LIVRE DIX-IIUITIEME
comme ils étaient d'une roule si pénible, ils
n'espéraient plus d'arriver à Trente le jour marqué, il suppliait les légats, au nom de tous les évêques venus avec lui, de retarder de quelques jours celle sainte fonction. Monseigneur l'évcque de Monlefiascone, que le pape avait envoyé pour lui faire visile et l'accompagner ensuite à Trente, était chargé de faire aux légats la même demande au nom de Sa Sainteté. Voyant donc le peu de temps qui restait, il avait pris des chevaux de poste pour aller remplir personnellement ce hou office. Le président Ferrior devait se joindre à Grassi pour le même objet, d'après la lettre qu'il venait de lui écrire. Le cardinal finissait en priant les légats de lui faire savoir par l'un et l'autre de ces deux envoyés, le résultat de leur délibération ; en quoi il leur donnait une marque de son respect, car s'il voulait être sûr de sa demande, c'est qu'il n'aurait pas cru pouvoir se présenter au concile d'une manière qui fît honneur à son roi etàsanalion, si les Pères du concile, par un refus mortifiant, lui faisaient comprendre qu'ils tenaient pour superflue, ou mêuie suspecte, cette troupe d'honorables collègues qui venaient avec lui.
20. La réponse des légats fut toute amitié et politesse. Sur le délai de la session, ils dirent que la lettre n'avait pas été nécessaire, puisque, sur la simple demande de l'ambassadeur, ils avaient renvoyé la session plus loin qu'il ne fallait : ils ajoutaient, comme une preuve d'estime et d'affection, que ce jour-là même, ils avaient commencé à suspendre les conférences, parce que Ferrier leur avait dit que Son Eminence désirait beaucoup entendre les dissertations qui avaient lieu sur la matière du sacrement de l'ordre. Ce fut avec celte réponse que Grassi alla rejoindre le cardinal.
21. On délibéra longtemps sur la réception. Soave, qui a voulu la décrire, dit en avoir heureusement trouvé la relation dans des mémoires dignes de foi. Cette réception, selon lui, fut pareille à celle que lui firent les légats du concile transféré à Bologne, lorsqu'il passa par cette ville en allant à Rome. Mais il se trompe, car à ce premier voyage les légats allèrent seulement l'attendre à la porte de Bologne, en rochet, c'est-à-dire, en habit de ville, ici au contraire son apparition fut celle d'un personnage plus remarquable et digne d'un plus grand honneur, car les légats n'envoyèrent pas seulement leurs familles bien avant sur la route, ainsi
Grassi présenta aux légats une lettre que le que plusieurs prélats; mais eux-mêmes s'a-
cardinal leur écrivait de Bresse, et dont voici à peu près le contenu: Le cardinal, en s'approchant du concile, se croyait, disait-il, obligé de rendre quelque devoirdobéissance à ceux qui en étaient les présidents. 11 avait cru d'abord qu'il ne s'agissait que d'une politesse ou d'une cérémonie respectueuse, vu que toute sa compagnie, et lui en particulier, avait uiis toute la diligence possible pour arriver avant la tenue de la session ; mais ne l)()uvant accélérer leur marche plus (ju'ils n'avaient fait, et voyant que désormais, las
vancèrent hors des portes de Trente, à une assez grande distance et en habit de voyage. Tout le cérémonial lui avait été annoncé par Grassi. Les deux premiers légats le mirent au milieu. Le cardinal refusa cet honneur ; et la résistance fut aussi longue qu'elle a coutume d'être lorsqu'elle est sincère et que le refus n'est pas une cérémonie. Ceux de Bologne lui avaient fait aussi cet honneur. Les deux feutres légats et le cardinal Madrucci venaient ensuite, et après eux, les ambassadeurs ecclésiastiques de l'empereur et du roi
HISTOIRIi DU CO.NClLIi DE TiiKNTE
de Pologne et cent trente et un prélats. Si les autres ne s'y trouvèrent pas, c'est que le cardinal était arrivé quelque temps avant l'heure convenue. Les ambassadeurs laïques de Venise, de France et de Toscane, à choval, précédaient le cortège. Le cardinal amenait avec lui quatorze évêques français, trois abbés et dix-huit théologiens, presque tous doclcurs de Sorbonne. Ceux-ci étaient aux frais du roi; les autres avaient suivi leurs évéques. Celle arrivée flt succéder dans le
cœur de beaucoup de porsonnos la joie à la crainte, soit pour le plaisir que cause toujours la majesté qui se monlre sous une face amicale, soit pour celle force socrèlc qui fait bien juger de la droiture du cœur, lorsque les paroles que la langue prononce sont soutenues par je ne sais quel son de voix qui louche, et par un visage qui parle : genre d'éloquence plus persuasif que toules les lettres ou ambassades.
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DES ERREURS DE FAIT DONT SOAVE EST ÉVIDEMMENT CONVAINCU DANS SECOND VOLUME PAR DES ÉCRITS AUTHENTIQUES.
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I. En parlant du cardinal Marlinusi , il le fait moine de Saint-Basile; il était pourtant de Tordre de Saint-Paul, ermite : la preuve est au liv. XIll, c. 1.
II. Il le suppose créé cardinal à la nomination (le l'eiup reur, que Ferdinand lui avait obtenue, tandis qu'il obtint la pourpre immédiatement par les instances de Ferdinand.
{Ibicl.)
III. Il dit que Jules III relarda la promotion des autres cardinaux jusqu'à l'époque ordinaire, qui était aux fêles de Noël : cependant les Actes consisloriaux la mettent au 20 novembre. {Ibi'l.)
IV. H dit (lue les cardinaux étant alors au ndmbrc de quarante-huit, celle promotion de treize parut excessive, quoique le pape voulût la justifier par la nécessité de conlre-balancer le parti trop puissant des Français ; cependant le nombre de treize ne parut pas excessif à ceux qui pensaient bien. Les élus étaient tous de si dignes sujets, que les anciens cardinaux se réjouirent de les avoir pour collègues : et le pape expliqua ses véritables intentions, lorsqu'il dit quil voulait avoir auprès de lui de sages et fidèles conseillers, puisque tant de cardinaux, pour différentes raisons ou prétextes, étaient absents de Rome. (Ibid.)
V. Au sujet de l'évéque de Monlefiascone, envoyé à Trente au légat Pighini , Soave mêle la vérité avec le mensonge. {Jbid.)
VI. Il affirme que Charles V envoya deux messagers, l'un à Trente et l'autre a Rome, chargés de faire contre le pape une protestation avec menace, s'il ne différait la session ; tandis que l'empereur, au contraire, procéda d'une manière très-modérée, el, par des prières affectueuses, obtint du concile el du pape ce qu'il demandait. {Liv XIII, chap. 2.)
VIL La mort du cardinal Marlinusi fut , selon lui, généralement attribuée aux injustes desseins du roi Ferdinand : et l'absolution qui lui fut donnée par le pape fut regardée comme une faiblesse. Cependant Soave n'ignore pas (juc le contraire est j)rouvé var
les mémoires de Paul Parula , historien estimé, chroniste de la république de Venise, el très-informé des circonstances de celte affaire. [Ibid.)
VIII. Il avance sans preuve que les légats furent fortement repris à Rome de ce qu'en publiant leur décret pour la suspension du concile, ils avaient exhorté les chrétiens à l'exacte observance de tout ce qui avait été réglé el défini dans les sessions, quoique les définitions n'eussent pas encore élé confirmées par le pape. Il ajoute même que plusieurs étaient d'avis que les légats el tous les évêques du concile, en signant le décret, avaient encouru les censures. La vérité est que dans le décret il est fait mention expresse du consentement et de la ratification qui seront données par le pape el par le siège apostolique. {Liv. XIII, cAfj/). 3.)
IX. .So.ive se plaint de ce que la suspension du concile, qui n'était que pour deux ans, en dura dix par la faute des papes successeurs de .Taies. Cependant ce terme de deux ans (el il l'avoue lui-même) élait conditionnel, et le concile devait se reprendre, si après deux ans, ou avant même, les rivalités el les guerres enlre les princes étaient terminées. Or il n'ignore pas, et son Histoire même en fait foi, que ces discordes ont duré jusqu'au pontificat de Pie IV, qui, aussitôt après son élection , n'eut rien de plus pressé que de reprendre et terminer le concile. {Liv. XIII, chnp. k.)
X. Il s'étonne de ce que Marcel II, qui avant son élection élait Marcel Cervini , devenu pape, voulut garder son premier nom : ce()eiulant. peu de temps avant lui, Adrien \T avait fait la même chose. L'ambassadeur de Charles V l'y avait exhorté, en lui représentant que ceux qui jusque-là avaient porté ce nom avaient tous fait honneur à la chaire pontificale. {Liv. XUI, ch. 11.)
XI. L'usage de changer de nom en montant au trône [)ontifical, selon lui, n'est venu que de l'orgueil des papes : cependant Baronius a observé que le premier pape qui changea de nom le fil par humilité. 11 san-.
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pelait Pierre avant son exaltation, il ne se crut pas digne de porter sur la chaire de Pierre le nom de ce grand apôtre. [Ihid.)
XII. Soave accuse Marcel II d'avoir ajouté foi aux prédictions des astrologues qui lui avaient promis la papauté, et de s'en être vanté publiquement : cependant, dit-il, la brièveté de sa vie et le mauvais succès des desseins qu'il avait conçus trompèrent son espoir. Toutes ces calomnies sont détruites par le témoignage du cardinal Seripandi. {Ibid.)
XIII. Il rapporte que Paul IV reçut les ambassadeurs d'Angleterre à son premier consistoire public : ce qui est faux ; car le premier consistoire fut tenu le 30 mai, peu de jours après l'élection du pape. Mais il en tint un autre le 21 juin, où les ambassadeurs furent reçus. [Liv. XIII, ch. 12.) »
XIV. Soave prétend que dans ce même consistoire le pape donna à l'Irlande le titre de royaume , tandis qu'il l'avait déjà fait dans un consistoire secret, tenu le 7 juin. [Ibid.)
XV. Il dit que le pape feignit d'ignorer que Henri VIII avait lui-même donné à l'Irlande ce litre de royaume. Le pape ne feignit pas, puisqu'il en fil mention expresse dans le consistoire ci-dessus. {Ibid.)
XVI. Il dit que ce fut là une affaire dont la cour n'eut pas connaissance, et qui, pour celle raison, fit beaucoup parler à tort et à travers. C'est tout le contraire ; car ce que le pape dit aux cardinaux dans le consistoire devint public par une bulle signée du même jour. Elle est imprimée dans les Annales de Bzovius. (Ibid.)
XVII. 11 attribue la guerre déclarée parle pape à Philippe II aux projets ambitieux de Paul IV, qui voulait agrandir ses domaines. Le contraire est prouvé au livre XIII, ch. 14.
XVIII. 11 dit que le cardinal de Lorraine était parti de Rome a vaut que la ligue fût conclue entre le roi de France et le pape : cependant la ligue était faile, et le cardinal l'avait signée avant de partir. [Liv. XUl.rhapA^,)
XIX. Dans le rapport qu'il fait d'une promotion de cardinal, sur des bruits vagues et sans fondement, il donne pour certaine une contestation entre le pape et les cardinaux. Cependant celle promotion particulière fût généralement approuvée. (Lîv.XIII, ch. 16.)
XX. Sur le dessein qu'avait formé le duc d'Albe de s'emparer de Rome par une expédition, nocturne à laquelle il renonça, Soave dilquerexpédilion aurait réussi,et que la ville était prise, si le duc eût voulu; et que tout le monde attribua celle retraite à son peu de courage et à la bassesse de ses sentiments. Mais l'ambassadeur Navagero, dans la relation qu'il a faile de cet événement, en parlant des divers jugements qui en furent faits par les critiques, ne dit pas qu'aucun d'eux ait regardé la retraite du duc d'Albe comme un elTet de la peur. {Liv. XIV, ch. 3.)
XXI. Il accuse le duc de Guise d'être parti de Rome avant la paix conclue, et d'avoir ainsi abandonné le pape à la discrétion de ses ennemis. Véritable mensonge, puisque le
duc de Guise demeura à Rome jusqu'au 19 de septembre, qui fut le cinquième jour depuis la conclusion. Il sortit de Rome le même jour que le duc d'Albe y entra pour rendre sa visite et faire sa soumission au pane (Ibid.)
XXII. Il assure que le frère Guillaume Pelo prit la croix et les autres marques du cardinalat, et qu'il arbora les enseignes de sa légation ; mais que par humilité il ne voulut pas en exercer les fonctions, et toute l'administration fut laissée au cardinal Polus. La vérité est que Pelo ne fut point légat en Angleterre , ni même cardinal, puisque le bref du pape qui lui conférait l'une et l'autre dignité, demeura toujours entre les mains de la reine, qui l'avait reçu et ne voulut pas le lui montrer. {Liv. XIV, c/t. 5.)
XXIII. A l'occasion du renoncement à l'empire fait par Charles V en faveur de son frère, il fait dire au pape que lui seul a droit de créer les empereurs, et de mettre pour empereur qui bon lui semblera. Le pape no tint pas un propos si extravagant : il dit seulement que l'empereur devait faire son renoncement entre les mains du pape, pour qu'il fût valide, et qu'en conséquence l'empire n'était pas vacant. Il ne pouvait l'être que par la mort de Charles-Quint. {Liv. XIV, ch. 6.)
XXIV. Il se trompe encore quand il dit que Paul IV promit à l'ambassadeur Guzman d'envoyer an plus lot à Charles-Quint un nonce pour traiter l'affaire du renoncement. Ce n'était pas à Charles qu'il fallait envoyer un nonce dont il n'avait plus besoin, comme il ne s'en souciait plus. C'était avec Ferdinand que le pape voulait traiter : il lui envoya en effet le nonce, qui fut presque aussitôt suivi d'un légat. {Ibid.)
XXV. Il met la catastrophe des neveux de Paul IV au 26 janvier 1558, Elle n'eut lieu qu'au 27 janvier 1559, dernière année de son pontifical. {Liv. XIV, ch. 7.)
XXVI. Il place dans la même année les refus obstinés de Paul IV à ne pas recevoir l'ambassadeur de Ferdinand, ni le reconnaître pour empereur. Cependant la nomination de Ferdinand, ainsi que la morl de Charles V sont de l'année 1558. {Ibid.)
XXVII. Il rapporte que Pie IV , aussitôt après sa création, fit savoir à François de la Tour, ministre de Ferdinand à Rome, qu'il était prêt à rendre à ce prince les honneurs dus à la dignité impériale, et que l'empereur, informé de cette délibération du nouveau pape, nomma pour son ambassadeur à Rome ce même François de la Tour. Autre erreur dédale. Ce dernier était ambassadeur bien auparavant. Comme tel il avait traité avec les cardinaux pendant le conclave, et comme tel il assista au couronnement de Pie IV. (Liw.XIV, c/t. 11.)
XXVIII. Il fait mourir Charles V entre les bras de Constantin Ponzi, qui avail été brûlé en effigie, comme hérétique. Ce Constantin n'a jamais été confesseur ou directeur de Charles : il n'avait été que son prédicateur, et il ne continua pas son ministère
jusqu'à la mort de ce prince, à laquelle il • n'assista pas. (Liv. XIV, ch. 11.)
XXIX. Il assure qu'on proposa au roi de Navarre, Antoine de Bourbon, de répudier sa femme, hérétique, pour épouser la jeune veuve de François II, Marie Sluart, reine d'Ecosse, et que Antoine, qui avait des prétentions sur la couronne d'Angleterre et sur toute la grande Bretagne, commença dès lors à se dégoûter de sa femme, ce qui a été démontré faux par Fabien Strada. {Liv. XV, ch. 1.)
XXX. Pour expliquer les difficultés faites par les Espagnols sur la bulle qui convoquait le concile, Soave en attribue la cause au mécontentement de ceux-ci, qui n'avaient pas vu de bon œil qu'on eût reçu à Rome, et reconnu comme roi de Navarre, Antoine; ce qui se montre faux si l'on fait réflexion que les Espagnols, piqués de cette réception, se réconcilièrent pourtant par la suite et revinrent de leur entêtement; mais ils ne se désistèrent pas de leur opposition à la bulle. {Liv. XVyCh. 2.)
XXXI. li raconte que les prolestants assemblés à Naumbourg, après avoir admis à l'audience les nonces du pape et vérifié leurs brefs, les leur renvoyèrent le jour suivant. Il se trompe : car ce fut le même jour, tout de suile, un quart-d'heure après qu'ils furent sortis. {Liv. XV, ch. 3.)
XXXII. Autre erreur sur le même article, que les nonces furent introduits dans la salle du conseil, où ils reçurent la réponse à l'invitation qu'ils avaient faite. Point du tout; elle leur fut portée à leur demeure par dix conseillers, (ibid.)
XXXIII. Il dit que le cardinal duPuy, nommé président au concile, étant malade, on lui su-bstitua Seripandi. Ce ne fut pas le seul Seripandi, mais encore Hosius et Simonetta qui furent nonuiiés légats dans le même consistoire, non pas pour remplacer du Puy, mais pour être ses collègues et pour augmenter le nombre des légats. {Liv. XV, ch. 6.)
XXXIV. Il se trompe sur le même article, lorsqu'il dit que les cardinaux Simonetta et Altemps furent faits légats du concile en même temps, puisque le second fut élu seul plusieurs mois après, et que Simonetta le fut avec Hosius et Seripandi, comme nous l'avons dit ci-dessus. {Liv. XV, ch. 13.)
XXXV. La contestation que l'archevêque de Braga eut à soutenir pour le rang et la préséance eut lieu, selon Soave, à la première congrégation générale, lorsqu'on y publia un bref d'après lequel les anciens devaient avoir le pas même sur les princes. Cela est faux : la dispute de l'archevêque de Braga fut bien antérieure aux congrégations. Il y avait longtemps qu'elle était terminée, et il n'en fut point parlé dans cette congrégation, où se fit la lecture du bref. Ce ne fut pas le bref qui donna lieu aux prétentions de l'archevêque ; mais le bref fut publié pour terminer la dispute et pour en prévenir d'autres. {Ibid.)
XXXVI. Le grand chancelier de Paris n'ayant pas voulu signer les pouvoirs du
cardinal de Ferrare, qui venait en France comme légat du pape, Soave invente qu'à la place du chancelier les patentes furent signées par la reine Marie, par le roi de Navarre et par les principaux officiers de la couronne. Il ajoute que le cariîmal, pour obtenir ces souscriptions, s'engagea par un écrit séparé à ne pas faire usage de ses pouvoirs, et à faire en sorte que le pape remédiât à tous les désordres qui se commettent à Rome pour la collation des bénéfices et l'expédition des bulles. Toutes ces faussetés sont démenties par les lettres du cardinal de Ferrare au cardinal Borromée. {Liv. XV, c. 13.) XXXVII. Soave dit encore que le légat, en reconnaissance du service rendu , alla jusqu'à conseiller au pape d'accorder pour la France la communion sous les deux espèces. Or notez que la lettre où il en parle est du dernier jour de décembre , auquel temps il n'avait pas encore obtenu la confirmation de ses pouvoirs ; il n'y avait donc point de service rendu. Notez encore qu'en parlant de la concession du calice, non-seulement il ne faisait pas instance pour l'obtenir, mais il se plaignait des Français catholiques qui faisaient entendre à la reine mère que le pape, si on l'en priait, ne refuserait pas une grâce qu'il lui convenait d'accorder. {Ibid.)
XXXVIIL Autre invention de Soave : que l'ambassadeur de France, ayant fait instance pour la concession du calice, le pape ne s'en montrait pas éloigné. Mais dans un consistoire tenu le 10 décembre les cardinaux le dissuadèrent tout à fait. Ces deux suppositions sont assez bien inventées, si elles n'étaient fausses. La première est fausse, parce que le pape reçut assez mal l'ambassadeur qui venait lui faire une pareille demande; la seconde est fausse, parce qu'au 10 décembre il n'y eut point de consistoire. {Ibid.)
XXXIX. Il dit encore que le cardinal Simonetta arrivant à Trente trouva une ordonnance du pape qui défendait d'ouvrir le concile, jusqu'à ce que l'ordre en fût venu de Rome. Il est faux que Simonetta ait trouvé cette défense en arrivant à Trente; et lorsqu'on fit l'ouverture du concile, ce ne fut pas en vertu d'un ordre du pape, mais seulement avec sa permission. {Liv. XV, ch. 15.)
XL. Soave attribue ce retard à la demande qu'en avait faite l'ambassadeur impérial, tandis que c'étaient les légats eux-mêmes qui l'avaient conseillé au pape. {Ibid.)
XLI. Il dit que la dispute de l'archevêque de Grenade sur la continuation du concile eut lieu dans la première congrégation générale : elle était cependant terminée , et tout était réglé sur ce point avant ladite congrégation. {Ibid.)
XLII. Il dit que Commendon, évêque de Zante, s'opposa à la demande des Espagnols, parce qu'il connaissait les intentions de l'empereur, qui s'y opposait aussi ; et cppendant d'après la liste des évêques qui furent présents à la première session, on voit que i'évêque de Zante n'était pas même à Trente
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avant la session ; il n'y vint que quelque temps après. {Liv. W,ch. 15.)
XLUI. 11 dit qu'après qu'on eut fait dans la congrégation un choix d'expressions et de formules relatives au point de la dispute, on se mit à dresser le décret : et cependant le décret était dressé avant la congrégation, et même avant l'accord fait avec les Espagnols ; et ce fut comme en signe de conGance qu'en traitant l'accord on leur montra le décret. ( Ibid.)
XLIV. 11 insiste à dire qu'après la congrégation générale faite au temps de Pie IV, les légats formèrent un décret qui n'allait à rien moins qu'à ôter aux évêqiies la liberté de rien proposer en concile. Le style du décret était à peine intelligible pour son obscurité. Les phrases, étudiées avecsoin, aboutissaient à ces deux mots : proponentibus legatis, «Les légats proposant,» ou, « sur la proposition des légats. «Mais il est toujours vrai que le décret avec les susdites paroles fut lu en congrégation trois jours avant la session ; et les Pères eurent tous assez de temps pour mûrir leurjugement avant de donner leur suffrage; eneliet il y eut quelques opposants. (lîv. XV, ch. 17.)
XLV. Sur les opposants il n'a dit qu'un petit mensonge : il met quatre prélats opposants, et ils n'étaient que deux. {Ibid.)
XLVl. Il accuse l'archevêque de Ucggio, qui fit le sermon latin , d'avoir avancé dos propositions suspectes : il ne faut que lire l'original authentique du discours pour être persuadé du contraire. {Ibid.)
XLVII. 11 attribue au frère Grégoire, général des augustins déchaussés, une certaine mauvaise opinion touchant les trois propositions faites par les légats dans la congrégation générale, relativement à la future session. La vérité est que le général des augustins déchaussés n'a point soutenu d'opinion pareille; et il ne s'appelait pas frère Grégoire, mais frère Christophe de Padoue. (iiv. XV, c. 19.) , , ,,
XLVIIL II marque l'arrivée du légat Aitemps au concile le 5 février : il y était depuis le 30 janvier. (/6îci.)
XLIX. Il dit qu'un grand nombre de Pères mirent en avant une sentence sur Vindex des livres défendus : cependant ce grand nombre se réduit à un seul qui proposa et soutint la proposition, c'est Pierre Contarini, évéque de Basso ; mais Soave ne l'a pas nommé.
{Ibid.) , ^
L. 11 avance que l'archevêque de Grenade qui voulait mettre une exception au premier décret de la seconde session, fut soutenu par celui de Cagliari , auquel se joignit la plus grande partie des Espagnols. Le fait est que l'archevêque de Grenade fut seul, et que l'archevêque de Cagliari ce jour-là ne parut point à la session. {Liv. XV, cfi. 21.) LI. En parlant du sauf-conduil accorde aux hérétiques par le concile, il y met du sien plusieurs délibérations qui furent laites, dit-il, pour savoir si l'on y comprendrait les Grecs, les Anglais et les Ecossais. Cependant les mémoires les plus détaillés, les plus
minutieux , n'en ont pas dit un mot. (/.ii?. XVI, ch. 1.)
LU. Il dit que les légats, sachant bien que le pape n'était pas de leur sentiment sur le pardon quils voulaient offrir à ceux qui étaient accusés au tribunal du saint office , conduisirent l'affaire comme ils crurent que le pape le souhaitait; mais que, avant qu'ils en eussent connu la volonté, ils n'étaient pas tous du même sentiment. Cependant il était faux que les légats eussent connu les intentions du pape, et ils n'avaient jamais été divisés de sentiment ; et même dans leurs lettres en prenant le parti de la miséricorde, ils attestaient que ce parti était celui de tous les Pères du concile. {Jbid.)
LUI. 11 a l'impudence de dire que le pape élaitindignécontreles Français, qui l'avaient nîéprisé. Cependant , dans aucun mémoire , il n'est parlé de ces mépris, et dans plusieurs on dit positivement le contraire. {Liv. XVI, chap. 3. )
LIV. Soave se trompe lorsqu'il dit que les légats, pour informer le pape des dissensions qui avaient eu lieu parmi les Pères sur l'article de la résidence, et pour lui demander conseil sur cette affaire épineuse, lui députèrent Camille Olive, après la congrégation tenue le vingtième jour d'avril. Ce ne fut pas Camille 01ive,maisFrédéricPandasius qui fui chargé de celte commission. Et les légats voyant que la dispute s'échauffait toujours plus, n'attendirent pas le 20 avril pour en informer le pape : leur député était parti dix jours auparavant. {Liv. XVI, chap. k.)
LV. Il se trompe lorsqu'il dit que ceux qui ne voulaient pas la résidence de droit divin étaient au nombre de trente-trois ; selon le compte le plus exact, ils étaient trente-huit ou au moins , en comptant d'une autre manière, trente-sept. {Ibid.)
LVI. Il se trompe encore lorsqu'il en compte une trentaine , dont les uns disaient qu'ils acceptaient la définition si le pape l'acceplait aussi ; les autres , que la définition ne leur plaisait pas, si elle ne plaisait pas au pape. On en compte jusqu'à trente-quatre. (Ibid.)
LVII. Il met la réception des ambassadeurs suisses à la session du ik mai , tandis que les mémoires du temps la mettent tous à la session suivante du 4 juin. {Liv. XVI, chap. 7.)
LVIII. L'entrée des ambassadeurs bavarois au concile fut différée, à ce qu'il dit , à cause du concours de ceux-ci avec les Vénitiens ; et les légats voulaient consulter le pape pour savoir à quoi s'en tenir. Ce ne furent pas les légats , ce furent les Bavarois eux-mêmes qui expédièrent un courrier au duc pour savoir quelles étaient ses intentions à l'égard des Vénitiens, {fbid.)
LIX. Il dit que les évêques murmurèrent fortement de ce que, dans cette session, on ne voulait pas définir la question de la résidence. Il n'y eut point de murmures , et il ne pouvait pas y en avoir , puisque les évêques eux-mêmes , dans la dernière congrégation ,
HlSrOlftE DU CONCILIC DE TRENTE.
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avaient écrit au pape k ce sujet, et on attendait la réponse. (iMâ.)
LX. Il ajoute que les ambassadeurs impériaux proieslèront aussi que si le présent concile était déclaré la continuation de l'an- 'icn , ils allaient se retirer. Cependant on ne irouve rien de cette protestation dans les mémoires les plus authentiques ; surtout si l'on lailaltontion que l'ordre donné par l'empereur est postérieur au temps dont parle Soave, c'està-dire le 14 mai ; car la lettre datée du 22 n'arriva à Trente que le 26, D'ailleurs la lettre ne disait pas aux orateurs de quitter Trente, mais de ne plus paraître aux séances. (Ibid.)
LXl. 11 dit encore que le marquis de Pescara , ébranlé par la menace du départ des i 'périaux, et à 1 1 sollicitation du cardinal de JVIanlotie, consentit à se relâcher sur la continuation. C'est tout le contraire, puisqu'il exigea des présidents une promesse par écrit que dans la session prochaine on déclarerait la continuation. [Ibid.)
LXlI.Selonlui, le cardinal de Manloue, pour donner satisfaction à l'empereur au sujet du délai de la session, se prévalut des lettres de Mgr. de Lansac, qui arrivèrent fort à propos au même temps que la demande. Cependant la prorogation demandée par Lansac était fixée depuis le dernier avril, et par conséquent dix jours avant les instances fâcheuses du marquis de Pescara , qui n'arriva à Trente que le dixième jour de mai. {Ibid.)
LXIIl. 11 rapporte que le promoteur du concile, couvert de confusion par le discours ou plutôt la satire mordante de l'ambassadeur de France, Fabre, ne lui rendit pas ce jour-là la réponse accoutumée. Mais , outre que ce n'était pas le promoteur, mais un secrétaire qui rendait ces réponses, sur un évétiementparticulier, ou plutôt singulier comme celui-là, Soave a ignoré, sans doute, ou bien il a voulu cacher la vérité du fait, tel qu'on le trouvedans cette histoire. (Liv. XVI, chap. il.)
LXIV. Il dit que les secours destinés pour la France par le pape se montaient à deux cent mille écus. Il fallait dire trois cent mille. [Ibid.)
LXV. 11 suppose gratuitement que le pape, mécontent du cardinal de Mantoue qui n'avait pas voulu déclarer la continuation, conçut le dessein d'envoyer à Trente de nouveaux légats. Mais pour ne pas lui faire perdre le titre de premier président, il pensa a le faire passer dans l'ordre des cardinauxévêques ; d'autant plus que le doyen du sacré collège, le cardinal de Tournon, venait de mourir en France. Ce dessein est attribué au pape gratuitement, puisque le pape, peu de jours auparavant , dans le consistoire du 18 mai, avait nommé six cardinaux-évêques ; et que le cardinal de Mantoue n'était pas de ce nombre. {Ibid.)
LXVl. Il suppose aussi gratuitement que la demande de la continuation était une po-lilique de quelques intrigants de Rome, qui voulaient exciter des tumultes, pour dissoudre le concile. Ceux qui demandaient la con-
tinuation n'étaient pas des intrigants: c'étaient des prélats espagnols, ou d'autres personne» qui n'avaient aucun rapport avec la cour de Rome, {Liv. XVI, chap. 12.)
LXVII. Il dit encore contre le cardinal de Mantoue, que les lettres de la cour de Rome pour Trente ne lui étaient plus adressées à cause des soupçons qu'on avait de lui. Elles venaient toutes au cardinal Simonetta. Le contraire est prouvé au liv. XVII, chap. k.
LXVIII. Il ajoute que pour la même raison on avait exclu de la congrégation du concile le cardinal de Gonzague, neveu du premier président, ce qui est encore faux. {Ibid.)
LXIX. Une autre fausseté encore relative au cardinal soupçonné , c'est que le pape se fâcha contre Camille Olive, qui ne fit pas tout ce qu'il avait promis de faire, quand il fut envoyé à Rome par le cardinal. Nous avons déjà dit que l'envoyé à Rome ne fut pas Camille , mais Pendasio , et conséquemment il est faux que le pape se soit fâché contre Olive, ni même qu'il ne soit fâché d'aucune sorte. {Ibid.)
LXX. Il attribue au pape une politique tout à fait singulière : c'était de se fâcher contre ceux qui l'avaient offensé, mais bien au delà de ce que méritait l'ofl'ense. Par là il obligeait les coupables à demander un pardon dontilsse reconnaissaient indignes; etlui, passant d'un extrême courroux à un excès d'indulgence, se faisait des amis de ceux à qui il pardonnait si généreusement. Cette calomnie ridicule est démentie au même liv. XVII, chap. 4.
LXXI. Les présidents du concile, à ce que dit Soave, eurent recours à des subterfuges pour ne pas proposer à l'assemblée le mémoire de Ferdinand avec toutes les demandes qu'il contenait, et il ajoute que l'archevêque de Prague alla en posteinformer l'empereurde cette affaire et de tout ce qui se passait dans le concile. Il est cependant vrai que les légats, sans aucune feinte, représentèrent aux ambassadeurs de l'empereur l'inconvenance de cette présentation et que l'archevêque, qui la comprit, non-seulement suspendit l'affaire, mais en partant pour aller couronner le roi de Rohême, il promit aux légats de faire tout ce qu'il pourrait pour dissuader l'empereur et il tint parole. {Ibid.)
LXXII, Il rapporte qu'il y eut des murmures contre frère Amant , religieux servite , théologien de l'évêque de Sebenio. Mais quoique la substance du fait soit véritable , il se trompe en citant la proposition qui donna lieu aux murmures, {Liv. XVII , chap. 6,)
LXXIII, Il dit que Antoine Augustin ayant demandé qu'on ajoutât quelques mots à la forme du canon qui explique la communion sous les deux espèces, sa remarque n'eut point d'effet , parce que l'évêque de Nîmes fut le seul qui l'eût approuvée. Il y a ici deux erreurs, puisque ce n'est pas Augustin, mais Duinio qui fil la remarque, et, par le concours de Ragazzoni, les paroles furent ajou-
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