‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 194 sur 368 · D*OU IL VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS · texte numérisé non relu

D*OU IL VIENDRA JUGER LES VIVANTS ET LES MORTS

Jésus-Christ possède irois qualités qui servent beaucoup à relever la gloire de son Eglise savoir celle de rédempteur, celle d'avocat et celle de juge. Nous avons fait voir par les articles précédents que c'est par sa passion et par sa mort que tous les hommes oni été rachetés ; et que par son ascension dans le ciel il est devenu pour toujours notre avocat et notre protecteur auprès de son l>ere. Il ne reste donc nlusnu'à montrer qu'il est notre juge. ^

El c'c'^l ce qui nous est déclare dans cet article, qui nous enseigne qu'au jour du dernier jugement Nolre-

Seieneur j'ésus-Chrisi jugera lous les hommes. Car

l'Ecriture assure qu'il doit y avoir deux avènements

du Fils de Dieu. Le premier est arrive lorsque, pour

notre salul, il s'est revêtu de la nalure humaine, et

flu'il s'est fait homme dans le sein de la \ierge. Le

second arrivera lorsqu'il viendra a la fin du monde

pour iuger lousles hommes. Ella menieLcriture appelle ce dernier avènement le jour du Se.gnei.r. D ou

vient aue l'Apôtre parlant de ce jour, dit (1 T hess. 5,

->^ (lue le iour du Seigneur doit venir comme le voleur

qui vient dans la nuit ; et que Notre-Seigneur mênie ^ dit (Mallh. 24, 56) : Personne ne sait ce jour et celte

heure» •

Pour ce qui est de la vérité du dernier jugement, ce que dit l'Apôlre dans la seconde Epîlre aux Corinihiens, suffit pour nous en convaincre : ^ous devons tous, dit-il, comparaître devant le tribunal de Jésus- Chrislalin que chacun reçoive ce qui est du aujc bonnes 17; Jercra.30

Le premier est lorsque chacun de nous sort de celte vie. Car au moment de noire mort nous comparaissons devant le tribunal de Dieu, pour lui rendre un comple très-exact de ce que nous avons jamais fait, dit et pensé. Et ce jugement s'appelle le jugement parlicuîier.

Le second est lorsque les hommes comparaîtront ensemble dans un même jour et dans un même lieu devant le tribunal de Jésus-Christ qui les doit juger, afin qu'à la vue de lous les hommes qui auront jamais été, chacun y reçoive son jugement, et ce qu'il aura plu à Dieu d'en ordonner. Et comme la prononciation de cet arrêt ne sera point un des moindres supplices des méchants et des réprouvés, elle fera aussi partie de la récompense des justes cl des prédestinés, puisqu alors chacun paraîtra tel qu'il aura été dans cette vie. Or ce jiigement s'appelle le jugement général.

Il est donc nécessaire que les pasteurs montrent pourquoi il a fallu qu'outre le jugement particulier de chaque homme , il y eût un jugement général de tous les hommes.

La première raison de la nécessite de ce jugement, est que lous les hommes laissent en mourant ou des enfants , ou des disciples , ou des amis , ou des parents qui imitent leurs exemples , défendent leurs sentiments , et s'affectionnent à la pratique de leurs boimes ou de leurs mauvaises actions ; ce qui doit nécessairement faire augmenter la récompense ou les peines des défunts. Or cette cause de l'augmentation de la récompense ou des peines des défunts, qui regarde un très-grand nombre de personnes , ne finira point que la fin du inonde ne soit venue. U était donc juste qu'il y eût à la fin du monde un jugement général de lous les hommes , où Dieu se fît rendre compte de toutes les bonnes ou mauvaises actions, que les bons ou mauvais exemples auraient caubées.

2. Souvent la réputation des gens de bien est blessée, et les impies au contraire sont dans la réputation et loués comme s'ils étaient innocents. Il était donc de la justice de Dieu de faire que les gens de bien recouvrassent dans un jugement général l'estime des hommes qu'on leur avait injustement ravie.

3. Tout c^ que les bons et les méchants ont fait pendant leur vie , ils l'ont fait par le ministère de leurs corps ; d'où il s'ensuit que leurs actions bonnes ou mauvaises sont du corps comme de rinstrument qui a servi à les faire. El par conséiiuenl il était juste que le corps aussi bien que les âmes des hommes participassent ou à la récompense de la gloire éternelle qui est due aux uns , ou aux supplices que les autres ont mérités. Et c'est ce qui ne se pouvait faire que par la résurrection de lous les hommes et dans un jugement généraL

4. Pour convaincre tous les hommes que dans les adversités et dans les prospérités de celle vie qui arrivent souvent indifféremment aux bons et aux méchants il n'arrive rien que par la juste disposition de la sagesse de Dieu qui gouverne toutes choses , il était jusle non seulement de préparer pour les siècles à venir des récompenses aux bons, et des supplices aux méchants , mais même de les distribuer dans un jugement général et public , afin qu'ils fussent plus connus et qu'ils éclatassent davantage; et qu'on rendît à la jusiico et à la providence de Dieu les justes louanges qui leur sont dues, au lieu des plaintes injustes auxquelles les sainls mêmes se laissent quelque l'ois aller par faiblesse humaine , lorsqu'ils voient que les méchants sont comblés d'honneurs et de richesses : Mes pieds ont tellemenl chancelé , disait Da- Nid ( ps. 82, 2 et 3), quils se sont presque détournés de la voie ; et je me suis vu tout près de tomber , parce que fai regardé les pécheurs avec un œil de jalousie , en voyant la paix et le bonheur des méchants. Et un peu après il ajoute : Ce sont les méchants et les heureux du siècle qui multiplient leurs richesses de plus en plus ; c'^est donc bien en vain que je conserve mon cœur y et que je tiens mes mains nettes par l'innocence de mes actions, puisque je ne laisse pas d'être frappé de plaies tout le jour ^ et que je suis châtié dès le matin. Plusieurs auires saints oui fait souvent la même plainte. Il élait donc nécessaire qu'il y eûl un jugement général, afin que les hommes ne pussent point dire, comme les impies dans le livre de Job (c. 22), que Dieu se contente de se promener aux quatre coins du ciel , et qu'il néglige et ne se soucie point des choses de la terre. Et c'est avec beaucoup de fondement qu'on a fait de lu créance de celte vérité un des douze articles de la foi chrétienne , afin que s'il se trouvait quelqu'un qui douiât de la justice de Dieu et de sa providence, il fût confirmé par cet article ians les senliments qu'il en doit avoir.

ô. Il fallait qu'il y eût un jugementgénéral pour consoler les bons et pour épouvanier les méchants, pour empêcher que les uns ne se décourageassent dans la vue de la justice de Dieu , et pour détourner les autres de faire le mal par l'altente et la crainte des supplices éiernels.

6. Enfin Notre- Seigneur parlant de la fin du monde , déclare lui-même qu'il doit y avoir un jour un jugement géiiéral. El il nous a même marqué les signes qui le doivent précéder, afin que, lorsque nous verrons arriver ces choses , nous puissions connaître que la fin du monde est proche. Et en moulant au ciel il envoya des anges à ses disciples qui leur direni ces paroles pour les consoler dans la tristesse où son absence les avait jetés : Ce Jésus qui en vous quittant s est élevé dans le ciel , viendra de la même sorte que vous ty avez vu monter. (Aci. 1,11.)

Mais il faut observer que l'Ecriture nous enseigne que ce jugement se doit faire par Noire-Seigneur Jésus-Christ , non seulement en tant qu'il est Dieu , mais même en tant qu'il est homme : il le doit faire en tant que Dieu , parce que encore que les trois personnes de la Trinité aient également la puissance de juger, nous l'attribuons néanmoins particulièrement au Fils , à cause de la sagesse qui lui est aussi particulièrement attribuée; il doit aussi juger le monde en tant qu'honnne , parce qu'il dit lui-même dans l'Evangile (Joan. 5, 20) que comme le Père a la vie en lui même, il a donné aussi au Fils d'avoir la vie en Li meniez et qu'il lui a donné la puissance d'exercer le jugement , parce qu'il est Fils de l'homme.

El il était raisonnable que Noire-Seigneur Jésus- Christ exerçât ce jugement , afin que les hommes qui doivent être jugés puissent voir de leurs propres yeux leur Juge , écouter de leurs propres oreilles l'arrêt qu'il devait prononcer, et connaître par leurs sens extérieurs tout l'appareil de ce jugement. De plus il était très-juste que ce même homme, (jui avait été condamné par les arrêts injustes des hom-

mes

parût aux yeux de tous assis sur son trône pour juger tous les hommes. D'où vient qu'après que Saint-Pierre eut exposé les principaux points de h religion chrétienne à ceux qui étaient dans la maison de Corneille , et (|u'il leur eut enseigné que Jésus- Christ élait ressuscité le troisième jour après avoir été crucifié et mis à mort par les Juifs , il ajouta (A et. 10, 41 ) qu'il leur avait commandé de prêcher et de témoigner au peuple que c'est lui qui a été établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts.

L'Ecriture sainte marque trois principaux si'^nes qui doivent précéder ce jugement , savoir la prédication de l'Evangile dans tout le monde , la révolte et l'apostasie , et la naissance de l'Antéchrist. Le premier nous est marqué par ces paroles de Notrc-Seigneur (Mailh. 24, 14) : L'Evangile du royaume sera prêché dans toute la terre pour servir de témoignage à toutes les nations^ et c'est alors que la fin doit arriver • et encore par ces autres de l'Apôtre, qui nous avertit (2 Th. 2, 3) de prendre garde que personne ne nous séduise en quelque manière que ce soit , nous faisant accroire que le jour du Seigneur est près d'arriver parce que le jugement ne se doit point faire que la révolte et l'apostasie ne soient arrivées auparavant, et qu'on n'ait vu paraître cet homme de péché.

Quant à la manière dont ce jugement se doit faire, il sera facile aux pasleurs de l'apprendre de ce qu'en ont dit Daniel , les évangélistes et les apôires.

Mais il est bon d'examiner et de peser soigneusement les paroles de l'arrêt que le Juge doit prononcer. Car noire Sauveur Jésus-Christ regardant favorablement les bons qui seront à sa droite, les jugera avec toute la douceur possible, en leur disant (Matth. 25, 54) : Venez, vous qui avez été bénis par mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde. Car on n'aura pas de peine à recoimaiire qu'on ne peut rien ouïr de plus agréable que ces paroles, si on les compare avec l'arrêt de condamnation des méchants , et si on fait réflexion que c'est par elles que les justes passeront des travaux de cette vie à une paix parfaite , de cette vallée do larmes à une joie souveraine , et des njisères à la béatitude éternelle qu'ils auront méritée par leurs bonnes œuvres. Mais ensuite, se tournant du côté des méchants, qui seront à sa gauche, il leur fera ressentir les elVeis de sa justice, en leur disant (ibid. 44) : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges.

Ces premières paroles : Retirez-vous de moi, marquent l'effroyable peine que les méchants ressentiront de se voir rejetés pour toujours de la vue de Dieu sans pouvoir être soulagés par l'espérance de pouvoir un jour posséder un grand bien. C'est celte peine que les théologiens appellent la peme du daîu ou la damnation , parce que les méchants seront privés éternellement dans les enfers de la claire vision de Dieu. Ils sont appelés maudits, et c'est ce f^ui augmentera d'une manière incroyable leur misère. En effet si , se voyant près d'être chassés de la présence de Dieu , ils étaient traités au moins avec quelque douceur, cela pourrait en quelque sorte les consoler. Mais bien loin qu'ils doivent espérer rien de semblable qui puisse leur rendre leur misère plus supportable , ils doivent s'attendre au contraire que la justice divine, en les cbassani justement de devant la face de Dieu, les couvrira de loules sortes de malédictions.

H est dit encore qu'ils seront envoyés dans le feu éternel , pour mar<juer une autre sorte de peine que les lliéolugiens appellent la peine du sens, parce qu'elle est sensible au corps, comme celle du fouet et les auti^es tourments, entre lesquels, il est certain que les peines que le leu fait resseniir au corps sont les plus sensibles et les plus douloureuses. De sorte que comme ces tourments doivent durer éternellement, on peut dire que la peine des damnés est le comble de toutes les peines.

C'est ce que ces dernières paroles de cet arrêt : Oui est vréparé pour le diable et pour ses anges, font voir encore plus clairement. Car, si nous avons coutume de supporter plus aii-ément nos maux, lorsque ceux nue nous avons pour compagnons de nos misères peuvent, par leur prudence et par leur douceur, nous soulager , quelle misère sera celle des damnes , nui parmi tant de maux auront encore la douleur de se voir dans rimpossibilité d'être séparés de la compagnie des démons, qui , bien loin de les soulager dans leurs peines, exerceront contre eux toute leur malice pour les augmenter? et ce sera très-justement que Notre-Seigneur prononcera cet arrêt contre les méchants et les impies, puisqu'ils auront négligé en cette vie toutes les œuvres de charité, qu'ils n'auront point donné à boire ni à manger à ceux qui auront eu soif ou faim, qu'ils n'auront point exercé l'hospitalité, qu'ils n'auront point revêtu ceux qui éiaient nus , et qu'ils n'auront point visité les prisonniers et les ma-

lades.

Les pasteurs représenteront souvent aux fidèles les vérités qui sont renlermées dans cet article , parce qu'étant bien conçues p:tr la foi , elles peuvent beaucoup servir à réprimer les mauvais désirs de l'àme et à éloigner les hommes du péché. D'où vient qu'il est dit dans l'Ecclésiastique (7, 40) : Ayez soin de vous souvenir dans toutes vos actions de ce qui doit suivre un jour le terme de votre vie, et vous ne pécherez plus.

Et certes il est très-difficile qu'une personne qui pense qu'elle doit un jour paraître devant Dieu pour lui rendre compte non seulement de toutes ses mauvaises actions et de toutes ses mauvaises paroles, mais même de toutes ses mauvaises pensées les plus secrètes, pour recevoir de ce juste Juge les peines qu'elles méritent, ne rentre en elle-même et ne se porte à la piété, quelque pente qu'elle ait vers le mal. De même qu'il est impossible qu'un juste qui envisagera ce jour auquel, à la vue de tout le monde, il sera déclaié victorieux de tous les ennemis qu'il lui a fallu combattre dans cette vie mortelle, et par consécjuent, digne d'être reçu dans la pairie céleste, pour y être comblé éternellement d'honneur et de gloire, ne soit excité à aimer de plus en plus la vertu et la justice, et ne ressente une très-grande joie , même dans la pauvreté, dans l'infamie et dans les souffrances.

Que les pasteurs exhortent donc les fidèles à embrasser une manière de vie qui soit réglée, et à s'exercer dans toutes sortes de bonnes œuvres, afin qu'ils puissent attendre avec plus de confiance ce grand jour du Seigneur, et même le désirer ardemment comme il est convenable à des enfants de Dieu.

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