‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 73 sur 348 · Méchant bourreau de la doctrine d'aii · texte numérisé non relu

Méchant bourreau de la doctrine d'aii

(t) A la première disiinct., 41, quesU;

trui, Sarpi qui a en horreur les scolastiques et leurs subtilités, n'y met pas de fois la main, qu'il ne les mutile. Les scolastiques ni de l'une ni de l'autre école, sauf peut-être quelques-uns en petit nombre et qui ne sont pas reçus, ne disent pas que celui qui se remue a la liberté en cela qu'il peut s'arrêter dans un autre moment , cequiest commun aussi aux pierres qui cependant, de l'aveu de tout le monde, se meuvent nécessairement; et d'un autre côté Dieu est libre, quoiqu'il ne puisse pas détruire dans un moment ce qu'il a voulu dans un autre. La liberté consiste à pouvoir indifféremment faire ou ne pas faire la même action et dans le même temps : et ainsi l'homme qui se remue, on dit qu'il se remue librement, parce que dans le sens divisé, c'està-dire considéré en lui-même, et non conjointement avec le mouvement, il peut indifféremment vouloir en venir ou non, et en venir de fait ou non au mouvement : mais on dit que la pierre se remue nécessairement, parce que considérée même en elle-même , et non conjointement avec le mouvement, le poids et les autres circonstances lui ôtent cette faculté de pouvoir indifféremment se remuer ou s'arrêter. Comme ensuite cette distinction si solide a pour but de concilier la liberté humaine avec l'efficacité de la grâce divine, les explications varient avec les différents sentiments : je ne veux pas m'arrêter ici à rappeler ce qu'on lit dans tant de milliers de volumes.

4. Mais laissons les hypothèses pour passer aux faits. Les légats, quand la première réd ction des canons eut été rejetée, et qu'ils en ordonnèrent une autre, comme nous l'avons dit, jugèrent qu'il fallait, pour être court et clair, ne pas procéder en tout par voie de canons et d'anathèmes : car, qu'on ne faisait que condamner par là le faux, qui est infini, mais qu'on n'enseignait pas le vrai, qui est un; et que la vérité, une fois bien établie, suffit pour la réfutation de tout ce qui lui est contraire. Ils réglèrent donc qu'on partagerait le travail en décrets qui enseigneraient la doctrine catholique, et en canons où l'on condamnerait les erreurs des hérétiques. On en remit un exemplaire à chacun des Pères, et on en envoya un aussi à Rome; mais les notes dont on couvrit cette seconde rédaction furent si nombreuses, qu'il fallut aviser à une troisième, et cette dernière eut aussi à ubir diverses modifications. Voici (1) comme 3n s'y prenait pour l'adoption de ces changements. S'il se trouvait que, dans ces notes, a majorité des Pères se prononçait pour un changement, on ne manquait jamais d'y faire Iroit. Si la modification n'était proposée que )ar un seul membre, supposé qu'elle eût pour ibjet quelque chose d'important, tous étaient ippelés à en délibérer, et l'avis de la majorité prévalait; quand il s'agissait d'une mo- Ufication qui avait moins d'importance, on m chargeait une commission à laquelle on idjoignait comme conseillers quelques autres héologiens.

(\) Leiiredes légals au cardinal Sanlafiora, du 43 Kiobre 1546.

5. On dit dans l'introduction que diverses erreurs s'étant répandues dans ces derniers temps touchant la matière de la justification, le concile voulait exposer cette vérité telle que l'enseignent les saintes Ecritures et la tradition, défendant expressémen t à personne de parler ou de croire autrement : de ces paroles et d'autres également très-significatives qu'on lit à la fin des chapitres, comme nous le rapporterons, on peut bien conclure que le concile a voulu déclarer de foi ce qui est contenu dans les décrets aussi bien que ce que renferment les canons.

6. On déclare dans le premier décret que, dans la prévarication d'Adam, tous les hommes ont perdu Vinnocence et naissent enfants de colère, comme il a été expliqué dans le décret sur le péché originel (on renvoya à ce décret pour ne pas voir recommencer les débats dont la sainte "Vierge avait été l'occasion); qu'ils étaient sous la puissance du diable, au point que ni les gentils ne pouvaient s'en délivrer par les forces de la nature, ni les Juifs par la lettre de la loi. On lisait dans la première rédaction, joar laloi, et on y substitua depuis ce que nous lisons aujourd'hui, par la lettre de la loi. Si on en croit Sarpi, ce changement, dont il fait peu de cas, parce qu'il lui paraît sans portée, eut lieu par égard pour les Franciscains ; mais au fond on eut les plus sages raisons d'introduire ces mots dans la rédaction. Il est bon de savoir à ce propos que , quand on proposa ce décret avec les autres, le 5 de novembre, le cardinal Pacheco et l'évêque de Castellamare furent d'avis qu'on ajoutât au mot loi, l'épithète de nue ou de seule, afin de ne pas décider que la loi était inutile au salut, et que les observances légales, en tant qu'on les pratiquait pour exprimer sa foi au Rédempteur qu'elles figuraient, n'étaient pas méritoires. Néanmoins, ce passage ne fut pas modifié pour plaire aux franciscains, comme le dit Sarpi ; mais on le fit pour ne pas toucher à l'opinion généralement suivie contre le Maître des Sentîmces (1) : cet auteur niait que les sacrements mosaïques justifiassent (c'est-à-dire donnassent la grâce justifiante), même à titrr-. de bonnes œuvres pratiquées avec foi et charité: tandis que cependant l'Apôtre enseigne (2) que ceux qui observent la loi seront justifiés. Après donc y avoir longtemps réfléchi, on admit fort à propos l'addition par la lettre, afin de ne condamner que ce que condamne S. Paul dans l'épîlre aux Romains : or, le but de l'Apôtre dans cette épître n'est que de reprendre les Juifs de l'orgueil qui les faisait se préférer aux gentils, à cause de la connaissance qu'ils avaient de la lettre de la loi, et de la pratique littérale qu'ils faisaient de ce qu'elle contenait. Et, conformément à cette doctrine, on porta anathème, dans le premier canon, contre quiconque dirait qu'on peut être justifié par la doctrine de la loi sans la grâce du Christ.

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