‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 59 sur 348 · L'archevêque commenta longuement ce Père · texte numérisé non relu

L'archevêque commenta longuement ce Père

passage de l'Evangile , montrant que leSau- 10. L'évêque de Sinigaglia ne parla pas

veur avait figuré, dans la conversion de ce moins savamment dans une autre assem-

personnage, la suite de tout ce qui se passe blée (1) où il expliqua le passage de l'infidé-

dans la conversion de chaque homme. En- lité à la foi et celui de la foi à la grâce, et où

suite il s'appliqua à faire voir par de nom- il montra que la foi est la porte pour aller à

breuses citations des livres saints, que la foi la justification, et qu'il ne suffit pas d'entrer

seule ne suffit pas ; mais qu'outre la foi , il par la vraie porte pour arriver au but, mais

faut encore d'autres dispositions qui dépen- qu'il faut marcher infatigablement dans la

dent de notre liberté, et le sacrement de bap- carrière, c'est-à-dire dans la voie des divins

tome. Puis, comme il était versé dans la commandements. Il fit voir aussi qu'en cela

science des lois, il s'en servit pour répondre nous n'avons d'autre mérite, ou que de ne

à l'autorité de plusieurs conciles qui disent pas mettre d'obstacle, ou que de ne pas résis-

que la justification est l'ouvrage de la grâce, ter à l'assistance divine qui nous prévient,

et dont les Luthériens concluaient qu'elle 11. L'évêque de Cava,au contraire, parla

n'est pas lanivre de notre libre arbitre, et moins exactement ; il prononça un long dis-

il cita la loi qui commence Servi clectione, au cours où il attribuait tout à la foi, prétendant

Vûre de Légat, et fidcicom., clVautre qnicom- que, celle-ci posée, suit immédiatement la

menceInrecommuni,i\n[\h'cdeScrvit.urban. justification, dont l'espérance et la charité

prcFf/., loisqui prononcent que cequi n'est pas étaient bien les compagnes inséparables,

à moi seul, mais qui m'est commun avec un au- (1) 6 jiiilloi.

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I mais non les causes qui la précèdent néces- putation de la justice du Christ, lequel nous

sairemcnt. Ce sentiment choqua les oreilles mérite le pardon; mais la justification sub-

des Pères , et il fut longuement réfuté par les séquente s'obtient au moyen de la justice in-

évêques de Feltre , de Majorque , de Vaison , fuse en nous intérieurement, et non au moyen

et par celui de Motola, qui le fit plus longue- de l'imputation extérieure, telle que l'cnsei-

i ment encore que tous les autres; car il ne se gnaient les Luthériens. Car si Adam n'a-

i contenta pas de s'attacher à prouver son opi- vait pas péché, ses descendants auraient hé-

nion, il renversa douze arguments d nt se rite de la justice infuse; et ainsi le mérite

prévalait l'opinion contraire. Cette dernière du Christ pouvant plus pour nous servir que

fut qualifiée d'hérétique par l'évêque de Cas- n'avait fait la faute d'Adam pour nous nuire,

tellamare. il faut que la grâce qui est obtenue par Jé-

12. On continua la discussion de la même sus-Christ nous fasse recouvrer la justice inmatière dans la congrégation où avait eu lieu fuse. Puis il montra que Dieu appelait les pela réception des ambassadeurs français. Et cheurs, mais qu'il ne les contraignait pas; que Bertano, qui y parla pendant deux granjîes ce qui le prouve, c'est que tous les appelés heures, s'appliqua spécialement à faire voir ne consentent pas à leur vocation. D'où il deux choses : l'une , qu'on dit de l'homme faut conclure, pour le remarquer, que par le quil est justifié par la foi, non de la foi, parce mot de contrainte , il n'entend pas , lui , non que notre justification n'est pas la foi ; mais plus que les autres, un acte qui se fait conque c'est par le moyen de la foi que nous l'ac- tre la volonté, comme il arrive, par exemple, quérons; l'autre, que dans le passage où le à l'homme dont une force extérieure pousse Prophète a dit (1) : Les œuvres de notre jus- le propre poing au visage ; mais tout acte tice sont comme le linge le plus souillé , il n'a qu'il y a nécessité de faire, sans que le choix pas voulu dire de nos œuvres qu'elles fussent en soit laissé à notre libre arbitre. Il ajouta toutes tachées et criminelles , comme le pen- que le premier consentement à la vocation se sent les Luthériens, mais seulement se plain- (sonnait dans !a foi ; que cette foi antérieure à dre de la méchanceté de ce peuple, dont cha- la justification n'est pas la vertu infuse, mais que bonne œuvre était accompagnée de mille l'acte par lequel nous croyons; parce que, mauvaises qui la déshonoraient : absolument disait-il , et c'est le sentiment de plusieurs comme on traite de sale un linge qui, à l'ex- scolastiques, la vertu de foi n'est infuse en ception de quelques petites places où il con- nous que conjointement avec celle d'espéserve sa blancheur, est couvert d'ordure dans rance et de charité, au moment de la justifitoutes ses autres parties. Et que ce soit là le cation ; qu'on attribue la justification à la foi sens de ce passage , on en est convaincu par considérée non comme cause prochaine, mais cet autre qui le suit : Et nous sommes tous tom- comme principe de tout ; que S. Paul ne conte.* comme la feuille, et nos iniquités nous cm- testait le mérite des œuvres que parce qu'il portent comme le vent; il n'y a personne qui n'entendait parler que des œuvres extérieuinvoque votre nom. res , dont se glorifiaient excessivement les

13. Les évêques d'Agde et de Lanciano di- Juifs qu'il instruit ici; que, par exemple, rent que l'homme concourt activement à sa Abraham n'avait pas été justifié par la seule justification, parce qu'il peut consentir ou no oblation extérieure dans le sacril'ce de sosi pas consentir à sa vocation. Et autant que fils, ni par d'autres actions semblables, mais j'en puis juger par leurs discussions, les uns P^ir les actes iulérieurs de foi ou d'autres veret les autres employaient dans le même sens tus, actes qui avai nt pour objet ce qu'enseiconlrihuer activement et conlrihvn'r librement, gne la foi. L'éloquence se joignait au savoir Ils ajoutèrent que l'Apôtre niait que la jus- dans l'évêque de Bilonte ; cette réunion dans tificalion vînt des œuvres, c'est-à-dire de cel- l'orateur, comme celle du fer à l'aimant qu'on les qui précèdent la foi, et ne dépendent pas pi^ arme, double bien des fois la vertu dont d'elle, comme étaient les observances des ce- ii «"st doué pour attirer le suffrage des audirémonies légales dans lesquelles se confiaient teurs ; aussi si, dans celte circonstance, tout tant les Hébreux que S. Paul interpelle ici. le monde ne fut pas de son avis, au moins

14. L'évêque de Bilonte parla dans le sens toute l'assemb ée s'accorda à lui applaudir, que voici : il dit qu'il se passait (!; nx choses 15. Il n'en fut pas ainsi du discours de dans la justification de l'impie: la délivrance J^^es Contarini, évêque de Bellune; il attride l'état d'injustice et l'acquisition de la jus- hua tout à la foi et aux mérites de Jésustice ; que celle-là était antérieure à celle-ci. Christ et rien i ux œuvres : il voulait qu'elles Il voulait parler, je crois, de cette antériorité fussentdes signes de la foi et de la justice, mais que dans les écoles on appelle de nature, rjon qu'elles servissent en quelque chose à comme la venue du soleil est antérieure à l'ef- l'acquérir ou à la conserver : de même que , fusion de la lumière ; et ainsi il pensait pro- disait-il , partout où est le soleil , est la lubablement que, moyennant cette antériorité mière ; qu'ainsi voir briller la lumière du dénature, d'abord le péché nous est pardonné soleil dans un lieu quelconque, c'est pour par la miséricorde extrinsèque de Dieu; et en- nous un indice sûr des fruits que le soleil y suite, mais dans le même moment, l'obstacle fait croître : quoique la production des fruits du péché étant été, nous recevons la grâce ^ '^^^ P^^ Pour cause la lumière , mais d'auquinous établit enfants de Dieu. Or, disait-il. Ires qualités dues à la présence du soleil et

i celle justification antérieure a lieu par l'im- q"i accompagnent la lumière ; que dans la

. description du jugement universel, Jésus-

H) isaie, cl). U. Christ parle des œuvres non pas comme mé^

filant la gloire, mais comme prouvant la foi; et qu'ainsi , quand il dit : J'ai eu soif, et vous vi'avez donné à boire, c'est comme s'il disait : Par tel acte, vous avez montré votre foi; que ce qu'on attribue à l'efficacité de nos œuvres, on l'ôte à l'efficacité du sang de Jésus-Christ. Ce discours déplut singulièrement aux auditeurs, et il réveilla dans plusieurs le souvenir des accusations qu'on avait portées il y avait quelque temps contre Gaspard Contarini,dont Jules était neveu, et à qui on avait imputé une opinion qui ne différait pas de celle-là.

16. Bernard Diaz , évêque de Calahorra , émit le sentiment directement opposé. Il dit que l'infidèle ne se dispose par aucune de ses œuvres à mériter la vocation; et qu'elle est un pur don de la libéralité de Dieu; que posée la vocation , il est libre à celui qui est appelé de répondre ou de résister ; que s'il veut répondre , il croit , il espère, il se convertit à Dieu qu'il sait miséricordieux pour quiconque recourt à lui , il déteste le péché, il se propose d'observer la loi divine, et il reçoit le baptême , dans lequel il obtient de Dieu la grâce infuse qui justifie ; que Dieu fait donc deux choses en nous sans nous ; c'est-à-dire, sans que dans ces deux choses notre libre arbitre ait de part active: la vocation au bien et l'infusion de la justice ; qu'il est en notre pouvoir d'accepter l'une et l'autre, mais avec l'assistance divine ; que la première s'accepte en y répondant, et la seconde en voulant la recevoir de Dieu, qui nous l'offre et qui est prêt à la répandre en nous ; que dans l'usage de ces deux dons , nous agissons conjointement avec Dieu ; de telle sorte que les bonnes œuvres sont toutes à nous et toutes à Dieu ; toutes à lui qui en est l'agent principal ; toutes à nous qui en sommes la cause secondaire ; qu'on dit que l'homme est justifié par le moyen de la foi , parce que c'est elle qui nous soulève du fond de notre bassesse naturelle, et qui nous donne des mouvements supérieurs à ceux de la nature , et qui est cause que Dieu nous regarde comme déjà placés dans le chemin de la justice.

17. L'évêque des Canaries parut donner dans l'extrémité opposée à celle dans laquelle étaient loiDbcs ceux de Cava et de Bellune. Il disait bien aussi avec les autres que les œuvres faites dans l'état de nature et avec le secours général de Dieu seulement ne pouvaient nous mériter ni de condigno, ni ex congruo la grâce, mais il soutenait que,quel- (luelbis dans sa bonté, Dieu se laissait engager par elles à l'accorder ( en quoi on le taxa (1) de pélagianisme, quoique Diei! appelle aussi quelquefois par pure miséricorde des hommes que ne recommandent incme pas ces œuvres naturelles, comme on le voit dans saint Paul.

18. Tous mettaient le plus grand soin à expliquer celte proposition de l'Apôtre, que l'homme est justifié par la foi : car ils savaient que c'était là-dessus uniquement que

(1) Acic's lie Massarelli.

se fondait l'erreur luthérienne. Aussi, Claude le Jay, de la compagnie de Jésus, procureur du cardinal d'Augsbourg , fit observer que ' l'Apôtre parlait ainsi pour prouver ce qu'il avait en vue, c'esi-a-dire que la justification se fait gratuitement , parce que , de toutes les choses qui contribuent à la justification, il n'y a que la foi qui soit un don purement gratuit ; que le reste s'obtient par nous au moyen de la foi ; et qu'ainsi en elle nous est donné non d'être justes, mais de pouvoir le devenir ; que toutefois la foi ne suffit pas par elle-même, comme il paraît par ce mot de saint Augustin à Boniface, à propos de ce qu'on lit au chapitre deuxième de saint Jean: Plusieurs crurent en Jésus; mais Jésus ne se fia pas à eux, parce qu'il connaissait leurs œuvres : donc la foi peut exister sans les bonnes œuvres, et, dans cet état, elle est insuffisante pour attirer Jésus-Christ.

19. On s'aperçut dans cette circonstance que, comme l'ombre que jette un même corps varie selon les différents changements qu'on fait éprouver au flambeau qu'on en approche, ainsi , selon la diversité des lumières qui se rencontrent dans les intelligences , varie l'idée qu'on s'y forme de la même vérité.

Seripandi distingua deux justifications : l'une par laquelle l'homme d'impie devient pieux; et les œuvres, dit-il, ne contribuent pas à celle-là : puisqu'avant la justification, ou tout autre bienfait signalé qui la prépare, on n'exige rien de l'homme , ce qui fait dire à l'Apôtre qu'on est justifié gratuitement; que la pénitence des péchés commis est certainement requise pour cette justification ; mais que la justification ne s'accorde pas au mérite de la pénitence ; que le dire, ce serait être Pélagien ; que l'autre justification consiste à marcher droit dans la voie des commandements de Dieu ; et que nous recevons avec les dons du Saint-Esprit le pouvoir d'y marcher, et ensuite la grâce de le faire réellement par l'accomplissement des œuvres commandées. Et que c'est en ce sens que les œuvres sont nécessaires pour la justification.

Tels furent les sentiments les plus remarquables touchant le premier des trois points : presque tous différaient et concordaient en même temps , ce qui rendit ces discussions tout-à-fait intéressantes, en en bannissant et l'ennui des répétitions et l'âpreté des contestations.

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