PRÉFACE
devaient faire de gros volumes où ils n*omissent rien de tout ce qui pourrait servir à renverser la foi caiholique ; mais ces ouvrages mêmes étant reniplis d'hérésies grossières , auraient eu peu de force pour corrompre l'esprit des fidèles, s'ils n'avaient auparavant élé trompés ei surpris par un grand nombre de libelles qui, soiis Tapparence de piété, ont inspiré l'erreur à quaniilé de personnes simples qui ne se défiaient de rien.
Les pères du concile œcuménique de Trente désirant donc, avec beaucoup d'ardeur, d'apporter un remède salutaire à un si grand et si pernicieux mal , n'ont pas cru que ce fût asspz de définir les points les plus iniporlanls de la doctrine catholique contre les hérésies de noire siècle ; mais ils ont jugé qu'il élail nécessaire de dresser quoique formule particulière et précise des principaux points de la loi, que Ions ceux qui, en qualité de pasteurs et de docteurs légitimes de l'Eglise sont obligés d'instruire les fidèles, pussent suivre dans toutes les églises particulières.
En effet , quoique jusqu'à présent plusieurs aient écrit de ces sortes de niatières avec beaucoup de lumière et de piété, ces Pères néanmoins o.d cru qu'il était très-important qu'il parût un livre qui fût fait par l'autorité du sacré concile, d'où les pasteurs et tous ceux qui ont soin de rinstruciiondes fidèles pussent tirer des maximes certaines et assurées pour les édifier et les instruire, afin que de même qu'il n'y a qu'un Seigneur et qu'une foi, il n'y eût aussi qu'une ïnême règle pour instruire les fidèles de la foi et de tous les devoirs de la piété chrétienne.
Or, quoique pour s'acquitter de ce dessc in comme il faut on soit obligé d'expliquer un grand nondjie de ch(!ses et de n'en omettre aucune de c^ lies qui sont nécessaires, il ne faut pas croire toutefois que le jconcile se soit proposé de renfermer dans un seul volume tous les points de la doctrine chrétienne pour les expliquer d'une manière subtile et relevée , et en établir et discuter les principes comme l'on fait dans
connaissons véritablement est si nous gardons ses commandements , la seconde obligation d'un pasteur, qui est une suite de la première, et qui en e§i comme inséparable , est d'appr.ndre en même temps aux fidèles qu'ils ne doivent pas mener une vie fainéante' et oisive, mais qu'ils doivent au contraire njarcher comme Jésus-Christ a marché, c'est-à-dire qu'ils doivent suivre en toutes choses la justice, la piété , la foi , la charité et la douceur. Car Jésus-Christ s'est livré lui-même pour nous afin de nous racheter de toute iniquité et pour nous purifier , pour se faire un peuple particulièrement consacré à son service et fervent dans la pratique des bonnes œuvres (Tit. 2, 14). Et c'est à quoi les pasteurs doivent exhorter les fidèles, et dont ils doivent les entretenir selon le commandement de l'Apôtre.
Enfin Noire-Seigneur ne s'élant pas conlenié de nous enseigner par ses paroles , mais nous ayant encore uiontté par son exemple que l'accomplissement de la loi et des prophètes dépendait de l'amour ; et l'Apôtre, depuis, nous ayant assuré que la cbarité'est la fin des-commandeinents et raccomplissement de la loi , il est visible que le principal soin d'un pasteur , et auquel il est plus obligé pjr le devoir de son ministère , doit ê.re d'exciter les fidèles à aimer et reconnaître la bonté infinie que Dieu a pour eux , afin que, brûlant d'une sainte ardeur pour lui. ils y tendent incessamioent cwmme au souverain bien, dont la possession ne paraît un l)onheur solide et véiitable qu'à celui qui peut dire avec le Prophète ( psal. 72 , 25) : Que désir ai- je au ciel, sinon vous. Seigneur, et qu'armai je dans la terre que vous seul? Voilà celle voiC excellente que l'Apôtre nous a voulu marquer lorsqu'il a renfermé toute sa doctrine et toutes ses instructions dans la charité qui ne finira jamais. Ainsi, soit que Ton propose quelque chose à croire , à espérer ou à faire, il faut lellemenl recommander l'amour que Ton doit avoir pour Nolrc-Seigneur, que cl;acun conuai-sse clairemeni que nos aciions ne peuvent être véritablement chrétien -es si la charité n'en
les écoles de théologie. Ce serait un travail presque cfet le principe , et si elles ne s'y rapportent comme
infini , et il est clair que ce n'est pas ce que le cou- à leur fin.
cile s'est proposé dans ce Catéchisme. Il a s "ulement Auresie, s'il est très-important d;;ns toute sorte de
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fidèles, et qui sont proportionnées à leur porlée; et C'est pourquoi il faut qne celui qui en est chargé sa-
aue l'on n'y traitât que ce qui est capable de secon- che qu'il doit avoir égard à Tàge de ceux qu'il instruit er le zèle des bons prêtres et des bons pasteurs, qui à leur manière de vivre et à leur condition , afin qu'il Tailleurs ne seraient pas suffisamment instruits des se proportionne à tous en toutes choses pour les gagner tous à Jésus-Christ, et faire voir qu'il est un lichoses dèle ministre et dispensateur de ses mystères, et qu«,
u ailleurs ne seraieni pas suinsamuieni lubiri points les plus importants de la religion. Cela étant de la sorte, il est de l'ordre des
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lérer et avoir toujours devant leurs yeux dans l'exercice de leur ministère, afin qu'ils sachent ce qu'ils doivent se proposer comme la fin de tous leurs desseins, de toutes leurs peines et de tous leurs soins, et par quel moyen ils peuvent phis facilement exécuter un si grand dessein.
La première obligation d'un pasteur eàt de se sou- \^nir continuellement que toute la science d'un chrétien est coin [irise dans ces paroles de Notre-Seigneur : Mon Père, la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul Dieu véritable^ et Jésus Christ que vous avez envoyé (Joan. 17, 5). Ainsi le principal soin de celui qui est chargé u'instruire les autres dans l'église doit être de faire en sorte qu'ils désirent ardemment 4e ne savoir (lue Jésus-Christ et Jésus Christ cruci-
j fié , et qu'ils soient convaincus et croient sincèrement qu'il n'y a point d'autre nouj donné aux hommes sur
I la terre par le(|uel ils puissent être sauvés, que celui
j de Jésus Christ , (|ui s'est lui même rendu l'iiostie de propitiation pour leurs péchés.
j Or« comme ce ^ui nous fait conoaitre que nous le
très, et qu amsi il ne lui est pas possible de leur inspirer à tous de suivre les mêmes règles de piété, ni de leur faiie des instructions dont ils'soient tous également capables ; mais que les uns étant encore comme des enfants nouvellement nés, les autres élan t comme dans l'adolescence, et commençant à croître en Jésus- Christ, les autres enfin ayant comme atteint un âge parfait, il faut examiner soigneusement qui sont ceux qui n'ont besoin que de lait, el ceux qui ont besoin (l'une viande plus solide, afin de leur donner à tous la nourriture de la parole qui leur est nécessaire pour forlifierpeu à peu leuresprii, jusqu'à ce qu'i/s parvienîienl à l'unité d'une même foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'un homme parfait, et à la maturité de l'âge et de la plénitude selon laquelle Jésus Christ doit être formé en eux (Eph. 4, 15).
L'apôtre S. Paul marque assez en sa personne qu'd est du devoir des pasteurs d'agir de la sorte, lorsqu'il dit qu'î7 est redevable aux Grecs et aux barbares, aux savants et aux ignorants (Rom, 1, 14). Car ei> parlant ainsi, il fait asse:^ couiiaîlre à tou& ceux oui
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sont appelés pour instruire les ndèles des mystères de la foi et des règl^ s des mœurs, qu'ils le doivent faire de lelle manière qu'ils proporlionnent ce qu ils leur di^eni à la poriée de leur esprit et de leur inieliigence ; de crainte qu'ayant saiislait, et pour ainsi dire rassasie d'une nourriture spirituelle l'espril de ceux qui sont plus avancés et qui ont le goût plus délicai, ils ne hissent mourir de faim les petits enfants, c'est à-djre les faibles qui n'en sont p;is capables, faute de leur rompre lo pain qu'ils demandent.
Mais surtout (pioiqu'il soit quelquefois nécessaire de s'abaisser jus(iu'aux cboses les plus communes et le? moins considérables; ce qui est assez pénible particulièrement aux personnes dont l'esprit est conlinuelleuient appliqué aux choses hautes et relevées , il ne faut pas néanmoins se rebuter ni laisser refroidir l'ardeur et le zèle qu'on doit :woir pour un si saint exercice. Car si le Fils du Père cierncl, qui est la Sagesse mèuje, a bien voulu descendre en leirc, et se revêtir de l'inlirmilé de i:otre nature pour nous y donner les préceptes d'une vie toute célesie, qui estce qui ne sera point forcé par l'exemple d'une si ardente charité à se faire peiit parmi ses frères, et qui, se conduisant à leur égard conmie une mère qui nourrit tendrement son enfant, ne ressentira pas pour le salut de son prochain les mêmes mouvements d'affection qu'avait S. Paul pour les Thessaloniciens , lorsqu'il désirait, comme il le dit lui même (1 Episl. 2, 8), de leur donner^ non seulement la connaissance de l'Evangile de Dieu, mais encore sa propre vie.
Or toute la doctrine chrétienne dont les fidèles doivent être instruits, est renfermée dans la parole de Dieu, soii celle qui est écrite, soit celle qui a été conservée par iradiiion. C'est pourquoi les pasteurs doivent s'appliquer continuellement à la méditation de ces deux sources de la vérité, et avoir toujours présent cet avertissement que S. Paul a donné à Tiinothée, et que tous ceux qui ont la conduite des âmes doivent prendre pour eux : Appliquez-vous à la lecture, à r exhortation et à l'instruction. Car toute écriture qui est inspirée de Dieu, est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger, pour conduire à la piété et à la justice, afin que r homme de Dieu soit parfait et parfaitement disposé à toutes sortes de bonnes œumes (1 Tim. 4,2;lTim. 3;2Tim. 3,16).
Mais parce (jue le nombre et la diversité des choses qui nous ont été révélées pour notre instruction est si grande, qu'il est bien difficile de les comprendre toutes, ou même, les ayant comprises, de les retenir si parfaitement, que l'occasion se présentant de les enseigner aux autres, ou les ait assez présentes pour les leur expliquer , nos pères ont irès-sagement réduit loute la doctrine de l'Eglise à quatie chefs, savoir au Synjbule des apôtres, aux sacrements, au Décalogue et à l'Oraison dominicale.
En effet le Symbole renferme ce que la foi nous enseigne de la coimaissance de Dieu, de la création du monde, de la providence avec laquelle il le gouverne, de la rédemption des hommes, de la récompense des bons et de la punition des méchants.
La doctrine des sacrements comprend celle des moyens sensibles par lesquels nous pouvons participer à la grâce.
Tout ce qui regarde les règles des mœurs et les lois, dont la charité est la fin, est renfermé dans le Décalogue.
Enfin tout ce que les hommes peuvent utilement désirer, espérer et demander, est contenu dans l'Oraison dominicale. El ainsi, ayant expli|ué ces quatre chefs, qui sont comme des lieux conmiuns de la doctrine de toute ri'xriture sainie, il restera peu de chose pour qu'un chrétien soit instruit de ce (lu'il est obligé de savoir.
Il est tontes les lois qu
3uelqu'endroit de l'Evangile ou de l'Ecriuire sau le, ils oivent èire pcrsuaùés que cet endiiui le q; *
donc à propos d'avertir ici les pasteurs, que es fois qu'ils se trouveront obligés d'explij uer
peut rapporter à l'un de ces quatre points de la doctrine de l'Eglise, auxiîuels ils doivent recourir comme à la source de sa dociriue, selon laquelle il fautexpliquer tontes cboses. Par exemple, s'il s'agit d'expliquer cet Evangile du premier dimanche de Pavent : Il y aura des signes dans le soleil et dans la lune, etc. (Luc. 21, 25), ils trouveiont que ce qui regardi' cet F.vangile esi renfermé dans cet arlicle du Symbole : // viendra juger les vivants et les morts. De sorte que se servant de ce qui aura été dit sur cet article dans ce Catéchisme, ils expliqueront aux fidèles en même temps et leSymbolc cl TEvangile. Ainsi quoi que ce soit qu'ils enseignent ou qu'ils veuillent expliquer, ils le rapporteront toujours h un de ces quatre chefs de la doctrine chrétienne, aux(|uels, comme nous avons déjà remarqué, se réduit tout ce que l'Ecriture sainte nous enseigne et nous prescrit.
Po'.ir ce qui 05^1 de la manière dont ils traiteront ces choses, ils choisiront celle qui leur semblera plus convenable aux personnes et au [temps. Mais l'on a cru qu'il était à propos de commencer le catéchisme par ce ({ui regarde- la foi, puisque c'est suivre l'ordre qu'ont gardé les Pères de l'Eglise, qui ont toujours commencé .^ instruire des vérités de la foi ceux qu'ils disposaient à faire profession de la religion de Jésus-Christ, qu'ils insiruisaient de ses maximes et de sa morale.
Mais il faut prendre garde que quoique le mot de foi se prenne diversement dans l'Ecriture sainte, il se doit prendre ici pour ce mouvement par lequel nous acquiesçons pieinement à tout ce qui nous a été révélé de la part de Dieu. Or il n'y a personne qui puisse raisonnablement douter que cette foi ne soit absolument nécessaire pour le salut, puisque l'Apôtre dit qu'il est impossible de plaire à Dieu sans la foi. (Hebr. 11. 6.)
En effet, comme la fin qui est proposée à l'homme pour sa béatitude est si élevée au-dessus de lui, qu'il ne la peut connaître par la seule lumière de son propre esprit, il fallait absolument que Dieu même lui en donnât la connaissance. Or cette connaissance n'est rien autre chose que la foi même, qui est une vertu qui fait (jue nous recevons et embrassons sans hésiter tout ce que l'Eglise, notre très-sainte mère, déclare avoir été révélé de Dieu ; ne pouvant douter de la vérité des choses qu'il enseigne, puisqu'il est la vérité même ; d'où il est facile de comprendre la différence qu'il y a entre la soumission que nous avons à la parole de Dieu, et la déférence que nous avons pour les historiens profanes.
Mais quoique la foi ait beaucoup d'étendue, et qu'elle soit dil'érenie dans ses degrés comme dans sa grandeur et dans sa qualité, ainsi qu'il paraît par ces différentes expressions de l'Evangile : Homme de peu de foi, pourquoi avcz-vous douté? femme, votre foi est grande ; augmentez-nous la foi. Seigneur ; la foi qui n'a point les œuvres est morte en elle-même ; il y a une foi qui est animée de la citarilé (1) , elle est néanmoins eu~ soi d'une même espèce, ( t la même définition convient également à tous ces divers degrés de loi. Pour ce qui est des fruits qu'elle produit et de l'utilité que nous en lirons, nous en parlerons en expliquant les articles du Symbole.
Ce qu'il faut donc premièrement savoir et croire distinctement, ce sont les vérités que les apôtres , qui sont les principaux prédicateurs de la foi, oui renfermées, par l'inspiration du S. -Esprit, dans les douze articles du Symbole. Car Notre-Seigneur leur ayant ordonné d'aller par tout le monde en (jualité de ses ambassadeurs, et de prêcher l'Evangile à tous les homine>, ils crurent qu'ils devaient dresser une formule de foi, afin que tous ceux qui auraient reçu la même foi n'eussent aussi qu'un même 1 ngage, et ne souffrissent jamais parmi eux de divisions ni de scliis-
i; soti.
(I) Matth. 14, 31 2. .7 Cal. .•), ti.
Mattii.15,28; Luc. 17,5; Jac
mes, mais qu'ils fussent tous unis dans un même csi)ril et dans un même sentiment. Or les apôtres appelèrent celle profession de noire foi et do notre espérance, qu'ils avaient eux mêmes dn^sscc, le Symbole; soit à cause qu'elle est composée de divers articles que chacun d'eux avait f;»ils, et donl ils n'avaient dressé qu'une formule; soit parce qu'ils avaient des-
PÂr.T. L DU SYMBOLE DES APOTUES. no
sein de s'en servir comme d'une marque par laquelle
duisaient par surprise dans l'Eglise, et ^se glissaient couvertcment parmi les fidèles pour les corrompre.