CHAPITRE VIII
Deux autres points de discussion sur Vinstiti(r tien des sacrements aussitôt après la chute d'Adam, et sur le remède préparé aux enfants des fidèles qui meurent dans le sein maternel, suivant Cojétan.
1, Il s'él«va une discussion sur deux autres articles. Le premier était une proposition de Luther consignée dans son livre des Disputes, contenue dans la dispute qu'il soutint en 1520, et que la mission chargée d'extraire les erreurs des ouvrages hérétiques avait signalée : elle consistait à dire qu'immédiatement après le péché d'Adam, il y eut des sacrements qui donnaient la grâce. Mais plusieurs théologiens ne jugèrent pas cette proposition condamnable, tant à cause de l'opinion d'un grand nombre de docteurs touchant le mariage, que d'autres cependant prétendaient n'avoir pas été alors un vrai sacrement, qu'à cause surtout de celle de S. Augustin qui pense au grand applaudissement de tous , qu'il est croyable qu'en tous temps Dieu établit quelques remèdes pour que les enfants, s'ils venaient à mourir à cet âge , ne fussent pas damnés sans ressource. Ce remède étant infaillible par institution et par promesse divine, s'appliquantauxenfants sans aucun mérite deleur part, etexigeant, selon une opinion assez accréditée, quelque oblation extérieure,
(I) t Qu'on ne néglige pas de consiiltor sur cet anicic embarrassant, parmi les lliéoloi^ieiis, Toiirnoly, réiniprinié par moi à Venise Pan 1705 , t. 7, p. 507 el suiv.; el parmi les souverains Poiilifes Benoît XIV, dc Synodo diœcesanâ, Hb. VII, c. 8.
paraissait avoir les propriét/is d'un sacrement. Aussi différents scolastiques l'onl-ils regardé comme tel. C'est pourquoi on jugea à propos de ne ijas entrer dans cette contestation, car au sujet de ce qu'affirmait Mélanchton trompé par la mauvaise interprétation qu'il faisait de l'endroit oii S. Paul dit que le passage de la Mer-Uouge avait été un vrai baptême pour les Juifs , il n'était pas nécessaire de le condamner autrement qu'en statuant sur la forme essentielle du baptême et sur l'institution de chacun des sept sacrements attribuée à Jésus-Christ.
2. Le second article sur lequel il y eut diversité de sentiment fut celui-ci : La congrégation particulière des théologiens , aux propositions que la commission avait extraites des livres des hérétiques comme dignes de censure, en avait ajouté d'autres qui lui paraissaient condamnables sur la même matière, comme nous le rapporterons. Au nombre de ces propositions, elle avait mis l'opinion de Cajétan, qui, pensant que chez les chrétiens il devait y avoir quelque remède même pour les enfants qui meurent dans le sein maternel,avaitconséquemment, quoique toute fois avec timidité, et en subordonnant son idée à de meilleurs juges, parlé en ces termes : Or ce serait ar/ir prudemment et d'une manière irrcpréhensible que de donner la bénédiction au nom de la sainte Trinité aux enfants qui sont en danger dans le sein de leur mère, laissant d'ailleurs à Dieu déjuger à son tribunal le fond de laqiieslion. Qui sait si la divine miséricorde n'accepterait pas un tel baptême qu'accompagnerait le vœu des parents, lorsque ce ne serait pas une négligence coupable, mais une impossibilité excusable qui empêcherait d" administrer ce sacrement .
3. Séripand apporta quelques raisons pour soustraire cette opinion à la censure. La première fut qu'autremont la hï aurait été plus efficace chez les anciens que nestchez nous ou la foi ou le baptême : cependant S. Grégoire dit que maintenant l'eau produit le même effet que produisait alors la foi. La seconde fut que de même que par institution divine le baptême est souverainement nécessaire, de même il est extrêmement facile, Dieu lui ayant assigné pour matière ce qui se trouve en tout lieu , et pour ministre suffisant à ses effets même un infidèle et une femme. Cependant, si ce sacrement ne pouvait profiter en raison du désir des parents à celui qui meurt avant que de naître, il n'aurait pas été rendu possible à tous; bien plus, il y aurait pour l'homme un temps où il serait inhabile à être justifié , savoir : celui qu'il passerait dans le sein maternel. La troisième fut que si la puissance et la miséricorde divine n'étaient pas dans l'ancienne loi enchaînées aux sacrements , et que si elles justifiaient les enfants par la foi seule des parents , il ne peut croire qu'elles y soient enchaînées, maintenant que par le sang de Jésus-Christ la voie du salut s'est aplanie, et que les mains de la clémence divine se sont plus grandes ouvertes.