LIVRE SIXIEME. UO
en vne dans l'original, et pour nous le per- point qu'il en fût l'auteur ; maïs q«e tous suader au point de nous en faire faire un s'étaient accordés à regarder la Vulgate acte de foi à l'abri de toute hésitation, et tel comme la plus sûre, parce que c'était la seule,
que nous fussions déterminés à mourir pour écrivaient-ils , à laquelle on n'ait pas cu,du^
en soutenir la vérité. Aussi ne pouvons-nous runt un si long temps, cVhérésie à reprocher
nous promettre cette garantie que de la part quoiqu'elle paraisse différer dans quelques en-
de celle qui, établie de Dieu pour être parmi droits du texte hébreu, que le style en soit bas
les hommes l'interprète de sa parole, en re- et pas même toujours exempt de barbarismes et
çoit intérieurement une assistance qui la de solécismes; car que les Juifs et les hérétiques
guide sûrement et la préserve de toute erreur, ayant corrompu les textes de l'Ecriture dans
c'est-à-dire l'Eglise. J'ajoute que Sarpi rap- beaucoup de passages, comme il est démontré,
portant les discours prononcés par Vega dans on ne voit pas où on pourrait recourir plus
les congrégations, sans dire qu'on les ait ja- siirement qu'aux commentaires de cette Eglise,
mais réfutés, et avouant ainsi indirectement qui, outre l'honneur d'être à la tête de la chré-
que le décret n'obligeait point à une inter- tienté, a encore le privilège qui lui est particu-
prétation plus rigoureuse, ne pouvait, sans lier, de s'être, par la miséricorde divine, tou~
calomnie manifeste, charger le décret des jours préservée de toute tacite d'hérésie, sous
reproches que nous avons rapportés. une longue suite de pontifes qui se sont succède
13. Il y a plus, ce que Sarpi veut insinuer, sans interruption. quand il dit que le décret fut une étourderie 16. Ils ajoutaient ensuite que ces fautes de courtisans , est si loin de la vérité, qu'au n'étaient pas non plus ignorées à Trente contraire les courtisans de Rome , qui n'a- Mais qu'on n'avait pas voulu pour cela dé-^ valent pas ou assez de si peu de temps pour claror généralement la Vulgate défectueuse ; apporter à une si vaste matière toute l'étude qu'on avait pensé qu'il serait plus honorable et toute l'attention qu'elle demandait , et qui et plus utile de remédier efficacement à ces déd'ailleui's avaient la tête pleinedes diverses ob- fautsen en donnant une édition plus correcte, jections qu'ils avaient entendues et lues bien qui réunît l'approbation du Pape et celle du des fois contre différents passpges de la Vul- concile, conformément au décret (1), Les raigate, ne comprirent pas les raisons des théo- sons qu'on avait eues d'agir ainsi, c'était logions de Trente et condamnèrent (1) hau- 1° qu'autre chose est la falsification des exemtement d'abord ce décret. C'est qu'il y avait, plaires, autre est celle du livre en lui-même; selon eux , bien des fouîtes dans la Vulgate, celle-ci regarde l'espèce , ce!le-îà les indiqu'on ne pouvait attribuer ni aux copistes ni vidus, et elle peut être différente et à dos deaux imprimeurs, et qu'on aurait dû au moins grés différents dans les diveres copies. C'cexprimer dans le décret qu'elle serait corri- tait 2° que, n'importe ce qu'il en fût d'ailleurs gée ou revue. On fit beaucoup de bruit; on il ne paraissait ni nécessaire ni utile que le délibéra même (2) s'il n'était pas à propos de concile constatât en termes exprès, dans la retarder l'impression de ce décret jusqu'à ce Vulgate, l'existence d'aucun défiut, quelque qu'on y eût ajouté quelque chose qui le mo- léger et quelque accidentel qu'il fût, pour ne difiât, et encore prétendait-on que, tout mo- pas fournir matière aux objections et aux difié qu'il serait, il ne laisserait pas encore plaisanteries que les hérétiques pourraient de décréditer le concile et de prêter aux sar- en tirer : ces objections, à la vérité, ne sccasmes de l'hérésie. On ne laissa pas ces let- raient pas concluantes; mais elles n'en fetres sans y répliquer; il y eut une réponse raient pas moins d'impression sur le vulgaire, de Cervini(3) seul à Maffée, et une autre de et les adversaires ne savaient que trop bien trois légats (i) ensemble au cardinal Farnèse. les mettre à profit. Qu'il ne fallait donc pas On assurait dans toutes les deux qu'on n'ob- leur donner comme une pierre pour aiguiser jectait rien qui n'eût été mûrement pesé par leur malice. Ils finissaient par dire qu'on le concile; que les théologiens qu'on y avait avait si bien compris toute l'importance de consultés étaient l'élite de toutes les nations ; ce décret, qu'il n'y avait pas une syllabe qui qu'ils procédaient dans leurs travaux avec n'eût été discutée avec un soin tel, qu'au jutant de circonspection, que leurs observa- gemont de beaucoup, il devenait minutieux, tions, surtout celles qu'ils avaient présentées Après celte réponse des légats, la plus grande sur les livres canoniques et sur les tradi- partie des Romains approuvèrent ce qu'ils tions, auraient pu avoir l'approbation même avaient blâmé, et si les autres ne le firent de Wirtemberg : qu'il y avait donc eu deux pas, au moins suspendirent-ils leur jugement, opinions sur la Vulgate ; l'une (5) qui l'attri- C'est ce qu'apprend à Cervini le même Malîée buait à S. Jérôme, et l'autre qui ne voulait qui continua la correspondance confidentielle
(1) Lettre du cardinal Farnèse aux légats, du 17 (l)t Comme firent Sixte Vei Clément VULPeiii-êlre avriH546. pourrait-on encore faire disparaître de notre Vulgate
(2) Lettre de Maffée, secrétaire du Pape, à Cervini, quelques autres fautes , ainsi qu'on peut voir dans du 17 avril 1546, et d'autres lettres secrètes d'un une dissertation restée longtemps inédile du cardinal employé de ce même Cervini, sous la même date. Bellarmin On la trouva écrite de lamainmême de l'aii-
(3) Uu 24 avril. teur dans la bibliothèque des jésuites de Malines. Elle (4J Du 2« avril. lut publiée, pour la première fois, par P. Widcnhofer, (5) La première opinion était de Solo, comme on jésuiic allemand, à Erbipoli, en 1749. C'e»t d'elle que
le voit dans le Journal do MassareUi,àla dale du 28 parlent les Mémoires de Trévoux, de 1750, à l'arlide
avril 1546. 85, du mois de juilieu
quTi avait auparavant avec ce cardinal, de foi, soit de mœurs. Or Cajétan, n'importe
Ain=i la critique n'est pas toujours sans bon comme l'entende Melchior, ne parle pas de
résultat- souvent elle a celui de présenter au cela, et ne déclare pas qu'il soit permis de
mérite qui en est l'objet l'occasion de se faire contredire l'interprétation unanime des saints
remarquer, sans jactance, dans une chose Pères, mais plutôt qu'il est permis de don-
aui paraissait répréhensible au premier ner à l'Ecriture un sens tout-a-fail nou-
jfjjQj.^ veau et qui diffère de tous ceux qu ils ont
rvrAPITUF XVIII donnés. Car, comme ils ne furent pas d'ac-
^ • cord entre eux sur l'explication de ce passage,
Autres objections de Sarpi contre l acceptation g^ ^^^^Q p.^^. conséquent l'interprétation parti-
des livres canoniques et des traditions, et eulière de chacun reste douteuse; ainsi Ca-
contre la règle qui prescrit d interpréter j^^^^ ^^ concluait-il, selon moi, que toutes
l'Ecriture d'après le sens des Pères. pouvaient paraître également douteuses, et
1. Attaquant, au nom de ses Luthériens qu'il pourrait bien y en avoir une vraie qui
dont il emprunte le personnage, les décrets ne leur fût pas venue à l'esprit , d'après la
de cette session, Sarpi dit qu'il parut exlraor- distinction mentionnée que fit Naclantus dans
dinaire de voir y recevoir comme canoniques le concile. On ne peut déduire rien de plus de
porte un seul qui . . .
dans d'autres occasions, et spécialement par V interprétation des livres saints aux senti-
le concile œcuménique de Florence. Quelle ments des anciens docteurs, mais bien au corps
si grande merveille, quelle si grande audace entier des Ecritures mêmes, sous le contrôle
est-ce donc qu'un concile conûrme les décrets de l'Eglise catholique : autrement ce serait
d'un autre concile? nous enlever à nous et à nos descendants Vespé-
II s'étonne dans les mêmes termes de voir rance de faire d'autre explication de l'Ecri- |
aussi prescrire et restreindre le mode d'inter- ture sainte que celle qui consisterait, comme on i
prétation de la parole divine, et il rapporte dit, à transporter le texte d'un livre dans un .
plus haut que, dans les congrégations, on cahier. Or il est certain que nous n'en som- \
parla tout différemment à l'occasion de la doc- mes pas là; au contraire, il nous reste un
trine qu'enseignait etquemettait même en prali- bien vaste champ pour exercer notre génie
que Cajétan qui était déjà cardinal; il soutenait dans l'interprétation de l'Ecriture, quoique |
qu'il ne faut pas rejeter les nouveaux sens, dans les matières de foi ou de mœurs, il ne
quand ils cadrent avec le texte, et qu'ils se soit pas permis de s'éloigner du sens em-
concilient avec les autres passages de l'Ecri- brassé unanimement par tous les Pères. Nous
ture, et avec la doctrine de la foi, lors même en avons d'heureux exemples dans tant d'é-
que le torrent des Pères se serait porté vers crivains catholiques qui ont expliqué les di-
une autre interprétation. vines Ecritures depuis le concile de Trente ;
2. Or j'affirme 1° que Cajétan, à qui ce mot ils se sont rendus fameux autant par l'inven- i
attira, même de la part des siens, le reproche tion que par l'érudition de leurs commen- j
d'être allé trop loin , n'émit jamais de senti- taires. j|
ment qui fût contraire à ce que le concile de 3. J'arrive à ma seconde assertion; elle est
Trente arrêta sur cette matière; 2° qu'il ne plus importante. Je vais prouver, comme
prescrivit ni ne restreignit par une nouvelle j'en ai pris l'engagement, que non seulement
loi le mode d'interprétation de la parole di- le concile ne fit pas de nouveau décret d'une
vine, mais qu'il ne fit que déclarer illicite et grand hardiesse, comme l'exagère Sarpi, mais
hérétique ce qui était tel de sa nature et n'a- que même il ne décréta rien de nouveau,
vait jamais paru autre aux Pères, aux ponti- Jetons un coup d'œil rapide sur l'ancien
fes et aux conciles qui l'avaient déclaré. usage de l'Eglise. N'est-ce pas appuyé de l'au-
Pour ma première assertion, qu'on consulte torité des Pères que le concile d'Ephèse con-
entre autres le si savant Melchior-Canus damna comme hérétique l'opinion de Nesto-
dans son livre d'or (1) des Lieux Ihéologi- rius ? S. Jérôme, celle d'Elvidius? N'est-ce
ques, ouvrage qui lui a pourtant valu aussi pas au moyen de cette même autorité que
à lui-même le reproche de hardiesse dans S. Basile présenta à Amphiloque la divinité
certains passages. Là, quoique professant le du Saint-Esprit comme un article de foi? que
plus grand respect pour Cajétan qu'il révère S. Augustin réfuta l'hérésie tantôt des Péla-
comme père et comme maître, il ne laisse pas giens, tantôt des Donatistes? que S. Léon dé-
de le reprendre sévèrement et avec zèle pour montra à l'empereur Léon qu'Eutychès errait
cette proposition hardie qu'il avait écrite au dans la foi? Le pape Agathon ne procéda pas
commencement de ses commentaires sur la autrement dans le sixième concile, à la qua-
Gencse, et néanmoins comme je le remar- trième session contre les Monothélites , non
quais tout-à-l'heure, ce que dit Cajétan n'est pl»s que le concile de Florence contre l'er-
pas en opposition avec ce qu'a décrété le con- rcur des Grecs. On ne se contenta pas de re-
cile. Ce que le concile défend, c'est de donner courir à cet argument, comme à un moyen ef-
à l'Ecriture un sens qui soit contraire à celui ficace pour la condamnation de l'hérésie,
dans lequel les saints Pères l'ont entendue on enseigna même expressément qu'il était
unanimement , et cela dans les matières soit efficace. Voici les paroles du concile d'E-
/..^ , ,. .,,, , phèse : iVous nous sommes élevés contre le
(1) Dans le livre \ II, aux chap. o cl i. criminelle présomption de Nestorius , para
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