‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 72 sur 348 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Diverses erreurs de Sarpi ; rédaction du décret touchant la matière de la justification; et observations sur les six premiers chapitres de ceséécrets où Von traite du péché originel, de la liberté, de la distinction entre Vhabitude de la grâce et de la charité, et de l'acte de charité nécessaire pour nous justifier même dans le sacrement.

1. Notre historien imagine ici diverses discussions sur l'article de la prédestination et de la grâce efficace, et quoique ce qu'il raconte servît de nouvelle preuve pour démontrer que la majorité dansleconcilesuivit l'opinion que je suis, d'accord avec tous ceux de mon ordre ; néanmoins, j'aime mieux avouer avec sincérité que je ne trouve pas la moindre trace de pareils débats. Mais quand on invente ce qu'on raconte, souvent on dit non seulement ce qui est faux , mais même ce qui est impossible ; et outre qu'on révèle sa propre ignorance, on s'expose à se

faire convaincre de mauvaise foi : Je rapporterai deux erreurs, dont l'une prouve le peu d'érudition, et l'autre le peu d'intelligence de cet auteur. La première , c'est lorsqu'il raconte que Catharin, afin de concilier toute difficulté dans le mystère de la prédestination, trouva un sentiment moyen qui consistait à soutenir que quelques-uns , comme , par exemple, la sainte Vierge et les Apôtres, étaient choisis de Dieu pour la gloire indépendamment de toute prévision de leurs mérites futurs ; que par conséquent ceux-ci, d'après lui, n'avaient pas la liberté de se damner ; que c'était en eux que se vérifiait ce que disent S. Paul etS. Jean qui attribuent à la volonté de Dieu toute l'œuvre de l'élection ; que les autres recevaient de la grâce ceux-ci plus, ceux-là moins, mais toujours dans un degré tel, qu'il leur était libre de faire le bien ou le mal jusqu'à la mort ; et que de ces hommes quelques uns se sauvaient, quelques autres périssaient selon leur choix ; et il assurait que dans tous il y avait lieu, de la part de Dieu, à exhortations et à avertissements

2. Il est étonnant que Sarpi fasse à Catharin honneur de l'invention d'une opinion dont le fond fut enseigné 200 ans plus tôtpar Guillaume Occamo (1) disciple de Scot, et adopté à une époque très-voisine du concile de Trente par un partisan zélé d'Occamo, Gabriel Biel, tous deux également fameux parmi les scolastiques. J'ai dit, dont le fond, car Catharin ne différait d'avec eux que par un seul mot, celui de prédestinés, qu'il n'appliquait qu'aux premiers qui, dans l'opinion de ces auteurs, furent choisis indépendamment de toute prévision de leurs mérites , et sans qu'il leur restât la liberté de se damner; et il n'appelait pas de ce nom quiconque se sauve.

L'autre erreur d'ignorance que commet Sarpi , c'est en expliquant comment les partisans de la grâce qui est efficace avant que Dieu ait prévu l'usage que la créature fera de son libre arbitre, entendaient la liberté, et condamnaient l'article luthérien dans lequel on affirmait que, dans tout ce que nous faisons, il y a pour nous nécessité absolue d'agir; et comment ils se servaient pour cela de la célèbre distinction que cette nécessité est en nous dans le sens composé, mais non pas dans le sens divisé. 11 dit qu'ils citaient pour exemple l'homme qui se remue; il ne peut s'arrêter dans le sens composé, c'est-à-dire tant qu'il se remue; mais il le peut très-bien dans le sens divisé, c'est-à-dire dans un autre moment : distinction qui, selon lui, mettait la confusion dans l'esprit des prélats et n'était même pas bien entendue de celui quilaproférait : car, que le mouvement est un accident qu'on peut séparer du sujet ; de sorte que celui qui se remue maintenant, peut s'arrêter dans un autre instant ; mais que les actes de la volonté divine sont immuables, que par conséquent celui qui est prédestiné aujourd'hui, ne peut pas l'être demain.

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