‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 37 sur 348 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

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ainsi que raisonne un moderne (1) que je nommerai bientôt (2), et ce sentiment n'est pas peu confirmé par une lettre des légats au cardinal Farnèsc. Je la rapporterai toutà-l'heure; elle prouve que ce fut là l'unique sens que le concile attacha aux termes du décret.

11. Il n'est pas besoin de recourir à cette lumière prophétique ou quasi prophétique que Sarpi suppose, dans l'auteur de la Vulgate, comme le fondement nécessaire de l'approbation qu'en fait l'Eglise. Cet homme de mauvaise foi se garde bien de dire que cette idée particulière à deux écrivains, Titelman et MelchiorCanus (3), n'ajamais été adoptée par les autres ; au contraire , il laisse croire qu'elle fut reçue de tous , afin de prêter le plus d'invraisemblance qu'il peut à ce qui fait le sentiment commun des catholiques. D'abord, qui a jamais dit que les Papes soient prophètes ou quasi prophètes , quand on soutiendrait qu'ils sont infaillibles dans les décisions de la foi ? En second lieu, on reconnaît au moins dans le Pape une assistance miraculeuse de la part de Dieu qui lui ôte, avec la liberté de commettre un tel péché volontairement, le danger de tomber dans une telle erreur par ignorance. Mais l'auteur de la Vulgate a pu , de ce pouvoir que les théologiens appellent antécédent, demeurer exposé au risque de tous ces défauts , et être parvenu, moyennant, sans doute,' la grâce divine d*où dépend toute bonne action, mais sans une promesse antérieure ou une assistance miraculeuse de la part de Dieu, à préserver son œuvre de tels défauts, et cela posé, l'Eglise éclairée d'en haut l'a reçue comme bonne. C'est comme elle pourrait recevoir une traduction du concile de Trente, dont l'auteur ne se serait proposé que son plaisir dans ce travail , et n'y aurait été favorisé d'aucune inspiration miraculeuse.

12. Sarpi raconte que les étrangers s'étonnèrent de voir une assemblée de cinq cardinaux, et de quarante-huit évêques des moindres sièges , pas très-profonds théologiens, mais la plupart gentils hommes et courtisans , oser décider des articles de foi de cette importance , et surtout déclarer authentique une traduction qui contredisait l'original. Admirable écrivain! dans la session précédente, il dit que les nations s'étonnèrent qu'un concile rassemblé avec tant de solennité aboutît enfin à la récitation du Symbole : dans cette session, ce même concile

(1) Michel tïE\\z:Mi\, de Forma inquirendœverœreiigionis, iiiim. 294, prouve la justesse de celle opinion, en nioiilrant que c'est ce qu'ont fait des écrivains dont les ouvrages furent approuvés par l'Eglise, immédiatenieni après le concile.

(2) t II faut encore ajouter à ceux-ci d'autres écrivains catholiques qui ont irailé cette matière depuis Pallavicini.et plus particulièrement le P. Bianchini, dans la préface de ses Vindicœ, eau. script, cap. 3, et l'ahbé Alphonse Nicolaï, dans le premier tome de ses Diss irtations et di- ses Leçons d'Ecriture sainte , fag. /*?, édition de Florence.

(3) Liv. H des Lieux ihéologiques , chap. 4, vers \i lia.

GoNC. DE Thente. il

si relevé par lui, dans le dessein de le déprimer, quand il travaillait peu, est déprécié par lui, dans le dessein de le déprimer doublement lorsqu'il travaille beaucoup. Au reste, n'aurait-ce pas été une folie de s'étonner que ce concile, qui voulait établir tantdedogm s de foi attaqués par des hérésies qui se fondaient principalement sur l'attaque de celle Ecriture dont l'Eglise s'était servie génénilement pendant mille ans, commençât par jeter la première pierre de l'édifice en recevant comme bonne cette même Ecriture? comment pouvait-on en venir à l'interprétation de la parole de Dieu, dans les articles en litige, si l'on ne décidait pas d'abord quelle était la vraie parole de Dieu? Dans tous les jugements, ce qu'on a à examiner avant tout, n'est-ce pas si ce qui doit servir à instruire le procès , est recevable comme preuve.

13. 11 n'y a ensuite qu'une grande jalousie qui puisse faire rabaisser les membres de cette assemblée. Qu'on compare beaucoup des anciens conciles et les actes qu'on en a conservés avec les discussions que soutenaient alors les évêques , dans les congrégations de Trente ( on les trouve toutes dans les archives pontificales et la plupart dans les bibliothèques d'un grand nombre de nobles particuliers ), et nous verrons de quel côté est l'avantage de la science. Il n'y avait que 40 évêques ? c'est vrai ; mais ce n'étaient pas les évêques des moindres Eglises, comme le suppose Sarpi ; ajoutez que chaque cardinal , à l'exception du seul Polus , avait un évêché distingué, et la plupart en avaient même plusieurs . selon l'usage de ces temps-là. Mais ce qui relève surtout cette assemblée, c'est que les prélats qui la composaient , étaient l'élite de l'Italie , de la Sicile , de la Sardaigne , de la France et de l'Espagne, que les plus grands princes chrétiens y avaient envoyée. Il y en avait encore de Dalmatie , do Grèce, de Suède et d'Ecosse. Le mérite le plus brillant distinguait les trois légats; deux étaient même très-versés dans la connaissance de ces langues qui furent dès les temps les plus reculés dépositaires de la science, et à l'ignorance desquelles Sarpi attribuait l'approbation qu'on avait faite de la Vulgate : Cervini surtout, qui, parla réunion dans sa personne de la science , de la prudence , de la vertu et de la confiance pontificale, était comme le conducteur du char, s'entendait, chaque jour, sur les diverses difficultés dont la solution dépendait de la connaissance de la langue grecque, avec Guillaume Sirleli qui fut ensuite cardinal, et qui n'était alors que simple gardien de la bibliothèque du Vatican sous le légat qui en étai< préfet. Et ou conserve dans cette bibliothèque la correspondance qu'ils eurent ensemble à ce sujet ; il y a tout un volume de leurs lettres. Après les légats, Madrucci et Pacheco étaient les noms les plus célèbres et les plus réputés qu'il y eût alors en Allemagne ou en Espagne. Il s'y trouvaitencore trois abbés de l'ordre du Mont-Cassin , et cinq généraux des ordres Mendiants , tous personnages dpués d'un grand savoir,

(Quatre.J

vantjd'envieuses et misérables railleries. Mais le premier usage qu'on fit de ses œuvres, en démontre de plus en plus l'ulilité; à peine y avait-il quelque temps qu'il était mort, et déjà elles étaient en possession du

ainsi que Sarpi lui-même le constate, sans quité,ses fatigues lui valurent, de son vi s'en douter, dans beaucoup d'endroits où il -—*'>'—-:""""- "♦--A^ni.i.. „.:ii„-:.o \*.i fait mentiondelcurs opinions, soit qu'il les rapporte, soit qu'il les supposcenoppositionavec ce qui fut décrété dans le concile. Et si nous voulons tenir compte de ceux qui étaient représentés, est-ce donc peu aux yeux de cet historien qu'il y eût au concile, outre les autres, les chefs de presque tous les ordres réguliers qui forment une portion si considérable de l'Eglise et au sein desquels, après tout, est l'asile favori de la théologie , comme l'écrivaient les légats au pape, dans les lettres quej'ai citées? S'il était vrai, comme le dit Sarpi , que cette assemblée ne représentait pas la millième partie de la chrétienté, pour

la reDrésonter entièrement, il y aurait laiiu ^wnc ^±y , i, coi njic viiuno umnyji'c/ iyt*v i* uooi*— environ 50,000 évéques pareils à ceux qui y jélir aux règles gênantes de Donat les paroles assistaient,' et de plus les chefs de 6,000 ordres de V oracle divin.

pareils à ceux du Mont-Cassin et à ceux des Depuis la publication de cette histoire, la cinq Mendiants, les lég<its de 1,000 papes et même matière a été traitée à fond par un au- ^- '^ "'^'^ — i^r^^c. Arronv^ à tc ur d'uu graud méritc auqucl mc llc la V cr tu

encore plus que la religion : c'est Michel Elizarda , de la compagnie de Jésus, comme moi, dans un livre qu'il a composé sur le moyen de chercher et de trouver la vraie religion. Pour entendre ce qu'il y a d'admirable dans ce livre, c'est du savoir qu'il faut, et non de cette ignorance dont l'effet ordinaire, d'après Arislole, est l'admiration. Il ne dédaigne pas, d;!ns cet ouvrage, de rappeler avec éloge

suffrage universel dont elles ont joui pendant mille ans dans toute l'Eglise, où il n'a pas laissé que de se rencontrer des hommes érudits. Je ne parle pas ici d'élégance , de clarté, de force d'expression : qualités dont, au jugement de beaucoup de gens, la Vulgate est dépourvue, mais que personne ne regarde comme indispensables pour mériter à une traduction le titre de fidèle et d'authentique. Au contraire, comme nous en a avertis S.Grégoire (1) , c'est une chose indigne que d'assu-

les ambassadeurs de 3,000 princes égaux a Charles-Quint, au roi Ferdinand et au roi de Portugal. Mais laissons les qualités extrinsèques et venons en à peser ce qui est plus important, c'est-à-dire la valeur des personnes qui concoururent à ce décret. On avait admis au concile, à titre de conseillers, 40 théologiens des plus savants qu'il y eût dans les Etats chrétiens. Plusieurs d'entre euv, que nous

avons nommés ailleurs, ont illustré ce siècle j^ua, u^na i.i;i wu*i,ijjo,ucic.t/pv.i^i ^,^^^k^^^ par leurs ouvrages, et, à parler sans aucune les raisons que nous venons de donner, et il exagération, suffiraient à eux seuls pour don- les appuie ensuite de fortes considérations ner à la science théologique plus d'éclat que qui sont toutes de lui. Mais surtout où il n'avaient fait plusieurs des siècles précé- excelle, c'est à manier d'un bras vigoureux dents. une arme redoutable dont nous sommes re-

14. 11 est vrai qu'il n'y avait pas d'Aile- 'devablesau génie de S. Augustin (2), qui le mands, et Sarpi fait une grande affaire de leur premier Ta employée; la voici -que les passa- "' ■ ■■ •" » — :- ggg ^jg l'Ecriture pour lesquels les adversai-

res en appellent au texte grec et hébreu, ou sont clairs, ou sont obscurs. S'ils sont clairs, ce serait une folie de se persuader que tant et de si grands hommes , après l'examen le plus attentif, et durant une si longue Euite d'années, s'y soient mépris. S'ils sont obscurs et d'une obscurité impénétrable pour de tels yeux , aidés qu'ils étaient encore de tant de recherches et demeurant si longtemps fixés sur le même objet, quel particulier osera

absence. Mais quelle merveille de ne pas voir venir au conseil des capitaines qui, au moment où il se tient, sont dans la nécessité de combattre? On tenait précisém.ent alors la diète de Ratisbonne, et il n'y avait pas long temps qu'on y avait eu la conférence. Où étaitil plus à propos que se rendissent, dans une telle circonstance , ceux des Allemands qui avaient le plus de science et de zèle? étaitce à llatisbonne ou à Trente ? N'av )ns-nous

pas vu déjà que ce fut pour cette raison uxes sur le même uujeijtjuc-i jjaim.uiiti uocia. que Madrucci et de Tolède ne voulurent ja- prétendre les rendre clairs jusqu'à l'évidence, mais consentir à l'accusation générale de con- g^, moyen de sa seule science ? Ce raisonnement n'interdit pas cependant tout travail de

tumace contre les absents? mais s'ils étaient absents de corps, leur savoir était présent. On conférait par lettres avec ces doctes personnages sur les matières à traiter ; on lisait leurs écrits et on s'aidait sinon du secours de leur langue, au moins de celui de leur plume. Quelle témérité après cela d'affirmer si positivement que la traduction approuvée par le concile est en contradiction avec l'original? Où est cet original qui n'a pas été altère? Sarpi le saurait-il par hasard , lui , quand , pendant tant de siècles , l'Eglise l'a ignore ? Et quand il le saurait, comment les a-t-il aperçues ces contradictions manifestes qui échappèrent aux si grandes lumières et aux recherches si laborieuses du savant Jérôme qui l'a corrigée, s'il ne l'a pas faite ? Ecrivain qui a été pour ceU «admiré de toute l'anti-

ce genre sur les passages douteux, quand on ne les commente que pour donner plus de force et plus d'éclat à des systèmes qui ne vont pas au delà du probable, comme il arrive dans la théologie ou positive, ou scolastique ou mystique. Mais ce même raisonnement es^t invincible pour démontrer qu'on ferait en vain de nouveaux efforts maintenant, quelque peine qu'on y prît et tout savant qu'on fût d'ailleurs, pour nous persuader , à force d'explications, que, dans un passage resté obscur jusqu'à ce jour, il est certain que le Saint-Esprit a eu précisément tel sens

(1) Leiire à Léandre, dans l'Exposition de Job, cliapiiro premier.

^ (2) Dans la S» lettre.

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