DU SACREMENT DE CONFIRMATION
dons du fcami-JCiSpru, pan.-c ^u^. vv..«. .« ..^ ,.^^. ».«. être un parfait chrétien qui, par un mépris volontaire, ne reçoit pas la confirmation, ainsi que nous 1 apprenons de S. Pierre, et que tous les auires apolres 1 ont enseigné par l'ordre de Notre -Seigneur.
Les papes Urbain , Fabien et Lusebe , qui étant animés du même esprit ont répandu leur sang pour Jésus-Christ, confirment la même vente dans leurs der crétales. Tous les Pères l'ont aussi soutenue, et entre eux saint Denis, marquant la manière dont on devait faire le chrême et dont on devait s'en servir, du que
marquant de ceiie sainie ui luuic- «.»...». y..^.,^^. . rendait digne de participer à la tres-sainle corn
niunion. ^ . ^ ^„,
Eusèbe de Césarée reconnaît dans ce sacrement une si erande vertu qu'il ne craint poinl de dire que ce flui fut cause que Novat, hérétique, ne put obtenir le Saint-Esprit pour sa conversion elail quêtant tombé dans une maladie dangereuse après son baptême, il n'avait pas été marqué du sceau du saint
chrême
Nous'avons encore des preuves bien claires de cette vérité dans le livre que S. Ambroise a intitule des Nouveau-baplisés , et dans ceux que saint Augustm a éciits contre les lettres de Péiilien, donatiste. bt ces deux saints ont éié si persuadés quon ne pouvait douter de la vérité de ce sacrement, que 1 un et l auire la confirment par plusi(3uis témoignages de l bcrilure sainte. Ainsi l'un prétend qu il faut entendre di] sacrement de conlirmalion ces paroles de lApoln (Eph. 4, 50) : IS'attristez pas r Esprit saint de Dm, dont vous avez été îuarqués comme d'un sceau. Et lau ire soutient qu'il y laul rapporter celles-ci du psaum
uu Dai^ai..»...- -- 152, où il est parlé (v. 2) de cette excellente hui
1 • ,i«c r^oc^a..rcr^Vvnli- de parfum qui étant répandue sur la tête dAaroi
^^:.^tS':^^'>i'^^^^'^^ -la en.J su, sa Jrbe, a ces autres d««.e. ils n'ont été plus obligés de les en instruire parlaile-
ment qu'en ce temps-ci , où beaucoup de personne:, négligent de le recevoir, et où très-peu se mettent en peine de profiter des avantages qu^ils en pourraient lirer. Il faut donc qu^ils s'appliquent au temps de la Pentecôte , où l'on a particulièrement coutume d administrer ce sacremenl, et aux autres jours auxquels ils jugeront le pouvoir faire avec utilité, a instruire de telle sorte leurs peuples de la vertu et de 1 excellence de ce sacremenl qu'ils soient persuades (juc non seulement ils ne peuvent sans crime le négliger, mais même qu'ils doivent se préparer a le recevoir avec beaucoup de piéié et de reUgion, de peur que par Uur faute et à leur préjudice ils ne rendent mutile ce don si signalé de la bonté de Dieu envers les
hommes. ,, r- ,- ^*
i 1. Pourquoi ce sacrement est appelé confirniatton , et qu'il est un véritable sacremenl.
L'Eglise a donné à ce sacremenl le nom de confirmation , parce qu'en même temps que celui qui est baplisé est oint par l'évêque du saint chrême , en prononçant ces paroles : Je vous maroue du signe de la
CROIX, ET JE vous CONFIRME ANEC LE CHRÊME DU SALUT,
AU NOM DU Père, et du Fils et du Saint Esprit , û reçoit de nouvelles formes , et commence à être un parfait soldat de Jésus -Christ, pourvu quil ne se
apôue S. Paul (Rom. 5, 2) : JJamour de Dieu a et répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qm nous
été donné. , . , ,
La confirmation est donc un véritable sacreraer
différent de celui du baptême. Car, quand le pap
Melchiades a dit que le sacrement de baptême ava
une étroite connexion avec celui de la confirmation
ce n'est pas qu'il crût que ce fût un même sacremeii
puisqu'il est certain que la diversité des grâces qi
chaque sacremenl confère en particulier, et la divei
site des choses sensibles qu'on y emploie pour sign
fier et pour produire celte même grâce, disiinguent n<
cessairement les sacrements les uns des autres. J
par conséquent comme les hommes sont régénères
reçoivent une nouvelle vie par la grâce du bapiemj
et que par celle de la conlirmalion ils deviennent a
hommes parfaits qui se sont dépouillés de tout ce fl
tenait de l'enfance, il faut qu'il y ait autant de dill
rence entre le baptême, par lequel nous recevons u
nouvelle vie, et la confirmation, qui nous fait croître
nous rend parfaits selon l'esprit , qu'il y en a dans
vie naturelle entre la naissance et raccroissement.
De plus si les difficultés nouvelles et différentes q
l'esprit trouve à surmonter font qu'il a besoin de n<
veaux el différents sacrements, comme nous nay(
pas seulement besoin d'être éclairés de la loi qui
PAKT. II. DES SACKÈiMEiNTS.
'^iy6
l'effet particulier du baptême , mais encore d'être forliliés d;ins cette foi, alin que nous ne puissions être détournés de la confesser par la crainie d'aucunes peines et d':mcuns supplices ni de la mort même, qui est la grâce qui nous est donnée par la confirmation, il faut (|ue ces deux sacrements soient fort différents l'un de l'autre.
Le pape Melchiades explique admirablement cette différence par ces paroles. « L'homme, dii-il, est enrôlé dans la milice chrétiemie. par le baplême, et il reçoit des armes pour combattre se*^ ennemis dans la confirmation. Dans le baplême le Saint Esprit nous donne la plénitude de la grâce pour recouvrer Tinnocence, et dans la confirmation il nous donne la grâce pour acquérir la perfection de la justice. Dans le baptême nous sommes régénérés pour mener une vie nouvelle ; après le baplême nous sommes confirmés pour combattre. Dans le baptême nous sommc'^ lavés et purifiés; après le haptême nous sommes fortifiés. La régénération sauve par elle-même dans le lemps de paix ceux qui reçoivent le b;ipiême; la confinnation leur met les armes à la main et les dispose au combat. »
On ne s'étendra pas davantage à appuyer cette vérilé, qui est établie par un si grand nombre de conciles, et princi()aloment par celui de Tienie, qu'il est aussi peu permis d'en douter que d'avoir des sentiments qui y soient contraires.
§ 2. De l'auteur du sacrement de confirmation.
Alin que les fidèles soient plus pénétrés de la saintelé de ce sacrement, il faut que les pasieurs leur fassent connaître que Noire-Seigneur Jésus- Christ en est l'auteur, et même, comme le témoigne le pape Fabien, qu'il a prescrit l'usage du chrême et les paroles dont l'Eglise se sert en l'administrant. Et c'est de quoi il sera très-aisé de persuader tous ceux qui reconnaissent la conlirmalion pour un des sacieinents de l'Eglise : car comme tous les sacrements sont fort audessus des forces de la nature, ils ne peuvent avoir que Dieu seul pour auteur et pour principe.
Pour ce qui est des parties de ce sacrement, et ipremièrement de sa matière, il est certain que c'est ile saint chrême. Car quoique les autours prolânes se servent de ce terme qui vient des Grecs pour exprimer toutes sortes de parfums, néanmoins les auteurs ecclésiastiques n'en usent ordinairement que pour (marquer cette composition d'huile et de baume qui |Se fait avec la bénédiction solennelle de Tévêque. jAinsi ces deux choses mêlées ensemble avec la béjûédiction de l'évêque sont la matière du sacrement lie confirmation, et elles nous en font voir en même ilemps l'excellertce en nous marquant la diversité des Ions du Saint-Esprit qui sont communiqués par ce iacrement.
L'Eglise dans ses conciles a toujours enseigné celte /érité. Et nous en voyons la tradition dans S. Denis il dans beaucoup d'autres Pères très- considérables, ;t en particulier dans les épîlres du pape Fabien, qui issure que Notre-Seigneur a prescrit lui-n)êine aux ipôtres la composition du chrême, et qu'ils l'ont enj>uite laissée à l'Eglise.
I Enelfet il n'y avait point de matière qui fût plus propre que celle du chrême pour marquer l'efïei de ce sarement. Car l'huile, qui est grasse et qui s'attache et e répand facilement, exprime parfaitement la pléniude de grâce que le Saint-Esprit répand et faitcouer de Jéï>us-Christ, qui est notre chef, sur nous qui ommes ses membres, comme cette huile de parfum ni de la tête d'Aaron coula sur sa barbe, et de sa arbe sur le bord de son vêtement : car, connue dit le *salmisie. Dieu a consacré ce divin Sauveur d'une huile ejoie en une manière plus excellente que tous ceux qui articiperjnt à sa gloire ; et nous avons tous reçu de sa lénitude, seloa S. Jean.
Le baume pareillement, qui est d'une odeur très- ^ouce et très-agréable, marque que les fidèles, étant levenus parfaits par la grâce du sacrement de con-
GoNC. DE Trente. L
firmation . doivent répandre partout la douce odeur de toutes les vertus, en^orle qu'ils puissent dire comme l'Apôtre (2 Cor. 2, i5) : JSous sommes de^ vant Dieu la bonne odeur de Je sus- Christ. Et cismnie le baume a encore cette vertu (|u'il empêche que ce qui en a été oint ne se corrompe, de même aussi les fidèles, étant fortifiés par la grâce qui leur est communiquée par ce sacrement, peuvent aisément se défendre de la contagion de toutes sortes de crimes.
Quant à la consécration du chrême , c'est lévêque qui la fait avec des cérémonies particulières. Et ces cérémonies, comme le pape Fabien, qui est illustre par sa sainteté et par la gloire de son martyre, l'a remarqué, ont même été prescrites aux apôtres par Jésus-Christ dans la dernière cène, où il les instruisit de la manière dont se devait Aiire le chrême. On peut même donner une raison de la néces iié de ces céiémonies. Car dans la plupart des autres sacrements Jésus-Christ en a tellement institué et prescrit la matière, qu'il l'a aussi sanctiliée. Par exemple, il n'a pas seulement ordonné que l'eau servirait de matière au baptême lorsqu'il dit que si un homme ne renaissait de l'eau et de l'esprit, il ne pourrait entrer dans le royaume de Dieu; mais ayant été lui-même baptisé, il lui a communiqué la vertu de sanctilier les autres. C'est ce qui a fait dire à S. Chrysoslôme que l'eau du baptême ne pourrait effacer les péclîés des fidèles si elle n'avait été sanctifiée par l'attouchement du corps de Jé.us-Christ. Comme donc il n'a point consacré lui-même la matière du chrême, n'er* ayant fait aucun usage, il était nécessaire qu'elle fût consacrée par des prières particulières faites par l'évêque seul, qu'il a établi le ministre ordinaire de ce sacrement.
L'autre partie est la forme de ce sacrement qui consiste dans les paroles que l'évêque prononce lorsi|u'il applique l'onclicm du chrême. Ainsiles iîdèles doivent se souvenir d'exciter en eux des sentiments de piété, de foi et de religion, lorsque révêijue les prononce, leur administrant ce sacrement, afin (ju il n'y ait i ien en eux qui puisse mettre obstacle à la grâce qu'il opère. Voici ces paroles : Je vous marque du signe de
LA croix et je vous CONFIRME DU CURÊME DU SALUT, AU
NOM DU Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.
Et il est aisé de montrer que la forme essentielle de ce sacrement consiste dans ces paroles, puis<iu'elles renferment tout ce qui sert à en expliquer la substance el la nature, en quoi consiste proprement la foruie d'un sacrement. Car il faut observer trois choses dans la confirmation : 1° la venu divine qui y opère connue cause principale ; 2" la force et le C(uirage que les fidèles y reçoivent par l'onction sacrée pour travailler à leur salut; 3" el enfin le signe doni est marqué celui qui doit entreprendre le combat de la vie chrétienne. La première cliose est manjuée assez clairement par ces paroles : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, qui sont les dernières de la forme de ce sacrementj la seconde, par celles-ci : Je vous CONFIRME PAR LE CHRÊME DU SALUT, qui tiennent le milieu ; et la troisième, par ces autres qui sont le commencemenl : Je vous marque du signe de la croix. Mais quand on ne pourrait p. s montrer par aucune raison que c'est là la véritable ei seule forme de ce sacrement, l'autorité de l'Eglise, qui nous a toujours enseigné que ce l'est , ne nous permettrait pas d'en douter.
§ 3. Des ministres de ce sacrement.
Comme, selon Jérémie (23, 21), il s'en trouve plusieurs qui courent quoiqu'ils ne soient pas envoyés^ il est nécessaire de faire voir qui sont ceux (jui sont les vériia blés et légitimes ministres de ce sacrement. Or l'Ecriture sainte nous apprend que l'évêque seul a la puissance légitime et ordinaire de le (onférer Car nous lisons dans les Actes des apôtres (8, Li ) que ceux de Samarie ayant reçu l'Evangile ^ saint Pierre el saint Jean leur furent envoyés, qui prièrent pour eux afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit^ parce qu'il n'était point
(Neuf.)
On neut encore tirer une preuve de celle veriie ae la nawrë .Se de ce sacremenl. Car si loutc irelien doi" "roîlre spiriluellement, et doit tendre a la perfecUon de la religion, chrétienne, i! JJ^' Pf .^«"f^'i:;™ oblieé d'être confirmé du sami clireme .lui donne cet accSemeS et cette perlec.ion. Or U n^yX^n'cT niikçp ^iredisoensé de celle première obligation. l.ar puisse être aispeiibe ^ ^^ ^^ ^^^^^^^ ^^^ ^^^ ^^^^^ 1^^ ^^
faiils aui naisseni, croissent et parviennent a un âge mrlait encore qi'ils n'y arrivent pas toujours; de Se 'le dessein de l'Eglise, notre cominune mère, "îqueîa grlc' qui 'ena l'homme clirél en se perfecuônnc d'ans ceux qu'elle a régénères par le baptême Comme donc cela ne se fait que par le sacrement de coTrmation, il est évident que tous les (ideles sont poaienienl obligés de le recevoir.
°Mais Uiaut observer qu'er.core Qu on pût donner ce sont comme les nV"'T''*/'îrhniTet sacrement à ions ceux qui oui reçu le bapleme il est
. - ,. ^. Ir. ^îmiM»t la chaux, le bois Cl &,ti.icmciu- « '^„ i^ ^-.«•^.op nnv pnfnnis lUS-
préparent et disp^osent 1^ cimti;l, la ^ bâtiment, c'est toutefois plus i; le reste des matériaux necessaiies au u ^^^^ j^ ^^^^^ ^^,^ ^^ ^^^,^^^ ^^
ue linjuo M»' „ ^— - > . niêires avaient
^Tes pasteurs pourront ^^^r^^:^^^ suivante pour i»f.\^^^^g aux évêques; car* de celle ronelion a ele f«?^^^''„®„>„' élève, quoique les même que dans »"f„;« « i^etinS-^s 'intérieurs, ouvriers, qm ''O»'^ comme itb nw» ^^ ^^ ,^ ^^.^ ^^
le icbic u^. "'VorrlnVerte à le mettre dans sa per-
néanmoins a ^aï^9^'\, ^.Ic w nue ce sacrement, -,- .
lectiou : ainsi il était «^^^^ f^ ^",,?'fomme achevé et est bon neanmoi
par lequel notre édifice sp' i^el e ^ ^«^^^ souverain aient sept acçom
perfectionné , ne s'administrât que pai le ^^^ ^^^ i„slitue(
Prêt'-e, et v^on jjar d^nd^s^ ^^^ ^^^^. ,„ ^> ^l ^1
oir un pra-
toutetois Plus à propos de le différer aux enfants jiisnuTce qifils aient atteint Page de discrétion. Et ainsi Suoiquni ne taille pas attendreqnds aiep.t douze ans, il est bon néanmoins de différer à le leur donner qu ils en aien sept accomplis, puisque la confirmation n ayant paTéé iistituée comme absolument nécessane a« sal^t mais seulement afin qu'étant fortdies par la ra- grâce qu'elle nous communique, nous inssions d.spo- ,ue nous av.... . "• ^ ^pm' es lés et préparés à combattre pour l;\/"i^«e Je, us-
ïl.-aubap.meV^t,^^-Xt!ri'îa ^^^ ^^.^^^^ ?!" t^lf ^/'^jh^^T^^ t
âge de discrétion n'étant nullement propre à soutenir
""poùfce qui^esf dès adultes, lorsqu'ils se présentent pour recevoir la confirmation, ils ne doivent pas se contenter d'en approcher avec Im et avec P>ele ^ ^ veulent recevoir la grâce de ce f "'^'"f ,' J^'^';, ! doivent .ncore avoir un profond regret des pecl es
^^'^^^V:^^,7S^^'^^^^^^ ?ljl!s^quine,pe™euait de,.e<^«n^
Se'de'^cS^'er^ùn '§;"--'-'?.f .«^^^^^ Sue celui que nous avons lait voir que lo,i conl.acte
|T E: ^^^^^oirU. confirma,o., . «e ^ nnelle nécessUe elle est.
comme U arrlïf souverii que )es fidèles appor.^^^
1!Sùu,urSr^ confirmé doit a^si -^ parrain dl, même que "ous avons mont, equ.lique au bapleme. tn effet ^ 'i'^»^Xst «ire de armes ont besoin de ^' f '«^^„P""'Jte à eux-mêmes, manière dont ■!» P^^e. t, sans se nune
attaquer et surmonter •'î"'„'=',"^ïiA|es ont-ils besoin combien, à plus f»'^^.,"'^."''d'eeur instruction et de d'une personne qui a t soin «f 'em ,e,„e„t
leur conduite, lo'squ ap es «'^^ .««ns Qu
de eonflrmalion '^'^'^''Zt, «vdTTà^^ attaques de les mcttenl à couvert f ^^ suri r se» et u X ^^^
leurs ennemis, lis entrent dans cette ai-e^F^^ ^^^^^^
rt:olise qui ne permettait de recevoir ce sacremcirt qu^ eun^ Les fidèles entreront aisément dans toulo 2cs dispositions Cl ces pratiques , s'ils ^onçoiveni un fois quels sont les grâces et les eileis admirables qui accompacnent ce sacrement. ^ .-
8 5. Des effets du sacrement de confirmation. La confirmation a cela de commun avec tous le»
oueu(j nt..i.o«.v r.^Alûc onnnvfont La COnurniailUEl a i.ci.. uc V.V.1»..
Comme il arrive souvent que es fidèles appmtent L^^ 3,,,,,,ents, que s'il ne se trouve quelque m^ ou trop de précipitation ou trop ^'^^^/^^^^^^^^^^ pèchementdans celui qui le reçoit, elle lui connuhiuHJc eence et de retardement a recevoir ce ^-^Ç '.ment pt ^^^ ^^^^^^ .^^.^^^^ ^^^^,^^^.^ i,s fcar n cms ne parlons poi.it ici de ceux qm o t venus ^^^^^^^ J^^ ^J ^,„^,,, ,, sticpies et sacres q« lusqu'à ce degré d'impieie que de 1« ^f ^'/^ .^^^ ^r marquent la grâce et qui la produisent ) ; mais de U Ivn monuer) , les pasteurs auront soin ^en.eS f^ " . !, Blusieurs effets qui lui sont propres , donlltîl ,u sont cèix à qui Ton doit donner ce sacrem^^^^^^^ ^^emUn-tt lîe perfectionner la grâce du bapleme. quel âge ils doivent avoir et dans quelles dispositions F ^ ^^^^^ ^^^v ^^.^^ ^^^, , ^. ^^^ ^^^^^ ^^ ,^ ils doivent être pour le recevoir. f^il^l^s eomme des enfants nouvellement iré , Et surtout que quoique la .^^/^^^^"'^ ^^^^^^^^ reçoivent par le sacrement ^le conlirmal.on a fo a ;i absolument nécessaire que 1 on "^ P">^' ^ ^^^^ ^'.^ de résister à toutes les attaques du monde et du cl ^1^; n^ .a>o/,Mr. nÂî»i>inn\ns doit bien preuuic u,aiuo » ,.: v^i^:««,,,û„i n,^n rmps dans a toi, ( « ii»
lit snrioui que quu ^u.. .- --""' ^, -,„ aj^.. sauvé reçoivent par le sacicmuin "'-,^^""-' ,"""■; •;,;.,m..
si absolument nécessaire que 1 on "^ P">^' ^ ^^^^ ^'.^ de résister à toutes les attaques du monde et du cl b), sans elle, chacun néanmoins doit bien Pre"ore^diuc pleinemeiit confirmes dans la toi, qu n
5'."'fni.nn«Pr à la recevoir, et de couunettie la ^t ils y so.jt^^s. p^ ^^^^^^^^^ ^^ ^^^ ^^^^.^^^^ ^
le nom de notre Seigneur Jésus-Chnst. El c est de ij, sans doute , que le nom de cuntirmalion lui a ut
donné. , ,,.,crMiii
Car il ne faut pas croire, comme quebiues-nns i ( m
supposé avec autant d'ignorance que f u»P'C\6'/;"^ que saipi i.uc uu..^ u,.p. ^..^ *'.;-',. - ^ ... „,. î^^r de le mot de confirmation vienne de ce qu a«!^»'*^îo'^ I^S" . sion admirable du Sai.^ -Lspr t q ii se it^au jou ue ^^^.^^^ ,^, ,^ ^^^^^^^ l,ur enlancc, ela l d
la Pentecôte sur les apôtres , »1 ^it Act. i, jJJ''^' ^ ^j^ et en âge de discrétion, eiaicnt i^niene>
entemlil tout dhm coup un grand &;"'; /Z'" «^ j ! ^^ ^j^vant^ Pévèque pou? y ratifier et conlirmer la pr«-
violent et impétueux qm venait f«,^^ ' ^f.^^'" JŒ fessionde foi qu'ils avaient faite au bapleme. Aum. toute lamaison où Hs étaient etju aj^^sitot^^^^^^ ,ent il faudrait dire que le sacrement de conhrn^
; elle cnacuil ueauu.v^i"^ v.^... — - I ^,t„n. lo
rtP \rdisDoser à la recevoir, et de conunettre la
grande "'"""l^^n'^^,,'^,''!?''^,'-''^ cH àbli irès-ccriainement ru'r ?a sTnet ic3 on de loul le monde. Et c'est ce
Pslyï^no..appre^^^^^^^^^^
sion admirable du Sai. Lspiii q j
; furent tessionue loi quiis avaium la.iu »... "'f-— ■-;.-..
toute ta maison u« »o ...*..». , ^- y ^ ' j^^^^ ii laudrait dire que le sacremenl de conl" niain
tous remplis du Saint-hsprit. ^'^"^ ±^.fj'f^. dLinle* ne différerait en rien de Pinstruction que 1 on faisa
prendre par ces paroles que, commelois es disciple* "^ "..... k„^a... .. .»; ne» trps-f«nx. Et il est ce
!.. •. x.„: '..♦ .ior.c oMtn maison. GUI était la hguu
ii'nl'SITt" dr„s"cetIimarson; qui était la figure de /♦Eglise, reçurent le Sainl-Espni, U laui
aussi que
ne aiiiererau eu rien ur. i ..lottuv..^.. m-- - r
aux catéchumènes, ce qui est très-faux. Et »^^ f^i ^^,
tain qu'on ne peut apporter de preuve authentique
PART. M DES SACREMENTS
cette coutume prétendue. Ainsi ce nom a été âonué à ce sacrement, comme nous venons de le dire, parce que Dieu confirme en nous par la grâce de ce sacrenieiit ce qu'il y a commencé par le baptême , cl nous rend par elle de pnrfails ciiréiiens.
Et non seulement ce sacrement nous confirme dans la grcâce dubaplême, mais encore il raugmente. C'est ce qu'enseigne le pape Melchiades par ces paroles : € Le Saint-Esprit en descend;int sur les eaux du baptême les rend salulairos , et leur conmiunique la plénitude delà grâce pour réparer l'innocence de l'homme; ^1KÛs par la confinnaiion il donne une nouvelle augmeiilaiion de grâce : et celle augmentation se (ait même d'une manière admirable ; ce qneNotre-Scigneur a parllùlement exprimé par ces paroles qu'il dit à ses apôtres ( Luc. 2i, 49 ) : Demeurez dans la ville de Jérusalem , JKScfii'à ce que vous soyez revêtus de la force (f en -haut. »
Que si les pasteurs veulent IVâre connaître encore f)lus paiticuliêreminl aux rulèles la venu et l'efficace ■de ce sacremeni (ce qu'on ne peut domer qui ne sort tin moyen très-puissant pour les porter à en avoir fins de vénération), ils li'auront pour cela qu'à leur expliquer ce (jui arriva aux apôlres, après qu'ils eurent reçu le Saint-Esprit. Car au lieu que devant la passion et au temps même de la passion de Jésus-Christ ils furent si faibles el si lâches, que Nolrc-Seigneur n'eut pas plus lot élé arrêté qu'ils s'eisfulrenl elFabandonnérent tous; que saint Pierre , qui avait élé desliné pour être la pierre fondamentale de l'Eglise, et qui avait fait paraître un peu auparavant tant de constance et de courage, étant effrayé par la voix d'une simple servante, nia non une fois ou deux seulement, mais même f)ar trois fois qu'il fût son disciple; el qu'enfin après «a léîrurrection tous les disciples se retirèrent dans mie maison, de crainte des Juifs ; au coniniire le Saint- Esprit les remplit au jour de la Peniecôte d'une grâce •si forte et si puissante , que , depuis ce temps -là , ils prêchèrent hautement el sans cr^nnle rE\aiigile que Jésus-Christ leur avait commis, non seulement dans fci Judée, mais dans tout le ntonde, et qu'ils regardèrent comme le plus grand bonheur qui leur jouvait «rrivcr, d'être jugés dignes de souffrir des opprobres el des tourments, ies liens ei la croix même pour le nom de Jésus-Christ.
Enfin la confirmation a la vertu d'imprimer un ca- *actère qui fliil qu'on ne la peut pas recevoir plus #une fois, ainsi que nous l'avons déjà dit du baplèiiie , «tque nous le dirons ensuite du sacremeni de l'ordre. • Si les pasteurs représentent et expliquent souvent «t avec exactitude ces vérités aux fidèles, il est impossible que connaissani l'excellence et la digniié de hëe sacrement , ils n'apportent toute la diligence qui lewsera possible pour le recevoir avec toute la piété «Houles les dispositions saintes qu'il demande, l H ne reste plus qu'à dire en peu de mois quelque l^hose des cérémonies avec lesquelles TEglise adinil«isire ce saeiement. Car si les pasteurs font réflexion isur ce que nous avons dit de l'ulilité de ces cérémonies, llersque nous avons traité des sacrements en général, Ifts comprendront aisément combien celle explication ipourra être avantageuse aux fidèles.
§ 6. iJes cérémonies du sacrement de confirmation. Premièremenl , l'évêque oint du saint chrême le >nt de celui qu'il confirme; ce qui marque que *nme la grâce du Saint-Esprit est répandue par ce Bacremcnl dans le cœur de celui qui le reçoit, afin de \ii donner de nouvelles forces pour soutenir la guerre ipiriluelle qu'il entreprend, et pour résister courageusement à la malice de ses ennemis , celle onction étant faite sur son front , qui est le siège de la honte et de la crainte , il ne doit plus être retenu par la lionte ni par la crainte de confesser librement qu'il i>sl chrétien.
Mais, de plus, le signe de la croix, avec lequel se laii cette onction, étant comme la marque qui dislingue les chrétiens du reste des hommes , il était jiiLie
qu'il ffit imprimé sur la plus noble partie de leur corps.
L'Eglise voulant nous faiie connaître l'excellence et la grandeur des mystères qui sont renfermés dans ^elte onction sacrée, par ce qui se passa au jour de la Pentecôte , où les apôtres reçurent la plénitude du Sainl-Esprilct furent confirmés en grâce, a toujours > observé très-religieusement de donner ce sacrement i particulièrement en ce saint temps.
L'onction étant faite , l'évêque donne un petit soufflet au confirmé pour le faire souvenir que , comme un généreux soldat, il doit être préparé à souiïrir avec un courage invincible toutes sortes d'adversités pour l'amour de Jésus-Chrisl.
Enfin, il lui donne le baiser de paix pour lui faire comprendre qu'il a reçu la pléniliide de la grâce divine , et cette paix de Dieu qui surpasse toute pensée , comme dit l'Apôtre (Philip. 47).
\"oilà en abrégé les vérités que les pasteurs doivent expliquer touchant le sacrement de confirmation , non par de simples paroles, mais par des discours accompagnés de zèle et d'une piété ardente , afin qu'ils les puissent imprimer plus profondément dans le cœur des fidèles.
DU SACRi^.\lENT DE L'EUCHARISTIE.
Comme entre tous les sacrements que Notre-Seigneur a institués pour être les instrumenls par lesquels il communique sa grâce aux hommes , il n'y en a point qui puisse être comparé au sacrement de l'Eucbarislie, il n'y a point aussi de crime pour lequel on doive craindre davanlage d'être très-rigoureusement puni de Dieu que celui que l'on commet lors jue l'on ne traite pas avec piété et religion ce sacrement, qui est SI saint et si adorable , ou plutôt, qui renferme Tauteur et la source même de la sainlelé. C'est ce que l'Apôtre a très-sagement remarqué el dont il nous a avertis expressément; car, après avoir déclaré aux Corinthiens combien grand est le crime de ceux qui ne discernent pas le corps du Seigneur, il ajoute aussitôt (1 Cor. il, 30) : Cest pour cette raison qu'il y en a plusieurs parmi vous qui sont malades et lamjuissantSy et que plusieurs dorment du sommeil de la mort. Ainsi , afin que les fidèles puissent recevoir par rEucliaiisiio les fruits très-abondants de la grâce et éviter la trèsjuste colère de Dieu en lui rendant les honneurs divins qui lui sont dus, il faut que les pasteurs aient soin de leur expliquer ce qui peut relever davanlase la majesté et la gloire de ce sacrement.
Il sera bon, pour cet cffel, qu'imitant l'apôtre saint Paul, qui déclare aux Corinthiens qu'il leur avait enseigné louchant ce mystère ce qu'il en avait appris du Seigneur, ils leur expliquent, avant toutes choses, de quelle manière ce sacremeni a élé institué. Or il e.-^t clair par l'Evangile que cela se passa de la sorte :
Comme Notre-Seigneur avait aimé les siens, qui étaient dans le monde, il les aima aussi jusqu'à la fin (Joan. 13, 1). Sachant donc que son heure était venue pour passer de ce monde à son Père , et voulant leur laisser un gage admirable et tout divin de son amour, il trouva par un effet tout particulier de sa sagesse et qui surpasse entièrement l'ordre et le pouvoir de la nature, un moyen de n'être jamais séparé d'eux. Ainsi, après avoir mangé dans la cène l'agneau pascal avec ses disciples, afin que la vériié succédât à la figure et le corps à l'ombre , il prit du pain , et aijaut rendu grâces à Dieu il le bénit et le rompit , et te donna à ses apôlres , en disant : Prenez et mangez , ceci est mon corps, qui est donné pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice après avoir soupe , en disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang , lequel sera répandu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le boires (Matth. 26, 20; Marc. 4 , 22; Luc. 22, 19; 1 Cor. 11, 24).
§ 1 . Pourquoi ce sacrement est appelé Eucharistie , et quels sont les autres noms qu'on lui a donnés.
Les auteurs ecclésiastiques voyant qu'il était impus-
me de f-re.comprendre P- «n^^s^^^^^^^^^^^
lence el la majesté de «t a^^^stt s^ j.nér, nts. Ainsi chéde l'e''Pn>nefP'rP"f'A^f ^,i,,ie, c'esl-à dire ils rappellent V'^''!"^;"'^ ^e srtcès , < "> sont deus grâce excellen.e ou (^.^ Car il est
""""Ti.rn .né s 4êë excellente, puisqu'il esl le ''^''"hp W é er..llle que rApôlrc appelle une grâce
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avons reçus de sa ^"^ |; «^^.P , „„„, oom.nnniqne ^^rce'sacrenKnl Mail de "pins, ce nom c«nv,ent
fi. hl^n avec ce nue Noire-Seigneur fit en l'i; stin„; è"r lEvantile rapporte qu'avant pns le pam tuant , car i c^v.» -. ^ . "^^ • q- (;e^i pourquoi Dail le rompu, et rendit g aces ^ ^^ ^^
^'^ './.f "av nt 'r^r.no,,cer ces paroles (psal. Vtl\' iTslnelr font bon et tout nméricord.eux a
le mystère de h foi. Et pour ne /arrêter point à rapporter une iuHni.é de passages des auteurs ecdesiasiiaues oui Tout toujours nus au nombre des veritb es sacrements de TÊglise , il est a.sé de e prouver puisque tout ce qui est de r.ssence de la nature d'.m sacrement se rencontre dans rEucbanstie ; car rou y trouve des signes ex teneurs et sens.l» es La Lrâce yest produite et signifiée. Et iesexangehsieset les apôtres ne laissent aucun lieu de douter que Jesus- Chrisi nensoitraiiteur. u a
Mais il faut observer qu'il y a plusieurs choses dans ce sacremeut auxquelles les auteurs ecclésiastiques ont donné le nom de sacrement. Car quelquetois la consécration et la communion , et utemcî assez souvent le corps et le sang de Nolre-Scigneur, qui sont contenus dans TEucharistie, sont appelés sacrements. Ainsi S Augustin dit que ce sacrement consiste en deux choses . dans les espèces visibles des elemenls et dans la chair et le sang invisibles de Notre-Seigneur Jesus- Christ Et c'est en ce sens que nous disons qu il iaut adorer le sacrement de r Eucharistie, entendant par ce mot de sacrement le corps et le sang de Notre-Seisneur. Mais dans la vérité ces choses sont appelées
"r t aSu de g.-lces eelles-çi : La ,nagnil.cence et
TJ!!iZduSeianeur reluisent dans ses ouvrages. laglotre "» *"9'™' expriment ce sacrement par le m«"\lë^acnric^comnfe nous l'expliquerons plus
""llriuilomlenrènèore le nom de communion ; ce «>.' K o l fa pour se coulorn.er à ces paroles de 1 Apo- ?re Icor 10 , 26) : N'esl-U pas vrai que te eabce de hlMWdon Zènous bénissons, est la communion Au sang */; ttaS, :, ,ue levain gue "---rs^m 1>1-
Si^ii^ssl^ntr^îd^u::^-:^
ts anu es da, s le même Jésus-Christ et nous y incorporé pour ainsi dire , afin de ne faire tous qu un
Tesrce qui fait qu'ils l'appellent le sacrement de naix e de charité; et c'est ce qui nous doit (a.re com- Sîèndre combien sont indignes du nom de chre lens ?èux qui ont des inimiiiés les uns contre les au res eluueTsoin il Iaut avoir d'éiouffer entierenient les ha lès les dissensions el les discordes entre les fide^ les comme une pesie très-cruelle et capab e de les nfecîër et de les corrompre; vu , parliculierement nue nous protestons tous les jours dans le sacrifice de Soîrè religion de ne conserver rien plus religieusement que la paix et la chante mutuelle.
Les mèmel auteurs ecclésiastiques appellent encore assez souventce sacrement viatique, tant parce qu il noil sert de viande spirituelle pour nous soutenir da s le Pèlerinage de celle vie, que parce qu .1 nous Sre le chen.in de la gloire et de la féhc.ie elerneîrCesi pourquoi Ion observe, conformément hî'ancienne coutume de l'Eglise, de ne laisser mourir personne sans lui avoir fait recevoir ce sacrement. ■ Enfin il Y a des Pères de l'Eglise tres-anciens qui, fondés sur rautorilé de l'Apôtre, ont donne quelquefois à l'Eucharistie le nom de ceiiLM.arce quelle a été ins.ituée par Jésus-Christ dans la cène, qui était la fiffure de celte nouvelle cène.
El il ne s'ensuit prs pour cela qu'il soit permis de consacrer ou de recevoir l'Eucharistie après avoir bu ou nvu.gé- car plusieurs auimrs anciens témoignent nue ce sont les apôtres qui ont iniroduit a coutume de ne la recevoir qirà jeun, et .,ue l'Eglise Ta toujours cardée et observée depuis eux. . , ^,
S ^ Que iEucliarislie est un véritable sacrement , et quelle est sa matière el sa forme.
Il cslconsianl que l'Eucharistie est un verilable sacrement el un des sept que l'Eglise « toujours i-econnus et révérés pour de ventables sacrements, t est pourquoi dans la consécration du calice il est appelé
les espèces du pain cl du vin a qui ce nom convient
vériiablemenl. » . jp
Nous apprenons de là combien ce sacrement est différent des aulres sacrements. Car tous les autres sacrements ne subsistent que dans l'usage de la matière, et lorsqu'on l'applniue en les conférant. Ainsi le baptême n'est véiitablemeni sacrement que lorsqu actuellement on verse l'eau sur celui qui le reçoit. Mais il suffit pour la perfection de l'Eucharistie que la matière soit consacrée. Car le pain et le vin ne cessent point d'être sacrement quoiqu'on les conserve dans un vase
^^ De plus, dans les aulres sacrements, il ne se fait point de changement de la matière en une autre substance L'eau du bapléme et le chrême de la confirmation ne perdent point leur première nature deau et d'huile lorsqtie l'on confère ces sacrements; au heu nue dans TEucharistie ce qui était pain et vin avant la consécration, devient en même temps quelle est faite, véritable substance du corps et du sang de Jésus-
Christ I
Ouoique le sacrement de l'Eucharistie soit composé de deux matières, du pain et du vin, elles ne font pas néanmoins deux sacremenls , mais un seul et même sacrement selon la doctrine de l'Eglise. Car outre que le nombre de sept sacrements, (pii a toujours ete reconnu par la tradition , et qui a été confirme par es conciles de Lan an, de Florence et de Trente, ne siibsislerail plus si cela était autrement, il faut encore que comme il ne se fait qu'un corps mystique par la grâce de ce sacrement, il soit aussi un en lu'-'^.f ^^ V^^" nu'il ait quelque rapport avec la chose qu il opère ei qu'il signifie. Et aiasi il est un , non pas parce qu il n'est compose que d'une matière, mais parce qu Une signifie qu'une chose : de sorte que de même que le Sger et le boire, qui sont deux choses di^r^.les, ifonl qu'une même fin , qui est de reparer les forces du corps, ainsi les deux espèces diflerentes de ce sacrement n'ont qu'une même signification, qui, est oe mirouer cette nourriture spirituelle qui enirelienl la vie de l'âine. C'est ce qui a fait dire à Noire-Seigneur ( Joan. 6, 56) que sa chair était vériiablemenl viatiae^ que son sang étuit vérilublement breuvage.
Mais ce qu'il faut que les pasteurs expliquent avec grand soin, ce sont les choses (lui nous soui,"iarqiiées par le sacrement de l'Eucharistie; afin que., meam temps que les fidèles co..sidèrent des yeux du corps les sacrés mystè.es, ils puissent ."oumr eur ân^ de la connaissance des ventes divines qu ds renier ment. Or ce sacrement marque pnnc.palemei.t iro»
""^'L-rpremière est une chose passée savoir la passion de Notre-Seigneur Jesus-Chnsl. Car cesi
PART. II. DES SACREMENTS
que Notre-Seigneur nous a marqué par ces paroles (Luc. 22, 19) : Faites ceci en mémoire de moi ; et ce que S. Paul déclare par celles-ci ( 1 Cor. li, 26 ) : Toutes les fois Que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vfenne.
La seconde est une chose présente, savoir la grâce qui nous est communiquée pour nourrir et conserver la vie spirituelle de notre âme. Car comme par le baptême nous recevons une nouvelle vie, ei que nous sommes forliliés par la confirmation pour résister au diable, et pour confesser ptibliquenient le nom de Jésus-Christ, le sacrement de l'Eucharistie est aussi la nourriture qui entretient la vie spirituelle de notre âme.
La troisième est une chose à venir dont elle est le gage, savoir la gloire éternelle dorit nous jouirons dans le ciel , qui est ni>ire pitrie, selon les promesses que Dieu nous en a faites. Or ces trois choses , qui sont distinguées par ces trois différences de temps, du passé, du présent et de l'avenir, sont tellement signifiées par ce sacrement, qu'encore qu'il soit composé de diverses espèces , il les marque néanmoins tout entières , chacune également en particulier , comme si ce n'était qu'une même chose.
11 est surtout nécessaire que les pasteurs aient une connaissance parfaite de la matière de ce sacrement, soit alin qu'ils puissent consacrer validement, soit afin qu'ils puissent instruire les fidèles de la chose dont ce sacrement est le symhole et le signe, et exciler en eux le désir de la posséder.
11 faut donc savoir que ce sacrement est composé de deux matières : la première est le pain, qui est fait de pur froment ; c'est ce qui est évident par l'Evangile : car S. Marc et S. Luc rapportent que Notre-Seigueur ayant pris du pain, le bénit et le rompit en disant : Ceci est mon corps ; ei nous voyons dans S. Jean que Noire-Seigneur lui-même s'est app lé pain : Je suis, dit-il, le pain vivant qui suis descendu du ciel.
Mais comme il y a diverses sortes de pains, ou parce qu'ils sont de différente matière, l'ur» étant fait de froment, l'autre d'orge, l'autre, de légume ou d'autres Iruits de la terre ; ou parce qu'ils ont des qualités différentes, l'un étant f>iiavecdu levain et faulre sans levain, il est ceriain , quant au premier point, que les paroles de Noire Seigneur font voir que le pain eucharistique doit être de pur froment, puisque, selon la manière ordinaire de parler, lorsque l'on parle absolument de pain, on entend certainement parler du pain de froment. Et c'est ce qui nous est marqué expressément dans l'ancien Testament, où l'on voit que Dieu avait ordoimé que les pains de proposition, qui étaient la figure de l'fîucharislie, seraient de pure fleur de fnunent. C'est aussi ce que nous enseigne la tradition des apôtres, et ce qui est conlirmé par l'autorilé de toute l'Eglise. Quant au second point , l'on conclut de ce que Notre-Seigneur observa dans l'institution de ce sacrement, qu'il faut que ce pain soit sans levain. Car il l'insiilua le pre:nier jour des azymes, où il n'était pas permis aux Juifs d'avoir rien chez eux où il y eût du levain.
Que si l'on oppose l'autorité de S. Jean l'évangéliste, qui rapporte que tout cela se fit avant la fêle de Pà(|ue , il est facile de résoudre cette dilTiculié. Car elle n'est fondée que sur ce que le jour que les autres évangélisles ont appelé le preujier des pains sans levain, parce que les jours des azymes conimençaient dès le soir de la cinquième férié, (|ui fut le temps auquel Notre-Seigneur célébra la Pàque , a été apjjelé par S. Jean le jour de devant la Pàque, parce qu'il a cru devoir explniuer ce temps par le jour naturel qui commeiue au lever du soleil. S. Chrysosiôme entend aussi par le premier jour des azynies celui auquel on devait le soir manger les pains sans levain.
L'Apôtre nous enseigne cotnbieu.le pam sans levain est propre pour marquer rinlégrité et la pureté de cœur avec lesquelles on doit s'approcher de ce sacre-
nient, lorsqu'il dit (1 Cor. 5, 7): Purifiez-vous donc du vieux levain , afin que vous soyez une pâte nouvelle et toute pure, comme vous devez être purs et sans aucun levain d'iniquité : car Jésus-Christ , qui est notre agneau pascal , a été immolé pour nous ; c'est pourquoi célébrons cette tFte non avec le levain de malice et de la corruption d'esprit, mais avec les pains sans levain.
Cependant cette qualité n'est pas si nécess «ire que si elle uïanque au pain que l'on cons icre , le sacremciit ne puisse subsister : car soit que le pain soit fiit avec du levain ou non, il est toujours vériiablement pain eten a le nom et les propriétés. Néanmoins il n'esi pas permis à qui que ce soit de changer de son auioriié privée, ou plutôt par une lémérité criminelle, la louable coutume de son Eglise. Et cela est d'autant moins permis aux prêtres de l'Eglise latine , que les souverains pontifes leur ont ordonné de consacrer seulement avec du pain sans levain. Cela suffit pour l'explication de cette première matière de ce sacrement. On remarquera seulement encore ici que la quantité de cette matière n'est point limitée ni déterminée , le nombre de ceux qui peuvee.t ou doivent participera ce sacrement n'éiant ni certain ni limité.
L'autre matière de rEucharistieest le vin qui vient du fruit de la vigne, mêlé avec un peu d'eau. C'est ce que l'Eglise catholique a toujours enseigné, soutenant que Noire-Seigneur a institué ce sacremeuidaus du vin, puisqu'il dit lui-même à ses apôtres qu'il ne boirait plus de ce fruit de vigne, jusqu'à ce jour auquel il le boirait de nouveau avec eux dans le royaume de son Père. Sur quoi S. Chryso tome fait celle remarque : De ce fruit de vigne, dit-il, qui certainement produit du vin, et non de l'eau. Comnie si par ces paroles il eût voulu détruire par avance l'hérésie de ceux qui ont soutenu tant de temps après qu'on ne devait user que d'eau dans ce sacrement.
Or l'Eglise a toujours observéde mêler un peu d'eau avec le vin, 1" parce que, comme S. Cyprieu et plusieurs conciles l'enseignent, Notre-Seigneur Jé^us- Christ en a usé de la sorie; 2° parce que ce mélange renouvelle la mémoire du sang et de l'eau qui coulèrent de sou côté ; 5° parce que l'eau n)an|uant le peuple, connue il est dit dans l'Apociilypse, le mélange de l'eau avec le vin marque l'union des fidèles ave^ Jésus-Christ, qui est leur chef; 4** enfin, parce que l'Eglise a toujours gardé celle coutuuie comme venant de la tradition des apôtres.
Mais quoique les r lisons de ce mélange de l'eau avec le vin soient si importantes <iu'oii ne [)uisse l'omettre sans péché mortel, néanmoins le sacrement ne laisserait pas sans lui de subsister. Et les prêtres doivent prendre gaide de mettre f(U-t peu d'eau avec le vin ; car dans le senlinient des théologiens, cette eau se doit changer en vin. Ce qui a fait dire au [)ai)e Honoré que c'est un abus très-pernieieux que d'employer dans le sacrifiée plus d'eau que de vi.i, la coutume de l'iiglise universelle étant d'y mettre beaucoup plus de vin que d'eau.
Il n'y a donc que le pain et le vin qui puissent servir de matière à ce sacrement. Ainsi c'est avec beaucoup de raison q te l'Eglise a fait plusieurs ordoimances pour défendre d'offrir dans le sacrifice de l'autel autre chose que du pain et du vin ; et pour arrêter la témérité de quelques personnes qui osaient faire le contraire.
Et en effet le pain et le vin (mt de merveilleux rapports avec les choses dont nous croyons et confessons qu'ils sont les symboles et les signes dans ce sacrement; et ils sont très-propres à nous le faire concevoir. Car premièrement, comme le corps et le sang de Jésus-Christ sontdan> l'Eucharistie la vraie nourriture des âmes de ceux qui la reçoivent avec piété et sainteté, Jésus-Cbri.^t ayant dit lui-même (Joan. 6, .^)5) qtie sa chair était véritablement viande, et que son sang était véritablement breuvage, rien ne pouvait être plus propre pour marquer cei effet de ce sacrement que le pain et le vin, qui servent à entre enir la vie du corps, et qui en sont la nourriture ordinaire.
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sécralion du corps et du sang. Car il s'en suivrait de là qu'on ne potirrail. point consacrer validemcnl lorsqu'il n'y aurait personne à qui l'on administrât ce sacrement. Cependant il n'est point permis de douter* que le prêtre ne consacre véritablement le pain , qui est la matière propre de ce sacrement, toutes les fois qu'il prononce, selon l'ordre et l'institution de l'Eglise, les paroles de Notre -Seigneur, quoiqu'il ne donne à personne l'Eucharistie.
Il est encore nécessaire de marquer aux pasteurs la forme de la consécration du vin, qui est l'autre matière de ce sacrement , pour la même raison que nous venons de toucher, en marquant celle du pain. Or cette forme consiste dans ces paroles : Ce calice
EST LE CALICE DE MON SA^G , LE CALICE DE LA NOU- VELLE ALLIANCE, QUI EST ÉTERNELLE, LE MYSTÈRE DE LA FOI , LEQUEL SERA RÉPANDU POUR VOUS ET POUR PLUSIEURS, POUR LA RÉMISSION DES PÉCHÉS.
Ces paroles sont la plnpart prises du nouveau Testament, et qnelqnes-unes des suivantes se sont conservées par tradition dans l'Eglise. Ainsi celles-ci : Ce calice, sont de S. Luc et de S. Paul. De mon sang^ OH mon sang de la nouvelle alliance , qui sera répandu pour vous et pour plusieurs , pour la rémission des péchés, sont en partie de S. Luc et en partie de S. Matthieu. Et celles-ci : Eternel, et mystère de la foi, viennent de la tradition, qui est rinierprète et la gardienne de la vérité.
On ne saurait douter que ces paroles ne soient la forme de la consécration du vin, suivant le raisonnement que nous venons de l'aire en parlant de celles de la consécration du pain. Car il est certain que les paroles qui marquent la conversion de la substance du vin en celle du sang de Nolrc-Seignenr sont la véritable forme de la consécration du vin. Or ces paroles expriment clairement ce changement. Et par conséquent il est évident qu'elles sont la vériiable forme ôe la consécration du vin.
Ces paroles marquent encore quelques fruits du sang que Notre -Seigneur a répandu pour nous dans Fa passion, qui regardent pailiculièrement ce sacrement. Le premier est l'enlrée à l'héritage du ciel, auquel nous avons droit en vue de cette nouvelle et éternelle alliance. Le second est l'onirée à la justice , p'ar le moyen du myslèie de la foi. Car Dieu lions a proposé Jésus-Christ pour être notre médiaienr par la loi que nous aurions en son sang, moiUrant tout ensemble qu'il est juste, et qu'il justiiie celui qui a la foi en Jésus-Christ. Le troisième est la rémission des péchés.
Mais comme ces paroles de la consécration du vifi sont toutes mystérieuses, et qu'elles sont très-propres pour exprimer les vérités que renferme ce sacremenl, il faut les peser et les examiner plus en particulier. Ainsi ces premières paroles que le prêtre prononce : Ce calice est le cauce de mon sang, se doivent l)rendre en ce sens : Ceci est mon sang qui est contenu dans ce calice. Et c'est avec raison que lorsqu'on consacre ce sang pour être le breuvnge des fidèles, on fait mention du calice, parce qu'aulremcnl ce sang ne semblerait pas assez marquer par lui-même qu'il est dans ce sacrement pour être bu, s'il n'était point parlé du calice dans lequel on le doit prendre. Le prêtre ajoute : De la nouvelle alliance, pour nous faire comprendre que le sang de Notre-Seignenr Jésus-Christ n'est pas donné aux fidèles seulement en figure, comme dans l'ancien Testament, du(|ULl S. Paul dit « (]u'il ne fût même confirmé que par le sang i mais véritablement et en effet ; ce qui ecit propre au nouveau Testament. D'oîi vient que le même apôlre dit que Jésus-Christ est le médiateur du Testament non- Veau, afin que par la mort qu'il a soufferte ceux qui sont appelés de Dieu reçoivent lliéviiage éternel qu'il leur a promis, et c'est cet héritage éternel auquel nous avons droit par la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui potis est marqué par ces termes, qui est éternel. , Le mystère pe la foi. Ces paroles n'excluent point
Rien encore ne pouvait plus contribuer à nous fticiliter la croyance de la vérité du corps et du sang de Jésus Christ dans ce sacrement que ces deux choS|es Car voyant que tous les jours le pain et le vin que nous mangeons se changent par la seule force de la nilure en notre chair et en notre sang, nous sommes nlus aisément portés à croire que la substance du i'iin et du vin se change par la bénédiction sacramentale en la vraie chair et au sang de Jésus- Clirist.
M:iis ce changement admirable de substance peut encore servir à nous faire concevoir ce que ce sacrement opère dans l'àme de ceux qui le reçoivent. Car de même que quoiqu'il ne paraisse extérieurement au cun changement dans le pain et dans le vin, leur substance néanmoins ne laisse pas d'être changée venta* LIement en la substance de la chair et du sang de Jesus-Chri«t ; ainsi quoiqu'il ne paraisse aucun changement dans celui qui reçoit l'Eucharistie, il prend néanmoins intérieurement un nouvel accroissement dans la Vie de la grâce, en même temps qu'il reçoit la vraie vie dans ce sacrement.
Enfin l'Eglise ne faisant qu'un corps compose de plusieurs membres, rien ne pouvait mieux représenter èeile union admirable (luele pain et le vin. Car comme le pain se fait de plusieurs grains, et le vin de plusieurs grappes de raisin , luissi quoique nous soyons plusieurs , nous devenons néanmoins comme un même corps,' étant étroitement unis et liés pai ce divin
mystère. . , r j .
Il faut maintenant examiner la forme dont on use dans la consécration du pain, non à dessein que les pasteurs en instruisent les peuples, si ce n'est dans la nécessité (car il n'est pas nécessaire que ceux qui ne sont point dans les ordres sacrés en aient conïiaissance), mais seulement de peur que les prêtres l'ignorant ne commettent quelque faute considérable dans la consécration de ce sacrement.
Les évaiigélistes S. Matthieu et S. Luc, et même l'apôlie S. Paul, nous enseignent que cette forme consiste dans ces paroles : Ceci ent mon corps. Car nous lisons dans l'Evangile que pendant quits mangeaient, Jésus prit du pain, et l'ayant béni , il le rompît et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Comme donc Noire-ScigneUr usa de cette forme en consacrant h,' pain, l'Eglise catholique en a aussi toujours usé depuis.
Ce serait une chose infinie de rapporter ici tons les passa-^es des SS. Pères qui confirment celte vérité. C'est "pourquoi nous 1(3.^ omellons , aussi bien que le décret du concile de Florence sur ce sujet, qui est connu de tout le monde, vu particolièremenl que celte vérité est assez maîdlésle par ces i^aroles de Noire- Seigneur : Faites ceci en mémoire de moi. Car Notre- Seiguenr en les disant ne nous a pas conmiandé seulement de faire ce qu'il avait fait ; mais encore de dire ce qu'il avait dit, el de proncncer les mêmes paroles qu'il avait prononcées, pour être non moins efficaces qu;', significatives.
On peut même prouver parle raisonnement suivant que ces paroles sont \\ forme de ce sacrement. Car ce qui marque et signifie ce qui s'opère dans un sacrement, en doit être la forme. Or ces paroles marquent et signifient ce qui s'opère dans rEucharislie, c'esl-àdire la conversion du pain au véritable cor|)s de Notre Seigneur ; cl par conscquenl il faut que la forme de ce sacrement consiste dans ces paroles. Et c'csl à f ce sentiment qu'il faut rapporter ces paroles de S. Matthieu : // le hénil; car c'est comme s'il avait dit : Ayant pris le pain, il le bénit, en disant : Ceci est mon corps.
Or quoique l'Evangéliste fasse précéder ces paroles : Prenez et mangez, il est évident néanmoins qu'elles ne nous marquent point la forme de la consécration de la matière ; mais seulement l'Usage qu'on en doit laire ; d'où vient que quoique les prêtres doivenl absolument les prononcer, elles ne sont pas néanmoins nécessaires pour opérer le sacrement; non plus que celle conjonction car , qui se prononce dans la con-
PART. II. DES SACREMENTS
de ce sacrement la vérité de la chose qu'il contient , mais nous marquent seulement qu'il faut croire fermement qu'elle y est, mais cachée et hors de la portée de nos sens. Et il faut observer que ces paroles se prennent ici dans un sens bien dilTérent de celui qu'elles ot)t, lorsqu'on les applique au baptême. Car l'Eucharisiie est appelée le sacrement de la foi, parce que nous croyons que le sang de Jésus-Christ y est caché sous les espèces du vin ; au lieu que l'on appelé le baptême le sacrement de la foi, ou, selon les Grecs, le mystère de la foi, parce que Ton y fait profession de tonte la foi chrétienne.
Mais l'on appelle encore le sacrement du sang de Jésus-Christ le mystère de la foi, parce que la raison souffre d'extrêmes diflicultés et a beaucoup de peine à se snumeltre à cette vérité de la foi, c'est-à-dire à croire que Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui esile véritable fils de Dieu, etvraiDieuet vrai homme, ait souffert la mort pour nous, laquelle rious est marquée par ce sacrement de son sang. Et ainsi ce n'est pas sans raison qu'il est fait mention de la passion de Notre-Seigneur, par ces paroles : Qui sera répandu pour la rémission DES péchés, plutôt dans la consécraîion de son sang, que dans celle de son corps, parce que le sang consacré séparément est plus propre pour remettre devant les yeux des lidèles le genre de son supplice et de sa mort.
Pour vous et pour plusieurs. Ces paroles sont prises les unes de saint Matthieu, et les antres de saint Luc. Mais l'Eglise inspirée du Saint-Esprit les a jointes ensemble, pour marquer particulièrement le fruit et l'utilité de la passion de Notre-Seigneur. Car si nous considérons la vertu et le mérite de ses souffrances en elles-mêmes, il faut avouer que le sang de Notre- Seigneur a été répandu pour le salut de tous les hommes ; mais si nous regardons le fruit que les hommes reçoivent , nous reconnaîtrons aisément qu'il n'est pas utile et profitable à tous, mais seulement à plusieurs. Lors donc que Notre-Seigneur a dit : Qui sera répandu pour vous, il a marqué ceux qui étaient présents et à qui il parlait, excepté Judas, ou ceux qu'il avait choisis entre les Juifs pour être ses disciples; et quand il a ajouté : Et pour plusieurs, il a voulu marquer les autres élus, soit d'entre les Juifs, soit d'entre les gentils. Et ainsi parce qu'il ne parlait alors que du fruit de sa passion, qui n'a procuré le salut qu'aux seuls élus, il n'a pas dû dire pour tous. El c'est en ce sens que l'Apôtre a dit que Jésus-Christ a été offert une fois pour porter sur lui les péchés de plusieurs (Hebr. 9, î28), et que Notre-Seigneur dit lui-même dans S. Jean (17, 9), en parlant de ses apôtres à son Père : Cest pour eux que je prie ; je ne prie point pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous. Il y a plusieurs autres mystères renfermés dans ces paroles de la consécration, que les pasleurs pourront aisément découvrir d'eux-mêmes avec le secours de Dieu, en les méditant souvent avec piété et religion.
§ 5. Des effets qui s'opèrent dans ce sacrement en vertu des paroles de la consécration.
Comme l'Apôtre a témoigné que ceux-là commettent un crime très-énorme, qui ne discernent pas le corps du Seigneur (1 Cor. 21, 29 ), une des principales choses que les pasteurs doivent apprendre aux fidèles est de ne s'approcher jamais de ce sacrement , qu'après avoir élevé leur esprit et leurs pensées audessus des choses sensibles. Car s'ils se persuadaient que ce sacrement ne contînt rien que ce qu'ils y découvreni par leurs sens, ils tomberaient infailliblement dans celte grande impiété de croire qu'il n'y a que du pam et du vin, puisqu'ils n'y remarquent rien par la vue, le loucher, l'odorat et le goût que les espèces du pam et du vin. C'est pourquoi il faut les exciter a détacher leur esprit du jugement de leurs sens, et a s'élever à la contemplation des effets admirables que la toute-puissance de Dieu opère dans ce myslere»
La foi catholique nous enseigne qu'il y a particulièrement trois choses tout-à-fait merveilleuses qui s opèrent dans ce sacrement par les paroles de la consécration.
La première est que le véritable corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ , c'est-à-dire ce même corps (lui est né de la Vierge , et qui est assis dans le ciel a la droite du Père-Eternel , est renfermé dans ce sacrement. La seconde , qu'il n'y reste rien de la substance du pain et du vin qui le composent , quoique ce soit la chose du monde qui semble la plus opposée aux sens. La troisième, qui se lire aisément des deux premières et que les paroles de la consécration exprimenl expressément, est que les accidents qui se voient et qui tombent sous les sens subsistent d'une manière admirable et sans être soutenus d'aucun suiet-
q« Il laut que les pasteurs
expliquent avec soin aux fidèles.
A l'égard de la première vérité , ils leur feront voir avec quelle clarté les paroles de xNotre-Seigneur 1 établissent. Car il n'y a personne qui ait un peu de sens qui ne conçoive que c'est ce que signifient ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sanq surtout s'agissant de la nature humaine de laquelle la foi ne nous permet pas de douter qu'elle n'ait été véritablement dans Jésus-Christ. Ce qui a fait dire à S. llilaire, qui n'est pas moins célèbre pour sa science que pour sa sainteté, qu'on ne peut point douter de la vente du corps et du sang de Jésus-Christ dans ce sacrement , puisqu'il l'a déclaré lui-même, et que la loi nous enseigne que sa^ chair est véritablement viande.
Mais cette vérité n'est pas moins évidente dans un passage de la première Epître de S. Paul aux Corinthiens, qui suppose clairement que le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seigneur sont contemis dans l'Eucharistie. Car après a voir rapporté que Notre Seigneur lui-même avait consacré le pain et le vin , et qu'il
avait donné lui même à ses apôtres les saiuts mystères, il ajoute (I Cor. 11, 10): Quel' homme s'éprouve soimême , et qu'il mange ainsi de ce pain et boive ce calice. Car quiconque en mange et en boit indignement, mange et boit sa propre condamnation , ne faisant pas le discernement qu'il doit du corps du Seigneur. Car si l'on ne devait révérer ce sacrement, que parce qu'il est simplement la mémoire et le signe de la passion de Jesus-Chvist, comme les héréiiques le prétendent qu elait-il besoin que l'Apôtre exhortât les fidèles avec des paroles si pressantes à s'éprouver soi-même avant de s'en approcher ? Cette condamnation dont il parle, n'est-elle pas fondée sur ce qu'il jugeait que celui-là commet un crime détestable qui en recevant indigneuîent le corps de Jésus-Christ qui est caché dans, l'Eucharistie ne fait point de distinction entre cette viande cl les viandes communes?
Le même apôtre dans le chapitre précédent de la même Epître explique cette vériié en ces termes encore plus précis : iS'est-il pas vrai, dil-il (1 Cor. 10 , 16), que le calice de bénédiction que nous bénissons, est la communion du sang de .Jésus-Christ, et que le pain que nous rompons , est la communion au corps du Seigneur? Ciiv qui ne voit que ces paroles marquent clairement que la substance du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ est véritablement contenue dans l'Euchatistie?
Voilà les preuves que l'Ecriture sainte nous fournit touchant la présence réelle du corps de Jésus- Christ dans ce sacrement. 11 faut que les pasteurs les expliquent avec soin aux fidèles , leur faisant surtout remarquer que l'on ne peut point douter que ces passages ne contiennent celte vérité , puisque la sainte Eglise , dont rauloiiié esl sacrée , les a pris très-certainement en ce sens. Car il y a deux voies de découvrir le sentiment de l'Eglise, touchant quel, que vérité. La première esj de consulter les SS. Pè^
CATÉCHISME DU COiNCILE DE TRENTE
res qui ont été depuis son commencement jusqu'il nous, et qui sont les (idèles interprètes de sa doctrine. Or tous d'un commun conseiilement ont enseigné ch'.iremeiit que Jésus-Christ esl présent dans rEucharistie El parcoMsé(|uenlon ne peut douter que ce seniiment n > soit celui de TEglise. Mais comme ce serait un trop grand travail que de rai porter ce que «iiacun d'eux en a dit en particulier, il sulTira de rapporter, ou plutôt d'indiquer, quelques passages de quelques-uns d'entr'eux , par lesquels il sera aisé de juger du sentiment de tous les autres.
Le preuiier témoin de celte vérité est S. Ambroise, qui assure que l'on doit croire aussi fermement qu'on reçoit dans ce sacrement le véritable corps de Jésus' Christ , que l'on est obligé de croire que le corps que Jésus-Christ a pris dans le sein de la Vierge a été véritable. Et en un autre endroit il enseigne qu'avant la consécration c'est du pain qui est sur l'autel , mais qu'après la consécration c'est la chair de Jésus-Christ. S. Chrysostôme , qui n'est «pas moins croyable ni de n)oindre auiorité , enseigne la même chose en plusieurs endroiis, mais paiticidièrement dans l'homélie 60, où il parle de ceux qui reçoivent indignejiicnl les saints mystères, et dans les homélies 44- et 45 sur S. Jean , où il dit ces paroles : Soumettonsnous à DieUj et ne soyoïis pas assez hardis pour le contredire. Car quoique ce que l'on nous dit , semble contraire à ce que nous pensons et à ce que nous voyons , tious devons néanmoins le croire , puisque la parole de Dieu est infail ible, et que nos sens se trompent aisément. Ce que S. Augusiin, ce puissant délènseur de la foi catholique, a enseigné de ce mystère, esl entièrement conforme au sentiment de ces deux grands saints que nous venons de citer. Car voici comme il en parle dans son exposition sur le psaume 23 : // esl y dit-il , impossible à un homme de se porter dans ses mains , et cela ne peut convenir qu'à Jésus-Christ. Car il se portait dans ses propres mains , lorsque donnant son corps , il dit : Ceci est mon corps.
Saint Cyrille et S. Justin rendent aussi témoignage à celie vérité. Et S. irénée, dans le livre 4 de son commentaire sur S. Jean, enseigne si clairement que la vraie chair de Nolre-Seigueur esl dans ce sacrement, (pi'il n'est pas possible d'obscurcir la clarté de ses paroles par aucune interprétation fausse ou caplieuse.
Que si les pasteurs désirent ajouter au témoignage de ces Pères celui des autres Pères, il leur sera aisé d'y joindre celui de S. Denis, de S. Hilaire, de S. Jérôme, de S. Daniascène et d'une inlinaé d'autres Pères, (Joui des personnes savantes et pieuses ont eu soin de rccuedlir les passages dans un même livre.
L'aulie voie par laquelle l'on peut découvrir le seniiment de l'Eglise tonclianl les vériiés de la foi , esl la condamnation qu'elle fait de la doctrine et de l'opinion contraires.
Oi il esl constant que la vérilé du corps de Jésus- Chiist dans TEncharislie était tellement répandue dans lonle l'Eglise» , ei reçue unanimement de lous les fidèles, que Bérenger, qui vivaii il y a plus de cinq cents ans, ayant osé nier celle vérilé, et assurer que ce sacrement n'élaii (jue le signe du corps de Jésus- Christ, (ni condamné d'un connuun consentement dans le concile de Verceil, assemblé par l'auloriié du pape Léon IX, el fui obligé d'ana.hémaliser son hérésie, et qu'ensuiie étant retombé dans la nnême impiété il lut derechef condaumé pi.r trois autres conciles, l'un lenu à S ours , et les deux autres à Rome , dont le premier fut convoqué par Nicolas II, et l'autre par Grégoire VU. Innocent III confirma depuis la môme vérilé dans le concile général de Latran. Et elle a été décidée et élablie encore plus clairement dans ceux de Florence et de Trente.
Si les pastenrs ont soin de représenter toutes ces pnMivcs aux fidèles, il est certain qu'ils forlilieront extiémemeni ceux qui sont encore faibles dans la foi de celte vérité (car nous ne parlons point de ceux
qui, étant aveuglés par Terreur, ne haïssent rien tant que la lumière de la vérité) , el qu'ils rempliront les personnes de piélé d'une irès-grande joie el consolation, surtout s'ils leur l'ont remarquer que la foi de celte vérilé est renfermée dans celle des autres articles de la foi. En effet quicimcpie croit et confesse que Dieu esl tout puissant, il faut nécessairement qu'il croie qu'il a en sa puissance d'opérer celte merveille que nous admirons et révérons dans ce sacrement. Et quiconque croit encore la sainte Eglise catholique, doit de même nécessairement croire de ce sacrement ce que nous en venons d'établir, puisque c'est l'Eglise même qui nous renseigne.
Mais rien n'est plus capable de consoler et de faire avancer les âmes saintes dans le chemin de la vertu, que la considération de la dignité el.de l'excellence de cet auguste sacrement par rapport à la vérilé (|ue nous examinons. Car rien ne leur fait mieux concevoir quelle est la perfection de la loi nouvelle, que de voir qu'elle possède par ce sacrement la vérilé d'un mystère dont la loi de Moïse n'avait que l'ombre el la figure. C'est ce qui a lait dire divinement à S. Denis que l'Eglise lient le milieu entre la synagogue el la céleste Jérusalem, et qu'ainsi elle est pariicipanle de l'une et de l'aulre. Qui peut donc assez admirer l'excellence el la gloire de l'Eglise , voyant qu'elle ne diffère que d'un degré de la i^.oire et du bonheur des saints? car nous avons cela de commun avec les bien heureux que nous possédons véritablement comme eux Jésus-Christ Dieu et homme. Et il n'y a que celle différence entre eux et nous, qu'au lieu qu'ils jouissent de la présence de Jésus- Christ par la vision béatifique , nous l'adorons seulement dans rEucharistie avec une foi ferme et inébranlable, comme y étant véritablement présent, mais d'une manière qui le rend imperceptible à nos sens , étant caché sous les voiles miraculeux des sacrés mystères.
De plus Jésus-Christ en se rendant piésent dans ce sacrement nous a encore laissé une preuve admirable de la charité parfaite qu'il a poumons. Car ce n'a élé que par un pur effet de sa bouté qu'il n'a pas voidu éloigner de nous la nature qu'il en avait empruntée, el qu'il a voulu , autant que cela était possible , être et converser avec nous, afin qu'en tout temps l'on pîil dire de lui avec vérité quV7 fait ses délices d'être avec les enfants des hommes (Prov. 8, 51.)
Non seulement le véritable corps de Jésus Chrisl et tout ce qui est propre au corps humain , comme les os et les nerfs, mais même Jésus-Christ tout entier est renfermé dans ce sacrement. Et ainsi Jésus- Christ étant le nom d'une personne qui est Dieu et homme tout ensemble, c'est-à-dire en qui la nature divine et la nature humaine sont unies, et qui comprend l'une et l'autre substance et leurs propriétés, nous devons croire que la divinité et toute la nature humaine, (jui esl composée de l'âme, de tontes les parties du corps et du sang, sont renlèrmées dans ce sacrement. En sorte que, comme dans le ciel toute l'humanité est unie à la divinité dans une seule personne , (tn ne peut ainsi douter sans crime que le corps de Jésus-Christ ne soit uni à la divinité dans ce sacrement.
11 faul néanmoins observer que toutes ces choses ne sont pas contenues de la même manière dans l'Eucharistie, Car les unes y sont en vertu et par la force des paroles de la consécration, parce que, comme ces paroles opèrent tout ce qu'elles signifient, il faut, selon les théologiens, que tout ce qu'elles expriment soit dans ce sacrement en vertu de ces mêmes paroles; et qu'au contraire tout ce qui est de soi-même eutièfemenl séparé de ce qui esl exprimé par ces paroles, ne puisse être dans ce sacrement. Mais il y en a d'autre'^ qui , quoiqu'elles ne soient pas exprimées par !e= m rôles de la consécration , ne laissent |)as d'êlre dans l'Eucharislie , parce qu'elles sont inséparablemciit unies à celles qui sont formellement exprimées par ces
PART. II. DES SACREMENTS
paroles. Ainsi, lorsque le prêtre prononce ces paroles : Ceci est mon corps^ en quoi consiste la forme de la consécration du pain, le corps même de Jésus-Christ est dans ce sacrement par la force de ces paroles ; au lieu que le sang , l'âme et la divinité de Jésus-Christ, n'y étant pas formellement exprimés, n'y sont, conime p;jrlent les théologiens, que pir concomitance, c'està-dire en tant que toutes ces choses sont unies au corps de Jésus-Christ. Et c'est ainsi qu'il est clair que Jésus-Christ tout entier est contenu dans l'Eucharistie. Car, puisqu'il est certain que, lorsque deux choses sont inséparahlemenl unies ensemhle , il faut qu'où Tune se trouve l'autre s'y trouve pareillement, il s'ensuit de là que Jésus-Christ tout entier est nécessairement contenu et sous les espèces du pain et sous celles du vin, et qu'ainsi il faut que non seulement le corps, mais encore le sang et Jésus-Christ tout entier soient véritablement sous les espèces du pain, etquede même, non seulement le sang, mais encore le corps et Jésus-Christ t(mt entier soient véritablement renfermés sous les espèces du vin.
Quoique les (idèles doivent être très-persuadés de celte vérité , ils doivent croire néanmoins que c'est avec beaucoup de raison que l'on conserve la coutume de consacrer sépa: émeut le pain et le vin. Car 1" cette double consécration représente et exprime mieux la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dans laquelle son sang (ut séparé de son corps ; ce qui fait que dans la consécration il est fait mention de Teffusion du sang. Et de plus , comme ce sacrement devait êlre la nourriture de nos âmes, il était convenable qu'il fût établi en forme de viande et de breuvage, en quoi il est certain que consiste la parfûie nourriture du corps.
Et non seulement Jésus-Christ tout entier est contenu sous chaque espèce, mais même sous la moindre partie de l'une et de l'autre espèce. C'est ce que saint Augustin enseigne par ces paroUs : « Chacun en particulier, dit-il, reçoit Noire-Seigneur Jésus-Christ, et il est tout entier dans chaque partie que l'on distribue. Car il n'est pas divisé en chaque particulier qui le reçoit, maisilsecommuniquetoutentieràchacun d'eux en particulier. Ce que les évangélistes rapportent de l'institution de ce sacrement est une preuve de cette vérité. Car il est certain que Notre-Seigneur ne prononça pas les paroles de la consécration sur chaque morceau de pain qu'il donna aux apôtres, mais il en consacra en même temps autant qu'il en était nécessaire pour le leur distribuer. Et il paraît particulièrement que c'est ce qu'il fil du calice, ayant dit à ses apôtres : Prenez et divisez ce calice entre vous, j
La 2° merveille que nous avons dit qui s'opère dans ce sacrement en vertu des paroles de la consécration, et qu'il faut maintenant que nous expliquions, est qu'après la consécration la substance du pain et du vin ne demeure plus dans le sacrement. Et quoique celte vérité puisse avec raison causer de l'élonnement, elle a néanmoins (me connexion nécessaire avec la première, que nous venons d'examiner.
Car, s'il est vrai qu'après la consécration le vrai corps de Jésus-Christ i:oit sous les espèces du pain et du vin , il s'ensuit nécessairement que , comme il n'y était pas auparavant, il faut que cela arrive ou par un changement de lieu, ou par une conversion d'une autre substance en la sienne. Or il est certain qu'il est impossible que le corps de Jésus-Christ soit dans ce sacrement par un changement de lieu, c'est-à-dire en venant d'un lieu à un autre, autrement il faudrait qu'il quittât le ciel, puisque rien ne peut passer d'un lieu à un autre sans quitter le lieu d'où il part. Et il esi encore moins croyable, et c'est même une chose qui ne peut tomber dans l'esprit, qu'il se fasse une nouvelle création du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharislie. Il ne reste donc plus qu'à dire qu'il y est par un changeuïcnt de substance, celle du pain se changeant en son corps, ne subsistant plus après la consécration. , C'est ce qui a porté les Pères du concile général de Laii-an et de celui de Florence à cônfn mer cette vé-
rité par des décrets clairs et décisifs, et qui a fait que le concile de Trente l'a encore plus clairement décidée en ces termes (supra, sess. i5, can. 4) : Si quelqu'un ose dire que la substance du pain et du vin demeure dans le très- saint sacrement de l' Eucharistie avec le corps et le sang de 'S otre- Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème. Et il est très-aisé de conclure cette vérité des passages où l'Ecriture parle de ce mystère. Car il est marqué que Notre-Seigneur, instituant ce sacrement, se servit de ces paroles : Ceci est mon corps. Or la force de ce terme ceci est de désigner la substance delà chose présente. Ainsi, si la substance du pain demeurait, il n'aurait pu dire avec vérité : Ceci est mon corps. De plus, Jésus-Christ dit lui-même dans saint Jean (6, 52) : Le pain que je donnerai, c'est ma chair que je dois donner pour la vie du monde ; et un peu après il ajoute : Si vous ne mangez la chair du Fils de lliomme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Ma chair, dit-il encore, est véritablement viande, et mon sang est véritablement breuvage. Car, en di ant en des termes si clairs et si précis que sa chair esl véritablement "^ain et véritablement viande, et que son sang est véritablement breuvage, il déclare assez clairement qu'il ne demeure rien de la substance du pain et du vm dans ce sacrement.
Ceux qui auront quelque lecture des saints Pères reconnaîtront aisément qu'ils ont toujours enseigné celle vérité. Voici ( omme parle saint Ambroise. « Vous me direz peut-être : Ce pain n'est pas autre <|ue celui que je mange ordinairement. Cela est vrai avant que l'on ait prononcé dessus les paroles de la consécration. Mais aussitôt qu'il a été consacré, il devierjt la chair de Jésus-Christ, i Et voulant faciliter la preuve de cette vérité, il rapporte plusieurs exemples, et se sert de plusieurs comparaisons propres à en doiuier l'intelligence.
Le même saint expliquant en un autre endroit ces paroles : Le Seigneur a fait tout ce qu'il lui a plu dans le ciel et sur la terre, apporte pour preuve de cette vérité ce qui s'opère dans le sacrement de l'Eucharislie. « Ainsi, dil-il, quoique nous ne voyions que la figure du pain et du vin dans les sacrés mystères, nous devons croire néanmoins qu'après la consécration il n'y a que la chair et le sang de Jésus-Christ, t
Saint Ililaire, expliquant cps mêmes paroles, dit la même chose presque en mêmes termes. « Encore, ditil, qu'extérieurement on ne voie que du pain et du vin , c'est néanmoins le corps et le sang véritable de Notre-Seigneur Jésus-Christ. >
Mais il est bon que les pasieurs avertissent ici les fidèles qu'ils ne doivent pas s'étonner de ce que l'on donne à l'Eucharistie , même après la consécration, le nom de pain. Car ce n'est que parce (ju'elle conserve toujours les espèces et les apparences du pain , et qu'elle relient la propriété de nourrir le corps, qui est une qualité propre au pain. Outre que c'est même la coutume de l'Ecriture sainle de nommer les choses conformément à ce qu'elles paraissent au dehors, comme il se voit dans la Genèse, où il est dil que trois honnues apparurent à Abraham, quoique ce fussent trois anges, et dans les Actes des apôtres, où les deux anges qui apparurent aux apôtres après que Notre- Seigneur Jésus-Christ fut monté au ciel, sont aussi appelés des hommes.
Or, (|uoiqu'il soit très-difficile de biea expliquer la manière dont s'opère ce changen>ent miraculeux, les pasieurs lâcheront néanmoins de le l'aire comprendre aux personnes plus avancées dans la connaissance des vérités divines ; car pour ceux qui sont encore faibles et moins éclairés il serait à craindre qu'ils ne succombassent à la vue d'une vérité si surprenante. Cette merveille donc consiste en ce qsie la substance du pain et la substance du vin se ckmgent, par un eft'el de la toule-pnissance de Dieu . en la substance du corps et du sang de Jésus-Chrisl, sans qu'il se fasse en lui aucun changement. Car Jésus Christ n'est pas eutjeudré de nouveau, ni ne souffre aucun changement,
nincreçoiUucuneaugmentalion dans ce sacrement ; mais il demeure tout entier tel qu'il est en lui-memc
C'est ce qui a fait dire à saint Ambroise en pnilant de ce mystère : « Voyez combien la parole de Jesus- Christ est erficace! Que si, ajoute-t-il, elle a ele assez pi.issanle pour faire que ce qui n'etnit pas auparavant ait commencé d'être, à combien plus foi te raison serai-eîle efficace pour faire que ce qui elail déjà subsiste toujours et se change en une autre cliose?» ^
Plusieurs autres Pères très-anciens et très-considerablcs ont parlé de la même sorte. « Nous savons, dit que la loi nous enseigne qu'avant la con-
Augustin
sécration le pain et le vin que l'on doit consacrer, sont du pain et du vin tels que la nature les a formes ; mais après la consécration ils deviennent par la bénédiction la chair et le sang de Jésus-Christ, d « Ce que nous recevons dans l'Eucharistie , dit S. Damascene, c'est le corps même de Jésus-Christ qui est uni véritablement à la divinité , et qu'il a pris dans le sein de la Vierge. Et cela se fait , non en faisant que ce corps qui est monté au ciel en descende, mais parce^quc le pain et le vin se changent au corps et au sang de Jésus-Christ, »
Ainsi c'est avec beaucoup de raison que ce changement admirable est appelé par l'Eglise catholique transsubstantiation, comme Ta remarqué le concile de Trente. Car , comme la génération naturelle se peut appeler proprement et véritablement uuc transformation , parce qu'il s'y fait un changement de forme ; de même aussi , parce que dans le sacrement de l'Eucharistie la substance d'une chose passe en la substance d'une autre, nos Pères ont sagement et judicieusement inventé le mot de transsubstantiation , pour exprimer ce changement.
Cependant il faut bien prendre garde , comme les SS. Pères l'ont très-souvent recommandé , de ne pas rechercher avec trop de curiosité la manière dont se fait ce changement; car nous ne pouvons le concevoir et nous n'en avons pas même d'exemple ni dans les changements de la nature, ni même dans la création. Ainsi il faut se contenter de connaître par la foi ce que c'est que ce changement , et ne rechercher jamais avec curiosité la manière dont il se fait. ^
Les pasteurs doivent aussi être très- réserves a expliquer comment le corps de Jésus-Christ est contenu tout entier sous la moindre partie des espèces du pain; car il faut le moins que l'on peut entrer
dans la dis-
cussion de ces choses. El lors(iue la charité chrétienne oblige à le faire, il faut, avant d'en parler, prévenir et fortifier l'esprit des fidèles, en les faisant souvenir de ces paroles de l'Evangile qu i/ ny a rwn d'impossible à Dieu. .
il faut aussi qu'ils les avertissent que Notre-Seigneur n'est pas dans ce sacrement de la manière qu'un corps est dans un lieu ; car une chose est dans un lieu, lorsqu'elle a quelque étendue. Or nous ne disons pas que Jésus-Christ soit dans ce sacrement comme grand ou comme petit, qui sont des dépendances de la quantité, mais en tant qu'il est une sni^slance; car c'est la substance du pain qui est changée en la substance et non en la grandeur ou quantité de Jésus-Christ. Or chacun sait qu'une substance est également dans un petit ou un grand espace de lieu. Ainsi la substance de l'air est en elle-même également dans une petite et dans une grande de ses parties ; et toute la nature de l'eau ne se rencontre pas moins dans Teau qui est dans uii vase , que dans celle d'une rivière. Comme donc le corps de Notre-Seigneur prend la place de la substance du pain , il faut reconnaître qu'il est dans ce sacrement de la même manière que la substance du pain y était avant la consécration. Or il était indillerenl que la substance du pain fût d'une grande ou petite quantité de pain. , .
La troisième merveille de l'Eucharistie qm parait la plus surprenante de toutes , et que néanmoins les pasleurs pourront plus aisément insinuer dans 1 esprit des Udèles , après leur avoir expliqué les deux précédentes , c'est que les espèces du pain et du vin subsistent
dans ce sacrement sans être soutenues d'aucun sujet ; car comme le corps et le sang de Notre-Seigneur sont véritablement dans ce sacrement, en sorte que la suh* stance du pain et du vin n'y subsiste plus, et que néanmoins les accidents du pain et du vin ne peuvent subsister dans le corps et dans le sang de Jésus-Christ, il s'ensuit qu'ils subsistent par eux-mêmes et sans êtra soutenus d'aucun sujet contre Tordre de la nature Celte vérité a été toujours enseignée par l'Eglise , el elle se peut confirmer par les mêmes autorités par lesquelles nous avons montré qu'il ne demeure rien de la substance du pain et du vin dans l'Eucharisiie.
Mais il faut reconnaître qu'il n'y a rien qui soit plus digne de la piété des lidèles que, sans vouloir trop s'arrêter à ces vérités si hautes et si difficiles , de se contenter d'honorer et de respecter la majesté de cet adorable sacrement, recfmnaissant en même temps que c'est par un ordre tout particulier de la providence et de la sagesse de Dieu qui a voulu que les sacrés mystères fussent administrés sous les espèces du pain et du vin, qui sont notre nourriture ordinaire, et dont nous usons avec plaisir , puisqu'il n'y a point d'homnie qui n'ait naturellement horreur de manger de la chair humaine et de boire du sang.
Mais de plus nous tirons encore deux avantages cou-» sidérables de celte conduite de Jésus-Chyist. Le premier est que nous sommes délivrés par-là des reproches que nous feraient les inlidèles, et qu'il nous serais difficile d'éviter, s'ils nous voyaient manger la propre chair de Notre-Seigneur. El le second est qu'en pre* nant sous les espèces le corps et le sang de Jésus- Christ, sans que nous puissions apercevoir de nos sens ce qui s'opère véritablement dans ce sacrement, cela peut beaucoup contribuer à augmenter notre foi, laquelle, selon saint Grégoire, ne peut avoir de mérite dans les choses que la raison et l'expérience nous font connaître.
§ 4. De la vertu et des fruits dit l'Eucharistie. Si les pasteurs doivent se souvenir qu'ils ne peuvent expliiiuer à leurs peuples ce que nous avons dit jus# qu'ici de l'Eucharistie qu'avec beaucoup de précaufi lion , et qu'après avoir jugé qu'ils en sont capables, om que la nécessité des temps les y oblige, ils doivem aussi savoir que , comme il n'y a personne à qui \É connaissance de la vertu admirable de rEucharisiieet des grands avantages qu'elle procure ne soit mile et nécessaire , ils doivent tâcher de ne rien oublier pour en donner une connaissance parfaite aux fidèles , afin qu'ils puissent mieux comprendre combien ce sacre-' ment est utile.
Et parce qu'il est difficile de bien expliquer en particulier tous les avantages et tous les fruits «pic l'on reçoit par ce sacrement , il suffira d'apporter une oi. deux preuves capables de faire connaître quelle es! l'abondance des biens qui sont renfermés dans ces augustes mystères.
C'est ce que les pasteurs pourront faire en quelque sorte, si, après avoir examiné la vertu et la na lure de tous les sacrements , ils font voir qu'il y autant de différence entre celui-ci et tous les autre, qu'entre la source et les ruisseaux qui en découlent Car c'est avec vérité et même par nécessité qu'il es appelé la source de toutes les grâces , puis(|u'il ren ferme en soi d'une manière admirable Noire-Seigneu Jésus-Christ, la source de tous les dons célestes e Tauleur de tous les sacrements, qui tirent de lui comme de leur principe toute leur perfeclion et toutes le grâces (pi'ils communi(|uent. Et il est aisé de juge par-là quelle peut être rexcellence des dons qui nou sont communiqués par ce sacrement.
La considération de la nature el des qualités d' pain et du vin, qui sont les symboles de ce sacremenl pourra encore leur donner beaucoup d'ouverlure pou faire comprendre aux fidèles l'abondance des bien qui sont renfermés dans ce mystère ; puisque ton les avantages que le pain et le vin procurent au corpî l'Eucb^ristie les procure à l'âme d'une manière eucor
PART. II. DES SACREMENTS
bien plus parfaite et plus exccIlciUe. Car le corps de Jésus-Chrisl dans ce sacrcmcnl ne se change pas en BOlre substance comme le pain et le vin , mais c'est nous nu contraire qui sommes en quelque maiiière changés, et qui devenons comme une même ciioso avec Jésus-Christ, en sorte que Ton peut appliquer à reflet de ce sacrement ces paroles que saint Augustin met en la bouche deNolre-Seigncur: «Je suis la nourriture des parfaits. Croissez, cl puis vous me mangerez. Vous ne me changerez pas néanmoins en votre substance, comme il arrive en la nourriture corporelle, mais ce sera vous qui serez changés en moi.»
Que si la grâce et la vériié a été apportée par Jésus- Christ (Jean 6, 57), il faut nécessairement qu'elle remplisse l'àme de celui qui reçoit ce sacrement , puisqu'il ne faut point douter que celui qui le reçoit avec pureté et avec piété ne reçoive en lui Jésus-Christ, et ne devienne un des membres vivonts de son corps. C'est ce qu'il a lui-même maniué, lorsqu'il a dit (ibid. 58) : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. Quiconque me mange vivra aussi pour moi. Le pain que je donnerai , c'est ma chair que je dois donner pour la vie du monde. Sur quoi S. Cyrille a fait celle remarque: «Le verbe de Dieu,s'unissant à sa propre chair, l'a rendue vivifiante. Ainsi il était à propos qu'il s'unît d'une manière admirable à nos corps par le moyen de sa chair et son précieux sang, que nous recevons sous les espèces du pain et du vin, afin qu'ils nous donnassent la vie. »
Et quand on dit que l'Eucharistie communique la grâce , ce n'est pas qu'il ne soit nécessaire que celui qui veut recevoir utilement ce sacrement ait auparavant reçu la grâce. Car de même que les aliments corporels ne servent de rien aux corps morts , aussi ces sacrés mystères sont inutiles à une âme qui ne vit point de l'Esprit de Dieu, et ils ne retiennent les apiparcnces du pain et du vin que pour marquer qu'ils ont été institués, non pour redonner la vie spirituelle I à l'àme, mais pour la lui conserver après l'avoir i reçue.
i L'on dit donc que l'Eucharistie communique la ! grâce : 1° parce que la première grâce sans laquelle ! personne ne doit recevoir ce sacrement, de peur I qu'il ne mange et ne boive en même temps sa con- I damnation , n'est accordée à personne qu'il n'y ait i participé au moins de désir et de volonlé. Car elle ! est la lin de tous les autres sacrements , et le sym- I bole de l'unité et de l'union de l'Eglise , hors laquelle iou ne peut participer à la grâce.
Et T parce que comme le corps n'est pas seulement conservé par la nourriture corporelle , mais I même en reçoit un nouvel accroissement de force , ict qu'il reçoit tous les jours une satislaction nouvelle |en la prenant; de même aussi l'Eucharistie , qui est jla nourriture spirituelle de l'âme, n'entretient pas i seulement sa vie spirituelle , mais elle lui donne de (nouvelles forces et fait que l'esprit goûte avec plus i de plaisir les choses divines; d'où vient qu'elle est [Comparée à la manne, qui avaii la propriété de satisfaire le goût de tous ceux qui en mangeaient.
L'Eucharistie remet aussi les péchés légers, qu'on appelle ordinairement véniels. Et pour user toujours de la comparaison de la nourriture lempon lie , comme elle répare ce que la violence de la chaleur naturelle diminue tous les jours en nous de noire substance , de môme aussi l'Eucharistie en effaçant toutes les fautes légères que l'ardeur de notre concupiscence nous fait commettre tous les jours contre Dieu , répare ce que noue âme peut perdre de la vie de la grâce. Ce qui a lait dire à saint Ambroise, parlant de ce divin sacrement , que ce pain de chaque jour doit être pris pour servir de remède aux intirimiés que l'on contracte chaque jour, c'est à-dire des péchés auxquels l'esprit ne se porte point a^ec plaisir et avec attachoH*ent.
L'Eucharistie a encore la v^tu et la force de nous çpliserver purs et exempts de crime, de nous forti-
fier contre les attaques des tentations , et de servir à notre âme comme d'un céleste antidote pour l'cmpecher d'être corrompue et infectée du venin mortel des passions. C'est pourquoi nous voyons que dans les premiers temps de l'Eglise , oi^i les fidèles étaient condamnés par les tyrans aux supplices et à la mort pour la confession de la foi chrétienne, les évêques, suivant la coutume de l'Eglise, leur donnaient, comme le témoigne saint Cyprien , les sacrements du corps et du sang de Notre-Seigneur, de peur qu'étant surmontés par la violence des tourments ils ne perdissent courage dans un si salutaire combat. L'Eucharistie modère et réprime aussi les ardeurs de la chair. Car à proportion qu'elle allume de plus en plus le feu de la chasité dans le cœur , elle y éteint nécessairement l'ardeur de la concupiscence.
Mais pour comprendre en un mot tous les avantages et les fruits que l'on reçoit du sacrement de l'Eucharistie , il suffit de dire qu'il a une force toute particulière pour procurer la gloire éternelle à ceux qui y participent. C'est ce que Notre-Seigneur nous a marqué, lorsqu'il a dit dans saint Jean (6, 54): Celui qui mange ma chair cl boit mon sang a la vie éternelle , et je le ressusciterai au dernier jour.
De sorte que les fidèles étant munis de la grâce de ce sacrement, non seulement jouissent dans cette vie d'une très-grande paix et tranquillité de conscience , mais même, à l'exemple d'Elie, qui, après avoir été fortifié par le paiii (ju'un ange lui avait apporté , alla jusqu'à la montagne d'iloreb , ils passent heureusejnerit au sortir de celle vie à la gloire et à la béatitude éternelles.
Il sera aisé aux pasteurs de représenter aux fidèles avec plus d'étendue tous ces avantages et tous ces grands biens qu'on reçoit de l'Eucharistie , s'ils s'appliquent à expliquer le chapitre 6 de l'Evangile de saint Jean , où plusieurs effets de ce sacrement sont marqués; et si, |)arcourant les actions et les miracles de Noire-Seigneur, ils montrent que si nous estimons avec raison tiès-heureux ceux qui l'ont reçu dans leur maison lorsqu'il était encore mortel , ou qui ont recouvré leur santé en ïouchant le bord de sa robe , nous devons croire que nous le sommes bien davantage , puisque tout glorieux et immortel qu'il est , il ne dédaigne pas d'entrer en nos âmes pour en guérir toutes les plaies, et pour se les unir à lui-même, après les avoir ornées et enrichies de ses plus grands dons.
§ 5. Qu'il ij a trois manières de participer à l'Eucharistie.
11 faut montrer maintenant qui sont ceux qui participent à tous ces grands avantages de l'Eucliaristie que l'on vieiit de représenter, et quelles sont les manières différentes d'y parliciper, afin que les fidèles choisissent celle [qui est la plus excellente. Les SS. Pères, selon le concile de Trente , en ont distingué trois sortes.
Les uns, disent-ils, reçoivent seulement le sacrement , comme les pécheurs qui ont la hardiesse et la téniérilé de recevoir les sacrés mystères avec une bouche et un cœur impurs, et dont l'Apôtre dit (l Cor. 11 , 27) qu'ils mangent et boivent indignement le corps du Seigneur. Et c'est de ces personnes (^ue parle saiiit Augustin , lorsqu'il dit : Celui qui ne demeure pas en Jésus-Christ , et en qui Jésus-Christ ne demeure pas, très-certainemenl ne mange point spirituelment sa chair, quoique extérieurement et visiblement il presse sous ses dents les sacrements du corps et du sang de Jésus-Christ. Ainsi tous ceux qui reçoivent dans cette disposition l'Eucharistie, non seulement n'en reçoivent aucun fruit. mais môme, selon l'Apôtre (1 Cor. 11, 29), ils mangent et boivent leur propre condamnaiion.
Il y en a d'autres qui participent à l'Eucharistie seulement en esprit. Et ce sont ceux qui, étant animés d'une véritable foi, qui opère par la charité, anangent de désir et de volonlé ce pain céleste. Or , quoique ces personnes ne reçoivent peut-être pas
tous les fruits que l'Eucharistie peut produire dans ceux qui la reçoivent réellement, ils en reçoivent néanmoins de très-considérables. ^ „^ , . .
Enfin il y en a qui participent a 1 Eucharistie spiriluellenient et sacramenlellement, et ces personnes s'élaiit éprouvées scion le conseil de l'Apôtre, et s'etant revélues de la robe nuptiale avant que de le recevoir, pariicipent à tontes les grâces et à tous les fruits que nous avons ci-devant marqués. Ainsi ceux qui pouvant recevoir le sacrement du corps de notre Seigneur se contentent d'y participer et de communier spirilnellemer.t se priventde très-grandes grâces. §6. Des dispositions nécessaires pour communier dignement.
Avant <le marquer les dispositions nécessaires pour recevoir dignement TEncharislie , il faut premièrement, pour être convaincu de la nécessité de cetle préparation , considérer quelle fut la conduite que Noire-Seigneur tint à l'égard de ses apôtres, lorsqu'il leur voulut donner le sacrement de son corps et de son sang. Car nous remarquons qu'avant de le leur donner, il ne laisse pas , (pioiqu'ils fussent déjà purs, de leur laver les pieds; ce qui nous doit faire comprendre que nous ne devons rien négliger pour être dans une parfaite puuelé et une parfaite innocence, lorsque nous voulons recevoir ces sacrés mystères.
Et en effet comme ceux qui s'approchent de TEucharistie dans de saintes dispositions reçoivent par ce sacrement les plus excellents dons de la grâce, ceux aussi qui y participent indignement , bien loin d'en tirer aucun fruit, n'y trouvent que leur condamnation et leur perte. Car les choses les plus excellentos et les plus salutaires ont cela de particulier que comme elles sont très-utiles, lorsque l'on en use dans les dispositions nécessaires, elles sont aussi très-nuisibles et très pernicieuses, lorsque l'on en use dans des dispositions contraires. H ne faut donc pas s'éionner si les plus excellents dons de Dieu, qui nous aident à obieuir la gloire éternelle, lorsqu'on les reçoit dans les dispositions nécessaires, causent an consraire la mort éternelle lorsqu'on s'en rend indigne faute d'y apporter ces dispositions.
Nous avons un bel exemple dans l'arche de l'alliance , qui, étant ce que les Israélites avaient de plus précieux, ei dont Dieu s'était servi pour leur faire des grâces très-signalées et presque sans nombre, causa aux Philistins une m:iladie très-dangereuse et très houleuse, qui les réduisit à un état très-misérable. Et nous voyons que les viandes, qui, étant reçues dans un esloniac bien disposé, nourrissent et soutiennent le corps, causent de grandes maladies lorsqu'elles sont reçues dans un estomac rempli de mauvaises humeurs.
La première disposition où il faut donc être pour recevoir dignenient le sacrement de l'Eucharistie est de savoir faire le discernement qu'il y a entre celte lable sacrée et les labiés profanes, entre ce pain céleste et le pain commun et ordinaire. Et c'est ce que l'on fait lorsque l'on croii fermement que c'est le vrai corps et le vrai sang de Notre-Seignenr que les anges adorent dans le ciel, an commandement duquel les colonnes du ciel iremblent et Irémissent d'appréiiension , et d<mt la gloire remplit le ciel et la terre. C'est là vérilablemenl discerner le corps du Seigneur^ comme l'ordonne l'Apôtre (i Cor. il, 29). Car il faut se coiitenler d'admirer la profondeur de ce mystère, sans vouloir par des recherches trop curieuses en pénétrer la vérité.
La seconde disposition qui est surtout nécessaire est d'examiner si nous sommes en paix avec tout le mor.de, et si nous aimons véritablement notre procliain. Si, lorsque vous présentez votre don à rautel, dit Notre-Seigneur (Mallh. 5, 14), vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous^ laissez-là voire don devant l'autel , et allez vous réconcilier auparavant
avec votre frère, et puis vous reviendrez offrir votre don. La troisième disposition est d'examiner soigneusement notre conscience, et si nous ne sommes point souillés de quelque péché mortel dont nous devons faire pénitence , afin qu'auparavant nous tâchions de l'effacer par le remède de la contrition et de la confession. Car le concile de Trente a défini que personne ne peut sans crime recevoir l'Eucharistie étant en péché mortel , s'il ne s'en est purifié auparavant par la confession , lorsqu'il peut avoir un prêtre pour Se confesser, quand même il lui semblerait en avoir de la contrition.
La quatrième disposition est de faire réflexion en notis-mémes combien nous sommes indignes que Notre Seigneur nous accorde ce don divin. Ce qui nous doii porter à dire de cœur avec le cenlenier à qui notre Sauveur lui-même a rendu ce témoignage, qu'il n'avait point trouvé dans Israël une aussi grande foi que la sienne (Malth. 8. 8) : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison.
Nous devons enfin examiner si nous sommes en état de dire comme saint Pierre (Joan. 21, 29j : Seigneur, vous savez que je vous aime; et nous devons nous souvenir qu'il est dit dans l'Evangile que celui qui s'était assis au f* siin sans la robe nuptiale, fut jeté dans une obscure prison, pour y être éiernellemenl tourmenté.
Oulre ces dispositions du cœur et de l'esprit, il faut encore y apporter les dispositions du corps. Car; l'on ne doit s'approeher qu'à jeun de cette table sacrée; en sorte qu'il faut au moins que depuis le milieu de la nuit qui précède le jour que Ton s'en doit approcher jusqu'à ce que l'on ait reçu la sainte Eucha ristie Ton n'ait ni mangé ni bu.
La dignité de cet auguste et adorable sacrement demande encore (jue les personnes mariées s'abstiennenf pendant quelques jours de l'usage du mariage, l'exemple de David, qui, avant que de recevoir de la main du grand-prêtre les pains qui étaient exposés dans le temple, lui déclara qu'il y avait irois jours que lui et ceux qui l'accompagnaient n'avaient vu leurs femmes. Voilà à peu près ce qu'il faut principalement ob server pour se préparer à recevoir dignement les saints mystères. Car toutes les aulres dispositions se peuvent aisément réduire à celles-ci.
Mais parce qu'il se pourrait faire que des personnes lâches et négligentes, regardant celle préparatior comme une chose tout-à-fait dure et difficile, prendraient de !à occasion de négliger de recevoir ce sa cremcnt, il faut que les pasteurs avertissent souveii; les fidèles que l'obligation de recevoir la sainte Eu charistie est une loi qui regarde tout le monde, etqiu l'Eglise même a ordonné que celui qui manqueraiid( communier au moins une fois l'année, au temps de Pâque, serait exclu de sa communion.
Ils ne doivent pas néaimioins s'imaginer que ce soi, assez pour obéir à ce commandement de recevoir li corps de Jésus-Christ seulement une fois l'année; mai ils doivent se mettre en état de communier le plm souvent qu'il leur sera possible. Pour ce qui est de sa voir s'il est plus expédier)t qu'ils communient tous le mois, ou tontes les semaines, ou tous les jours, c'es ce que l'on ne peut pas précisément déterminer à l'é gard de tous les fidèles. La règle la plus certaine es celle que donne saint Augustin dans ces paroles : Vi vez en sorte que vous puissiez recevoir tous les jour la sainte Eucharistie.
11 est donc du devoir des pasteurs de représente souvent aux fidèles que, comme ils sont persuadé qu'ils ont besoin de nourrir tous les jours leurs corps ils ne doivent pas aussi négliger de nourrir leurs âme de ce sacrement, puiscpie l'âme n'a pas moins besoii de cette nourriture spiirilnelle que le corps en a de 1: nourriture corporelle. Et il sera très-utile qu'ils leu représenlent sur ce sujet les grands avantages que non avons fait voir ci-devant que nous recevions de i communion sacramentelle de l'Eucharisîie. Us pour
PART. II. DES SACREMENTS
ronl encore, pour les confirmer dans cette praiique, se
servir de lexcmple de la manne, qui é;ail la figure de
rEucharisiie, dont tous les Israélites éaiénl obligés
I de manger tons les jours pour réparer les forces de
[leurs corps^ Enfin, ils eniploieront Taulorilé de tous
fies saints Pères, qui recommandent soigneusement
l'usage fréquent de ce sacreineni. Car ces paroles de
I saint Augustin : « Puisque vous péchez tous les jours,
'recevez donc aussi TEucharisiie toiis les jours, » ne
I marquent pas un senliment (jui lui soil pariiculier;
Imais quic(ujque examinera avec soin quelle a été la
! pensée de tous les Pères (pii oiU écrit sur ce sujet,
(reconnaîtra aisément qu'ils ont tous éié de ce senti-
I ment.
' Aussi voyons-uous dans les Actes des apôtres que ' dans les premiers tenips de l'Eglise les fidèles recej valent tous les jours TEucharislie. Car comme loiisceux 1 qui faisaient alors profession de la foi cliréiienne I étaient enflammés d'une cliarité véiilahle et sincère, et qu'ils étaient continuellement occupés à la prière et aux autres œuvres de piélé, ils étaient toujours dispoi ses à recevoir le sacrement du corps de Jésus-Christ. ■ Le pape Anaclet renouvela depuis en partie celte I coutume qui semblait s'être relâchée. Car il ordonna que tous les ministres de l'Iiglise qui assisteraient au .sacrifice de la messe y comnnmieraient, prétendant que les apôtres l'avaient ordonné de la sorte : c'a encore été une coutume qui a duré longleaips dans l'Eglise, que le prêtre ayant achevé le sacrifice, et après avoir connnunié. se tournait vers le peuple, cl l'invitait de s'approcher de la sainte table, n dis. «ni : Venez, mes frères, à la communion. El alors ceux (jui s'y élaient disposés, recevaient dans de grands sentiments de religion les sacrés mysières.
Mais le pape Fabien remarquant que la charité et la piéie étaient tellement refroidies dans les fidèles, qu'ils n'approchaient de la communion (jue très-rarement, ordonna que tout le monde recevrait l'Eucharistie trois l'ois Tannée, à Noël, à Pâques et à la Pentecôte ; ce (jui a été depuis confirmé par plusieurs conciles, et parliculièrenient par le premier concile d'Agde.
Enfin les choses étant veni.es jusqu'à ce point de relâchen/ent, que non senlemenl cette ordonnance ne s'observait point, mai •. même qu'on passait plusieurs années sans recevoir la sainte Eucharistie, il fut ordonné dans le concile de Lalran que tous les fidèles recevraient tous les ans au moins une fois au temps de Pàque, le corps de Jésus Christ, et que ceux qui négligeraient de le faire seraient exclus de l'entrée lie l'église.
Or quniijue celle loi établie par Jésus-Christ, et confirmée par l'aulorilé de l'Eglise, regarde tous les fidèles, il faut néanmoins en excepter ceux qui, à cause de la faiblesse de leur âge, n'ont pas l'usage delà raison. Car comme ces persoimes ne peuvent pas connaître la diiîérence qu'il y a entre l'Eucharistie et le paincommunet ordinaire, elles ne sont pasaussicapables d'apporter la piélé et la religion nécessaires pour la recevoir dignement. El il semble même que ce serait une chose contraire à rinstitulicMi de l'Eucharislie que d'en user d'une autre manière. Car INotre- Seigneur ayant dit ( Mai th. 20, 2li ) : Prenez et mangez^ semble avoir exclu les enfants de ce sacrement, puisqu'il est visible (|ue les enfants ne sonl pas capables de recevoirnidemangerl Eucharistie; et quoique c'ait éié une coutume assez ancienne en qi/olques églises de donner l'Eucharistie même aux peiils enfuits, néanmoins il y a déjà longtemps que celle praliipie a cessé par l'autorité de l'Eglise, tant pour les raisons que nous venons de marquer que pour plusieurs autres qui sont très-conforujes à la jiiélé chrétienne.
Pour ce qui est du temps auquel l'on peut donner la communion aux enfiinls, personne n'en peut mieux juger que leurs parenls et le prêtre à qui ils confessent leurs péchés. Car c'est à eux à examiner et à interroger les enfants pour voir s'ils ont une connaissance suffisante de cet auguste sacrement, s'ils sont capa-
bles de le goûler, s'ils ont un véritable désir de le recevovi.
L'on ne doit point encore administrer ce sacrement aux fous et aux insensés, étant incapables d'aucun sentiment de piélé. Néamnoins si avant d'être tombés en démence on a reconnu en eux de la piélé, une bonne volonté et quelque es|)rit de religion, on piuirra, selon le décret du concile deCarlhage, leur donner rEucharistie à la fin de leur vie, pourvu qu'il n'y ait point lieu de craindre le vomissement, ou quelque autre inconvénient semblable.
Qnani à la manière de communier, il faut que les pasteurs apprennent aux fidèles cpi'il est défendu par la loi expre>se de l'Eglise à tout le monde, excepté aux prêtres lorsqu'ils consicrenl le corps de Jésus-Christ dans le sacrifice de la messe, de recevoir la sainte Eucharistie sons 1 s deux es|)èces sans une permission pariicidière de celle même Eglise. Car quoique iNotre- Seigneur Jésus-Christ, comme l'explique le concile de Trenle, ail inslilué d.ms la cène cet auousle sacrement sous les espèces du pain et du vin, et"qu''l l'i^il donné a ses apôlres sous l'une ell'autre de ces espèces, il ne s'ensuit pas néannjoins qu'il ail établi celte loi, qu'on distribuerait les saints mysières sous l'une et l'autre espèce à tous les fidèles. Et en effet il ne parle luimême le plus souvent que d'une seule espèce ; lorsqu'il dit ( Joiin. 6, 15) que si quelqu'un mange ce pain il vivra éternellement, et que le pain quil donnera, c'est sa chair quil doit donner pour le snlut du monde; et enfin que celui qui mange de ce pain vivra éternellement.
L'Eghse a élé portée par plusieurs raisons trèsimp »rlaiites, non senlemenl à ne pas désapprouver, mais encore à mainienir par l'auloriié de ses canons! celle coutume de ne communier que sous les espèces du pain.
Car r il était à craindre qu'on ne répandît à terre le sang de Noire-Seigneur, étant très-difiicile d'éviter cet accident fâcheux, si l'on élait obligé de le donner à boire à une si grande multitude de peuple.
T L'Eucharislie devant être toujours prêle pour les malades, il serait presque impossible qu'en gardant longtemps les espèces du vin, elles ne s'aigrissent.
5° Il y a plusieurs persoimes qui ne peuventdu tout souffrir le goCu ni même l'odeur du vin. Et ainsi de peur que ce qui doit être donné pour le salut de l'àme ne nuisît à la sanié du corps, l'Eglise a Irès-prudem ment ordonné que les fidèles ne recevraient que les espèces du pain.
4." On peut encore ajouier à ces trois raisons, que dans plusieurs provinces il v a très-peu de vin, et (|ue même l'on n'y en peut faire porter d'ailleurs, qu'avec de très-grandes dépenses, à cause de la longueur et de la diflicullé des chemins.
5° Enfin, ce qui a principalement porté l'Eglise à faire cette défense esi (|u'elle a voulu détruire eniièremeni Thérésie de ceux qui niaient que Jésus-Christ fût contenu loul entier sousl'une et l'autre espèce, et qui préiendaienl que le corps seulement sans le sang élait contenu sous les espèces du pain, el le sang seulement sans le corps sous lesesi)ècesdu vin Afin donc que celle vérité de la foi catholique fûl connue plus disiinclemenide tous les fidèles, l'Eglise a très-sagement et prudemment ord(mné la communion sous une seule espèce, savoir celle du pain. Elle a eu encore plusieurs autres raisons pour ordonner celle pratique, comme on le peut remarquer dans les écrits de ceux qui ont traité de cette maiière, et les pasteurs pourront les rapporter, s'ils jugent que cela soit nécessaire.
§ 7. Ministre du sacrement de rEucharistie.
Qm)iqu'il soil presque impossible d'ignorer qui est le minisire du sacrement de l'Eucharistie, il ne faut pas laisser néanmoins de l'examiner, afin de ne rien omettre de ce qui peut donner une parfaite connaissance de ce sacrement. Ainsi les pasteurs apprendront aux fidèles que la puissance de consacrer l'Eucharistie el de la distribuer a été donnée aux seuls prêtres.
C'est ce que le S. cancile de Trente établit, lorsqu'il déclnre (sup., sess. 25, c. 10) que, selon la coutume observée de tout temps par l'Eglise, les fidèles doivent recevoir ce sacrement de la main du prêtre, et que les prêtres en célébrant la messe doivent se communier eux-mêmes, et que cette coutume doit religieusement se garder, puisqu'elle est établie sur la tradition des apôlVes, et que Jésus-Christ lui-même nous enalaisséTexemple.Car ayant consacré son corps, il ie distribua de ses i*ropres mains à ses apôlres. Et non seulement l'Eglise a donné aux seuls prêtres la puissance d'administrer ce sacrement , mais même, ayant égard, autant qu'il est en elle, à sa dignité et à son excellence, elle a ordonné que personne ne loucherait aux vases sacrés, aux linges et aux autres choses qui sont nécessaires pour la consécration, qui ne fût dans les ordres sacrés, si ce n'est dans une pressante néccssiié.
Et c'est ce (jui doit faire comprendre, tant aux prêtres qu'au reste des fidèles, quelle doit être la religion et la piété de ceux qui s'approchent de l'Eucharistie, ou pour la consacrer ou pour l'administrer, ou pour la recevoir. Ce n'est pas quel'Eucharistie, comme nous l'avons remarqué des autres sacrements , ne puisse être consacrée et administrée légitimement par de méchants ministres, pourvu qu'ils lassent exactement tout ce que l'Eglise observe en la consacrant et en l'administrant. Car la foi nous oblige de croire que les sacrements ne dépendent point du mérite des ministres, mais seulementde la vertu eldc la puissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui les a institués.
Yoilà ce que tout lidèle doit savoir de l'Eucharistie considérée connue sacrement. Il reste maintenant à la considérer comme sacrifice. Et c'est cequ il faut expliquer afin qu ^ les pasteurs sachent ce qu'ils doivent particulièrement enseigner aux peuples louchant ce mystère les fêtes et les dimanches, selon que le saint concile de Trente le leur ordonne.
§ S. De l'Eucliarislk considérée comme sacrifice.
Ce sacrement considéré comme sacrifice n'est pas seulement un trésor qui renferme toutes les richesses du ciel, et par lequel, si nous en usons bien, nous nous rendons dignes de l'amour et de la grâce de de Dieu; mais il a encore celle vertu particulière, que c'est par lui que nous pouvons en quelque sorte rccomiaîlre les bontés infinies que Dieu a eues pour nous. Mais pour comprendre comhien ce sacrifice lui est agréable, lorsqu'on l'offre de la manièie qu'on le doit, il ne faut que le comparer avec les sacrifices de la loi ancienne. En eiïet si ces sacrifices, dont il est dit (ps. 59, 9) : Vous navez point voulu de sacrifices ni d'offrandes; et en un autre endroit (ps.oD, 17) : Si vous aimiez les sacrifices, je vous en offrirais, mais les liolocauslcd ne vous sont pas agréables, ont plu dételle sorte à Dieu, que TEcriture témoigne (Gen. 8) qu'il les a reçus en odeur de suavité, qu'ils lui ont été agréables, que ne devons-nous pas attendre de ce sacrifice, où celui-là même est offert et immolé dont une voix céleste a rendu ce glorieux témoignage par deux fois (Matlh. 3, 17) : Cest mon Fils bien-aimé dans lequel j'ai mis toute mon affection ? Il faut donc que tous les fidèles soient parl'aitement instruits de cette vérité, a(in que, lorsqu'ils s'assembleront peur assister à ce divin sacrilice, ils puissent méditer avec attention et avec piclé les divins mystères qui s'y passent à leurs yeux.
Et ainsi les pasteurs leur enseigneront que Jésus- Christ a institué l'Eucharistie principalement pour deux raisons : la première, afin qu'elle servît de nourriture à notre âme pour conserver sa vie spirituelle ; la seconde, afin que l'Eglise eût un sacrifice qu'elle put offrir continuellement pour l'expiation de nos pé-
une excellente iigure de cette vérité dans l'agneaii pascal ; car les Israélites avaient coutume de l'offrir et de le manger comme sacrifice et comme sîicr^ ment.
Notre-Seigneur ae pouvait donc nous doinner unf marque plus éclatante de l'extrême charité qu'il avaii pour nous, que de nous laisser ce sacrifice visible, qw renouvelai ie sacrifice sanglant qu'il était \)rès> d'offrir lui-même à son Père sur l'arbre de la croix, afin q\)t^ l'Eglise étant répandue dans toute la terre, eu r-^ nouvelàtet en honorât tous les jours avec beaucoup dd fruit la mémoire jus(iu'à la fin des siècles.
Mais il faut remarquer qu'il y a une grande difîé* rence entre l'Eucharistie considérée comme sacr-^n, ment el considérée comme sacrifice. Car elle est sacrement par la vertu de la seule consécration ; mait elle n'est sacrifice qu'en tant qu'elle est offerte. Ainsi lorsqu'elle est renfermée dans le ciboire, ou qu'on la porte aux malades, on ne la considère alors que comme sacrement, et non comme sacrifice. De plus, comme sacrement elle nous est un sujet de mérite, lorsque nous la recevons, et elle nous procure tous lei avantages que nous avons ci-devant marqués ; mais comme sacrifice, non seulement elle nous fait mériter ; mais même elle nous fait satisfaire à Dieu pow^ nos péchés.
Pour ce qui est du temps où ce sacrifice a été in-» sritué, b saint concile de Trente ne laisse aucun li^.. d'en douter : car il a déclaré (sup., sess. 32, de Sacr,. miss., c. 2, et cl et 4) que Notre-Seigneur finstitm^ dans la dernière cène, et a en même temps frappa d'anathème ceux qui prétendaient qu'on n'offre point* Dieu d^ns l'Eglise de véritable sacrifice, ou du moin% que d'en offrir ce n'est aulre que de donner Jésus*. Christ pour être mangé.
Et le concile a marqué avec beaucoup de soin qu*: c'est à Dieu seul qu'on offre ce sacrifice. Car quoique l'Eglise ait coutume quelquefois de célébrer le sacri^fice de l'autel en mémoire et en l'honneur des saints^ elle nous apprend en même temps que ce n'est pas mjt, saints, mais à Dieu seul, quia couronné les saints d'un^ gloire immorlelle, à qui le sacrifice est offert. D'oii vient que le prêtre ne dit jamais: Pierre, ou Paul,^ vous offre ce sacrifice; mais en même temps qu'il l'offre à Dieu seul , il lui rend grâces des victoires si-. gnalées qu'ont remporlées ses bienheureux martyrs, el il implore leurs secours, afin qu'ils intercèdent pour nous dans le ciel, en même temps que nous honorons leur mémoire sur la terre. Cette doctrine de l'Eglise, touchant la vérité de ce sacrifice est établie sur les paroles même de Jésus-Christ, lorsque recommandaïUi à ses apôtres, dans la dernière nuit qu'il mangea aveç! eux, de célébrer ces sacrés mystères, il leur dit (Luc. 22, 19) de le faire en mémoire de lui. Car ce fui alors,' comme le concile l'a défini, qu'il les fit prêtres, et qu'il leur ordonna et à ceux qui leur succéderaient dans ce ministère d'offrir et d'immoler sou corps.
Ce que dit saint Paul dans sa première Epître aux Corinthiens est encore une preuve bien évidente de la vérité de ce sacrifice : Vous ne pouvez boire, dit-il, le calice du Seigneur, et le calice des démolis ; vous m pouvez pas participer à la table du Seigneur et à la table des démons. Car comme par la table. des démons il faut entendre l'autel sur lequel on leur immolait, de même, afin que le discours de f Apôtre soit concluant, la table du Seigneur dont il parle ne pent signifie! autre chose que l'autel sur lequel on sacrifiait au Seigneur.
Ce sacrifice nous a été même marqué dans l'ancicr Testament par plusieurs figures et prophéties. Cai c'est de lui que se doil entendre celle-ci du propbèu Malachie (Mal. 1, 10) : Mon nom sera redoutable paf'ni
geance et de sa colère, pour nous faire ressentir les efifels de sa miséricor,deet de sa clémence. NotAS avons
parce que mon nom sera glorifié parmi tes nations étrangère^, dit le Seigneur des armées, H a été aussi figura
Î>ART. li. DES SACREMENTS
par tous les sacrifices qui ont été offerts, tant devant qu'après la loi de Moïse. Car tous les biens qui nous étaient marqués par les différentes victimes qui y étaient immolées sont renfermés dans celte seule liosiie qui en est la fin et l'accomplissement. Mais entre tous ces sacrifices, il n'y en a point qui Tait représenté plus clairement que celui de Melchisédecli ; d'où vient que Noire-Seigneur, voulant faire connaître qu'il était établi le Prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech, offrit dans la dernière cène à Dieu sou Père son coips et son sang sous les espèces du pain et du vin.
Il faut donc croire que le sacrifice qu'on offre à la messe est le même que celui qui a élé offert à la croix, et que c'est la même hostie, savoir Jésus- Christ Noire-Seigneur qui s'est offert lui-même une seule fois sur la croix d'une manière sanglante. Car celle hosiie, pour être sanglaule ou non sanglante, ne laisse pas d'êire la même et non pas deux hosties différentes. Et c'est ce sacrifice que l'on renouvelle tous les jours dans fEucharistie, selon le eommandement qne Noire- Seigneur en a fait par ces paroles (Luc. 22, 19) : Faites ceci en mémoire de moi.
Noire-Seigncur Jésus-Christ est aussi le seul et unique prêlre de ce sacrifice ; les ministres qui consacrent son corps et son sang n'offrent pas le sacrifice par eux-mêmes, mais seulement comme lenant sa place. C'est ce qui est évident par les paroles de la consécraiion. Car le prêlre ne dit pas : Ceci est le corps de Jésus-Christ, mais ceci est mon corps. Et par conséquent ce n'est qu'en tant qu'il tient la place de Jésus-Christ qu'il change par la vertu de ces paroles la substance du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus-Christ.
Cela élant ainsi, c'est une vérité certaine et élablie par le saint concile de Trente ( supra , sess. 22, de Sac. miss., can. i, 23) que le saint sacrifice de la messe n'est pas seulement un pur sacrifice de louange cl d'action de grâces , ou une simple commémoration du sacrifice qui a élé accompli sur la croix, mais un sacrifice efficace qui nous réconcilie avec Dieu et nous le rend favorable. Ainsi il ne faut point douter que si nous offrons et immolons cette hostie sainle avec un cœur pur, une foi ardenie el une douleur très-vive de nos péchés, Dieu ne nous fasse miséricorde , el que nous n'obtenions de lui le secours de la grâce dans nos besoins ; lodeur de celte viciime lui élant si agréable, qu'il est comme impossible qu'il ne nous accorde en sa considération la grâce de la pénitence et la rémission de nos péchés. D'où vient que fEglise, dans une de ses prières, dit que toutes les fois qu'on célèbre la commémoration de ce sacrifice, on opère en même temps l'ouvrage de notre salut ; parce que Dieu répand sur nous, par ce sacrifice non sanglant, les grâces liés abondantes que cette sanglante victime nous a méritées par sa mort.
Mais ce sacrifice a la vertu, non seulement de profiter à celui qui rollre et à celui qui y participe réellement, mais encore généralement à tous les fidèles, tant à ceux qui sont' encore vivants sur la terre, qu'à ceux qui, quoique moris dans ia grâce de Dieu, ne sont pas néanmoins tout-à-fail purifiés des souillures de leurs péchés. Cai-, selon la tradition conslanle des apôtres , il n'est pas moins permis de l'offrir pour ces personsics que pour la satisfaction des péchés des vivants et des peines qu'ils ont méritées, el pour détourner les afflictions et les calamités publiques. D'où il est aisé de conclure que le sacrifice de la messe s'offre particulièrement pour l'utilité et le bien de tous les fidèles.
Pour ce qui est des cérémonies qui s'observent dans ce sacrifice, elles sont toutes très-remarquables et même Irès-uliles , d'une pari, pour faire éclater davantage la majesté d'un si auguste sacrement, et de fautre pour porter les fidèles, à la vue de ces mystères si salutaires, à la contemplation des vérités divines qui sont cachées dans ce saciifice non sanglant.
Mais il n'est pas nécessaire de s'arrêter à expliquer ici ces choses, tant parce que celle matière demanderait un plus long discours que ne peut souffrir le dessein qu'on s'est proposé dans ce Catéchisme, que parce qu'il se trouve une infinité de traités que des personnes pieuses et très-savantes ont écrits sur ce sujet, que les j)asteurs pourront consulter lorsqu'ils voudront en instruire leurs peuples. Il suffii donc d'avoir expliqué le mieux que nous avons pu, avec le secours de Dieu, les principaux points qui regardent l'Eucharistie, considérée et comme sacrement et comme sacrifice.