‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 55 sur 348 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On commence à Trente l'examen de nouvelles matières, et à Rome on promulgue la guerre contre les protestants.

1. La forme des décrets adoptés et l'intention d'avancer dans les matières de la justification , de la résidence et des obstacles qui s'y opposaient, furent agréés du souverain Pontife et de la commission romaine (1) qu'il avait nommée. Cependant les légats, sans atlendi'e la réponse , s'empressèrent de mettre la main aux travaux qui devaient occuper la prochaine session (2). Ils s'y portèrent d'autant plus volontiers, qu'il leur paraissait que de l'arlicle de la justification dépendaient les autres dogmes, et de celui de la résidence et des obstacles qu'on y mettait, les autres lois ; aussi espéraient-ils (3) que, ces deux articles réglés, ils toucheraient à la fin des difficultés et à celle du concile; époque qu'on désirait chaudement à cause de la situation de la ville dont le séjour était aussi nuisible à la santé, que peu rassurant pour la liberté Et, d'un autre côté, ils n'espéraient plus que l'empereur consentît jamais à la translation ; car ils n'avaient pas été sans s'apercevoir du vif mécontentement que lui avait causé la

(1) Lellredu cardinal Farnèse, du 30 juin 1546.

(2) Toul cela se trouve dans une lettre des légats au cardinal Farnèse, du 26 juin 15i6.

(5) Lettre des légats au cardinal Farnèse , du 20 Juin 1546.

détermination prise par le concile de s'avancer dans l'examen des articles de foi, quoique ses ministres, dévorant leur peine en silence, n'eussent pas toutefois fait d'opposition, pour ne pas donner occasion à de nouveaux troubles. Et à Rome on ne mit pas moins d'empressement à tourner la science des théologiens du côté de l'étude des dogmes , et la prudence des conseillers, du côté des plans de réforme. Parmi les premiers , les principaux étaient au nombre de cinq : François Romeo, général des Dominicains, qui se faisait aider dans ce travail par deux autres théologiens de son ordre ; Barthélemi Spina , maître du sacré palais; Albert de Cattaro, également Dominicain, qui, encore tout jeune, jouissait déjà de la plus grande réputation; Jean- Jacques Barba, Augustin, saciiste pontifical, et qui venait (1) d'être promu à l'évêché de Teramo , et un Dominicain du même ordre, lecteur en théologie.

2. Mais à la même époque, on se préparait à faire la guerre aux hérétiques avec -d'autres armes. Le cardinal de Trente, appelé en Allemagne par l'empereur, ainsi que nous l'avons raconté, en était parti ensuite pour Rome , muni des pouvoirs nécessaires à la formation d'une ligue entre l'Eglise et lEmpire, dans le but de soumettre les protestants. Et cette ligue fut définitivement conclue le

(1) Du 26 mai 1546, comme dans les Actes cousistoriaux.

LiVKE HUITIÈME.

22 juin, dans une congrégation générale de tardinaux devant le Pape (1) ; les articles en furent lus par le cardinal Trivulce. Us étaient ainsi conçus :

pendant une année seulement et pour être consacrée à cette entreprise.

Qu'il l'autoriserait pareillement à vendre

pour cinq cent mille écus de biens possédés

Que l'Allemagne étant depuis tant d'années Pf ^^ monastères d'Espagne, pour être em-

travaillée par les hérésies, à son grand préjudice temporel et spirituel, et au risque de sa ruine entière, et que des moyens sans nombre ayant été tentés, mais sans fruit, pour la ramener à la paix , on avait uni par assembler dans ce dessein le concile de Trente; mais que les Luthériens et les mem-

ployes dans cette guerre et non autrement de telle sorte toutefois que Sa Majesté dédommagerait lesdits monastères en leur assurant un revenu égal ou en terre ou en rentes perpétuelles, et qu'elle ne gagnerait à cet arrangement que ce que des biens conférant juridiction valent de plus que ceux d'où on bres de la ligue de Smalcalde avaient déclaré ^}^ retire quedes revenus; mais que cette conqu'ils ne voulaient pas s'y soumettre; qu'alors pour arriver à la célébration de ce concile, célébration qui importait à l'honneur de Dieu, aux intérêts de la chrétienté, et à ceux surtout de l'Allemagne elle-même, le Pape et l'empereur avaient jugé à propos de prendre réciproquement entre eux les engagements

suivants: a ■> • ^ "«.c v^n ai-

Que l'empereur aidé du souverain Pon- [^^^ Q" on aviserait au moyen de fournir autife entreprendrait la guerre au mois de juin j^^'î^^jP^ a l'empereur l'équivalent de ce qu'on

cession étant nouvelle, on ne la ferait qu'avec les garanties et les réserves qui paraîtraient a propos au Pape, et que l'exécution en serait confiée aux soins de ses commissaires Cet article n'obtint pas , à ce que je vois " 1 approbation du collège des cardinaux; c'était a eux de donner leur assentimen t au traité comme nous le dirons bientôt ; mais on ar-

contre les protestants, les membres de la ligue de Smalcalde et les autres hérétiques ; qu'il ferait tous ses efforts pour les ramener à la vraie et antique religion, et à une soumission parfaite au Siège apostolique; qu'il se réservait toutefois le droit d'essayer d'arriver au même résultat par d'autres voies de douceur. Mais, comme les articles ne furent stipulés qu'à la fin de juin, ainsi que nous l'avons prouvé, on déclarait au bas : que dans l'article précédemment exposé, il était question de ce même mois de juin; et que la condition rapportée par nous y avait été apposée, parce que l'exemplaire où on la lisait, avait été envoyé à Rome par l'empereur bien auparavant.

Que l'empereur ne pourrait en venir avec les hérétiques en question à aucun accommodement qui fût contraire aux conditions de cet e ligue, ou leur faire de concessions

eqi lui refusait.

Que durant l'entreprise et les premiers six mois qui la suivraient, ces deux princes se prêteraient réciproquement assistance contre quiconque attaquerait injustement l'un deux dans le dessein de traverser leur alliance. Sarpi dit faussement de ce traité qu'on le rédigea a part et en secret, à cause du roi de France : la vérité est qu'on le lut en pleine congrégation de cardinaux, et qu'il fut enregistré avec les autres dans les Actes du consistoire.

rfi'^yV^^^^'^'V^ ^ *«"t prince chrétien la liberté d entrer dans la confédération, avec la part de charge et d'honneur que demanderait la dignité de chacun.

Que le traité devrait recevoir l'approbation du collège des cardinaux.

Les articles furent souscrits ensuite par lo souverain Pontife pour lui-même, et, au nom

en matière de religion, sans le consentement \'*^ ' î^"^P'^''eur,parlecardinalMadrucciet Jean

exprès du Pape ou de son légat

Que le Pape, dans un mois à partir du jour de l'accord, déposerait à Venise cent mille écus d'or ; que ces cent raille écus, joints à cent mille autres qui avaient déjà été déposés

de \ega, son ambassadeur ; et en exécution de ces mêmes articles, ou choisit (1) dans le consistoire, pour légat de l'entreprise, le cardinal Farnèse.

A quelques jours de là, le quatre de juillet.

guerre venait à n'avoir pas lieu, il serait libre au Pape de les reprendre.

Que le Pontife serait tenu d'envoyer et d'entretenir à ses frais, comme auxiliaires, pendant six mois, à moins que la guerre ne finît plus tôt , douze mille fantassins et cinq cents cavaliers, avec un légat apostolique, pour les conduire et les commander pendant tout ce temps, et le nombre de capitaines nécessaires à mettre à leur tête.

Que le Pape accorderait à l'empereur, de la manière usitée en pareille circonstance, la moitié des revenus de l'Eglise d'Espagne,

(1) Tout est consigné dans les Actes consisioriaux.

pie romain ; et le Pape y donna'"'soïen"ne^lî"ment la croix au légat : et il n^mma capitaine gênerai de^l armée pontificale Octavien Farnèse, son frère, dont il bénit solennellement aussi l étendard, et, après cette cérémonie ils firent semblant de se mettre en route et le légat accompagné du sacré collège, s'avança jusqu a la porte dite du peuple : quoiqu'au fond on ne dut partir de Rome que plusieurs jours après (2), selon la coutume moderne oui ne veut pas que la fête et l'œuvre qui en est 1 objet coïncident ensemble.

On rendit compte de ce qui s'était passé

(1)25 juin.

(2) Le 13 juiliei il était à Ronie, comme on le voit par une de ses leiires écrite aux légats.

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aux lécats, qui étaient à Trente; ce fut le car- stades apportés par la cour romaine à l'exerdinâl Farnèse (1) et Maffée, secrétaire du cice de la puissance épiscopale, et qu ainsi Pane (2) qui le fit plus longuement : tous les légats furent contraints d admettre encore deux remarquaient qu'encore bien que la la discussion sur ces points. C est tout le guerre ne fût pas sans de grands dangers, on contraire qui est vrai : ce ne fut pas dans la n'avait aucun espoir de réduire l'Allemagne seconde, mais dans la première congrégation par des voies pacifiques ; que, si on ne recou- que les légats parlèrent de cette affaire , et rait au glaive, il fallait serésoudreàmourirde ils ne proposèrent pas simplement la quesfièvre lente, et que le concile, appuyé par les tion de la résidence, mais ils dirent que,les armes agirait avec autant de courage que de évêques étant unanimes a cet égard, il fallait force puisque son tribunal serait environné plutôt s'occuper à ôter les obstacles , et qu en d'une armée puissante à son commandement, conséquence chacun présenterait la liste de et qu'il aurait un Charles-Quint pour exécu- ceux qu'il éprouvait dans son Eglise, quoiter ses décrets. qu'il dût être difficile d'y remédier, non pas PTTAPTTRF Tl ^^ ^^^^ du Pape qui s'y prêterait dans tout ce i.nAi'iinri I • qui dépendrait de lui, mais de celui des prin- Discussions dans les congrégations de 1 rente ^^^ temporels qui s'y opposeraient de toutes sur les articles de la justification et de la ré- j^^^g forces. Et l'évêque de Vaison fut si éloisidence. gné de parler dans le sens que lui prête Sarpi, 1. Voilà ce qu'on écrivit de Rome aux pré- qu'au contraire, dans les précédentes congrésidents du concile; ils ne s'épargnaient ni les galions , comme nous l'avons raconté, il dit peines d'esprit ni les fatigues du corps pour hautement que , pour lui , les empêchements avancer dans la continuation des travaux de qu'il éprouvait lui venaient, non du Saintcette assemblée. Sarpi débute dans la narra- Siège, mais des puissances laïques, tion de ce qui s'y passa après la cinquième 2. Mais venons-en à la relation véritable session, par tant d'erreurs qu'on dirait qu'il de ce qui se passa. Le cardinal Cervinireprés'est étudié à s'éloigner de la vérité. senta aux Pères que la question de la justi- 11 dit qu'il y eut congrégation le 18 de juin fication qu'on allait traiter serait plus obscure immédiatement après la session. Et de fait (3) que celle du péché originel qu'on venait il n'y en eut pas avant le 21 de juin que se de décider; car les anciens scolastiques tint la première. s'étaient beaucoup étendus sur celle-ci , Que les légats y firent lire par le secrétaire tandis qu'ils n'avaient que très-peu parlé de un écrit concernant la question de la justifi- celle-là ; néanmoins elle s'était beaucoup cation. Et la vérité est qu'il n'y eut pas d'écrit éclaircie, depuis les vingt dernières années , de lu; mais que le cardinal Cervini,en l'ab- par les ouvrages que les catholiques avaient sence de son premier collègue, qui était ma- opposés aux erreurs des Luthériens. Lecarlade , parla sur ce sujet devant l'assem- dinal Polus prit ensuite la parole, et dit que Idée. cet article devait naturellement venir à la Que les prélats impériaux se montrèrent suite du précédent, afin qu'ayant connu dans opposés à la reprise de cette discussion, pré- celui-ci ce qu'on avait perdu dans le premier textant que l'envoi de Madrucci à Rome par Adam , on apprît de celui-là ce qu'on avait l'empereur annonçait quelque grande négo- recouvré dans le second ; que plus le sujet dation qu'il ne fallait pas troubler, el que était compliqué, et plus on avait besoin de d'autres étant d'un avis contraire , les légats prier souvent pour obtenir la lumière divine ; déclarèrent que préparer les matières n'était qu'il exhortait les Pères à lire aussi les livres pas les décider, mais qu'il était nécessaire de des adversaires , non avec une prévention les préparer pour pouvoir les décider ; et que, hostile, mais avec impartialité ; qu'ils ne dipar conséquent, on ne pouvait que gagner à sent pas : Luther a écrit cela; donc c'est faux ; abréger le temps. Et néanmoins tout cela ne puisqu'au contraire c'est un artifice assez peut pas s'appeler du nom de chimère, car commun aux hérétiques de chercher à accrédans la chimère il y a encore quelque chose diter le faux, en l'entremêlant de vrai ; que de vrai, tandis qu'ici tout est imaginé; on ne s'ils ne lisaient pas avec cette impartialité, pensa même plus à y mettre en discussion si mais plutôt dans la disposition de rejeter on devait continuer à décider les dogmes. tout, on perdrait la vérité en la cherchant; Que dans la congrégation suivante où les qu'on en avait eu un exemple dans Albert légats proposèrent la question de la rési- Pighius ; que cet auteur, en traitant du péché dence, l'évêque de Vaison dit qu'on ne pou- originel, pour avoir voulu réfuter toute la vait traiter de cette matière , si on n'ôtait doctrine de Luther, avait été bien près de auparavant les exemptions et les autres ob- tomber dans l'erreur des Pélagiens.

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