PERSONNES
« tes 1 oi^^Z,'""'',"""" *•,"' '""'«^* '«« personnes qu » te» lois soDl exclues du mariage i,e peuvent le
li est donc constant que le mariage consiste proprement et essentiellement dans le hen ^ uni le r^^^^^^
et la femme, ei .lans celte <>}>^'^^''Z^'''^l^^^^^^^^ muiuellement l'un envers l'auire; et de plus, quatin me ce soit un vériiable mariage il n e.i pas necessa.re Z\mue le conseniemeni exprime de la manière que Soi s ven.)ns de mar(,ucr, ractiou du mariage soit consommée. Car il esl très-certain , selon le lemo:gnage des saints Pérès, qu'Adam et Eve, nos premiers pères étaient unis par le lien d'un véritable mariage avant mrils eussent péché , quoiqu'ils n'eussent point encore usé du mariage. C'esl pourquoi les saints Pères , et parlicidièremeni S. Ambroise, assurent que e mariage ne consiste pas dans cet usage, mais dans le consentement réciproque du mari et de la temme.
Au reste , comme le mariage peut eue considère en deux manières , ou comme une union naturelle (car le mariaee n'est pas une invention des hommes , mais il est fondé dans la nature même) , ou comme un sacrement, dont la venu esl au-dessus de la conduiou des choses naturelles; et que de plus la grâce perfectionne la nature , selon ce que dit 1 Apotie (1 tor. 15' 46) , que ce n'a pas été le corps spiriluet qinaete .fomê le premier, mais le corps animal, et le spirUuel ensuite, il est de l'ordre des choses d'expliquer premièrement ce qui regarde le mariage comme othce de la nature, et eusuiie ce qui lui convient comme sa-
crement.
§ 2. Que Dieu est auteur du mariage considéré comme office de la nature, 11 est certain que le mariage considéré selon 1 ordre de la nature a éié institué de Dieu. C'est ce qui est évident par ces paroles de la Genèse : Dieu créa l'homme et la femme, et les ayant benis il leur dit (Gen. 1, 28) : Croissez et multipliez; et par ces auires: Ji n'est pas à propos que l'homme soit seul , fmsous-lut une aide qui lui soit semblable. C'est ce (jue prouve encore ce qui est dit un peu après au mèine leu , qu Adam n'aijant point d'aide qui lui fût semblable, le beigneur lui envoya un doux sommeil, et que, comme i \ut endormi, il lui lira une côte et mil en sa place de la chair, et qu'il forma de celle côte une femme quil présenta a Uam, et qu'Adam la voyant dit : C'est l'os de mes os et la chair de ma chair, hlle sera appelée d'un nom pris de celui de l'homme , parce qu'elle a été tirée de l homme. C'est pourquoi l'homme abandonnera son père et sa mère, et il demeurera attaché à sa femme, et tls ne seront tous deux qu'une seule chair.
Ces dernières paroles , selon le témoignage même - ivT o..: „.,; ir.c vinnnrtf» (\m\fi S. Malinieu
embrassent l'état de la virginité, il dit (Mallh* 19, 12) : Qui peut comprendre ceci, le comprenne. Ce qui a fait dire aussi à l'Apôlre (l Cor. 7 , 25) que quant aux vierges il n'a point reçu de commandement du Seigneur, qui oblige à la virginité ; mais que le conseil qu'il^ en donne , U le donne comme étant fidèle ministre du Seigneur par la miséricorde qu'il lui a faite. § 3. Des motifs qu'on doit et peut avcir en se mariant. Pour ce qui esl des molils qui doivent el peuvent porter à se marier , le premier est fondé sur Pinsiinct des deux sexes qui fait qu'ils désirent naf^relieine .1 d'être unis dans l'espérance du secours qu'ils aliendiMit l'un de l'auire. Ainsi la première vue que doivent avoir un homme et une femme en se marianl, est de s'enlresecourir l'un l'autre, afin qu'ils puissent plus aisément supporter les incommodités de la vie, et se soutenir dans les faiblesses et les inlirmilés de la vieillesse.
Le second motif qui doit porter à se marier est le désir d'avoir des enfants, non tant pour les laisser les hériliers de ses biens et de ses richesses, que pour les élever dans la vraie foi et dans la vériiable religion. Et c'est ce qu'avaient pariiculièremeni en vue les saints patriarches en se mariant, comme TEeriture sainte nous rapprend. Aussi voyons-nous que l'ange Uaphaël, insiruisani Tobie de la manière qu'il pourrait rendre inutile la violence que le démon faisait à ceux qui approchaient de Sara , après lui avoir dit (Tob. G, 16, 17, eic.) : Je vous montrerai qui sont ceux sur qui le démon a de la puissance: ce sont ceux qui entrent de telle sorte dans le mariage, qu'ils éloignent Dieu entièrement de leur pensée pour ne songer qu'à satisfaire leur sensualité, comme des bêtes sans raison. Ce sont là les personnes sur qui le démon a de la puissance ; il ajoule ensuite : Vous prendrez donc avec la crainte du Seigneur, Sara pour êtrevotre femme, dans le seul désir d'en avoir des enfants, et non de satisfaire voire sensualité, afin que vous puissiez obtenir dans vos enfants la bénédiction qui a éié promise à ceux de la race d'Abraham. Et c'est là la vériiable fin pour laquelle Dieu a institué le mariage dès le commencement du monde. Ainsi le plus grand péciié que puissent commeilre les personnes mariées, c'est ou d'empêcher par des remèdes la conception de reniant , ou de le faire avorter. Car celte aclion ne peui être que l'etfet d'une conspiration de gens dénaturés et homicides.
Le troisième motif qui peut porter à se marier, e( qui n'a eu lieu que depuis le péché du premier homme, est de chercher dans le mariage un remède coii ire les désirs de la chair, qui se révolte contre Tesprii
pour s empêcher de tomber dans le pec nmpureié. D'où vient que S. Paul donne cet avis am Connlhiens (1 Epist. 7, 2) : Que chaque homme viv
ce que Dieu a joint. Or, quoiqu'il convieiiue au ''Ji'ï'iage, ^;; ;•;"".;"; y ''r^i^anue' femme avec son mari, pou
i . * t ^..Uoloi/^» O...ÏC r>e\lia Of\n~
lui sont propres ne peuvent subsister sans celte con dilion , cela lui convient néanmoins particulièrement en tant qu'il est élevé à la dignité de sacremeiil , d ou toutes les autres choses qui conviennent au mariage comme efûcace de sa nature, tirent leur dernière perfection.
Mais il fiiut bien remarquer que par ces autres paroles de la Genèse que Dieu dit à Adam (Gen. 1} : Croissez et multipliez, il n'a pas voulu imposer a tous les hommes l'obligaiion de se marier, mais seulement faire connaître la fin pour laquelle il avait institue le mariage. Car maintenant que la race des hommes s est beaucoup multipliée, non seulement il n'y a pomi de loi qui les oblige à se marier, mais au contraire la virginiié esl surtout recommandée et conseillée a tout le monde, dans TEcrilure sainte, comme un état lort élevé au-dessus de celui du mariage , et qui est bien plus saint et plus parfait. C'est ce que Noire-Seigneur ttous enseigne , lorsqu'après avoir parlé de ceux qui
qu'il est bon quelquefois de s'abstenir de l'usage du m riage pour s'exercer à l'oraison, il ajoute aussitôt : Mai ensuite vivez ensemble comme auparavant, de peur qu le démon ne prenne sujet de votre incontinence de vou
tenter.
Voilà les motifs qu'on doit et peut avoir pour s marier. Et ceux qui désirent faire celte aciion ave sainteté et religion, comme h doivent faire les enfani des saints, doivent au moins s'en proposer quelquu en le contractant. .
Mais outre ces motifs, un homme peut encore eu porté à faire choix d'une femme et à la prélerer a ui autre pour d'autres considérations , comme peuvc! être ou l'espérance d'en avoir des enfants plutôt q» d'une autre., ou ses richesses, sa beauté, sa nobless et la conformité de son humeur avec la sienne.^ t. toutes ces vues ne sont point blâmables , pmsqii en ne sont point contraires a la sainteté et a la lui du ni riage. El nous ne voyons point que l Ecnlure san-
PART. II. DES SACREMENTS
condamne le patriarche Jacob de ce que touché de la beauié de Rachel il la préféra à Lia.
§ 4. Du mariage comme sacrement; et qu'il est indissoluble.
Après avoir examiné ce qui regarde le mariage considéré comme une union naturelle, il faut maintenant le considérer comme sacrement, et m<»nircr qu'en celte qualité il est beauc(»up plus excellent, et a une fin bien plus élevée que comme office de la nature Car au lieu que le mariage considéré comme une union naturelle a élé institué d'abord pour mnlliplier la race des hommes , il a élé élevé dans la suile à la dignité de sacrement, afin que les lionunes fussent engendrés et élevés pour servir le vrai Dieu et pour embrasser la religion de Jésus-Christ notre Sauveur.
Et nous voyons que TEcriture, voulant nous faire comprendre par quelque signe extérieur Talliance trèsétroite qui est entre Jésus-Christ et son Eglise, et l'extrême charité qu'il a pour elle, se sert particulièrement de l'union sainte qui est entre le mari et la femme , comme étant ce qui est de plus propre pour nous faire entrer dans la connaissance d'un mystère si grand et si divin. Et certes c'est avec beaucoup de fondement, puisque de toutes les alliances que les hommes contractent ensemble, il n'y en a point qui les unisse plus étroitement que celle du mariage, n'y ayant point d'amour pareil à celui qui est entre le mari et la femme.
L'Eglise a donc toujours cru comme une vérité certaine et indubitable que le mariage est un sacrement. Et elle l'a cru, fondée sur l'autorité de l'Apôtre, dont voici les paroles (Eph. 5, 28) : Les maris, dit-il, doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme, s'' aime soi-même; car personne ne hait sa propre chair , mais il la nourrit et l'entretient comme J ésus-Christ fait l'Eglise , parce que nous sommes les membres de son corps ^ formés de sa chair et de ses os. Cest pourquoi l'homme aba7idonnera son père et sa m'ere pour s'attacher à sa femme, et de deux qu'ils étaient, ils deviendront une même chair. Ce sacrement est grand , je dis en Jésus-Christ et en l'Eglise. Car quand l'Apôire dit que ce sacrement est grand, l'on ne doit point douter qu'il ne faille rapporter ces paroles au mariage ; parce que l'union qui est entie le mari et la femme, dont Dieu est l'auteur, est le sacrement, c'est-à-dire le signe sacré de ce lien très-saint qui unit Jésus-Christ à son Eglise. Les saints Pères qui ont expliqué ce passage de S. Paul témoignent que c'en est le véritable sens; ce qui est confirmé par le saint concile de Trente.
■ 11 est donc constant , selon la doctrine de l'Apôtre, que le mari doit être comparé à Jésus-Christ, et la femme à l'Eglise, et qu'ainsi le mari esi le chef de la femme , comme Jésus-Christ est le chtf de l'Eglise. De sorte que de même que Jésus-Christ a aimé l'Eglise et s'est livré lui-même à la mort pour elle, et V Eglise est soumise à Jésus-Christ, connne l'assure le même apôtre , le mari aussi est obligé d'aimer sa femme; et réciproquement la femme, d'aimer et de respecter son mari.
De plus, le concile de Trente déclare que la grâce est signifiée et connnuniquée par ce sacrement, en quoi consiste particulièrement l'essence du sacrement. Jésus-Christ, dit ce concile , qui est fauteur et le consommateur des sacrements, nous a mériié par sa passion une grâce capable de perfectionner l'amour naturel de l'homme et de la femme , et de fortifier l'union indissoluble qui est entre eux.
Ainsi le propre effet de ce sacrement est d'unir de telle sorte le mari et la femme par le lien d'une mutuelle chariié, qu'ils soient pleinement satisfaits dans l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre , sans rechercher à se satisfaire avec d'autres par un amour et par une union illicites, a/în que le mariage soit honorable en toutes choses , et que le lit nuptial soit sans tache, comme dits. PauL
il est aisé do juger par-là combien les mariages des
chrétiens sont plus excellents que ceux qui se contractaient soit devant ou après la loi de Moïse, puisqu'encore que tous les hommes, avant l'établissement du christianisme, crussent qu'il y avait quelque chose de divin dans le mariage, et que pour cette raison ils regardassent la fornication comme contraire à la nature, et que même ils jugeassent dignes de punition l'adultère et plusieurs autres espèces d'inipureiés , néanmoins leurs mariages n'ont jamais eu la force ni la vertu de sacrement.
Il est VI ai que les Juifs étaient beaucoup plus exacts et plus religieux à en garder les lois , et que le mariage était beaucoup plus saint parmi eux que parmi les auii es nations. Car la promesse que Dieu leur avait faite que toutes les nations seraient un jour bénies dans la race d'Abraham, faisait qu'ils regardaient avec justice comme une action de grande piété, la génération des enfants et la multiplication d'un peuple qui avait élé choisi de Dieu , et dont Jésus-Christ notre Sauveur devait naître selon la chair.
Cependant ce qui est bien à remarquer, c'est que soit que l'on regarde le mariage par rapport à la loi naturelle ou à celle de Moïse, il est certain qu'il était fort déchu, sous ces deux lois, de la pureté et de la sainteté où il était dans son origine. Car du temps de la loi naturelle nous voyons qu'il y a eu beaucoup des anciens Pères qui ont eu pbisieurs femmes ensemble, et que dans la loi de Moïse il était permis à un homme de faire divorce avec sa femme (Dent. 24, i), en lui donnant un écrit par lequel il déclarait qu'il la répudiait, pourvu qu'il en eût quelque sujet. Or Tim et l'autre est défendu par la loi de l'Evangile (Matih. 19,7); et ainsi elle a rétabli le mariage dans sa première perfection.
Car 1° pour ce qui est de la polygamie, quoiqu'il ne faille pas cortdamner les anciens Pères qui Tout pratiquée , puis(ju'ils ne l'ont fait que par l'ordre el la permission de Dieu , Nolre-Scigueur néanmoins fait bien voir qu'elle est contraire à l'institution du mariage, lorsqu'après avoir dii (Matlh. 19, 5) : Pour cette raison l'homme abandonnera son père et sa mère, et il demeurera attaché à sa femme, et ils ne feront tous deux qu'une seule chair; il ajoute immédiatement après: Ainsi ils ne seront plus deux, mais une seule chair. Il déclare manifestement p/.r ces paroles que le n ariage, selon qu'il a élé ioslitué de Dieu, con^^isied ans l'union de deux seulemei.t, et non de plusieurs Et c'est ce qu'il enseigne très-clairement en un autre endroit, lorsqu'il dit (Matlh, 40, 9) : Que si un homme quitte sa femme et en épouse une autre, il commet vu adultère à Cégard de sa première femme; el si une femme quille son mari et en épouse un autre , elle commet un adultère. En eftet, s'il était permis d'épouser plusieurs femmes, on ne voit pas pourquoi celui-là seraii plutôt coupable d'adultère, qui, ayant quitté sa première femme, en épouserait un(î autre, que s'il en épousait une autre avec sa femme. Et c'est sans doute pour celte raison que lorsqu'un infidèle qui, suivant l'usage de son pays, a plusieurs fournies, embrasse la véritable religion, l'Eglise lui ord(mne en même temps de les quitter toutes , à la réserve de la première , qu'elle veut «ju'il considère uniquement comme sa véritable et légitime femme.
Il est aisé aussi de prouver par les mêmes paroles de Notre -Seigneur Jésus-Christ que nous venons de citer, que le lien du mariage ne se peut rompre par aucun divorce. Car si une fournie ayant reçu un écrit, par lequel son mari lui déclare qu'il la répudie , éiait dégagée de la loi qui la liait à lui, il lui serait permis de se marier à un autre sans se rendre coupable du crime d'adultère. Or Notre-Seigneur déclare absolument que celui qui quitte sa femme et en épouse une autre, commet un adultère. Et par conséquent il est évident que le lien du mariage ne se peut rompre que par la mort. Et c'est aussi ce que l'Apôtre confirme lorsqu'il dit ( 1 Cor. 7, 37) qu'une femme mariée est lice par la loi du mariage tant que son mari est vivant , mais que
sHl vient à mourir elle est affranchie de cette lot, et qu'alors H lui est libre de se marier à qui elle veut , pourvu que ce soit selon le Seigneur. Quant à ceux qm sont déjà mariés, dil-il encore , ce n'est point moi , mais le Seigneur qui leur (ail ce commandement, qui est que la femme ne se sépare point de son mari. Que si elle s'en sépare, qu'elle demeure sans se marier. Ainsi il ne laisse point d'auire choix aune femme qui aurait quitté son mari pour une juste cause, que de demeurer sans se marier, ou de se réconcilier avec son mari. Car l'Église ne permet à un homme et à une femme de se quitter Tuu l'autre que pour des raisons très-pressantes.
Mais parce que celte loi du mari:ige, qui est de ne pouvoir jamais être dissous pour aucune raison, pourrait paraître trop dure, il est à propos d'en faire voir les avanlages.
Premièrement, celte loi fait comprendre aux hommes qu'en se mariant ils doivent rechercher (ilulôt la vertu et la conformité de mœurs dans les femmes qu'ils choisissent, que les richesses et la beauté. Or il n'y a pirsonne qui n'avoue que ce ne soit là le moyen le plus propre pour entretenir la société entre le mari et la femme.
2° Si le maiiage se rompait par le divorce, les hommes auraient presque toujours des raisons de se séparer, que le démon, cet ennemi de lapureié, ne manquerait pas de leur susciter tous les jours ; au lieu que les fidèles faisant réflexion en rux-mêmes qu'ils sont toujours liés par le lien du mariage, quoiqu'ils ne vivent pas avec leurs femmes, et (ju'ils ne peuvent en aucune manière en épouser d'aulres , ils sont moins sujets à se laisser aller à la colère et aux divisions; ou si quelquefois ils font divorce , ne pouvant pas souffrir longtemps Tabsenco do leurs femmes, ils retournent d'eux-mêmes plus aisément avec elles piur vivre ensemble conune auparavant, ou il est plus facile à leurs amis de les réconcilier.
Et il ne faut pas omeit«e ici l'excellent raisonnement dont saint Augustin s'esi servi pour convaincre les (idèU's qu'ils ne doivent pas avoir de la répugnance à se réc<mcilier avec leurs femmes qu'ils ont abandonnées pour être tombées en adultère, lorsqu'elles sont touchées de leur crime. Pourquoi , dit ce saint, un mari fidèle ne recevra-t-il pas sa femme , puisque l'Église la reçoit ? ou pourquoi une femme ne pardonnera-t-elle pas à son mari qui a commis un adultère, mais qui en est pénitent, puisque Jésus-Christ a bien voulu le lui pardoner ? Car quand r Écriture appelle insensé et méchant celui qui demeure avec une femme adultère, elle entend parler de celle qui, ayant commis ce crime, ne s'en repent point, et qui refuse de cesser de le conwiettre.
Il est donc constant par tout ce que nous venons de représenter, que le mariage des chrétiens est beaucoup plus parfait et plus excellent que celui des païens et des Juifs.
§ 5. Des biens du mariage.
Il y a trois sortes de biens dans le mariage : les enfants , la foi et le sacrement, qui font que l'union des personnes mariées, qui hors le mariage serait criminelle, est permise et honnête, et qui récompen eut et adoucissent les peines qui raccompagnent, et dont l'Apôtre parle, quand il dit (1 Cor. 7, 28) : Les personnes mariées sentiront dans la chair des afflictions et des maux.
Le premier donc de ces biens , ce sont les enfants qui naissent d'une femme légitime. Et TApôtre fait tant d'état de ce bien, qu'il dit (1 Tim. 2, 45) que les femmes se sauveront par les enfants qu'elles mettent au monde; ce qui se doit entendre, non seulement de leur naissance, mais encore de leur éducalion et du soin qu'elles doivent avoir de les élever dans la pieté. Aussi il ajoute immédiatement après : En procurant qu'ils demeurent dans la foi. Et c'est ce que l'Écrilure veut marquer par ces paroles (Eccl. 7, 25) : Avezvous des enfants ? instruisez- les et les dressez dès leur enfance. l'Apôtre nous enseigne la même chose. Et l'Ecriture çainle nous fournil dans Tobie, Job et plusieurs autres
Pères très-saints, des exemples très excellents d'une sainte éducation. Pour ce qui est des devoirs des pères et des mères envers leurs enfants et des devoirs des enfants envers leurs pères et leurs mères, nous le marquerons en expliquant le quatrième commandement du Décalogue.
Le second bieo du mariage est la foi, qui n'est pas celte vertu habituelle (|ui nous est donnée lor>que nous recevons !e baptême, mais cette fidélité que le mari et la femme se promettent réciproquement en abandonnant leurs corps à la puissance l'un de l'autre, et qui les oblige de ne violer jamais l'alliauco sainte qu'ils ont contractée par le sacrement de mariage. Et c'est ce qu'il est aisé de conclure de ces paroles que dit Adam , lorscju'il prit Eve pour sa femme , et que Notre-Seigneur a depuis autorisées dans l'Evangile : Pour cette raison l'homme abandon' nera son père et sa mère , et il demeurera attaché à sa femme , et ils ne seront tous deux qu'ime seule chair ; et de celles-ci de l'Apôtre : Le corps de la femme n'est point en sa puissance, mais en celle du mari. De même le corps du mari n'est point en sa puissance, mais en celle de sa femme. C'est pourquoi Dieu avait établi avec beaucoup de justice dans l'ancienne loi de grandes peines contre les adultères, qui violaient celle foi conjugale.
La fidélité conjugale oblige encore le mari et la femme à s'aimer d'un amour pur, saint et tout par-; liculier, el non de la manière que s'aiment les adultères, mais comme Jésus-Christ aime l'Eglise. Car l'Apôire ne leur prescrit point d'autre règle de leur amour, qne celui que Jésus-Christ a pour TÉglise. Maris, dil-il (Eph. 5, ,5 ), aimez vos femmes comme Jésus-Christ a aimé l'Eglise. Or Jésus-Christ n'a aimé ainsi l'Eglise que i^our son utilité et non pour la sienne propre.
Le troisième bien du mariage est le sacrement , c'est- à dire le lien qui le rend indissoluble, que l'A-? pôîre a marqué par ces paroles (1 Cor. 7, 10) : C'esi le Seigneur qui a fait ce commandement, qui est que la femme ne se sépare point d'avec son mari. Que si ellô s'en sépare , quelle demeure sans se marier, ou qu'elle se réconcilie avec son mari ; et que le mari de même ne quitte point sa femme. Et en elfet, comnie le sacrement de mariage est le signe de l'union de Jésus-Christ aveo l'Eglise, il faut nécessairement que conîme Jésus- Christ n'abandonne jamais l'Eglise, demê[ne le mari ne puisse jamais être séparé de sa femme. § 6. Quels sont les devoirs du mari envers sa femme, et de la femme envers son mari.
Afin que l'union sainte du mari et de la femme puisse se conserver plus aisément sans aucun divorce, il faut que les pasteurs instruisent les fidèles des devoirs réciproques du mari et de la femme, que S. Paul el S. Pierre ont marqués dans leurs Epîtres.
Le premier devoir du mari envers sa femme est de la traiter avec honneur et avec douceur, se souvenant qu'Adam appela Eve sa compagne , comme il paraît par ces paroles : La femme que vous m'avez donnée pour compagne.
Et c'est ce qui a fait dire à quelques Pères que c'est pour cette raison qu'elle a été tirée du côté d'Adam, et non pas de ses pieds ; de même que d'aulres ont dit qu'elle n'avait pas été tirée de la tète d'Adam, afin quelle apprît par là qu'elle ne devait pas être la maîtresse, mais qu'elle devait être soumise.
En second lieu, il faut que le mari tâche d'avoir quelque emploi honnête, lanipour fournir par son travail ce qui est nécessaire pour Teiilrelien de sa famille, que pour éviter l'oisiveié, qui est la source presque de tons les vices. Enfin c'est au mari à régler sa famille, à former les mœnrs de ceux qui la composent, cl à retenir chacun dans son devoir.
Les femmes de leur côté doivent, selon saint Pierre (1 Epist. 3, 18), être soumises à leurs maris, afin que sll y en a qui ne croient pas à ta parole, ils soient gagnée sans paroles par la bonne vie de leurs femmes, considé'
PART, nu DES COMMANDEMENTS DE DIEU.
rant la pureté dans laquelle elles vivent, et la crainte respectueuse qu'elles ont pour eux. Elles ne doivent point mettre leur ornement à se parer au dehors par la frisure de leurs cheaeux, par les enrichissements d'or, et par la beauté des habits, mais à parer Cliomme invisible caché dans le cœur par la pureté incorruptible d'un esprit plein de douceur et de paix, ce qui est un riche et magnifique ornement aux yeux de Dieu. Car ces' ainsi que les saintes femmes qui ont espéré en Dieu se paraient autrefois étant soumises à leurs maris , comme faisait Sara qui obéissait à Abraham, rappelnnt son seigneur. Il laut encore que leur principal soin soit d'élever leurs enfiints pour rendre à Dieu le culte que la religion prescrit ; de prendre garde que le bien de la famille ne se dissipe point ; de demeurer volontiers dans la maison, et de n'en point sortir que dans la nécessité, et même de ne le faire jamais qu'avec la permission de leurs maris. Enfin elles doivent se souvenir qu'il ne leur est pus permis selon Dieu d*aimor ni d'estimer personne plus que leurs maris, et qu'elles sont obligées de leur obéir avec toute la soumission et toute la joie pt>ssibles dans tout ce qui n'est point contraire à la piété chrétienne.
Pour ce qui est des cérémonies qu'on doit observer dans le sacrement de mariage, il n'est pas ici besoin d'en prescrire les règles. Il suffit de renvoyer les pasleurs aux décrets qu'ils savent que )e sacré concile de Trente a faiis sur ce sujet (sess. 14, décr. réf.), où il a prescrit avec beaucoup d'exactitude tout ce qu'il faut garder dans celte rencontre. Ainsi ils y auront recours, tant pour s'instruire eux-mêmes du concile sur ce sujet, que pour en instruire les fidèles.
M;iis ils ne doivent pas manquer de déclarer souvent que les mariages qui lie se font point en présence du curé ou d'un autre prêtre commis par lui ou par Tévêque, et sans un certain noinbie de témoins, ne sont point légitimes et véritables, de peur que les jeunes gens qui ont le jugement extrêmement faible, à cause de leur âge, étant troinj es par les fausses apparences d'un mariage, ne contractent indiscrètement des alliances bonteuses en se laissant aller à un amour criminel.
II faut anssi qu'ils expliquent quels sont les empêcbementsqui rendent nul le mariage. Et comme plusieurs auteurs graves et très-doctes qui ont traité des vices et des vertus, ont examiné fort soigneusement celte matière, il leur sera aisé d'employer en ce lieu-ci ce que ces auteurs en oni écrit, puisque ce sont des livres {|u'ils doivent avoir presque continuellement entre leurs mains. Ainsi ils doivent être soigneux de lire ce qu'ont écrit ces savants bommes sur cette matière, etcequele concilede Trente a déterminé touchant les empêchements qui viennentou de l'alliance spirituelle, ou de l'honnêteté publique, ou de la fornication, afin qu'ils puissent en instruire leurs peuples.
Cela servira à leur faire connaître les dispositions où ils doivent être pour se marier, et qu'ils ne doivent pas considérer le mariage comme une chose purement humaine, mais comme une chose instituée de Dieu, qui demande dans ceux qui s'y engagent une grande
pureté de cœur et une piété toute singulière. C'est ce que l'exemple des Pères de l'ancien Testament fait assez connaître. Carquoique leurs mariages ne fussent pas élevés à la dignité de sacrement, ils ont néanmoins toujours cru qu'ils devaient être traités avec beaucoup de religion, et de grands sentiments de respect et de piété.
Enfin, il faut que les pasteurs avertissent les enfants de famille d'avoir cette déférence pour leurs pères et pour leurs mères, ou pour ceux qui sont chargés de leur conduite, de ne pas se marier sans leur participation et leur conseutemejit, et à plus forii» raison malgré eux. Aussi voyons-nous, dans l'ancien T -stamont que c'étaient les pères qui mariaient leurs enfants. Et saint Paul fait assez voir que les • nfants doivent avoir en cela une grande déférence pour la volonté de leurs pères et de leurs mères, lorsqu'il dit (l Cor. 7, 18) que celui qui marie sa fille fait bien, mais que celui qui ne la marie pas fait encore mieux.
Il ne reste plus qu'à parler de l'usage du mariage. Mais il faut en cela que le-^ pasteurs se conduisent avec tant de prudence et de réserve, qu'il ne s^Tte jamais de leur bouche aucune parole qui soit indigne des oreilles des fidèles, ni qui soit capable de bb^sser les âmes chastes ou de porter à rire. C:»r comme, selon le prophète-roi, les paroles du Seigneur sont des paroles chastes, celui qui fait état d'instruire les antres doit extrêmemt'nt prendre garde de n'employer que des discours et des paroles graves, et qui marquent une pureté de cœur toute singulière.
Il faut donc à cet égard instruire particulièrement les fidèles de deux choses : La première est qu'ils ne doivent point user du mariage pour satisfaire leur sensualité, mais pour les fins que nous avons ci-devant marquées, pour lesquelles Dieu l'a institué. Car ils doivent se souvenir continuellement de ce que dit l'ApôLre (1 Cor. 7, 29) : Que ceux qui ont des feinmes soient comme n'en ayant point; et de ce que dit S. Jérôme, qu'afin qu'un homme sage soit le maître de sa sensualité dans l'usage du mariage, ce doit être sa raison, et non sa passion, qui soit la règle de l'amour qu'il a pour sa femme, n'y ayant rien déplus honteux que d'aimer sa femme avec autant de passion et de dérèglement qu'on ferait une adultère.
Le second avis qu'il faut donner aux fidèles, est que comme l'on n'obtient de Dieu les grâces dont on a besoin, que par de saintes prières, il faut qu'ils s'abstiennent de temps en temps de l'usage- du mariage pour vaquer à ce saint exercice, et particulièrement qu'ils s'en abstiennent au moins trois jours avant que de s'approcher de l'Eucharistie, ei même encore plus soiiveni pendant le jeûne solennel du catême, ainsi que l'ont sagement et saintement ordonné les saints Pères. Car, par ce moyen , ils verront augment'^r de jour en jour dans leur famille les biens du mariage. Dieu les comblera de grâces|et de bénédictio s; et non seulement ils mèneront une vie paisible et tranquille, mais encore ils auront cette ferme et véritable espérance qui ne trompe point, d'obtenir par la miséricorde de Dieu la vie éternelle et bienheureuse.