‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 74 sur 348 · On enseigne ensuite que le li^re arbitre · texte numérisé non relu

On enseigne ensuite que le li^re arbitre

H) A la 4% dislincl. 1.

(2) Dans la deuxième aux Romains,

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n'est pas éteint dans les hommes, quoiqu'il y soit diminué de force et abattu. On avait d'abord mis que l'arbitre humain était blessé : quelques-uns voulaient qu'on ôtât cette expression; d'autres qu'on y ajoutât, pour la rendre plus claire, par la soustraction des dons gratuits ; car, au reste, disaient-ils, la liberté naturelle de vouloir ou de ne pas vouloir est dans l'homme comme devant : et si par liberté on entendait celle qui auparavant affranchissait du péché, celte liberté n'est pas seulement blessée, elle est éteinte. La commission répondit néanmoins à la première partie : que le Maître des Sentences disait que l'homme est blessé dans ses qualités naturelles, et dépouillé des surnaturelles; et que S. Augustin (1) compte au nombre des maux que nous a causés le péché originel, la difficulté de faire le bien ; que la seconde partie était également fausse, puisque l'homme, par son propre libre arbitre, agit avec Dieu quand, aidé de sa grâce, il se relève du péché. A l'expression de blessé furent substitués depuis les mots que nous avons rapportés, de diminué de force et d'abattu, qu'on lit maintenant, et qui s'adaptent plus indifféremment à toutes les opinions de l'école. Une de ces opinions réduit cette diminution de force et cet abattement à la perte seule des dons de la grâce; l'autre veut qu'outre cette perte des dons de la grâce, on entende encore par là une certaine dégénération de l'état auquel l'homme a droit par sa nature.

8. On dit dans le second chapitre qu'aussi Dieu a envoyé son Fils racheter les gentils et hs Juifs: qu'il a donné son sang pour le monde entier.

Et dans le troisième on ajoute que, quoique le Christ soit mort pour tous, tous ne reçoivent pas pour cela le bienfait de sa mort ; mais qu'il n'y a que ceux à qui est communiqué le mérite de sa passion ; car, que de même qu'on ne contracte pas le péché d'Adam si on ne naît pas de sa race, ainsi, quand on ne naît pas en Jésus-Christ , on n'est pas justifié.

Dans le quatrième, on tirait des paroles de S. Paul la définition de la justification, c'està-dire qu'on y disait qu'e//e est le passage de l'état de fils d'Adam à l'état de fils adoptif de Dieu; passage qui, depuis la publication de l'Evangile, ne se fait pas sans le baptême ou sans le désir du baptême.

On enseignait dans le cinquième que, dans les adultes, le commencement de la justification se prend de la grâce prévenante du Christ, c'est-à-dire de sa vocation faite sans aucun mérite de la part de l'homme; que, par le moyen de sa grâce qui les excite et les aide , les hommes y consentant et y correspondant librement se disposent àla justification; en sorte que Dieu touchant le cœur de l'homme, l'homme pourtant ne soit pas toui-à-fait sans rien faire, puisqu'il reçoit cette inspiration; et il ne peut )as, sans la grâce divine, se disposer de sa volonté libre à la justification. Le général des conventuels voulait qu'on ajoutât après la

(1) Au livres* du libre Aibiîre, cli. 18.

pénultième proposition, quoiqu'il soit en son pouvoir de ne pas la recevoir; mais on Ot mieux de mettre ainsi : Puisqu'il la peut rejeter; car la recevoir ou non n'est pas en notre pouvoir, puisque c'est Dieu qui l'opère en nous sans nous ; mais il est très-bien en notre pouvoir de la rejeter en n'y consentant pas, ou de l'accepter en y consentant.

9. On condamne avec anathème, dans le quatrième canon qui correspond à ce décret, quiconque dit que le libre arbitre mu et excité de Dieu ne peut pas refuser son consentement, s'il le veut. Sur quoi il faut savoir que, d'abord dans ce canon qui avait été placé le troisième, on ne nommait pas le libre arbitre, il n'était question que de l'homme simplement : aussi Filleul, archevêque d'Aix, quand il donna son avis par écrit, et Diego Lainez, dans ses notes, voulaient-ils (1) qu'on restreignît cette proposition à la vocation commune; car qu'il pouvait y en avoir une plus qu'ordinaire à laquelle on ne puisse pas résister : c'était également ce que Christophore de Padoue, procureur général des augustins prétendait, en soutenant de plus que S. Augustin pensait ainsi de la vocation dont fut appelé S. Paul, quoiqu'il tînt l'opinion contraire à l'égard des vocations communes. Cependant les Pères ne voulurent pas ajouter cette restriction ; mais au lieu de l'homme, ils mirent le libre arbitre de l'homme. Et ce fut avec raison : car, dans le cas supposé de cette vocation plus qu'ordinaire et nécessitante, il ne resterait plus de libre arbitre selon la signification propre et commune de ce mot : et ainsi on parlait sagement, et on ne touchait pas à la question de savoir si le cas proposé est possible dans l'homme : il suffisait qu'il ne fût pas compatible avec le libre arbitre de l'homme.

10. Dans le sixième chapitre on décide que les hommes se disposent à la justice, lorsqxCeX' ! cités et aidés par la grâce divine, ils conçoi^l vent la foi par l'ouïe, et qu'ils commencent à \ tenir pour véritable ce que Dieu a révélé et, promis, et surtout ce point que c'est par la grâce de Dieu et par la rédemption qui nous est acquise en Jésus-Christ , que l'impie est justifié ; et lorsque se reconnaissant eux-mêmes pour pécheurs, et que passant de la crainte de la justice divine , qui d'abord a été utile pour les ébranler, à la considération de la divine miséricorde, ils s'élèvent à l'espérance, se confiant que Dieu leur sera propice pour l'amour de Jésus-Christ.

11. Ce passage fut vivement attaqué dans les différentes congrégations, et même la veille de la session par l'archevêque d'Armagh. Ce prélat était persuadé que la justification de l'infidèle parvenu à l'âge de raison commence d'abord par l'espérance, et non parla crainte. Mais après que, dans la dernière congrégation générale (2), il eut longuement et savamment discuté à l'appui de cette opinion, l'opinion contraire prévalut le lendemain dans une as-

(1) Voyez les écrits de Seripandi ei ceux de MM. Barberiiii.

(2) 11 janvier 1647«.

semblée de théologiens pris parmi les Pères. Car, la justification commence par la connaissance du besoin qu'on en a à cause du péché ; et ce qu'on éprouve tout d'abord, quand on se sait dans le péché, c'est d'ordinaire la crainte du châtiment, crainte qui est en nous un sentiment plus fort que l'espérance; et la volonté premièrement ébranlée par le danger du mal qui la menace, se met ensuite à se confier dans le bien par lequel elle en peut être préservée.

12. On continue à dire dans ce chapitre qu'en conséquence de cette crainte et de celte confiance, les hommes commencent à aimer Dieu comme source de toute justice, et que pour cela ils s'émeuvent contre les péchés par une certaine haine et détestation , c'est-à-dire par cette pénitence qui doit précéder le baptême.

Ces derniers mots ne furent pas mis sans dessein : ce fut pour distinguer cette pénitence de celle qu'on requiert dans le pécheur baptisé, et dont il est question dans le 14' canon , c'est-à-dire de la pénitence sacramentelle.

13. Quant à ce qui est dit de l'amour de Dieu, je dois faire observer qu'il n'en était pas mention dans le projet de rédaction présenté d'abord par la commission. Mais Salvador Alepus, archevêque de Sassari, Claude le Jay, de la compagnie de Jésus, Lippomani, coadjuteur de Vérone, et Pie, général des conventuels, représentèrent qu'il fallait aussi qu'il y fût question de quelque acte de charité; on soumit celte observation, aussi bien que plusieurs autres assez essentielles, extraites des notes , au jugement de tous les Pères; nous l'avons déjà rapporté : vingttrois y donnèrent leur approbation expresse, et leur délibération eut son effet. Dans la suite, cette addition déplut à quelques autres ; mais les théologiens la défendirent et la maintinrent en s'exprimant ainsi : On ne parle pas ici de V habitude de la charité; mais, comme dans le passage où Ton parle de la pénitence, on ne fait aucunement mention de l'amour, il a paru bon de joindre à l'acte de foi et d'espérance aussi quelque acte de charité, parce que si la pénitence venait uniquement de la crainte, sans aucun amour de la justice, et si la douleur n'avait pour cause que le châtiment et non l'offense de Dieu, elle serait infructueuse. Et dans les actes authentiques déposés au château Saint-Ange, où il est parlé d'une congrégation (1) de prélats théologiens qui se tint touchant les décrets de la justification, on lit ces paroles : On demanda pareillement si, dans la préparation, la détestalion des péchés précède l'espérance , et après avoir examiné la chose avec le plus grand soin, on décida qu'encore bien que quelque détestation des péchés précède l'espérance, néanmoins cette détestation des péchés qui dispose à la justification, et dont il s'agit dans le sixième chapitre du décret, ne vient qu'après , parce qu'elle ne peut avoir lieu sans quelque espérance et quelque amour. Telle fut cette prétendue légèreté à laquelle Sarpi reproche les décrets du concile, comme autant de produc-

(1) 14 décembre 1546.

lions venues avant terme : genre d'acr.usa— tion qu'il serait plus aisé de faire contre les tableaux de le Titien , car la disposition des couleurs y est incomparablement moins travaillée qu'ici celle des matières. Mais avançons.

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