CHAPITRE XIX
Objections que Sarpi met dans la bouche d'un autre contre ces décrets.
1. Autant Sarpi se montre mal informé de ce qui arriva réellement dans les événements que nous avons racontés, autant il se donne paur savoir jusque dans les moindres détails ce qu'on pensa alors dans le monde de la promulgation de ces décrets : en quoi il imite Bonarroto, qui voulut laisser croire, au moins pendant quelque temps, qu'une statue qu'il avait faite, était l'œuvre de quelque sculpteur ancien ; mois avec cette différence que celui-ci attribuait à autrui les merveilles de son art, tandis que Sarpi met sur le compte des autres les ébauches que produit sa haine, il dit que les évêques courtisans qui s'étaient longtemps inquiétés du décret qu'on devait porter sur la résidence, restèrcnl tninquilles, parce qu'ils se doutèrent bien qu'il n'aurait pas plus d'effet que les anciennes décrétaies des Papes. Quelle était cette anxiété qui agitait auparavant ces évêques et qui dut se cahner à la promulgation de ce décret? Est-ce qu'ils craignaient par hasard alors que Dieu toutpuissant, comme il est, ne s'engageât par acte devant notaire à enchaîner les évêques dans leurs diocèses, ou qu'il n'envoyât des légions d'anges pour les y retenir comme en prison? Que pouvaient-ils craindre de la part du concile autre chose que des lois , des peines et des exécuteurs ; toutes choses qui étaient contenues dans le décret? Les anciennes décrétaies furent longtemps efficaces : ensuite elles perdirent de leur force, comme tout ce qui est humain ; mais , parce qu'une vieille muraille est tombée, il n'est pas pour cela inutile d'en construire une nouvelle, quoiqu'on sache d'ailleurs que celle-ci tombera également avec le temps, et qu'on sera dans la nécessité d'y en substituer une autre.
2= Il relève ensuite avec exagération la misérable position des courtisans subalternes qui , forcés d'aller résider dans les bénéfices inférieurs qu'ils avaient obtenus à Rome , ne reçurent pour récompense de leurs longues fatigues , qu'un pénible bannissement. Mais cela prouve qu'il fallait réserver pour les services plus signalés des récompenses plus flatteuses , tels que sont les bénéfices non assujettis à la résidence , que Sarpi a si fort en horreur.
De la description des sensations que produisait à Rome la promulgation des décrets , il passe à celle de la critique qu'on en faisait on Allemagne , et premièrement, il rapporte que les décrets de foi parurent embrasser des matières très-subtiles et très-obscures, qui roulaient sur le point de savoir si le premier objet de In volonté opère en elle ou elle en lui , ou bien si tous les deux sont actifs et passifs en même temps.
3. Ou bien cet homme ignorait autant la philosophie qu'il la méprisait; ou bien il cherchait, comme ceux qui ont f<\it un pacte avec \c diable , à amener la nuit en plein jour. Est-il
quelqu'un qui ait mis le pied dans le lycée, ei qui ne sache pas que l'objet est ce qui commence à opérer dans la partie appétitive par le moyen de l'intellect, en y excitant quelques mouvements irréfléchis et inefficaces dont,j selon le langage de la physique, l'âme est 1 cause tout à la fois active et passive , comm l'est tout être vivant de ses mouvements vi taux qui tous procèdent de lui et dcmeuren en lui comme dans leur sujet ; mais , qu'à raisonner moralement, l'âme n'est que la cause passive de ces mêmes mouvements qui proviennent de l'âme , irréfléchis et indélibérés , parce qu'on ne les lui impute pas plus que s'ils ne venaient pas d'elle , l'objet la déterminant à les produire ? Qui ne sait pareillement t qu'après ces mouvements indélibérés et inef-i ficaces , suit la volonté efficace et réfléchie qui dépend du libre arbitre ? que celui-ci , pari conséquent, en est la cause active, même k\ considérer la chose moralement , et qu'il nous vaut le blâme ou la louange, selon la com-mune appréciation des hommes ? Quels mys lères d'obscurité Sarpi vient-il répandre suri des vérités aussi claires ? quelles sottes com-paraisons va-t-il tirer des excentriques et des épicycles ? Je ne les rapporte pas , car je ne veux pas faire avec mes lecteurs ce que Jean Casa, dans son Traité de civilité, re-|| proche à un personnage qui avait la grossièretéd'approcher une herbe puante du nez d'un autre , en lui disant : Sentez quelle mauvais^ odeur. •
4. Il énumère ensuite en détail les objec^ lions des grammairiens , des théologiens , des hommes versés dans l'histoire ecclésiastique, et celles des politiques.
Pour les premières, il aurait pu se dispenser de les signaler ; car il n'était pas honteux pour lui d'être assez peu versé dans la langue latine et la langue italienne , comme le prouvent ses ouvrages, et comme en convient en partie le panégyriste qui a écrit sa vie ; il avait à défaut de cette science une autre science' bien plus relevée , mais il est assurément l)ien honteux pour lui de se permettre de juger de ce qu'il ne connaît pas. C'est jouer le rôle ridicule d'un pédant que de relever des fautes de grammaire dans l'élite des savants en tout genre qui étaient rassemblés alors à Rome et à Trente; c'était dans la seconde de ces villes que les décrets se rédigeaient , et ensuite on y mettait la dernière main dans toutes les deux.
5. 11 raconte que les grammairiens censurèrent cette rédaction du chapitre cinquièm;', où, parlant du consentement qu'on donne à l'inspiration divine, on d'il: Ita ut nequehomo ipse nihil omnino agat ; et cela parce qu'il y a deux négatives qui , jointes à la particule ùmnino , ne sauraient valoir une affirmative. Et s'il en est ainsi , j'aurai également péché contre la règle de la grammaire dans ma traduction , en disant : Talchè ne Vuomo rimanga affntto senza far nulla.
6. Maintenant je leur demanderai : Est-elle vraie cette règle si commune de ladialertiqiie que chaque proposition a sa contradictoire correspondante ? et quand ils m'auront fait
MO
celte gracieuse concession , je les prierai de in'apprendre quelle est la contradictoire de celte proposition , que le concile voulait condamner dans Luther : Homo divinam inspiralionem recipiens, nihil omnino agit, si ce n'est pas celle dont on se sert dans le décret selon toutes les règles de la dialectique, c'estàdire celle qui met la particule négative do- \.;nt celte proposition.
Voyons en second lieu si l'on trouve dos exemples de cela dans quelque écrivain dont ne font pas fi les grammairiens. On prendra peut-être bien pour tel l'un de ces auteurs , connu sous le nom de Marcus ïullius ? je le pense. Eh bien ! dans le dialigue qui a pour litre : De clans Oratoribus, il s'exprime ainsi : Neque Sulpicio , neque Cottœ dicere possumus, ncgite cuiquam bono oratori rem idlam ex illis (/ninque partibus plané atque omnino defaisse. ^'oilà les deux négations, nc(/i<e l'une, f/c/'w<s5e l'autre; voilà Yomnind , même de plus le plane.
7. Mais comme Sarpi , qui ne fait pas de cas !d'Arislote en philosophie , pourrait tout aussi bien se joindre à ceux qui ont accusé Cicéron de fautes contre la grammaire, je ne veux pas m'en tenir à l'autorité sans la raison. Je ne croirai pas qu'il soit au-dessous de moi de traiter d'un art sur lequel le prince des philosophes n'a pas dédaigné de composer deux livres (1) et le plus grand des Pères (S. Augustin), un opuscule. Que signifie cet omnino et ce plané à côté delà négation? Il signifie ce que nous montrerons. Très-peu, selon l'observation des jurisconsultes, est réputé rien dans le langage ordinaire des hommes , au point qu'on dit de celui qui a très-peu de chose, qu'il n'a rien, et de celui qui fait trèspeu de chose, qu'il ne fait rien. Et jamais on n'a condamné ces propositions comme trompeuses ou comme fausses. Mais, quand on ajoute la particule omnino, on montre que la négation qui y est jointe , ne se prend pas dans un sens large dont la vérité puisse comporter qu'il y a quelque peu de la chose sur laquelle la négation tombe; mais dans le sens propre et strict qui exclut l'existence de la chose dans un degré quelconque ,mêmedans celui du moindre atome. C'est pourquoi , encore bien que ce que l'homme fait dans sa juslification , puisse être considéré comme rien en comparaison de ce que Dieu y fait , d'après les paroles du Psalmiste \Etpourmoi, je ne suis rien devant vous ; on ne peut pas dire néanmoins que ce ne soit rien du tout: comme aussi il ne serait pas vrai de dire non plus que l'homme n'est rien du tout devant Dieu. Veut-on pour la satisfaction de Sarpi que cette proposition se résolve en une affirmation, subslitulion qu'il présentait comme impossible ? La voici : L'homme, quand il reçoit Vinspi ration , fait au moins In moindre chose. Et au uîoyen d'une semblable conversion de mots , on peut ramener à une affirmation équivalente le passage de Cicéron que nous avons cité; la voici également : Tout bon orateur a eu au moins dans quelque faible degré chacune
(1) Perilierm.
des cinq parties déjà mentionnées.
8. Maintenant venons-en à la critique des théologiens. Ils objectaient , si nous en croyons Sarpi , que si on admettait une fois que l'homme peut refuser son assentiment à l'mspiration divine, il n'était plus permis à l'Eglise de se servir de cette prière publique et ancienne : Forcez dans votre miséricordenos volontés à aller à vous-même malgré elles. Mais je leur demanderai si ce riche de l'Evangile, qui fit un grand festin, et qui ayant éprouvé un refus de la part des premiers invités, commanda à son serviteur d'aller dans les chemins et sur les places, chercher les aveugles et les boiteux, en ajoutant: Force;:- Ics d'entrer; je leur demanderai, dis-je, si cet homme entendait par là que son serviteur Irur fit violence au point qu'il ne leur fût pas possible de résister, et de rester à leurs affaires, quelque fortement qu'ils le voulussent? Cerlainî-ment on ne dit pas que ce serviteur fut assez fort pour contraindre tantde monde, et quand il l'aurait été, il ne pouvait le faire sans s'exposer à l'animadversion du magistrat. Ce mot forcez voulait donc dire, invitezles, exhortez-les, poussez-les, de telle manière que de fait ils viennent, quoique par eux-mêmes ils n'aient rien qui les rende capables d'ij entrer, ni d'yeux pour connaître la route , ni de jambes pour lu parcourir. C'est dans le sens de ce forcez qu'il faut entendre la prière de l'Eglise : car venir à Dieu étant un acte de la volonté, qui doute que ce forcez ne puisse se prendre dans le sens propre, qui signifie agir contre sa volonté et de force. Puisque, selon la spirituelle remarque de S. Augustin ' vouloir est la seule chose que l'homme ne puisse pas faire malgré lui.
9. Il ajoute que ces théologiens objectaient qu'il ne nous est plus permis de dire avec S. Paul que ce n'est pas de l'homme que vient ce qui sépare les vases de colère des vases dernîséncorde; ce qui les sépare étant ce non tolt- A-FAiTRiEN qui part de l'homme. Mais si ces hommes étaient vraiment théologiens, comment ne virent-ils pas qu'avant ce non toulà-fnit rien, il y avait un autre qui faisait cette séparation ? Pour rendre cela sensible même aux moins instruits, auxquels Sarpi s efforce de vendre des cannes pour des épées, je me servirai de la parabole de l'Evangile citée plus haut. Ces boiteux et ces aveu^^lcs , pour venir au festin, firent sans doute" 7?o;I tout-à-fait rien, puisqu'ils y entrèrent et qu'on ne les y porta pas sur les bras ; et néanmoins ce qui les sépara des autres invités, ce ne fut pas ce non tout-à-fait rien fait pareux mais cette sorte d'appel plus puissant dont lé maître avait donné l'ordre, et que le serviteur leur adressa. Il en est de même du cas dont il s'agit maintenant. Qu'est-ce qui sépare les convives qui viennent réellement à la table de Dieu de ceux qui s'en abstiennent ? S. Augustin répond à cette question : C'est Dieu luimême , quand il appelle l'homme de la manière qu'il sait lui convenir, en sorte qu'il ne refuse pas celui qui l'appelle : ce qui veut dire en d'autres termes : en sorte qu'il fasse ce non toul-à-/aU rien. Et c'est ce que signifie cette
311 IIISTOIHK DU CONCILE DE TRENTi:. Si2
autre proposition du même saint, adoptée 12, Sarpi en vient à la critique de ces
aussi par le concile : Jl a voulu nous faire un hommes versés dans la science de l'histoire
mérite de ses propres dons; parce que ce non ecclésiastique, et il leur fiiit dire que tous les
tout-à-fait rien lui-même est une grâce de conciles ensemble n'avaient pas décidé autant
Dieu. Et assurément S. Paul, que Sarpi nous d'articles qu'il y en avait eu de définis dans
objecte plus haut, n'a pas entendu exclure cette session. D'abord ils ne réfléchissaient pas
ce 7ion fo?t^-(}-/aîïnVn, puisque, dans la même que dans toute doctrine les principes sont en
épître, il exhorte si vivement les Gentils con- petit nombre, et les conséquences nombrou
vertis à ne pas s'enorgueillir et à ne pas for- ses , tout principe étant la source abondante
cer Dieu, qui avait abandonné le peuple juif, de mille conséquences ; que les principes sur
à abandonner aussi celte nouvelle famille la matière présente de la grâce et du libre ar-
qu'il avait adoptée; qu'il emploie ensuite tant bitre avaient été arrêtés dans des conciles plus
do chapitres de cette épîfre à les porter aux anciens, comme ceux d'Orange, de Valence
bonnes œuvres; et puisqu'ailleurs (l)il aver- etdeMilan ;que ces conciles, qui n'étaient que
tit ceux de Corinthe de ne pas recevoir en provinciaux, n'en avaient pas moins eu l'ap-
vain la grâce divine , exhortations et avertis- probation de l'Eglise et du Saint-Siège ; que
se:nents qui seraient insensés, si ce non tout- ces mêmes principes avaient été en partie con-
à-fait rien n'était pas au pouvoir de ceux firmes et en partie développés dans leurs con-
qu'on exhorte. séquences naturelles par le concile de
10. Ce raisonnement montre encore la fai- Trente, dans cette session, avec l'addition de blesse de l'objection suivante, que Sarpi pré- quelques articles en petit nombre qui n'asente contre ce qui est dit dans le septième vaient pas été définis au moins explicitement chapitre, que Dieii donne Injustice comme il par les conciles précédents. De plus, ce qui lui plaît, selon la mesure et selon ladisposition avait donné naissance à tant de décisions, propre de chacun; comme si une partiedecette c'était Luther etles siens qui proféraient tant proposition ne pouvait être vraie sans que d'hérésies ; parce qu'il faut proportionner le l'autre fût fausse : et ces théologiens (ou plu- nombre des préservatifs à celui des poisons, tôt Sarpi , qui les fait parler) ne voyaient-ils 13. Mais quelle folie n'y a-t-il pas de dire, Das qu'au contraire la vérité du second mem- comme il le fait, qu'on fut redevable en grande bre est liée à colle du premier ? Car la plus partie de ce résultat à Aristote ; et que si ce ou moins parfaite disposition de l'homme philosophe ne se fût pas appliquée distinguer est une grâce de Diou , et en nous la distri- ^vec soin les espèces de causes, nous aurions buant, il ne suit d'autres règles que celles de été privés d'un grand nombre d'articles de foi? son miséricordieux bon plaisir. C'est en trai- Ne pourrait-on pas dire, et avec plus de foutant ce sujet que S. Augustin a dit (2) : La vie dément, la même chose des plus anciens conf^ternelle s'appelle grâce, parce qu'elle est don- ciles, tels que ceux d'Ephèse, de Calcédoine née gratuitement ; ce n'est pas parce quelle ne se fit les suivants , puisqu'on y distingua avec donne pas aux mérites, mais au contraire, parce tant de subtilité entre les mots scientifiques quclesmérites eux-mêmes auxquels elle se donne de substance, àcpersonne, d'hypostase : ce que sont des dons. ces doctes Pères n'auraient pu faire, s'ils
11. Et il n'y a pas plus d'esprit dans la chi- n'avaient pas puisé aux sources de la philocane que Sarpi nous fait après celle-là, pré- sophie grecque? Qu'on lise les fameux distondant que le concile a décidé ici que cha- cours de Grégoire de Nazianze contre les héque juste peut observer les commandements résies qui s'en prenaient à l'incompréhensible de Dieu, et qu'au contraire avant le décret de Trinité, discours qui valurent à leur auteur la seconde session , il avait exhorté tous les ^6 surnom de Théologien dans l'Eglise, et on chrétiens à se confesser et à communier pour verra comme il y môle les enseignements de observer ensuite les commandements deDieu, Stagire et d'Athènes aux oracles de la Palesnntant que chacun le pourrait; restriction qui tmc. De même que si la grammaire ne nous était impie, ajoute-t-il, s'ils pouvaient les ob- fournissait pas les diverses manières d'expriserver absolument. Sarpi ne faisait-il pas de ^^^ toutes nos pensées , nous ne pourrions distinction entre ces deux mots absolument et P''^^ parler des choses saintes; ainsi, si Arisparfaitement ? Chacun pouvait observer les . ^^te ou la philosophie ne nous présentait pas commandements de Dieu absolument, mais ne '^^ diverses notions qui sont communes à pouvait pas les observer parfaitement , c'est- toutes les choses, nous ne pourrions pas en- . à-dire sans tiédeur et sans tomber dans des suite, aidés de la lumière de la révélation difautes vénielles , ce qui n'est pas même pos- vine,les appliquer auxobjets surnaturels. La sible aux justes , comme le déclare le concile philosophie est utile en théologie, comme les dans le même chapitre. Et au fond, autre chose soldats étrangers à la guerre : il faut que ces est de dire autant que chacun pourra; et autre derniers servent , mais non pas qu'ils comciiose serait de dire ceux qui, ou toutes les fois mandent (1).
qiie chac^m pourra , comme on devrait dire ,' ,,\ j i^ ■
s'il y avait ou quelques commandements im- ,.„iVJ ''^T^ 'T" T c"'' ^''' '"''''î'"' ''"V^' '""''■"
possibles à observer en eux-mêmes ou des V^"^'^"^^',"*^''' 'f. "''"^''^^ î'^' Snip., qm inuio .ci do nom-
r^lr./.r.ncf',»,.^! • 1- .1' u ' ""^'^^ t^veux (!es .11110108, qiii, .lu pis .'illcr, ne senuonl pas
circonstances qui en rendissent 1 observation .-ui nombre de plus d'im o.. doux; cVsi-à-diie ce-
impossiDle. liii des Causes de la Justification et celui de la session
/i\ n t c) # ■ - ■ï'i', fi" les Pères prescrivirent que dans la confession
/r,\ n 1 f..'^,AJ''^- "• ^" '^^^'"''' ''«'•'C alleniion aux circonstances nui clian-
fi)Uans!aIeUrelOo. yeul l'espèce. Qu'on songe aussi avec CI». P. Ab.
LIVRK UUITIÈMi:.
Zii
Ik. Viennent après les politiques qui se k plaignent de ce que dans le vingtième canon, I on déclare que même le juste est tenu al accomplissement des commandements de Dieu et de l'Eglise, sans dire un seul mot de ceux qui émanent de la puissance laïque. A cette I occasion, Sarpi glisse une pieuse réflexion , en disant que c'est là un artifice des prêtres qui cherchaient à persuader que, quant a l'obéissance envers les princes séculiers , on n'y est tenu que par la crainte des peines temporelles; mais que leur obéir à eux-mêmes, c'est le seul chemin pour aller au ciel. Je voudrais qu'il eût spécifié quels sont les auteurs d'une telle doctrine ou même d'une doctrine plus détestable. Ce sont d'abord des hérétiques modernes, les Trinitaires, les Anabaptistes et Luther lui-même , qui refusent a tous les princes de la terre le droit d'obliger de quelque manière que ce soit les fidèles ; tandis qu'au contraire ce droit, au moins quant à l'usage légitime des châtiments , est admis comme vérité de foi par tous les catholiques; et, quant à l'obligation de conscience qui résulte de ce droit, elle est soutenue par tous les docteurs et les plus partisans de Rome et les plus estimés àRome; et l'opinion opposée n'est pas regardée comme exempte de censure, et on ne la laisserait pas enseigner maintenant. Cependant, comme elle avait été embrassée par Jean Gerson, chancelier de Paris, et par Jacques Almain, théologien aussi de la même ville ; et que quelques jurisconsultes, comme Louis Romain, et Philippe Décius ( tous écrivains contraires à l'aulorilé du Pape ) , la professaient, le concile qui n'avait pas coutume de condamner les opinions des catholiques, ne songea pas à rien décider là-dessus, elles princes séculiers ne le demandèrent pas. D'ailleurs, quoique l'opinion qui soutient que ces princes peuvent, par leurs lois, obliger leurs vassaux,'soit la plus sûre , néanmoins il restait ensuite un autre point encore plus douteux parmi les docteurs, c'était celui de savoir si ces lois obligent communément ainsi ; beaucoup le niaient, persuadés qu'ils étaient que ce n'était pas là l'intention des législateurs, mais qu'ils ne se proposaient qu'un règlement purement pénal. Ce qui porte ces écrivains à une telle interprétation, c'est l'axiome généralement reçu que (es lois odieuses doivent être restreintes et prises dans le sens le plus favorable. Dans une telle contestation où on comptait également des dcux^ côtés des hommes distingués, et où il s'agissait non du pouvoir, mais de l'intention, le concile ne devait donc pas décider.