QUI A ÉTÉ CONÇU DU SAINT-ESPRIT ; QUI EST NÉ DE LA VIERGE MARIE
On peut aisément connaître par ce qui vient d'êti e dit dans l'article précédent que Dieu a fait une grâce
sainte Trinité qui ail opéré le mystère de rincarnaliou. H est vrai que le Fils seul a pris la nature humaine, mais il est vrai aussi que les trois personnes de la sainte Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esjjrii, ont contribué égalemenl à ce mystère. Car c'est une vérité constante de la foi que tout ce que Dieu fait dans les créatures et hors de lui-même est coininun aux trois personnes; en sorte que l'une n'y contribue pas plus que Tanlre et n'agit jamais sans Tautre, n'y ayant que la manière dont une personne procède de l'autre qui ne leur est pas commune. Car le Fils seul est engendré du Père, et le Saini-Esprit seul procède du Père et du Fils. Mais pour tout le reste de ce qui est produit par elles hors d'elles-mêmes, comme l'incarnalion , elles y contribuent toutes trois également.
Cependant, comme l'Ecriture sainte ne laisse pas d'altribuer assez souvent à une de ces personnes ce qui est commun à toutes les trois, comme la toute-puissance au Père, la sagesse au Fils et l'amour au Saint- Esprii ; c'est ce qui fait que le myst<V-e t.Mit divin de rincarnation, étant un effet très-.^inguliei de la bonté et de la charité infinie de Dieu envers les hommes, est attribué particulièrement au Saint-Esprit.
Il faut observer qu'il y a dans ce mystère des choses qui Surpassent l'ordre de la nature et d'autres qui
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ironi (les elTols de la nnlure même. C:ir lorsque nous «Toyons que le corps de Jésus Clnisl a été formé du l^ès-pur saiii; de la Vierge, sa n.ère, eu cela u us reeouuaissons l'ouvrage de la unliue, puisque les corps de tous les hommes soûl formés du sang de leurs uïères. Mais ce qui. est au dessus de Tordre de la uaturc et qui surpasse I:» cnpaciléde Tespril humaiu, c'est que la bieuhetireuse Vierge n'eut pas plus lot donné son cons^plement aux paroles de l'ange, en lui disant (Lue. i,ZS) : Je suis la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole, que le corps de Jésus-Chrisl fiit formé dans son sein; son âme ayarnl l'usage de la raison fui unie à son corps, et il fut dans un même moment Dieu el homme parfait. Car personne ne peut douler que cet ouvrage lonl exiraordinaire cl tout admirable ne soit l'Ouvrage du Saint-Esprit, puisque, sel'iu les lois de la ualure , le corps ne peut être animé d'une àuïe raisonnable qu'après un certain temps qu'elle a prescril.
Mais ce qui est encore dans ce myslère digue d'une extrême admiration , est (;ue Tàme de Jésr.s-Chrisl ne fut pas plus loi unie à sou coips, ([ue la divinité lui fui aussi en même temps unie. De sorle que de même que le corps fut aussitôt animé que formé, la divinité fut aussi au même instant uiiie au corps et à l'âme. Ainsi, comme on Ta déjà dit, Jésus Clirisl fut dans le même momcril vérilab'ement Dit'» et homme parfait, et la sainte Vieige vériiabtemenl et proprement mère d'un Dieu-homme, ayaM au même instant conçu un Honune-Dieu. C'est ce que l'ange lui marqua lorsqu'il lui dit (Luc. i , 31 ) : Vous concevrez dans votre sein , et vous enfanterez u)i Fils à qui vous donnerez te nom de Jésus ; il sera grand , et sera appelé le Fils du Très-Haut. Et c'est ainsi que révénemcnt a confinné €3 qu'Isaïe avait prédit ("7, 11) qu'une vierge concevrait el enfanter ait un fils. SaiiUe EIisab( ih nous a découvert aussi celle verilé , lorsqu'éiant remplie du Sainl-E'-pril, elle s'écria dans la coniiaissr.nce qu'elle eut de la conception du Fils de Dieu (Luc. i , -43) : D'où me vient ee bonheur que la mire de mon Seigneur vienne vers moi? Le corps de Jésus-Christ n'a doue pas seulement été formé , consme nous venons de le dire , du plus pur sang de la irès-sainle Vierge par la seule vertu du Sainl-Esprit, et sans Topéraliou d'aucun homme; mais encore il ne fut pas plus tôt conçu que son âme fui remplie de toute la plénitude du Sainl-Esprit , et I qu'elle reçut l'abondance de tous les dons de la grâce. Car, comme dit saint Jean (3, 54), Dieu ne lui donna pas ?on Esprit par mesure,aiusi qu'atix aulres hommes qu'il sanclifie par sa grâce , mais il répandit dans son âme toutes sortes de grâces avec une si grande abondance , que nous avons tous reçu de sa plénitude. Or, quoi(iu'il ait reçu le même Esprit par lequel les saints i deviennent les enfanis adoplifs de Dieu , il n'est pas j néanmoins permis de lui donner ce nom. Car comme : il est Fils de Diiu par nature, ce serait une erreur de i croire que la grâce de l'adoplion , ou que le nom ! d'enfant adoplif lui peut en (pielque manière convenir. Voilà ce qu'on a jugé à propos de représenter tou- 1 chant le mystère admirable de la conception du Fils I de Dieu. Mais, afin que les fidèles en puissent profiler, il faut (ju'ils aient toujours présent dans leur mémoire, I et qu'ils repassent conlinuellement dans leur esprit' que c'est un Dieu qui s'est h\l homme; que la manière I dont cela s'est fait ne peut ni se concevoir par Tespii!, ni s'expliquer par des paroles ; et que ce n)ême Dieu n'a point eu d'autre dessein, en se faisant homme, que d'hommes charnels que nous sommes, nous faire devenir enfants de Dieu.
Que s'ils fout une sérieuse réflexion sur ces vérités et sur tous les mystères renfermés dans les premières paroles de cet article que l'on vient d'expliquer , ils seront persuadés qu'ils les doivent croire fermement, et les adorer avec humihté de cœur, sans vouloir chercher à les pénétrer par un esprit de curiosité; ce qui ne se peut faire sans péril presque iiiévilable de se perdre.
§ 2. Qui est né de la vierge Marie.
Ces paroles font la secoiide partie de cel article, el il faut que les past.urs les expliquent avec soin anx lidèlHS , puisqu'il ne suffit pas qu'ils vo eut que Jésus-Chrisl Noire-Seigneur a été conçu par l'opération du Sainl-!!ispril, mais encore qu'il est né de la vierge- Marie, et que c'est elle qui l'a mis au monde.
L'ange qui apporta le premier celle heureuse nouvelle aux hommes nous apprend avec quelb^ joit; ot quelle allégresso nous devons méditer sur la foi diî ce myslère (Luc. 2, 10) : Je vous apporte, dit-il, une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'nnegi'ande joie C'est ce que nous apprenons encore du cantique de louange qu'entonna celle troupe céleste d'anses qui se joignirent aux pasteurs au moment de la naissance de Jésus-Christ (Lue. 2, i4) : Gloire à Dieu, dirent ils, au plus liant des deux , et paix sur la terre aux liommes chéris de Dieu. En eflél la promesse solenuel'e que Dieu avait faite à Abraham lorsqu'il lui dit (|ue toutes les nations seraient bénies d^uis sa pos^ lérilé commença alors de s'accomplir, puisque Marre, que nous connaissons la mète de Dieu , et que nons honorons en celle qiialité. parce qu'elle amis au moH(ftî cette personne qui est Dieu et homme tout enseudde, a lire son origine du roi David, qui éiait de la race d'Abraham.
Il fiiut donc reconnaître qu'il n'y a rien que de divin dans la naissance de Jésus Christ, de même que da' s sa conception, qui est au-dessus de toutes les lois de îa nature. Car que peut-on dire ou penser de plus admirable que de voir uti homme naître d'une vierge, sans que sa virginité en soit en aucunes sorte intéressée? De sorte que de même que Jésus-Chrisl sortit ensuite du sépulcre sans rompre le sceau dont il était scellé, et entra après sa résurrection dans le lieu où élaieut ses disciples, les portes étant fermées; ou, pour ne nous point éloigner des effets sensibles dont nous sommes continuellement frappés , de n^ême que les rayons du soleil pé;iètrent le verre sans le casser on l^eudommager en aucune sorle; ainsi, et mêmed'mje manièie encore plus excellente , Jésus Christ sortit du sein de sa mère sans av(!Îr intéressé en aucune sorle sa virginité. Ce qui laii que nous honorons par de véritables et jusles louanges sa perpétuelle virginité et sa parfaite intégrité ; le Sainl-Esprit qui a opéré eu elle celte merveille par sa vertu l'ayant tellement prévenue dans la coticeptio;) el dans la naissance de Jésus-Chrisl, qu'il Fa n nduc féconde, et néanmoins l'a conservée toujours vierge,
S. Paul ayant souvent appelé Jésus Christ le nouvel Adam , et l'ayant comparé avec le premier, parce que de même que tous les hommes sont morts en Adam , tous aussi revivent sj irituellemenl en Jésus- Chrisl , et que de même que c'est d'Adam que tous les hommes tirent leur origine quant à la nature, l'auteur de la grâce el de la gloire qu'ils espèrent nous donne lieu de comparer la mère de Jésus-Christ, quoique vierge, avec Eve notre première mère, et de faire voir que Marie comnse une seconde Eve a presque les mêmes rapports avec la première , que nous venons de voir que Jésus-Christ le second Adam a avec le premier. Car, de même qu'Eve en croyant le serpent a été cause de la malédiction el de la mort des hommes , Marie aussi , ayant ajouté foi aux paroles de l'ange , a été cause que Dieu a liéni les hommes , et les a vivifiés par sa grâce. Et de même que nous naissons, à cause d'Eve, enfants de colère , nous avons aussi reçu par Marie Jésus-Christ, par la grâce duquel nous renaissons enfants de Dieu ; enfin, au lieu que Dieu dit à Eve qu'elle enfanterait avec douleur, Marie au contraire a éié affranc hie fle cette loi pénible , étant demeurée parfaitententvierge, et ayant mis au moudesansaucune douleur Jésus-Christ le Fils de Dieu.
Comme cette conception et cette naissance de Jésfis- Christ devaient renfermer de si grandes njerveilles, il était de la providence et de la sagesse divine de les marquer par plusieurs figures, et par plusieurs signes
CATÊc:nis>n: nti con :ile de trente.
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ei prophélies. C'est aussi ce qui nous a c <î marque, selon le senlimeiU des sainls Pères, pnr la porie du sanctuaire qu'Ezéchiel vit fermée; par cette pierre dont parle Daniel, qiii,.'S'élani scp;irce d'elle-même d'une montagne sans que personne l'on eût coupée ,devint si grosse qu'elle parut elle-même comme une montagne, et qu'elle remplit toute la terre ; par la verge d'Aaron , qui fut la seufe parmi celfos des princes d'Israël qui fleurit; et par le buisson que Moïse vil tout en feu , sans néamnoins qu'il se consumai. (Exod. 3, 2.)
Pour ce qui est de Kliistoirc de la- naissance de Je* sus-Christ il n'esl pas Mccessaire de s'arrêter à la rapporler, puisque les pasteurs peuvent aisément voir ce que S. Luc en a écrit, lequel Ta rapportée fort au long. Mais leur principal soin doit être de faire en série que ces mystères qui sont écrits pour l'insiruciion des fidèlesdoieut forten»entimpiimés dans-leur esprit, afin,, d'un côlé, que le souvenir d'un si grand bienfait les excite à en rendre des a( ti(ms de grâces à celui qui en est l'auteur ;etque, de l'aulre, en leur [troposaut un exemple si admirable et si singulier d'humilité, ils seportent à l'imiler; car peut-il y avoir rien qui nous soit plus utile, et qui soit plus propre à réprimer l'orgueil et la vanité de noire esprit, que de considérer souvent que celui qui est adoré par les :.nges dans le ciel ait voulu naître sur la terre; qu'un Dieu se soit humilié jusqu'à ce point, que d'avoir bien voulu nous rendre participants de sa gloire, et se revêtir de notre misère et de notre infirmité; qu'il soit devenu un Iionune; et que cette Majesté souveraine qui, CDmme dit l'Ecriture (Job. 26, 4), fait trembler les colonnes du ciel à la moindre de ses paroles^ soit venue pour servir les hommes ? Puisque Dieu a fait toutes ces choses pour nous, qu'y a-t-il que nous ne devions Aiire pour lui témoigner noire soumission et notre reconnaissance? Et avec quelle salisfaction ne devons-nous point aimer, embrasser et accomplir tous les devoirs de rhumilité chrétienne?
Reconnaissons donc combien est salutaire la doctrine que Jésus-Christ nous enseigne par sa naissance, avant même qu'il puisse former aucune parole. 11 naît pauvre, il naît connue un étranger dans un lieu emprunté, il naîl dans une crèche et dans une étable, il naîl enfin au milieu de l'hiver. C'est ce que S. Luc nous apprend par ces paroles (2, 6, 7) : Pendant^ ditil, qiCils étaient en ce lieu-là, il arriva que le temps anquel Marie devait accoucher s'accomplit, et elle enfanta .<on fils premier-né, et Cayant emmailloté^ elle le coucha dans une crèche, parce quil n'tj avait point place pour eux dans rhôtelleric. Cel évangéliste pouvait-il parler «lans des ternies plus humiliants de celui dont la majeslé f«it la gloire du ciel et de la terre? Car il ne dit pas seulement qu'il n'y avait point de place dans l'iiôlellerie, mais même qu'il n'y en avait point pour celui qui proleste (psal. 23, 1) que toute la terre et tout ce qu'elle contient lui appartient.^ Et c'est ce qu'un autre évangéliste nous a marqué par ces paroles (Jean. 1, M): H est venu chez soi, et les siens ne font point reçu.
Nous devons faire souvent réllexion sur ces grandes vérités, et considérer en mên)e temps que Dieu n'a voulu se revêtir ainsi de la bassesse et de la fragilité de noire chair que pour nous élever h un très-haut degré de gloire. Car rien ne fait voir davantage l'excellence et la dignité où riiomme a éié élevé parce mystère, que de voir que le môme qui est véritablement Dieu est devenu véritablement honnue; en sorte qu'il nous est maintenant permis de nous glorifier, et de dire que le Fils de Dieu est formé de notre chair et de nos os, ce qui n'est pas même perutis aux esprits bienheureux. Car, connue dit l'Apôtre (llebr. 2, Ib), il ne s'est pas rendu le libérateur des anges, mais il s'est rendu le libérateur de la race d'Abraham.
Mais il faut bien prendre garde de ne pas tomber dans ce malheur par notre faule, que comme il ne trouva pas de lie«i où il |iil naître dans riiôtelleriede Uclhléem, il ne puisse aussi, niainteua: t qu'il n'est
plus en étal de naître selon la clialr, Iroiiver de place dans notre cœur pour y naître selon l'esprit. Car il souhaite ardemment d'y prendre cette naissance, dans le désir extrême qu'il a de notre salut. Et comme il a été fait homme, il est né, il a été sanctifié, et est devenu la sainteté même par un elTet de la vertu du S:>inl-Esprit, qui surpasse l'ordre de la nature : il hnl aussi que nous naissions,.non du sang ni de la volonté de la chaip, mais de Dieu même (Joan. i,-2, S); a(in que nous marchions comme une nouvelle créature dans la nouveauté de l'esprit, et que nous conservions la sainteté et la purelé du cœur, qui est convenable à des personnes- qui sont régénérées par TEsprit de Dieu. Car c'est en agissant de la sorte que nous pourrons exprimer en nous-mêmes une image de celle conception el de cette naissance loute sainte d^i Fils de Dieu, que nous devons croire d'une ferme foi, en admirant et adorant dans ce my<slére la sagesse de Dieu^qui y est cachée.