‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 9 sur 348 · SIXIEME · texte numérisé non relu

SIXIEME

concorde inaltérable parmi tous les collègues , quoiqu'elle suffit pour détourner les mauvais effets que le gouvernement polygarchique produirait naturellement dans l'Eglise, ne suffirait pas pour faire un gouvernement monarchique tel que nous savons d'après les Ecritures et les Pères qu'il a été établi par Jésus-Christ, et tel que l'admellait cet auteur moderne. Supposons qu'un sénateur de Venise sache par révélation qu'il a le privilège surnaturel d'amener à son sentiment, toujours et en tout, le sénat tout entier; supposons encore que le sénat lui donne le pouvoir de faire au nom de tous ce qui lui plaît, sans en délibérer même avec ses collègues ; loul cela ne le rendra pas monarque, à moins qu'il n'acquière le droit do gouverner indépendamment de toute approbation ou de tout blâme de la part de ses collègues. De même , pour ce qui est du domaine , soit de juridiction , soit de propriété, il ne deviendrait pas monarque et maître du monde, celui à qui Dieu révélerait que tout ce qu'il ordonnerait ou disposerait au nom des puissances ou des propriétaires légitimes serait toujours confirmé et approuvé par eux , et la raison en est que l'un et l'autre domaine, tant celui de juridiction que celui de propriété, confère le pouvoir de commander aux personnes et d'administrer les biens comme s'ils étaient à soi-même avec l'improbalion des autres.

9. Voyons maintenant si ce que nous venons délablir avec évidence s'accorde ou non avec les paroles de S. Cyprien; les voici textuellement : Le Seigneur parte à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre ; et sur cette pierre je « bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne « prévaudront pas contre elle; et je te donne- « rai les clefs du royaume des deux ; et ce que « tu lieras sur la terre , sera lié aussi dans le « ciel, et ce que tu délieras sur la terre, sera « délié aussi dans le ciel ; » et il dit encore au même, après sa résurrection : « Pais mes bre~ « bis. » C'est sur lui seul quil bâtit son Eglise ; c'est à lui qu'il confie ses brebis à paître. El quoiqu après sa résurrection il donne à tous ses apôtres une puissance égale et qu'il dise : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie « aussi de même; recevez le S. Esprit : si vous « remettez à quelqu'un ses péchés, ils lui seront « reniis ; et si vous-les retenez à quelqu'un , ils « lui seront retenus : » Cependant pour rendre l'unité manifeste, il établit une seule chaire, et il voulut de son autorité propre que l'origine d'une telle unité commençât dans un seul. Les autres apôtres étaient aussi ce qu'était S. Pierre; ils partageaient également avec lui l'honneur et la puissance; mais c'est de l'unité que part le commencement. La primauté est

cette proposition, mais encore tous les livres, tant ceux imprimés jusqu'alors (|ui la ccmtcnaient , ipie tous les autres qu'on pourrait écrire à l'avenir pour défendre la même hérésie. Dupin, dans son histoire ecclésiastique du W siècle, recon.iait de bonni' foi à ce sujet, que le décret pontifical avait en vue la piéface d'Arnaud, dans le livre de la fréqueiile communion, publié vers 1643, où l'on trouve préoieénieiil la même proposition.

donnée à S. Pierre pour démontrer que VEgiise est une , et que la chaire est une et que tous sont pasteurs; mais on voit qu'il n'y a quun troupeau que paissent unanimement tous les apôtres. Et plus loin : Quiconque ne tient pas cette unité de l'Eglise, pensc-t-il avoir encore la foi? Quiconque s'oppose et résiste à l'Eglise ; quiconque abandonne la chaire de Pierre sur laquelle l'Eglise est fondée , peut-il se croire encore dans l'Eglise? Ces paroles laissent-elles douter si , au sentiment de S. Cyprien, Pierre et son Siège jouissent de la primauté monarchique dans l'Eglise? si la rupture d'avec les Pontifes qui le remplissent entraîne la séparation de la communion de l'Eglise? Si on s'avisait par hasard de dire que tout ce qu'entend S. Cyprien par là, c'est que la primauté de Pierre et l'unité de gouvernement consistent simplement en ce que S. Pierre a été nommé avant les autres, et qu'il n'y a eu d'abord qu'un seul des gouvernants de nommé, l'égalité et l'indépendance la plus entière n'ayant pas cessé de régner ensuite entre eux et entre leurs successeurs, ce serait placer un langage absurde dans la bouche si sage de ce saint docteur; comme s'il suffisait pour former l'unité et pour empêcher que le gouvernement ne soit polygarchique, de nommer les administrateurs suprêmes et leurs collègues l'un après l'autre et non tous d'un seul mot.

10. Enfin là-méme où il a semblé à Sarpi que S. Cyprien affirme ouvertement la même chose que lui, il est clair que S. Cyprien dit tout le contraire. Car, puisque ce saint nous enseigne qu'il n'y a qu'un épiscopat dont chaque évêque gouverne solidairement sa part (1), et qu'il compare plusieurs évêques à beaucoup de rayons , qui tous se réunissent en une seule lumière, celle du soleil, et à plusieurs rameaux, qui tous tirent la vie du même tronc; ces exemples sont autant de preuves contre Sarpi. Un rayon va-t-il par hasard éclairer un lieu qui reçoit déjà la lumière d'un autre rayon? un rameau nourritil par hasard les feuilles et les fleurs d'un autre rameau ? Quoi de plus ? Le saint ne s'explique-t-il pas en termes précis ?il n'y a qu'un chef, dit-il , il n'y a qu'une origine et qu'une mère. Telle est l'unité que veut S. Cyprien dans l'Eglise ; l'unité d'ordre égale dans chacun , et par laquelle chacun devient propre à exercer les fonctions d'évêque en tout lieu ; l'unité de chef, c'est-à-dire de Pierre et de ses successeurs , sur laquelle Jésus-Christ a bâti son Eglise, et à laquelle se tiennent

(I) f Plusieurs sens ont élé donnés par nos tliéologions à celle parole de S. Cyprien, in solidum. Ou peiil les voir dans mon Anii-Febronius v'uidicaliis (p. l, |)ag. 45G etsuiv.), et lous reviennent (inalemcnl à celui que noire historien adopte ici. Le ch. Ciiarlas, dans son trailé de la Puissance de l'Eglise (cliap. 1 , pag. 10) , en propose un qui est peul-élre plus complet et plus naturel. In solidtim, dil-il, équivaut ici à in solum, c'est-à-dire sans partage d'aulorilé avec un autre égal dans celte partie qu'on a de l'épiscopat. C'est pour cela que S. Cyprien n'a pas dit qu'il n'y a qu'un épiscopat (jui est gouverné par chacun in solidum, mais dont une partie est g >uvernéi! in solidun par ciiDCiMi.

étroitement attachées toutes les colonnes de cette basilique, et non des diocèses sans limites et confondus. Mais poursuivons et voyons si Sarpi est plus véridique dans ses autres suppositions, selon cette règle d'après laquelle le poète entremêle le vrai de faux , comme on entremêle la mauvaise monnaie de bonne , afin que l'une fasse recevoir l'autre , et que tout passe.

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