‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 206 sur 368 · SIS · texte numérisé non relu

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divines, le feu de la charîlé qui puisse en ces renconlres forîïfier et relever noire courage.

Que si au contraire le confesseur reconnaît que son pénitent li'esl pas tellement louché du regret de ses péchés, qu'il puisse s'assurer qu'il est vérilableinent contrit et humilié, il doit alors lâcher de lui inspirer un grand désir de la contrition, afin qu'il soit porté à demander à Dieu avec ardeur un don si excellent.^

Mais les confesseurs doivent particulièrement s'appliquer à réprimer l'orgueil de ceux qui tâchent par quelque excuse, ou de défendre leurs péchés, ou d'en diminuer l'excès. Car il se trouve des gens qui en même temps qu'ils se confessent, par exemple, de s'être laissés aller à la colère, en rejettent la faute sur un autre, parce quMls prétendent avoir été offensés. Les confesseurs feront donc connaître à ces personnes que ce qu'elles font en celte rencontre est la marque d'un esprit superbe, ou d'un honimequi se soucie peu de soii péché, ou qui en ignore entièrement la grandeur, et (|ue de semblables excuses ne servent qu'à en augmenter, et n(m à en diminuer l'excès. En effet, celui qui lâche, par celle voie, de justifier son emporlemeni, témoigne assez par là qu'il n'est dans la disposition d'être palient que pourvu qu'on ne lui fasse point d'injure, ce qui est la chose du moiidc la plus indigne d'un chrélien. 11 devrait gémir pour celui qui l'a offensé, et être touché de son péché ; et au conirairi; il s'abandonne à sa colère et lui en fait ressentir les effets. Ainsi ce qui devrait être le sujet de son salut devieiit celui de sa perle, en laissant écliappcr une occasion si favorable d'honorer Dieu par sa patience, et de corriger son frère en le traitant avec douceur.

Cependant l'erreur de ceux qui, clanj rclcp.us par ime fausse honle, n'osent confesser leurs péchés, est encore beaucoup plus pernicieuse. C csl pourquoi il faut les exhortera passer courageusement par dessus cette honte, et les avertir que nulle considération ne doit les empêcher de confesser tous ieurs péchés, et que le prêtre ne sera point surpris de les entendre, puisque le péché est un mal qui est conmiun à tous les hommes, et qui esi une suite de l'infirmité de la nature.

11 y a encore des personnes qui, ou parce qu'elles ont coutume de ne se confesser que rarement, ou parce qu'elles n'apportent aucun soin pour examiner leur conscience, ne savent ni comment il faut s'accuser, ni même par où ils doivent commencer leur confessiim. Ce sont ces sortes de personnes que l'on doit reprendre avec plus de force, et à qui l'on doit faire connaître qu'il faut, avant de s'approcher du prêtre, faire tout son possible pour concevoir delà douleur de ses péchés, et que c'est ce qui ne se peut faire comme il faut, si l'on ne s'applique à avoir une connaissance distincte et parfaite de chaque péché en particulier. C'est pourquoi lorsque les confesseurs rencontreront de leurs pénitents dans celte disposition, ils les renverront le plus doucement qu'il leur sera possible, et les exhorteront de prendre quelque temps pour penser sérieusement à leurs péchés, et de revenir ensuite vers eux. Que s'ils assurent qu'ils ont apporté tout le soin et toute la diligence dont ils sont capables pour s'examiner; comme les confesseurs doivent extrêniement craindre que les pénitents ne reviennent pas vers eux après les avoir une fois renvoyés, alors ils les écouteront particulièrement s'ils aperçoivent en eux quelque désir de se corriger, et s'ils peuvent les por- X 1er à s'accuser de leur négligence en promettant de la réparer une autre fois par un examen plus exact et plus fidèle; mais en même temps ils useront de beaucoup de précaution pour leur donner l'absolution. Car si après avoir eiitendu leur confession, ils remarquent qu'ils ont apporté quelque soin pour reconnaître et déclarer leurs péchés, et qu'ils en oni même conçu de la douleur et de l'aversion, ils pourront en ce cas les absoudre. Mais au contraire s'ils ne remarquent point eu eux ces dispositions, ils leur persuaderont de prendre (jucliue temps pour examiner avec plus de

soin leur conscience, et ils les renverront en les traitant avec la plus grande douceur qu'il leur sera possible.

Et comme il arrive que des personnes, et surtout des femmes, qui ont oublié dans leur confessicm quelque péché n'osent retourner à l'heure même vers leur confesseur, pjirce qu'elles craignent ou qu'on ne les soupçonne de quelque grand crime, ou qu'on ne voie qu'elles recherchentd'êlre louées comme des personnes qui ont la conscience extrêmement tendre et délicate," il fkutque les pasteurs déclarent continuellement et en public et en particulier, qu'on ne doit point avoir celte crainte , puisqu'il n'y a personne qui ail la mémoire assez heureuse pour avoir toujours présentes toutes ses actions et toutes ses pensées.

§ 8. De la satisfaction.

Comme les ennemis de l'Église catholique ont pris un grand sujet de dissension et de discorde au préjudice des fidèles, de la salisfaciion qui csl la troisième partie de la pénitence, il faut avant toutes choses expliquer quelle est la signification de ce terme.

La salisfaciion est proprement le paiement entier d'une délie, car il n'y a rien à ajouter à ce qui suffit. C'est pourquoi dans la matière de la réconciliation, dont nous parlons mainlenanl , satisfaire c'est faire toul ce qui est nécessaire pourcynlçnter un esprit irrité, et pour réparer l'injure qu'il a reçue. Ainsi la satisfaction consiste proprement à réparer l'injure qu'on a laite à un autre. Et c'est en ce sens (pie les auteurs ecclésiastiques se sont servis, en parlant de la pénitence, du mol de satisfaction , pour nmrqner la réparation que les hommes font à Dieu, lorsqu'ils lui offrent quelque peine pour l'expiation de leurs péchés; El comme cette réparation a divers degrés , il fau< aussi distinguer diverses sortes de satislaclions.

La première et la plus parfaite est celle par laquelle nous satisfaisons à Dieu pleinement, et même selon toute la rigueur de sa souveraine justice, pour nos pèches de quelque qualité qu'ils soient, et par laquelle nous sommes réconciliés avec lui. Et nous soîumes uniquement redevables de celte satisfaction à Noire-Seigneur Jésus-Christ , qui nous l'a méritée ayant satisfait pleinement à Dieu par le sang qu'il a versé sur la croix comme le prix de nos péchés. Car il n'y avait point de créature (jui pût êire capable de nous acquitter d'une si grande dette. M;>is, comme dit S. Jean, c'est lui qui est la victime de propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres , mais en'^ core pour ceux de tout le monde. Celte salisfaciion, qui viciit (les mérites de Jésus-Christ, est donc pleine et entière, el proportionnée à la grandeur et au nombre de tous les péchés du monde, et c'est elle cpii rend méritoires nos actions devant Dieu , et qui fait qu'elles lui sont agréables et dignes de récompease. D'oiï vient que David, après avoir dit : Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits et pour toutes ses faveurs ? ajoute aussitôt : Je prendrai le calice du salut\ • et j'invoquerai le nom du Seigneur, pour nous faire en-' tendre qu'il n'avait trouvé que là satisfaction de Jésus-Christ, qu'il exprime par le mot de calice, fût digne d égaler de si grands bienfaits.

La seconde espèce de saii>faction est ce!le qu'on appi^lle canonique et qui s'accomplit en un certain espace de temps qui est prescrit par les canons de l'Église. Car suivant l'ancienne coutume de TÉglise l'on impose une peine aux pénitents avant que de les absoudre de leurs péchés, et l'accomplissement de celle peine s'appelle satisfaction.

La troisième sorte de satisfiiciion comprend toutes les peines que l'on souffre volontairement, ou que l'on s'impose de soi-même et sans l'ordre du prélre, pour ses péchés. Mais cette salisfaciion n'apparlient p^iut à la péniterice comme sacrement. Et celle-là seule en doilêlre regardée comme une partie qui se fait à Dieu par l'ordre du prêtre pour l'expiation de ses péchés, et qui est jointe à la résolution ferme et consiuiiie (J'éviter avec tout le soin possible d'eu com-

PART. II. DES SâCRE>IENTS.

mettre à Pa venir. C'est pourquoi quelques-uns prétendent que satisfaire, c'est rendre à Dieu Thonneur qui lui est dû : or qui ne sait qu'on ne peut rendre à Pieu riioniieur qui lui est dû, si l'on ne tâche d'éviter entièrennent le péché? Ainsi satisfaire selon ces personnes, c'est proprement retrancher toutes les occasions du péché, et ne donner aucune entrée dans son cœur aux désirs de la chair. D'où vient que d'autres, suivant la même pensée, ont dit que la satisfaction était une manière de purgation qui efface toutes les souillures que notre âme a pu contracter par la tache du péché, et par laquelle nous nous acquittons des peines qui nous sont ordonnées pendant un certain temps pour l'expiation de nos péchés.

11 est aisé de conclure de tout ce que l'on vient de dire, combien il est nécessaire que les pénitents soient fidèles à s'exercer dans les pratiques de la satisfaction. Car quoique Dieu remette toujours dans la pénitence la coulpe du péché et la peine de la mort éternelle qui lui est due , toutefois le concile de Trente assure (s«'ss. H, c. 8, can. il et 15) qu'il ne remet pas toujours les restes du péché ni les peines temporelles qui lui sont dues. C'est ce qui se voit évidemment par plusieurs exemples quel'Ècriiure sainte nous propose dans le S* chap. de la Genèse, dans le 12° et le 20' chap. des Nombres , et dans plusieurs autres lieux. ]\Iais le plus éclatant, le plus illustre el le plus recommandable est celui de David. Car quoique le prophète Nathan lui eût dit que le Seigneur lui avait remis son péché el qu'il ue mourrait point , il ne laissa pas de s'imposer volontairement de très-grandes peines, implorant jour et nuit la miséricorde de Dieu en ces termes (ps. 50, 4) : Lavez-moi de plus en plus de louies les taches de mes péchés, et purifiez-moî de mes offenses. Car je reconnais mes crimes, el mon péché est toujours présent devant moi. Où l'on voit (|ue ce saint pénitent demandait à Dieu non seulement qu'il lui pardonnât son crime, mais encore qu'il lui remît la peine qui lui était due , el qu'il rétablît son âme dans sa preuiière iniégrité et sa première innocence , après l'avoir purifiée des restes du péché. Cependant, quoiqu'il deniandât à Dieu instamment celte grâce, Dieu ne laissa pas de le punir par la mort de son fils , qui était le fruit de son adufiére, et par la révolte el la mon même de son fils Absalon, qu'il aimait uni jnemenl, et par plusieurs autres peines el afflictions dont il l'avait jnenacé auparavant.

Nous voyons encore dans l'Exode que, quoique Dieu, fléchi par les prières de Moïse, eût pardonné au peuple son idolâtrie , il lui déclara néanmoins qu'il punirait très-sévèrement un si grand crime ; et Moïse de son côté témoigna à ce peuple que Dieu en prendrait une très-rigoureuse vengeance jusqu'à la troisième (ît quatrième génération. Enfin les SS. Pères ont enseigné unanimement cette vériié , comme il est aisé d'en donner des preuves par leurs propres témoif gnages.

Que si l'on recherche la raison pourquoi toutes sortes de peines ne sont pas remises par le sacrement de pénitence connue par celui du baptême, c'est ce que le concile de Trente explique parfaitement par ces paroles : € L'ordre de la justice demande qu'on pardonne d'une manière à ceux qui avant le baptême ont péché par ignorance, et qu'on pardonne d'une autre à ceux qui, après avoir été une fois délivrés de la servitude du péché et du démon, et avoir reçu le Saint-Esprit, n'ont pas crainlde violer avec connaissance le temple de Dieu et de conlrislcr le Saint-Esprit. El il est de la bonté de Dieu de ne pas permettre «jue nos péchés nous soient remis sans en faire aucune satisfaction, de peur que cela ne nous donnant sujet de croire qu'ils sont moindres qu'ils ne sont en effet , nous ne tombions, l'occasion s'en présentant, dans de plus grands péchés par un niépris toul-à-fail injurieux au Saint- Esprit, nous amassant ainsi un trésor de colère pour le jçur de la colère. >

El en effet les peines saiisfacloires sont très-puis-

santes pour nous détourner du péché, el sont comme un frein qui en arrête le cours. Elles rendeni les pénitents plus vigilants, el font qu'ils se précauli(;nnont davantage dans la suite ; et elles sont des matques publiques que nous donnons de la douleur que nous avons conçue de nos péchés, par lesquelles nous satisfaisons à l'Eglise qui a été grièvement offensée par nos crimes. Car, comme dit S. Augustin, quoique Dieu ne rejette point un cœur contrit et humilié , néanmoins, parce que la douleur qu'une personne conçoit dans son cœur est cachée aux autres , qu'elle n'en peut être connue que par des paroles ou par d'autres marques extérieures , c'est avec beaucoup de raison que les Pères ont déterminé des temps pour la pénitence, afin que l'on satisfît à l'Eglise , dans le sein de laquelle les péchés sont remis.

Mais de plus les peines qui nous sont imposées pour nos péchés sont d'un merveilleux exemple pour exciter les autres à régler leur vie, et à embrasserla vertci. Car lorsqu'ils envisagent ces peines , ce leur est un avertissement tacite qui les porte à corriger leurs mauvaises habitudes , et leur apprend à se conduire avec une extrême précaution pendant tout le reste de leur vie , de peur qu'en péchant ils n'éprouvent de semblables peines. C'est pourquoi l'Eglise observait avec beaucoup de sagesse , lorsque quelqu'^un avait commis publiquement quelque crime, de lui en imposer aussi une pénitence publique avant que de lui en donner l'absolution , afin que les autres craignant un semblable traitement évitassent le péché avec plus de soin. Elle en usait même quelquefois de la sorte à l'égard des péchés secrets , lorsqu'ils étaient fort considérables. Et pendant tout le temps de cette pénitence publique les pasteurs priaient Dieu pour le salut des pénitents, et les exhortaient sans cesse de faire aussi la même chose. C'est eti quoi le soin el la sollicitude pastorale de saint Ambroise a éclaté plus particulièrement. Car l'on rapporte que plusieurs personnes qui s'approchaient du sacrement de pénitence avec une grande dureté de cœur, étaient touchées d'une véritable contrition par la force de ses larmes.

Mais dans la suite du temps l'on a tellement relâché de la sévéiiié de la discipline ancienne de l'Eglise, cl la charité des fidèles s'est de telle sorte refroidie , que plusieurs croient que pour obtenir le pardon de ses péchés il n'est pas même nécessaire d'en gémir dans le fond du cœur, ni d'en avoir une douleur sensible et intérieure ; mais qu'il suffit seulement d'en avoir une douleur feinte et apparente.

Nous tirons encore cet avantage, lorsque nous nous soumettons aux peines saiisfacloires de la péniience,

3ue nous retraçons en nous l'image et la ressemblance e Jésus-Chrisi, notre chef, qui a été tenté el éprouvé le premier par les peines qu'il a soufferles. Et en effet, dit S. Bernard, qu'y aurait-il de plus difforme que de voir un membre délicat sous une tête couronnée d'épines? Ce qui a fait dire à S. Paul que nous serons héritiers de Jésus-Christ , pourvu toutefois que nous ayons souffert avec lui, et en un autre endroil, que si nous mourons avec Jésus Christ, nous vivrons aussi avec luif et si nous souffrons avec lui , nous régnerons aussi avec lui.

Saint Bernard prouve encore la nécessité de la satisfaction , lorsqu'il dit qu'il y a deux clioses à con idérer dans le péché , la tache qu'il fait à l'âme, el la plaie qu'elle en reçoit ; que la tache honteuse du péché est bien effacée par la miséricorde de Dieu, mais que la plaie du péché ne peut être guérie qu'en y appliquant le remède de la pénitence. Car, comme après qu'une plaie est guérie , il reste encore les cicatrices à fermer; de même, quoique la coulpe du péché soit remise, il reste encore à purifier l'âme des restes du péché. S. Chrysostôme enseigne la même chose par cette excellenie comparaison. « Comme ce n'est pas assez, dit-il, de retirer du corps la flèche qui l'a blessé, mais qu'il faut encore guérir la plaie qu'elle y a faite, peur le rélabUr dans une parfaite santé ; ainsi quoique

CATÉCinSME DU CONCILE DE TRENTE.

l'âme ait reçu le pardon de ses péchés, il faut encore que les plaies qu'ils lui ont faites soient guéries par la pénitence. » El saint Augustin déclare en plusieurs lieux qu'il f:\ut reconnaître dans la pénitence la miséricorde de Dieu et sa justice : sa miséricorde en ce qu'il pardonne les péchés et remet les peines éternelles qui leur sont dues ; et sa justice en ce qu'il punit le pécheur par des peines temporelles.

Enfin, en nous soumettant aux peines satisfactoires de la pénitence, nous évitons les peines et les supplices que Dieu nous avait préparés. C'est ce que l'Apôtre nous enseigne, lorsqu'il dit ( 1 Cor. 11, 51 ) que si nous nous jugions nous-mêmes , nous ne serions pas jugés de Dieu ; maïs lorsque nous sommes jugés de la sorte , c'est le Seigneur qui nous châtie , afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.

Il estdifficile que les pasteurs expliquant avec soin ces vérités n'excitent puissamment les fidèles à embrasser les œuvres satisfactoires de la pénitence, dont la vertu et l'efficace se reconnaissent aisément en ce qu'elle les tire toutes des mérites de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, laquelle nous a procuré ces deux grands avantages, que d'une part nous pouvons mériter par nos bonnes actions la récompense de la gloire éternelle , en sorte même qu'un verre d'eau froide que nous aurons donné au nom de Jésus-Christ ne sera point sans récompense , et que de fautre nous satisfaisons par elle pour nos péchés.

El il ne faut pas pour cela s'imaginer que nos satisfactions diminuent rien de celle de Notre-Seigneur Jésus -Christ, qui a été très-parfaite et très-entière; car elles ne servent au contraire qu'à la relever davantage, et à la rendre plus glorieuse et plus éclatante. En effet elle est d'autant plus abondante, qu'elle nous rend participants non seulement des grâces (in'ilnous a méritées par lui-même, mais même des mérites cl des satisfactions des saints et des justes, dont il a été le principe, comme la lête est le principe du mouvement des memhres^du corps; et qui par conséquent n'ont de mérite «^t de prix que celui qu'elles tirent de la communication qu'elles ont avec celles de Jésus- Christ.

CarNolre-Seigneur Jésus-Christ, comme le chef dans ses membres, et le cep de la vigne dans ses branches, communique continuellement sa grâce à ceux qui lui sont unis par la charité; en sorte qu'elle prévient, accompagne et suit toujours nos bonnes actions, et que nous ne pouvons sans elle ni mériter, ni satisfaire à Dieu.

C'est pourquoi ceux qui jouissent de cette grâce n'ont plus rien à désirer, puisjpie par les actions qu'ils îbnt avec son secours, ils peuvent autant que la condition humaine le peut permettre, accomplir la loi de Dieu , et mériter la vie éternelle, qu'ils obtiendront très-assurément s'ils se trouvent revêtus de celte grâce à 1 heure de leur mort. D'où vient que Notre-Seigneur dit ( Joan. 4, 14 ) : Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif; mais l'eau que je lui donnerai deviendra dans lui une fontaine d'eau, qui rejaillira jusque dans la vie éternelle.

Au reste, il y a deux choses particulièrement à désirer, afin que la satisfaction soit utile : la première , que celui qui satisfait soit juste cl ami de Dieu, car tout ce qui se l'ait sans la foi et sans la charité ne peut être agréable à Dieu ; la seconde , que les œiivres que l'on fait pour l'expiation de ses péchés soient de leur nature pénibles et douloureuses. Car comme elles doivent entrer en compensation pour nos crimes, et même , comme parle S. Cyprien , en être le prix , il iiiut absolument qu'elles soient accompagnées de peines et de travaux. Ce n'est pas que celui qui pratique ces actions pénibles en ressente toujours de la douleur.

Car souvent ou l'habitude que l'on a contractée de souffrir, ou la charité ardente que l'on a pour Dieu, fait que l'on ne ressent pas môme les choses les plus pénibles , ce qui n'empêche pas (jue ces actions ne soient satisfactoires. Et les enfants de Dieu ont cou-

tume d'être tellement embrasés de son amour, que lors même qu'ils sont dans les tourments et les douleurs les plus sensibles, ou ils n'en ressentenl presque aucune incommodité, ou du moins ils les souffrent avec beaucoup de joie.

Ces œuvies satisfactoires se rapportent toutes principalement à la pratique de ces trois vertus , de la prière, du jeûne et de l'aumône, qui ont rapport aux trois différentes sortes de biens que nous avons reçus de Dieu, ceux de l'esprit, ceux du corps el ceux qu'on appelle extérieurs. Or il n'y a rien de plus j»ropre pour arracher les racines de tous les péchés que la pratique de ces trois vérins. Car comme tout ce qui est dans le monde n'est que concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie, il n'y a personne qui ne voie qu'on a opposé avec beaucoup de raison à ces trois sources de péché, ces trois différents remèdes, le jeûne à la concupiscence de la chair, Taum ône à la convoitise des yeux, et la prière à l'orgueil de la vie.

Si l'on considère encore qui sont ceux que nous offensons par nos péchés , il sera aisé de comprendre pourquoi l'on réduit loules les satisfactions à la pratique de ces trois vertus. Car nous offensons par nos péchés Dieu, le prochain, ou nous-mêmes. Or par la prière nous apaisons Dieu , par l'aumône nous satisfaisons au prochain , et par le jeûne nous nous mortifions nous-mêmes.

C'est encore un moyen très-propre pour saiisfaire à la justice à.h Dieu, el même pour mériter sa grâce, que de supporter avec patience toutes les misères el les calamités auxquelles l'on est exposé pendant lout le cours de celte vie mortelle. Et ceux qui ne les souffrent qu'avec regret et répugnance ne sont pas seulement privés de ces avantages, mais même ils ne doivent attendre de la rigueur des justes jugements de Dieu que leur conduninaliou et les supplices qu'ils ont mérités par leurs crimes.

Mais Ton ne saurait assez louer la bonté infinie de Dieu , et lui rendre d'assez dignes actions de grâces de ce qn'il a bien voulu accorder à notre faiblesse que nous puissions saiisfaire les uns pour les autres; ce qui est propre à celle partie delà pénitence, n'étant pas possible (|u'une personne puisse avoir de la contrition ni se confesser pour une autre, au lieu que ceux qui sont en grâce avec Dieu peuve t lui satisfaire pour les autres. Et c'est ainsi, selon l'expression de S. Paul, que r.ous portons en quelque sorte les fardeaux les uns des autres.

. La confession que nous faisons dans le Symbole, de la communion des saints, ne nous laisse aucun liru de douter de celte vérité. Car comme nous reii;;issons tons en Jésus-Christ dans les eaux du baptême , que nous participons tous aux mêmes sacrements, el surtout que nous mangeons le même corps et buvons le même sang de Notre-Seigneur Jésus- Christ, cela montreassczévidemmentquenous sommes tous membres d'un mènîe corps ; et qu'ainsi de même que le pied ne fait pas sa fonction seulement pour sa propre utilité, mais aussi pour celle de l'œil ; el que les yeux ne voient pas seulement pour leur propre utiliié, mais pour Tuliliié commune de tout le corps, nous devons aussi croire que nous participons tous aux œuvres satislacloires les uns des autres.

Cela néanmoins n'est pas si général qu'il n'y ail quelque exce[)lion , si l'on fait aitention à tous les avantages que Ton reçoit de la satisfaction. Car les œuvres satisfactoires que l'on impose au pénitent étant comme autant de remèdes spécifiques pour guérir ses mauvaises habitudes et les mauvaises affections de son cœur, il faut. qu'il soit privé de cet avantage s'il ne s'en acquitte pas par lui-même.

Voilà ce :|ue les pasteurs doivent avoir soin d'expliquer netlemeiil, el même avec étendue aux fidèles, touchant les trois parties de la pénitence, la contrir tion, la concession et la satisfaction.

Mais ce qu'il faut que les confesseurs observent sur loules çhosc.^, c'est après avoir ouï lavconfession de

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leurs pénitenls, ih prendre bien garde, avant que de leur donner Tabsoluiion, que s'ils ont nui au bien ou à la réputation de leur prochain, en sorte qu'ils jugent

3ue le péché qu'ils ont commis en cela soit capable e les damner, ils leur en fassent faire une réparation entière. Car on ne doit absoudre personne qu'il n'ait auparavant promis de restituer tout ce qui ne lui appartient pas.

Et comme il se trouve quantité de gens qui, bien qu'ils fassent de grandes promesses de satisfaire à ce qu'ils doivent, ne s'en acquittent jamais, il faut absolument les forcer à restituer ce qui ne leur appartient pas, leur proposant ces paroles de l'Apôtre (Ephes. 4, 28) : Que celui qui dérobait ne dérobe plus , mais qu'il inoccupé en travaillant des mains à quelque ouvrage bon et utile pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans tindigence.

Pour ce qui est de l'imposition des peines satisfactoires, les confesseurs ne doivent rien faire en cela de leur propre mouvement, mais ils doivent suivre exactement les règles de la justice, de la prudence et de la piété ; et afin qu'il paraisse qu'ils suivent ces règles, et que les pénflenls reconnaisseijt encore mieux la grandeur de leurs crimes, il sera bon qu'ils leur fassent connaître les peines qui sont prescrites par les anciens canons, qu'on appelle pénitentiaux, pour de ceriains péchés dont ils se trouveront coupables. Mais enfin la qualité du crime doit être la mesure et la règle de la satisfaction.

Or de toutes les satisfactions que Ton peut imposer aux pénitents, il n'y en a point de plus utile (|ue de leur prescrire de s'appliquer à la prière pendant un certain temps, et à certains jours, et de prier Dieu pour tout le monde, et particulièrement pour ceux qui sont morts dans sa grâce. Il faut aussi les exhorter à pratiquer et à réitérer souvent d'eux-mêmes les œuvres satisl'actoires qu'un leur a imposées, et à régler tellement leurs mœurs, qu'après même qu'ils se sont acquittés exactement de tout ce qui regarde le sacrement de pénitence, ils conservent toujours de l'amour pour cette vertu et pour toutes ses pratiques. Que si quelquefois les confesseurs sont obligés d'imposer une pénitence publique pour un péché public, quoique leurs pénitenls y répugnent et les prient de les en exempter, ils ne se rendront pas faciles à les écouter, mais ils tâcheront au contraire de leur persuader de s'y soumettre volontairement et avec joie , comme à une chose qui non seulement leur doit être salutaire, mais aussi aux autres.

Voilà ce quM est nécessaire que les pasteurs ensei- .gnent aux fidèles touchant le sacrement de pénitence let ses parties, non seulemeiit afin qu'ils en aient une iconnaissance parfaite, mais encore afin qu'ils soient lexcités avec le secours de la grâce à le fréquenter dans lun esprit de piété et de religion.

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