‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 84 sur 348 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Réfutation de différentes objections de Sarpi contre les articles des sacrements définis à Trente, dans la septième session, touchant le nombre des sacrements de la loi chrétienne, touchant la différence qu'il y a entre ces derniers et ceux d-e la loi mosaique, et tou-

saient pas la vérité qui leur était cachée, mais encore il veut persuader qu'on les prononça par opiniâtreté , et contrairement à la vérité qui était démontrée. Quoique je n'aie aucune connaissance des discussions qu'il se plaît à raconter, néanmoins, comme quelques-uns de ses arguments , quel qu'en soit l'auteur, demandent une réponse , du moins dans l'intérêt des personnes peu éclairées qu'il faut prémunir, j'en ferai ici une courte mention , et je les réfuterai , non pas autant qu'on peut le fiiire , mais autant qu'il suffit de le faire.

2. Par rapport au nombre des sacrements , il dit que tous convenaient qu'il y en avait sept, s'appuyant sur l'autorité des scolastiques, après le Maître des Sentences, sur celle du concile de Florence, et sur la tradition de l'Eglise romaine. Mais pourquoi ne dit-il pas que cette croyance était aussi celle de l'église grecque qui s'est séparée de la romaine depuis huit siècles? et par conséquent, pour qu'elle soit d'accord avec elle sur ce point, ne faut-il pas confesser que, dans les deux églises, cette croyance est partie de la première source , c'est-à-dire , de Jésus- Christ et des apôtres (1) ?

3. Il ajoute que beaucoup conseillaient de ne pas décider qu'il n'y avait proprement que sept sacrements, et pas plus ; mais qu'ils préféraient laisser indécis si les sept étaieui tous proprement sacrements, et s'il y en avait également d'autres qui le fussent proprement. Il cherche à justifier ce conseil en disant que les sentiments étant si partagés par rapport à la définition du sacrement et a la nature de ce qui conslilue son être sacramentel, ou ne pouvait établir précisément et avec certitude quels et en quel nombre ils étaient. Chicane trop vulgaire I Quoi I parce que les sen-

(l)tKeiniiilius, dans son Examen, p. 11, a nii le courage d'al'firmer que ni les Grecs ni les Arméniens, avant le concile générai d;- Flortnce , n'avnicnt ro' connu sept sacrenmenls. Mais il ne pouvait débiierri*;» de plus faux. Je laisse ce que dit Beliarmin, lib. 2 de Efjfectib. Sacrant. , cap. 24.

Je viens aux Arméniens. Avant qu'on ne fil dans le concile de Florence le décret d'union ; les Arméniens linrenl avec ie> Laiins (dusieurs conférences sur la foi de la Trinilé , de rincarnation et des Sacremenis, el les deux partis examinèrenl ce qui avait été écrit par les deux naiions. Aurait-on donc pu faire de si

chant le désir du baptême nécessaire pour ^'^" '■'^^^*^^ "" décret qui déclarait qu'il y avait sep - - - sacremenis, si les Arméniens ne ravaienl trouvé

la première justification

1. Je reviendrai avec Sarpi aux affaires du concile. Il va fureter dans les livres des hérétiques quelques objections des plus populaires contre différents articles qui fur* nt décidés à Trente. Il imagine que tels ou tels parmi les théologiens qui s'y trouvèrent réunis les proposèrent dans les assemblées particulières. Il controuve les noms et les circonstances comme font précisément les troubadours dans leurs romans, pour obtenir quelque créance auprès du vulgaire. Ensuite, il ne rapporte aucune des réponses qu'on op-

conforme à leurs anciens livres, comme aux rites de leur église?

Ensnite , quant aux Grecs , qu'il suffise de rappeler que Cyrille Liicar vonlint iidecter leur église des erreurs de Calvin , les évê(|ues grecs assendjiés en concile l'an 1658 le déposèrent dn patriarcal et le reléguèrent surlePont Eiixin, après l'avoir anal héinalisé. parce qu*il croyait, non ex msiinuioue J csu Chrht'i, ueqiieexapostolorum tradilione praxique perpétua septem Ecclesiœ sacramenta , baptistnum .■icilket, etc. Et cet analiièine fni (pialre ans après renouvelé dans deux anires synodes , l'un en Moldavie, l'autre à Constan linoplc , puis encore dans un synode de Jérusalem sous le patriarche Dosien.

timents sont partagés relativement à l'es- parce que les deux premiers ne produisent

sence de la chose qu'on compte; parce qu'on pas la grâce , et parce que le dernier, s'il la

dispute pour savoir si son être consiste dans produit, ne le pratique pas avec quelque rite

un accident particulier, ou dans la matière et quelque cérémonie spéciale, et ne s'admi-

seule, ou encore dans chacune des qualités nistre pas au nom de J.-C, mais bien plutôt

matérielles, nous ne pourrons hardiment dé- en haine de J.-C. Il fut remarqué par Jean

cider si cette chose-ci ou cette chose-là est en Carvajal , Mineur de l'observance, que, selon

telle quantité? Quoi ! parce qu'il y a tant d'o- Gabriel Biel {in h, disl. 8 ) , la réception de

pinions sur la nature du nombre; parce qu'on l'Eucharistie est un sacrement particulier qui

est incertain si l'être numéral consiste dans apporte la grâce avec elle ; mais on ne voulut

les seules unités absolues, ou dans une rela- point pour cela révoquer en doute le senti-

tion qui soit vraiment dans la nature, ou ment embrassé par les autres, sentiment qui

plutôt dans un rapport conçu par notre intel lect, on restera sans connaître quels et combien il y a de nombres entre un et dix? Il est bien différent, comme on l'a dit à propos

parut autorisé par le concile de Florence et démontré parla raison, savoir : que la réception de l'Eucharistie ne produit pas une grâce distincte, mais qu'elle est une pure applica-

d'autre chose , de ne pas savoir ce qu'est une tion dans le but que l'Eucharistie produise la

chose, au moins extérieurement et selon sa grâce. Comment se fait-il que cette réception

si"^niflcation ordinaire du nom, et de ne pas de l'Eucharistie n'appartienne pas non plus,

en pénétrer la nature intrinsèque. Les au- comme le pensa le cardinal Pierre Aureolo,

teurs scolastiques connaissent dans le pre- à l'essence du sacrement, bien que le sacre-

mier sens ce qu'est un sacrement, et cela suffit ment sans cette réception ne produise pas la

pour les compter : de même que pour compter grâce ? c'est une question qui ne regarde pas

les planètes, il n'est pas nécessaire d'en con- le nombre des sacrements : et nous l'expli-

naître l'essence ; mais il suffit d'entendre ce querons peut-être ailleurs, quand nous rap-

que signifie le nom. C'est pourquoi le mot de sacrements de la loi chrétienne, comme le prennent les scolastiques (quoique souvent les anciens Pères l'emploient dans une signification plus étendue , veut dire quelques signes sensibles produits par le moyen de rites et de cérémonies au nom de Jésus-Christ , signes qui , supposé le concours des conditions

porterons ce qui fut décidé dans une autre session au sujet de l'Eucharistie.

5. Les scolastiques étaient donc d'accord sur la signification des sacrements de la loi chrétienne, et ils la connaissaient autant qu'il était nécessaire pour apercevoir ceux qui l'étaient proprement. Cela supposé, qui peut douter s'ilétai4 nécessaire de déclarer qu'on parlait dans le sens propre? Parler dans un

requises, apportent infailliblement la grâce

au-delà de la mesure que demanderaient le sens impropre, quand les circonstances ne le

mérite et la disposition de celui qui les reçoit, font pas entendre, ce n'est point enseigner,

est

isposi 4. Cette explication fait voir pourquoi on ne compte pas parmi les sacrements la bénédiction d'un abbé , la promotion des cardinaux, le martyre, et beaucoup d'autres cho ses semblables que nomme Sarpi (1). Ces

(t) 1 11 sera bon de faire ici une nienlioii distincte de deux autres prétendus sacrements. Le premier est la profession religieuse que plusieurs Pères ont liauteineut louée comme un second baptême. Mais il est bon (l'avertir que , quelque méritoire que soit la pro

c'est tromper. De même, déterminer formellement le nombre, de manière à exclure un nombre plus grand, c'était unechoseindispensable, non seulement parce qu'autrement il restait permis à chacun d'en imaginer de nouveaux à son gré; mais encore parce qu'il était évident que l'Eglise l'avait toujours entendu ainsi , et surtout le concile de Florence qui les avait fixés à sept, en les énumérant tous les uns après les autres. Que si cela ne suffifession religieuse, elle ne confère pourtant pas, comme sait pas pour déclarer qu il n y en a que sept.

les sacrements, la grâce ex opère operalo, mais seule ment ex opère operantis. Voy^z Léon Allatius , Ub. 3 de Consensu, etc., cap. 10, num. 22, seq.; et ce que, dans le tom. 1 de mon ouvrage intitulé : Sage Critique de lu littéralure courante étrangère , j"ai dit contre une certaine dissertation de Jean Semler , imprnnee en 1754, de Generalione 7)ion«sficâ, pag. 525 et suiv., 338 591 et suiv.

L'autre prétendu sacrement est le lavement des pieds, que, à Texemple de J.-C, pratiquent certames églises, et que plusieurs Pères ont paru prendre pour un sacrement ; mais assurément c'est dans un sens impropre , parce que J.-C. n'a point promis la grâce à cette cérémonie, qui à cause de cela n'a été ni constante, ni perpétuelle, ni universelle dans l'Eglise. C'est pourquoi S. Augustin dans sa lettre 54% au n" 119, écrivait à Janvier : Ne ad sacramentum baptismi viderelur ( le lavement dos pieds ) pertinere, muUi

il ne suffirait pas non plus pour conclure qu'il n'y a pas plus de trois personnes divines, de se servir du nom si ancien de Trinité employé par l'Eglise, et de n'en compter que trois dans l'Ecriture : d'où il arriverait que chacun en pourrait imaginer une foule. Ne serait-ce pas parler en insensé que de dire : Les éléments sont au nombre de trois, en nommant ensuite la terre, l'eau et l'air ; et puis de répondre, quand on viendrait nous objecter qu'il y en a quatre, qu'on ne l'a pas nié, puisque dans le nombre quatre est renfermé le nombre trois ? Chacun comprend si définir ainsi ce serait pour l'Eglise s'acquitter dignement de l'enseignement dont elle est redevable aux fidèles. Ce n'est donc pas parce queles

hoc in consuetudine recipere noluerunt. NonnuUi etiam raisons apportées par Sarpi rendaient incerde consuetudine auterre non dubitârunl. Aliqui autem ul j, . . , , ., , ...

hoc et sacratiore lempore commendarent, et à baplismi cedente , n eut pas d origme plus plausible, ntsi qum

sacramento distinguèrent, veldiem tertimnoctavarum... baptizandorum corpora per observattoneni quadrageu-

vel ctium ipsum octavuni, ut hoc faccrcnt , rlcgerunl. mœ sordidata , cuni olfenstone sensûs ad fontcni ira-

El cet usage , selon le môme saint, dans la lollro pré- ctarcnlur, nisi uliquà dte luvurentur.

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taift le nombre des sacrements propres et justiOés sans rien connaître de ce sacrement; véritables, qu'il y eut plusieurs Pères qui mais que d'autres répondirent à cela que le conseillèrent de ne pas employer ces paroles : vœu au moins implicite était nécessaire, par- Ni plus ni moins ; mais ils conseillèrent de ce que les deux personnes qu'on citait aune pas les employer, afin d'user précisément raient désiré le baptême, si elles l'avaient condes mêmes termes dont avaient usé le con- nu. D'abord Sarpi devait commencer par cile de Florence, le quatrième concile de mieux étudier les matières , s'il voulait s'en- Carthage, Hugues de Saint-Victor, et quel- tendre à imiter avec plus de vraisemblance ques autres plus anciens. A cela néanmoins les conférences des théologiens de Trente, oji répondit qu'en ces temps-là n'existaient Ceux-ci n'auraient jamais rapporté l'exempas les deux hérésies qui nécessitaient cette pie du bon larron. Ils connaissaient trop addition expresse de ce qui était virtuelle- bien l'opinion adoptée communément , que ment contenu dans les définitions rappor- l'obligation du baptême, quoiqu'il fut annontées : hérésies dont la première affirme qu'il ce par Jésus-Christ avant sa passion , ne n'y a que deux ou trois sacrements vérita- commença à avoir son effet qu'après sa mort, bles, et la seconde, que tous ces signes qui, H y a toutefois diversité de sentiment sur le dans la sainte Ecriture, renferment la pro- temps précis où cette obligation a commencé, messe de la grâce, comme l'aumône et la Quand donc un adversaire imagine sans auprière, sont des sacrements. cune règle non seulement de vérité, mais

6. Quant à l'à-propos du nombre septé- encore de vraisemblance, les raisons appornaire , que Sarpi fait soutenir à ces théolo- tées par l'autre ; quand de plus il les reprégiens pour avoir l'occasion de tourner en sente d'une manière tout-à-fait tronquée et dérision leurs raisonnements , nous devons défectueuse , il n'est pas étonnant qu'il n'obremarquer qu'autre chose est de donner cet tienne pour résultat que d'enlever toute à-propos comme preuve, ce qui serait une créance à la vérité. Quelle est cette manière sottise, et qu'autre chose est de trouver dans d'expliquer comment dans l'acte du parfait cet à-propos du nombre quelque chose qui amour de Dieu , suffisant pour la justificavienne encore à l'appui de ce qui est prouvé tion,estrenferméle vœu implicite du baptême? d'ailleurs.C'est cette seconde observation que On appelle implicite non ce qui serait, mais quelques théologiens ont touchée rapidement ce qui est réellement, quoique caché dans une dans leurs ouvrages ; et si cela doit attirer autre chose dans laquelle on ne le découvre le mépris , il faudra donc mépriser, je ne dis pas bien. En ce sens on dit qu'une intention pas Platon, mais S. Grégoire, et, plus que particulière est implicitement renfermée dans tous les autres, S. Augustin, qui trouve si «ne volonté générale, non parce qu'on la souvent des mystères dans les nombres. En formerait si l'on y pensait, mais parce que effet, étant certains que Dieu est une sa- celui qui veut le tout, veut bien justement gesse infinie , que nulle raison , nulle con- chaque partie du tout.

venance , quelque subtile, quelque cachée 8. La chose se passe donc de la manière

qu'elle soit, ne peut se présenter à nous suivante : l'homme non baptisé, qui est justi-

avant de s'être présentée à lui , nous ne pou- fié sans baptême, doit aimer Dieu par dessus

vous pas craindre que, dans l'interprétation toutes choses , et avoir une volonté générale

de ses œuvres et de ses paroles, il nous ar- d'observer toute sa loi , bien qu'il en ignore

rive ce qui est arrivé à Plutarque, quand il ou qu'il ne s'en rappelle pas les commande-

a trouvé dans les vers d'Homère tant de sens ments particuliers. Maintenant le premier

mystérieux auxquels cet auteur ne pensa point de la loi chrétienne , après la foi , c'est

peut-être jamais. Outre cela, les catholiques ^e baptême. Ainsi le désir du baptême est né-

ne font pas reposer (1) la convenance du cessaire pour la justification. Il faut de plus

nombre septénaire des sacrements sur l'ex- remarquer qu'une semblable nécessité ne

cellence de ce nombre en général, mais sur suffit pas à notre but, puisqu'elle est com-

ce qu'on voit partout l'ancien Testament mune au désir d'accomplir tous les autres

employer ce nombre dans les purifications commandements. Cependant nous ne disons

légales, qui, comme on sait, étaient des P^s que le vœu de ces derniers apporte la

ombres et des figures d'autres purifications justice. Mais on attribue la vertu de justifier

plus efficaces et réservées à la loi de grâce ; à un tel désir de ce sacrement, parce que rien

car la loi commandait , tantôt qu'on offrît ^^ ce qui a été établi et commandé, ne l'a été

sept animaux , tantôt qu'on se purifiât pen- ^fi" de donner la première justice, et comme

dant sept jours, tantôt qu'on répandît le sang œuvre qui confère la vie; mais seulement

jusqu'à sept fois. C'est pourquoi il était bien ^^^^ d'augmenter la justice, précédente , et

vraisemblable que le nombre de la chose comme œuvre qui présuppose déjà la vie.

figurée répondait à celui de la figure. C'est pourquoi , de telles actions n'ayant pas

7. Sarpi rapporte que le vœu, c'est-à-dire *^ force de vivifier l'âme quand on les met à le désir du baptême, ne parut pas à un grand exécution , le simple désir de les faire a ennombre nécessaire pour la justification, core beaucoup moins cette force. Mais l'adpuisque Corneille et le bon larron furent ministration du baptême présuppose de sa

nature la mort de l'âme, et il a été établi pour

{\) Voyez S. Thomas, m-4 , dist. 2, q. i , et leriià 'V' donner la vie : aussi cette régénération spi-

pnrte, q. 65, art. 4 , et contra Ceniiles, lib. 4, cap. rituelle s'attribue au désir du baptême que ren-

îiS ; ei le cardinal Bellarmiii , de Effeciib. sacram., lib. ferme le parfait amour de Dieu. Et ce que je

*' '^"P' ^^' dis i)ar rapport au vœu de ce sacrement a liea

5sa

HISTOIRK DU CONCILK t)K TRENTE.

aussi avec proportion dans le vœu de la confession à l'égard de ceux qui sont déjà ressuscites à la vie, mais qui ensuite sont tombés.

9. Ensuite Sarpi suppose que les Dominicains s'efTorcèrent de faire condamner l'opinion des Franciscains , qui soutenaient que les sacrements ne sont pas causes physiques, mais seulement causes morales de la grâce , et que les légats ne pouvant les réprimer suftisammont , en informèrent Rome , prétendant qu'il fallait mettre un frein à la licence de ces religieux. Ce qui n'a pas une ombre de vérité, car tous savaient que le concile se faisait une règle inviolable de ne porter atteinte à aucun sentiment que soutenait une école catholique renommée.

10. Quant à la différence entre les sacrements de l'ancienne loi et ceux de la loi nouvelle, il raconte, ou plutôtil invente, beaucoup de faits dans le but de mettre en doute la vérité catholique, laquelle enseigne que les uns produisent la grâce, et que les autres, en tantquc sacrements, lasignifiaientseulement. îl dit d'abord qu'un théologien déconseillant d'admettre une telle déOnition , rappela que toutes les choses qui* se rapportent à un même génie, et ainsi tous les sacrements, doiventavoirquelquepropriétécommune.Quinie cela ? Mais ce n'est pas la propriété que voudrait Sarpi avec ses hérétiques , c'est-à-dire, celle de n'être que de purs signes de la grâce. La propriété commune et générale de tous les sacrements, tant anciens que nouveaux , c'est d'être des cérémonies sensibles établies de Dieu et signifiant la grâce comme promesses divines de celte même grâce. La difFérence entre ces deux genres que les dialecticiens appellent subalteî nés, et qui sont contenus dans ce genre supérieur, c'est-à-dire, entre les sacrements de la loi mosaïque et ceux de la loi chrétienne, consiste en ce que les uns la signifiaient comme devant être produite par les futurs sacrements de la loi nouvelle, et en ce que les autres la signifient comme produite par eux-mêmes. C'est de cette manière que signifient diversement la pluie, les grenouilles croassant dans les marais et les nuages amoncelés dans les airs : celles-là signifient que la pluie sera produite par les nuages à venir; et ceux-ci signifient la pluie dont ils sont pleins etqu'ils répandenteux-mêmes. Et celle différence n'est pas le fruit de l'imagination des scolastiques. Saint Paul a appelé les cérémonies de toute l'ancienne loi , des éléments pauvres, vides, et des ombres. Et d'un autre côté , nous trouvons dans l'Evangile que l'homme renaît dans le baptême ; que les péchés sont remis dans le ciel à celui auquel le prêtre les remet; que la chair et le sang de Jésus-Christ apportent la vie, quand on mange l'un et qu'on boit l'autre; que l'imposition des mains donne le Saint-Esprit. Ce qui montre que les sacrements ne sont pas des signes stériles, mais des causes pleines de la sainteté qu'elles promettent. La véritable raison que Sarpi pouvait alléguer pour s'excuser de la difficulté quil éprouvait à admettre celte vertu clans les sacrempnts de la )oi

chrétienne, c'estque les recevant si souvent, il ne ressentait jamais dans son âme rien qui lui annonçât que la grâce sanctifiante lui avait été conférée par eux.

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