‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 54 sur 348 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Objection de Sarpi contre la réforme adoptée dans la session en question. On traite des canonisteset de ce qu'ils attribuent au Pape ; des scolas tiques et des services rendus par eux, et surtout par S. Thomas ; des prédica-

U\RE Slil'TlÈME. M

au souverain Pontife, non pas seulement par les canonistes, mais de l'aveu même de ce qu'il y a déplus grave parmi les théologiens. C'est du concile de SmalcaMe et non de celui de Trente qu'on devait attendre le redressement de ce que Sarpi appelle ici abus. Dans les autres matières ou de fait simplement ou de droit humain, quels canonistes nient que le Pape soit faillible? quel est celui d'entr'eux qui dans les dispenses pontificales ne reconnaissepas fréquemment de nullité pour vice

teurs et des reproches qu'on leur fait de va- desubreptionetd'obreption, comme ils disent, nité et d'intérêt. et qui par conséquent n'admet pas l'erreur de

1. Il continue ensuite à nous débiter sur le reste de la précédente session les rêves de ses Allemands ou plutôt ceux de son imagination. Mais pour ce qui regarde les décisions dogmatiques , nous nous sommes déjà occupés de le rapporter, et l'examen que nous en avons fait suffit. Quanta ce qui concerne la réforme, il dit qu'on s'attendait à ce qu'on réprimerait les scolastiques et les canonistes : ceuxci, qui attribuent ce qui ne convient qu'à Dieu au Pape, jusqu'à l'appeler dieu, lui donnant rinfaillibilitéet ne faisant qu'un même tribunal de celui de Dieu et du sien. Arrêtons-nous ici avant de passer aux accusations intentées contre les scolastiques. Où jamais canoniste attribua-t-il au Pape ce qui est vraiment propre à Dieu et par conséquent incommunicable à tout autre? Ils lui attribuent bien quelques prérogatives qui ne sont qu'en eux seulement: en Dieu, comme dans la première source; dans le Pape, comme dans un sujet où elles coulent de cette première source et , selon l'expression usitée, par participation. Or, est-ce donc là un blasphème? C'est de cette même manière qu'on reconnaît aussi dans les princes temporels quelques prérogatives qui appartiennent spécialement à

fait dans l'esprit du Pape? Est-ce qu'ils ne rejettent pas également la doctrine que professe Jean XXII dans une de ses constitutions, où il ne distingue pas le domaine de l'usage dans les choses qui se consument par l'usage, et n'est-ce pas là reconnaître qu'il s'est trompé dans un article de droit?

3. Enfin ne faire qu'un même tribunal de celui de Dieu et de celui du Pape sur la terre, c'est avancer une proposition qui a un sens très-juste : comme si on disait qu'àNaples le tribunal du vice-roi et celui du roi est le même; non pas que le roi ne soit pas au-dessus du vice-roi, et ne puisse pas révoquer ses ordonnances et punir sa personne; mais, parce que dans cette ville le roi n'a pas érigé de tribunal au-dessus de celui sur lequel l'autorité royale s'exerce par le moyen d'un vice-roi. Ainsi, Dieu ne voulant pas exercer immédiatciiient la puissance judiciaire dans le monde, il lui a fallu instituer parmi les hommes un magistrat suprême qui l'exerçât en son nom; et que par conséquent le tribunal de cemagistat suprême nefûtqu'un seul et même tribunal avec le tribunal souverain de Dieu sur la terre. Mais cela n'empêche pas que Dieu de sa main royale et indépendam-

Dieu : par exemple, le pouvoir de lier par la ment des formes judiciaires n'use de sa juri-

loi, même au for intérieur, tous les sujets d'un royaume, dans les choses qui ont pour fin la félicité humaine , est un pouvoir qui ne réside que dans Dieu comme dans le maître par essence de toutes choses , et dans le souverain de ce royaume seulement par participation. Même à l'entendre ainsi, il n'y a pas de créature si pauvre de biens qu'elle soit, qui n'ait quelque qualité excellente qui ne se trouve qu'en elle et en Dieu. Ainsi, ni le soleil ni les anges ne peuvent par euxmêmes seuls rafraîchir et arroser comme fait l'eau ; il n'y a que Dieu qui ait cette vertu ; et en ce sens l'eau a une propriété qui lui est commune avec Dieu.

2. Appeler le Pape un dieu, est un langage téméraire, et à Rome, on le défend. Mais qui ne comprend en quel sens les canonistes ont parlé ainsi dans leurs livres ?Ce n'est pas dans le sens qu'entendaient les gentils , lorsqu'ils appelaient dieux les princes de la terre, qu'ils mettaient réellement en parallèle avec leurs dieux célestes ; mais dans celui qu'avait en vue le vrai Dieu, lorsqu'il disait aux hommes. Vous êtes des dieux .-paroles citées et renouvelées par Jésus-Christ en réponse aux calomnies des Juifs. L'infaillibilité, s'il s'agit de décisions de foi et de discipline , est assignée

diction parmi les hommes d'une autre manière plus souveraine : et jamais on ne le nia dans les écoles des canonistes.

i. Il dit qu'il faut réprimer les scolastiques , parce qu'ils ont fait de la philosophie d'Aristote le fondement de la doctrine chrétienne , et abandonné V Ecriture , et révoqué tout en doute, jusqu'à mettre en question s'il y a un Dieu, et discuter le pour et le contre. Ou bien Sarpi relève le défaut de quelques scolastiques particuliers d'un moindre mérite , ou il les blâme tous généralement. S'il relève le défaut de quelques-uns, il devait se souvenir que dans toutes les professions, et surtout dans les plus élevées et par conséquent les plus difficiles , il est nécessaire de souffrir des défauts dans la plupart de ceux qui les exercent ; on les laisse embrasser à un grand nombre d'hommes, afin que parmi ce grand nombre il y en ait quelquesuns qui y excellent. Combien de médecins tuent? combien de chirurgiens estropient? combien de pilotes font naufrage par leur faute? combien d'architectes bâtissent d'édifices qui croulent? quel remède y a-t-il? Jamais aucun Etat ne fut assez heureux pour ne compter que des hommes habiles dans les arts ; la nature elle même, qui est plus puis-

santé que la science humaine, ne peut se l'Eglise comme dans un asile qu'elle ne préserver de productions défectueuses , d'à- quittera jamais. Aussi , dans tous les temps, vortons , de monstres. L'unique ressource les saints docteurs ont été les hommes les i est de ne se servir que de ceux qui jouissent plus éclairés. Or, vers le douzième siècle de I de l'estime générale. Il en est de même de la notre ère , la secte des Arabes jouissait f scolastique. Elle est la plus noble et la plus d'une grande réputation. Ils dominaient surdifficile de toutes les connaissances. Beau- tout dans l'Andalousie où ils avaient changé coup s'en arrogent le mérite , très-peu l'ont : Cordoue en une autre Athènes ; et le génie ces derniers sont l'objet d'une admiration d'Averroës avait ressuscité la philosophie durable, les autres tombent avec le temps ; d'Aristote, ensevelie ou assoupie depuis bien ceux-ci dans l'oubli , ceux-là dans l'obscu- longtemps, au moins dans les provinces d'Ocrité, quelques-uns dans le mépris. cident. Et ils l'enseignaient avec méthode et 5. Mais puisque les objections de cet au- subtilité , réfutant et tournant en dérision au leur tendent à frapper généralement tout le moyen de la dialectique péripatéticienne les i corps des scolastiques , examinons-les briè- mystères de notre foi, comme s'ils en avaient vement. Où trouve-t-il que les scolastiques démontré la fausseté, et qu'ils eussent couse fondent sur Aristote et non sur l'Ecriture? vaincu d'ignorance et de crédulité ceux qui ne le contredisent-ils pas tous touchant l'é- les embrassaient.

ternité du monde, la nécessité qui force 6. Dieu donna à l'Eglise dans l'intelligence Dieu à agir, l'impossibilité de la création , et de S. Thomas, de quoi faire face à cet assaut ; d'autres points les plus graves où la faiblesse comprenant que dans tout pays la religion de l'œil de l'homme s'éblouit à la vue des qui domine est celle qui est enseignée par les abîmes de la lumière divine? S. Thomas, le hommes qui sont les plus estimés pour leur premier des scolastiques , n'enseigne-t-il pas science, et parmi les doctrines humaines souvent que les fondements de la science n'en trouvant pas ou de plus estimée ou de sacrée ne sont pas dans la raison et la na- plus digne d'estime que celle d'Aristote, il en ture , mais dans ce que nous apprend de fit une étude très-approfondie , et il comsurnaturel la révélation? qu'à la vérité, c'est menta les livres de ce philosophe mieux que le devoir du théologien de détruire les ob- n'eût fait aucun Arabe ou Grec. Aussi bien jections qu'on tire de la philosophie pour en pénétré de la doctrine de ce philosophe et en faire des arguments contre la religion, parce ayant la réputation , il sut par la force de que contre la vérité il n'y a pas de démons- son génie tirer des principes même d'Aristration qui puisse tenir, ni par conséquent tote la solution des objections formées non de syllogisme qui soit insoluble ; mais qu'il pas seulement par d'autres , mais par Arisne lui est pas permis de chercher ses preu- tote lui-même , contre ce que nous enseigne ves dans la philosophie. Le faire, c'est même la foi. La foule des scolastiques qui le suiexposer, dit-il, la religion chrétienne au virent marchèrent en cela sur ses traces; mépris des Gentils; s'apercevant de la fai- d'où il est résulté que la doctrine péripatétiblesse de telles preuves , ils croient que notre cienne, qui était ennemie de la doctrine chréfoi chancelle dans ses fondements. Mais la tienne, a fait alliance avec elle, au point que lumière de la philosophie a trois genres d'u- les hérétiques modernes n'ont pu se révolter tilité pour la théologie. Le premier, c'est de contre le Vatican sans se soulever en même combattre les erreurs des autres sectes, qui temps contre le Lycée , et sans discréditer s'évanouissent à son flambeau; le second, leurs opinions en méprisant le plus grand de renverser les sophismes qu'on oppose à philosophe et peut-être le plus profond génie la foi chrétienne, comme si elle admettait que la nature ait produit. C'est là ce qui chades mystères impossibles ; le troisième d'en- grine Sarpi et ses Luthériens contre les scorichir d'autres connaissances qu'on tire des lastiques. Ils leur doivent d'avoir contre la vérités de la foi et de celles de la nature , témérité de leur erreur, non seulement la comme autant de conséquences déduites des lumière de la foi , mais aussi celle de la phiprémisses. S. Thomas, dont nous venons de losophie ; et non seulement l'autorité de parler , a profité merveilleusement de tous Rome , mais aussi celle de Stagire. ces trois avantages, surtout dans sa Somme 7. Comment donc Sarpi a-t-il après cela contre les Gentils. Et si dans l'usage qu'il l'audace de reprocher aux scolastiques de avait à faire de la philosophie humaine , il mettre tout en doute? Qui est-ce qui met prit Aristote, pour son guide et pour celui tout en doute, si ce n'est pas lui et ses Luthéde ses disciples, c'est une si grande injustice riens, eux qui nient l'autorité du Pape et des à Sarpi de lui reprocher avec dérision ce conciles, la légitimité des livres cononiques, choix, que c'est peut-être le plus grand ser- la fidélité des traductions approuvées qu on vice qu'ait rendu à l'Eglise cet incomparable en a ; et qui étant ainsi toute règle certaine docteur. Car, il faut remarquer qu'après de foi , se forment une foi de caprice qu'ils avoir planté l'a foi par le moyen d'hommes changent à tout moment? Les scolastiques, au faibles et ignorants qu'il fortifia de sa sa- contraire, se tiennent étroitement et constamgesse et de sa vertu miraculeuse, pour que ment unis dans la défense de l'ancienne loi dans cette œuvre se révélât plus ouverte- catholique et du tribunal infaillible qui la dément la divinité de l'auteur; qu'après avoir clare. Ils ne mettent pas en doute, comme procédé ainsi d'abord , dis-je , Dieu a voulu les en accuse sottement Sarpi, l'existence de que l'excellence de la doctrine résidât dans Dieu; s'ils l'y mettent, c'est dans la discus-

sion, comme il est nécessaire d'y mettre toutes les propositions qui ne sont pas évidentes par elles-mêmes et d'après la liaison des termes qui les expriment, comme celle-ci, par exemple : Le tout est plus grand que la partie. Il est même utile de mettre en question jusqu'à celles de cette dernière espèce , non pour les prouver, mais pour en faire mieux paraître la clarté et pour répondre aux arguments qu'on y oppose : et c'est ainsi qu'Aristote fut contraint, dans la métaphysique , de discuter le principe le plus évident qu'il y ait pour l'intelligence, tel qu'est celuici : La même chose ne peut pas en même temps être et n'être pas, qu'un ancien sophiste avait nié. Et dans la physique il lui fallut s'arrêter longtemps à démontrer la vérité la plus claire qui tombe sous les sens , telle qu'est celle-ci , que les corps se meuvent et changent de place , pour détruire les objections assez embarrassantes qu'y opposait le sophiste Zenon.

8. De plus, quelquefois on est bien certain de ce qu'il y a de vrai dans une question , sans l'être également de ce qu'il y a de concluant dans les preuves qu'on en apporte. Nous savons par expérience qu'il peut y avoir un carré égal à un cercle ; mais jusqu'ici les efforts de tout ce qu'il y a eu de génies dans le monde n'ont pu parvenir à le démontrer. Donc la discussion de tels problèmes sert non à ôter le doute sur la chose elle-même, mais à nous faire connaître ce qui la prouve le mieux. Sans cet exercice , notre intelligence, qui est étroite et paresseuse, confond souvent la conséquence avec la proposition , et sûre de celle-là, elle se trompe en se fiant à celle-ci ; et quand ensuite elle vient à s'apercevoir de la faiblesse de l'une , elle commence à regarder l'autre comme douteuse. Ainsi, c'est très-utilement que les scolastiques, et, à leur tête, saint Thomas, traitent avec tant de soin ces sortes de questions , et surtout celle qui est la base de toute la religion, s'il y a un Dieu ; question qui, quoiqu'elle paraisse superflue du côté du sujet qui en lui-même est très-certain , néanmoins à cause de la pesanteur de notre imagination qui se dégage avec peine de la matière, et à cause do la dissolution de nos passions qui ne voudraient pas qu'il y eût de vengeur de ces mauvaises actions dont elles ne veulent pas s'abstenir, est peut-être aussi nécessaire qu'elle semble dérisoire à Sarpi : et plaise à Dieu qu'elle ne lui soit pas nécessaire particulièrement à lui (1).

9. Il continue à dire qu'on devait faire disparaître Vabus de prêcher sur des sujets frivoles et sur tout, excepté sur Jésus-Christ. A merveille ! c'eût été bien aussi de faire dispa-

(1) t Celte défense si jusle des scolastiques failepar Pallavicini,luia valu de la part de le Courayer le nom de scandaleux protecteur des blasphèmes et des basses adulaiions, et d'ennemi de la raison et de la vérité. Mais, à considérer comme il faut la chose, nous verrons que le Courayer n'a fait ici autre chose que répandre sa bile contre Pallavicini, parce qu'il voyait son cher Sarpi battu par lui , au grand honneur des Vrais scolastiques.

CoNc. DE Trente. II.

raître l'abus d'offenser Dieu par tant et de si grands péchés, comme on fait journellement. Et on pouvait décréter qu'on prendrait pour règle de ses actions la plus grande perfection: et ainsi le christianisme aurait été réforme pour toujours. Est-ce que cet homme ne savait pas que la sagesse de la loi ne consiste pas à commander ce qui est bon en soi ; que si elle consistait en cela, le cerveau le plus faible pourrait être un très-bon législateur ; mais qu'elle consiste à prescrire des moyens de facile exécution qui conduisent au bien? Qu'on promulgue une loi sous les peines les plus sévères pour ordonner de ne prêcher que Jésus-Christ , qu'en résultera-t-il ? Tout prédicateur, quelque frivole qu'il soit, croira l'observer , prétendant que dans ce qu'il dit tout est dirigé vers cette fin , et qu'intéresser l'auditeur, c'est le rendre attentif , et que quand on est parvenu à le rendre attentif, on n'est pas loin de le persuader : nu l'excuse est reçue volontiers , et la loi demeure sans effet : ou on la rejette avec rigueur , et alors il se répand une telle frayeur, que la prédication devient un ministère impraticable. Le moyen que la prédication soit fructueuse, c'est celui que prit le concile, c'est-àdire de soumettre les prédicateurs à un examen de bonnes mœurs et de capacité , et de les subordonner,dans le cas où ils enseigneraient l'erreur, à la répression même d'un supérieur étranger. Ne prêcher que Jésus- Christ , et néanmoins gagner son auditoire , serait ce qu'il y a de mieux; mais le mieux est toujours rare.

10. Quelques-uns n'ont pas le talent de pouvoir le faire , car c'est, à mou avis le genre de prédication le plus difficile et qui demande le plus d'habileté ; les autres n'ont pas l'esprit et la vertu de le vouloir : quel est le mieux, ou d'interdire la prédication à quiconque n'a pas atteint ce haut degré de piété et de science, et ainsi d'en rendre l'exercice possible à très-peu d'hommes, ou de la permettre à quiconque s'en acquitte passablement? C'est comme si on demandait si on doit exclure de la milice tous les soldats qui ne sont pas intrépides dans le danger, mais quelquefois tournent le dos : des tribunaux tous les magistrats qui n'excellent pas dans la science du droit , mais quelquefois jugent à faux : et, pour le dire en un mot, de toutes les professions ceux qui ne les exercent pas parfaitement. Il est beaucoup de choses qu'il vaut mieux pourl'Etat avoir en abondance , quoique défectueuses, que de les avoir par-» faites, mais en moindre quantité. Il y a plus à gagner pour les peuples d'entendre dans chaque château , dans chaque église, parler de Dieu , du ciel , de l'enfer, exalter la piété, décrier le vice, quoiqu'il se mêle à celte prédication fréquente des pensées légères , des ornements affectés ou une ostentation d'érudition, qu'il n'y aurait pour eux à n'écouter que des Paul et des Chrysostome , mais si rarement que les âmes s'affadiraient au milieu des discours du monde ; de sorte qu'il n'y en aurait que peu sur qui viendrait

(Sept.)

HISTOIRE DU CONCILE DE TRliNTE.

tomber de loin en loin la semence qui fait lontaire de ses auditeurs ? Au reste, quant a

germer les pensées du ciel. ceux qui n'ont d'autre profession que celle

11. Sarpi termine sa critique par dire de mendier , Sarpi n'ignore pas que le con-

qu'on devait réprimer le trafic effronté des cile leur interdit la prédication dans ses dé-

piédicateurs sous le nom d'aumône. Si j'écri- crets. Et enfin, je voudrais apprendrede ceux

vais avec partialité et dans des intérêts par- qui ont connu le détail de la vie de cet au-

flattcur de la loi qui régit inviolableraent à touchait un traitement dont le cinquième cet égard la congrégation religieuse dont je suffirait aux prédicateurs qui mènent ordisuis membre; mais, à parler franchement, nairement une vie misérable, et ont à peine nous pouvons facilement nous abstenir de quelques jours de repos. Je ne parle pas prendre de telles aumônes , parce que notre ainsi pour lui reprocher son avidité : car les ordre nous fournit tout ce qui nous est né- vices qui déshonorent ne sont pas ceux qu'on cessaire , sans ce prix du sang qu'on achète laisse dans le monde, mais ceux qu'on emen le demandant honteusement à des étran- porte dans l'enfer : je parle ainsi, pour faire

voir l'injustice de l'accusation , puisqu'il exige des autres ce qu'il ne trouvait pas possible pour lui-même. Mais , fût-ce même possible, il faudrait le désirer et non le commander : c'est à nous de ne pas oublier que l'homme est un composé d'esprit et de terre; et que par conséquent, de même que vouloir

gers : et ce nécessaire, c'est aussi néanmoins des aumônes des fidèles que nous le tirons ; mais les autres prédicateurs qui n'ont pas ce qu'il leur faut, comment pourraient-ils se livrer à un exercice de corps et d'esprit si pénible pour celui qui le fait, et si profitable pour ceux qu'il a pour objet, s'il ne leur

offrait pas le moyen de subvenir à leurs be- dégager en lui la sub tance corporelle de tout

soins, chacun selon son rang? et quel '-^"^ - ^^ ♦ ^* „:,„„„ i

moyen d'y subvenir plus innocent que de recevoir un salaire réglé par la pieuse discrétion des magistrats, ou bien de réclamer pour soi un jour d'aumône de la charité vo-

ce qu'elle a de terrestre, ne serait pas la purifier, mais la détruire, de même souvent aussi vouloir en débarrasser la vertu humaine , ce n'est pas la perfectionner, c'est l'éteindre.

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