‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 70 sur 348 · Et quant à ce qui est des imperfections · texte numérisé non relu

Et quant à ce qui est des imperfections

cordaient à penser que, quoi qu'il en fût, soit journalières dont notre justice infuse est

qu'à la grâce infuse qui nous est donnée par souillée, elles ne défigurent pas, selon l'ob-

le Christ, fût essentiellement attachée la fi- servation de S. Thomas, la beauté surnatu-

liation divine par adoption et la forme justi- relie de l'âme juste; mais elles ne sont que

fiante ; ou bien soit que, cette filiation et cette comme de la poussière répandue sur un beau

forme, elle ne les dût qu'à une relation dis- visage: les traits ni les couleurs de celui-ci

tincte qui la fait dépendre de l'acceptation divine faite en vue des mérites du Sauveur, c'est toujours elle qui nous applique parfaitement les mérites du Christ : tellement qu'il n'y a pas en nous deux justices, comme le voulait Seripandi, l'une imparfaite et intrinsèque , l'autre parfaite et extrinsèque; mais que plutôt l'intrinsèque est une participation, une possession, un effet de l'extrinsèque. De même qu'au langage de saint Denis qu'a suivi .'Egidlus, romain , chef de l'école d'où Seripandi était sorti, notre être est l'être de Dieu, sans que pour cela nous ayons deux êtres , l'un intrinsèque , placé en nous et incapable de nous séparer formellement du néant: l'autre extrinsèque et placé en Dieu, qui nous communique formellement ce qui manque à notre être intrinsèque : mais que notre être intrinsèque est une participation de l'être de Dieu qui le contient éminemment et le produit. Parmi ceux qui consacrèrent leur temps et leurs plumes à cette discussion^ se signala Diego Lainez, qui écrivit contre le sentiment de Seripandi un traité plutôt (ju'une opinion , où il discutait en même temps toute la matière de la justification : et son œuvre futsi estimée, qu'elle fut consignée mot pour mol dans les actes authentiques. 10. Ici , s'il m'est permis sur une question qui fit tant de bruit dans une si auguste assedTl)lée, d'émettre mon opinion à l'appui du parti que le concile favorisa, plutôt que d'imiter Sarpi qui prêle ses propres idées à des auteurs qu'il imagine, je ferai observer que s'il y avait deux justices diflerentes, dont

n'en sont point altérés ; seulement ilest moins brillant et moins agréable à voir, jusqu'à ce qu'on l'ait ôtée. Au reste , de telles imperfections ne se rencontrent pas à tout moment dans tous les hommes justes , et surtout dans les petits enfants : et quand elles s'y rencontrent, elles ne méritent pas de leur nature ou la haine de Dieu , ou un autre châtiment qu'un châtiment temporel : et c'est de ce châtiment en effet qu'ils sont punis , même posée la justice du Christ. El ainsi la justice du Christ ne rend pas noire condition meilleure aux yeux de Dieu qu'elle ne l'est en vertu de ces dons intrinsèques qui nous viennent de cette justice et par cette justice.

12. Revenons à ce qui se passait à Trente. Dans la discussion en question , deux choses' me paraissent merveilleuses. La première, c'est de voir tout ce qui s'étudia et tout ce qui s'écrivit pendant plusieurs mois sur cet article. Ce fut l'autorité de Seripandi qui en fut cause; il ne pouvait prendre sur lui d'abandonner ce système de son invention : c'était comme un enfant chéri qu'on verrait assailli de toutes parts. On s'aperçoit cependant, dans plusieurs écrits qu'il fit successivement pour la défense de son opinion, qu'il en donnait de nouvelles explications et la restreignait de jour en jour, comme un vieux soldat qui , pressé par l'ennemi , bat en retraite, mais sans cesser jamais de faire face à ceux qui le poursuivent.

La seconde chose qui m'étonne , c'est que Sarpi, (jui aime à raconter jusque dans les moindres détails la diversité d'opinions qu'oc-

casionna la matière de la justification , garde un profond silence sur celle-là qui fut si publique , si animée et si longue. Mais , pour suppléer à ce fait qu'il omet, il en invente mille du même genre qui n'arrivèrent jamais.

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