‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 82 sur 348 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'rouble parmi différents évêques, à V occasion de la question de savoir si les évêques, en certains cas , doivent procéder comme délégués du Siège apostolique. Décret de la réforme , approuvé à lunanimilé. Bulle du Pape qui oblige les cardinaux à résider et à ne pas occuper plus d'une église.

1. On continua tous les jours, excepté les dimanches, à tenir les assemblées particulières sur les affaires de la réforme, jusqu'à l'assemblée générale du 24 février, où on proposa les décrets sur lesquels la commis-

sion était restée d'accord. Mais le cardinal de Jaen , avant d'émettre son sentiment, demanda au cardinal de! Monte si les choses proposées, dans la session précédente, avaient été arrêtées ou non, parce qu'il réglerait son langage sur l'une ou l'autre supposition. Jusqu'alors le cardinal del Monte pensait qu'on ne pouvait les regarder comme arrêtées, vu la multitude des contradictions; son collègue en jugeait différemment; mais ils remirent à en taire un plus sûr examen le jour suivant. Cependant l'évêque de Fiésole , avec sa susceptibilité ordinaire pour l'autorité épjscopale, comrnença à lire un écrit dans lequel il trouvait très-mauvais que les évêques, dans les cas mentionnés, agissent comme délégués du Siège apostolique. Il prétendait qu'ils ne devaient point faire, sous un nom étranger, ce qui leur appartenait en vertu de leur office propre , et il rapporta je ne sais quelles paroles de Clément I" auxquelles il donnait ce sens. Pighini, alors évêque d'Aliffe, se crut spécialement obligé à soutenir l'autorité pontificale, parce qu'il était aussi auditeur de Rote et ministre envoyé à Trente (1). Il l'interrompit donc en disant que de telles propositions étaient hérétiques ; qu'il eût à consigner son écrit, parce qu'il se faisait fort de prouver l'accusation. Il se fondait sur le canon Omnes, où Nicolas II prononce que toutes les églises patriarcales , métropolitaines et épiscopales ont été établies par celle deRome; que s'opposer au droit des premières, était une injustice, que s'opposer au droit de la dernière, c'était de plus une hérésie.

2. Martel soutenait ce qu'il avait avancé, et s'offrait de le soumettre à la censure du concile; à Pighini, s'unit l'évêque d'Albenga, auditeur de la chambre apostolique, croyant, l'un et l'autre, qu'ils pouvaient juger dans le concile de Trente comme dans les tribunaux de Rome; ils crièrent que l'évêque de Fiésole, comme étant tombé plusieurs fois dans de semblables erreurs, ne devait plus être toléré. Le cardinal Pacheco se mit à défendre Martel, en disant que le concile était libre, et qu'aux légats seuls appartenait le droit de reprendre et d'interrompre. Les autres évêques espagnols, aussi bien que Vigérius, évêque de Sinigaglia, qui leur était uni , parlèrent dans le même sens; parmi eux, s'enflamma surtout l'évêque de Castellamare; entre lui et l'auditeur de la chambre il y eut échange de paroles pleines de chaleur. L'évêque de Galahorra se plaignit de ce que le concile n'était point libre, et il demanda la permission de s'en retirer pour aller à son église. Armacan, qui avait été à Rome, pour ses propres affaires, et qui en était revenu deux jours auparavant (2), attestait que le souverain Ponlife lui avait déclaré que sa volonté était que les Pères eussent, dans le concile,* une pleine liberté de s'expliquer; les Espagnols applaudirent; c'est que dans cet éloge du Pape ils trouvaient l'occasion de condamner , saru» danger, ses ministres.

(1) Jouiiial du 24 février l'ii7.

(2,1 Journal du 22 février.

HISTOIRE DU CONCILE DE TRFlNTE.

SU

3. Mais les denx évêqucs-auditeurs ne cessaient point de di'mandcr qu'on prît le papier de l'évêquo de Fiésole ; le premier légat lui comuianda donc, sous peine d'excommunication, de le consigner. Dans cette circonstance où le président eut à se prononcer sur-lechamp, sa conduite ne fut peut-être pas assez réfléchie : car il exposait tout à la fois l'évêque, échauffé qu'il était par la dispute et l'appui de ses collègues, à se précipiter dans la révolte , et aussi sa propre autorité à être méconnue et méprisée. Mais Martel , bien qu'un peu tard et de mauvaise grâce, se plia toutefois e« donna l'écrit à Cervini. La dispute et le bruit ne cessèrent pas pour cela. Alors le cardinal del Monte commença à parler d'un ton sévère , et dit que s'il n'avait mis sa confiance en Dieu, il aurait pris mauvais augure de ce concile , dont les débats étaient parvenus, non seulement aux oreilles des catholiques, qui en gémissaient, mais encore à celles des hérétiques qui s'en divertissaient; il dit encore qu'il croyait bien que Martel avait été mu par un zèle louable, et qu'on lui pardonnait le passé, pourvu qu'à l'avenir il s'abstînt de tels procédés. Ensuite le second légat, se tournant vers les évêques d'Aliffe et d'Albenga , les reprit doucement de s'être arrogé ce qui appartenait aux légats ; qu'ils ne manquaient pas de zèle pour le Siège apostolique, qu'ils en avaient tout ce qu'il fallait et que, de plus, ils avaient l'obligation et le pouvoir de le montrer dans de pareilles occasions. Il ajouta que ce qu'ils écoutaient avec patience, les autres devaient aussi le supporter. Enfin, il exhorta les partis à se pardonner réciproquement toute espèce d'offense, comme il convenait à des évêques chrétiens. Ils s'embrassèrent donc avec amitié, et le trouble se changea en consolation.

4. Les Pères se rassemblèrent le jour suivant (1). Le cardinal del Monte dit qu'il avait examiné avec plus de soin les sentiments de la session précédente ; qu'il avait changé d'opinion, et par rapport au nombre de ceux qui avaient consenti au décret, et par rapport conséquemment à la légitime approbation du décret lui-même. 11 les compta donc et en supputa le nombre attentivement; il fit remarquer que ceux des évêques qui l'avaient approuvé expressément, et ceux qui s'étaient conformés, en général, au sentiment des présidents, surpassaient de beaucoup la moitié; qu'on devait joindre à ceux-là les généraux d'ordres, les abbés et encore d'autres évêques qui s'en étaient remis au jugement du concile ; qu'ainsi le décret passait à une grande majorité. L'assemblée applaudit tout d'une voix à cette déclaration. Après cela. le premier président ajouta que, pour la satisfaction générale, il voulait leur lire une lettre du cardinal Farnèse , ce qu'il fit. Dans cette lettre on voyait que le Pape, dans le consistoire du 18 de février , avait publié la bulle, dont nous avons parlé, au sujet de la résidence des cardinaux et la défense qu'il faisait de retenir plus d'une église.

(J)2o février.

5. Dans le conseil, tenu à roccasion de cette bulle , le souverain Pontife avait senti la difficulté qu'il y avait à révoquer d'anciens privilèges. Il savait combien il est plus facile de ne pas accorder que de priver; que c'est pour cela que les lois avaient la propriété de pourvoir à l'avenir, et non de revenir sur le passé. Il avait fait signifier aux légats son intention à ce sujet (1) ; il leur disait en même temps que les refus faits tout récemment aux cardinaux de Ferrare , de Bourbon et de Santafi ira (2), qui demandaient à gouverner plusieurs églises, montraient d'une manière suffisante que ce futur commençait à être présent. Mais Cervini répondit que le mal présent ne se guérit pas seulement en s'abstenant de nouveaux désordres ; que de même il n'était pas permis au concile de juger ou de corriger les actions du Pape, par rapport aux dispenses qu'il avait accordées en cette matière ou en toute autre, de même avait lieu ici la parole de cet ancien concile au souverain pontife Marcel : Jugez-vous vous-même. Le Pape donc cédant à ces raisons , et ne trouvant pas de trop vive opposition dans les cardinaux, consentit à la publication de la bulle. Elle fut reçue , dans le concile,augrandapplaudissemcntdetous(3), tant parce que cette mesure le méritait, que parce qu'il est agréable à tous de voir rompre le canal de ces dispenses qui coulaient à grands flots dans les maisons d'un petit nom» bre , tandis que les autres souffraient l'aride sévérité de la loi.

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