LA RÉMISSION DES PÉCHÉS
Il n'y a personne qui, voyant l'article de la réinis sion des péchés au rang des autres articles de la hji ne juge qu'il renferme quelque chose de divin et daD solument nécessaire pour le salut , puisque personne comme nous avons déjà remarqué, ne peut préienm à la piété chrétienne s'il n'a une foi ferme et entier de tout ce qui est proposé à croire dans le Symbole Or quoique la vérité qui est contenue dans cet aijic! soit connue par elle-même de tout le monde, néan moins si l'on juge nécessaire de la confirmer par que que preuve , il suffira , pour en convaincre tout monde, de rapporter ce que Notre-Seigueur du a s< disciples un peii avant de monter au ciel,lorsqu leur ouvrit l'esprit |)0ur entendre les Ecntures : fallait, dit-il (Luc. 24, CG), que le Christ souffrît et qu ressuscitât d'entre les morts le troisième jour , et qu* prêchât en son nom la pénitence et la rémission des f) chés dans to^es les nations eri commençant parJerus
tem. Où b,s pasteurs peuvent remarquer qu'entre les vérités de la religion dont ils sont obligés d'instruire )es (idoles , Noirc-Seigneur leur a imposé une nécessité très étroite de les instruire avec soin de celles qui regardent la rémission des péchés.
Il est donc du devoir des pasteurs de faire connaître aux fidèles que non seulement Ton trouve dans l'Eglise catholique la rémission de ses péchés, comme le prophète Isaïe Taviiit prédit par ces paroles ( 35, i 2i ) : Le peuple qui habilera dans Ston sera purifié de . ses iniquités; mais même qu'ellt;a la puissance de re- I mcilre les péchés, éiant de foi que, si les prêtres usent de ce pouvoir légitimement et selon les règles près- I criles par Notre- Seigneur Jésus-Christ, les péchés de i ceux à qui ils les remettent sont véritablement remis ; et pardonnes. Et ce pardon nous est accordé si pleinement lorsque, faisant pour la première fois profession de la foi , nous sommes lavés dans les eaux j sacrées du baptême, qu'il ne reste plus rien, non scjilement à effacer pour ce qui est de la coulpe , tant de celle qu'on a contractée par le péché originel que de celle qu'on a contractée par une omission ou une action volontaire et criminelle , mais même à endurer ipour la sâlisfacti(tn de ses péchés. 1 Cependant, comme personne n'est délivré entièrejment de l'infirmité de la nature par la grâce du baptême, mais qu'au contraire il n'y a personne qui ne jsoit obligé, après l'avoir reçu, de combaiire contre les mouvemenls de la concupiscence, qui ne cesse point de nous exciter au péché, et qu'à peine se trouve-t-il quelqu'un qui leur résiste assez fortement ou qui soit assez soigneux de son salui pour éviter d'en recevoir quelque blessure; il a été nécessaire que l'Eglise eut le pouvoir de remettre les péchés. Ainsi les clés du royaume du ciel lui ont élé confiées, non seulement pour pouvoir remettre les péciiés par le sacrcmciit do baptême , mais encore pour les remettre à tous ceux qui en auraient une véritable douleur , quand même ils y auraient persévéré jusqu'au dernier jour de leur m.
C'est ce que l'Écriture sainte nous marque claire-
nent en plusieurs endroits différents ; comme dans
paint Matthieu ( 16, 19), où Notre -Seigneur dit à saint
Pierre qu'il lui donnera les clés du royaume du ciel, que
fout ce qu'il liera sur la terre sera lié dans le ciel, et que
'ont ce quil déliera sur la (erre sera délié dans le ciel.
El on un autre endroit , parlant à tous ses apôtres , il
es assure ( Matth. i8. 18 ) que tout ce qu'ils lieront sur
a terre sera lié dans le ciel, et que tout ce qu'ils délieront
\mr la terre sera délié dans le ciel. Saini, Jean rapporte
lussi que Notre-Seigueur ayant soufflé sur ses apô-
res leur dit ces paroles ( Joan. 50^ 23) : Recevez le
'iaint-Kspiit. Les péchés seront venus à ceux à qui vous
\es remettrez , et ils seront retenus à ceux à qui vous les
\etiendrez.
i Et il ne faut pas croire que cette puissance soit resreinte à de certaines espèces de péchés : car on ne !)eut supposer ni s'imaginer de crimes, si énormes et |i horribles qu'ils soient, que l'Eglise n'ait pouvoir le remettre; de sorte qu'il n'y a personne, quelque néchant et détestable qu'il soit , à qui on ne doive lonner espérance d'obtenir le pardon de ses crimes, 'il en est véritablement pénitent. Cette puissance 'est pas non plus tellement limitée pour le temps, u'il ne soiti)ius permis d'en user passé un certain Rmps; car à quelque heure qu'un pécheur veuille incèremem se convertir , Notre - Seigneur a appris ne le pas rejeter, lorsque, répondant à la demande ne lui avait faite saint Pierre : Combien de fois il fal^ ut pardonner aux pécheurs , et si c'était assez de sept ois, il dit ; Je ne dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à optante fois sept fois. (Matth. 18, 21.)
Véritablement si Ton considère cette puissance )ute divine par rapport à ses minisires, elle paraîtra voir quelques bornes et être limitée. Car Noire-Seineur n'a pas communiqué un si saint ministère à tout 5 monde, nim seulement aux évêques et aux prêtres,
Cela est encore vrai de la manière de l'exercer. Car c'est seulement par les sacrements administrés selon les formes que les péchés se peuvent remettre ; et rEglise n'a point droit de les remettre que par celte voie. D'où il s'ensuit que ni les prêtres ni les sacrements ne contribuent à remetire les péchés que parce qu'ils sont comme les instrumenis par lesquels Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui est lauieurde notre salut, opère en nous la rémission de nos péchés et notre justification.
Or, afin que les fidèles considèrent avec pltis d'attention ce don céleste que Dieu a fait à son Eglise par un effet tout singulier de sa bonté envers elle, et q<ie quand ils voudront en user ou en parler, ils le fassent avec plus de fervents sentiments de piété, les pasteurs tâcheront de leur faire connaître l'excellence et l'étendue de cette grâce, qui consiste dans le pouvoir de rendre les hommes justes d'injustes qu'ils étaient auparavant. Car il est certain que cela ne se peut faire que par la môme vertu iulinio de Dieu, que nous croyons avoir élé nécessaire pour créer le monde et pour ressusciter les morts , puisque, selon la pensée de saint Augustin , c'est une œuvre plus grande de rendre un homme pieux d'impie qu'il était auparavant. , que de créer de rien le ciel et la terre ; ce qui est certainement reflet d'une puissance infinie. C'est donc avec beaucoup de fondement que les saints Pères ont dit qu'il n'y avait que Dieu qui pût pardonner aux hommes leurs péchés , et qu'on ne pouvait attribuer une œuvre si merveilleuse qu'à sa bonté infinie et à sa toute-puissance. C'est moi, dit Dieu par son prophète, c'est moi-même qui efface les iniquités de mon peuple. Et en efi'el il Ami raisonner de la rémission des péchés de même que de la remise d'une dette. De même donc (ju'une dette ne peut être remise que par le créancier : n'étant redevables qu'à Dieu par le péché , comme il paraît en ce que nous le prions ttms les joins de nous remettre nos dettes, c'esi-à-dire nos offenses, il est certain qu'il ny a que Dieu seul qui nous les puisse pardonner.
Ce don si admirable et si divin n'a été accordé à aucune créature avant que le Fils de Dieu se fûl fait honune. Notre-Seigneur Jésus-Christ est le prensier qui, comme homme, «luuiqnc vrai Dieu tout ensemble, l'a reçu du Père célesie. Cest ce que l'Evangile nous man|ue par ces |>a;oles de Notre-Seigneur même : Afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir sur la terre de remetire les péc//es (Matth. 9, C). Levez-vous , dil-il au paralytique, emportez votre lit et vous en allez en votre maison (Marc. 2, 9)~ S'élant donc lait homme pour accorder aux hommes le pardon de leurs péchés , avant que de monter au ciel pour y être assis élerneliement à la droile de Dieu son Père, il laissa dans son Eglise cetie puissance aux évêques et aux prêtres; avec celle différence néanmoins, comme nous l'avons déjà remarqué, qu'au lieu que Jésus-Christ remet les péchés , les prêtres ne le font qu'en qualité de ses ministres.
S'il y a donc quelque chose (|ui, étant l'effet d'une vertu infinie, nous doive causer de l'admiration et de l'éloiniement, c'est particulièrement ce do;i si préciciix que Notre-Seigneur a fait à son Eglise par un pur effet de sa bonté et de sa charité pour elle. Mais la nianière niêioe dont Dieu, comme un père trèsclément, a voulu effacer les péchés du moudCi est ce qui doit faire concevoir de plus grands sentinieuts de reconnaissance pour nu si gr;md biinfnit. Car il a voulu que nos crimes fusseni expiés par l'elfusion du sang de son Fils unique, ayant peruiis qu'il ait souffert volontairemenl la peine ({ue nous avions mérilée pour nos péchés , que le juste ait été condamné pour des justes, et que l'innocent soit mort d'une mort cruelle pour des coupables {\ Pel. 5, 18). De sorte que si nous considérons que ce n'a pas été par des choses corruptibles, comme de l'or et de l'argent, que nous avons été rachetés , mais par le précieux sang de Jésus-Christ ^ comme de l'Agneau sam tache et sans défaut (iùid. 1 ,18)|
CATÉCHISME DU COiNClLE DR TRENTE.
BOUS avouerons que rien ne nous pouvait être plus avantageux que cette puissanc ede remettre les pèches, qui fait éclater d'une manière toute particulière la providence admirable et la charité infinie de Dieu envers
nous. , . .
Et il est impossible (|ue celte pensée ne produise de très- grands fruits en celui qui en est pénétré. Car, quoiqu'il soit difficile que nous ne tombions dans une grande appréhension et une grande inquiétude lorsque nous ponsidérons que celui qui offense Dieu parun péché mortel perd en même temps tous les avantages que Jésus-Christ lui avait acquis par ses souffrances et par sa mort , et que l'entrée du paradis, qu'il avait ouverte à tous les hommes par sa passion, lui est absolument inlerdite ; silôl néanmoins que nous faisons réflexion sur celte puissance admirable que Dieu a comumniquée à l'Egli e , et qu'étant lorlifiés par la foi de cet arlicle nous sommes persuadés que Dieu présente par-là à tous les hommes le pouvoir d'èlre rétablis par sa grâce dans leur première innocence et dans leur première dignité; il ne se peut que nous ne soyons alors remplis d une souveraine joie, et que nous ne rendions à Dieu des actions de grceàs immortelles d'avoir comu unique à son Eglise un si grand don. El certes si, lorsque nous sommes affligés de quelque fâcheuse maladie, les remèdes que les médecins nous préparent selon les règles de leur art et de leur science ont coutume de nous paraître si désirables , combien à plus forte raison les remèdes que la sagesse divine a éiablis pour guérir les maladies de nos âmes et pour leur redonner la vie et réparer leur santé, nous doivenl-ils paraître doux , vu particuliément qu'ils ne nous laissent pas dans une espérance douteuse de notre guérison , comme les remèdes que nous prenons pour recouvrer la santé de nos corps ; mais qu'ils redonnent irès-cerlainement la santé de l'âme à ceux (|ui désirent sincèrement d'être guéris.
Après que les pasteurs asiront fait connaître aux fidèles l'excellence d'un si grand don, ils les exhorteront encore à avoir soin de s'en servir utilement. Car il est pr(>sque impossible que celui qui néglige une chose qui lui est aussi utile et aussi nécessaire que l'est la puissance de remeilre les péchés, r.e semble la mépriser, surtout étant visible queNolre-Seigneur ne Ta donnée à l'Eglise (lu'afiii que chacun en usai comme d'un remède très-salutaire aux maux de son âme. Car, comme personne ne peut être purifié la première fois que par le baptême , quiconque veut aussi recouvrer la grâce du baptême qu'il a perdue par des léchés mortels , doit nécessairenient recourir au sacrement de pénitence, qui est l'unique remède qui lui reste pour se purifier de ses péchés.
Mais il faut bieii prendre garde de ne pas abuser de ce pouvoir qu'ont les ministres de l'Eglise de nous pardonner nos pécl>és, et que nnus avons fait voir être étendu , et n'être limité d'aucun temps. Car si nous prenions occasion de là ou de pécher plus librement, ou de devenir pins paresseux et plus négligents à nous convertir, d'un côté le mépris manifeste que nous ferions de ce pouvoir nous i endrait indignes que Dieu nous fit jamais miséricorde , et de l'autre il serait à craindre qu'en nous y confiant trop nous eussions cru en vain * la rémission des péchés , et qu'étant prévenus par la mort nous n'eu perdissions avec justice le fruit que nous pouvions nous en promettre , pour avoir trop différé de nous en servir.
AimCLE XI.