JE CROIS L\ SAINTE ÉGLISE CATHOLIQUE
On reconnaîtra aisément avec quel soin les pasleurs doivent expliquer aux fidèles la vérité de ce neuvième article, si l'on considère en premier lieu que les prophètes, comme dit S. Augustin, ont. parlé plus ouverlenient que l'E-rlise de Jésus-Chrisi, parce (ju'ils prévoyaient que beaucoup plus de personnes seraient dans l'erreur sur ce point que sur le mystère de llucaniation, et qu il y aurait des impies qui , à l'imitation du singe qui contrefait les actions de l'homni?, voudraient passer pour être les seuls catholiques, et sontiendraient avec autant d'iniquité ((ue de vanité que 1 Eglise catholique ne se trouve tpie narmi eux.
Et en second lieu, qu'il est très-difficile qu'une personne qui a imprimé fortement dans son esprit la vérité de l'Eglise, tombe dans le crime horrible de l'hérésie. Car on ne doit pas appeler une personne hérétique aussitôt qu'elle pèche contre la loi; mais seulement lorsque méprisant l'auloriié de l'Eglise elle eoutienl avec opiniâtreté des opinions impies. Ainsi ,
rieurement par le ministère et les soins des pasleurs et des prédicateurs. Et parce que la fin de celle vocation divine est la connaissance et la possession des choses éternelles, on ne donne point à l'assemblée des chrétiens le nom de synagogue qu'on donnait au peuple juif qui était sous la loi. Car, comme remarque S. Augustin, on le donne à ce peuple , parce qu'à la manière des bêtes qui s'attroupent pour paître, il ne cherchait que des biens caducs et périssables de la terre, au lieu que les fidèles méprisent ces biens pour rechercher uniquement les biens célestes et éternels. L'Ecriture se sert encore, pour signifier la société des fidèles, de plusieurs autres noms qui sont lous mystérieux. L'Apôtre lui donne celui de maison et d'édifice de Dieu: Je vous écris, dit-il à Timolliée (l Epist. 5, 15), afin que si je retardais plus longtemps vous sachiez comme il se faut conduire dans la maison de Dieu, qui est t'Ealise du Dieu vivant, la colonne et la base de la vérité. L'Eglise est appelée une maison, parce qu'elle est comme une famille qui est gouvernée par un seul père de famille, et où il y a une communication entière de toutes sortes de biens spiriiuelf.
245 ï^ART. l. DU SYMBOLE DES APOTRES. 211
Elle est aussi appelée le troupeau des brebis de Jésus- semé de l'ivraie parmi le bon grain, ou à une aire qui
dit il encore aux Ephes. (5, 25), aimez vos femmes qui élalcut impurs.
comme Jésus-Christ a aimé l'Eglise, El parlant du sa- Mais quoique la foi catholique tienne^ comrne une
crement de mariage : Ce sacrement , dit-il (ibid. 52),
est grand, je dis en Jésus-Cfirist et en l'Eglise. Enfin
TEglise est appelée le corps de Jésus^Chrisi par le
même apôlre, dans son épître aux Epbésiens et dans
celle aux Colossiens. Or la considération de tous ces
noms mystérieux est très-puissante pour exciter les
lidcles à se rendre dignes d'attirer sur eux les effets
de la bonté et de la cliarité de Dieu, qui les a choisis
pour être son peuple.
Les pasteurs ayant ainsi expliqué les différents noms attribués à TEglise, ils doivent ensuite en expliquer les parties et en faire voir les différences, afin que les fidèles, connaissant mieux quelle est la nature, les propriétés, les dons et les avantages de l'Eglise si chérie de Dieu, ils ne cessent jamais d'en louer et bénir sa souveraine majesté. L'Eglise donc se divise pcrticulièremcni en deux parties, dont Tune s'appelle l'Eglise triomphante, et l'autre l'Eglise militante.
L'Eîïlise triomphante est l'illustre et très-heureuse
vérité constante que tous les bons et les méchants appartiennent à l'Eglise, il faut néanmoins faire connaître aux lidéles que la même foi enseignt; qu'il y a une aussi grande différence entre ces deux parties qui composent l'Eglise militante qu'il y en a entre la paille et le grain qui sont confusément dans l'aire et entre les membres saints et les membres morts d'un même corps.
Il n'y a donc que trois sortes de personnes qui soient exclues de l'Eglise, les infidèles, les hérétiques et schismaiiques , et les excommuniés.
Les païens sont exclus de l'Eglise parce qu'ils n'y sont jamais entrés , qu'ils ne l'ont jamais connue , et qu'ils n'ont point été faits participants d'aucun des sacrements qui sont en usage parmi les fidèles.
Les hérétiques et les schismatiques sont exclus de l'Eglise parce qu'ils se sont séparés d'elle; de sorte qu'ils ne lui appartiennent pas plus qu'un déserteur appartient à l'armée qu'il a abandonnée. Ce qui n'empêche pas qu'ils ne soient sous la puissance de l'E-
société des Esprits bienheureux et de tous les saints ... . ,
qui, après avoir triomphé du monde, de la chair et du ghse, et qu'elle ne puisse les juger, les punir et les
démon . iouissent de la béatitude éternelle en toute frapper d'anathème.
démon, jouissent
sûreté, étant exempts des misères de cette vie.
Enfin, les excommuniés sont exclus de l'Eglise
qu
cause de la guerre continuelle qu
cruels ennemis, le monde, la chair et le diable.
Il ne faut pas croire néanmoins que cette différence fasse qu'il y ait deux églises effectivement différentes, mais ce sont seulement deux parties qui composeni une même église, dont l'une précède l'autre, et jouit déjà de la patrie céleste, an lieu que l'autre y tend tous les jours, jusqu'à ce qu'étant enfin toute réunie à notre Sauveur, elle jouisse aussi du repos et de la félicité éternelle.
Mais il faut remarquer qu'il y a dans l'Eglise militante deux sortes de personnes, les bons et les méchants. Les méchants sont ceux qui, quoiqu'ils soient participants des mêmes sacrements, et qu'ils aient la
Pour ce qui est de tous les autres hommes , ils ne laissent pas, si méchants qu'ils puissent être, d'être du corps de l'Eglise. C'est de quoi on ne peut trop instruire les fidèles, afin que s'il arrive que la vie de ses pasteurs soit scandaleuse et criminelle, ils soient néanmoins persuadés qu'ils sont dans l'Eglise et que cela ne diminue rien de leur autorité.
Mais il faut remarquer qu'où donne assez souvent le nom d'église aux parties qui la composent. C'est ainsi qu'en use l'Apôtre, donnant aux fidèles d'une même ville ou d'une même province le nom d'église, comme aux Corinthiens, aux Galates, aux Laodiciens et aux Thessaloniciens. 11 te donne même à des
même foi que les bons , en sont différents néanmoins familles particulières des fidèles ; car il ordonne
crements, mais encore par l'esprit de la grâce et par le bien de la charité, et c'est d'eux dont l'Apôtre dit (2 Tim. 2, 50) que le Seigneur connaît ceux qui sont à lui. Or quoi que l'on puishC conjei turer par quelques marques qui sont ceux qui sont du nombre des saints, on ne peut néanmoins en être assuré. C'est pourquoi il ne faut pas croire que par l'Eglise, à laquelle Notre- Seigneur nous renvoie , et à qui il nous commande d'obéir, il ait entendu cette partie de l'Eglise composée de justes et de saints , puisqu'étant inconnue, il serait impossible de savoir au jugement de qui il faudrait avoir recours, et à qui on devrait obéir. Ainsi l'Eglise comprend les bons et les méchants, comme l'Ecriture sainte et les saints Pères nous renseignent. C'est ce que l'Apôtre nous marque lorsqu'il dit aux Ephésiens (4, 4) qu'il n'y a qu'un corps et qu'un esprit.
L'Eglise , prise en ce sens , est connue de tout le monde, et est comparée pour cet effet à une ville -située sur une montagne qui est vue de tous côtés. Et il est nécessaire qu'elle le soit, puisqu'il faut qu'elle soit obéie de tout le monde, tant des bons que des méchants ; car elle les renferme tous également, comme l'Evangile nous l'enseigne par plusieurs paraboles, comme quand il y est dit que le royaume du ciel, c'est-à-dire l'Eglise militante, est semblable ou à un U\^ jeté dans la mer, ou à un champ dans lequel on a
parle ainsi : Aquilas et Priscille et l'église qui est dans leur maison vous saluent avec beaucoup d'affection en Notre- Seigneur. Enfin dans l'Epîire à Philémon il use de ce terme en ce même sens.
L'Écriture sainte se sert encore assez souvent du mot d'église pour marquer ceux qui en sont les pasteurs et qui y président C'est en ce sens que Jésus- Christ dit dans l'Evangile (Mallh. 18, 17) : Si celui que vous reprenez ne vous écoute pas , dites-le à l'Eglise. Car il esi clair qu'il entend par l'Église les pasteurs de l'Église. Les lieux où le peuple a coutume de s'assembler, soit pour entendre la parole de Dieu ou pour s'y acquitter des autres devoirs de la religion , sont aussi appelés église.
Mais enfin, dans cet article, par l'Eglise il faut entendre proprement la multilutle des fidèles , tant bons que méchaiiis , tant ceux qui y président que ceux qui sont obligés de leur obéir.
Il faut encore (jue les pasteurs instruisent les fidèles des propriétés de l'Église, afin qu'ils puissent par-là reconnaître combien grande est la grâce que Dieu leur a faite d'y être nés et d'y avoir été élevés.
La première de ces propriétés, selon qu'il est marqué dans le Symbole de Nicée, est qu'elle est une. Ma coiombe est une , dit l'époux dans les Cantiques (6, 8) , file est uniquement belle. Or une si grande multitude
d'hommes répandus en tanl de lieux si éloignés les uns des autres, est appelée une Église, pour les rai-
un chef visible. Jésus-Christ est sou chef invisible, le Père éternel rayant donné pour chef à toute l'Eglhe, qui est son corps (Ephes. 1 , 22). Son chef visible est celui qui, en qualité de légitime successeur de suint Pierre , occupe le siège de PEglise romaine. Car tous les Pères sont dans ce senlin.ent qu'il était nécessaire qu'il y eût un seul chef visible pour établir et maintenir l'unité de TEglise.
C'est ce qu'a reconnu saint Jérôme, écrivant contre Jovinien : Un seul, dit-il, est choisi , afin qu'étant établi en qualité de ciief^ on aie toute occasion de schisme. Et écrivant à Damase : Que l'envie, dit-il, que le faste et r orgueil de la grandeur romaine disparaissent. Je parle au successeur d'un pécheur et dhm disciple de la croix. Lorsque je ne suis point d'autre premier chef que Jésus-Christ, je suis uni de communion avec votre sainteté, c'est-à-dire à la chaire de saint Pierre. Je sais que c'est sur cette pierre que l'Eglise est fondée. Ainsi, quiconque mange l'agneau hors de celte maison est un profane , et quiconque ne se trouvera pas dans l'arche avec Noé périra misérablement dans les eaux du déluge.
Saint Irénée et saint Cyprien avaient parlé de la même sorte longtemps auparavant. Voici comme le dernier s'exprime : Le Seigneur parlant à Pierre lui dit : i Je vous dis que vous êtes pierre , et sur celte « pierre je bâtirai mon Eglise. » // bâtit l'Eglise sur un seul; et, quoïqu' après sa résurrection, il donne un égal pouvoir à tous les apôtres et qu'il leur dise : « De même c que mon Père m'a envoyé^ de même aussi je vous eu- « voie, recevez le Saiîit Esprit, î néanmoins, pour faire connaître hinilé de son Eglise, il établit de son autorité souveraine une seule chaire , et il veut que cette unité tire son origine d'un seul.
Optât est du même sentiment lorsqu'il dit à Parménion qu'il est inexcusable de faire schisme avec l'Eglise, puisqu'il sait que la chaire épiscopale de Rome a été premièrement donnée à saint Pierre , et qu'il s'y est assis comme le chef de tous les apôtres , afin qu'en lui seul l'unité d'un siège fut maintenue de tous , et qu'il n'arrivât pas que chacun des apôtres en particulier voulût s'en attribuer un autre , puisqu'on aurait dû regarder comme un schismatique et un hérétique celui qui aurait voulu élever un siège au préjudice de celui que Jésus- Christ avait établi pour être le centre de l'unité.
Saint Basile, qui a écrit depuis, enseigne la même chose : Pierre a été établi, dit-il , pour être le fondement de l'Eglise; car, ayant dit à Jésus-Christ : Vous êtes le Christ, le Fils de Dieu vivant, Jésus-Christ lui dit à son tour qu'il était pierre. Or, quoiqu'il fût pierre, ce n'était pas néanmoins de la même manière que Jésus-Christ , car Jésns-Christ est la véritable pierre immobile; mais Pierre ne l'est que par rapport à cette pierre. Jésus-Christ, comme Dieu , communique des dignités aux hommes. Il est le souverain prêtre, et il fait des prêtres. Il est la véritable pierre , et il communique à un autre celte qualité de pierre, rendant ainsi ses serviteurs participants de ce qui lui est propre.
Enfin saint Ambroise dit à ce sujet qu'il est facile de répondre à ceux qui objectent que l'Eglise est contente d'avoir Jésus-Christ pour son seul chef et son unique époux, sans qu'elle en ait besoin d'un autre; que de même qui' nous reconnaissons qu'encore que Noire-Seigneur soit non seulement l'auteur de chaque sacrement , mais même celui qui en est le véritable ministre (car c'est proprement lui qui baptise et qui absout, quoiqu'il ait voulu que les hommes en fussent les ministres extérieurs^ nous devons aussi reconnaître qu'encore qu'il gouverne Iw-même C Eglise par l'inspiration secrète de son esprit , t7 a voulu néanmoins établir un homme pour être son vicaire et le ministre de son autorité souveraine sur la terre. Ainsi^ comme l' Eglise nui devait être visible, avait
besoin d'un chef visible , Jésus-Christ établit saint Pîerr^ le pasteur et le chef de tous les fidèles , lorsqu'il lui re' commanda^ en des termes absolus, de paître ses brebis, e^ même il a voulu que celui qui lui succéderait eût la même puissance que lui pour gouverner toute l'Eglise.
Ce qui fait encore l'unité de l'Eglise , c'est (|ue de même que l'àme anime tous les membres du corps , c'est aussi le même esprit , selon l'Apôtre (i Cor. 12, H) , qui communique la grâce à tous les fidèles. Ce qui lui a fait dire , exhortant les Ephésiens à conserver cette unité d'esprit (4., 5) : Travaillez avec soin à conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix. H n'y a parmi vous qu'un corps et qu'un esprit. De sorte que de même que le corps humain est composé de plusieurs membres , et que tous ces membres sont animés par une même âme qui communique aux yeux la faculté de voir , celle d'entendre aux oreilles , et diverses autres facultés aux autres sens; ainsi, le corps mystique de Jésus-Christ, qui est l'Eglise , est composé de plusieurs fidèles, en qui un seul et même esprit opère toutes choses , distribuant à chacun ses dons selon q,u'il lui plaît. Nous n'avons tous aussi qu'une même espérance à laquelle nous avons tous été appelés, comme le témoigne le même apôtre au même endroit; car nous espérons tous la même chose, qui est la félicité éternelle. Enfin nous faisons tous profession de garder et de suivre la même foi, afin, comme dit l'Apôtre (2 Cor. 1, 10), qu'il n'y ait point de schismes ni de divisions parmi nous ; et il n'y a qu'un même baptême , qui est le sceau et le sacrement de la foi chrétienne.
La seconde propriété de l'Eglise est (ju'elle est sainte. Nous tenons cette vérité de S. Pierre : Vous êtes, dit-il ( 1 Epist. 2, 9), la race choisie, la nation sainte. Or l'Eglise est appelée sainte, 1° parce qu'elle est consacrée au service de Dieu , et qu'on a coutume d'appeler saint tout ce qui est destiné au culte de Dieu, (|uoi(iue même ce soient des choses corporelles. Ainsi dans la loi ancienne les vases, les vêlements des prêtres et des lévites, et les autels étaient appelés saints, de même que les premiers nés qui étaient consacrés à Dieu.
El on ne doit point trouver étrange que l'Eglise soit appelée sainte quoiqu'elle renferme plusieurs pécheurs. Car les fidèles sont appelés saints, parce qu'ils sont devenus le jjeuple de Dieu, lorsqu'ils se sont consacrés à lui en recevant le baptême, et en embrassant la foi, quoique souvent Ils ne s'acquittent pas de ce qu'ils ont promis; de même que ceux qui font profession d'un art ne laissent pas de porter le nom que l'on donne communément à ceux qui l'exercent, encore qu'ils n'en suivent pas toutes les règles. C'est ainsi que S. Paul ne craint pas de regarder les Corinthiens comme saints et sanctifiés, quoiqu'il soit évident qu'il reconnaissait qu'il y en avait parmi eux qui n'étaient pas tels, puisqu'il les traite de gens charnels, et qu'il les reprend très-rudement en des termes encore plus forts.
2° L'Eglise est appelée sainte , parce qu'elle est unie à Jésus-Christ comme le corps à sî)u chef, qui esl la source de toute sainteté, d'où se répandent sur toute l'Eglise les dons du Saint-Esprit, et les richesses de la bonté de Dieu. S. Augustin nous instruit admirablement de cette vérité lorsqu'il explique ces paroles du Prophète : < Conservez mon âme, parce que je suis saint. ï Que le corps de Jésus-Christ, dit-il, et que ce seul homme qui crie de toutes les parties de la terre avec son chef^ et sous son chef, ne craigne point de dire : Je suis saint , puisqu'il a reçu la grâce de la sanctification^ la grâce du baptême, et la rémission de ses péchés. Et un peu après il ajoute ; S'il est constant que tous les fidèles et les chrétiens qui ont été baptisés en Jésus-Christ ont été revêtus de Jésus-Christ selon ces paroles de l'Apôtre (Cal. 3, 27) : « Ceux qui ont été baptisés en Jésus-Christ ont été revêtus de Jésus-Christ; > s'il esl constant qu'ils ont été faits membres de son corps, et que cependant ils osent dire qu'ils ne sont pas saints, ils font injure à ce chef^ dont les nieml>r^s sont saints.
5* L'Eglise est sainte, parce qu'elle seule offre un sont très-utiles, et ont une forme nnerveilleuse pour ...u, — !'„:.: .„^:ft^^ ^. ^.,vii^ r.^.,f ..o^,. ...: excitcr les fidèles à connaître la vérité, et pour leur
renouveler la mémoire des plus grands mystères , ce qui a fait que les apôlres mêmes s'en sont servis, les pasteurs ne maiwiiieront point d'en choisir quelfjuesuoes pour les instruire des vérités qui regardent l'Eglise.
Or entre toutes les figures de l'ancien Testament qui nous représenienl l'Eglise, il n'y en a point de plus éclaianleque l'arche de Noé, qui ne semble avoir été ^construite par l'ordre de Dieu que pour en êire la figure. Car Dieu a établi rh:glise de tetle manière qu'il a voulu que tous ceux qui seraient enirés dans son sein par le baptême pussent être à couvert de la mort éternelle ; ei que ceux an contraire qui en S' raient séparés lussenl accablés par le poids de leurs crimes ; de même qn'il arriva (|ue tous ceiix qui n'entrèrent point dans l'arche de Noé furent ensevelis dans les eaux du déluge.
La ville de Jérusalem qui était si grande et si magnifique, el dont l'Ecriture sainte emprunte si souvent le nom pour nous marquer la s;,inte Eglise, en était encore (JmC a<lmirable ligure. Car de même qu'il n'était permis d'ofiVir î\ Dieu des sacrifices que dans celte ville-là , ce n'est aussi que dan-i TEglise catholique qu'on rend à Dieu un véritable culte, el qu'on lui offre un véritable sacrifice qui lui soit agréable.
La dernière chose enfin dont il faut que les pasteurs inslruisent les fidèles sur le sujet de l'Eglise , c'est de quelle manière la croyance que nous en avons peut faire un article de la foi. Car quoiqu'il n'y ait persomie qui ne puisse par la raisoi» et même par les sens et sans le secours de la foi connaître l'Eglise , c'est-à-dire celle assemblée d'hommes qui se sont consacrés el dévoués à Jé.^us Christ sur la terre, puisque même ni les Juifs, ni les Turcs n'en doutent nnllemenl , personne néanmoins ne peut être convaincu par la raison , mais seuleiuenl par la lumière de la foi, des mystères que nous venons de manjucr être renferuiés dans l'article de l'Eglise, et dont nous parlerons encore en expli(iuant le sacrement de l'ordre. Comme donc cet article de la toi n'est pas moins audessus de la capacité de notre esprit que les autres, c'est avec raison que nous confessons que ce n'est point par la lumière de la raison humaine, mais par la lundère de la foi (jne l'origine , les avantages, et les excellences de l'Eglise nous sont connues.
Car l'Eglise n'est pas l'ouvrage des hommes, miis c'est Dieu même qui en est l'auteur, et qui l'a établie sur une pieire très-ferme et inébranlable, selon (|ue le Prophète nous en assure par ces paroles ( psal m . 86, 0) : Cest le Très-Haut qui /'a fondée; aussi est-elle appelée lliénlage de Dieu, le peuple de Dieu. Sa puissance ne lui vient pas non plus des hommes, mais de Dieu. C'est pourquoi celle puissance ne se pouvant acquérir par les forces de la nature, ce n'est aussi que par la foi que nous concevons que l'Eglise possède les clés du royaume des cieux , et qu'elle a le pouvoir de remettre les péchés et fulminer des excommunications, et de consacrer le corps de Jésus-Christ, et par conséquent que les citoyens qui r/iabilent n'ont point ici de ville permanente , mais qu'ils en cherchent une autre cil ils doivent habiter un jour. ( Hebr. 13, 14. )
Il faut donc nécessairement croire une Eglise sainte, catholique et apostolique : mais au lieu que nous croyons tellement les trois personnes de la Tri-
véritable et légitime sacrifice, et qu'elle peut user utilement des sacrémenis, par lesquels comme par les instruments efficacf'S de la grâce. Dieu communique la véritable sainieié, en sorte que personne ne peut être vraiment saint, et n'être pas dans le sein de celle Eglise. L'Eglise donc est sainte, et même très-sainte, parce qu'elle est le corps de Jésus Christ; qui la sanctifie et qui la purifie par son sang.
La troisième propriété de l'Eglise est qu'elle est catholique , c'est-à dire universelle. Ce nom lui a éié donné avec justice, parce, comme remarque S. Augustin, (][\'elle s'étend à la faveur de la foi, depuis l'o~ rient jusqu'au couchant^ en sorte qu'elle n'est pas seulement renfermée dans les limites d'un seul royaume ou d'une nuiion, comme les états de la terre ou les sociétés des hérétiques, mais qu'elle renferme dans son sein charitable généralement tous les hommes, < soit barbares ou Scythes, soit libres ou esclaves, soit hommes ou femmes, > comme dit l'Apôtre (Col. 5, 11), D'où, vient qu'il est dit de Notre- Seigneur dans l'Apocalypse (5 et iO) < qu'il i nous a rachetés pour Dieu par son sang, en nous tirant I de toutes les tribus, de toutes les langues, de tous les t peuples^ et de toutes les nations du monde, et qu'il i nous a rendus rois pour la gloire de notre Dieu. > Et c'est de l'Eglise dont David veut parler, lorsqu'il fait dire au Père éternel , parlant à son Fi/sfps. 2, 8.) « Demandez moi, et je vous donnerai toutes les nations pour votre héritage, et toute l'étendue de la terre pour votre royaume; » et en un autre endroit (ps. 80, 4 ) : i Je mettrai , dit le Seigneur, l'Egypte et Babylone entre ceux qui me connaissent et plusieurs serviteurs naîtront dans Sien, d Enfin tous les fidèles qui ont été depuis Adam jusqu^ci, el qui seront jusqu'à la fin du monde, qui ont fait profession de la vraie foi, appartiennent à la même Eglise qui « a été édifiée, selon S. Paul, sur le fondement des apôtres et des prophètes , étant tous établis et fondés sur Jésus- Christ, la pierre angulaire, qui des deux peuples n'en a fait qu'un, et qui est venu annoncer la paix, tant à ceux qui étaient éloignés de Dieu, qu'à ceux qui en étaient proches » L'Eglise est encore appelée universelle, parce que tous ceux qui désiient obtenir le salut éternel y doivent toujours demeurer et ne s'en séparer jamais, de la même manière que ceux qui entrèrent dans l'arche, pour éviter de périr par le déluge, n'en sortirent point pendant tout le temps qu'il dura.
Celte dernière propriété de l'Eglise est la marque
la plus assurée, par laquelle on peut distinguer la vé-
iitable Eglise de la fausse. Mais on peui encore la re-
îoimaîire, en ce qu'elle tire son origine des apôlres
ijjui ont publié l'Evangile, Car la doctrine de l'Eglise
l'est pas une doctrine nouvelle, et qui ne commence
i|u'à paraître, mais c'est celle-là même qui a été en-
eignée par les apôtres, et qui a été répandue par eux
lans toute la terre. De sorte qu'il n*y a personne qui
le puisse voir clairement combien la doctrine impie
les hérétiques est éloignée de la foi de la véritable
iCglise, puisqu'elle est tout opposée à la doctrine qui
été prêchée par tout le monde depuis les apôlres
usqu'à nous. C'est pouniuoi les Pères du concile de
Jicée, inspirés de Dieu, voulant nous faire compren-
re quelle était l'Eglise caiholique, ont ajouté dans le
yuibole le mot apostolique.
Et en efl'et le Saint-Esprit qui préside à l'Eglise
e la gouverne que par le ministère des Apôtres. Car
est à eux que cet Esprit saint a été premièrement nité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, que nous
onne; et il est demeuré toujours depuis dr.ns l'Eglise croyons en elle, dans cet article, changeant de ma-
ar un elfet de la charité infinie de Dieu pour elle. nière de parler, nous protestons seulement de croire
'e sorte que de même qu'il est impossible que cette la sainte Eglise, et non pas ess ia sainte Eglise. Ce que
glise, qui seule est gouvernée par le Saint-Esprit, lusse errer, ni dans la foi, ni dans la règle des mœurs,
est nécessaire aussi que toutes les autres sociétés ni usurpent le nom d'église étant conduites par i'esril du démon, soient dans de très-pernicieuses er- Mirs, soit pour la docirine, soit pour les mœurs.
.Mais parce qiic les figures de l'ancien Testament
nous faisons afin que, par celte différente manière de parler, il paraisse qu'on distingue entre Dieu, qui est le Créateur de louies choses , et les créatures, et qu'on sache que c'est à Dieu qu'il faut ren(Ue grâces de tous les dons admirables que l'Eglise possède , puisqu'elle les tient tous de sa bonté et de sa misél'icorde.
La communion des saints
ââO
nui lob ige à es en insiru" c, ^ ^^^ «/•" -;- -^ - ,
TecTs^Ants dans la même f^>'^''V/^/("^orroUe^sT soit avec le Père et son Fds ''^«"^-^'"^«^•.^' ^2^,'!^ciélé consiste dans la communion des saints dont on fait profossion parées dernières paroles de cet articleci. E. plût à Dieu que les pasteurs de TLghse s appl iqnassent avec le même zèle et le même som que S. Paul et les autres apôtres a les expliquer aux hdèles. Car non seulement elles servent al intelligence des précédentes et elles renfermiMit une doclrme tresmile, mais même elles instruisent encore des fruits nue nous devons tirer de la connaissance des mystères nui sont renfermés dans le Symbole. De sorte que nous devcms faire tous nos efforts pour être admis a cette sublime et heureuse société des saints, et pour y persévérer avec constance, y étant une fois admis ren- . . '.. ^ n:... 1^ D>i..y7 nui pn vnun dclntrant de stt
contraire , s'il est dans une pleine santé , tous les membres aussi s'en ressentent.
Ainsi dans l'Eglise, quoiqu'il y ait divers membres, c'est-à-dire des hommes de diverses nations et conditions, des Juifs et des gentils, des personnes libres et des esclaves, des riches et des pauvres, néanmoins après qu'ils ont reçu le baptême ils ne font tous qu'un corps avec Jésus-Christ, qui en est le chef; et chacun y a sa fonction particulière : les uns y faisant celle â'apôires, et les autres celle de docteurs ; les uns commandant et instruisant les autres, et d'autres obéissant et étant soumis aux autres ; et il n'y en a point qui ne soit établi pour y procurer le bien public. De sorte que tous ceux qui vivent dans la chante et dans la justice , étant agréables à Dieu , participent a tous les dons et à toutes les grâces dont Dieu favorise toute l'Eglise. , ,. . ^
Pour les membres morts, c'est-a-dire ceux qui sont eneagés dans des crimes et qui sont déchus de la
?.^ M . w^t X la lAv'itâ T^rivAc Hp PavantaffA
ft'^^vJnSë PirJ nTe^ZséZ^idsa gllc^ Us i^s^ pas à la vériïé privés de l'avantage dant grâces a ^Jf'J'f'^^^^^ ''1 au sort et à d'être les membres du corps de l'Eglise, mais, comme
lumière , nous a rendus dignes d avoti pm i au ^ 1 ^^ ^^^^ ^^^^^^ .^^ ^^ participent point aux frmts et aux
avantages spirituels qu'y tirent les justes et les personnes de piété, quoique néanmoins, parce qu ils sont dans l'Eglise, ils ne laissent pas de pouvoir être aides et secourus par ceux qui vivent selon l'esprit , pour recouvrer la vie de la grâce qu'ils ont perdue, et même de recevoir des avantages dont on ne peut douter que ceux qui sont entièrement retranchés de l'Eglise ne
lliérilaqe des saints. (Col. 1, 12. )
Il faiil donc que les pasteurs enseignent aux fidèles que ces dernières paroles sont en quelque sorte rexplicalion des précédentes, par lesquelles nous taisons profession de croire une Eglise sainte et catholinuc. Car comme c'est un seul et même esprit qui la couvorne , tout ce qu'elle a reçu devient commun a tous. De sorte que tous les fidèles peuvent participer également aux fruits de tons les sacrements, qui sont comme autant de liens sacrés qui les unissent et les
r^nlo If iS^na^aqStî^'^l^s d?:s ;;;^n,;^^i;ï;;s'gr^uUes comme la sci^ce, le don
rllT. % W^ es irco^^^^^^^ Nicée ont cru qu'il de prophétie , le don des langues et des miracles , et
falSmtendnfl^^^^ des saints cette tous' les autres dons de cette nature , sont commun,
communion des sacrements; d'où vient qu'ils ont
soient privés.
Non seulement les dons et les grâces qui nous ren dent agréables à Dieu et qui nous rendent justes, mais
dai
liculière cette communion. Car quoiqii il soit vrai que tons les sacrements nous unissent à Dieu, et nous rendent participants de lui-même par le moyen de la grâre (lu'ils nous communiquent, cela convient néanmoins plus particnl'èreincnt à l'Encharisiie.
Mais il faut encore recoiinaîlre une autre sorte de communion dans TEglise, dont la charité est le principe. Car comme la ( harilé ne recherche point ses propres intérêts, elle fait que tous Ici dons (ju un seul Y possède deviennent communs à tous. b. Ambroise confirme cette vérité, lorsqn'expliquant cet endroit du psaume 118- Je suis lié d'affeclion et desoaele avec tous ceux qui vous craignent, il dit que de même qu un membre est uni à tout le corps , ainsi celui qui est dans l'Eqlise est uni à tous ceux qui craignent Dieu. G est poiinjuoi Jésns-Clirist, nous pre^crivant la manière dont nous devons prier, a voulu que nous dissions NoTKE PAIN , et non pas mon pain , et que gcncralement dans toute autre chose nous n'eussions pas égard seulement à ce qui nous touche , mais aussi au salut et au liien des antres.
L'Ecriture sainte, pour nous faire comprendre celte commuoication entière des biens que la chanté opère entre les fidèles, se sert d'une comparaison tirée des membres du corps humain , (jui est très-propre à la faire concevoir. Car, comme dans le corps il y a plusieurs membres, et qu'encore qu'il y en ait plusieurs, ils ne sont tous néanmoins qu'un môme corps dans lequel chaque membre a son action particulière ; en sorte que tous n'ont pas la même fonction, m ne sont pas également honorables et utiles, mais que tous s'acquitlent en particulier de leurs fonctions plus ou moins honorables, aucun n'y cherchant sa propre utilité, mais le bien et l'avanlage de tout le corps , et que de plus la nature les a tellement jtnnts et unis ensemble, que si un membre sent de la douleur, tous les autres membres en ressèment en même temps ; el au
ns l'Eolise. Car Dieu accorde quelquefois ces dons aux méchants mêmes, non pas à la vérité pour leur propre utilité, mais pour l'uldité commune de 1 bghsc et pour son éditication. Ainsi quelquefois Dieu ne donne pas le don de guérir les maladies en considération de celui à qui il le communique, mais pour Is guérison de celui qui est malade. ^
Enfin un homme vraiment chrétien doit être persuadé qu'il ne possède rien qui ne soit autant au> autres qu'à lui-même, de sorte qu'il soit toujours pré et disposé à soulager la misère des pauvres, puisque selon S. Jean, celui-là n'a point la chanté de Dieu ei lui qui ayant les biens de ce monde, et voyant soi frère en nécessité , ne l'assiste pas et l'abandonne Ainsi ceux qui sont dans la communion de l'Eglise son en quelque sorte heureux , pouvant dire avec vent» ces paroles du Psalmisle (ps. 85, i) : Que vos taber nacles sont aimables, ô Dieu des armées ! mon âme lan guit et se consume du désir d'entrer dans la mami du Seigneur : heureux ceux qui habitenl dans voir
maison!