CHAPITRE VI
Querelle scandaleuse survenue entre Vévêque de la Cava et celui de Chiron.
1. Cependant la profession pacifique de gens de robe et la dignité sacrée d'évêquos n'empêchèrent pas qu'à ces accès de la peur ne succédât un acte de fureur. Dans la congrégation du 17 (5), l'évéque de Cava n'ignorant pas qu'on avait généralement blâmé l'opinion qu'il avait émise, au lieu de la motîifier , n'avait songé qu'à apporter de nouvelles preuves à l'appui, selon la coutume des hommes qui pour échapper au reproche de s'être trompés , finissent par mériter encore celui d'être obstinés dans l'erreur. Et il était venu chargé des ouvrages de ceux de s saints Pères qui , selon lui , enseignaient ce
(\] 8 juillet.
(2) Leiirc du cardinal Sanlafiwa aux légais, du 25 juillet l.o46.
(5) Voyez le Journal de Massarelli.dulS juillet.
U) 17 juillet.
(5) Tout ce qui regarde ce fait et ses siiilos , se trouve dans la seconde partie des Actes, sous Paul III, et dans les Actes particuliers du secrétaire Massarelli.
qu'on lui avait reproché. Or , la congrégation finie, et avant que les membres eussent |{ quitté la salle où on s'était assemblé, il arriva '' que Denys Zannettino, Grec de nation, mineur observantin,évêque de Chiron, s'enlretenant en particulier avec les évêques de Bertinoro et de Rieli, protesta que dans la congrégation suivante il voulait réfuter ce l qu'avait dit l'évéque de Cava ; car on ne *' pouvait l'excuser ou d'ignorance ou d'effronterie. L'évéque de Cava, entendant confusément que Zannellino parlait de lui, s'approcha des trois prélats et demanda ce qu'on disait. L'évéque de Chiron, qui crut peut-être que l'autre l'avait distinctement entendu , et qui regarda comme une honteuse lâcheté de renfermer dans son cœur ce qu'il avait dit de ce prélat quand il croyait n'en être pas j entendu, lui répondit avec une vivacité toute f grecque : Certainement, monseigneur, vous ne pouvez être excusé ou d'ignorance ou d'effronterie. Alors l'évéque de Cava , comme il est ordinaire aux hommes qui se laissent aller à la passion de la colère, se porta à un acte de vengeance qui lui nuisit beaucoup plus à lui-même que l'injure dont il voulait se venger. Car, saisissant son collègue à la barbe, il lui arracha forco poils, et se retira aussitôt. On accourut au bruit de toutes les parties de la salle. L'évéque de Chiron ne témoigna pas autrement son ressentiment qu'en renouvelant à haute voix ce qu'il avait dit et qu'en offrant de le prouver. Ce spectacle scandaleux révolta étrangement les légats et l(^s Pères ; et l'ambassadeur de Tolède, révolté de l'indignité inouïe d'une telle action , s'écria qu'il ne suffisait point à San-Feliz d'être hérétique, qu'il lui fallait encore outrager les prélats catholiques ; et que pour lui, il lui paraissait nécessaire de lui infliger une punition qui pût servir d'exemple. Les légats répondirent que Zannettino aussi avait eu grand tort de le provoquer; mais qu'on penserait au genre de châtiment qu'il conviendrait de tirer.
2. Cette scène se passa le matin; dès le même jour on tint une autre assemblée générale. Et le premier légat dit aux Pères qu'il ne les avait pas réunis cette fois pour délibérer sur notre justification (1), mais sur notre faiblesse , à l'occasion de l'excès de San-Feliz : il donna à entendre qu'il n'était pas à propos que les ambassadeurs fussent présents à la discussion de ce jour. Alors Mendoza , peut-être pour corriger ce que son collègue avait dit le matin , répondit qu'ils n'étaient pas venus pour assister à l'examen de cette cause, mais pour leur recommander le coupable qu'ils ne croyaient pas indigne d'indulgence, si on refléchissait qu'il avait agi par surprise et qu'il avait été fortement provoqué : et cela dit, il sortit avec les autres ambassadeurs, prenant pour lui un congé de quelques jours, pour aller à Venise au nom de l'empereur (2) : le but de ce voyage était
(1) Actes et Journal de Massarelli du 17 juillet , cl Actes du Chàteau-Saint-Ange.
(2) Voyez le Journal de Massarelli, dw 18 juillet.
de reprocher au sénat de cette république, que inquiet des préparatifs de guerre qui se faisaient contre les protestants, et soupçonnant que sous le prétexte de la religion on cachait rintention d'asservir l'Allemagne, il avait détourné le Pontife de sa ligue avec l'empereur, et accueilli avec bienveillance une ambassade qui lui était venue de la part des ennemis.
3. Le cardinal del Monte dit à l'assemblée que la faute lui était déjà connue ; qu'il ne voulait ni l'aggraver ni l'atténuer ; que les Pères en jugeraient, et que les légats procéderaient d'après leur jugement. Cervini ajouta que le délit n'avait pas été tenu secret, et qu'il n'y avait de remède à ce scandale que dans la publicité du châtiment.
Pacheco affirma qu'il n'avait pas été témoin du fait, non plus que beaucoup d'autres comme lui ; qu'il lui paraissait donc à propos d'instruire la cause, et de consigner en attendant San-Feliz dans sa maison ou dans un autre lieu convenable.
Plusieurs étaient de cet avis. Mais l'évêque d'Osca soutint que, dans San-Feliz, ce qui avait été l'occasion de l'insulte était plus repréhensible que l'insulte même; qu'il avait défendu jusqu'à deux fois une mauvaise doctrine contre le sentiment commun des Pères ; qu'on devait donc le renvoyer pour l'une et l'autre faute au tribunal du souverain Pontife. Cet avis avait aussi des partisans; on pensait que le concile n'était pas compétent soit du côté de la cause qui n'était pas de la nature de celles exprimées dans la bulle de convocation, soit du côté de la personne qui était commissaire du Pape.
L'évêque de Calahorra représenta qu'il fallait prendre garde d'imposer au coupable pour punition quelque chose qui au fond lui serait très-agréable : que le renfermer dans sa maison , c'était lui procurer du repos , taudis que les autres travailleraient, et que lui assigner pour prison la maison de quelqu'un des Pères, c'était lui ménager tous les seins d'une bonne hospitalité plutôt que le condamner aux privations de la captivité ; que si on n'avait pas laissé dans le passé de moindres insolences impunies, cette dernière, plus grande qu'aucune des autres, ne serait pas venue déshonorer le concile ; et que si on la traitait aussi avec indulgence, ou devait s'attendre à de plus fâcheuses encore.
k. Il s'en trouva d'autres qui s'intéressèrent au coupable, et ce fut spécialement Martirano, évèquo de Saint-Marc ; outre ce qu'on avait déjà allégué pour excuser l'évêque de Cava, ce prélat dit que ce qui diminuait de beaucoup sa faute, c'était l'aveu qu'il en faisait , et que se dévouer humblement , comme le faisait San-Fcliz, à la sévérité de ses juges, c'était se rendre digne du pardon. Loffredi, évêque deCapaccio, Vigerins, évoque de Bertinoro, et, plus qu'aucun d'eux, Musso, se prononcèrent également pour la clémence ; ce dernier épuisa tout le miel de son éloquence pour adoucir les esprits en faveur de celui qu'il défendait. L'évêque de Bitonle avait été des premiers qui étaient
venus , moins pour assister au concile déjà tout formé , que pour le former, quand il ne rétait pas encore : c'était lui qui ensuite, sur ce théâtre de la chrétienté, avait comme levé la toile en prononçant solennellement le discours d'ouverture, et depuis, toujours employé dans les délibérations les plus importantes, il n'était pas un membre ordinaire: c'était le bras droit de ce corps. C'est de lui et de Saracena , archevêque de Matera , que je trouve le plus complet éloge dans la correspondance des légats avec le souverain Pontife : aussi, se croyait-il en droit nonseulement de persuader par des raisons , mais même (iô recourir aux prières. Il alla jusqu'à dire qu'il demandait en grâce le pardon du coupable, comme la récompense de tout ce qu'il avait fait, lui qui avait jeté les premiers fondements du concile, et qui avait employé et qui employait encore journellement a son service toutes les forces de son corps et toutes les ressources de son esprit; que San-Feliz avait autant de titres, qu'il en avait même plus , lui qui, dans sa charge de commissaire, avait à force de temps et de soins pénibles préparé et disposé la salle oii devait se réunir cette vénérable assemblée ; qu'il ne fallait pas que cette œuvre sainte dont on attendait le bonheur de l'Eglise, tournât à la perte de celui qui y avait le plus contribué ; que si on voulait absolument punir la faute, qu'on la punît sur un autre; que lui, Mussus, s'offrait volontiers à être cet autre (jui subirait le châtiment. Il releva ensuite l'esprit, la franchise, l'habileté, la bonté de ce prélat qui s'était signalé par mille autres actions louables, dans les importantes charges dont il avait été si souvent honoré, et surtout dans celle de vice-légat de Bologne et de gouverneur de l'Ombrie; tandis qu'il n'avait jamais fait d'autre mal que cela dans sa vie, et que même on pouvait dire qu'il ne l'avait pas fait dans sa vie, c'est-à-dire dans sa vie d'homme, qui est une vie raisonnable, puisque la colère est une folie momentanée et une mort momentanée de la raison.
5. Le sentiment de chacun exposé, les légats s'entretinrent un moment à voix basse, et ils dirent ensuite que, conformément à l'opinion de la majorité, ils arrêtaient que la cause se jugerait régulièrement, et qu'en attendant, l'accusé serait ganlé, non pas dans sa propre maison ou dans celle d'aucun autre prélat, pour les motifs allégués par l'évêque de Calahorra, ni dans la prison commune , par considération pour sa dignité, mais à Saint-Bernardin, couvent de mineurs observantins. Ils avertirent en même temps que San-Feliz étant excommunié à cause de l'outrage dont il s'était rendu publiquement coupable envers l'évêque de Chiron , chacun devait avoir à l'éviter.
6. Massarelli, secrétaire du concile, instruisit le procès : ce fut lui qui fut chargé d'examiner les témoignages, en présence des partis. L'évêque de Chiron ne se contenta pas de pardonner à San-Feliz l'injure qu'il en avait reçue: il intercéda pour lui à deux genoux
rie Savelli et Sforce-Sforce, neveu du souverain Pontife, colonels; et outre ceux là, plus de six cents capitaines et autres gentilshommes, qui tous prirent place à table. Il fit aussi distribuer des vivres à toutes les troupes : elles se composaient de douze mille fantassins et de huit cents cavaliers italiens, auxquels s'étaient joints cinq cents aventuriers qui étaient venus, attirés par le zèle de la religion et par l'amour de la gloire. L'armée s'étant mise de là en marche , passa ce jour même sous les murs de Trente, et alla prendre ses logements à Laviso, village voisin qui n'était éloigné que do^cinq lieues.
2. La maladie avait obligé le cardinal Farnèse à s'arrêtera Roveredo; il y fut visité par tous les cardinaux : l'un d'eux, Cervini, qui était lié avec lui depuis longtemps, voulut rester auprès de lui pour prendre soin de sa santé; il crut que l'intérêt public se joignait à sa reconnaissance personnelle pour lui prescrire cette conduite. Il y avait déjà plus d'un mois que sa mauvaise santé avait aussi forcé Polus à se retirer à Padoue (1). où cependant ses collègues le tinrent au courant des affaires les plus importantes (2), et notamment du décret sur la justification : ils reçurent volontiers son avis à cet égard. Mais,* comme il ne guérissait pas, il fut déchargé par la suite de la légation (3), et raptrès'-avancZ au" peïït ^évêché de Venosa {&)] pelé a Rome. Le cardinal del Monte resta donc
dans la congrégation générale (1).
Sur ces entrefaites , le souverain Pontife, informé du scandale, le sentit profondément, et il enjoignit aux légats d'en poursuivre sévèrement la répression (2). Elle eut lieu par sentence du concile qui le condamna à s'exiler pour toujours de Trente et de l'assemblée, et à être renvoyé au Pape pour être absous de l'excommunication, qui lui était réservée. Mais le souverain Pontife, pour tempérer la sévérité par la clémence, adressa aux légats un bref (3) qui leur prescrivait de l'absoudre sans éclata Trente (4), et de le renvoyer à son siège quand ils le jugeraient à propos ; il lui substitua, dans la charge de commissaire, Jacques Jacobelli,évêque de Belcastro (5). Ce choix eut l'approbation générale. San-Feliz étant parti de Trente , vécut longtemps dans l'oubli, et il fut même encore quelque peu tourmenté, comme on le verra , jusqu'à ce que, plusieurs années plus tard, après quatre pontificats , quand on vint à reprendre le concile, on eut la bienveillance de l'y rétablir dans son ancienne dignité.
Il regarda comme la plus grande des grâces d'être replacé dans ce poste si modeste, lui qui autrement pouvait prétendre à ce qu'il y avait de plus élevé. Et toute la récompense qu'il reçut dans la suite de ses autres longs services", ce fut d'être promu, dans un âge
tant c'est nuire à sa réputation que de se livrer au désir immodéré d'en acquérir.
CHAPITRE VIL Passage de V armée et du légat. Prorogation de la session. Maladie de Polus qui lui fait quitter la légation. Différend entre le cardinal del Monte et Madrucci.
1. Reprenons le fil ordinaire des événements. Le 23 juillet, le cardinal de Trente, suivi d'un brillant cortège de noblesse, s'a-
alors , non plus seulement premier, mais unique président du concile. Il venait de recevoir des lettres qui l'informaient que le Pape s'opposait à la prorogation de la session; cette nouvelle inattendue le jeta dans un grand embarras. C'est pourquoi, dans la congrégation du 28, et ainsi un jour avant le jour fixé pour la session, quand le décret dressé sur l'article du dogme n'avait point encore passé tout entier par le scrutin, et que
, ^ . , - , T^ V ,, la matière de la résidence était beaucoup
vança au-devant du légat Farnese jusqu a ^^qj^s avancée, il prit d'abord les Pères eux- Roveredo : ce fut dans cette ville, toute voi- ^^^^^^ ^ témoin de l'ardeur infatigable avec
sine de Trente, que Farnèse fut pris de la fièvre tierce.
Pendant ce temps (7), l'armée pontificale fut passée en revue à Mutarello, village éloigné de deux milles (8) de Trente, par où elle passait. Le cardinal Madrucci y invita à un somptueux repas tous les cardinaux, Octave Farnèse, général en chef de l'armée, Jean- Baptiste Savelli, général-commandant de la cavalerie, Alexandre Vitelli, général-commandant de l'infanterie, Jules Orsini, Frédé-
- (1) 28 juillet.
Ci) Leitre du cardinal Sanlafiora aux légats, du 23 iui!leH546.
(3) Ibid., du 26 aoûU546.
(4) 11 fut absous le 3 septembre , selon le Journal cicMassarelli et selon les Actes duChâleau-S.-Ange.
(5) Lettre des légats au cardinal Sanlafiora, du 1" septembre 1S46.
(G) Voyez rUghelli , sur l'Episcopat de Cava, année 1520
(7) Tout ce qui suit se trouve dans les Actes particuliers de Massarelli , et dans la seconde partie des Actes authentiques du Château.
(8) Du 26 juillet , comme dans le Journal de Massarelli.
fatigable
laquelle ils'étaitlivréassiduement au travail, même durant ces trois jours qui avaient été employés à recevoir le capitaine-général et l'armée. Il ajouta que, quoique l'abondance et la difficulté du sujet n'eût pas permis de le discuter entièrement en si peu de temps, et de préparer tout ce qu'il fallait pour la session, néanmoins on pouvait la tenir; qu'on omettrait tout ce qui tiendrait à l'apparat , comme la messe solennelle et le dicours, et qu'on réunirait le lendemain matin les Pères en congrégation, afin de prendre une dernière résolution touchant l'adoption des décrets relatifs aux trois points en question; que ces décrets avaient été déjà examinés dans des réunions particulières, et même discutés dans des congrégations générales. Il dit que deux raisons le faisaient pencher pour ce senti-
(1) Du 28 juin, comme dans le journal de Massarelli.
(2) On le voit par les lettres de Polus aux légats du 5, 9 eH8 octobre 1546, parmi les pièces de MM. Cervini.
(3) 27 octobre 1546, dans les Actes du Château- Saint- Ange.
ment: l'une, c'était qu'il avait reçu des letlres ment. Que renvoyer donc la session à un dans lesquelles le souverain Pontife lui té- jour indéterminé, ce serait amener précisémoienait beaucoup d'éloignemenl pour la ment la dispersion des évêques, qu'on voulait
ignait beaucoup prorogation ; l'autre, c'était que les hommes les plus considérés à Rome lui annonçaient également que la rédaction des décrets qu'on leur avait communiquée, était pleinement satisfaisante : qu'ainsi ils devaient d'autant moins craindre de les adopter.
3. Le cardinal Pacheco dit, au contraire, que volontiers il aurait suivi l'opinion du légat, si sa conscience le lui avait permis ; mais
éviter.
5. Les archevêques d'Aix et de Sassari se rangèrent du même avis ; celui-ci insista sur la nécessité qu'il y avait de recourir à de fortes peines pour empêcher ceux qui avaient peur, de s'absenter. Mais l'archevêque de Corfou, ferme dans l'idée qu'il avait exprimée déjà peu de temps auparavant (1), recommença à dire qu'il lui semblerait plus à
qu'il avait les motifs les plus puissants pour propos de délibérer sur le départ ou sur la ne pas y adhérer, et que le principal , c'était translation, de peur qu'au moment même où qu'ilrestait à décider beaucoup de points qui ' j- « • -• > i^ :-^.:n„..»: — j„ i':.„.„
n'avaient pas encore commencé à être discutés dans l'assemblée des Pères , et qui ne pourraient se discuter convenablement et suffisamment dans une seule matinée. Qu'il lui paraissait donc bon de proroger la session à un jour peu éloigné de là. Cet avis fut généralement adopté : et les évêques d'Astorga et de Badajoz ajoutèrent que , puisqu'on avait décidé de traiter conjointement de la foi et de la réforme, ils ne voyaient pas qu'il fût possible de célébrer la session ; car, qu'il avait été à peine question de la seconde de ces deux matières.
k. Le président répondit à cela que son intention aurait été de ne s'occuper ensuite et bientôt que de la matière seule de la réforme , et de remplir aussi les engagements pris par le concile à cet égard : cependant , que la majorité lui paraissant se prononcer pour la prorogation, il ne prétendait pas s'y opposer. Qu'il restait donc à arrêter, si on ajournerait à jour fixe ou indéfiniment; que pour lui , il penchait pour ce second parti : car , que si on ajournait à jour fixe , ou que si on ajournait à un terme prochain, surtout la matière de la réforme n'étant pas plus avancée, on s'exposerait, par une nouvelle prorogation à laquelle on se verrait forcé de recourir, au danger de perdre tout crédit et toute considération : ou bien que si on fixait un terme éloigné, et qu'en attendant , les évêques, poussés par une crainte excessive de la guerre, venaient à se disperser, il resterait si peu de monde que la dignité du concile serait compromise, et cela au risque de ne plusjamais revoir à Trente ceux des membres qui seraient une fois partis. Qu'il lui semblait mieux de laisser aux Pères à fixer quand ils voudraient la nouvelle session ; que pour s'y déterminer, ils prendraient conseil et de l'état des matières dans les congrégations , et de celui de la guerre en Allemagne.
Le cardinal Pacheco fut encore d'avis différent; il dit que toujours jusqu'à ce moment on avait indiqué les sessions à jour fixe ; qu'il n'y aurait pas de gravité à changer un usage , surtout quand on avait une raison particulière de le conserver : puisque , si on est incertain de l'époque où se fera une chose, on se sent ordinairement plus porté à douter
Is discutaient de la justification de l'impie, ils ne fussent surpris et accablés par les impies.
Pacheco, qui savait combien cette résolution déplairait à l'empereur, ne put s'empêcher de reprocher à l'archevêque qu'il donnait son avis sur un point que le président n'avait pas mis en délibération; et ils échangèrent quelques paroles à cette occasion.
G. La parole échut ensuite à l'archevêque de IMatera; il embrassa le sentiment que venait d'émettre l'archevêque, et il l'appuya de beaucoup de raisons. Il finit par afiirmer que restera Trente, ce serait tenter Dieu et exposer toute l'Eglise à un affront sanglant. Qu'il lui paraissait clair qu'il était i)ermis aux Pères de partir; car il n'y avait pas de doute qu'un si grand danger dispensait les absents de l'obligation de venir; qu'il dispensait donc aussi les présents de celle de rester : qu'autrement on ferait la condition de ceux qui obéissent , pire que la condition de ceux qui résistent. Qu'il ne comprenait pas , pour lui , comment on pouvait désirer qu'il y eût dans ces circonstances un concile à Trente ; que l'autorité d'une telle assemblée consiste principalement dans le grand nombre de prélats; et qu'à Trente chaque jour il y en avait moins. Qu'il ne doutait pas que l'empereur, quand il viendrait à savoir (c qu'il en était, ne fût le premier à approuver la translation dans un lieu où l'on siégerait avec plus d'honneur et plus de succès.
7. Pacheco avait écouté impatiemment les paroles de l'archevêque de Matera, d'autant plus qu'il les croyait de nature à faire impression , et qu'il lui semblait que l'orateur était obligé, tant du côté de sa famille que de celui de sonEglise^dc penser comme l'empereur. Mais, quand il entendit citer l'empereur lui-même, comme ne s'opposant pas à la translation, il ne put se contenir plus longtemps , et il cria brusquement à l'archevêque : Parlez de ce qui est en délibéralion , et n'affirmez pas de rempereur ce que vous ne savez p'is. Se tournant ensuite vers le premier légat, il lui rap« pela qu'il ne devait pas permettre de sortir de la question.
On se laisse sans peine désobéir dans les
si elle se fera; qu'au moins on se la figure choses qu'on commande malgré soi : aussi , comme éloignée, et qu'elle ne paraît plus à le cardinal del Monte qui n'était pas fâché de
(I) Dans la congrégalion du 17.
notre intelligence que ce que paraissent à nos yeux les objets que nous voyons dans l'éloigné
Cosc. i>E Tkknte. II.
(Huit.)
255 HISTOIRE DU CONCILJ^ DE TliENTE. 2ô«
cette sortie de l'archevêque tïe Matera , et faisant obligation à personne de ce qui est
qui aurait pour ainsi dire voulu que les d'une difficulté insurmontable, il ne verrait
évêques eussent fait aux légats et au Pape pas de justice à établir des peines contre qui-
une douce violence , en exigeant la transla- conque n'aurait pas la force de demeurer au
tion, sans que l'empereur eût eu à se plaindre milieu de si grands périls
ni des légats, ni du Pape, entra pour lors avec Pacheco dans une discussion où l'un et l'autres soutinrent le contraire de ce qu'il avaient soutenu autrefois touchant la liberté qu'avait chacun de sortir de la question. Il répondit
Le cardinal Pacheco objecta que si on n'assignait de jour fixe, le concile se dissoudrait contre l'intention de l'empereur; que i'inlcntion de ce prince était qu'on avançât toujours sans interrompre l'assemblée ou changer de
donc qu'il n'avait pas l'intention d'empêcher résidence; et cela, s'écr'ui-l-il, f en parle pour les évêques d'exprimer leurs sentiments ; et le savoir, et non par supposition, comme a fait le cardinal Pacheco ne devait pas les »'—-». — ^~-- '- 's»^-'-"« t„ia„.„. :. — ■„
que
en empêcher non plus ; que l'archevêque de Matera n'avait manqué en rien au respect dû à l'empereur ; qu'il n'y avait rien à reprendre dans ses paroles : que le point qu'il avait touché, n'était pas tout-à-fait étranger
V archevêque de Matera. Le légat reprit que le^ danger de dissolution ne venait pas de l'incertitude du jour où se tiendrait la session, mais plutôt de l'épouvante qu'inspirait la guerre dont on était environné.