LIVRE SIXIÈME
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supporté de nouveaux délais , ne pouvait s'obliger à ce retard indéterminé, d'autant moins , qu'interrogés s'ils avaient entre les mains l'ordre écrit de présenter une telle réclamation au nom de leur roi, les Français furent contraints de confesser que non , ajoutant néanmoins qu'on devait s'en rapporter à ce qu'ils disaient de l'intention de Sa Majesté très-chrétienne. Ils eurent donc l'air d'être satisfaits de la réussite de cette démarche à laquelle on n'avait répondu que par des paroles polies, mais tout-à-fait insignifiantes. Au reste, ils ne laissèrent pas de continuer à faire, dans le particulier, les instances les plus vives pour obtenir du délai. 12. L'autre chose remarquable qui se passa dans celte première réunion, fut l'arrivée de Jérôme Oleastro, dominicain célèbre par ses Commentaires sur le Pentateuque. Il était envoyé par Jean, roi de Portugal. Ce religieux prince avait des ambassadeurs désignés pour le concile; mais comme leur départ était différé dequelquc temps, à cause des préparatifs d'argent et de meubles qu'il fallait faire pour ne pas se montrer sur ce théâtre du monde dans un état qui ne répondît point à la dignité du maître et de la nation , Jean , pour prouver plutôt, autant qu'il le pouvait, sa bonne volonté pour la tenue du concile, fit partir en avant trois dominicains munis de ses lettres. Différents obstacles avaient arrêté les deux autres en route , le seul Oleastro arriva alors, et après avoir exhibé ses lettret de créance, il demanda à être admis à titre d'ambassadeur. Les Pères remercièrent respectueusement le prince de son religieux empressement; mais, examinant la teneur de ses lettres, ils ne trouvèrent pas qu'elles conférassent à Oleastro la qualité et les pouvoirs qu'il réclamait. Aussi ne consentirentils point à sa demande, lis jugèrent toutefois que ce religieux, tant parce qu'il était, à 'f rente, le seul représentant de sa nation et l'envoyé d'un si bon monarque, qu'à cause de son grand mérite personnel , avait droit d'attendre du concile quelque marque particulière d'honneur; ee qu'il obtint en elTet, comme on le verra plus loin.
CHAPITIIE II.
Diverses conteslalions sur Vadmission comme juges des membres qui ne sont pas cvéques, et sur celle des chargés de pouvoir des cvéques allemands ; sur le litre du concile; sur Vautoritédes légats, et sur Vcxemption des décimes pour les évéques et les autres membres qui assistaient au concile.
1. De ces articles que nous avons mentionnés, le plus délicat, comme aussi le plus urgent, était d'arrêter qui aurait voix délibérative dans le concile. Ce doute tombait en premier lieu sur les prélats réguliers. Les légats, pour que le concile ne fût pas arrêté à son début, avaient décidé, avec l'approbation de l'assemblée, que, pour statuer définilivement sur un point si important, on attendrait que les Pères fussent réunis en plus grand nomlire, sans que toutefois les fonctions (|ui seraient remplies jusque là par les religieux
dussent préjudicier à leurs droits ou leur en conférer de nouveaux. On espérait qu'au moyen de cet arrangement ils demeureraient tranquillement en possession d'un privilège dont ils jouissaient depuis longtemps; car leur science leur conciliant les Pères auxqui'ls ils se rendraient utiles, ceux-mômes qui s'étaient le plus opposés à eux les verraient ensuite, avec moins de peine, conserver dans le concile cette position, qui n'aurait été d'abord que provisoire. C'avait été le vrai moliî de celle mesure; les légats l'éirivii'cnt ar» Pape. Comme c'était Ihéologiquement que devaient se décider les qucslioni de dogme , et que cette science se trouvait plus généralement dans les réguliers, il semblait bon et convenable que plusieurs des juges fussent versés à fond dans la connaissance des matières qu'on aurait à traiter.
2. Mais, peu de temps après, plusieurs évéques ne dissimulèrent pas qu'ils l'avaient entendu autrement; comme ils avaient cru que, jusqu'à plus ample délibération , le droit dt suffrage n'appartiendrait qu'à eux, ils se plaignirent des légats , qui préparaient le contraire et le souffraient déjà. Le cardinal de Monte s'indigna de ce murmure, et comme il avait de la franchise, il dit qu'autant il voulait la liberté dans les Pères , autant il désirait aussi qu'il plût aux Pères de la souffrir dans les légats; qu'ils eussent à se rappeler que ce n'était pas là le concile de Constance ou de Bâle , où les évoques, débarrassés de toute intervention pontificale, se permirent d'empiéter sur la juridiction d'autrui ; que c'était un concile assemblé par un souverain Pontife, et présidé par lui, dans la personne de ses légats , aussi véritablement que s'il y assistait lui-mêinc ; qu'en conséquence on leur devait la plus grande déférence, et que si on la k'ur accordait, tout irait bien ; si ce ne serait pas le comble de l'injustice de vouloir, tandis que la question était encore pendante, dépouiller les religieux appelés au concile par le Siège apostolique, d'un privilège dont ils étaient en possession depuis longteuips ; que cette possession, de l'avis des jurisconsultes, était respectable jusque dans les voleurs, à qui on reconnaissait le droit d'en jouir, aussi bien qu'aux honnêtes gens. Le cardinal de Jaïn intervint comme conciliateur dans cette contestation ; il assura qu'autant qu'il l'avait compris, les évéques ne prétendaient pas exclure du droit de suffrage tous les religieux absolument, même les généraux d'ordre; qu'ils se refusaient seulement à l'étendre jusqu'aux abbés , qui étaient en trop grand nombre. Celte distinction n'était pas conforme à la décision prise précédemment parles évéques; ils l'adoptèrint néanmoins promptement, tant pour ne pas provoquer le mécontentement de tous les réguliers , que parce qu'ils sentirent l'injustice de leur demande et l'impossibililé qu'il y aurait pour eux de l'obtenir. Ils aimèrent mieux s'en tenir à un accommodement qui les empêchait de paraître avoir fait une demande déraisonnable , et qui leur épargnait la honte d'un échec dans leur tcnlalivc.
3. Mais la zizanie ne tarda pas à renaître : la goutte avait pris le cardinal de! Monte; Cervini, qui le remplaçait, proposa l'adniission au concile de trois abbés du mont Cassin, qui y étaient envoyés par le Pape. Il s'éleva un lii-and débat à leur sujet, et on convint de les admettre à la fin, seulement en considération (le leurs qualités personnelles et par respect pour le souverain Pontife qui les envoyait, sans préjudice, de lun ou de l'autre côté. Mais quand on en vint ensuite à discuter les places qu'on occuperait et la manière dont chacun prendrait part à ce qui se ferait, le frère Jacques Nachianti , dominicain, évêque de Chioggia, demanda en quoi consisterait l'assistance au concile pour les abbés dont on vient de parler. Le cardinal Cervini répondit qu'ils devaient être assis, mitre en tête, et
de droit commun , qu'aux évéques seuls , il n'en est pas moins vrai que, par privilège, il a été très-anciennement communiqué à des prélats inférieurs. Ainsi, non-seulement dans les trois derniers conciles de Constance, de Florence et de Latran, les généraux de religion et les abbés en jouirent, mais même dans celui de Vienne en France; dans les deux de Lyon et dans les quatre autres de Latran, on vit les abbés assimilés en cela aux évéques. On trouve aussi les traces les plus sensibles de cet usage dans le septième concile d'Orient. Dans la seconde session, les moines aussi sont invités à exposer leur sentiment, et dans la quatrième, les archimandrites et les hégu— mènes (ce mot signifie guides ou conducteurs, et c'étaient les chefs ou de plusieurs monastères qui dépendaient les uns des autres, cyu
dire leur avis ; mais que, quant à leur avis, de monastères particuliers qui n'avaient rien
les Pères en feraient le cas qu'ils voudraient Nachianti combattit cette réponse, parce que, disait-il, c'était revenir contre la décision qu'on avait prise précédemment de ne leur donner que l'autorité qui serait déterminée par le concile lui-même, après que les Pères
de commun entre eux) apposaient leur signature, conjointement avec les évéques, au bas des décrets de foi. Ce qui se passe à la promotion des abbés confirme ces différents faits ; nous les voyons prêter serment, comme les évéques , d'aller au concile toutes les fois
y seraient réunis en plus grand nombre. Cer- qu'ils y seront appelés par le souverain Pon-
vini reprit qu'ils avaient, par privilège apo- tife. Lesliituels de TEglise romaine comptent
stolique, l'honneur de la mitre et de la crosse, également les abbés au nombre de ceux qui
et qu'on ne devait pas les en priver arbitrai- ont voix dclibérative dans le concile, et ils
rement. A ces mots , l'évêque de Chioggia ajoutent que c'est avec raison que ce même
s'emporta jusqu'à se plaindre que de tels pri- droit s'est étendu par la suite aux généraux
viléges étaient préjudiciables à l'épiscopat, d'ordre. D'où il faut conclure, comme nous
dont bientôt toutes les prérogatives seraient l'avons déjà dit, que cette autorité, fjui est
communes aux abbés, et que le concile se dans les évéques une puissance de droit com
célébrait pour modérer et non pour étendre de pareilles concessions. Cervini finit par ajouter avec quelque chaleur : Le Pape convoque les abbés dans sa bulle, et nous voudrions les exclure ? Alors il s'éleva une autre question : lie quels abbés s'agissait-il dans la bulle? Des paroles dures s'échangèrent à cette occasion entre Thomas Campège , évêque de Feltre, et Diego d'Alava, évêque d'Aslorga. Le car- «iinaldelMonte s'était bientôt rétabli; sachant que, lorsque les partis sont aux prises, il est aussi difficile de faire accepter à l'un une décision qui est entièrement favorable à l'autre, qu'il est aisé de les amener à un arrangement qui délivre chacun de la crainte d'être vaincu, il proposa et obtint, du consentement de la plupart des Pères, que les suffrages des trois abbés du niont Cassin , quand ils s'accorderaient, ne seraient comptés que pour une seule voix; qu'on les considérerait comme les représentants de tout leur ordre. C'était à l'imitation de ce qui se passait pour les autres grandes familles de réguliers ; chacune n'avait qu'une seule voix dans la personne d'un seul général. Le souverain Pon-
mun, est dans les abbés une prérogative fondée sur la coutume la plus ancienne.
5. Cette détermination prise, il restait encore à admettre au droit de suffrage Dorainique Soto, dominicain, la grande lumière de la théologie de son temps, même au milieu de ces savants qui , les premiers après François Victoria, son maître , fixèrent irrévocablement dans les académies espagnoles le glorieux héritage de cette science. Il se présenta comme délégué du vicaire général de son ordre; ce dernier avait été retenu ailleurs, où il était obligé d'assister à un chapitre. Mais le cardinal Cervini avertit que la bulle du Pape s'opposait à cette délégation, car elle défendait de recevoir personne au droit de suffrage par procureur. Soto demeura donc au rang de simple conseiller (1) , et il n'y eut rien de vrai dans le propos qu'on prêta alors au cardinal de Burgos ; on lui fit dire que le Pape avait accordé le droit de suffrage à ce religieux.
6. Au contraire , quoique les légats (2) eussent entre les mains la bulle déjà mentionnée dans laquelle le Pape permettait aux
tife félicita les légats (1) d'avoir conservé aux évéques d'Allemagne l'exercice de leur droit religieux le droit de suffrage dans le concile, de suffrage par procureur, ils ne voulurent et il les engagea à ne pas cesser de les sou- pas lui donner une entière publicité; ils au-
lenir dans une prétention que la raison approuvait et que la difficulté des circonstances rendait si importante.
k. Car, quoique ce pouvoir n'appartienne,
(I) LeUre du cardinal Farnèsç anx légals , (h) 2! janvier 15i6.
raient mieux aimé qu'à la place de celte
(1) Lellredc^ légats au cardinal Farnèsc, du 14 janvier, et de Farnèsc aux lésais du 21 janvier
(2) Lcllrc dos légais au cardinal Farnèsc, du 13 décembre 1545.