‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 53 sur 348 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ce qui se passe dans la cinquième session.

1. Reprenons notre récit. On tint la session, le 17. Il y assista quatre cardinaux, neuf archevêques, quarante-huit évêques, deux abbés de moines , trois généraux d'ordres mendiants , outre les théologiens inférieurs dont le nombre avait beaucoup augmenté.

On appelait ainsi ceux qui, n'ayant pas voix délibérative, n'assistaient pas aux congrégations générales. Il s'y trouva encore les ambassadeurs de l'empereur et d'autres personnages de marque. Alexandre Piccolomini, évêque de Pienza, célébra solennellement la messe le matin : et ce fut îe dominicain Marc Laure qui prêcha.

2. Le décret sur le péché originel fut approuvé , malgr î l'Oiiposition du cardinal Pacheco et de ceux qui , dans la congrégation , avaient désiré qu'on exprimât en termes plus favorables l'exception qui regardait la sainte Vierge. Quelques-uns de ces derniers demandaient qu'au moins on imposât silence aux partisans de l'opinion contraire, soit généralement, comme le voulait l'archevêque d'Aix, ou seulement dans les prédications publiques , ainsi que se bornaient à le réclamer les évêques de Calahorraetdes Canaries. Il y en eut qui furent d'avis, comme ils l'avaient été dans les congrégations , qu'il fallait déclarer que des deux opinions celle qui admettait l'exception était simplement la

(1) Du 25 mai; ils en accusent réception même dans celle partie de la réponse en quesiion,du 4 juiu.

pieuse; d'autres demandèrent qu'on la déclarât la plus pieuse. L'archevêque de Sassari prétendit que cette rédaction déplaisait à un parti et ne satisfaisait pas l'autre ; et que c'était ressusciter les anciennes rumeurs qui éclatèrent au temps de la constitution de Sixte dont parle le décret. Ce même décret ne plut pas à l'évêque de Gava ; ce fut pour une autre raison : il ne voulait pas du passage qui excluait dans les régénérés tout ce qui serait odieux à Dieu ; car il lui semblait que telle était la concupiscence. On ne manqua pas non plus de réclamer comme par le passé contre le titre du concile : ce furent les évêques de Fiésole, de Badajoz et d'Osca : ils renouvelèrent à cet égard leur protestation d'usage.

3. De là on passa à l'autre décret touchant la réforme ; il réunit presque toutes les voix. Mais l'archevêque de Sassari, d'accord en cela avec les autres qui l'approuvaient, demanda qu'on lût publiquement et qu'ensuite on enregistrât dans les actes le bref du Pape qui dérogeait aux dispositions contraires. Et de plus , il opina pour qu'il ne fût permis aux réguliers de prêcher dans aucune église contre la volonté de l'évêque. Cette proposition ne fut appuyée que par les évêques d'Aquino, de Bellune et de Fiésole : et ce dernier présenta un billet où il déclarait qu'il n'approuvait pas le décret, si on ne remettait pas entièrement et librement aux évoques tout le soin de paître leur troupeau ; et cette protestation, il la faisait pour toutes les fois qu'il en serait besoin. Un autre au contraire rejeta la défense que faisait le décret de prêcher dans les églises avec la seule permission du curé, lorsque l'ordinaire à qui on aurait demandé la sienne l'aurait refusée. L'évêque de Chiaramonte demanda qu'en confirmant aux étudiants le privilège de jouir des revenus de leurs bénéfices pendant leur absence , on exceptât ceux qui avaient charge d'âme. Mais toutes ces opinions trouvèrent peu de partisans ; aussi demeurèrent-elles sans effet.

k. Il restait, conformément à la demande de l'archevêque de Sassari qui avait eu l'approbation de l'assemblée, à lire le bref du Pape, et on le fit (1). Il était adressé aux légats ; on l'avait même rédigé sur un modèle que ceux-ci avaient envoyéetauquel on n'avait changé que certaines expressions qui mettaient en doute l'autorité du concile seul, et qui auraient pu par conséquent devenir une source de contestations. Cette précaution ne satisfit toutefois pas Martel , comme nous le verrons : car il en était de ce cerveau comme de certaine herbe qui prend feu d'elle-même. On disait dans le bref que, quoique le concile fût légitimement assemblé et que les légats le présidassent avec les pleins pouvoirs des pontifes, néanmoins, pour donner plus d'autorité à ce qu'on déciderait contrairement au droit commun ou aux constitutions apostoliques , touchant l'application de la première prébende vacante à l'entretien des professeurs d'Ecriture, touchant les réguliers et autres

(1) Donné le 7 juin 154G.

prédicateurs, les recteurs des églises paroissiales et autres exempts, ainsi que les quêteurs, ils avaient désiré le consentement et l'autorisation du Pape : qu'en conséquence il obtempérait amplement à leur demande, et confirmait tout ce que le concile déciderait sur ces articles. Tous reçurent le bref en silence (1), comme dans la dernière congrégation générale on l'avait accueilli avec reconnaissance , sauf l'évêque de Fiésole qui dit : Soit, sans préjudice de l'autorité universelle de ce saint concile.

5. On s'occupa de la demande du promoteur Severolo; il requérait qu'on accusât les absents de contumace et qu'on procédât contre eux par citations affichées aux portes de la cathédrale de Trente. Mais il y eut sur ce point une grande diversité de sentiments. Les deux qui comptèrent le plus de partisansfurent d'une part celui des légats, qui étaient I d'avis qu'on poursuivît ceux qui n'avaienti pas d'empêchement légitime; et de l'autre,; celui du cardinal Pacheco, qui réclamait I l'exception en faveur des Allemands : quelques-uns voulaient étendre cette exception ài ceux pour lesquels les Impériaux l'avaient I demandée dans la dernière congrégation. . D'autres au contraire la bornaient à ceux; qui étaient à la diète, et seulement pour le temps qu'elle durerait. Mais outre ces deux opinions, qui furent embrassées par le pius grand nombre, l'évêque de Fano proposait de n'accuser de contumace que ceux qui i étaient à Rome. Il s'en trouva qui émirent l'avis qu'on fît défense aux prélats de sortir de Trente sans une juste cause qui serait soumise à l'examen et à l'approbation du concile, et les autres se partagèrent en d'autres opinions.

Enfin tous furent d'accord pour fixer la session suivante au vingt-neuf juillet, elles autres cérémonies eurent lieu comme d'usage.

6. Sarpi, selon son habitude, assaisonne ici son récit de deux erreurs inexcusables : c'est lorsqu'il dit que Pierre Danesius arriva à Trente comme ambassadeur du roi de France; et que dans cette session le secrétaire du concile lut ses lettres royales de créance, et que l'ambassadeur du roi fit une éloquente allocution aux Pères. Mais à dire la vérité , il y avait trois ambassadeurs et non pas un seul, ainsi que nous le ferons bientôt voir en les désignant par leur nom : même Danesius était le dernier; et ce qui importe plus, les ambassadeurs n'étaient pas même encore arrivés à Trente le jour de celle session ; mais ils n'y arrivèrent que peu après : et le discours fui prononcé non eu session solennelle, mais dans une congrégation générale, le 8 juillet. Des faussetés aussi répétées, qui ne contribuent nullement à rendre la cause de Sarpi meilleure, servent beaucoup à faire connaître de plus en plus sa méchanceté : mentir avec profit, c'est montrer qu'on fait plus de cas de

(i) Lcllrc des légats au cardinal Fariièse, du 18 juin 1546.

(2) Voyez les Actes , le Journal de Massarelli , e{ plusieurs lettres des légats.

ce qui est utile que de ce qui est vrai ; se hasarder à mentir à tout propos sans aucun intérêt, c'est montrer qu'on fait moins de cas de la vérité que de tout le reste.

Page 1