Or, d'après le mémoire particulier qu'a
laissé de ce fait le cardinal Seripandi, et d'après les actes aulhenliquos qui se conservent au château Saint-Ange, et que j'ai lus de mes propres yeux, si l'on excepte quelques minuties qui n'ont pas été enregistrées, voici en vérité ce qui fut opéré du temps de Jules. Après la quatrième session, le 3 décembre 1551, on avait soumis à la censure des théologiens , entre plusieurs autres propositions, l'article suivant: Les évéqaes ne sont ni institués par le droit divin, ni supérieurs aux prêtres ; ils n'ont pas le droit de faire des ordinations, ou s'ils l'ont, il leur est commun avec les prêtres : et les ordinations qu'ils ont faites sans le consentement du peuple sont de nulle valeur. L'examen étant terminé le 29 décembre , un formulaire de doctrine fut composé et discuté par les Pères. Plusieurs jours se passèrent à entendre les avis de chacun d'eux. Le ik janvier 1552, on choisit dix-huit prélats pour mettre au net la formule, et déduire les canons. De ces dix-huit prélats trois étaient présents et furent nommés par le secrétaire, évêque de Telese, lorsqu'il fit la lecture du registre, dans la congre, gation du 7 novembre 1562. Ces trois évêques étaient : Guerrero, Naclantus et Précone. Ces dix-huit députés ( pour revenir au temps de Jules ), le 18 janvier, communiquèrent aux prélats du concile la forme des canons qu'ils avaient dressés, et p.irmi ces canons, il y en avait un qui condamnait l'article ci-dessus, à la réserve de la dernière partie, concernant les ordinations faites sans le consentement du peuple. La difficulté qui les arrêta était peut-être la même que les Français mirent en avant après leur arrivée, comme on le verra par la suite. Enfin, dans les deux journées des 20 et 21 janvier, les députés préscnlèrent leur formulaire de doctrine, tel que Soave l'a traduit du 'alin en mauvais italien. Il s'agissait de le faire accepter et approuver p r les Pères. Mais tant s'en faut qu'aucun d'eux l'ail accepté, qu'il'n'en fut pas même parlé dans les congrégations ; ce qui fut cause qu'on le mit à l'écart, ce fut la requête que firent, au nom de leurs maîtres, les ambassadeurs de l'électeur de Saxe et du duc de Wurtemberg. Ils demandaient qu'on renvoyât l'examen de ces matières jusqu'à ce que leurs théologiens eussent été entendus. La cinquième session fut donc célébrée le 25 janvier, on y prorogea les décrets, qui par la suite ne furentpas examinés, et encore moins promulgués. Je croirai volontiers que l'évêque de Ségovie fit un rapport faux, moins par malice que par inattention. H est très possible qu'au temps de Jules, cet article ait été réellement soumis à une sorte d'examen vague et général, et qu'après dix ans Ajala ait été trompé par sa mémoire; car la mémoire, comme les autres facultés de l'âme, quand elle est dans l'obscurité etdans l'incertitude, et d'ailleurs séduite par l'amour propre, nous rappelle souvent bien des choses que noîss n'avons pas vues, mais que nous aurions souhaité de voir. Ainsi se passa cette altercation entre révé- (\ue de Ségovie et le pren^it-r légal, et tel était le lait sur lequel ils établissaient leurs rai-
HISTOIRE Dli CO.NCILE DE TUENTE.
se termina la controverse
sons. Comment se termina la controverse Pie IV en ayant de nouveau formé le desprincipale après un long travail, nous le ver- sein, lui donna son accomplissement : il en rons aussi dans cette histoire, mais beaucoup fit dresser une bulle qui fut communiquée plus lard. Et on effet, de même que la nnture aux légats, avec promesse d'en envoyer pluemploie beaucoup plus d'artct de travail à ces sieurs autres qu'il devait bientôt promulopéralions dont l'agent et le sujet ne sont que guer pour la réformation de la cour. Mais ce la inémepersonne, et desquelles dépand la vie qu'il y a de remarcjuable, c'est que la bulle et le bien-être de tout individu animé; ainsi du conclave, quoicjuc déjà assez publique les assemblées où règne la sagesse mettent pour avoir sa force et s;; v;îleur, pour le plus le plus grand soin à bien établir leurs déci- grand nombre demeurait encore secrète; de sions, lorsque ceux sur qui tombe le juge- telle sorte que le pape, dans un post-scriptum ment sont les mêmes qui tiennent dans leurs ajouté à sa lettre (quel qu'en fût le motifj, mains la vie et le bien-être delà république, déléndait aux légats, pour quelques jours , rwAPiTRF vvii ^*^ '* communiquer à personne; les légats, LHAFUKii A vu. après l'avoir lue, extrêmement satisfaits, lui Bulle du pape pour la ré formation du con- en firent des remercîments et répondirent, clave. — Le cardinal de Mantoue propose, ««" comme compliments d'usage, mais pour
dans la congrégation, Varticle de la résidence. — Lettre du roi catholique aux prélats espagnols. — Lettre de V empereur à ses ambassadeurs. — La session est prorogée 4 la demande des Français : le pape, qui le voulait , change d'avis , mais trop tard. — Arrivée du cardinal de Lorraine.
expruner des sentiments véritables , qu'ils souhaitaient qu'une loi si sainte pût n'avoir son exécution qu'à une époque bien reculée.
2. Soave, avec son ton affîrmatif, prononce que de pareiUes réformes sont à ; eu près inutiles, puisqu'il n'est pas
, , , sur qu elles
soient mises à exécution. On s'attendait hicu 1. Pendant qu'à Trente on mettait tant de à la critique ; mais pour la justifier il aurait soin et d'application aux opérations du con- fallu que Soave nous enseignât une méthode cile, le souverain pontife, à Rome, n'avait assurée pour réformer le monde. Connaît-il garde de rester oisif. Deux choses parais- quelque loi si fortement écrite que l'iîxécusaient surtout nécessaires pour contenter le tion ne dépendît plus de la volonté et delà monde chrétien et faire prospérer le concile : force de l'exécuteur? Ce qu'il y a de certain, une exacte réformation de la cour de Rome, c'est que les règlements prescrits par la bulle et un bon règlement pour la résidence des de Pie IV, quant à la substance, s'observent évoques. Paul 111 et ses successeurs avaient encore; ils ont même été restreints par la publié plusieurs constitutions relatives au bulle postérieure de Grégoire XV. Ainsi , bon gouvernement delà cour pontificale: bien que, relativement à l'idée qu'on se forme
de la sainteté avec laquelle il faudrait élire un vicaire de Jésus-Christ, il se commette dans cette élection beaucoup de fautes , il en est de ces fautes comme des taches qui se trouvent sur les diamants, et qui, sur un corps moins net et moins splendide , ne seraient plus des taches , mais des beautés. Qu'on fasse réfiexion à la demeure étroite et au service mal rendu à ces cardinaux, dont plusieurs sont vieux et tnaladifs ; par combien de serments et de censures on lie leur conscience; et, dj'.ns le for extérieur, combien de notes d"in!amie et de privations ils ont à craindre! Par combien de sceaux leur bouche est fermée pendant qu'on fait l'action ! Après celte observation , qu'on jette un coup d'œil sur les différentes manières dont on donne et on a donné de tout temps les principautés séculières, et on verra si aucune de ces élections, ou installations mon-
«.'lles avaient produit de très -salutaires effets ; et peu à peu, par la patience et avec la douceur, elles avaient fait disparaître beaucoup de mauvaises coutumes depuis longtemps introduites, les unes par la négligence, les autres par la condescendance et la faiblesse des supérieurs. Mais il y avait encore une œuvre à réforu)er, plus digne de considération que toutes les autres , puisque son exacte observance fait le bien de toutes les autres : c'était l'élection du souverain pontife, œuvre qui devrait être la mieux réglée de toutes celles qui se font par les hommes, mais c'est à celle-là que la prévoyance des hommes peut le moins prescrire des règles : les autres lois, pour avoir leur ac( omplissemcnt, sont soutenues par la puissance de celui qui les fait exécuter, <^t qui est au-dessus de tous ceux qui sont soumis à l'obéissance; mais la loi qui règle l'élection d'un pape est une loi prescrite à des hommes qui, daines, approche de celle-ci, ni pour l'hon-
dans le temps où ils doivent l'accomplir, n'ont personne qui puisse leur comn)ander; d'autre part, dans une œuvre si importante, chacun «uil sa passion, et les ménagements dus aux plus grands princes font que chacun croit licite ce qui entre dans ses vues. Jules III , après y avoir pensé longtemps , dicta lui-même une bulle pour la réformalion du conclave; mais avant que celle loi fût investie des solennités qui devaient lui donner la force et la vie, la mort du législateur obligea les cardinaux d'entrer en conclave.
nélcté de la loi, ni pour la décence de i'éleclion : ce qui lui uianque pour être parfaitement sainte s'y trouvera, et on pourra l'espérer, lorsque la main du Ïout-Puissant aura accordé deux grâces : l'une d'arracher du cœur des prélats ecclésiastiques ce désir, si naturel à l'homme, de maîtriser et dn gouv-erner; l'autre d'inspirer aux princes temporels la résolution généreuse de laisser en enti-er le jugement et le choix aux cardinaux électeurs.