‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 189 sur 368 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

(^I A SOUFFERT sous PONCE-PILATE, A ÉTÉ CRUCIFIÉ, EST MORT, Bï A ÉTÉ MIS DANS LE SÉPULCRE.

L'apôtre S. Paul marque assez combien la connaissance de cet article est nécessaire aux fidèles, et que^ soin les pasteurs doivent avoir de les instruire, afin (ju'ils aient continuellement dans l'esprit le souvenir de la passion de Notre -Seigneur lorsqu'il proteste qu'î7 ne fait point profession de savoir autre chose que Jésus-Christ y,el Jésus-Christ crucifié (1 Cor. 2, 2). C'est pourquoi il faut apporter tout le soin el loute la diligence possible pour éclairer cet article autant qu'il le peut être, afin que les fidèles, étant excités parla considération d'un si grand bienfait, se portenl à admirer et à contempler avec toute rattention dont ils sont capables la bonté et la charité que Dieu a pour eux.

§ 1 . Qui a souffert sous Ponce-Pilale, a été crucifié,

L'Eglise nous propose de croire par les premiérci^ paroles de cet artfcle que Notre - Seigneur Jésus- Christ fut attaché à la croix lorsque Ponce-Pilale était gouverneur de la Judée sous l'empire de Tibère. Eu effet, après qu'il eut été pris, qu'on se fut moqué de lui, qu'on l'eut chargé de diverses injures et accablé de toutes soi tes de lourments, il fut enfin attaché à une croix, où il ne faut nullement douter qu'il n'ait ressenti dans la partie inférieure de son âme tous ces tourments qu'on lui fit souffrir, pnis(|u'il était vériiablemeni homme, et qu'il n'ait même souffert de trèsgrandes peines d'esprit qui l'obligèrent de dire ces paroles (Mallh. 26, 3S) : Mon àme est triste jusqu'à la mort. Car quoique la nature humaine fût unie à la Personne divine, néamnoins celle union ne la re-ndait pas moins sensible aux douleurs de la mort que si elle n'y eût point été unie : parce que la nature divine el la nature humaine ont tellement conservé dans celle union ce qui leur élail propre, que ce qui était passible el mortel en Jésus- Christ y est toujours demeuré passible et mortel; de même que ce qui élail impassible et immortel, savoir la divinité, y a toujours conservé ses admirables qualités.

Au reste, il n'est marqué si expressément dans cet article que Jésus-Christ a souflert au temps q«ie Ponce- Pilate était gouverneur de la Judée, qu'alin, d'ime part, de rendre cette vérité si importante et si nécessaire plus certaine et plus indubitable par la remarque de la circonstance du temps où il a souffert, ce que nous voyons que S. Paul a aussi fait dans son Epître à Timotliée; ei afin, de l'autre, de faire voir par l'événeinenl la vérité de celte prédiction ((uc le Seigneur avait faite lui niê.j.e (Mallh. 20, 19) : Ils le livreront aux genlils, afin qu'ils le traitent avec moquerie et avec outrage, et qu'ils le fouettent et le crucifient.

C'a été aussi par un ordre irès-parliculier delà sagesse de Dieu que Jésus-Christ a souffert la mort sur une croix. Car c'est qu'il a voulu que ce qui avait causé la mort fût la soture et Toi igine de l.a vie, et que lo serpent (jui avait vaincu no^ premiers i)cres par

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le Iriiii (Pnii arbre fût vaiiicu par Jésus -Christ sur Farbre de la croix.

On pourrait rapporter phisicurs autres raisons, que les saints Pérès ont irailécs^ fort an long, pour mon- Ircr qu'il était convenable que- le Sauveur du monde endurât le supplice de la croix préférablement à tout autre. Mais il sullit que les pas'.eurs fassent coiniaître aux fidèles qu'ils doivent croire que ce genrede mort a été choisi de Notre-Seigneiir,,paree qu'il lui a semblé le plus propre pour opcFer la rédemption des hommes, connne il est en effet le plus honteux et le pîns indigne de tous; le s\ipplice de la cnnx n'apnt pas seidement été regardé des gentils comme exécrable et loutà fait inlâme, mais même dans la loi de Moïse, où celui-là est, maudit qui est pendu au bois (Deut. 21,25).

Il faut donc que les pasteurs aient soin de rapporter aux fidèles Thisloire des souffrances de Jésus - Christ qui est renfermée dans cet article et que les saints évangélistes ont décrites si exactement, afin qu'au moins ils en sachent les principales circonstanees qui semblent les plus nécessaires pour confirmer )a vérité de notre foi. Car cet article est comme le fondement sur le<iucl est app;uyé la foi et la religion. §hréiienne. et étant une fois établi, tout le reste se prouve facilement.

En effet, entre les mystères de la foi il n'y en a point de plus difficile à croire que celui de la croix, ni auquel notre esprit ait plus de peine à se soumet- Ire, ne pouvant presque comprendie que notre salut dépende de la croix et d'un homme crucifié pour nous. Mais c'est en cela même que la souveraine sagesse- de Dieu doit être admirée, en ce que voyant que le monde avec la sagesse kumaine ne t avait point reconnu dansles ouvrages de sa sagesse divine^ il lui a plu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient en lui, (l Cor. 1, 22). Ainsi il ne faut pas s'étoimer si les prophètes avant l'avènement de Jésus-Christ, et les apôtres depui* sa mort et sa résurrection, ont eu tant de soin de persuader aux hommes qu'il était le seul Rédempteur du monde, afin de les réduire à Tobéissance, et sous la puissance d'un Homme-Dieu crucifié.

Aussi Dieu, voyaiit qu'il n'y avait rien de pbis éloigné de la raison humaine que le niystère de la croix, n'a point cessé, depuis le péché de nos premiers pères, de prédire la mort de son Fils tantôt par des figures . et tantôt par les oracles des prophètes. Car, pour ne dire qu'un mot des figures, il est certain qu'A bel, qui fut tué par l'envie de son frère, le sacrifice d'isaac, l'agneau que les Juifs immolèrent à leur sortie de l'Egypte, et le serpent d'airain que Moïse éleva dans le désert, ont été autant de figures de la mort et de la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et pour ce qui est des prophète.«i ; combien y en a-t-il qui l'ont prophétisée? C'est une vérité si reconnue -que ce serait perdre le temps que d'entreprendre de le montrer ; il suffit seulement d'observer ici qu'entre tous les oracles des prophètes, pour ne rien dire de David qui a marqué dans ses psaumes tous les principaux mystères de notre rédemption, ceux d'is.iïe sont si clairs et si évidents, qu'il est vrai de dire qu'il semble plutôt rapporter une chose faite que piédire Ec qui devait arriver.

§ 2. Est mort et a été mis dans le sépulcre.

Les pasteurs apprendront aux fidèles, en leur expliquant ces paroles, qu'il faut croire que Jésus-Christ, après avoir été crucifié, est véritablement mort, et a été mis dans le sépulcre, et que ce n'est pas sans raison qu'on leur propose de croire ces choses séparé- , ment et distinctement, puisqu'il s'est trouvé des persoimes (1) qui ont nié que Jésus-Christ eût expiré sur la croix ; ce qui a obligé les apôircs a opposer à leur erreur cette vérité de lu foi. El il est si constant que lésus-Christ mourut sur la croix, que tous les évangétisles marquent expressément qu'i/ y rendit l'esprit.

De plus, comme Jésus-Christ a été véritablement

(îi) Les gnostiqucs.

homme, il a pu aussi véritablement motirir, la mort n'étant autre chose que la séparation de l'âme d'avec le corps. C'est pourquoi lorsque nous disons que Jé- SMS-Christ est mon, nous entendons par-là que son âme a été séparée de son corps, sans reconnaître néanmoins que la divinité en ail é'é séparée. Car bien loin de cela, nous confessons au contraire, et nous croyons constamment, (ju'encore que son âme ail été séparée de son corps, la divinité a toujours été unie et à son corps dans le sépulcre, et à son âme dans l'enfer. Et Jésus Christ est mort parce que, comme dit l'Apôtre (llebr. 2, 10, et 14 et 15), H fallait que le Fils de Dieu mourût, afin de détruire par sa mort celui qui était le prince de la mort, c'est-à-dire le diable, et de mettre er liberté ceux que la crainte de la mort tenait dans une continuelle servitude.

Mais il y a ceci de singulier dans la mort de Notre- Seigneur Jésus-Christ, que non seulement il est mort quand il l'a voulu, et que sa mort n'est pas tant arrivée par la violence des tourments, qu'elle a été un effet de sa volonté; mais même qu'il s'est lui-même livré à la mort, et qu'il a lui-même déterminé le lieu et le temps où il devait mourir. C'est ce qui est évident par ces paroles d'Isaïe (53, l):lla été offert parce qu'il l'a voulu ;:el par celles-ci que Notre-Seigneurdil, parlant de sa mort avant sa passion( Joan. 10, 18): Je quitte ma me pour la reprendre. Nul ne me la ravit, mais c^est de nm-même que je la quille ; fui le pouvoir de la quitter,, et fai le pouvoir de la reprendre. Et lorsqu'Ilérode cherchait l'occasion de le faire mourir, il fit bien voir qu'il faisait lui-même le choix du temps et du lieu' où il devait mourir, lorsqu'il dit ( Luc. 15, 52 et 53)c Allez dire à ce renard : Je chasse les démons^ et je rend»' la santé aux nmlades aujourd'hui et demain, et le troisième jour je serai consommé par ma mort . Cependanti il faut que je continue à marcher aujourd'hui et demaiw et le jour d'après ;.car il ne faut pas qu'un prophète souf~ fre la mort ailleurs que dans Jérusalem. Jésus-Christ n'a donc rien fait ni souffert malgré bii ou par contrainte, maiS'il s'est offert de lui-même à la mort, étant allé au-devant de ses ennemis, et leur ayant dit que c'^étail lui qu'ils cherchaient, et il n'a endtnc tous les tourments qu'ils ont exercés contre lui avec tant d'injustice et de cruauté que parce qu'il l'a voulu.

Et c'est ce qui nous doit toucher davantage lorsquenous considérons toutes les peines qu'il a endurées pour nous. Car nous nous estimerions infiniment redevables à une personne qui aurait enduré en notre considération de très-grandes douleurs quoiqu'il ne les eût pas lui-même recherchées, mais qu'il lui eût été impossible de les éviter; pourrions- nous jamais assez reconnaître celui qui pouvant éviter la mort, l'aurait volontairement soufferte pour l'amour de nous? Cependant c'est ce que Jésus-Christ a fait pour nous : et c'est ce qui nous doit faire juger combien a étégrande et admirable la ciiarité qu'il a eue pour nous^. et quelles sont les obligations que nois lui avons.

Nous confessons encore dans cet article que Jésus- Christ a été mis dans le sépulcre. xMais nous nedevonspasregarder celle addition commesi elle renfermait quelque nouvelle dilficulié différente de celle qu'on a déjà expliquée touchant la mort. Car si une fois nous croyons que Jésus-Christ est moit, il est aisé de nous= persuader qu'il a été mis dans le sépulcie. Mais les apôtres ont jugé à propos d'ajouter celte circonstance,, afin, d'une part, qu'on eût moins lien de douter de h* mort de Jésus-Christ, puisque la preuve la plus certaine qu'on puisse avoir de la mort d'un honnne, c'est de justifier que son corps a été mis dans le tombeiu*,. et de l'autre, que le miracle de sa résurrection fût plusévident et qu'il éclatât davantage.

El par ces paroles on nous propose de croire norii seulement que le corps de Jésus-Christ, a été mis dans le tombeau, mais particulièremeul que Dieu même y a été mis; de même que nous croyons, selon la règlede la foi catholique, que Dieu est mort, et qu'il est. ni: d'une vierge. Et en effet, comn'.e la divinité n'a jamais

abandonné le corps de Jésus-Christ qui fui mis dans le sépulcre, il faul néccssaircu>eal que nous conlessions que Dieu a élé enseveli. . ,^ t-

Pour ce qui est de la manière dont le corps de Jésus-Christ fui cn^cvcli et du lion ou il fut mis il sufhra aux pasteurs, pour en instruire les lidèles, de rapporter ce qu'en ont dit les évai.gelisles. 11 faul seulement observer ici deux choses, la première que le corps de Jésus-Chrisl n'a point élé corrompu dans le tombeau selon que Tavnil prédit le prophète-roi par ces paroles (psal. -25, 40) : \ons ne permcllrez pomt que voire Saint éprouve la corruplion, La seconde, que tout ce qui est dit dans cet article, de Jésus -Christ, qu'il a soulferl, qu'il esL mon, et qu'il a été mis dans le sépulcre ne lui convient qu'en tant qu'il est homme, mrce qu'il n'y a que la naiure humaine qui soit capable des soullVances ei de la mort. De sorte (pi'il est évident qu'on ne peut dire avec vérité ces choses de Dieu qu'en tant qu'on les altrihue à celle personne (lui est vrai Dieu et vrai homme tout enseudile.

Ces choses ainsi expliq^uées, il sera bon que les nasteurs rapportent ensuite tout ce qu'ils auront renirqté dans la passion et dans la mort de Jesus- Chrislde plus propre à porter les hdèles, sinon a comprendre, au moins à méditer la proloiideur d'un si

i^rand mystère. • . i •

Ainsi il faul qu'ils leur fassent considérer qui esl celui nui a souffert toutes ces chos. s : que c'est celui dont nous ne pouvons ni expliquer par nos paroles, mcomnrendre par nos pensées, la dii^Miiie et l excellence; liic saint Jean appelle /e Verbe qui esl avec Dieu;el dont l'Apôlre dit ^llobr. 1,2, 5) que c'est lu; que Dieu aéiabli niérïlier de loutes choses, par lequel Ha fatt luutes choses, el (luUélanl la splendeur de sa gloire et le caradcre de sa subslance, soulicnt toutes choses par la vuissance de sa parole, et qui après nous avoir punfiês var lui-même de nos péchés, est assis au plus haut du ciel à la droite de la souveraine Majesté ; qu'en un mot c'est Jésus-Chrisl, Dieu el homme qui soutire ; le Crealeur uour sa créature; le Maître pour ses serviteurs; celui qui a lail les anges, les horauies, le ciel et les élémenls; celui enfin de qui, par ciui, et en qui sont tontes choses (Rom. 11, Ib), ci qu'ainsi il ne faut pas s"é'on..er si ce divin architecte de la nature ayant eie comme ému et troublé parla violence de tant de soiitfrmces et de lourmenls, loui l'elifice fut ébranle a l'heure de sa mon. Car, connue remarque ILvangile aiatih 27, 5; Luc.25, U), la terre trembla, et les pierres se fendirent, toute la terre fut couverte de ténèbres, et le soleil s obscurcit ; qne si les créatures même inanimées et privées de sentiment lémoiçînerent, pour •liiisi dire de la douleur de voir souffrir leur Créateur, iiuelle doit être celle des lidèles, el quelbs larmes ne doivent-ils point verser à la vue d'un tel spectacle, eux qui sont les pierres vivantes qui composent l edilice spiiilucl de la maison de Dieu?

Il faut ensuite exposer aux hdeles les raisons qui ont porté Jésus-Cbrisl à souffrir sa passion, alîn qu ils connaissent toujours de plus en plus la grandeur et retendue de la charité toute divine qu il a eue pour

CATÉCillSMK DU CONClUi] DE TRENTE.

raî-

nous.

Si donc on examine ce qui a porté le Fils de D\u à vouloir endurer vue mort si cruelle, ou trouvera Mu'outre le péché dont nous avons henie de nos premiers pères, ce sont principalement tous les pèches et Ic^ crimes que les hommes ont commis non seulement depuis le commencement du monde jusqu a présent , mais encore ceux qu'ils commeltroul jusqu a la cousommation dos siècles. Car ce (pie Nolre-Se.gneur s'est proposé particulièrement dans sa passion el dans Lmorl aéte^'eifacer toi.s les péchés de tous les temps, et de faire pour eux une pleine et entière salislaction à Dieu son Père. , i -.x

Mais ce qui fait encore éclater davantage la chante de Jésus-Christ, c'est que non seulement il a souffer pour les pécheurs, mais même que les pécheurs ont eié les auteurs el les ministres de toutes les peines

ferl une si grande contradiction des pécheurs qui se sont élevés contre lui, afin que vous ne vous découragiez point, et que vous ne tombiez pas dans rabattement. Ainsi oiij doit tenir plus Cfiupahles de ce déicide ceux qui tombent souvent dans le péché. Car comme ç'onl été nos péchés qui ont obligé Jésus-Christ à souffrir le supplice de la croix, il est ceitain que ceux qui se souillent par des crimes el des actions mauvaises crucilientde nouveau el couvrent de confusion autant qu'il esl en eux le Fils de Dieu. Et ce crime est d'autant plus horrible en nous que dans les Juifs, que s'ils T eussent connu, comme dit l'Apôtre, ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur el le Roi de gloire. Au lieu que faisant profession de le connaître, il semble, en quelqiie manière, q^ue nous le faisons mourir de nos propres mains , lorsque nous le renonçons par nos œuvres.

L'Ecriture sainte nous apprend que Jésus-Christ a élé aussi livré à la mort par son Père, et qu'il s'y est livré lui-même volontairement. Voici de quelle ma* nière le Père parle de son Fils par la bouche d'Isaie : «Je l'ai frappé el mallrailé pour les péchés de mon peu* ple.i Et un peu auparavant, le même Isaïe, considérant par cet esprit prophétique dont il était rempli, Notrc- Seigneur chargé de plaies et de blessures, dit ces paroles (55, 8) : iVoMs nous sommes tous égarés comme des brebis; chacun de nous a suivi sa voie (ibid. 6), mais le Seigneur l'a chargé detoutesnos iniquités. Pour ce qui est du Fils, le même prophète en parle ainsi (ibid.) : S'il ex^ pose sa vie pour le péché, il aura une postérité de longue durée. L'apôtre saint Paul confirme cette vérité par des paroles encore plus expresses et plus fortes, lorsque, voulant nous faire espérer en la bonté et la misé ricorde infinie de Dieu, il dit (Rom. 8, 38 ) : S'il «*i pas épargné son propre Fils, et s'il l'a livré à la mot pour nous tous, que ne nous donnera-t-il point après no l'avoir donné ?

11 faul encore que les pasteurs fassent connaître co bien ont élé grandes et cruelîesles douleurs que Jésus Christ a soutferles. Ce n'est pas que cela fût nécessaire, pour peu que l'on fît attention à la sueur de sanj qui coula à grosses gouttes jusqu'à terre de toutes le parties de son corps, lorsqu'il se représenta les tour menls qu'il devait souffrir peu de temps après, puisqui cela seul suffit pour faire comprendre qu'il ne se pou vait rien ajouter à la rigueur »le ses souffrances. Car S la seule pensée des m lUX dont il se voyait menacé a pi causer en son corps un tel effet , qui est-ce qui pour rail s'imaginer quelles furent ses souffrances, lorsqu'i endura efîcctivement ces mômes tourments? Ainsi f esl certain que Jésus-Christ a enduré dans sa passio toutes les peines que son corps el son esprit étaieii capables de souffrir.

El, premièrement, quant aux souffrances du coppi elles furent telles qu'il n'y eut aucune partie de so corps qui ne ressentît d'extrêmes douleurs. Ses piec* el ses mains furent attachés à la croix avec des clou Si tête fut toute percée d'épines et meurlrie déco de cannes. Son visage fut couvert et sali de cracha el meurtri de soufflets. Tout son corps fut battu et ^^ chiré de coups de fouets, enfin, comme dit le Prophè des hommes de toute soue de nations, d'états et conditions s'unirent ensemble pour conspirer contre Seigneur, et contre sor Christ. Les gentils et les Jui furent les conseillers, les auteurs et les ministres i ses souffrances ; Judas le trahit ; S. Pierre le renia,^ tous les autres apôtres l'abandonnèrent.

Mais quant à la croix, que déplorerons-nous dava tage, ou la cruauté de ce supplice, ou son infamie; < plutôt ne devons-nous pas déplorer l'un el l'tulre? Ci| assurément on ne peut s'imaginer de genre de tnr ni plus honteux ni plus cruel que celui de la cro Aussi n'avail-on coutume de le faire souffrir qu'a hommes les plus scélérats, comme celui qui était

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PART. I. DU SYMBOLE DES APOTIiES.

plus sensible et causait de plus grandes douleurs el de plus grands lourmeiits. Outre que comme la coinpiexion parliculière el le tempérament du corps de Jésus- ICIiristqui avait été formé par le Saint-Esprit, et par conséquent élail plus parlait et plus délicat que ne sont les corps desaulres hommes, le rendaient plus sensible, il a aussi ressenti plus vivement tous ces lourmenis. Pour ce qui est des peines intérieures , personne ne peut douter que celles de Jésus-Christ n'aient été exrêmes. Carnous voyons que tous les saints ont reçu de Dieu au milieu de leurs tourments et de leurs supplices quelque consolation intérieure qui les animait pour en souffrir constamment la violence; en sorte même que la plupart se trouvaient animés d'une soerèie joie dans ces tourments, comme le témoignent ces paroles de PApôlre { Coloss. 1, 24) : Je me réjouis dans les maux que je souffre pour vous, et de ce cjue j'accomplis dans ma chair ce qui reste à souffrir à Jésus- Christ, en souffrant moi-même pour son corps, qui est l'Eglise; et ces autres (2 Cor. 7, A) : Je suis rempli de consoiaiion, je suis comblé de joie parmi toutes mes souffrances. Mais pour Notre- Seigneur Jésus-Christ, il n'a 'mêlé d'au€une douceur l'amertume du calice de sa passion, cl il a permis que la nature humaine qu'il ;ivait prise ressentît la violence de tous ses tourments comine s'il avait été un pur homrao, et non Dieu el liomme tout ensemble.

il ne reste plus qu'à faire voir les avantages el les biens que noi'.s recevons de la passion de JNotre-Seiçneur.

Premièrement, nous avons été délivrés, par la passion de Jésus-Christ, de tous nos péchés , selon ces paroles de S. Jean (Apoc. i, 5) : U nous a aimés, et kous a lavés de nos péchés dans son sanif ; et selon ces 'vjiresde rApôtre(l Colos. 1,3 et 4) : Jésus-Christ vous jï fait revivre avec /wi, vous pardonnant tous vos péchés. U a effacé par sa bonté la cédule qui nous était contraie, et il l'a entièrement abolie en l'attachant à sa croix.

T Elle nous a délivrés de la tyrannie du démon, i^omme Jésus-Christ nous l'enseigne lui-même par ces ;i)aroles (Joan. 12, 31): Cest maintenant que le juge- ■ 'tient du monde se va faire ; c'est maintenant que le prince du monde s'en va être chassé dehors ; et quand on itnura élevé de la terre, je tirerai tout à moi. ' 5° Jésus-Christ a satisfait par sa passion pour les peines qui étaient dues à nos péchés. Et comme on ne jfjouvail offrir à Dieu un sacrifice qui lui fût plus agréa- ;l)le , il nous a réconciliés par elle avec son Père, il i*a apaisé el nous l'a rendu favorable.

4* Enfin elle nous a ouvert l'entrée du ciel en dé- Lruisant le péché, qui nous en fermait l'entrée. C'est "e (jue PApôlre nous a voulu insinuer par ces paroles [llehr. 10, 19) : ISous avons la liberté d'entrer avec,confiance dans le sanctuaire par le sang de Jésus- Christ. Ce mystère nous a aussi été figuré dans la loi ancienne. jl^ar ceux à qui il était défendu de retourner dans la pairie avant la moil du grand-prêtre, marquaiciit que personnt% «luehiue saint et juste qu'il fût, ne pouvait înlrer dans le ciel avant que Jé>us-Chrisl, le Prêtre souverain el éternel, eût souffert la mort. Ainsi il ne 'eut pas plus tôt endurée que le ciel a clé ouvert à ceux 5|ui, étant pnriliés par les sacrements, et étant pleins le ft)i, d'e.>pérance el de charité, participent aux mérites de ses souffrances.

Ornons recevons de la passion d(î Nolre-Srigneur eus ces grands el divins avantages, T parce qu'elle est Juc satisfaction pleine et entière qui! a faite à so.i Père pour nos pécliés; de sorte que le prix qu'il a payé pour nous, non seulement est égal à nos dettes, mais -même les surpasse de beaucoup.

T Parce que c'est un sacrifice qui a élé si agréable à Dieu, que Jésus-Christ le lui ayant offert sur 1 arbre de a croix a entiéreincnl apaisé sa colère et son indiguaiion. C'est ce qu'exprime S. Paul en ces l* rmes(Ephes. 2, 2) : Jésus-Christ nous a aimés, el s'est livré lui même pour nous en s'offranl à Dieu comme une oblation et une nclinie d'agréable odeur.

y Et enfin , parce qu'elle esi le prix de notre rédemption, comme le témoigne le Prince des ajôires par ces paroles (I Pet. 1, 18, 49): Vous savez que ce n'a point été par des choses corruptibles, comme de l'or ou de l'argent, que vous avez été rachetés de la vanité pa^ ternelle et héréditaire de voire première vie; mais par le précieux sang de Jésus-Christ comme de l'Agneau sans tache et sans défaut. S. Paul dit aussi (Gai. 2, 1, 2) qiie Jésus-Christ nous a rachetés du la malédiction de la loi, s'étant rendu lui-même malédiction pour nous.

Mais outre ces grands avantages que nous lirons de la passion de Jésus-Chrisf, nous en recevons encoie un autre, qui est en quelque manière le plus considérable, savoir que nous avons en elle des exemples éclatants de toutes les vertus. Car Jésus Christ y a fait paraître tant de patience, d'humilité, de charité, de douceur, d'obéissance, de consiauce el de courage, en souffrant pour la justice, non seulement toutes sortes de douleurs, mais la mort même, que nous pouvons dire avec vérité qu'il a accompli, dans le seul jour de sa passion, tout ce qu'il nous avait enseigné par ses paroles pendant tout le temps qu'il a prêché tur la terre.

Voilà en peu de mots ce qu'il faut que les pasti^irs expli(pient aux fidèles de la passion et de la mort salutaire de Noire-Seigneur Jésus-Christ, Dieu veuille, que méditant souvent ces mystères , nous apprenions à souffrir, à mourir el à être ensevelis avec Jésus-Christ, afin qu'après nous être purifiés de toutes les souillures du péché , ressuscitant avec lui à une meilleure vie, nous devenions enfin dignes par sa grâce et sa miséricorde de participer à la gloire du royaume du ciel.

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