CHAPITRE VI
Réfutation des objections que fait Sarpi à Varticle de Vintention requise pour la valeur du sacrement, et à celui de la matière et de la forme essentielles.
1. Nulle part Sarpi ne rencontre un champ où il puisse mieux exercer son talent de subvertir le peuple par de spécieuses fourberies, que dans l'article de l'intention , dont le défaut dans le ministre rend le sacrement nul. Là, mettant en scène Catharin, il évoque en son nom de merveilleuses tragédies , soutenant avec exagération que cette doctrine rendrait douteuses les ordinations de tous les prêtres et de tous les évêques, ordinations de chacune desquelles dépend la valeur d'innombrables consécrations , ordinations et absolutions faites ou données , non seulement par cet homme particulier, mais encore par la succession sans On de tous ces prêtres et de tous ces évêques, qui reçoivent de lui ou immédiatement ou médiatement les degrés de la cléricature. Outre cela il peint en termes attendrissants l'anxiété d'un père qui, ayant un fils près de mourir, pourrait craindre que, par suite de la mauvaise intention du ministre, il ne reçût point le vrai baptême, et ne restât ainsi banni du ciel. Il raconte qu'à ces raisonnements de Catharin, les théologiens du concile restèrent tous stupéfaits ; que nonobstant cela, ils ne voulurent point se désister du projet de définir comme de foi le sentiment commun.
Quel fut cet étonnement?Etaient-ce là des arguments nouveaux et imprévus ? N'avaientils pas été plutôt mille fois rebattus ? Enfin ne sont-ils pas tels que les esprits les plus médiocres les conçoivent aisément? N'avait-on pas approuvé le même article dans les mêmes termes au concile de Florence? Plusieurs fameux docteurs que nous produirons dans la suite n'avaient-ils pas déjà écrit sur cette matière? Quelle nouveauté, quel sujet d'étonnement purent donc voir des théologiens si habiles dans des objections si vulgaires ? Nous verrons bientôt quelle valeur elles ont.
2. 11 remarque ensuite que Catharin persista dans son sentiment, même après la définition de Trente , et qu'il soutint que le concile ne lui était pas contraire; c'est que Sarpi veut en conclure ou que Catharin méprisait intérieurement l'autorité de ce concile, ou que le sens de ces canons n'était pas connu même des évêques qui les avaient dressés.
Je pense, moi, que le sentiment de Catharin est faux (1), mais qu'il n'a pas été pour cela condamné expressément par les canons de Trente. C'est pourquoi il put légitimement
. (1) Cela se trouve dans un oelit oiivrnge inlitiilé : De Vintention du minislre
soutenir qu'il n'était pas opposé au concile. Il suivait en cela les traces de deux célèbres écrivains de son ordre, de Pierre de la Palu, qui montra du penchant pour le même sentiment ; et de Silvestre de Prierio, qui le goûta aussi, même après le concile de Florence, où, comme il est rapporté dans l'instruction aux Arméniens, on dit de l'intention précisément la même chose que dans le concile de Trente. Bien plus, quelques-uns (1) attribuent la même opinion à S. Thomas en deux endroits ; et dernièrement. Marins Scribonius , docteur français , s'est efforcé dans sa Pantalitia de l'appuyer de plusieurs arguments (2). Je puis affirmer que je ne sais quels débats littéraires étant survenus entre Catharin et le maître du sacré palais , et les deux adversaires s'attaquant et se défendant tour-à-tour par des écrits qu'ils publièrent l'un contre l'autre (3), les légats prièrent le Pape d'empêcher le second de molester le premier, assurant que la vie et la doctrine de Catharin étaient gêné ralement approuvées. D'où il est aisé de conclure que dans le concile on ne voyait pas de mauvais œil les opinions défendues par Catharin, et qu'on n'y eut point l'intention de les condamner. Et, en effet, si cela fût arrivé, on ne l'aurait pas, comme nous l'avons dit, fait promouvoir àl'épiscopat au grand applaudissement de tous ; et dans la suite un Pontife, qui avait présidé au concile , ne lui aurait pas mis sur la tête une mitre plus honorable. C'est pourquoi je pense que le sentiment proscrit à Trente est le même que celui que Léon X, par sa constitution, condamna dans Luther, c'est-à-dire, que le sacrement est établi par Jésus-Christ de manière à produire son effet, quoiqu'il soit évident que le ministre agit dérisoirement et par bouffonnerie. Chacun sait combien cette prétention serait opposée à l'honneur de l'Eglise, au sentiment des fidèles et à la nature de tous les autres actes qui se font légitimement parmi les hommes. Au lieu de cela , les docteurs catholiques nommés ci-dessus, demandent unanimement pour que le sacrement soit valide, l'intention non seulement de faire cet acte extérieur, considéré physiquement, que fait l'Eglise, intention qui se trouve aussi dans celui qui l'administre par dérision; mais encore de le faire avec l'appareil de dehors sérieux usité dans l'Eglise, et avec l'air de le fiiire dans le but que se propose l'Eglise.
3. Et ce qui m'affermit dans cette pensée, c'est de voir que lorsqu'on proposa de condamner l'article de Luther tiré de son livre de la Captivité de Babylone, où il dit : Quand nous croyons recevoir, nous recevons véritablement, quelque chose que fasse ou ne fasse pas le ministre, quelques soient ses feintes ou ses dérisions : les termes de l'article soumis à
(t) V.isquez cl autres.
(2) f Oui fait la même chose flans la suite clContenson et Juénin,et l'auteur dominicain, de Re sacratnenlarià, mais principalement le Père Serry dans le petit ouvrage qu'il imprima sous le lide de Cuilunin vengé.
(3) Lettre des légats a»; cardinal de Sanlaliora, dn 1(i ociolj/o i!)i{).
la censure étaient ceux-ci : LHntention du ministre n'est pas nécessaire pour la validité du sacrement. Quelques théologiens dirent qu'il ne convenait pas de condamner cet article sans quelque correctif, les opinions étant partagées par rapport à cette intention , et surtout beaucoup pensant qu'il suffit d'avoir l'intention de faire ce que l'Eglise se propose de faire. Les autres disaient généralement que l'article avait déjà été condamné dans le concile de Florence , et Serîpandi fut d'avis qu'on le condamnât, parce qu'on l'entendait dans le sens de Luther, qui attribue tout à la foi de celui qui reçoit le sacrement, et rien au sacrement lui-même, et par conséquent rien au ministre qui le donne; opinion contraire au dogme catholique. Il ajoutait qu'il fallait abandonner aux disputes des théologiens la question de savoir quelle doit être cette intention du ministre afin qu'il fasse et donne réellement le sacrement. Il résulte de tout cela que dans le concile on ne détermina rien par rapport à l'objet vers lequel doit se porter cette intention du ministre; mais qu'on y exigea seulement une intention, en vertu de laquelle il soit véritablement la cause efficiente du sacrement, et le dispensateur de la grâce qui y est donnée. Cela posé, ces docteurs veulent que, pourvu que le ministre ait le dessein de faire l'œuvre extérieure de la même manière qu'il la ferait, s'il se proposait d'imprimer l'effet du sacrement, dès là qu'il la fait ainsi effectivement, la volonté intérieure opposée ne préjudicie en rien à la valeur du sacrement (1).
k. Mais comme le sentiment commun des scolastiques qui m'a paru le véritable, est qu'il faut l'intention au moins implicite d'administrer en effet le saci'ement, je veux le soustraire à tout l'odieux dont Sarpi cherche à le couvrir par la raison que nous avons rapportée et qu'il attribue à Catharin, exagérant le danger de la nullité qui en résulterait pour tout sacrement considéré en luimême, et pour une multitude d'autres choses sacrées qui en dépendent ensuite successivement. Je voudrais qu'il me répondît si l'on ne rencontre pas le même inconvénient même dans la supposition que l'intention cidessus désignée du ministre n'est pas nécessaire d'abord dans presque toutes les confessions?N'est-il pas facileau prêtre, pendantqu'il sout à voix basse, d'omettre une parole es-
(1) f Après de pareilles choses écrites par Pillavicini, Alexandre VIII, le 7 décembre 1690, enlre plusieurs propositions qu'il condamna , proscrivit celle-ci qui est la 28* : Valel baplismus coUatus à minislro qui onuiem aclum exteruum formamque baptizatidi observât, inlùs vero in corde suo apud se resolvil : Non intendo quod facit Ecclesia. J'omets qu'après celte condamnation quelques théologiens de Louv.iin, qui soutenaient le sentiment de Catharin , le rétractèrent, comme raconte Léonard Vantoy et Aurèle Piella, celui-là dans le lom. V, et celui-ci dans le tom. IV. Mais on ne peut omettre ce qne dit Benoit XIV de Syn. Diœc. lib. VII, c. i : Negari liaud posse grave vulnus prœfatœ opinioni (de Catharin) inftictum (ib Alexandro VI II, quoique « lelo damnalionis ilhim defenderc tonclur Juénin, Serry et autres.
sentielle et de rendre ainsi son action vaine, et de laisser dans l'esclavage du démon une infinité de personnes qui se croient réconciliées avec Dieu? De plus, est-ce que les curés dans les campagnes, où personne parmi les ■ paysans ne sait quelle est la forme néces- | saire, ne pourront pas faire à leur gré la ,i" même chose dans le baptême? Et de la nullité de quelque baptême ainsi administré, comme d'un sacrement qui est la porte de tous les autres, pourrait naître la nullité de beaucoup d'ordinations , et par conséquent d'innombrables consécrations et absolutions jusqu'à la fin du monde. C'est pourquoi dans chaque opinion il faut recourir ou à une providence et à une miséricorde divine qui empêche ces malheurs en agissant sur les cœurs des hommes qu'elle gouverne; d'autant plus qu'aucun aiguillon d'intérêt personnel n'excite à un tel sacrilège, et que personne ordinairement ne s'éprend d'amour pour une scélératesse qui ne rapporte point de profit; ou à une providence et à une miséricorde qui, par une disposition particulière, supplée le vice de l'acte, et, pour tout dire en un mot, dirige les choses de manière à ce que son Eglise ne soit point frustrée de ces antidotes uniques, composés avec son sang.
5. Au reste que personne en particulier, après toutes les recherches possibles, ne puisse parvenir à avoir une certitude parfaite de son baptême ou de son absolution, ce n'est pas une chose qui répugne : c'est plutôt une chose conforme à ce que nous voyons dans l'Ecriture, et à ce que pense l'Eglise touchant l'incertitude générale de l'état de grâce. Et personne ne peut se plaindre qu'il souffre ce mal sans l'avoir mérité. Quiconque est en péché, est coupable et est indigne de jamais retourner dans la grâce de Dieu ; autrement tant d'enfants qui meurent privés du baptême sans une nouvelle faute de leur part, mais ou par la négligence de leurs parents ou par un cas fortuit, pourraient être considérés comme exilés du paradis. Au lieu de cela, de cette inégalité du sort des enfants sans qu'il y ait d'ailleurs inégalité de mérites ou de démérites tant en eux qu'en leurs parents, S. Augustin prouve contre Pelage qu'il est dans la nature un malheur commun à tous, et que Dieu, par une bonté purement arbitraire et qui n'est pas la même pour tous, en délivre l'un sans en délivrer l'autre. Quand il accorde à quelqu'un après le péché ou actuel ou originel de ressusciter spirituellement, c'est un effet de sa grâce; quand il le refuse, c'est un effet de sa justice. C'est un sentiment commun que le péché originel n'étant point puni de la peine du sens, et qu'aucun de ceux qui sont parvenus à l'usage de raison n'étant banni du ciel sans subir la peine du sens en enfer; il est offert à tous les adultes un secours suffisant au moyen duquel , s'ils font ce qu'ils peuvent faire avec lui, ils obtiendront la justification et le ciel. Pour obtenir ce bonheur il n'est pas nécessaire qu'ils soient baptisés. Il suffit pour être justifié d'un acte parfait d'amour de Dieu, acte pour lequel aunni secours ne leur es( refusé avant
HISTOIRE DU CONOiLE DE TKENTE.
la mort s'ils ne se manquent pas à eux-mêmes dans l'usage qu'ils font des autres secours qui leur sont accordés pour des actes d'une moindre valeur.
6. Si on ne se payait pas de ces réponses, et qu'on voulût se former de plus grandes idées de la divine miséricorde, qui empêche de tenir avec de nombreux et célèbres auteurs anciens (1 ) , et même avec des modernes qui ne sont ni en petit nombre ni à dédaigner, que Dieu, dans ces cas où l'hypocrisie du ministre ne peut être connue ni de celui qui reçoit le sacrement ni de ses parents, supplée le défaut autant qu'il est nécessaire, afin que l'homme en question ne reste pas sans remède, ni l'Eglise dans le désordre. Une telle volonté en Dieu, quelque universelle, quelque infaillible qu'on la supposât, n'empêcherait pas que l'intention ne fût essentielle au sacrement. En effet dans ces cas extraordinaires la grâce ne serait point répandue dans l'âme en vertu du sacrement ni en vertu d'une promesse divine ; mais par l'effet d'une libéralité qui ne serait due à l'homme en vertu d'aucune promesse; mais qu'on conclurait seulement, par voie probable d'induction , de la bonté de Dieu et de ses manières ordinaires de parler et d'agir. Or ces manières portent à croire qu'il a résolu de suppléer ce qui manque par la malice de ses coupables ministres , et de ne pas permettre qu'à la faveur de sa parole véritable ou prudemment regardée comme telle, la confiance publique fût trompée. Pour dire beaucoup en peu de mots, deux choses sont certaines : la 1", c'est que Dieu n'abandonne pas l'Eglise en général, et ne manque pas de correspondre à la pieuse volonté de chacun en particulier ; la 2% c'est que sa sagesse et sa puissance ne manquent pas de moyens de faire tout cela, quoique l'intention du ministre soit essentielle au sacrement,
7. Ainsi, comme delà nécessité d'une telle intention pour la validité des sacrements, il ne résulte aucun inconvénient, on conclut qu'en effet cette nécessité existe. Premièrement on le conclut de la nature de toutes les autres donations et concessions humaines, qui sans la volonté intérieure n'ont aucune valeur, selon l'opinion la plus commune; surtout, lorsque ce défaut de volonté est par sa nature connu de celui qui doit les mettre à exécution ; ce qui a lieu dans le cas dont il s'agit, puisque l'exécuteur de la promesse de la grâce et delà promesse du caractère est Dieu, qui pénètre l'intérieur des cœurs. Secondement, cela est confirmé parles paroles de l'Ecri-
(1) S.Thomas, dans la (inestiou 84 de la o* partie, M'arlicle 8, répondanl au seccind atguniciil , rapporle cette opinion , savoir : Que diuis les (Mifants il supplée en ce cas, et que tluns les adultes leur foi cl leur dévoiion siipi»léent. Et il dit qu'on peut soutenir cette opinion quant à l'im|)u!si<)ii de la £;râce ; mais non pas quatjt au car;iclère qui n'est jamais imprimé que par l'action du sacrement lui-même. Ce sentiment rapporté par S. Thomas fut celui d'Alexandre de llalès; et il fut suivi par Durand et Galiiicl, que cite Suariiz duis le commentaire de l'arlicl(!(i-<lossus de S. Thomas,
ture relatives àquelques-uns des sacrements. De ceux-là on tire une induc^tion pour les autres en établissant l'identité de raison. As sûrement il a été dit aux confesseurs : Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez; cependant on n'entend pas que celui qui prononce les paroles sans intention de remettre, remette véritablement. Et dans l'extrême-onclion , S. Jacques exige plus clairement la prière du prêtre : or cette prière renferme évidemment la volonté intérieure ; car on ne dirait pas que celui-là prie, qui proférerait les prières de l'Eglise, mais sans aucune intention de parler à Dieu.
8. Voilà ce que devait dire Sarpi, s'il avait pour but d'instruire ses lecteurs de la vérité. Il ne devait pas nous représenter les divers sentiments comme on a posé à dessein la tour de Bologne qui paraît à celui qui la regarde sur le point de tomber, quoiqu'elle soit appuyée sur de solides fondements. Et quelle est sa sincérité de rapporter comme cité par Catharin , l'exemple de ce baptême qu'administra en jouant sur le bord de la mer à d'autres enfants Athanase encore enfant luimême, et qu'approuva comme bon après un mûr examen du fait, et de l'avis de ses prêtres, Alexandre patriarche d'Alexandrie? Ne voit-il pas que si ce jeu s'entendait d'une imitation dérisoire faite par ces enfants, sans intention dans les uns de recevoir réellement le baptême, et sans apparence extérieure dans l'autre de l'administrer en effet , cet exemple prouverait ce que ne voulut jamais, je ne dis pas Catharin, qui demande au moins de la part du ministre la simulation d'une action véritable, mais pas même Luther, qui exige la foi, et par conséquent l'intention d'être justifié de la part de celui qui est baptisé? Autre chose est donc de faire une action par amusement, autre chose est de faire semblant de la faire et de ne pas la faire sérieusement. Quelle action fiiit-on par amusement plus que le jeu? cependant le jeu se fait sérieusement et avec intention de s'obliger en justice au contrat. Ce fut donc par amusement que s'administra le sacrement du baptême parmi ces jeunes gens, mais ce fut aussi avec une vraie intention. Et ce qui en convainc principalement, c'est que dans ce jeu on ne baptisa pas ceux qui avaient déjà été baptisés, mais seulement les catéchumènes : différence qu'ils n'auraient pas faite, s'ils avaient entendu faire un pur coup de théâtre.
9. Je passe sous silence d'autres faussetés de cet auteur; elles sont moins captieuses, et par conséquent la réfutation en est moins nécessaire. Mais je ne puis m'empêcher de remarquer la dernière qu'il émet sur cet article, quand il traite de la matière essentielle des sacrements, et en particulier du baptême. Il dit que dans la primitive Eglise on ne rebaptisait pas ceux qui avaient été baptisés dans certaines sectes hérétiques, bien qu'elles n'employassent ni la matière ni la forme qu'on croit maintenant essentielles, ce qu'il prouve en disant qu'alors on ne savait rien de la matière et de la forme. Mais je lui de- i
manderai : Ignorait-on alors les noms de matière et de forme, ou bien , outre cela, ignorait-on encore la chose que nous désignons ].arces mots, c'est-à-dire ce qu'on exige pour l'essence du sacrement? Si l'on ignorait seulement les termes précités , quelle plus sotte conclusion? Le vulgaire ne sait pas ce que représentent dans une épée les termes de la itière et de forme, est-ce à dire pour cela qu'il ne saura pas distinguer entre une épée et une hache , ou entre une véritable épée d'acier et une fausse épée en bois? Si Sarpi s'imagine qu'en ces premiers temps on ne comprenait pas encore ce qui est essentiel au baptême , et que nous exprimons maintenant en termes de l'école par les noms de matière et de forme , il imagine alors dans l'Eglise une ignorance crasse même de l'Evangile, qui nous enseigne ouvertement et la matière du baptême, qui est l'eau, et la forme, qui consiste à baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et comment a-t-il jamais pu se faire que dans toute la chrétienté la tradition ait manqué sitôt sur l'essence de celui de tous les sacrements qui est le plus nécessaire, le plus universel et le plus fréquemment cité qu'il y ait dans l'Eglise ? Mais s'il en était ainsi, comment arrivait-il que quelques baptêmes administrés par les hérétiques étaient, de son propre aveu , approuvés comme suffisants , tandis que d'autres étaient rejetés comme défectueux , au point qu'on y suppléait alors en les réitérant? Peut-on expliquer autrement cette conduite qu'en disant qu'on découvrait dans ceux-là, et non pas dans ceux-ci l'essence du sacrement? Il n'y a rien de plus opposé que le vrai et le faux; aussi l'auteur d'un mensonge aurait-il besoin, pour n'en être pas convaincu, de ne jamais dire la vérité.