Chapitre XVI
Du fruit de la justification, c'est à-dire du mérite des bonnes œuvres, et en quoi il consiste. Los hommes étant donc justifiés de cette manière, soit qu'ils aient toujours conservé la grâce qu'ils ont une fois reçue, soit qu'ils l'aient recouvrée après l'a voir perdue, il leur laut mettre devant les yeux b.'.i paroles de l'Apôtre (l Cor. 15 et llebr. 6) : Employezvous de plus en plus dans rexercice des bonnes œuvres, et sachez que ISolre- Seigneur ne laissera pas voire travail sans récompense, car Dieu nest pas injuste, pour oublier vos bonnes œuvres el r amour que vous avez fuit paraître pour son nom. Et (llebr. iO): Ne perdez pas voire confiance, dont la récompense doit être très-grande. C'est ainsi qu'il faut parler de la vie éternelle à ceux qui travaillent utilement jusqu'à la fin de la carrière, et qui espèrent en Dieu ; en la leur faisant voir el comme une grâce promise aux enfants de Dieu par miséricorde, à cause de Jésus-Christ; et comme une récompe;ise qui, selon la promesse de Dieu même, doit être fidèlement rendue à leurs bonnes œuvres et à leurs mérites. Cest cette couronne de justice que l'Apôtre disait (1 Timolh. à) lui être réservée après sa course el son combat , et lui devoir être rendue par le juste juge, et non seulement à lui, mais à tous ceux qui aiment son avènement. En effet, Jé-susChrist lui-même infiuant, pour ainsi dire, et répandant contmuellemcnl sa vertu dans ceux qui sont justifiés, comme le chef dans ses membres, et le In.nc de la vigne dans ses pampres; et celle vertu précédant, accompagnant et suivant toujours leurs bonnes œuvres, qui sans elle ne pourraient être aucunement agréables à Dieu, m méritoires, il faut croire après eela qu'il ne manque plus rien à ceux qui sont justifiés pour être estimés avoir parées bonnes œuvres faites eu la vertu de Dieu, pleincmen! salisiait à la loi divine, selon l'état de la vie
SESSION VI
présente, ot avoir véiil;>ljIemont ir.crilé la vie éler- «elle, pour Tobleiiir cm son lcmj)s, pourvu loulelbis qu'ils ineurenl dans la grâce. C'est à ce sujet que iXoire-Seigneur Jésus-Christ dit (Joan. 4) : Si fjnelcju'un boilde l'eau que je lui donnerai, il n'aura jamais soif; mais celte eau deviendra en lui ime fontaine rejalissant jusque dans la vie éternelle. Nous ne prétendons pas donc établir que notre propre justice nous soit propre, comme de nous-mêmes, ni dissimuler ou exclure la justice de Dieu; car celle justice, qui est dite nôlre, parce que nous sommes justifiés par elle, en tant qu'elle esl en nous inhérente, est elle-même la justice de Dieu, parce qu'il la répand en nous par le mérite de Jésus-Christ. Mais il ne faut pas encore omettre ceci, qu'encore que dans les saintes Lettres on donne tant aux bonnes œuvres, que Jésus-Christ lui-même promette (Malih. 10) que celui qui présentera un verre d'eau froide au moindre des siens, ne demeurera pas sans récompense; et que PApôlre rende aussi témoignage (2 Cor. 4) ; que le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous la durée éternelle d'une qloire souveraine et incomparable : à Dieu ne ]>laise néanmoins qu'un chrétien se confie ou se glorifie en soi-même, et non pas dans le Seigneur, dont la bonté envers tous les hommes est si grande, qu'il veut bien que ses propres dons deviennent leurs mcriles ; mais plutôt étant tous chargés de beaucoup de fautes, chacini doit avoir devant les yeuv, aussi bien la sévérité et le jugement, (jue la miséricorde et la boulé de Dieu. Et personne ne se doit juger soiniême, quar)d il ne se sentirait coupable de rien ; parce que toute la vie et la conduite des hommes ne sera pas examii.ée ni jugée par le jugement des hommes, mais par celui de Dieu, qui portera la lumière jusqu'au plus profond des ténèbres, et découvrira les desseins des cœurs les plus cachés ; et ce sera alors que chacun recevra de Dieu sa véritable Icuange (I Cor. 4), et qu'jV rendra, conmie il est écrit (Mattli. IG), à chacun selon ses œuvres.
Après cette explication de la docirine catholique louchant la justification, que chacun doit embrasser iidèlement et constamment, puisiiue autrenuMit on ne peut être justilié, le saint concile a trouvé bon de joindre les canons suivants, afin que chacun puisse savoir, non seulement ce qu'il doit tenir et suivre, mais aussi ce qu'il doit fuir et éviter.
^i la 3uMificattou.
CANON I
Si quelqu'un dit qu'im homme peut être justifié devant Dieu par ses propres œuvres, faites seulement selon les lumières de la nalure, ou selon les |)réce|)tes de la loi, sans la grâce de Dieu méritée par Jésus- Christ : Qu'il soit anathème.
CANOiN II.
Si quehiu'un dit que la grâce de Dieu, méritée par Jésus-thnst, n'est donnée qu'afin seulement que l'homme puisse plus aisément vivre dans la justice, et mériter la vie éternelle; comme si par le libre arbitre, sans la grâce, il pouvait faire l'un et l'autre, quoique p!)urtant avec peine et difficulté : Qu'il soit anathème.
CANON III
^ Si quelqu'un dit que sans l'inspiration prévenante du Saint-Espril, et saus son secours, un honnne peut laire des aeies de loi, d'espérance, de charité et de repentir, tels qu'il les faut faire pour obtenir la grâce de la jusiilicalion : Qu'il soit anathème.
CANON IV
Si quelqu'un dit que le libre arbitre inu et excité ne Dieu, en donnant son consenlemenl à Dieu qui I excite et qui l'appelle, ne ciopère en rien à se préparer et a se mettre en état d'obtenir la grâce de la luslificaiion , et qu'il ne peut refuser son consentement, s'il le veut, mais qu'il est c<mime quelquechose a inanimé, sans rien faire, et purement passif : Qu'il 'oit anathème. ^
CANON' V
Si quelqu'un dit ((ue depuis le péché d'Adam le libre arbitre de l'homme est perdu et éteint; que c'est un être qui n'a que le nom, ou plutôt un nom sans réalité, ou enfin une fiction ou vaine imagination que ie démon a introduite dans l'Eelise • Qu'il soit anathème.
CANON VI
Si quelqu'un dil qu'il n'est pas au pouvoir de 1 homme de rendre ses voies mauvaises, mais que Dieu opère les mauvaises œuvres, aussi bien que les bonnes, non seulement en tant qu'il les permet, mais si propreme!!l et si véritablement par lui-même que la trahison de Judas n'est pas moins son propre ouvrage que la vocation de S. Paul : Qu'il soit anathème.
CANOiN Vil.
Si quelqu'un dit que toutes les actions qui se font avant la justification, de quehiue manière qu'elles soient faites, sont de véritables péchés, ou qu'elles méritent la haine de Dieu; ou que plus un hommo s'efforce de se disposer à la grâce, plus il pèche eriévement : Qu'il soit anathème.
CAiNON VIII.
Si quelqu'un dit que la crainte de l'enfer qui nous porte à avoir recours à la miséricorde de Dieu, ayant douleur de nos péchés, ou qui nous fait nous abstenir de pécher, est un péché, ou qu'elle rend les pécheurs encore pires : Qu'il soit anathème.
CANON IX
Si quelqu'un dit que l'homme esl justifié par la seule foi, en sorte qu'on entende par là que, pour obtenir la grâce de la justification, il n'est besoin d'aucune autre chose qui coopère; et qu'il n'est en aucune manière nécessaire que l'homme se prépare et se dispose par le mouvement de sa volonté : Qu'il soit anathème.
CANON X
Si quelqu'un dit que les hommes sont justes sans la justice de Jésus-Christ, par laquelle il nous a mérité d'être justifiés; ou que c'est par elle-même qu'ils sont formellement justes : Qu'il soit anathème.
CANON XI
Si quelqu'un dit que les hommes sont justifiés, ou par la seule imputation de la justice de Jésus-Christ, ou par la seule rémission des péchés, faisant cxclu* sion de la grâce et de la charité qui est répandue dans leurs cœurs par le Saint-Esprit, et qui leur est inhérente ; ou bien que la grâce par laquelle nous sommes justifiés n'est autre chose que la faveur de Dieu : Qu'il soit anathème.
CANON XII
Si quelqu'un dit que la foi justifiante n'est aulre chose que la confiance en la diviue miséricorde qui remet les péchés à cause de Jésus- Christ; ou (|ue c'est par cctie seule confiance que nous sommes justifiés : Qu'il soit anathème.
CANON XIII
Si quelqu'un dit qu'il est nécessaire à loul homme pour obtenir la rémission de ses péchés, de croire certainement, et sans hésiter sur ses propres faiblesses et sur son indisposition, que ses péchés lui sont remis : Qu'il soit anathème.
CANON XIV
Si quelqu'un dit qu'un homme est absous de ses péchés, et justifié de ce qu'il croit certainement êlre absous et justifié ; ou que personne n'est véritablement justifié, que Celui qui se croit être justifié, et que c'est par cette seule foi ou confiaiice que l'absolution et la justification s'accomplit : Qu'il soit anatiième.
CANON XY
Si quelqu'un dil qu'un homme né de nouveau par le baptême et justifié est obligé, selon la loi, de eroire qu'il esl assurément du nombre des prédestinés : Qu il soit anathème.
CANON XVI
Si quelqu'un soutient d'une certitude absolue et infaillible, s'il ne l'a appris par une révélation parti-
LE s. CON€!LE DE TRENTE.
culièrc (lu'il aura nss.néme.'t le graïul don de persévérance i usa u'à la fin : Qn'il soil ar.alhenie.
CANON XVII
Si queliiu'un <iit que la grâce de la j.islidcalioi., irest que pour ceux qui sont prédestines a la vie, et que tous les nulresqui sont appelés, son a la verte appelés, mais qu'ils ne reçoivent pon.l la g.ace, comme étant prédeltmés au mal par la puissance de Dieu : Qn'il soil aualhème.
CANON XVIII
Si qtielqn'nn dit que les commandements de Dieu sont impossibles à garder, même à un homme jusli • lié et dans Télat de la sràce : Qu'il soit anallieme.
CANON XIX
Si qnelqu'im dit que dans TEvaiigile il n'y a que la seule foi (lui soil de précepte ; que lonies les autres choses sont indilïérenlcs, ni comn.nn*lees. ni delondues, mais laissées à la liberlé; on (ine les dix coinmamlemenls ne regardent en rien les chreuens : Qu il soil anathcme.
CANON XX
Si quelqu'un dil qu'un homme justifié, quelque parfait qu'il iiuisseèlre, n'est pas obligé à l'observaliou des cnmnlandemenls de Dieu et de l'Eglise, mais seulement à croire, comme si l'Evangile ne consistait nu'.n la simple et absolue promesse de la vie éternelle, sans aucune condition d'observer les commandements : Qu'il soit analbème.
CANON XXI
Si quelqu'un dit que Jésiis-Chrisl a été donne de Dieu aux hommes eu qualité seulement de Uedempleur auquel ils doivent metire leur coniiance, et non pas aussi comme un législaleur, amiuid ils doivent obéir : Qu'il soit anathcme.
CANON XXII
Si quelqu'un dil qu'un honnnc justifié peut i)crsévérer dans la juslice qu'il a reçue, sans un secours narticuliei- de Dieu ; ou, an conlraire, qu avec ce secours même, il ne le peut pas : Qu il soit ai;a!h^me. CANON XX m.
Si quehprun dit qu'un homme, une fois justifié, ne i)eul plus pécher, ni perdre la giàce; et qu'ainsi lorsque queUprun tombe et p che, c'est une marque qn il n'a jamais élé véiilablemenl jusli(ié;ou, au C(uilraire, qn'un homme juslilié ne piul pendant loute sa vie éviter toutes sortes dep.échés, même les véniels, si ce n est irw un privilège particulier de Dieu, comme c'est le senlimeiil de VEgli>e à l'égard de la bienh.;uieusc Vierge : QuM soit analbème.
CANON XXIV
Si quelqu'un dit que la justice qui a élé reçue n'est pas conservée et augmentée aussi devant Dumi, par les bonnes œuvres, mais que ces bonnes œuvres sont les fruits seulement de la justification, et les mar.pies qu'on fa reçue, et non pas une cause qui l'augmenle : Qu'il soit analbème.
CANON XXV
Si quelqu'un dit que, en quelque bonne œuvre que ce soit, le juste pèche au moins véniel'.emeni: ou même, 'ce (pii est encore plus insupportable, «pi'il pèche moiiellement; et qu'ainsi il mérîle les peines éternelles; et (pie la seule raison p(uirquoi il n'est pas damné, c'est parce (pie Dieu ne lui impute pas ces œuvres à damnation ; Qu'il soit analbème.
CANON XXVl.
Si quebpfnn dit que les justes ne doiver.t point, pour leurs bonnes œuvres faites en Dieu, alUmlie ni espérer de lui la récompense élernelle, par sa miséricorde et |)ar le mérile de Jésus Christ, pourvu (lu'ils persévèrent jusqu'à la lin, en faisant bien, et en gardant ses c«mjmandements : Qu'il soil analbème. CANON xxvn.
Si quelqu'un dil qu'd n'y a point d'autre i-cché mortehpiele péché d'inlidéliié; ou «pie la grâce qu'on a une fois reçue ne se perd par :uicun autre péché, (pleine gri<f et (p;el(pie énorme qu'il soit, (pie par ttîlui d'inlidéliié : Qu'il soit analhènic.
et même aussi augmentalion de
CANON XXVHI.
Si quebpi'un dit que, la grâce étant perdue par le péché, la foi se perd aussi toujours en même temps; ou (pie la loi qui reste nest pas une véritable foi, bien (pi'elle ne soil pas vive; ou que celui ([ui a la foi sans la charité n'est pas chrétien : Qu'il soit anathème.
CANoN XXIX.
Si quelqu'un dit (jue celui qui est tomhé en péché depuis le baptême ne peut se relever avec l'aide de la grâce de Dieu ; ou bien qu'il peut à la vérité recouvrer la grâce «|u'il avait perdue, nwis que c'est par la seule foi, sans le secours du sacrement de pénitence, contre ce que l'Egl se romaine et universelle, inslruite par Jésus Christ'et par ses apôtres, a jusqu'ici cru, tenu et enseigné : Qu'il soit anathème.
CANON XXX
Si quebju'un dil qu'à tout pécheur pénitent qui a reçu la grâce de la jusiification, foffenseest tellement remise, et l'obligation à la peine éleriielle tellement etfacée et abolie, qu'il ne lui rest(! aucune obligation de peine temporelle à payer, soil en ce monde ou eu l'auire, dans le purgatoire, avant que l'entrée au royaume du ciel lui puisse être ouverte : Qu'il soit analbème.