‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 45 sur 348 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Arrivée du frère Ambroise Pélargue, chargé de pouvoirs de l'archevêque de Trêves ; partage d'opinions touchant l'introduction du cours d' E criture-Sainte dans les monastères, la préséance qu'on doit lui donner sur les autres cours , et l'obligation pour les évêques de prêcher.

1. On entendit encore, dans cette congrégation, les Pères opiner sur les difl'érents sujets qui avaient été proposés. Et premièrement sur la question de savoir s'il fallait, jusqu'au sein des ordres monastiques, organiser un cours d'Ecriture-Sainte , et si ce

IliSTOIRE DU CONCILE DE TRENTE.

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cours devrait y avoir le pas sur tous les autres. Ces deux points furent résolus affirmaiivement, à l'unanimité; on ne mit d'exception qu'au premier, et cefutcelle-ci : Pourvu que leur règle ne s'y oppose pas. Mais cette exception fut combattue par Bertano ; il disait qu'il n'y avait pas de règle qui pût répugner à l'érection d'un tel enseignement ; par exemple, que pour les chartreux qui él.ùcnt astreints par leur règle à un silence rigoureux, ce silence, fût-il tel que celui que Pythagore exigeait de ses disciples, ne souffrirait pas plus de l'assistance à une leçon d'Ecriture-Sainte faite par un professeur, qu'il ne souffre de leur présence à une instruction dans laquelle un prédicateur leur explique l'Evangile. Mais , comme l'heure était déjà avancée, les abbés de l'ordre de saint Benoît demandèrent qu'on n'arrêtât rien jusqu'à la prochaine congrégation , où ils espéraient qu'on leur laisserait aussi la parole.

Coite congrégation eut lieu deux jours après, et on y reçut Ambroise Pélargue, Dominicain, chargé de pouvoirs de l'archevêque de Trêves, et théologien d'un grand savoir. Il fut admis dans rassemblée pour y dire son avis , non comme juge ^ mais simplement comme conseiller, d'après la bulle du Pape ; on lui assigna une place au-dessous de Claude le Jay,chargédepouvoirsdu cardinald'Augsbourg. Ce dernier siégeait immédiatement après les évêques et au-dessus des abbés et des généraux.

2, On entendit ensuite opiner un abbé de saint Benoît; il trouva que ce serait un règlement admirable que celui qui obligerait tous les moines à l'étude continuelle de la Sainte-Ecriture ; que les anciens moines, qui étaient si saints, avaient été très-assidus à cet exercice , et qu'ils en avaient retiré les plus grands fruits ; qu'il certiliait , pour lui, qu'aucune règle monastique ne s'y opposait; qu'on ferait bien d'ajouter au décret ces mots : Renonçant aux sophismes des scolastiques ; car l'enseignement de ceux-ci engendrait souvent des discordes ; qu'il fallait donc l'éloigner des monastères. Il y en eut qui pensèrent que cet abbé tirait une conséquence juste d'un argument qui était faux. Car, si l'enseignement des scolastiques était une semence de discordes , on devait l'éloigner également des couvents de cénobites , et par conséquent le bannir généralement des cloîtres , ce qui est contraire à la pratique de l'Eglise durant tant de siècles; qu'il y avait donc une autre raison qui rendait l'étude de l'Ecriture plus convenable aux moines que la scolastique, et qui l'avait fait fleurir davantage parmi eux; que c'était parce qu'il ne faut à l'une que lire et réfléchir, et que l'isolement du cloître piété merveilleusement à

%cela: tandis que l'autre ne fait pas de pro- 'grès, si elle ne s'exerce à force de conférences et de discussions ; et par conséquent la solitude et le silence deviennent un obstacle à son perfectionnement.

3. Cet abbé, plus érudit que savant, n'avait fait que vanter sa marchandise au détriment de celle d'autrui qu'il avait dépréciée; Domi-

nique Soto l'imita. Chargé de pouvoirs du général de son ordre, il ne le cédait non plus à personne alors dans la science de la scolastique : il prit donc la défense des prérogatives de sa profession. Avant d'en venir là , il commença par réfuter l'abbé, et déconseilla d'imposer généralement aux moines ce fardeau; ilditque, obligés qu'ils étaient à de longues prières et à de longues méditations, ou ils se trouveraient excessivement surchargés, ou ils se détourneraient de leur ancienne institution pour se livrer à l'étude de l'Ecriture qu'on y aurait ajoutée : ce qu'il démontra surtout par l'exemple des chartreux; qu'on laissât donc ce soin aux mendiants dont la mission propre est d'enseigner et do prêcher. En second lieu, il s'éleva avec éloquence et avec chaleur contre l'idée de donner le pas à l'enseignement de l'Ecriture , soutenant qu'on ne pouvait approfondir les Ecritures qu'au moyen des subtilités scolastiques ; qu'elles ne peuvent être traitées de sophismes que de la part de ceux qui n'ont pas assez de sens pour les entendre , et qui appellent ténèbres une lun)ière dont l'éclat blesse la faiblesse de leurs yeux; ou de la part de ceux qui ne distinguent pas la vraie scolastique de la fausse , et qui, pour cela, flétrissent cette science en lui donnant généralement un nom qui ne convient qu'à une espèce qui n'est pas la scolastique proprement dite , mais qu'on trouve plus communément, et dont ils ont plus souvent senti les inconvénients ; que c'est le sort des choses les plus précieuses d'être souvent altérées ; qu'à ce compte, on pourrait aussi, parmi les biens matériels, laisser le diamant et l'or pour le saphir et l'airain , puisque ceux-ci sont plus sujets a ^ Ire falsifiés ; que parmi les biens spirituelsj on peut mépriser généralement la sagesse et la sainteté , puisque sous leur masque se cachent souvent l'orgueil et l'hypocrisie ; que la scolastique n'est autre chose qu'une science qui, réunissant les deux lumières que Dieu a infusées dans l'Iiommc , celle de la nature et celle de la loi (la première de ces deux lumières fait souvent alliance avec la seconde et ne lui est jamai; contraire) , pénètre au moyen de toutes les deux le plus avant qu'il est possible dans les divins mystères, et dissipe les erreurs dont les mauvaises interprétations de l'Ecrilur; - Sainte sont la source ; que les hérétiques sont les ennemis jurés de la scolastique, parce qu'elle est comme un soleil dont l'éclat chasse leurs fantômes ; que blâmer cette science , c'est faire cause commune avec les protestants et ejîlever à l'Eglise son plus redoutable arsenal. Il rappela ensuite que l'estime est l'aliment qui vivifie tous les arts ; et qu'aussitôt que les théologiens verraient que les premiers honneurs seraientpourune étude paisible, pour celle qui consiste à faire ses délices de méditer la Sainte-Ecriture, et à en lire les interprètes, c'est-à-dire à nourrir son génie, au lieu de le torturer, ils s'affranchiraient de l'étude si laborieuse et si ardue de la scolastique ; que les plus grandes distinctions militaires devaient exciter l'émulation;

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et par conséquent devenir la récompense des travaux les plus pénibles et les plus nécessaires.

k. Ce qu'il y avait de favorable à la scolastique dans le discours de Soto fut approuvé de tout le monde. Mais, il y eut partage d'opinions sur le reste. Il parut à plusieurs que I;i vie monastique laissait aussi du temps pour l'étude de l'Ecriture, qu'elle ne nuisait point à la prière, qu'au contraire elle l'entretenait. Il yen avait d'autres qui, persuadés que la chaire d'Ecriture-Sainte devait avoir le premier rang, à cause de la dignité de son enseignement, n'en étaient pas moins convaincus que, nonobstant cela, il y aurait encore , pour encourager la scolastique

neltino, évèque de Chiron, religieux franciscain de l'Observance, ou Benoit Nobili, évéque d'Accia, dominicain. Quel qu'il fût, il affirma que l'avis contraire émis par lui, dans la congrégation particulière , devant le cardinal d'Angleterre, avait réuni presque toutes les voix, et que cet avis avait consisté à dire qu'il fallait remettre en vigueur la constitution d'Adrien VI , qui défendait de prêcher sans la permission de l'ordinaire. Et à ce propos, il fit une sortie violente contre l'audace des réguliers : c'est qu'ordinairement une communauté n'a pas de plus grands ennemis que ceux qui en ont été membres; car en vivant ensemble, on peut également prendre de l'affection ou de

dans ses travaux, la considération de la gloire î'éloignement les uns pour les autres. Il eut

plus brillante qui s'attache à la supériorité — ' ~~" --"- '- ^.— :--•-'. — •-•^

du génie et celle de récompenses plus solides et plus durables que n'est une prééminence stérile et superficielle. Mais le cardinal del Monte mit fin à cette discussion, en disant qu'il était indigne de cette augus!e assemblée de consumer le temps dans des choses aussi futiles. Que dirait l'Allemagne, quand elle saurait que le concile œcuménique, rassemblé pour la destruction des hérésies et pour la sanctification delà chrétienté, avait, après de longs débats, abouti à examiner si on devait établir une chaire d'Ecriture-Sainte dans les couvents des moines, et si cette chaire aurait le pas sur les autres? qu'après de si grands préparatifs, faire si peu serait aux yeux de la renommée moins que ne rien faire du tout.

5. On passa donc, dans l'assemblée du 21, à l'examen des autres décrets et surtout de celui qui obligeait les évoques à s'acquitter par eux-mêmes du devoir de la prédication. Pacheco représenta, à cette occasion , qu'on devait aussi parler nommément d-es archevêques et des primats , afin qu'ils ne pussent pas venir dire dans la suite qu'ils n'étaient pas compris , sous la dénomination générale d'évêque , dans ces dispositions odieuses : il 'opina en outre pour la suppression du passage qui déclarait qu'il serait permis aux évêques de prêcher, mêrne le cahier à la main, parce qu'exprimer une telle concession ^ c'était montrer une trop basse idée de leiir talent ; l'une et l'autre observation fut accueillie ; il n'en fut pas de même d'une autre proposition qu'il lit: il voulait qu'on ôtât cle ce décret toutes les peines portées contre les évêques qui y contreviendraient , laissant a Dieu seul le soin de les punir. La majorité maintint la rédaction telle qu'elle est maintenant : El si quelqu'un se dispense de rubli-

quelques partisans, mais la majorité suivit Pacheco ; et l'évêque de Bertinoro réfuta avec non moins de chaleur les objections qu'on avait apportées contre les privilèges des réguliers : qu'on fit attention au petit nombre d'évêques et de curés qui avaient tout-à-la-fois le talent et la volonté de s'acquitter du ministère si saint de la prédication ; qu'ils eussent donc à acquérir l'un et l'autre, et qu alors on songerait à retirer cette fonction aux réguliers ; qu'on devait à la vérité rendre aux évêques les prérogatives dont ils jouissaient primitivement , mais que l'antique et véritable prérogative de l'épiscopat était de marcher à la prédication de l'Evangile, n'ayant pour habit qu'un sac, et qu'un bâton pour litière, et non de se parer avec pompe des plus riches manteaux , de s'engraisser ou plutôt de se gonfler dans les délices d'une vie lâche et désœuvrée; qu'au reste, il n'appartenait pas au concile de révoquer les privilèges des papes.

7. Ces expressions paraissaient plus tenir d'une vengeance qui ne sait pas se contenir, que d'une défense renfermée dans de justes bornes. Elles attirèrent de la part de l'adversaire une réponse qui ne fut pas plus modérée. Peu à peu on finit par en venir à des paroles si blessantes, que Caselius traita d'hérétique la proposition qu'on lui opposait. Et quoique cette accusation fût sans fondement, néanmoins l'opinion que Caselius avait embrassée sur le point capital dç la discussion eut beaucoup de partisans , et Fabius Mignanelli , évêquc de Lucera ( il avait été auparavant nonce en Allemagne ; nous en avons parlé souvent , çt il devint ensuite cardinal ) , remarqua que la constitution d'Adrien n'était pas universelle , qu'elle ne s'étendait qu'à l'Allemagne où

galion de prêcher, qu'il soit pamble des peines même elle n'était pas exécutée les plus rigoureuses, te qui pouvait, d'après Et pour ne pas interrompre ce sujet, dila déclaration qu'en fit Bertano , s'étendre sons qu'il en fut de nouveau question dans contre les contempteurs, jusqu'à la privation la congrégation du 10 juin : ce fut Zannet-

tino ou Nobili, quel que fût d'ailleurs ce der-

de leur siège

6. Le même cardinal Pacheco voulait qu'on laissât aux curés qui résideraient le pouvoir d'autoriser les réguliers à prêcher dans leurs paroisses. tJn évêque s'y opposa fortement. Les actes de Massarelli le désignent niai ; je ne puis assurer si c'était DenysZan-

nier, qui en parla. 11 représenta aux évêques que ce serait une grande folie de ne pas usçr pour leur propre avantage, comme ils le pouvaient avec justice , du pouvoir qu'il^ avaient présentement et qu'ils ne pouvaionl guère espérer d'avoir une seconde fois }

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qu'il n'y aurait pas toujours de concile œcuménique rassemblé , qu'à peine en voyaiton un par siècle; que les évéques eussent donc à rentrer en possession de leurs anciens droits, pendant qu'ils le pouvaient, et que le souverain Pontife était disposé à leur donner satisfaction.

8. Ces clameurs produisirent de l'effet : on se laissa en grand nombre prendre à l'appât si puissant que présente une mesure d'intérêt général dont les avantages doivent tourner au profit de chacun en particulier; c'est qu'alors la considération de l'utile se réunit à celle de l'honnête. Les rédacteurs eux-mêmes du décret, dans les congrégations particulières , désirant apaiser, comme c'est l'ordinaire, ceux qui criaient le plus haut, le réformèrent; ils ôtèrent aux curés le pouvoir d'appeler les réguliers à prêcher dans leurs Eglises, sans en avoir la permission de l'évêque ; et aux réguliers , celui de prêcher, sans cette permission , même dans les Eglises de leur ordre. Mais quand on proposa le décret ainsi modifié dans la congrégation du 15 juin , le cardinal Pacheco le rejeta avec force. Il dit qu'il lui paraissait étrange que ce fût au moment où on avait le plus de besoin de leurs services qu'on dépouillât les réguliers des privilèges et des droits dont ils étaient en possession depuis longtemps ; qu'il craignait que par là , tout en voulant servir l'Eglise , on ne lui nuisît beaucoup , en empêchant indirectement la prédication de la parole divine, c'est-à-dire de tous les moyens le plus nécessaire pour la conservation de la religion , et que par conséquent, on ne devait, selon lui, rien changer à la disposition du concile de Vienne, dans la Clémentine qui commence par Dudùm, au titre des Sépultures ; qu'il n'aimait pas non plus davantage à voir ôter aux curés un droit qu'ils possédaient et qui était fondé sur les canons.

9. Ce discours ne changea l'opinion que de 14 membres sur 58 qu'ils étaient, tant évéques qu'archevêques. Les autres se prononçaient hautement pour la rédaction du décret qu'ils trouvaient très-bonne. Déjà on était sur le point de la sanctionner par une dernière approbation, lorsque Séripand, général des Augustins, prit la défense des réguliers, et réussit mieux que n'avait fait Casélius , parce qu'il procéda plus modérément : il parla de ce ton calme que les moins avisés traitent de froideur, mais qui vaut au fond mieux que la chaleur la plus bouillante pour finir un différend, quand on a pour partie adverse non seulement qui est plus grand que soi , mais même qui a qualité de juge ; il protesta d'abord qu'il était entièrement libre de toute passion dans cette matière ; qu'il en prenait à témoins ceux des Pères qui avaient été chargés du rapport sur les abus ; que dans cette commission où il était aussi entré et dont il s'était regardé comme le moindre membre, il avait toujours poussé ses collègues à pourvoir, par les règlements les plus sévères, à la répression de la méchanceté des mauvais prédicateurs ; et que j

persuadé qu'il était que cette répression serait bien plus possible aux évéques qu'aux prélats réguliers , il avait toujours conseillé d'en confier l'arme aux premiers, dans les mains de qui elle aurait plus de force et serait plus redoutée; qu'il était incomparablement moins jaloux des intérêts particuliers de son ordre que de ceux de toute l'Eglise, au i service de laquelle tous les ordres sont dé- J voués , et dont la prospérité est si nécessaire à celle de tous les ordres religieux. Mais que c'était par amour de l'Eglise qu'il représentait respectueusement au concile qu'il s'agissait, dans ce décret, de prendre une décision qui était beaucoup plus importante qu'elle ne paraissait; qu'il fallait considérer que, depuis plus de trois cents ans, les réguliers jouissaient librement de l'exercice de la prédication; que si les évéques voulaient ne se reposer que sur eux seuls du soin de cette fonction , à l'exemple des anciens Pères , il n'y aurait rien de plus juste; car, pendant que l'évêque prêche , le devoir des autres est non pas de parler, mais d'écouter ; non pas d'enseigner , mais d'apprendre ; qu'ils fissent toutefois réflexion à la pesanteur du fardeau qu'ils allaient se mettre sur les épaules.

10. Que ce n'était pas aux évéques, comme le faisait un injuste censeur, mais à la nature humaine, qu'il fallait s'en prendre, s'ils ne pouvaient suffire seuls à cette charge ; que, dans les premiers temps, il y avait moins de fidèles, qu'ils étaient moins civilisés et plus disposés à se prêter aux discours les plus simples ; que l'exercice des fonctions ecclésiastiques revenait moins souvent; que les évéques avaient moins à s'occuper de la conduite du clergé , qui n'était pas , à beaucoup près, aussi nombreux; et, en un mot, que c'était un autre gouvernement et un autre monde; et qu'aussi alors il y avait eu peu d'cvêques qui se fussent acquittés comme il fallait d'un tel ministère; qu'on conservait la mémoire de ceux-là ; que la foule des autres qui l'avaient rempli imparfaitement était restée ensevelie dans un obscur oubli ; que maintenant il fallait à un évêque la science du droit canon pour juger, et aussi celle des affaires publiques pour traiter adroitement avec les princes, avec les grands, avec les différentes classes de sujets, au milieu d'un monde si raffiné, si artificieux; que si un évêque manquait de ces talents, ou il ne pourrait pas du tout, ou au moins il pourrait bien plus difficilement y suppléer par un autre qu'au défaut de la prédication, et qu'on ne rencontre guère dans un même homme ces talents réunis aux grâces de l'éloquence, à l'habitude, à l'intelligence des saintes Ecritures et de la science divine, sans lesquelles la prédication de l'évêque n'édifierait pas, mais détruirait; que cette fonction l'exposerait à la critique encore plus qu'un simple prédicateur, tant à cause du plaisir plus vif qu'on prend à dénigrer un supérieur, qu'à cause de la nécessité où ce supérieur se trouve souvent de s'aliéner les cœurs par zèle et par amour de la justir : qu'au contraire, échappait-il quelque

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chose de faible à un simple régulier, l'envie y justification , et qu'il n'oserait se montrer au

était moins attentive, et il en résultait moins chapitre prochain de son ordre ; que si on

de scandale; qu'il y avait de la piété à désirer n'enlève point un pied de terre à un simple

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' tels par siècle, et que si on les compte, c'est privilèges tous les ordres réguliers, sans les \ donc qu'ils ne sont pas nombreux. avoir appelés et entendus dans l'exposé de i 11. Qu'on ne devait pas l'imputer aux choix leurs raisons. qui étaient mauvais; qu'on jetât un regard 13. Le discours de Seripandi, appuyé des attentif sur la scène du monde; qu'on y en- prières d'André Audet, général des carmélivisageât les hommes de près et sans cette en- tes , adoucit merveilleusement les esprits, vie secrète qui est toujours portée à regarder Mais celles d'Augustin Bonucci, général des comme plus dignes des charges ceux qui ne servites, failliront réveiller les susceptibilités les occupent pas, et qu'on reconnaîtrait com- qui ne faisaient que de cesser à peine ; c'est bien il y en a peu qui aient toutes ces quali- qu'il y mêla mal à propos cette réflexion oftés ; et cependant c'est parmi les hommes, et fensante, qu'il ne s'étonnait pas de voir si peu non parmi les anges, que se prennent les évê- de Pères prendre la défense des privilèges des ques. Mais, supposé que chaque évêque fût religieux, puisque, peu auparavant, quand un Chrysostôme pour la prédication, la voix on avait traité de la résidence des évoques d'un seul homme pourrait-elle suffire à se (ce que nous raconterons plus tard, nous atfaire entendre de tout un diocèse? non certai- tachant plutôt à l'ordre des matières qu'à nement. Comment espérer ensuite générale- celui du temps), elle avait encore trouvé nient tant d'habileté de la part des pasteurs moins de défenseurs. Cette expression irresdu second ordre? que c'est déjà beaucoup de pectueuse souleva une grande indignation et trouver en eux de bonnes mœurs , de l'assi- un grand tumulte ; mais le calme se rétablit duité aux fonctions ecclésiastiques, et de l'ap- par les soins surtout du cardinal Pacheco et titude pour le gouvernement des consciences ; des ambassadeurs de l'empereur, que , pour se former à la science et à l'élo- 14,. Le premier légat répliqua que c'était , quence, surtout en religion , il y a les plus selon lui , moins le temps que jamais de dépénibles études à faire, et qu'elles peuvent ppuiller de leurs privilèges les prédicateurs difficilement s'allier avec le soin du patri- réguliers, puisque les évoques, obligés d'asmoine et de la famille, et les autres distrac- sister au concile, pouvaient, moins que jations inséparables de l'état de celui qui vit mais, s'acquitter par eux-mêmes de cette pardans le monde; que les réguliers, dispensés tie de leur mission. Louis Lippomani,coadde s'inquiéter des nécessités de la vie, pour- juteur de Vérone (c'est le même qui, dans la vus de maîtres sans sortir de chez eux, et suite, quoique toujours simple prélat, fut continuellement exercés, ont la plus grande choisi par le souverain Pontife suivant pour facilité pour faire des progrès dans ces scien- être un des présidents du concile), et d'autres ces; qu'aussi sont-elles en effet plus floris- évêques, en prirent occasion de demander que santés au sein paisible des cloîtres que dans le décret fût modifié. Mais l'heure était avanie tumulte du siècle, comme la jurisprudence cée. On remit à en délibérer à la congrégaet la politique brillent plus sur l'arène du siè- tion prochaine. Elle se tint la veille (1 ) de la cle qu'à l'ombre du cloître. session ; et d'abord on donna audience à beau- 12. Or, admis que l'Eglise dût se servir des coup de théologiens réguliers qiù demanderéguliers pour la prédication , quelle justice rent à être entendus. Ce fut François de Patli, y avait-il à conseiller d'ajouter aux vexations mineur conventuel, qui parla au nom de tous ; dont ils étaient l'objet encore d'autres vexa- ilronjuradene pas porter un décretqui empiétions, jusqu'à ne pas leur permettre d'ouvrir fait si:r leurs privilèges, avant que leurs chefs la bouche, même dans leurs églises, sans l'a- fassent arrivés et eussent été entendus ; qu'ils grément de l'évêque? Que s'ils se voyaient assistaient pour le moment aux chapitres gérécompenser ainsi de leurs services par des néraux et qu'ils ne tarderaient pas à arriver, persécutions , leur amour de l'étude et des Après que les théologiens se furent retirés , veilles se ralentirait, car, après tout , les le cardinal dcl Monte demanda l'avis des Pèreligieux sont aussi des hommes, exposés res , et la plupart pensaient qu'il n'était pas comme les autres aux passions humaines; convenable que ces théologiens , qui procuque le cloître où ils vivent n'est qu'une école raient, à la sueur de leur front, des armes au de perfection, et non une assemblée de par- concile pour combattre l'hérésie, se vissent, faits; que, si cependant les Pères persistaient en récompense de leurs veilles, dépouillés dans celte intention, au moins ils attendissent des privilèges dont ils étaient depuis si longl'arrivée des autres chefs d'ordre ; que plu- temps en possession. Néanmoins l'assemblée sieurs d'entre eux, et les principaux, étaient se partagea en trois sentiments : quelquesabsents ; que celui des prêcheurs, par exem- ^ng se joignirent au cardinal Pacheco pour pie, n'était pas encore arrivé, et que deux des demander l'ajournement; un grand nombre mineurs avaient quitté Trente pour se rendre jugèrent que le décret sur la prédication scà leurs chapitres généraux ; qu'il ne pouvait, ^ait imparfait et demeurerait sans résultat, si sans leur avis, consentir à une mesure qui on ne réglait entièrement ce point; mais ils les intéressait tous; et que, sil le faisait, il n'aurait pas ensuite un mot à dire pour sa (i) 16 juin 154G.

HISTOIRE DU CONCIf.E m TRENIE.

consentaient à modifier ce qu'il y avait de préjudiciable aux réguliers. D'autres enfin élevaient jusqu'au ciel le décret tel qu'il était rédigé, et s'étonnaient qu'on eût seulement la pensée de gâter un travail si bien fait. Aucun de ces trois partis ne réunit plus de la moitié des suffrages de toute l'assemblée, ce qui était nécessaire pour qu'il y eût décision. Les légats penchaient pour le second sentiment, parce qu'il leur paraissait plus juste que le troisième et plus efficace que le premier, et parce qu'aussi ils le regardaient comme seul propre à en finir avec les troubles présents et futurs qui auraient résulté de tout autre arhlngement de ce débat. Le cardinaldclMonle dit donc que ses collègues et lui avaient imaginé un nouveau mode de rédaction qui modifierait le décret, comme les Pères allaient l'enteiidre, et il leur en fit donner lecture.

15. Voici quel il était : Que les religieux ne pourraient pas prêcher hors de leurs églises, sans en obtenir la permission des évêques , fussent-ils même invités par le curé à le faire dans sa propre paroisse ; mais que, dans leurs églises, ils n'auraient pas besoin d'autre permission que de celle de leurs supérieurs; qu'il faudrait toutefois qu'ils la fissent recon- Uiiitre par l'ordinaire , et qu'ils reçussent aussi la bénédiction de lui. Quand ce qu'on jiropose pour l'accommodement d'un différehd est tel que l'une des partie gagne beaucoup et que l'autre perd peu, on s'arrange facilement : c'est ce qui arriva dans ce cas. Car il importait peu aux réguliers de ne pouvoir pas, sans le consentement des évêques, prêcher dans les églises paroissiales. Ce ne sont pas la plupart du temps de bien nobles théâtres , et on ne voit pas sous quel autre rapport elles piqueraient si fort l'envie des religieux, qui ont, pour s'y faire entendre, des églises à eux beaucoup plus suivies et bien mieux ornées; ils savaient donc bien que pour ces autres églises, les évêques qui étaient obligés d'y pourvoir, les rechercheraient plutôt qu'ils ne les gêneraient. Et quant à la bénédiction à demander à l'ordinaire, avant de monter même dans leurs propres chaires, ils ne pouvaient la regarder conune coûteuse, sans se faire accuser d'une hauteur et d'une Vanité en opposition avec leur profession. D'un autre côté , ii était trop important pour eux d'assurer la liberté de leurs maisons qui venait d'être en péril, et de ne pas avoir partout la bouche fermée. Mais autant les réguliers perdaient peu, autant les é\êques gagnaient-ils beaucoup. Ils voyaient s'étendre leur autorité sur toutes les églises paroissiales, et acquéraient aussi une espèce de prééminence sur les autres qui ne dépendaient pas de leur juridiction. Ce qui joint au droit mentionné plus haut d'interdire et de puniraugnientaitnotablement les droits épiscopaux sur celte matière. La majorité déclara donc qu'elle était satisfaite de cette modification ; quoique quelques-uns, et plus qu'aucun autre Martel, se plaignissent qu'on eût changé quelque chose à la première rédaction du décret, et que d'autres au contraire au nombre clescjnels élail l'évêque

d'Aquino et de Cagliari, trouvassent qu'on ne parlait point assez avantageusement des réguliers. Mais on fit là-dessus un nouveau décret dans la suite, sous le pontificat de Pie IV (1), comme nous le rapporterons en son lieu.

16. C'est là le fil de cette affaire tel que je le trouve dans les actes et dans la correspondance des légats, quoique Sarpi, comme fait l'araignée, en ourdisse un autre qu'il tire tout entier de son propre fonds. Il imagine un échange de propositions et de réponses entre les légats et le Pontife relativement à cette affaire; des considérations politiques qu'on entendit là-dessus à Rome; des ordres que les légats reçurent du même lieu aussi à cet égard ; et des menées que ces derniers entretinrent avec les évêques italiens dans l'intérêt des réguliers : de tout ce beau conte on ne trouve pas un mot dans les actes, dans la correspondance entre Trente et Rome, ni dans les mémoires où l'on détaille ce qu'il y a de plus secret et de moins important : il y a plus, on y lit le contraire. Car le Pape concéda par un bref que nous rapporterons, que le concile pourrait déroger aux privilèges des réguliers, comme il jugerait à propos : et le décret, dans la teneur qui leur était le plus préjudiciable, comme nous l'avons fait voir, avait déjà été approuvé par la majorité dans la congrégation générale, et on était sur le point de le porter, quand on en fut détourné non par les peines que se donnèrent les légats et les évêques Italiens gagnés par eux, mais par l'autorité du cardinal Pacheco et de ses partisans, et par l'éloquence persuasive de Seripandi. Dans celte même circonstance, au contraire , Martel et les autres évêques italiens se montrèrent les plus grands adversaires des réguliers.

17. Sarpi révèle encore, comme un mystère profond, la raison qui porta Rome à vouloir proléger les réguliers : c'est que c'étaient eux qui depuis plusieurs siècles, dans les congrégations de Clugny et de Cîteaux, et depuis dans les ordres Mendiants, avaient soutenu l'autorité pontificale. On leur doit réellement ce service, et si les réguliers s'en glorifient comme d'une conduite qui profile merveilleusement au soutien de la religion, les Pontifes ne croient pas devoir cacher que c'est pour les en récompenser aussi bien que de leurs autres travaux qu'ils les enrichissent de leurs faveurs. C'est ce qu'on lit expressément dans le texte de bulles sans nombre dressées, et pour accorder à l'ordre entier des privilèges, et pour décerner en particulier à beaucoup de ses membres les honneurs du culte. Ce n'est pas toutefois à ce service seul auquel Sarpi les attribue uniquement, que les ordres réguliers doivent le.^ faveurs du Siège apostolique ; elles leur étaient faites moins pour les récompenser de leurs travaux que dans l'intérêt de celui qui les leur accordait. Qu'on voie si, depuis 400 ans, les réguliers, qui ne forment pourtant qu'une faible portion, si on les compare à toute Sa

[)) Session ?4, chap. A,

multitude llbS chfYîticnfe, ft'bhl p<1s donné à l'Eglise dis fôi^ puis iqUé les aùlreë, de théologiens t^élèbrês él d^ Sclinls glôriéut; qu'on voie également qui, à^lpdi^1Vànt, Sbtis Chatlemagne, ressuscita les sciences enéfe-velies dans la barbarie, qbcllcâ plumes réfutèrent !ie& hérésies , qUelles plumes abattirent le i-'ègne des doctrines arabes qui, àvéc le? arjîiès d'Âristôte replacé pdr elles sur le trône de la philosophie, fAisaiont une guet-re si i*edolitablcà JésUs-Christ? qil'orivoie qui, dans les pays où l'impiélé domine , a répandu ses sueurs et son sartg pour semer et entretenir la foi? Sârpi aurait été nioihs restreint dàtis son panégyrique des réguliers, s'il rfvait bien voulu se conformer au maître dont il adopte avidement les opinions en niatière civile, je veuS dire, de Nicolas Machiavel; il aurait appris à Sarpi , à reconnaître en eux un autre service signalé qu'ils ont rendu à la foi chrétienne. Cet écrivain (1) fait observer ique tout Etat Ou toute religion a besoin, pour se conservef, d'avoir de temps en temps des hoiliiues qui les rrtmènenl à leur principe ; qu'ainsi dâhs les derniers siècles, qui étaient d'ailleurs si relâchés, la religion clirélicime s'était soutenue par le nouvel établisSelncnt des fiimille^ si édifiantes de S. Dominique et de S. François; qUe c'était par l'imitation de la vie et des Vertus de Jésus-Christ qii'oîlos ranimèrent la foi presque éteinte dans l'esprit des hommes, et que ses membres acquirent comme prédicateurs et connue confesseurs Un crédit assez grand poUr la préserver tle l'effet des exemples scandaleux qu'on voyait à cette époque dé dissolution dans plusieurs grands dignitaires ecclésiastiques. Tant les réguliers trouvaient plus de justice dans un laïque, publicisté impie, que dans un prêtre chargé de l'enseignement de la discipline religieuse. Mais ce qu'il y avait de différence entre eux vehait de ce que l'un n'était que contempteur impudent de toute religion, et que l'autre était dé plus ennemi acharné de l'Eglise catholique.

CHÀi^iTRE VI.

Débats relatifs au décret sur la résidence des évéqiies et aux empêchements qu'elle rencontre.

1. Dans 1.1 tdngrégation du 21 mai, à l'occasion de Ici présentation du décret qui obligeait les évêques à la prédication, le cardinal Paclieco, aitiêl que nous l'avons remarqué, avait dit qu'on ne pouvoit stîltuer définitivement sur cet article, si on ne faisait en même temps un décret sur la résidence qui est nécessaire pour l'accomplissement de ce devoir, et Sur les obstacles qui efupéchent les prélats de résider. Mais on crut alors qu'il parlaK ainsi pour entraîner les Pères dans Un labyrinthe de difficultés, et les détourner des questions de dogme; et aussi il fut peu écouté. C'est l'ordinaire des assemblées. Qira'rid on croit (juc eeîui qui y prend la pafolé pOur conseiller une mesure éSt cdhdiiii

(I) Au liv. lll (lu discours sûr ti(e-Llve, èl au chapHre 1.

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