CHAPITRE IX
Observations que font les Pères sur la teneur du décret proposé touchant le péché oriqinel, et plus particulièrement sur la question de savoir s'il reste quelque chose d'odieux à Dieu dans ceux qui renaissent.
1. Quand on se fut accordé sur le fond, on chargea une commission de formuler le décret, conformément à ce qu'on avait adopté. Ce fut dans la congrégation générale du 8 juin
d'être imputée, les hérétiques avaient altéré qu'on procéda à Texamen de cette rédaction le texte, et substitué au mot de ooncwpùcence '!>" --»:"":» —'ai-™ a/.^^x.^:
celui de péché , et que si quelquefois l'Apôtre appelle la concupiscence péché, on voit clairement parie contexte de l'auteur sacré, que ce langage est figuré, comme lorsqu'il nomme péché jusqu'à Jésus-Christ lui-même. C'est ainsi encore qu'on appelle pain l'Eucharistie, que Dieu appelle Adam poussière, que les cadavres s'appellent du nom de ceux dont ils furent les corps, et qu'en un mot l'effet prend souvent le nom de la cause, et surtout de la matière dont il provient, ou bien du composé dont il est lui-même la matière.
11. Ce sentiment fut adopté à l'unanimité par les Pères ; il n'y eut d'opposants que San- Feliz, évêque de Cava, et Bonucci, général des Servîtes. Quoiqu'ils convinssent que le baptême ne fait pas que couvrir, mais que même il éteint ce qui fait le fond du péché, et qu'en cela ils condamnassent les Luthériens,cependant ils paraissaient admettre dans la concupiscence elle-même, considérée isolément, quelque chose qui tenait du péché, H qui ne s'imputait plus par conséquent pec/i»; on n^ trouva rien à redire à la pre
On y disait qu'Adam, par sa désobéissance, avait perdu la sainteté dans laquelle H fut créé. On substitua à cette dernière expression celle A'étabU, sur l'observation du cardinal Pacheco. Il représenta qu'il n'est pas incontestable qu'Adam ait joui de la sainteté intérieure dès le moment même de sa création. D'où l'on voit combien est faible la preuve que quelques partisans de cette opinion en vont chercher dans la rédaction du décretdu concile, telle que nous l'avons maintenant.
On disait dans ce projet de rédaction que par sa fiiute Adam tout entier avait dégénéré dans son corps et dans son âme, et qu'aucune partie de celle-ci n'était demeurée intacte. On retrancha ces dernières expressions comme paraissant s'étendre jusqu'aux sens.
On y lisait ce qu'on y lit encore maintenant, que le baptême remet non seulement la dette ou l'offense de la faute originelle, mais tout ce qui est vraiment et proprement
mière partie, mais la seconde parut superflue à quelques-uns. Seripandi aimait mieux qu'on dît, ôtait tout ce qui était péché, et l'évêque de Gava, étaient tous les péchés. Mais le décret plut aux autres tel qu'il était.
2. La dispute s'échauffa ; ce fut à l'occasion •du passage où l'on affirme qu'il ne reste rien d'odieux à Dieu dans ceux qui renaissent. Seripandi s'y opposa sous le prétexte que la concupiscence étant la source du péché, Dieu ne pouvait pas ne pas la haïr ; que par conséquent celte négation absolue était fausse. Le cardinal Polus parut frappé aussi, mais sous un autre rapport, de cette difficulté. 11 parla savamment pour montrer qu encore bien que la nature du péché originel soit très-obscure, néanmoins les malheureuses suites qui en ont résulté pour la nature humaine, tant dans la perversion de notre cœur que dans l'obscurcissement de notre esprit, sont connues de la philosophie, qui n'a besoin que de sa lumière pour les voir : qu'ainsi, pour ce qui est de la première, Arislote, comparant entre eux le gouvernement d'un seul et celui de plusieurs, et s'expliquant sur les défauts de l'un et de l'autre, compte au nombre des inconvénients de la monarchie l'impossibilité qu'il y a souvent pour un homme de s'abstenir du mal vers lequel l'appétit de la nature le pousse ; et que pour ce qui est de la seconde, on a appris de Socrate qu'après avoir longtemps philosophé, tout ce qu'il savait c'est qu'il ne savait rien; que la prévoyance humaine a cherché un remède à ces désordres dans la législation et l'enseignement; mais qu'aucun de leurs remèdes n'aurait été efficace sans la rédemption, dont nous sommes redevables à la mort du Fils de Dieu. Il ajouta que le reste du décret lui plaisait; qu'il n'hésitait que sur les mots en question, où Tondit que dans ceux qui renaissent, il ne reste rien d'odieux à Dieu; et que la raison de son doute, c'est que S. Paul ne parle pas sur le même sujet aussi généralement que le fiiisait le décret; qu'au contraire, il s'exprime avec restriction, affirmant qu'il n'y a rien d'odieux à Dieu dans ceux qui renaissent et qui sont dans le Christ; de telle manière que ce n'est pas de tous ceux qui renaissent qu'il affirme; que les plus saints hommes même doivent renouveler chaque jour cette prière : Remettez-nous nos dettes; qu'il y avait donc en eux aussi quelque chose qui ne plaît pas aux yeux de Dieu.
3. Bertano essaya de détruire ces objections ; et d'abord il fit observer que c'était à dessein que ceux qui avaient rédigé le décret avaient adopté le mot de nés de nourveau , au lieu de celui de baptisés, puisqu'il peut arriver qu'on soit baptisé, et que néanmoins on reste dans la haine de Dieu, quand, par exemple, on ne reçoit pas le baptême avec les dispositions nécessaires; mais qu'il n'en est pas ainsi, quand on est né de nouveau ; qu'on renaît véritablement lorsqu'on s'est enseveli dans l'eau du baptême avec le Christ , comme parle le décret. Passant ensuite à la question dont il s'agissait et à la
défense du passage cité , il dit , que quoique la concupiscence soit exclue à jamais du ciel, elle n'est pas pour cela odieuse à Dieu, dans ses serviteurs sur la terre ; que la fragilité des membres et les autres misères du corps sont aussi bannies de ce séjour du parfait bonheur, et que néanmoins elles se trouvaient dans le Fils de Dieu, en qui il est certain qu'il n'y avait rien d'odieux aux yeux du Père.
k. Musso voulait bien convenir que la concupiscence n'était pas o<lieuse à Dieu; mais il désirait qu'on modifiât le décret, par rapport aux péchés véniels, dont ceux qui renaissent ne vivent pas non plus exempts.
Seripandi, poursoutenir son sentimentet en même temps pour échapper au reproche d'opiniâlreté, donna cette opinion, non comme de lui, mais comme de S. Paul, et, à l'abri de ce nom, il composa un écrit qu'il travailla avec soin. Il y faisait observer que si les Pères déclaraient qu'il ne restait rien d'odieux à Dieu dans ceux qui étaient régénérés, il fallait en conclure, comme conséquence, qu'il n'y avait rien en eux dont ils dussent se purifier avec laide de Dieu, rien qu'ils dussent réprimer , rien qu'ils dussent combattre : toutes choses contraires à ce qu'on lit dans les divines Ecritures ; qu'il n'y a pas de justesse dans la citation des misères corporelles du Christ ; qu'il n'en est plus question dans le ciel , parce qu'elles sont inconciliables avec un bonheur parfait ; mais qu'elles ne sont pas pour cela un objet de haine pour Dieu, puisqu'elles ne servent en rien contre nous dans la guerre que nous fait le péché; que l'appétit concupiscible peut se qualifier de frère d'armes qui procure au péché tous ses triomphes ; qu'on voit, par plusieurs passagesdeS. Augustin, qu'il déplaît à Dieu; que c'est là ce m.al dont tous, même les saints, demandent la délivrance dans la prière que Jésus-Christ nous a enseignée; quoiqu'on ne l'obtienne parfaitement que dans l'autre vie; que, selon S. Augustin, la concupiscence n'est pas une propriété de la nature , comme plusieurs le supposaient , mais une corruption et une révolte de la nature ; qu'il lui semblait donc qu'il fallait retrancher ces expressions et y substituer les autres, prises de S. Augustin lui-même : Que dans cetia; qui renaissent il ne reste aucune iniquité, mais seulement une grande faiblesse ; que comme elle déplaît à Dieu, il faut travailler toute sa vie à s'en défaire, jusqu'à ce que lui-même guérisse toutes nos langueurs et rachète notre vie delà corruption ; que pour at ténuer la force des passages de l'Ecriture où la concupiscence est appelée péché , il ne servait de rien de citer d'autres mots employés quelquefois métaphoriquement; que pour ceux-ci il y avait toujours quelque chose de particulier qui indiquait que l'Ecriture ne voulait pas parler dans le sens propre; qu'ici, au contraire, où S. Augustin enseigne de plus que la concupiscence combat contre l'esprit, on a une nouvelle preuve qu'il écrit dans le sens pi'opre.