. Nous allons donc les rapporter comme nous les trouvons dans les Actes de Paleotto, qui souvent les a fournies lui-ménie. Ceux qui les changeaient ne le faisaietit pas sans prendre son avis ; après quoi il les consignait dans ses Actes. La formule portait : Excommunication contre ceux qui oseraient dire que la puissance quont les évéqnes d'ordonner, de confirmer et d'enseigner . n'était pas de droit divin, ou bien que la puissance de juridiction que les évéques exercent n'a pas été donnée par Jésus-Christ dans le pontife romain , son vicaire, d'où elle dérive ensuite aux évéques,
ci, lorsqu'ils sont appelés par le pontife romain, son vicaire en terre, à une partie de la sollicitude pastorale, ne sont pas de vrais et légitimes évéques, supérieurs aux prêtres, et qu'ils n'ont pas la même dignité et la même puissance qu'ils ont eue jusqu'à présent. La nouvelle formule étant proposée, on alla tout do suite aux voix , qui furent données et recueillies très -soigneusement; ce qui occasionna quelques longueurs. L'archevêque de Grenade soutint toujours que les évéques n'étaient pas appelés par le pape à une partie de la sollicitude, et qu'ils étaient les vicaires de Jésus-Christ, et non pas ceux du pape. Les légats, qui ne voulaient pas laisser de pareilles assertions sans réponse, dans les con-
torsqu'ils sont appelés à une partie delà solii- grégations suivantes, chargèrent les princicitude pastorale; ou bien que les évéques ne sont pas supérieurs aux prêtres. Le canon exprimé en ces termes déplut aux Italiens, dont plusieurs se plaignirent que l'on y avait trop cherché à contenter les Espagnols ; d'autres trouvaient que la première partie était trop étendue, et la seconde, sur la puissance (les évéques, trop resserrée. Quelques-U!is même auraient voulu entamer la dispute, pour se faire, auprès du saint-siége, un mérite du zèle qu'ils auraient mis, et des écritures qu'ils auraient composées pour sa défense ; mais les plus prudents et les plus animés du véritable zèle comprirent que le plus grand service que l'on puisse rendre à celui (]ui est depuis longtemps en possession de ses bii'iis ou de ses privilèges , c'est de lui épargner les procès : ce qui fit que les deux patriarches de Jérusalem et de Venise rendirent celte réponse au nom des évéques italiens : <iue, dans la vue d'apaiser les Espagnols, ils .îcceplaient la forme du canon , si les autres Tacceptaient de même; que tout ce qu'ils auraient souhaité à cet égard , c'était qu'on en rendît les termes plus clairs et plus décisifs ; niais les Espagnols , que Soto essayait de réduire, ne voulurent jamais passer la formule; surtout , l'archevêque de Grenade voulait qu'on retranchât ces mots : Lorsqu'ils sont appelés à une partie de la sollicitude pastorale, et soutenait qu'il n'était pas certain que les évéques fussent institués par le pape. 7. Le cardinal Seripandi, qui, étant malade.
paux prélats, qui, selon le rang , devaient parler après Guerrero, de le réfuter. Ce fut Marin, archevêque de Lanciano , et Marc- Antoine Colonne, archevêque de ïarente, et par la suite grand cardinal, qui s'acquittèrent de ce devoir avec autant d'efficacité que de nmdestie.
8. Dans le commencement de la dispute, les Espagnols n'avaient dans leur parti qu'un petit nombre de prélats des autres nations, pour demander le décret sur l'institution des évéques ; mais, dans la suite, il y en eut plusieurs. Le plus fort argument qu'ils employaient était que cette déclaration, sous Jules 113, n'avait pas été seuletnent dressée par les prélats choisis pour la rédiger, mais, de plus, qu'elle avait été confirmée par les Pères du concile, et qu'il ne lui manquait que d'avoir été publiée dans la session. C'était une sorte d'injustice do vouloir ôter à présent aux évê(iues ce qui leur avait clé alors accordé unanimement; il arriva donc ce qui arrive souvent dans les assemblées où les conseillers sont plutôt déterminés par les raisons extérieures, claires et manifestes, que par les intérieures qui sont presque toujours controversées. Cette autorité des Pè:es assemblés au temps de Jules entraîna dans cette sentence un grand nombre dé Pères. Les légats sentaient combien cette opinion serait nuisible, si elle devenait universelle; et lo besoin rend industrieux. Ils s'appliquèrent donc à chercher des preuves plus certaines
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m^TOlRR DU CONCILE DE TRENTE.
de ce qui jusqu'alors, par négligence, avait été supposé vrai. Souvent, dans les écoles de philosophie, après qu'on amis beaucoup de lemps à résoudre des arguments fondés sur une expérience que l'adversaire dit avoir faite, si l'on en vient aux preuves, on découvre la fausseté de la narration alléguée.
sujet entre l'évéque de Ségovie et le cardinal de Mantoue plusieurs contestations qui occupèrent toute la séance. Chacun des deux voulait avoir raison ; et il la trouvait dans la signification ambiguë des termes par lesquels on avait exprimé le canon. On y disait : Le saint concile enseigne encore qu'il ne faut
L'évéque de Telese, qui avait été secrétaire pas écouter ceux qui disent que l'institution
du concile au temps de Jules III, en feuille- des évêques n'est pas de droit divin; car il est
tant les Actes du concile, trouva que non- constant et manifeste, parle texte de l'Evan-
seulement le canon n'avait pas été approuvé gile,que Notre-Scigneur a appelé lui-même ses
par les Pères, mais qu'il n'avait pns même été apôtres, et les a promus au grade de l'aposto-
examiné. Cette découverte réjouit beaucoup lat, et lesévéquesleur ont été subrogés. Ilnedoit
les légats ; et le cardinal de Mantoue, dans la pas non plus nous venir en pensée qu'un grade
congrégation du 5 novembre , exposa la vé- si éminent et si nécessaire se soit introduit
rite du fait. L'archevêque de Crenade, la première fois qu'il fit sa demande dans la congrégation du 20 octobre, s'était autorisé de colle prétendue confirmalion faite sous Jules III, et avait apporté en preuve le témoignage d'Ajala , évêque de Ségovie, de frère Octave Précone, observantin, alors archevêque de Palerme, après l'avoir été de Monopolis, qui avaient été présents, ainsi que lui, à ce concile. Cependant ni l'un ni l'autre,
dansT Eglise par l'institution des hommes ; ce serait calomnier et avilir en même temps la providence divine, qui aurait failli dans les choses les plus nobles. Après cette exposition, Soave continue : On désigna ensuite huit canons, dont le huitième disait : Quiconque dira que les évêques ne sont pas établis par le droit divin, ou qu'ils ne sont pas supérieurs aux prêtres, ou qu'ils n'ont pas le pouvoir de faire les ordinations , ou que ce pouvoir leur est com-
quand ce fut à eux à parler, ne dirent un seul mun avec les prêtres, qu'il soit anathème. Et
Miot sur cette affaire ; seulement Ajala , dans ses entretiens particuliers avec les présidents, en présence de plusieurs Espagnols, avait assuré le fait; et, dans la congrégation du lendemain, après avoir entendu le rapport du
il ajoute : Celui qui est préoccupé d'une opinion la trouve dans tout ce qu'il lit; il n'est donc pas surprenant que ces deux prélats aient trouvé chacun la leur dans les mêmes paroles. Les évêques dévoués au pape les expli-
premier président, quand son tour de parler quaient de la puissance de l'ordre seulement;
fut venu, il assura de nouveau ce qu'il avait avancé, et dit que le canon avait été vérilablementexaminépar les Pères, sous Jules III ; et, pour appuyer ce qu'il disait, il produisit son suffrage écrit de sa main, avec la date du jour où l'on avait tenu la congrégation. Le cardinal de Mantoue parut consterné de ce témoignage qui l'accusait de mensonge; mais, comme il savait qu'il est de l'honneur des grands de différer une contestation jusqu'au moment oii le combat sera infailliblement suivi de la victoire, il dissimula l'injure jusqu'au lendemain, et pria l'évéque de Telese d'apporter avec lui à la congrégation loriginal du registre. L'évéque comtnença par protester qu'il était homme d'honneur, et que deux papes l'avaient pour cela destiné à l'emploi honorable de secrétaire du saint concile de Trente. Il assura aux Pères que, sur les actes du concile, sous Jules lîl, il n'y avait pas d'autres écritures que celles qu'il tenait en sa main, et, par la lecture qu'il en fil, il mit dans tout son jour la vérité du rapport qu'avait fait le cardinal de Mantoue; il fit plus encore lorsqu'il ajouta, qu'au jour où l'évoque de Ségovie disait avoir donné son suffrage sur le septième canon, on n'avait pas seulement nommé encore ceux qui devaient rédiger les canons ainsi que les chapitres. Au reste, si quelqu'un se rolusail de s'en rapporter à son témoignage et à celui des notaires publics du concile, il n'oserait pas au moins faire celte injure au légat et aux présidents qui dirigeaient le concile sous Jules m, el qui en ont reconnu les actes comme véritables et authentiques.