‹ Histoire du concile de Trente (volume 3)Chapitre 93 sur 348 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Disposition de l'archevêque de Cologne. Maladies contagieuses à Trente. On discute la question de la translation.

1. Sur ces entrefaites, l'empereur profitant de la prépondérance que lui donnait le succès éclatant de ses armes, saisit l'occasion d'exécuter la sentence du Pape contre l'hérélique et contumace Hermann, archevêque de Cologne. 11 y envoya deux commissaires qui devaient . conformément à

cette sentence , mettre en possession de pereur, et des menaces horribles qu'il avait cette église Adolphe, qui en était co.M'ijuteur. faites au c.:rdinal Cervini, dans le cas où il Hermann, déjà abhorré du clergé, déjà odieux en viendrait jamais à une nu-sure de ce genre

gt'nre beaucoup d'entre les fidèles , n'eut ni la sans un ordre exprès du Pape : couiment rce ni le courage de résister à la puissance donc vouiait-il l'exposer, et dans sa personne

exposer sa dignité même, à une si dange-

force ni le courage de résister à la pu de Charles V. H fut donc obligé de céder, et il se retira, pour finir une vieillesse obscure et sans gloire, dans le comté de Vuéda, apanage de ses pères. Sarpi , panégyriste des hérétiques, exalte ici la générosité d'Hermann,qui abandonne sa dignité par compassion pour son peuple innocent, et pour ne le pas voir harcelé par la guerre. On peut féliciter d'une semblable générosité quiconque rend une forteresse lorsqu'il n'a pas la puissance de la conserver : c'est la magnanimité de celui qui donne un enjeu perdu. Au reste siHermann, comme Sarf)i le suppose, avait pu se défendre, et s'il avait été persuadé qu'en changeant les rites et la religion , il agissait conformément à la doctrine évangélique , ce n'eût pas été générosité, mais perfidie, à lui que (l'abandonner son troupeau et de préférer ses j)ropres risques ou le malheur temporel de ses sujets à leur perte spirituelle.

2. Ces heureux événements en présageaient de ])lus heureux encore , si un accident n'eût interrompu la m.:rche du concile pendant plus de trois ans, et semé de scandaleuses et cruelles discordes entre l'empereur et le souverain Pontife, discordes qui détourneront pour longtemps notre plume : nous la consacrerons à un sujet bien diCférent des canons et de la réforme.

■ Mais avant de continuer l'histoire, il me faut réfuter une fable. Sarpi raconte que le

reuse tentative, en lui confiant le soin de causer à ce monarque, comme de son autorité propre, un si grand dépit?

En troisième lieu, était-il bien sage de choisir Inspruch, ville impériale, pour y envoyer séjourner le dépositaire d'un secret si important? Et que devait faire là un gentilhomme attaché au service particulier du cardinalde' Monte?

De plus , comment le nom de ce messager qui a paru à Trente et qui est passé de la à Inspruch , est-il resté si caché que Sarpi n'ait pas su le désigner? Mais demandera-ton, pourquoi ne l'a-t-il pas supposé, lui, ou cet inventeur de nouvelles à qui il s'en est rapporté? parce qu'à l'égard de tout individu qu'il aurait nommément cité, on aurait pu nier et avec preuve; tandisque les jurisconsultes remarquent qu'il n'est pas possible de nier avec preuve, quelque raison qu'on ait, quand ce qu'on nie n'est pas circonstancié.

De plus, on lit dans les Mémoires du secrétaire Massarelli, que les légats, le cinq mars, c'est-à-dire deux jours après l'arrivée de ce message que, selon Sarpi, ils recurent de Rome, informèrent le Pape de la maladie qui était survenue, et demandèrent ses ordres en cas qu'elle ne cessât pas. On ne peut croire que cela ait été fait ostensiblement; au contraire, ils devaient tenir cette lettre trèssecrète, afin que ceux qui, dans rinteniion

Pontife qui prenait ombrage de la puissance d'obtenir du temps, demandaient que lo Pape de Charles, de la maladie incurable du roi de prît part à une délibération d'une si haute

du cardinal iel Monte, avec ordre de n'y pa- Pères ne pouvaient rien décréter sans atten

raître qu'après la tenue de la session, et d'en joindre aussitôt après aux légats de transporter immédiatement à Bologne le concile, sous un prétexte quelconque. Ensuite le messager devait passer à Inspruch. 11 ajoute qu'à ce message notifié le jour même de la session, Cervini resta tout interdit; mais que l'autre cardinal, plus décidé que lui, approuva le message, et pressa son collègue de s'apprêter courageusement à le mettre à exécution avec lui ; qu'ainsi ayant profité de je ne sais quelle maladie qui régnait dans cette ville, peut-être à la suite des désordres du carnaval, ils firent courir le bruit que c'était la peste, et mirent le projet à exécution.

dre la réponse qu'elle devait bientôt envoyer. Ensuite dans une lettre confidentielle du cardinal Cervini àFarnèse (1), envoyée en m.ême temps qu'une autre lettre commune aux deux légats, qui notifiait le décret de la translation fait le matin même, il dit : Votre illustrissime seigneurie apprendra par lalettre commune ce que Dieu a voulu faire de ce concile : sur cela je ne dis qu'une chose, c'est que c'a été une pure œuvre de Dieu et un vrai miracle. Cette manière d'écrire ne s'accorde pas avec cet ordre précis qu'auraient déià reçu les légats de le transférer. Outre cela, différentes lettres secrètes que j'ai vues et dans lesquelles les légats justifient auprès du Pape

3. On ne pouvait peindre un tableau plus la détermination prise, comme je le rapporifférent de l'original. Premièrement, quelle terai ci-dessous, démontrent plus clair que le éfiance pouvait avoir le Pontife à l'égard de jour qu'il avait ignoré ce qui s'était fait.

défi

ses deux légats qui lui étaient si attachés, pour vouloir leur cacher ce secret confié dans le même temps à un simple serviteur de l'un d'entre eux, surtout vu la nécessiléde seconfier en eux et pour le secret du commandement et pour la difficulté de l'exécution?

Secondement, le Pontife avait encore le louvenir plein de ses démêlés récents avec i'em-

gnore ce qi

Ajoutons que quand même le Pontife aurait eu ces jours-là tramé cette affaire, .quel parti plus intempestif aurait-il pu prendre que de congédier de sa charge le cardinal de Monté (2)? Et cependant il l'en avait congédié

('!) Lell mars 1847.

(2) L<-iire du cardinal Farnèse à Cervini, le 5 février 1547.

pour le temps quî suivrait immédiatement la avec la même assurance que s'il avait été luisession dont nous avons parlé, avec promesse même le messager qui porta aux légats cette de lui substituer un successeur. C'est pour- commission.

quoi le même président, et comme dégagé de 4. Voici donc la vérité. Il survint à Trente

celte affaire, et comme sûr de ne plus souf- une maladie, le pourpre, accompagnée d'une

frir bientôt l'aspérité du climat de Trente, et mortalité extraordinaire et d'indices de con-

les traits acérés du maître qui y dominait, lagion sur les corps, et de corruption dans

aurait été UiOins prompt à terminer sa léga- l'air; ce qui effraya d'autant plus les Pères

tion par une; œuvre qui lui aurait attiré à un du concile que la mort s'approcha de plus

tel point la colère de Charles V. près : car ils virent périr de ce mal, trois

Bien plus je trouve (1) que le môme empe- jours après la session, l'évêque de Capaccio

reur, qui a dû mieux connaître ces événe- et peu auparavant le général des mineurs,

raents que Sarpi, attribua la translation, non avec quelques membres de la suite des légats.

au cardinal del Monte, mais bienà Cervini; C'est pourquoi, la crainte de la mort étant

et dans ses plaintes pleines d'amertume con- le plus irrésistible de tous les penchants des

tre le Pape, il ne parla pas d'un message de hommes, ils tournèrent leurs pensées vers le

ce genre, dirigédans ce but; il crut seulement départ. L'empressement devint encore plus

vraisemblable que les légats n'en étaient pas grand, lorsque le bruit de la contagion se fut

venus à une action d'une si haute importance répandu dans les lieux circonvoisins ; car dès

contre la volonté de leur prince. loi's il fut question de défendre toute commu-

Enfin si les légats avaient reçu une commis- nicafion avec Trente et de couper aux Pères sion si précise, se seraient-ils jamais hasar- toute rciraite à l'avenir. Cet événement piondés à l'exposer à l'incertitude de la majorité goa les présidents dans les pensées les plus des suffrages sans même avoir voulu paraître sombres. Il leur parut qu'ils n'auraient ja favoriser plus un parti que l'autre , soit par mais une occasion ni plus favorable ni plus la prépondérance de leur propre opinion, soit excusable de transférer ailleurs le concile, par l'impulsion de leurs conseils, jusqu'au inesure qu'ils croyaient importer beaucoup à jour où ils furent interrogés là-dessus par l^i sûreté de l'Eglise, comme on l'a démontré, les Espagnols eux-mêmes; et sans avoir Outre cela, ils voyaient que si le concile resmême fait connaître la faculté que le Pape tait là, il serait impossible d'y retenir d'auleur avait laissée, il y avait longtemps, d'en très membres que les Impériaux, qu'y enchaîvenir à la translation, jusqu'au jour où so- nait une crainte plus forte que celle de la Icnnellement, dans la session, plus des deux contagion, la craisUe de Charles; qu'ainsi ou tiers se prononcèrent pour ce sentiment , le concile serait regardé comme dissous, au quoiqu'ils ignorassent cette circonstance ; grand déshonneur et au grand détriment de ignorance qui enleva au décret beaucoup de l'Eglise, ou il serait regardé comme él.mt en suffrages, comme on !e verra? Et ce qui est pleine vigueur, coque les Impériaux ne manencore plus évident, s'il en avait été ainsi, queraieut pas de prétendre; que dans ce derauraient-iîsjamais déclai'équ'iisne voulaient nit^i' cas, il arriverait aussi bien pour les défaire que ce que voudrait la majorité, et qu'Us libérations qui auraient lieu du vivant du étaient disposés à rester à Trente avec les Pape, que pour les événements qui survienautres? Et après que l'opposition eut triom- draient après sa mort; l'empereur serait le phé dans une première congrégation, l'au- maître de toutes les résolutions qu'on adopraient-ils exposée de leur propre volonté au terait. Ils écrivirent donc au Pontife, comme hasard incertain et variable d'une seconde , nous l'avons dit, à la première apparition de et ensuite de nouveau encore aux suffrages la peur (1], lui demandant ses oi'dres, si le d'une session solennelle, connaissant bien mai continuait, et espérant qu'ils auraient le d'ailleurs les efforts signalés que faisaient temj)s de les attendre. Mais ensuite s'aperdans un sens contraire les Impériaux? Il est cevant qu'on éUnl menacé de voir interdire si faux que les légats eussent de quelque les connnunications , que beaucoup d'évêmanière que ce fût l'ordre d'agir ainsi, qu'au ques étaient déjà partis non pas avec leur contraire ils aimèrent mieux exposer même permission, comme le raconte Sarpi, mais une seconde fois l'affaire aux futurs suffrages i*ien quelques-uns sans la demander, et tous des Pères, contrairement à leurs instructions sans^l'obtenir, ainsi qu'ils le déclarèrent euxet aux risques de voir révoruer la première niêmes ensuite dans la congrégation génédécision, que de découvrir 'a faculté qui leur l'^le (2); et de plus n'ignorant pas que beauavait été envoyée de Rome, avant d'être cer- coup d'autres ne pouvaient plus être retenus , tains du concours de la majorité, ou que d'é- i's résolurent d'user des ordres précédents, tablir le décret autrement que de la manière ordres tout frais et réitéré-;. Ces ordres (3) la plus irréprochable. Et cela était parfaite- lf"i" prescrivaient de procéder à la translament d'accord avec tous les ordres précédents tion dans le cas où la majorité y consentirait, du Pape sur cette matière, ordres que j'ai vus et où ils verraient eux-mêmes le Siège aposet déjà rapportés. tolique menacé de quelque préjudice grave,

Cependant Sarpi sans aucune preuve et sans avoir même le témoignage d'Adrien , (!) Le 5 mars 1547, dans les Mémoires de Massa-

historien si hostile à Paul III, affirme ce fait rclli.

., , . (2) Le 9 mars.

1 ) Cela paraît par une lettre do Verallo au caidi- (3) Cela paraît par des lettres du cardinal Cervini à

nal tarnese, du U avril , qui sera citée plus lard. MalTée, des 25, 26 cl 9S) ma"'; \Z!,7,

tel qu'aurait élé, selon eux, de voir subsister un concile composé de membres dont Tempercur aurait l'âme et le cœur. Ce que j'ai à raconter est appuyé sur des témoignages indubitables tirés, et des Actes qu'a "écrits de son propre mouvement Massarclli, secrétaire du concile, et que m'a procurés obligeamment, avec d'autres papiers dont il était singulièrement jaloux, le prince Nicol.is Lodovisi, dans l'intention de coopérer à la défense de cette sainte cause, et des écrils authentiques conservés dans le château de S.-Angi'.

5. Les légats se mirent donc sérieusement à l'œuvre. Afin de bâtir sur de solides fondements, ils demandèrent d'abord l'avis des hommes de l'art sur la maladie régnante : il y avait là deux médecins étrangers très-célèbres (1) : le premier, BahlninoBalduini de Barga, attaché à la maison du preiDier légat ; l'autre, Jérôme Fracaslor de Vérone, qui avait été envoyé comme médecin du concile,

at /mi niToi» It «ArM. ( ■% t : » ^ ,1.. „I ,1 '

déclarèrent deux choses : la première, qu'ils ne voulaient conseiller rien aux Pères, se contentant de mettre à exécution ce que voudrait la majorité; la deuxième, qu'ils consentiraient à tout, excepté à dissoudre le concile. Autant que je puis en juger, s'ils avaient ce dernier parli tant en horreur, c'est surtout parce qu'ils ne voulaient pas perdre ce rempart qui rendait impossible ce que tramerait tout concile national : car, dans cet état de choses, il n'était pas permis aux évéques d'Allemagne de s'assembler pendant qu'ils étaient obligés de se rendre au concile œcuméiuque encore existant; ( t ..'c plus les questions de dogmes et de disciijline, qui se traitaient dans ce tribunal supréuic, ne pouvaient pendant ce timps-là être légitimen.ent réglées dans une autre assemblée inférieure.

7. Le cardinal do Jacn, auquel, en l'absence des deux mnbassad-iirsimpériaux aiiisi quedu

rue l'élite de plusieurs provinces, les uns, pour lui offrir leurs services, les autres, pour avoir le plaisir de le voir , il ne fil attention à personne; mais que le cardinal Madrucci lui ayant seulement montré Fracastor, il arrêta sa marche au milieu de la poussière, et à l'ardeur du soleil, pourleconsidérer. Ces deux médecins convinrent que la maladie présentait des signes de contagion et des symptômes de peste qui se développeraient ensuite , lorsque la température serait plus chaude , et que les personnes nobles et délicates y se

dans les délais , rependit que la délibération présente était des plus importantes et des plus ardues; qu'il s'agissait de savoir quand et coiiment les conciles doivent être transférés ; qu'il ne savait pas s'il était même permis de traiter celte question , sans consulter le Pape etl'empereur, à la demande et parles soins de qui le concile avait élé assemblé; bref,^ qu'il confossait n'avoir pas assez de lumières, assez de science pour pouvoir décider inopinément ce que la raison et le droit demandaient qu'on fît dans cette circons-

^i 4u». n a ij>,i3uiiin;a iiuuii;» ri ueiicait's y se- ■"'—•«iiviuiv,iii, jju un m, udiis cciio circous-

raient plus exposées que les autres. C'est tance; qu'ainsi il jugeait qu'il était con-

pourquoi Fracastor protesta qu'étant venu ^cnable de lui accorder, et aux autres comme

là pour remédier aux fièvres et aux autres ^ '"'' l'espace de quelques jours pouréludier

maladies ordinaires, mais non à la peste, son service cessait.

6. Cela supposé, les légats, dans la congrégation du neuf mars, après que chacun eut émis son opinion sur le dogme de l'Eucharistie qu'on avait à examiner, rendirent compte aux Pères de ce qui se passait, ajoutant que douze évéques étaient partis les uns sans en demander la permission , les autres après l'avoir demandée sans l'obtenir, se croyant tous bien excusés par la nécessité de

la matière et y réfléchir; mais que s'il fallait répondre sur le champ, il lui semblait qu'on ne devait rien changer avant de connaître la volonté du Pontife et de l'empereur. L'opinion du cardinal fut embrassée par ceux de son parti et par deux ou trois autres, au nombre en tout d'environ quinze. Le reste de l'assemblée fut d'avis qu'on pourvût en toute diligence à sa sûreté. Ceux-ci disaient que, pour avoir une raison légitime de partir , il suffisait d'avoir, non une preuve, mais un

v,.wju..v vwuo uivii t-A.<.unc> iJdi la iiutussiie ae ""■■■■^"•^ ^«.v^n , in^n uiiu piL'uve, mais un sauver leur vie. Ils ajoutèrent qu'un plus grand S'^P'p soupçon de peste; que ce soupçon était

nombre se préparait aussi à partir, et qu'ils avaient eu beaucoup de peine à les faire rester jusqu'à ce qu'on en eût informé la congrégation générale. C'est pourquoi les légats

(1) Dniis la 2' pnrlie dos Aclcs du concile de Trente, sous Paul III, 01 dans le 2" volume luaiqué A, on verra la tiu el la reI;>tioii Je la transialioii adressée par le concile de Bologne au Poniife.

(2) f Le C. Beiiilio lui écrivait de Rome 1546: Voire nom est bien grand, bien accueilli cl bien révéré dm toute celle cour, et même parlottt oii il y a des hommes vertueux el savants. Voyez d'aulres élo'cs de ce grnnc' niéilcciu, (jui élail ;iiissi grand poêle, dans le 1" tomo de ses Œuvres, réimpritrées à Paàoui'. eu 1759. el dans le lome 2, pai-es lO-'i el siiiv.

(3) Dans la Vie de t^ac istor, à h îèle de ses Œuvres, page 20 ; ae l'édilion de Padoue, page 28.

capable d'interrompre toute communication avec les environs , communication sans laquelle on ne pouvait vivre à Trente; que chacun devait se rappeler que l'année précédente deux personnes seulement étant mortes de la peste à Rovèrc , lieu dépendant de Trente, aussitôt toute communication avec le dehors avait élési sévèrement interdite que plusieurs évéques , qui étaient sortis par hasard et encore à temps de cette ville, ne trouvèrent pas un gîte pour passer la nuit, et furent contraints de dormir en hel air au risque de perdre la vie. Cependant les sentiments furent partagés sur la détermination

m Cela paraîi pnp uiie lettre du cardinal Cervini à Maffee, le 2U mars 1547.

au'on devait prendre : celui-ci proposait de chrétiens pour assembler ce concile ? Au point suspendre le concile , celui-là de permettre qu'après la convocation, et mcnae depuis Tarde partir à quiconque le demanderait ; l'un rivée des légats , la sienne et celle de quelde transférer l'assemblée dans un lieu voisin, qucs aulres évêques , on avait été réduit, l'aulre de la transférer également, mais après comme un vaisseau sur ses ancres, d'allandre avoir auparavant obtenu le consentement du plusieurs mois avant de marcher. Quelle se- Pontife Pacheco voyant que la majorité se rait l'indignation de ces princes zélés en nrononcail pour le départ, voulut y opposer voyant perdre , par ce départ hors de saison, une di<^ue au moins pour un temps, en de- le fruit de tant de fatigues? Bien plus l'indimanda'îit de nouveau la prorogation. Le car- gnation serait universelle dans toute la chrédinal dil Monte y consentit volontiers, afin tienté,surtouten voyantqu'iln'yavaitaucune nue ie lendem.iin le temps qu'on aurait eu raison qui légitimât tant de confusion et tant de refléchir donnât aux opinions et plus de désordre ; que l'unique prétexte dont on d'autorité et plus de fermeté. C'est là le ré- s'autorisait, c'était la fièvre maligne jointe au suit- 1 '1.^ la passion ; toujours ennemie de la pourpre, ce qui annonçait une peste , et que fin qu'elle se propose, elle jette souvent dans néanmoins il avait appris des curés que fort l'erreur ctux qui'la consultent : car , voulant peu de personnes étaient mortes de cette maraeltre beaucoup trop tôt le toit à l'édifice, ladie; que, dans lu paroisse de S.-Pierre, palis en construisent les murs si faibles, qu'ils roisse très-populeuse, il n'en était pas mort servent non à consolider la maison , mais à plus de deux, un enfant et un hydropique , hâter sa ruine. depuis le commencement du mois; que, dans PHAPITRE XIV toute la ville, il y avait moins de quarante • malades, et que parmi eux il y en avait à peine Seconde congrégation générale dans laquelle cinq attaqués delà maladie qu'on redoutait ; on délibère sur la translation. qyg [q concile pouvait s'éclairer en députant 1. Ainsi le matin du jour suivant , les Pè- quelques évêques pour examiner le fait; qu'il res s'assemblèrent de nouveau. Le premier était peu touché du témoignage des deux mêlé «^at dit que son collègue et lui avaient ré- decins étrangers ; que les médecins du pays fléchi sur les divers sentiments émis dans pensaient cliiiéremment, et qu'ils avaient rel'assemblée précédente; que, parmi ces sen- fusé d'adhérer au sentimentdes autres, quoitiments,ils n'approuvaient pas celui qui se qu'ils en eussent été priés par Fracastor.Qu'aprononçait pour la suspension , parce qu'au près tout, quoi qu'il en fût, il n'était pas permis fond ce serait une dissolution lacile qui pri- de transférer d'un lieu à un autre les conciles, verait l'Eglise des fruits qu'elle relirait déjà, sans l'assentiment unanime de tous les Pères, et quelle espérait retirer encore davantage comme l'enseignait le cardinal Jacobatii, qui du présent concile qu'on avait eu tant de avait écrit sur cette matière tout récemment; peine à réunir ; qu'ils n'approuvaient pas que cet assentiment n'avait pas lieu dans le non plus qu'on laissât à chacun la liberté de cas présent ; que pour lui, il s'opposait à cette partir, parce qu'il* voyaient tant de Pères proposition ; qu'il ne formait pas celte oppodisposés à en profiter, qu'il en résulterait sition seulement de la bouche qui devient réellement un départ général; qu'en consc- bientôt muette, mais dans un écrit qui parle quence, si on avait à abandonner Trente toujours ; qu'ainsi il consignait son senli- ( comme la majorité le voulait) , le meilleur ment sur un billet qui en perpétuerait à japarti, suivant eux, était celui de la transla- mais le souvenir. Il concluait qu'il ne fallait tion; que cependant il y avait beaucoup de rien changer, qu'on ne connût la volonté du considérations à faire avant d'arêter le choix Pape et de l'empereur, et que les Pères poudulieu; qu'il devait être tel que, dans cette valent bien compter qu'ils ne voudraient pas la émigration imprévue , on n'éprouvât aucune ruine de ce sacré sénat, difficuilé à être reçu ; qu'il ne devait pas être 3. Les légats répondirent en peu de mots à trop loin, pour la cômmoditédespréiats qui de- ce discours du cardinal Pacheco. Ccrvini dit vraients'y transporter, etcelle<ies Allemands que les faits attestés par les deux médecins qu'on étaitobiigéd'y inviter; qu'il devait être étrangers étaient incontestables; qu'éclairés|et pourvu d'assez vastes habitations pourleslo- indépendants , connue ils étaient, leur avis ger,de vivres en assez grande abondance avait plus de poids que celui des médecins du pour les nourrir, d'un air assez sain pour leur pays ; que le concile ne s'était tenu à Trente conserver la vie. Il montra que la seule ville que pour y attirer les Allemands, considéra- . de Bologne remplissait toutes ces conditions, tion qui n'existait plus, puisque les protesqu'ainsi elle était une l'ésidence très-propre tants avaient déclaré depuis dans deux diètes à la tenue du concile. qu'ils ne le regardaient pas comme légitime, 2. Le cardinal Pacheco raisonna tout diffé- et qu'ils ne voulaient point y prendre part; remuient. Il dit qu'il avait parcouru à la hâte que les catholiques s'étaient excusés tant sur ce que disent les auteurs de la translation des la guerre qui les empêchait de venir, que sur conciles ; qu'ils la renvoient à l'autorité seule l'hérésie dont ils craignaient les partisans, et du souverain Pontife; qu'ainsi , il ne voyait qu'alors plus que jamais, on perdait l'es— pas comment les légats pouvaient d'eux- poir de les y voir , puisque la peste qui ramêmesnon pas la réaliser, mais mêaie la met- vagcait l'Allemagne en interdisait l'accès. Il tre en question et la discuter. Qui ne savait ne put s'empêcher d'ajouter, peut-êlre avec pas combien il avait fallu de peine et d'à- plus de franchise que de finesse, qu'il y avait dresse à l'empereur et aux autres princes encore d'autres raisons qui engageaient à la

translation ; mais le cardinaldel Monte reprit nication avec Trente, et que l'impossibilité de la matière de plus haut, et répondit qu'en partir aurait rendu inutile toute délibération, vainonrevoquaiten doute le nombre dos décès ou que Charles, informé de ce dessein, s'y sequand on voyait les cimetières fraîchcmentre- rait opposé par voie de menaces ou de promues et le terrain aplani , atin que la muîli- testations violentes. On jugea donc plus à tudedes nouvelles toiiibesnedécelât pas colles propos que chacun répondit à cette poposides personnes récemmentinhumées;quedans tion de son propre fonds et dans les termes le même but, l'autorité avaitaussi défendu les plus libres que lui suggéreraient les Iule son funèbre des cloches ; qu'on conduisait mières de sa conscieice. secrètement et de nuit les cadavres à leur 5. Le cardinal Pa(beco, voyant que ses audernière demeure, d'où il arrivait que, trom- très raisons étaient détruites par les réponpés par cet artifice, les citoyens ignoraient le ses du président, ne cessa pas de résister, à danger qu'ils couraient, et se mettaient moins l'aide de celle qui lui paraissait être demeuen peine de le fuir; qu'on ne pouvait compa- rée intacte, et il ajouta que les canonistes, rer ces médecins à la douzaine avec Fracas- réservant coumie spéciale à l'autorité du Pape tor, le chef de cet art en Italie; qu'outre cela, la translation des conciles, ne l'appropriaient on n'ignorait pas que même les médecins de pas, par conséquent , à la juridiction des lé- Trente étaient disposés à signer contre son gais; qu'ainsi ces derniers n'ayant pas làécrit, s'iîs n'en avaient été détournés par les dessus d'ordre particulier, la procuration gésoins empressés d'autres personnes; que peu nérale ne leur suffisait pas. A Pacheco s'uimportait que l'ordre du Pape n'eût pas pré- nirent, excepté deux, ceux qui s'étaient unis cédé; que sa Sainteté se fait représenter par à lui dans la congrégation précédente; beaules légats , pour qu'ils suppléent à son éloi- coup d'entre eux, pour laisser à Charles un gnement et terminent en même temps les dé- monument qui rappelât à jamais les efforts libérations de concert avec la majorité des qu'ils avaient faits, donnèrent leur sentiment Pères, ce qu'il convenait surtout de faire surdos billets qu'ils signèrent. L'évêque de dans les cas inopinés et où le délai serait Badajoz surtout, dans un billet fort long, lâdangeroux ; que quant à la prétention de ceux cha de démontrer que le concile ne pouvait qui disaient qu'il fallait, pour la translation être continué ailleurs qu'à Trente, à cause des conciles, un accord universel et sans op- des Ailemanils; il exposa la nécessité de le position, elle n'était fondée ni sur le texte de continuer, en disant qu'on n'avait statué que la loi, ni sur le consentement des auteurs, ni sur une faible partie des dogmes et que sur sur une convenance de raison ; que si on une plus faible partie encore des formes à pouvait penser ainsi, c'était tout au plus faire, li présenta une foule de ces dernières quand on voulait la translation par pure fan- dont on aurait à s'occuper, mêlant celles qui taisie et sans nécessité : au reste, comment étaient possibles avec celles qui ne l'étaient faire croire que l'obstination d'un seul ait le pas, afin d'ennauimor par de spécieuses avandroit de retenir enchaîné entre les bras de la ces le zèle et l'espérance de ceux qui avaient mort le sénat entier de l'Eglise? le moins d'expérience.Il avait appris des alchik. Ainsi raisonna le premier légat. Peut- mistes et des chercheurs de trésors que, lorsque être sera-t-on surpris de ne l'entendre rien le bien qu'on se promet est grand, l'envie derépondre à la proposition qu'on avait faite de mesurée de le posséder en cache à l'esprit le nommer une commission de (|uelques évê- peu de vraisemblance. Enfin, les partisans de ques chargés d'exauîiner la vérité du fait et ce sentiment protestaient que, si les autres de faire ensuite leur rapport à l'assemblée, partaient sans raison, ils resteraient, eux, et Mais il me semble que s il garda le silence, qu'avec eux resterait l'autorité du concile, c'est qu'on ne pouvait ni repousser, comme il 6. Mais Cicala, évêque d'Albenga, et Pigfâllait, cette proposition sans exciter l'indi- hini, évêque d'Aliffe, le premier auditeur de gnalion elles run.eurs des Pères, et sans lais- la chambre, le deuxième auditeur de Rote, ser apercevoir qu'on n'était pas sûr d'eux, ni pensèrent que c'était à eux, comme canonisl'accepler sans p éjudice et sans danger; car tes du Pape, de réprimer de telles protestail paraissait vraisemblable que toutes les lions, qui portaient atteinte à l'autorité des lénations auraient voulu être également de la gats. ils rappelèrent donc que l'obligation de commission, et les Espagnols, si obséquieux ne pas abandonner, sans le consentement du pour l'empereur; et les Portugais, vassaux Pape, le lieu assigné par lui au concile, cesd'un roi très-lié avec lui; et les Français, qui, saitquandlemotifêtail notoire, et qu'il y avait I ignorant l'intention de leur souverain, ne sa- dai»ger à attendre. Beaucoup regardaient ce vaientquel parti prendre; et les Italiens, dont danger comme si imminent, qu'ils pressaient plusieurs étaient pareillement sujets de l'em- d'aller, sur-le-champ même, à l'église pour pereur, ou gouvernaient des diocèses qui dé- célébrer la session et pour y faire solennellependaient de iui. Et quoi qu'il en fût, pour ment le décret du départ, parti qui souriait troubler un grand vase d'eau, il suffit d'y mê- aux âmes timides , comme moyen de sortir 1er une faible quantité d'eau trouble; aussi, du danger, et qui ne déplaisait pas non plus pour constater les faits et apprécier les té- aux Espagnols , parce que la précipitation moignages, on aurait procédé avec lenteur et aurait ôté toute autorité à ce qu'on aurait sans s'entendre, et le jugement aurait traîné fait. Mais ce iw fut point l'avis des légats, qui en longueur. De cette longueur il serait ré- voulaient moins hâter le départ que le rendre suite, ou que les peuples voisins auraient, honorable; ni l'avis du cardinal Pacheco, plus pendant ce temps-là, interdit toute commu- désireux d'empêcher ce départ que de le cri-

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tiquer. C'est ainsi que quelquefois deux hom- naissant devant notaire l'attestation qu'il

mes, qui se proposent une fin différente, s'ac- avait écrite en particulier, y avait ajouté ces

coi'dent sur l'emploi du même moyen ; car ce paroles remarquables : Je jure sur ce papier

qu'il y a de pire pour la partie adverse n'est que, lors même qu'on me donnerait cent ccus

pas toujours ce qu'il y a de mieux pour l'autre, par jour, je ne resterais plus un mois à Trente ;

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