TROISIEME PARTIE
DES COMMANDEMENTS DE DIEU
Saint Augustin dit que le Décalogue est l'abrégé de toutes les lois. Et en effet, quoique Dieu eût fait plusieurs commandements aux Israélites, nous voyons néanmoins qu'il se contenta de donner à Moïse les deux tables de pierre qu'on appelle les tables de la loi, et qu'il ordonna de les mettre dans l'arche, pour être dans tous les siècles à venir les témoins de sa volonté. Et si l'on examine les choses exactement et dans un désir sincère de connaître la vérité, l'on reconnaîtra aisément que tous les autres commande-
ments sont renfermés dans les dix commandements de ces deux tables; de même que ceux-ci sont compris dans ceux de l'amour du prochain, dans lesquels, comme Jésus-Christ l'enseigne (Malth. 22, 40), toute la loi et les prophètes sont renfermés.
Le Décalogue étant donc l'abrégé de tous les commandements de Dieu, les pasteurs doivent s'appliquer continuellement à le méditer, non seulement afin de régler leur vie-sur cette divine règle, mais encore afin d'en instruire les fidèles qui sont" commis à leur con-
duité. Car tes lèvres du prêire sont les gardiennes de la obéissance. Aussi voyons-nous que lorsque Dieu re-
commande à son peuple par ses prophètes de garder sa loi, il leur repi^senle toujours qu'il est leur Seigneur et leur Dieu , que le Oécalogue commence par ces paroles (Exod. 20, 2) : Je suis le Seigneur voire Dieu; et qu'il dit en un autre endroit (Mal. 1,6) : Si je suis votre Seigneur^ où est lacrniute que vous me devez? Celle pensée que c'est Dieu qui est aulour de la loi ne servira pas seulement à porter les fidèles -à la garder, mais encore à rendre à Dieu des actions de grâces de ce qu'il a bien voulu leur donner la connaissance de ses voloniés, d'où dépend leur salut. C'est pourquoi l'Ecriture, marquant en plusieurs endroits celte grâce toute particulière que Dieu a faite à son peuple, elle ne manque pas de l'avertir de se souvenir de l'excellence et de la digniié où il l'a élevé par ce bienfait, et de l'en remercier, comme l'on voit dans ces paroles du Deutéronome (4, 6) : Ces préceptes que je vous donne doivent être la marque de votre sagesse, de voire intelligence devaîU toutes les nations; en sorte que vous les voyant pratiquer^ ils ne parlent de vous qu'avec respect et qu'en disant : Ce peuple est plein de sagesse et dlntelligence ; c'est une nation illustre^ Et c'est ce qui a fait dire à David (ps, i47, 9) i]\ul n'y a point de nation que Dieu ait traitée si favorablement qu'Israël j et à qui il ait fait connaître ses jugements et ses ordonnances comme à ce peuple.
Mais afin que les fidèles soient plus aisément persuadés de la soumission avec laquelle ils doivent garder la lui de Dieu, il faut encore leur faire voir par l'Ecriture sainte la manière dont Dieu a voulu que celte loi fût publiée , puisque rien n'est plus propre pour les en convaincre.
Premièrement, il est dit dans l'Exode que, trois jours avant que Dieu donnât sa loi. Moïse ordonna de sa part que tout le monde lavât ses vêtements, que personne n'approchât de sa femme pendanl ce temps, afin qu'ils fussent plus purs et mieux disposés à la recevoir; et que chacun se trouvât après le troisième jour au lieu qui leur avait été marqué; que lorsqu'ils furent arrivés à la moniagne où Dieu devait publier sa lui par le iniiiisièi e de Moïse, il n'y eut (jue lui seul à qui Dieu or»ionna d'y monter; que Dieu parut sur celle moniagne avec une très-grande majesté, et qii'ayanl rempli ce lieu de tonnerres, d'éclairs, de feux et de nues sotubres et épaisses, il déclara sa volonté à Moïse, et lui donna sa loi. Car tout cela n'arriva de la sorie que pour faire comprendre que l'on devait recevoir avec soumission cl avec pureté de cœur les commandements de Dieu, ei que, si on les négligeaii,on devait s'attendre à en être aussitôt puni par sa justice. Une troisième raison que les pasteurs pourront rapporter pour convaincre les fidèles de l'obligation qu'ils ont d'obéir aux cummandemenls de Dieu, est la facilité qu'il y a de les observer. C'est ce qu'ils leur pourront persuader par cette seule raison qu'en donne S. Augustin : Peut-on dire, dit ce saint, qu'il soit impossible^ à f homme d'aimer , et surtout d'aimer son Créateur, qvtt lui a fuit tant de bien ; d'aimer son Père, qui est si ûiiuuble, et d'aimer sa propre nature dans ses frères ? Cependant celui qui liime accomplit la loi. Et c'est pour cette même raison que S. Jean dit expressément que les commandements de Dieu ne sont point pénibles. Et en effet, dit S. Bernard, Dieu pouvait-il rien exiger de l'homme avec plus de justice que son amour, rien qui lui fût même plus glorieux, rien qui lui fût plus avantageux et plus utile? C'est la vue de cette grande miséricorde que Dieu a laite à l'homme par ce commandement , qui
^^ ^^ e cœur ae tous fait que S. Augustin, étant tout surpris, adresse ces
les" hom*niS,"êt "que Noire-Seigneur Jésus-Christ les paroles à Dieu : Que vous suis-je. Seigneur, pour m'hoa[ lui-même confirmés et expliqués par ses paroles. norer d'un commandement aussi doux et aussi agréable
La pensée donc que c'est Dieu qui esl l'auteur de qu'est celui de vous aimer, et pour ne pouvoir souffrir
ëctence, et c'est de sa bouche que les peuples doivent recevoir l'instruction dont ils ont besoin, parce qu'il est l'ange du Seigneur des armées (Malach. 2, 7). Et c'est ce qui est particulièrement vrai des prêtres de la loi nouvelle, qui, étant plus élevés devant Dieu, doivent être transformés en lui en s'avançant de clarté en clarté par l'illumination du Saint-Esprit, et qui, étant appelés la lumière du monde par Notre-Seigneur Jésus-Christ, doivent par conséquent être la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, les docteurs des ignorants, les maîtres aes simpl'S et des enfants, et avoir soin , comme étant spirituels , de relever celui qui est tombé par surprise dans quelque péché (2 Cor. 8; Gai.
De plus, comme ils font la fonction de juges dans le tribunal de la confession, et que par conséquent ils y doivent porter des jugemenis différents, selon la différence et la qualité des péchés de leurs pénitents, il faut nécessairement, s'ils ne veulent que leur ignorance en les trompant leur serve à tromper les autres, qu'ils soient parlailement instruits de tout ce qui regarde l'intelligence des commandemenis de Dieu, afin qu'ils puissent, selon cette divine règle, juger de tout ce que chacun fait ou omet contre les obligations de son état, et afin, commf^. dii l'Apôtre (1 Tim, 2, 6), qu'ils puissent instruire leurs peuples selon la saine doclriiie , c'est-à-dire qui soit exemple de toute erreur, et guérir les maladies de leurs âmes, qui sont les péchés , pour les rendre particulièrement consacrés au service de Dieu^ et fervents dans les bonnes œuvres (Tit. 2).
Ce qui nous doit convaincre de l'obligation que nous avons de garder la loi de Dieu.
Avant que les pasteurs traitent de chaque commandemenl en particulier, ils doivent premièrement examiner les raisons qui peuvent servir à les (Mmvaincre eux-mêmes, et à (onvaincrt' ks autres de l'obligation qu'il y a d'obéir à la loi de Dieu.
La première et la plus puissante est de considérer que c'est Dieu même qui en esl l'auleur. Car quoique, sebn le lémoignage de l'Apôtre, elle ait élé donnée par les anges, néanmoins on ne |.cut <iouîer que ce ne soit Dieu même qui en soit l'auteur. Non seulement les paroles du lé^iislateur, que nous expliquerons dans la suite, sont une excelliNile preuve de celle vérité ; mais elle est encore conlirnée par un nombre presque infini de passages de l'Ecriture, qu'on y peut aisément remarquer. Mais, de plus, il n'y a personne qui n'expéiimenle en soi-même que ieu a gravé dans son cœur une loi secrète qui lui lait discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais , ce qui esl homiêle de ce qui est honteux , ce qui est juste de ce qui esl injuste. Comme donc cette loi n'est de sa nature en rieri différente de celle qui a éié écrite, on ne peut douter que Dieu ne soît l'auteur de cette loi écrite, comme il l'est de celte loi naturelle.
Ainsi il faut apprendre aux fidèles que lorsque Dieu a donné à Moïse sa loi, il ne lui a pas tant donné une lumière nouvelle pour la conduite des honmios, que rétabli et rendu plus éclatante celle qu'il avait imprimée dans leur âme, et qui était obscurcie par la corruption invétéiée de leur cœur, de peur qu'entendant dire que la loi de Moïse esl abolie, ils croient qu'ils ne sont plus obligés de garder les commandements des deux tables. Car il est certain (lue ce qui oblige d'obéir à ces commandemenis, ce n'est pas parce qu'ils ont élé donnés par Moïse, mais parce qu'ils sont comme imprimés naturellement dans le cœur de tous
cette loi sera très-puissante pour persuader qu'on y doit obéir. Car, d'une part, on ne peut douter de sa sagesse et de sa justice dans ce qu'il ordonne ; et, de Taulre, l'on doit être persuadé qu'on ne peut se soustraire au pouvoir absolu qu'il a de punir notre dés-
que j'y manque sans vous mettre en colère contre moi, el sans me menacer de grandes peines? JS'en est-ce pas une assez grande, Seigneur, de ne vous pas ainwr?
Que si quelqu un prétend que la faiblesse et la corruption de la nature l'empêchent de pouvoir aimer Dieu,
PART. lil. DES COiMMANDEMENTS DE DIEU.
ei qu'ainsi il est excusable de ne pas observer la loi de Dieu, il faut lui faire connaître que cette excuse est \aine, puisque Dieu, qui nous a commandé de Taimer, ré|):ind aussi dnns notre cœur son amour par le Saint- Esprit, et que le Père céleste ne manque point de donner lu bon esprit à ceux qui le lui demandent. D'où vient que S. Augustin faisait cette prière à Dieu : Donnez-moi la grâce. Seigneur, d'accomplir ce que vous me commandez ; et après cela commandez-moi ce que vous voudrez. Puis donc que Dieu est toujours prêt à nous secourir, particulièrement depuis la mort de Notre- Seigneur, par la(|uelle le prince du monde a été cliassé dehors, personne ne doit être détourné de garder ses commandcmt^nls par la dilliculié qui s'y rencontre, puisqu'il n'y a rien de difficile à celui qui aime.
Mais rien n'est plus capable de convaincre de l'obligation que l'on a de garder lesconunandements de Dieu, que la nécessité qu'il y a de les observer pour être sauvé- Et c'est ce que les pasteurs sont d'autant plus obligés d'expliquer, qu'il se trouve présentement des gens assez malheureux et assez impies pour oser soutenir que soit que les commandements de Dieu soient faciles ou difticiles à garder, l'observation n'en est pas néanmoins nécessaire au salut. Ainsi ils doivent s'a{)pliquer à combattre le sentiment impie de ces personnes par l'autorité de l'Ecriture sainte, et particulièrement par celle de l'Apôtre ( 1 Cor. 7, 10) : Ce n'est rien, dit-il, d'être circoncis, et ce n'est rien d'être incirconcis; mais le tout est d'observer les commande^ ments de Dieu. De sorte que quand il répète la même cho'^e aux Gaiates. et qu'il dit (6, 45) i\u'en Jésus- Christ il n'y a que l'être nouveau que Dieu crée en nous qui serve de quelque chose, il fait assez coujprcndre par CCS paroles, que par la nouvelle créature en Jésus- Christ il entend celui qui garde les commandenients de Dieu. Car celui qui a reçu les commandements de Dieu et qui les garde aime Dieu; Notre Seigneur ayant dit dans l'Evangile (Joan. 14, 25) : St quelqu'un m'aime, il gardera ma parole. Et en effet, quoiqu'un homme, avant que d'accomplir toutes les œuvres de la loi puisse être justilié, et devenir bon d'impie qu'il était auparavant, il n'est pas possible néanmoins que celui qui a l'usage de la raison puisse quitter son impiété et devenir juste, s'il n'est dans la disposition de garder tous les commandements de Dieu.
Enfin, pour ne rien omettre de ce qui peut porter à garder la loi de Dieu, il faut faire connaître quels sont les grands biena qu'elle produit. Et c'est ce qui sera laeile de faire en ra|)portanl ce qui en est dit diins le psaume 18, où le dessein du prophète-roi est de publier les avantages de cette divine loi. Car le premier qu'il lui attribue, qui est véritablement le plus grand, et qui fait même connaître la gloire et la majesié de Dieu beaucoup plus parfaitement que ne le font les corps célestes par leur bel ordre et par leur beauté, quoiqu'élant l'objet de l'admiration de toutes les nations le plus barbares, ils leur fassent connaître la puissance, la sagesse et la gloire du Créateur de toutes choses ; le premier avantage, dis-je, qu'il lui attribue est de convertir les âmes; car connaissant par le moyen de la loi les voies de Dieu et sa très-sainte volonté, nous nous convertissons pour marcher dans cette voie qui nous est connue. Et comme ceux-là seuls sont vraiment sages qui craignent Dieu, le psalmiste ne manque pas d'attribuer encore cet effet à la loi de Dieu, lorsqu'il ajoute qu'elle donne la sagesse aux petits. Eidin tous ceux qui gardent la loi de Dieu sont rentplis de joies solides et véritables, ils ont une connaissance parfaite et entière des vérités divines, et ils sont couiblés de toutes sortes de délices et de contentements, et dans cette vie et dans l'autre. Nous devons prendre garde néanmoins de garder la loi de Dieu, non tant pour les avantages qui nous en reviennent, que pour l'amour de Dieu même qui nous a fait connaîli-e par sa loi sa volonté, qu'il est d'autant plus juste que nous suivions, que toutes les autres créatures Y sont yarfailemcnt soumises.
Il ne faut pas omettre ici une chose qui fait encore voir la grandeur de la miséricorde de Dieu et la plénitude des richesses de sa bonté envers les hommes, qui est que, quoiqu'il eût pu nous obliger de le servir et de le glorifier sans espérance d'aucune récompense, néanmoins il a tellement joint notre propre utilité à sa gloire, qu'il a voulu que ce qui servirait à sa gloire nous fût aussi utile et avantageux. C'est ce que le prophète n'a pas aussi manqué de marquer par ces paroles (I5. 18, W) : Il y n de grandes récompenses pour ceux qui les gardent. Car non seulement Dieu pronfiet à ceux qui gardent ses commandements de les bénir et de les rendre heureux dans ce monde en les remplissant de toutes sortes de biens, mais il leur promet encore une grande récompense dans le ciel, et une mesure pressée, entassée et qui se répandra par-dessus, que nous méritons ici-bas, assistés de la grâce de Dieu, par des actions de justice et de piété.
PREMIER COMMANDEMENT DE DIEU. —Je suis LE Seigneur votre Dieu, qui vous ai retirés de lu. TERRE d'Egypte, de la maison de servitude. Vous n'aurez point d'autres dieux devant ma face. Vous ne vous ferez point d'idole ni d'image taillée, Ni aucune figure pour les adorer.
Quoique Dieu ait donné cette loi aux Juifs sur la montagne de Sinaï, néanmoins, parce que la nature l'avait imjTinïée longtemps auparavant dans l'esprit et le cœur di' tous les hommes, et qu'ainsi Dieu a voulu qu'ils la gardassent toujours, il sera irès-utde que les pasteurs expliquent exactement aux fidèles non seulement les termes dans lesquels cette loi a été ptd)liée aux I>raélites par Moïse qui fut le ministre et l'interprète, mais encore l'histoire de ce peuple, laquelle est toute mystérieuse.
Ils leur représenteront donc, premièrement, que Dieu ayant clioisi entre toutes les nations de la terre un peuple qui lirait son origine d'Abraham, pour lui être particulièrement consacré, voulut que le père de tout ce peuple fût étranger dans la terre de Canaan; que bien qu'il lui en eût promis la possession, néanmoins lui et sa postérité furent errants pendant qua,- Ire cents ans et davantage avant que d'habiter cette terre qu'il leur avait promise ; que pecjdant tout ce temps il eut toujours soin d'eux, et que, quoiqu'ils passassent d'une nation à une autre et d'un royaume à un autre royaume, il ne permit jamais non seulement qu'on leur fît aucun tort ni ruicun mauvais traitement, mais même il châtia rigourensenjcnt dos rois en leur considération; qu'avant qu'ils vinssent en Egypte il y avait premièrement envoyé Jose[>h, afin que, par sa prudence, eux et les Egyptiens fussent délivrés de la famine; que, lorsqu'ils y lurent, il eut tant de bonté pour eux, que malgré Pharaon qui ne songeait qu'à les perdre, il fit qu'ils se multiplièrent d'une manière extraordinaire : et qu'enfin, voyant qu'ils é. aient dans une extrême oppression, et qu'on les traitait en esclaves et avec la dernière dureté, il leur donna Moïse pour être leur chef, afin qu'il les retirât de ce lien de misère d'une manière toute miraculeuse, et que c'est de celte délivrance d(mt Dieu parle au commencement de la loi, lorsiju'il dit : Je suis le Seigneur votre Dieu, qui vous ai retirésde la terre d'Egypte^ de la maison de servitude.
Sur quoi il faut observer, premièrement, que ce qui porta Dieu à choisir ainsi entre toutes les nations celle des Juifs qu'il appelait son peuple et à qui il se faisait connaître, et dont il voulait être honoré, ce ne fut pas, comme Dieu même le leur déclare, parce qu'elle surpassait en nombre et en puissance toutes les autres nations, mais parce qu'il l'avait ainsi voulu, et qu'il désirait qu'étant au contraire pauvre et en très-petit nombre, sa puissance et sa bonté éclatassent davantage aux yeux de tous les autres peuples dans l'agrandissement et les richesses de cette nation. Or, quoique ce peuple fût tel que nous venons de le représenter. Dieu s'y allach.a pour ainsi dire de telle sorte, e4
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'aima si tendrement, qu'étant le Seipneur du ciel et ie la lerre il voulut bien être nppeie son Dieu, afin ;ans doute que les autres nations vo fussent portées p;.r un sentinieni (l < vir et à le reconnaître pour leur U
sans doute que les autres nations voyant son honneur,
' '• "eniulation a le ser-
>icu; de nsêuie que exciter une lui étaient unis selon la cnau, »i » «-t.m. v.i». «m..-,- — leur proposer le bonlieur des gentils qui avaient embrasse la connaissance du vrai Dieu, dont il les avait instruits. T On apprendra aux lidèles que Dieu ne paimit qu'Abraham et les autres palriarciies lussent si longtemps errants et voyageurs dans un pays étranger, et que leur postérité fût aussi tant de temps tourmentée et accablée sous le poids d'une très-d-.ire servitude, qu'afin, d'une part, de nous apprendre qu'il n'y a que ceux qui sont ennemis du monde, et qui se considèrent comme étrangers sur la terre, qui peuvent être amis de Dieu, et que le moyen le plus propre pour communiquer familièrement avec Dieu, e^l de n'avoir aucune conmiunication avec le monde; et afin, de l'autre, de faire comprendre à tous ceux (|ui sont devenus adorateurs du vrai Dieu combien ils sont plus heureux que ceux (jui servent le monde. El c'est ce que TEcrilure nous apprend par ces paroles, qu'elle rapporte que Dieu dit au prophète Semeïas, qui le priait de délivrer les Israélites de Se>ac, roi d'Egypte (2 Par. 12, 8) : Je ne les disperserai pas; néanmoins Us seront soumis à Sesac, afin quils sachent la différence qiCil y a entre mon règne et celui des princes et des rois
de la terre»
5° Que Dieu n'accomplit les promesses (|u'il avait faites à ce peuple qu'après plus de qmare cents ans, afin qu'il se nourrît de la loi et de Tesperance. Car Dieu veut que ses enfaiils dépendent c nlmuellement de lui, et qu'ils mclicnL toute leur confiance en sa bonté paternelle, comme nous ie ferons voir en expliquant les paroles de ce premier comman lement.
4° Qu'enfin Dieu ne donna la loi au peuple d'Israël qu'après qu'il fut sorti de l'Egypte et quelques mois après <|u'il fut venu dans le désert, afin qu'ayant la mémoire encore toute fraîche de la grâce (jue Djeu venait de lui faire, et qu'étant frappé de la stérilité et de rhorreur de ce lieu , il lût plus disposé h la recevoir. Car les bommes se croient plus obligés à ceux dont ils ont reçu plus de bien, et lorsqu'ils se voient hors de toute espérance d'être secourus des hommes dans leurs afflictions, c'est alors qu'ils ont plutôt recours à Dieu. Et c'est ce «jui fait voir qu'on est d'autant plus disposé à recevoir les vérités divines, ({u'on a plus de soin de fuir les attraits du monde et les i>laisirs de la chair. D'où vient qu'Isaïe dit : Qui sera celui qui apprendra la science de la vérité et qui sera capable d'en avoir l'intelligence? Ce seront ceux qui seront sevrés de ta douceur du lait , et à qui on aura ôté la manidle. ^
Il faut donc exhorter puissamment les tideles aavoir toujours présentes dans leur esprit ces paroles : Je SUIS LE Seigneur votre Dieu, afin qu'ils se souviennent toujours que leur législateur est celui-là même qui est leur Créateur, qui leur a donné la vie et qui les conserve, et qu'ainsi il ont droit de dire (ps. 94-, 7) : Le Seigneur est noire Dieu, et nous sommes le peuple qu'il regarde comme son troupeau particulier et les brebis quil conduit lui-même. Et il est certain que si les pasteurs ont soin de faire faire souvent attention à leurs peuples sur ces paroles , ce sera un moyen très-puissant pour les rendre plus fidèles à garder la loi de Dieu, et à éviter le pécbé.
Quand à ces paroles : Qui vous ai retirés de la MAISON DE servitude, quoiqu'cllcs semblent ne regar der que les Juifs qui lurent délivrés de la dommatioi
des Egyptiens, néanmoins, si l'on considère le dessein que Dieu avait de sauver tous les hommes, qu'il voulait marquer par la délivrance de ce peuple, il faut demeurer d'accord qu'elles regardent incomparablement plus les chrétiens , qui n'ont pas à la vérité été
délivrés de la servitude d'Egypte , mais que Dieu a délivrés de la damnation du péché et de la [uissance des ténèbres , pour les transférer dans le royaume do son Fils bien-aimé. C'est dans la vue de ce^te miséricorde toute particulière que le prophète Jérémie a fait cette prédiction (16, 1-4) : Le temps approcherait le Seigneur, oii l'on ne dira plus : Vive le Seigneur qui a rappelé les enfants d'Israël du septentrion et de toutes les parties de la terre oii il les avait dispersés, pour les ramener dans leur terre qu'il avait donnée à leurs pères. Ce sera alors , dit le Seigneur, que j'enverrai plusieurs pêcheurs pour les pêcher, etc. Et en eifei , Dieu , ipii est un père très-miséricordieux , a rassemblé et réuni par le moyen de son Fils unique ses enfants qui étaient dispersés dans le monde, afin que n'étant plus esclaves du péché, mais de la justice, ils le servent dans la sainteté et dans la justice, se tenant en sa présence tous les jours de leur vie (Luc. 1, 7.5).
Ainsi les fidèles doivent se faire un bo'iclier des paroles suivantes de l'Apôire, pour les opposer à toutes leurs tentations ( Uom. 6, 2) : Etant une fois mort au péché, comment vivrons-nous encore dans le péché? Nous ne sommes plus à nous , mais à celui qui est mort et ressuscité pour nous. C'est le Seigneur noire Dieu qui nous a rachetés de son sang, comment pourrionsnous après cela pécher contre lui et l'atlacher une seconde fois à la croix? Etant donc véritablement libres par la liberté qu'il nous a acquise, comme nous avions abandonné au péché les membres de notre corps pour lui servir d'armes d'iniquité, comacrons-les lui maintenant pour lui servir d'armes de piété et de justice (Uom. G, 19).
§ 1. Vous n'aurez point d'autres dieux devant ma {ace. Les pasieurs feront remarquer d'abord aux fidèles, que ce qui regarde Dieu est premièrement commandé dans le Décalogue, et cnsuile ce qui regarde le prochain, pour nous apprendre que Dieu doit être la fin de tout ce que nous faisons pour le prochain. Car nous n'aimons notre prochain, conformémentau commandement que Dieu nous en a fait, que lorsque nous l'aimons pour l'amour de Dieu. Et c'est pourquoi les commandements qui regardent Dieu étaient écrits dans la première table.
Et en second lieu , que dans les paroles que nous venons de rapporter sont renfermés deux comnàandements, dont l'un est absolu et positif, et l'autre négatif, et contient une défense. Car lorsque Dieu ordonne de n'avoir point d autres dieux devant sa face, c'est comme s'il disait : Vous m'honorerez comme le seul Dieu véritable , et vous n'honorerez point d'au^ très dieux que moi.
Dans le premier, la foi , l'espérance et la charité nous sont commandées. Car lorsque nous reconnaissons l'existence de Dieu , nous confessons en même temps qu'il est immuable, qu'il est toujours de même, qu'il est fidèle, qu'il est parfait et infiniment bon. De sorte que, lorsque nous considérons la fidélité de ses paroles, il faut de nécessité que nous y acquiesci(»ns, que nous y ayons une entière croyance, et que nous soyons parfaitement soumis à leur autorité. Et quand nous faisons attention à sa toute-puissance, à son extrême bonté et à cette pente et cette inclination qu'd a à faire du bien à toutes les créatures, nous ne pouvons que nous ne mettions en lui toute notre espérance- Enfin, quand nous considérons les richesses de sa boulé et de sa charité qu'il nous a communiquées, il est comme impossible que nous ne l'aimions. Et c'est [lourquoi nous voyons que lorsque Dieu fait quelque commandement dans l'Ecriture, il le commence et le linit toujours par ces paroles : Je suis le Seigneur.
L'autre commandement, qui est négatif et contient une défense, est exprimé par ces paroles : Vous n'aurez
POINT d'autres dieux DEVANT MA FACE. DiCU S'CSI SCrvi
de celte manière de parler, non que le sens de ces paroles ne fût suffisamment exprimé par ce commandement absolu et positif: Voub adorerez on seul Dieu,
PART. III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU
[ puisque s'il y a un Dieu il faut qu'il n'y en ait qu'un ; mais à cause de Taveuglemenl de plusieurs, qui, quoiqu'ils fissent lirolessiOM d'adorer le vrai Dieu, ne laissaient pas dVn reconnaître et d'eu iionoicr plusieurs. Et il se trouvait plusieurs de ces sortes de gens parmi les Hébreux mêmes, auxquels pour cet ellel le prophète Elle reprocliait qu'ils ne marcliaient pas droit dans la voie de Dieu. Et c'est ce que faisaient les Samaritains, qui adoraient le Dieu d'Israël et les dieux des gentils.
Ce commandement est le premier et le plus grand de tous les commandements, non seulement parce qu'il est effectivement le premier selon Tordre, mais parce qu'il est le premier par justice et à cause de sa dignité et de son excellence. Car il est ceriain que nous devons aimer et respecter Dieu infiniment plus que nos supérieurs et les rois de la terre, puisque non seulement il nous a créés, mais qu'il nous conserve et nous gouverne, qu'il ne nous a pas seulement nourris dans le sein de nos mères, mais qu'il nous en a lait sortir en nous menant au monde, et qu'il nous donne tout ce qui nous est nécessaire pour le soutien de notre vie.
Ceux donc qui n'ont point la foi, l'espéraiice et la charité pèchent contre ce précepte. Ainsi ce péciié s'éieud extrêmement loin, et regarde une inliniié de personnes. Car ceux qui lombenl dans l'hérésie, ceux qui ne croient pas tout ce que l'Eglise notre sainte mère propose à croire ; ceux qui ajoutent créance aux congés, aux horoscopes et à d'autres superstitions semblables, vaines et ridicules; ceux qui désespèrent de leur salut et de la niiséri< orde de Dieu ; ceux qui mettent leur confiance dans les richesses, dans la sanié du corps et dans leurs propres forces, sont coupables dans cette transgression. C'est ce qu'ont remarqué avec étendue les auteurs qui ont traité des vices et des péchés.
i § 2. Du culte el de l'invocation des saints.
I 11 faut que les |)asleurs, à l'occasion de ce précepte, I aient soin d'apprendre aux fidèles que le culte et i'inî vocation des sainls, des anges el des bienheureux qui jouissent de li gloire céleste, ou la vénération que l'Eglise catholique a toujours eue pour ks corps et les reliques des sainls, n'est point cuniraire à ce commandement. El en effet , se pourrait-il trouver quelqu'un assez fou pour s'imaginer que, parcequ'un roi aurait défendu à qui que ce fût de ses sujets de prendre la qualité de roi, et de souffrir qii'on lui rendît les smêmes honneuis qu'à lui même, ce lût une marque 'qu'il rie voudrait pas qu'on portât honneur à scs miinistres et à ses ofliciers. Car, quoique les chiétiens ihonorent les anges à l'exemple des ^ainls de l'ancien Testament, ils ne leurporleiit pas néanmoins le même jhonneur qu'à Dieu. Ainsi , lorsque nous voyons que iquelques anges ont refusé les hoimeurs que les liomjmi'S leur voulaient rendre, ce n'a été que parce qu'on leur voulait rendre en ces occasions l'honneur qui n'est dû qu'à Dieu seul.
i Kn effet, le Saint-Esprit qui déclare que c'est à Dieu \seul (ju appartient llionneur el la gloire, nous commande Inéannioins d'honorer nos pères et nos mères et les personnes âgées. Et nous voyons que les sainls qui n'adoraient qu'un seul Dieu, Jie laissaient pas, comme H'Ecriiure le remarque, d'adorer les rois, c'est-à-dire, ide les honorer en s humiliant devant eux. Or, si Dieu a bien voulu qu'on rendît tant d'honneur aux rois par desquels il gouverne ce monde, pourquoi ne nous serait^il pas permis d'hon(»rer les anges, puisque Dieu a voulu qu'ils fussent les ministres dont il se sert, non seulement au gouvernement de son Eglise en pariicuher, mais généralement au gouvernement de toutes lies choses de ce monde, et par le secours desquels m)us isonmies délivrés tous les jours de très-grands périls, sou pour l'âme soit pour le corps; et même de les nonorer d'autant plus, quoique nous ne le voyons pas, que ces esprits bienheureux surpassent en dignité et 60 grandeur les rois de la terre? La charité même
qu'ils ont pour nous nous y oblige. Car c'est cette chanté qui les porte, comme il est facile de le remarquer dans l'Ecriture sainle, à prier Dieu pour les provmces dont ils sont les protecteurs. Et il ne faut point douter qu'ils n'en usent de même à l'égard de ceux que Dieu à conjmis à leur garde. Car ce soni eux qui présentent à Dieu nos prières et nos larmes. D'où vient que Notre-Seii^^neur recommande dans l'Evangile (Matlh. 18, 10) de prendre bien garde de scandaliser aucuns des petits qui lui appartiennent, parce que dans le ciel leurs anges voient sans cesse la face de son Père qui est dans le ciel.
Il faut donc invoquer les anges , tant parce qu'ils sont toujours en la présence de Dieu, ou parce qu'ils prennent avec joie le soin de procurer noire salut dont Dieu les a chargés. Nous avons plusieurs témoignages dans l'Ecriture sainte qui autorisent cette invocaiion. Ainsi Jacob demanda à l'ange avec lequel il avait lutté, qu'il le bénit; et même il l'y contraignit, lui protestant qu'ils ne le laisserait point aller qu'il n'eût reçu sa bénédiction. Et non seulement il invoqua cet ange qu'il voyait, mais même un autre qu'il ne voyait pas, comme il paraît par ces paroles (Gen. 48, 26) : Que fange qui m'a délivré de tout mal bénisse et protège ces enfants.
D'où l'on peut aussi conclure que, tant s'en Aiut qu'en honorant les saints qui sont morts dans le Seigneur, en les invoquant, et en respectant leurs reii(pies et leurs cendres sacrées, on diminue la gloire de Dieu, qu'au contraire elle en est d'autant plus augmentée que l'espérance des hommes en est plus fortifiée et en devient plus lerme, et qu'ils en sont plus portés à les imiler. t'est ce qui est confirmé par le second concile de Nicée, par ceux de Gangres et de Trente, et par le témoignage des SS. Pères.
Mais aiin (pie les pasteurs soient plus disposés à réfuter ceux qui combaiieni cette véiiié, il faut qu'ils lisent principalement S. Jérôme contre Vigilance, et S. Damascène ; et ce qui est encore plus considérable et qu'ils doivent joindre à l'autorité de ces sainls, est la coutume établie par les apôtres, el qui a toujours été conservée et gardée dans 1 Eglise. On n'en peut désirer une preuve plus évidente et plus forte (jue le témoignage même de l'Ecriture sainte, qui publie d'une manière si adminible les louanges des saints ; car on y voit les louanges que Dieu lui mêiie a données à quelques saints. Puis donc que l'Ecriture sainte publie si hautement les louanges des saints, pourquoi les hommes ise leur porteraient-ils pas un honneur particulier? puisque même ils doivent les honorer et invoquer avec d'aulant plus d'affection et de coufiance, qu'ils font des prières continuelles pour leur salut, et que Dieu leur accorde tous les jours, en leur considération et en vue de leurs mérites, plusieurs grâces el plusieurs bienfaits. Car s'il y a de la joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence, fautil douter que les saints ne secourent les pénitents, et n'obtiennent le pardon de leurs péchés et le secours de la grâce de Dieu, dont ils ont besoin, lorsqu'ils les en prient?
Que si l'on prétend, comme quelques-uns font, que la protection et le secours des saints sont inutiles. Dieu lui même entendant nos prières sans qu'il ait besoin d'interprète pour les lui faire connaître, il est aisé de convaincre de fausseté le sentiment de ces impies, parce que, dit S. Augustin , souvent Dieu n'accorde plusieurs choses à des personnes qu'après en avoir été prié par d'autres, qui font en cela la fonction de médiateurs et d'intercesseurs auprès de lui, comme il se voit par les exemples célèbres d'Abimélech et des amis de Job, à qui Dieu ne pardonna leurs péchés qu'à la prière d'Abraham et du saint homme Job.
Que si l'on objecte encore que c'est une marque que l'on manque de foi, ou du moins qu'elle est iièsfaible, que d'avoir recours à l'intercession des saints; que peut-on répondre à l'exemple du Centenier, dont Nolre-Scigneur a loué la foi d'une manière si pariicu-
liêic, quoiqu'il lui eût envoyé quelques-uns des sénateu.s des Juifs, pour le supplier de guérir son serviteur qui étail malade? ,
Ainsi, quoiqu'il soit vrai que nous n ayons qu un 6eul médiateur, qui est Jésus-Christ Nolre-Seigneur, H-ii seul nous a réconciliés par son sang avec Dieu son Père et qui, étant entré une fois dans le sanctuaire, el nous*ayant acquis une rédemption éternelle, ne cesse point d'intercéder pour nous, il ne s'ensuit pas néanmoins qu'il ne nous soit permis d'avoir recours aux mérites des saints. Car si, parce que nous n'avons paur avocat que Jésus-Christ, il ne nous est pas pennis d'implorer le secours des saints, jamais TApôtre n'aurait commis celle faute que de témoigner désirer avec tant de soin d'être assisté dt^vant Dieu des prières des saints de son temps, puisqu'il est consiant que les prières des saints de ce monde ne diminueraient pas inoins la gloire de la majesté de Jésus-Christ, notre médiateur, que celles des bienheureux.
Mais qui pourrait douter, et de l'honneur qui est dû au saints, et de la protection qu'ils nous donnent,
paralytiques ont été guéris et rétablis aans le parfait usage de leurs mains et de tous leurs autres membres; où les morts ont été ressuscites et les démons chassés des corps des possédés, comme S. Ambroise et S. Augustin, qui sont des témoins irréprochables, assurent non seulement l'avoir ouï dire, comme plusieurs font ; non seulement Pavoir lu , comme quanliié de personnes le témoignent; mais même l'avoir vu de leurs propres yeux.
Enfin, pour ne nous pas arrêter davantage sur ce sujet, s'il est consiant que les habits, les linceuls, l'ombre même des saints, pendant leur vie, ont eu la venu de guérir les maladies et de redonner la santé aux malados, qui osera nier que Dieu ne puisse faire les mêmes merveilles après leur mort, par leurs sacrés ossements, leurs cendres et leurs autres reliques? L'exemple de ce corps mort qui, ayant été mis par hasard dans le sépulcre d'Elisée, ressuscita aussitôt qu'il eut touché le corps de ce prophète, est une preuve convaincante de cette vérité.
§ 5. Vous ne ferez point d'idoles, ni d'image taillée, ni de figure des créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, dans la mer ou sous la terre pour les adorer. Ceux qui ont cru que ces paroles renfermaient un second commandement que Dieu faisait, différent du premier, ont prétendu en même temps que les deux derniers du Décalogue n'en faisaient qu'un. Au contraire, S. Augustin, séparant les deux derniers commandements, a prétendu que ces paroles faisaient parlie du premier; et conune ce sentiment est le plus communément reçu dans TEglise, c'est aussi celui que nous suivons; et il est même très-aisé d'en donner cette raison qui en fait voir la vérité, qui est qu'il était à propos que la récompense ou la peine que chacun aurail méritée pour avoir accompli ou transgressé ce commandement, y fût prise.
Et il ne f;uit pas croire que Dieu défende, par ce précepte, l'art de la peinture, de la sculpture et de la gravure , car nous voyons dans l'Ecriture sainte que Dieu même ordonne de faire des iigures et des images, comme les chérubins du propitiatoire et le serpent d'airain. Ainsi il faut nécessairement reconnaître que quand il est défendu, par ce commandement, de faire des images, ce n'est que de crainte que les hommes n'en fassent des divinités, et ne leur rendent les honneurs qui ne sont dus qu'a Dieu.
Mais il est visible que par rapport à ce commandement on peut offenser grièvement la majesté de Dieu en deux manières : la première est lorsque l'on rend à des idoles ou à des images le même culte qu'on rend à Dieu, ou busqué l'on croit (ju'elles ont en elles quelques qualilés divines qui méritent qu'on les adore oU qu'on leur demande quelque grâce, et que l'on a ^e la conliar.^ en elks, aim- 'luc faisaient ..jlrcfoit»
les païens, qui mettaient toute leur espérance en leurs idoles, que l'Ecriture condamne en plusieurs endroits. La seconde est lorsque l'on tâche de représenter la Divinité sous quelque forme corporelle, croyant qu'elle peut êire rendue visible et qu'elle peut être représentée par des figures et des couleurs; car, comme dit S. Damascène, qui peut représenter Dieu qui est invisible, qui est un pur esprit, qui est infini et qui ne peut être figuré? C'est ce qui est amplement expliqué dans le second concile de Nicée ; et c'est ce qui a fait dire à l'apôtre S. Paul, que les gentils avaient transféré l'honneur qui n'est dû qu'au Dieu incorruptible à limage d'un homme corruptible, et à des figures d'oiseaux, de bêtes à quatre pieds et de serpents. Car ils honoraient toutes ces choses comme Dieu même, en élevant leurs images dans leurs temples pour les adorer. C'est ainsi que les Israélites, pour avoir crié devant la figure d'un veau (Exod. 2^2, 4) : Voilà tes dieux, ô Israël, qui t'ont tiré de la terre d'Egypte, ont été appelés idolâtres, ayant ainsi transféré le culte qu'ils ren-' daient au vrai Dieu à la figure d'un veau, dont l'herbe
par la première partie de ce „ des dieux étrangers, il défend par ceiie-ci, pour détruire entièrement l'idolâtrie, de faire des images d'airain, ou de quelque autre matière que ce soit. Et c'est ce qu'lsaïe déclare, lorsqu'il dit ( 4C, 48 ) : A quoi ferez-vous ressembler Dieu, ou quelle forme lui donnerez-vous ?
11 est consiant que c'est là le sens de ce commandement. Car, outre que les SS. Pères l'ont tous expliqué en ce sens, et en particulier les Pères du second concile de Nicée, les paroles suivantes que l'Ecriture rapporte ( Deut. 4, 15 ) que Moïse dit au peuple d'israël qu'il voulait détourner de l'idolâtrie, le font assez voir : Vous n'avez point remarqué, leur dit-il, que Dieu ait pris aucune forme au jour qu'il vous parla au milieu des feux et des éclairs sur le mont Horeb. Ce que ce trèssage législateur leur dit de crainte qu'étant tombés dans l'erreur ils ne se laissassent aller à représenter sous quelque forme la Divinité, et qu'ils ne rendissent à la' créature l'honneur et le culte qui n'est dû qu'à Dieu/ seul.
Il ne faut pas néanmoins se persuader que ce soil contrevenir à ce commandement de Dieu, el pécher contre la religion, lorsque l'on représente par quelque signei sensible quel qu'une des personnes de It très-sainte Trinité , puisqu'elles ont apparu sous différentes figure? dans l'ancien et le nouveau Testament, et qu'il n'y a pcr" sonne qui soit assez grossier pour croire que ces figureîf représentent la Divinité en elle-même. Ainsi les pasteurs feront comprendre aux fidèles que ces figures représentent seulement quelques propriétés ou quelques opérations qui sont attribuées à Dieu. C'estainsi qn« dans Daniel (7, 9) il est dépeint sous la lormC d'uu vieillard assis dans un trône , devant qui soiil des livres ouverts pour nous marquer son éternité, ei sa sagesse infinie, par laquelle il examine toutes lesH actions et les pensées des hommes pour les juger. | On représente aussi les anges sous la forme humaine, et ayant des ailes, pour faire entendre aux fidèlesi l'inclination qu'ils ont à les secourir, et qu'ils sont toujours disposés à s'acquitter du ministère qu'il plaît a Dieu de leur imposer : Car ils sont, selon l'Apôtrf (Hebr. 4), des esprits qui tiennent lieu de serviteurs et ai ministres, en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut.
Et quant au Saint-Esprit, il est si évident que la co lombe et les langues de feu sous la figure desquelle; il a paru, comme il est rapporté dans l'Evangile et dan: les Actes des apôtres, marquaient seulement quel ques effets qui lui sont propres, qu'il serait inutile di s'arrêter à expliquer ces choses plus au long.
Pour ce qui est de Notre-Seigneur Jésus-Christ c de sa très-sainte et très-pure Mère, et de tous les au ires saints, comme ils sont hommes, non seulement n'est pas défendu par ce commandement de les repre
PART. m. DES COMMANDEMENTS DE DIEU.
ZU
semer sous des figures et d'Iionorer leurs images ; mais bien les forcer en q»ùe!que manière à le reconnaître et
même l'on a toujours cru dans l'Eglise que c'était une preuve Irés-certaine et très-juste de notre reconnaissance envers eux, que d en user de la sorte. Et c'est ce qui est confirmé par les exemples qu'en ont laissés des hommes apostoliques, par l'auloriié du premier concile œcuménique, et de beaucoup de Pères de l'Eglise très-saints et très-savants, qui conviennent tous sur ce point.
Il n'est donc pas seulement permis d'avoir des images dans l'église, et de leur porter honneur et respect, puisque ces honneurs qu'on leur rend se rapportent aux originaux qu'elles représentent; mais même il est certain que cette pratique a été jusqu'à présent trèsavantageuse à l'Eglise, comme l'enseigne S. Damascène dans son livre du Culte des images, et le second con.cile de Nicée, qui est le septième concile général. Cependant comme le démon s'efforce toujours de corrompre par ses tromperies les coutumes les plus saintement établies , si les pasteurs reconnaissent qu'il se soit introduit d;ms celle-ci quelque chose de mauvais par Tignorance du peuple, ils doivent, conformément au décret du concile de Trente (sess. 25), tâcher de le corriger autant qu'ils pourront. Et même, quand le temps le leur permettra, ils lui expliqueront ce décret, et ils apprendront aux plus grossiers, qui ignorent quel est l'usage des images, qu'elles sont pour nous faire connaître l'histoire de l'un et de l'autre Testament, et nous en rafraîchir de temps en temps ia mémoire, afin qu'étant excités par le souvenir de tant de choses que Dieu a faites en notre faveur, nous soyons portés à l'aimer et à l'honorer avec encore plus d'ardeur; et que si l'on permet de mettre des images des saints dans les églises, ce n'est qu'afin qu'en les honorant nous soyons excités par leur exemple à imiter la sainteté de leur vie et de leurs actions. § 4. Je suis le Seigneur votre Dieu, un Dieu fort et jaloux qui punis les iniquités des pères dans les enfants, jusqu'à la troisième et quatrième génération de ceux qui me haïssent, et- qui fais miséricorde à tous ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements ^ jusqu'à mille et mille générations.
tt y a deux choses à observer dans les dernières paroles de ce précepte La prennère est que, quoique ce soit avec beaucoup de raison qu'il est ac( oujpagné de menaces et de peines, tant parce que c'est le plus grand crime que l'on puisse commettre, que parce que les hommes y ont beaucoup de pente, néanmoins ces menaces et ces peines conviennent à tous les autres commandements. Car il n'y a point de loi qui ne p(*rie les hommes, soit par la crainte des peines ou par l'espérance des récompenses, à garder ce qu'elle commande. C'est pour celte raison que Dieu dans l'Ecriture sainte renouvelle si souvent les promesses qu'il fait à ceux qui garderont ses commandements, et que sans s'arrêter à une infinité de passages de l'ancien Testament, où les menaces que Dieu fait à ceux qui n'observeront pas ses commandenients sont marquées, Notre-Seigneur dit dans lEvangile : Si vous voulez entrer en la vie, gardez les commandements. Celui-là seulement entrera dans le royaume du ciel qui fait la volonté de mon Père qui est dans le ciel. Tout arbre qui ne portera point de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Quiconque se mettra en colère contre son frère méritera d'être condamné par le jugement. Si vous ne pardonnez point les fautes des autres, votre Père ne vous pardonfiera point aussi les vôtres.
La seconde chose qu'il faut observer, c'est qu'il faut proposer d'une manière bien différente ces dernières paroles aux personnes parfaites et spirituelles, qu'à ceux qui sont charnels et imparfaits. Car les parfaits qui sont poussés et conduits par l'esprit de Dieu, et qui lui obéissent avec joie cl avec amour, les regardent comme une très-agréable nouvelle qu'on leurannonce et comme une très-grande preuve de la bonne volonté U^ Dieu envers eux. Ils reconnaissent en cela le soin cnantable qu il a pour les hommes , puisqu'il veut
a l'honorer en leur proposant des récompenses s'ils observent ses commandements, ou des peines s'ils y manquent. Enfin ils reconnaissent que c'est un effet de la bonté infiniede Dieu envers eux de ce qu'il veut bien leur faire nn tel commandement, et se servir d eux pour procurer la i^loire de son nom. Et non seulement ils reconnaissent que Dieu leur donne une preuve de sa miséricorde par ce commandemcit, mais us en conçoivent une forme espérance qu'il leur donnera les forces qui leur sont nécessaires pour obéir à sa loi.
Au contraire les personnes charnelles qui sont encore sous le joug de la servitude, et qui s'abstiennent du pèche plutôt par la crainte des peines que par l'amour de la justice, trouvent le sens de ces dernières paroles dur et fâcheux. Ainsi il faut lâcher de relever leur courage par des exhortations charitables et de les conduire comme par la main à la pratique de ce commandement. Et c'est la conduite que les pasleurs doivent garder toutes les fois qu'ils se trouvent obligés d'expliquer quelque commandement.
Il y a encore deux choses dans ces dernières paroles qui doivent être deux puissants motifs pour porter les personnes spirituelles et les charnelles à garder la loi de Dieu. La première est que Dieu y est apj3elé Dieu fort et puissant. Et c'est sur quoi il faut que les pasienrs fassent faire beaucoup d'attention aux fidèles. Car assez souvent les hommes charnels se mettant peu en peine des menaces terribles que Dieu fait contre ceux qui violent ses commandements, se forment mille raisons pour se persuader à eux-mêmes qu'ils poiirront se mettre à couvert de la colère de Dieu et éviter les peines dont il. les menace ; au lieu que ceux qui croient et sont fortement persuadés que Dieu est tout-puissant , ont toujours ces paroles de David devar.i leurs yetix ( ps. 138, T) : Ou pourrai- je aller pour me cacher à votre Esprit? Oii pourrai je fuir pour me dérober à votre vue? Elan conii aire quehiuelois se définnt des promesses de Dieu, ils se re|)résenlent les forces de leurs ennemis si puis anies qu'ils se croient entièrement incapables d'en soutenir les efforts ; au lieu que ceux qui ont une vive foi en la puissance et en la venu de Dieu, s'appuyani sur elle, s'aiiimenl pour résister avec courage à leurs ennemis, disant avec le prophète-roi (ps. 26, \) : Le Seigneur est ma lumière et mon Sauveur, que pourrais-ie craindre? ''
La seconde chose qui est à remarquer dans ces paroles, qui peut porter les hommes à garder la loi de Dieu, est cet amour de jalousie que Dieu y (émoigne pour sa loi. Car le plus souvent les homnies s'imaginent que Dieu ne se soucie en aucune manière des choses de ce monde, ni même si on garde sa loi ou si on ne la garde pas, ce qui fait (ju'ils mènent une via pleine de désordre et de confusion. Mais quand on est persuadé (luc Dieu est jaloux qu'on observe ses commandements, l'on est facilement retenu dans son devoir par cette pensée.
Il faut remarquer que quand on dit que Dieu est jaloux, on n'entend pas par cette jalousie cette passion qui s'e.xcile en nous avec i rouble et agitation d'esprit, niais cet amour et celte charité qui fait qu'il ne souf- Ire point qu'une âme l'abandonne impnnémenl, puisque, selon le prophète -roi, il perd toutes les âmes adultères qui se séparent de lui. Ainsi la jalousie «Je Dieu est sa justice même qui est immuable et tOiijours équitable, qui lui lait rejeter louleâme corro?jipue par Terreur et par les désirs déiéglés de la c(.nvoitise, ne la regardant plus conmme son époise, mais comme une adultère. Et ce zelc ou cette jal >usic de Dieu nous doit être bien douce et bien agr hble, puisqu'elle est une marque assurée de ;oi: extrême charité pour nous. El en effet, connue il n y f point d'amour pins ardent ni d'u.iion plus éiroite et plus grande que celle des personnes qui sont unies par le mariage ; Dieu fait bien voir combien il nous
CATÉCHISME DtJ CONCILE DE TRENTE.
aime, puisque prenant à l'égard de nos âmes la qualité d'époux, il dit souvent de lui-même qu'il est un époux jaloux. Ainsi nous devons être si passionnés pour le' culte et Thonneur de Dieu, qu'on puisse dire avec justice que nous ne l'aimons pas seulement, mais même que nous l'iumons d'un amour de jalousie, imitant le prophète Elie qui parlant do lui-même dit ces paroles : J'ai été rempli de zèle pour le Seigneur^ le Dieu des armées ; et Jésus-Christ même à qui saint Jean applique ces paroles du psalmiste : Le zèle de votre maison me dévore.
Le sens de la menace que Dieu fait par ces paroles est qu'il ne souffrira pas que les pécheurs demeu- Tetit sans punition ; mais ou que comme un hou père il les châtiera, ou que comme un jngesévère il les punira très-rigoureusement. Et c'est ce qui nous est encore marq\ié en un autre endroit par ces paroles de Moïse ( Deut. 7, 0 ) : Vous saurez alors que le Seigneur, votre Dieu, est un Dieu puissant et fidèle qui garde ses promesses et qui fait miséricorde à ceux qui C aiment et qui gardent ses commandements^ et punit ceux qui le haïssent, et par ces autres de Josué (24, 49 ) iVousne pourrez jamais servir le Seigneur. Car c'est un Dieu saint, puissant et jaloux, qui ne laissera point vos crimes et vos péchés impunis. Si vous l^abandonnez et que vous serviez des dieux étrangers , il tournera sa colère contre vous, il vous affligera et vous détruira.
Mais il ftiut remarquer (lue lorsque Dieu menace de punir les méchants et les impies jusqu'à la troisième et quatrième géuérationSjCe n'est pas qu'il punisse toujours leurs crimes dans toute leur postérité; mais c'est qu'encore qu'eux et leursenfanis n'en aient pas été punis, toute leur postérité néanmoins n'évite point les effets de sa colère et de son indignation ; et c'est ce qui arriva au roi Josias. Car Dieu lui ayant pardonné, etayant permis en considération de sa piété louie singulière qu'il mourût en paix et qu'il fût mis dans le sépulcre de ses ancêtres, afin qu'il ne vît point les malheurs qui devaient arriver dans la suite à la tribu de Juda et à la ville de Jérusalem en punition des impiétés de Manassès, la vengeance divine néanmoins suivit sa mort de si près, que Dieu ne pardonna pas uiême à ses enfants.
Au reste S. Grégoire montre que les dernières paroles de ce commandement ne sont point contraires à ce que dit le prophète Kzéchiel (18, 4^) : que celui-là seul mourra qui aura commis le péché; et il convient en cela avec tous les anciens Pères. Celui, ditil, qui imite le péché de son père mérite de participer de la peine qui lui est due; et celui au contraire qui n'imite point le péché de son père n'en doit pas être puni. Mais un méchant fils qui imite un méchant père, mérite non seulement d'être puni pour ses propres péchés, mais encore pour les péchés de son père , puisqu'il ne craint point d'en ajouter d'autres à ceux de son père qu'il sait avoir excité la colère de Dieu contre lui. El il e;,i juste que celui qui n'est point détourné par la vue de Dieu de suivre les voies corrompues d'un méchant père soit contraint de souffrir en cette vie les peines que méritent les péchés de ce même père.
Eniin les pasteurs Ceronl remarquer aux fidèles à l'occasion de ces paroles, combien la bonté et la miséricorde de Dieu surpassent sa justice, puis(pi'il n'étend les ellcîs di' sa colère que jusqu'à la troisième et quatrième géi!érati(m , au !ieu qu'il étend ceux de sa nùséricorde jusqu'à mille générations.
Quant à ces paroles : de ceux qui me haïssent, elles font voir la grandeur du péché. Car qu'y a-t-il de plus méchant et de plus détestable que de haïr le souverain bien et la souveraine vérité. Or cela est vrai de tous les pécheurs, parce (|ue comme celui qui a reçu les commandements de P'ieu et qui les garde aime Dieu, ainsi celui qui méprise la loi de Dieu et ne garde pas ses conunandemeuts, est censé avec justice haïr Dieu.
Enfin ces paroles : et ceux qui m'aiment, montrent le BBOlil qui nous doit faire garder la loi de Dieu. Car il
faut que ceux qui la gardent y soient portés et lui soient soumis par le même amour et la même charité qu'ils ont pour Dieu. Et c'est ce que les pasteurs auront soin de répéter en expliquant chaque connnandement en particulier.
SECOND COMMANDEMENT DE DIEU. — Vous ne
PRENDREZ POINT LE NOM DU SeIGNEUR VOTRE DlEU EN VAIN.
Quoique le premier commandement , par lequel il nous est ordonné d'honorer Dieu avec sainteté et piété, renferme nécessairement ce qui nous est commandé par ce second . puiscpie celui qui veut qu'on lui porte honneur exige aussi qu'on l'iionore en parlant de lui, et défend expressément de faire le contraire , comme Dieu le déclare lui-même par ces paroles du prophète Malachie (1, 6) : Le fils doit honorer son père et le serviteur son maître. Si donc je suis votre père , où, est l'honneur que vous me rendez? Dieu néanmoins , pour nous faire comprendre coiubien il est im[)()rianl de ne point déshonorer son nom qui est parfaitement saint , en a voulu faire un commandement particulier qu'il a exprimé en termes clair:^ et précis.
Et c'est ce qui doit convaincre les pasteurs qu'il ne leur suffit pas de parier de ce conunandemeui en général et en passant; mais que, c(unme il est très-important, ils doivent s'y arrêter be.iucoup, et expliquer clairement, distincten)enteiavec soin, aux fidèles tout ce qui le regarde; et ils ne doivent point craindre d'y apporter trop de soin et trop d'exactitude, puisqu'il se trouve des pet sonnes qui sont'si aveuglées par les ténèbres de l'erreur, qu'elles o>ent maudire et blasphémer celui que les anges gloriiienl ; et que , se mettant fort j)eu en peine de la défense que Dieu leur fait de prendre son nom en vain, elles ont la témérité et l'insolence de rendre méprisable autant qu'il est en elles sa divine majesté par les blasphèmes qu'clies profèrent contre elle tous les jours et même presque à chaque heure et à chaque moment ; car nous voyons qu'on affirme tout avec serment , et que presque tous les discours des homuies sont pleins d'imprécations et d'exécrations , en sorte qu'il n'y a presque personne qui vende ou qui achète , ou qui traite de quelque affaire , qui n'y mêle le serment, et qui ne prenne mille fois le nom de Dieu en vain dans des choses très -légères et très - vaines. El c'est ce qui oblige davantage les pasteurs à être très-soigneux de représenter aux (idèles combien ce crime est grand et détestable. Mais la première chose qu'ils doivent leur proposer comme constante , touchant ce précepte, c'est que, outre la défense qu'il renferme, il impose et prescrit quelques obligations aux hommes; et c'est de quoi il faut qu'ils les instruisent séparément. Pour le faire avec plus d'ordre et de nellelé , ils doivent premièrement expliquer ce que ce précepte commande et ensuite ce qu'il défend ; montrant que ce qu'il commande est d'honorer le nom de Dieu et de jurer par ce saint nom avec piété et religion lorsqu'on y e^t obligé ; et que ce qu'il défend esl de mépriser le nom de Dieu , de le prendre en vain, et de jurer par ce saint nom ou à faux, ou en vain, ou témérairement.
§ 1 . Ce qui nous est commandé par ce précepte , et de quelle manière on peut honorer le nom de Dicu^
Ce que Ton doit considérer dans le nom de Dieu , qu'il nous commande d'honorer par ce précepte, ce ne sont pas les lettres ni les syllabes qui le composent, ou le nom pris en lui-même , mais la chose exprimée par ce nom, savoir la majesté éternelle et toute-puissante d'un seul Dieu en trt)is personnes. D'où il esl aisé de voircombien étaitvaine la superstition de quelques Juifs, qui n'osaienl prononcer le nom de Dieu, quoiqu'ils l'éerivisseiil , s'imagiuant que la vertu de ce nom consistait dans les quatre lettres qui le composent , et non dans la chose (ju'il sigjûfic.
Mais il faut bien remarquer qu'encore qu'il mt dit
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Ï>ART. III. DES COMMANDEMENTS DE DlEU. S^g
au singulior : Vous ne prendrez point le nom de Dieu
Enva/n, Cf'ln ne s'entend pas d'un seul nom en particulier, maisde tous ceux querEcri!urea»lribiie ordinairement à Dieu, car elle lui en dojme plusieurs, comme ceux de Tout-Puissant , de Seigneur des armées , de Uoi (îes rois, de Fort, et plusieurs autres semblables, qui tous sont également adorables.
Pour ce qui est de la manière dont l'on doit honorer le nom de Dieu, il est très-important que les fidèles en soient instruits, puisque, devant avoir souvi nt les louanges de Dieu en leur boucbe , ils ne doivent pas ignor! r une chose si utile et si nécessaire pour leur salui. Or, quoiqu'il y ail plusieurs manières de louer le nom Dieu, néanmoins il semble qu'elles soient tontes comprises dans celles-ei , que nous allons marquer :
1" Nous honorons le nom de Dieu lors(jue nous confessons hardiment devant tout le monde qu'il est notre Dieu et noire Seigneur, et que non seulement nous reconnaissons Jésus-Christ pour Tauleur de notre salut , mais même que nous le publions hautement.
T Nous honorons le nom de Dieu lorsque nous nous appliquons avec soin et avec piété à sa parole qui nous fait coiinaître sa V(»lonté, que nous la méditons avec assiduité , que nous sommes soigneux de nous en insîruire , soit en la lisant ou en l'écoutant , si'lori que noire état et notre condition nous le permetient.
3* Nous honorons le nom de Dieu lorsque nous publions ses louanges , soit que nous y soyons obligés par notre état ou que nous le fassions par piéîé et dévotion, et ({ue nous lui rendons des actions de grâces de tous les biens et de tous les maux qui nous arrivent, à l'exemple de David, qui dit (ps. 102) : Mon âme, bénis le Seigneur, et n'oublie jamais les grâces que tuas reçues de lui; et qui publie en plusieurs de ses
■ psaumes les louanges de Dieu avec un seniime:ft tout parliculier de piélé : et , à l'imitation de Job, cet ad-
■ niindjle modèle de patience, qui , étant réduit à une horrible extrémité de misère, ne cessa point de louer Dieu avec un courage invincible. Ainsi, soit (juc nous soyons tourmentés ou dans l'esprit ou dans le corps , soit que nous soyons accablés de misères et d'aftlictions , il faut alors que nous employions tout ce qui nous reste de force et de vertu à bénir et louer Dieu, disant avec Job (cap. 21) : Le nom du Seigneur soit béni.
4° Nous honorons le nom de Dieu lorsque nous implorons avec confiance son secours , soit afin qu'il nous délivre de nos maux , ou qu'il nous accorde la constance et la force de les supporter avec courage ; carDieu même nous ordonnede le luire. Invoquez-mot , dit-il ( ps. 49 , i4) , au jour de votre affliction ; je vous délivrerai, et vous me glorifierez. Nous avons plusieurs endroits de l'Ecriture sainte où cette invocation nous est marquée , et particulièrement dans les psaumes 16, 19, 45 et 118.
Enfin nous honorons le nom de Dieu lorsque nous prenons Dieu à témoin pour assurer une chose. Et cette manière d'honorer le nom de Dieu est fort différente de celles dont nous venons de parler ; car elles Sont tellement bonnes en elles-mêmes et si utiles , que rien ne peut être plus a\antageux à un homme, et qu'il ne doit rien désirer davantage que de s'y exercer jour et nut. Et c'est ce que faisait David, comme il le témoignait parées paroles (ps. 15 , i) : Je bénirai le Seigneur en tout temps. Ses louanges seront toujours dans ma bouche. Au lieu que quoique le serment soit bon en soi , néanmoins l'usage fréquent n'en est ni bon ni louable.
Et la raison de celle différence est que le scrrnent n'a été élabli que comme un remède contre la faiblesse humaine, et comme un moyen nécessaire pour autoriser ce que nous disons. De même donc qu'il n'est pas utile pour le corj s d'user de remèdes sans nécessité , et que même l'usage fréquent de ces fcmèdes lui est pernicieux ; ainsi il n'est pas avanta-
geux de jurer , s'il n'y a quelque jusie et importante raison qui y ol)lige ; et l'on ne saurait le faire souvent sans se causer un très grand mal. C'est ce qui a fait dire à S. Chrysostôme que l'usage du sern.onl ne s'est pas introduit parmi les iiommes dès le conunencement du monde , mais fort longtemps après , lorsque leur malice, s'étanl accrue , s'était répandue par toute la terre , et que rien n'était demeuré dans son ordre et son état naturel , mais que toutes choses étaieiil troublées et confondues, et tombaient eu ruine avec une confusion épouvantable; el ce qui est le comble de tous les malheurs , lorscjue tous les honmies s'étaient asservis au culte des idoles Car comme dans une si grande , si universelle et si horrible corruption el infidélité , ils ne pouvaie il se lier aux paroles les uns des autres , ils lurent obligés de prendre Dieu à témoin pour se faire croire. § 2. De diverses sortes de jurements, et des conditions nécessaires qui rendent le serment légitime.
Comme le principal dessein des pasteurs en expliquant la première partie de ce second connnandeinent doit être d'instruire les fidèles de quelle manière ils peuvent jurer ave ■ piélé et religion , ils doivent leur apprendre que jurer n'est autre chose que prendre Dieu à témoin, de quelque manière qu'on le fasse. Car c'est la même chose de dire : Dieu m'est témoin, que de jurer par le nom de Dieu. C'est encore un véritable jurement que de prendre à témoin, pour se faire croire, quelques créatures , comme les saints Evangiles , la croix , les reliques et le nom des saillis, et au'res choses semblables. Car toutes ces choses par elles-mêmes ne donnent aucune force ni autorité à ce que nous assurons, mais c'est Dieu même , dont la souveraine majesté éclate dans toutes ces choses. En effet, ceux qui jurent par l'Evangile, Umi de même que s'ils juraient par le nom de Dieu même, puisqu'il renferme sa vérité. Et il en est de même de ceux qui jurent par les saints, qui sont les temi)les de Dieu, qui ont cru à la vérité de l'Evangile, qui l'ont honoré avec tout le respect possible, et qui l'onl prêché aux nations les plus éloignées.
Il faut dire la même chose du serment qui se fait avec imprécation, tel que celui ci de S. Paul (2 Cor. 1 , 23) : Je prends Dieu à témoin , et je veux bien qull me punisse si je ne dis la vérité. Car par un semblable serment on se soumet au jugement de Dieu comme au vengeur du mensonge.
Ce n'est pas néanmoins qu'il ne faille reconnaître qu'cm peut user de semblables manières de parler sans faire de serment ; mais il est bon de garder la même retenue en cela que nous avons dit qu'il faut garder pour le sinqile serment.
Or il y deux sortes de serments : l'un est affirmalif, comme lorsque nous affirmons quehjue chose d'une chose j-résenie ou passée, comme S. Paul, qui, voulant ôter aux Galales tout sujet de douter de ce qu'il venait de leur écrire, leur dit (Gai. 1, 20) ; Je prends Dieu à témoin que je ne ments point en tout ce que je vous écris. L'auire renferme les promesses ou les menaces que l'on fait, et regarde le futur, comme lorsque nous assurons et promettons qu'une chose se fera d'une telle ou telle manière, connue David, qui , prenant le Seigneur son Dieu à témoin , promit à Beihsalîée que Salomon son lils serait l'héi itier de son royaume, el serait assis après lui sm- son irône.
Mais quoiqu'il suffise pour jurer de prendre Dieu à témoin, néanmoins pour le faire avec piété et religion , il y a plusieurs conditions nécessaires h garder. Le prophète Jérémie, comme le témoigne S. Jérôme, les a clairement marquées par ces paroles : Vous jurerez : Vive le Seigneur, mais avec vérité, avec jugement et avec justice. Car ces paroles comprenneni en abrégé tout ce (\m est nécessaire pour rendre le serment saint et permis , savoir, la vérité, le jugement et la justice.
Ainsi la première condition qui est nécessaire pour
rendre le serment licite et permis, est que ce que l'on assure soit vrai, et que celui qui jnre croie que la S est telle qu'il la dit , non témérairement et sur des coniectures vaincs et légères , mais sur des preuve^lrôi cSnes. Et cell? condilion est également ,éce saîre pour les promesses que Ton fa.l avec serment! celui qui promet ainsi «ne chose devant elre dans la disnosition de s'acquitter de sa promesse lorsn r le temps en sera venu. Car il n'y a j.as d apparence qu'un homme de bien s'engage à promettre une chose uu'il croit être contraire aux commandements et à la volonté de Dieu. Et ainsi il ne manquera janiais à loul ce qu'il aura cru pouvoir promellre avec serment, si ce n'est que les choses étant changées , il se trouve réduit à ne pouvoir tenir sa parole sans otfenser Dieu et encourir son indignation. David lait voir la nécessiié de cette première condilion pour a perfection du serment, l(»rs(iu'il dit (ps. U, b) que celui-là demeurera dans le tabernacle du Setgneur , qui s'élanl obligé par serment à son prochain ne l aura point
''Ta'^sêconde condition pour rendre le serment licite et permis est de le faire avec jugement. Car on ne doit nas faire un serment témérairement et sans réflexion mais avec discernement et après y avoir bien pensé. C'est pourquoi il faut avant toutes choses que celui qui se dispose à faire un serment considère attentivement s'il y est obligé par nécessite ou non , et nu'il examine soigneusement si la chose est telle qu'elle mérite d'être assurée avec serment. Il laul encore qu'il lasse attention au temps , au heu et a plusieurs autres circonstances qui doivent accompagner cette action, et qu'il ne s'y porte point par haine ou par affection, ou par quelque autre passion, mais par fa vérité et la nécessité de la chose. Car, s il le lait sans une exacte recherche de toutes ces choses , son serment sera assurément téniéraire et précipite. Et tel est celui de ces personnes qui dans des cho^es trèslégères et de nulle conséquence jurent sans raison m iueemeni, mais par la seule mauvaise habitude qu ils ont contractée de jurer. Et c'est ce que nous voyons
les apôtres, qui sont les lumières de l'Eglise , ont en quelques rencontres usé du serment, comme il paraît par les E pitres de S. Paul.
Les an^es mêmes font quelquefois des serments ; car S. Jean rapporte dans TApocalypse (iO, 6) que l'ange jura par celui qui vit dans les siècles des siècles. Mais Dieu , qui est le Seigneur des anges , fait luimême des serments ; car nous voyons dans plusieurs endroits de l'Ecriture sainte qu'il a confimié avec serment les promesses qu'il a faites à Abraham et .à David. Et ce dernier en a laissé une excellente preuve dans ces paroles : Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable, que vous serez le prêtre éternel selon l'ordre et f exemple de Melchisédech.
Et il est aisé de faire voir pourquoi le serment est permis et même louable dans des rencontres, pourvu qu'on en considère l'origine et la lin. Car, quant à son origine, il est certain qu'elle est fondée sur la foi que les hommes ont que Dieu est la source de toute vérité, qu'il ne peut jamais tromper ni être trompé, que toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux (Hebr. 4, 45), et que, par un effet admirable de sa providence, il a soin de tout ce qui regarde les hommes, et régit et gouverne tout le monde. Ainsi les hommes, fondés sur cette croyance, prennent ie-| Dieu de vérité à témoin, étant persuadés qu'on ne peut sans impiété et sans crime ne le pas croire.
Et pour ce qui est de la fm du serment, on peut dire qu'il tend uniquement à justifier l'innocence des hommes, et à terminer les procès et les différends^ qu'ils peuvent avoir entre eux. C'est ce que l'Apôtre enseigne dans son Epître aux Hébreux.
H ne iimt donc p.»s croire que quand Notre-Seigneui dit dans S. Matthieu (5, 34) : Vous avez appris qu'il m été dit aux anciens : Vous ne vous parjurerez point, moifl vous vous acquitterez envers le Seigneur des serments que\ vous lui aurez faits. Et moi je vous dis que vous ne j'uriez en aucune sorte , ni par le ciel , parce que cest le\ trône de Dieu; ni par la terre, parce que c'est son mar», che-pied;ni par J érusalem , parce que c'est la ville dit grand Roi : ne jurez pas même par votre tête, parce qm
ZX'loult Te Sqi^^ r 1 s miii^îiaX a ^oul n^en pouvez rendre un seul rheven blanc ou noir; î.?,v nu\ iXient -car ceux-là pour vendre le plus mais contentez vous dédire : Cela est, ou : Cela n'est pa^ ceux qui achètent . car ceux la »^ P"^'J J,^^^ ^ „..:,};„. car ce qui est de plus vient du mal ; il ne faut pas, dis-je,J
croire que ces paroles soient contraires à ce que l'oir vient d'établir, car il est constant que Jésus-Chris*
cher qu'ils peuvent, et ceux-ci, pour acheter a meilleur marché, ne craignent point d'estimer ou de mépriser avec serment les marchandises qu'ils veulent vendre ou acheter. Le pape Corneille, convaincu de la nécessité du jugement pour le serment , a ordonné (ju on n'exigerait point des enfants le serment avant l'âge de quatorze ans, rarce qu'ds ne sont pas capables, avant cet âge, du discernement et de la discussion qui est nécessaire pour faire un serment.
La dernière C(mdiiion nécessaire pour faire que le serment soit saint, c'est la justice. El cette condition regarde principalement les promesses : car si quelqu'un promet avec serment une cln^se injuste et déshonnête, il pèche en la promettant, et il ajoute un crime à un autre crime en satisfaisant à sa promesse. Nous avons dans l'Evangile un terrible exemple de ceHe vérité dans la personne du roi Hérode, qui, s'élant obligé par un serment téméraire de donner à la fille d'Hérodiade, qui avait dansé devant lui , tout ce
Qu'elle lui demanderait, lui accorda, pour s'acquitter e son serment, la tête de S.Jean-Baptiste pour le prix de sa danse. Et tel fut encore le serment (|ue firent quelques Juifs dont il est parlé dans les Actes des apôtres, ayant fait vœu de ne point manger qu'ils n'eussent tué S. Paul.
Or . supposé ces conditions , il est certain que 1 on peut jurer en sûreté de conscience; ei c'est ce qu'il est très aisé de prouver par plusieurs raisons ; car premièrement la loi de Dieu (jui est toute pure et toute sainte le permet et même l'ordonne : Vous craindrez, dit Moïse, le Seigneur votre Dieu, vous le servirez lui seul, et vous jurerez par son nom. El David dit que ceux qui jurent par le Seigneur se glorifieront en lui.
n'a pas voulu par-là condamner généralement toulei sortes de serments, puisque nous venons de marqué que lui-même et ses apôln s en ont souvent fait ; niai il a voulu seulement comlamner le fau\ sentiment dèi Juifs, qui s'étaient persuadés qu'il suffisait d'éviter 1 mensonge dans le serment , mais qui ne faisaient au cun scrupule de jurer et de faire jurer très-souven les autres dans les choses les plus légères et de niiHf importance. El c'est celte mauvaise coutume qa Notrc-Seigneur improuve et condamne par ces paru h s, enseignant qu'il ne faut jamais jurer si la néces site n'y oblige.
Car le serment n'a été établi que pour remédier l'infirmité humaine , et n'est en effet qu'une suite d la corruption du cœur des hommes, puisqu'il est un marque ou de l'inconstance de celui qui le fait, ou d l'opiniâtreté de celui qui oblige à le f;ùre, qui ne pef être porté autrement à avoir croyance à celui qui jur Mais enfin la nécessité rend excusable le scrnieii Cest pourquoi lorsque Notre Seigneur nous ordonii de nous contenter de dire : Cela est, ou : Cela n'est p" (Matth. 5, 37), il est clair qu'il ne nous défend de j rer que dans les entreliens ordinaires et familiers , pour des choses de peu d'importance , et qu^aiiisi nous oblige seulement de n'êire pas si faciles à jurei et de n'en faire pas une habitude. C'est ce qu'il fai que les pasteurs représentent souvent aux fidelef Car TEcriture et les SS. Pères nous apprennent qu la trop grande facilité de jurer est la cause d'une u finité de maux. C'est ce qui a fait dire à rEcclésiasl
Il est aussi niarqué dans le nouveau Testament que que (1 5, 8) : Prenez garde de ne pas contracter} habim
de jurer : car cette habitude serait capable de vous jetpr dans plusieurs maux; et en un aiilrc endroit, que celui qui jure souvent sera rempli d'iniquité , et que sa maison ne sera point sans quelque affliction. S. Basile et S. Augustin confirment par plusieurs preuves celle vérité.
§ 3. Ce que Dieu nous défend par ce commandement. Après avoir expliqué ce que Dieu commande par
PART. 111. DES COMMANDEMENTS. DE DIEU
rilnble Dieu ?
7° Enfin l'Ecriture sainte s'étant servie de ces paroles pour défendre le parjure : Et vous ne déshonorerez point le nom de votre Dieu , il est visible qu'elle nont défend de mépriser aucune des choses qu'il nous est commandé d'honorer par ce commandement, comme esl la parole de Dieu, dont la majesié n'est pas seulement l'objet de la vénération des personnes pieuses,
ce précepte, il faut passer à ce qu'il y défend, qui est mais quelquefois des impies mêmes, comme il paraît
premièrement de prendre son nom en vain; car celui par l'exemple d'Eglon, roi des Moabites, dont il est par*
" ' ' ' ""' lé dans l'histoire des Juges. Or celui-là fail une injure
insigneà la parole de Dieu, quiquiiiant son vériiàble sens lui en donne un conforme au sentiment des impies et des hérétiques. C'est ce que saint Pierre a voidu marquer, lorsque parlant des Epîtres do saint Paui il dit (2 Epist. 3, 16) qu'îV y a des endroits diffiàles à entendre, que les hommes ignorants et léqers détournent en de mauvais sens. On proslitue encore honteusement l'Ecriture sainte, lors(|ue Ton emploie les paroles qui sont dignes de toutes sortes de vénératioji à des usages profanes , çt qu'on s'en sert à hWe des contes vains et fabuleux, à' des flatteries, à des médisances, à des sorts , à des libelles diffamatoires , et à d'autres choses semblables : ce qui est un crime que le sacré concile de Trente ordonne et commande de punir rigoureusement (supra, sess. 4. in fine). Enfin, comme ceux qui implorent le secours de Dieu dans leur affliction l'honorent et le glorifient, ceux aussi qni y manquent le déshonorent et le méprisent. C'est ce que David nous apprend, lorS(|u'il dit (ps. 15,5) : Ils n'ont pas invoqué le Seigneur; cesl pourquoi ils seront saisis de crainte , lorsquils n'auront aucun sujet de craindre.
Mais ceux qui osent , par des paroles imp'ires et pleines d'exécration, blasphéuier et maudire le irèssaint nom de Dieu, qui est béni de huiles les cré.itures et digne de toutes sortes de louanges, comme anssi le nom des sahils qui régnent dans le ciel avec Dieu, commettent un crime bien plus detcst.djle , ei qui est si grand et si horrible, que l'j^^crilure en (pielques endroits, lorsqu'elle parle «lu blasphème, l'exprime par le mot contraire de bénédiction.
Au reste, comme la crainie des peines et des sup plices a ordinairement beaucoup de force piur réprimer la liberié de pécher, il faut «ine les pasicurs, pour porter plus puissanmient et pluseflicacenieHl les fidèles à garder ce commandement , leur expliquent avec soin ces autres paroles de ce précepl<î qni sont jointes aux premières : Car le Seigneur ne tiendra point pour innocents tous ceux qui auront pris le nom du Seigneur leur Dieu en vain.
Ils leur représenteront donc que c'est avec beaucoup déraison que cette menace a été jointe à ce commandement , puisque T elle fait voir d'une part la grandeur du crime de ceux qui le violent, et de i'aulre la bonté de Dieu envers les liommes,qui, ne prenant poini de plaisir à leur perte, lâche de les détourner de ce crime par cette menace salutaire , afin qu'ils n'éprouvent point les efïèls de sa colère et de son indignation, mais plutôt ceux de sa charité et de sa miséricorde. Ainsi ils doivent s'étendre sur ce point et le traiter avec un soin tout extraordinaire, afin qu.^ les fidèles , élant convaincus de l'énormilé de ce crime, en conçoivent encore plus d'horreur, et soient plus soigneux de l'éviter.
De plus , la pente qu'ont les hommes à violer ce commandement est si forte , que le commandement seul n'eût pas été assez puissant pour les obliger à le garder, s'il n'eût été accompagné de menaces. Or rien ne nous peut être plus utile que la considération de cette faiblesse des hommes.Car comme rien ne nous est plus pernicieux que la trop grande confiance que nous avons en nos propres forces , rien aussi ne nous peut être plus utile que la connaissance de notre propre faiblesse.
Et il faut bien remarquer que Dieu ne détermine par ces pa^roles aucune peine en particulier contf9
fPouzeJ
qui se porte a jurer sans aucune juste raison, mais par une pure lémérité, commet un tr ès-grand crime. Et c'est ce qui est clairement marqué par ces paroles : Vous ne I prendrez point le nom du Seigneur, votre Dieu, en vain ; jCar il semble que Dieu y rend cette raison pourquoi |ce crime est si détestable, parce que la majesté de [celui que nous reconnaissons pour notre Dieu et notre Souverain en reçoit quelque sorte d'atteinte et de diminution.
! 2" Dieu nous défend par ce commandement d'assurer une chose fausse avec serment. Car celui qui ne Icraint point de commettre un aussi grand crime qu'est celui de prendre Dieu pour témoin d'une fausseté, fait |à Dien une injure signalée , puisqu'il semble l'accuser |ou d'ignorance , croyant que quelque chose lui peut ;êlre caché, ou de malice et de méchanceté, le juigeant capable d'autoriser le mensonge.
1 Et il faut bien prendre garde (|ue, non seulement celui-là fait un faux serment, qui assure avec serment conmie véritable ce qu'il croit être faux ; mais encore jCelui qui assure avec serment une chose en soi véritable, mais qu'il croit fausse. Car, comme le mensonge consiste es^enliellement à dire quelque chose contre sa pensée et son sentiment, il esl évident que celui qui agit de la sorte fait un véritable mensonge et qu'il sc parjure. Il en est de même de celui qui assure une chose qu'il croit vraie, mais qui est néanmoins fausse, ;>'il n'a apporté tout le soin et toute la diligence dont |il était capable pour savoir la vérité. Car, quoique son perment soit conforme à sa pensée , il ne laisse pas jle pécher contre ce commandement.
j 3" Celui-là est encore coupable de parjure, qui brometlant avec serment quelque chose , n'a pas inj.enlion d'accomplir sa promesse, ou, l'ayant, ne Tacpomplit pas. Et c'est le péché que commeiient ceux j]ui n'accomplissent pas les vœux qu'ils ont faits à |5ieu.
1 4° On pèche aussi contre ce commandement, lors-
iiue la justice , (jui est une des trois conditions qui
iloivent accompagner le serment , ne s'y rencontre
bas. Ainsi celui qui fait serment de commettre quelque
péché mortel, commode tuer un homme, encore qu'il
e fasse avec réflexion et avec dessein, et qu'il ait une
l'érilable inlention de le faire, ce qui, comme nous avons
lit, est une condition nécessaire au serment, il viole
léanmoins ce commandement. De même celui qui
ait serment de ne point faire une bonne chose par le
népris qu'il en fait, comme lorsqu'il fait serment de
Kî point obéir aux conseils évangéliques qui exhor-
ent à la pauvrelé et au célibat, pèche aussi contre ce
jrécepte. Car, quoique personne ne soit obligé de
;arder nécessairement ces conseils, celui toutefois
|ui s'oblige par serment de ne les pas observer les
iole et les méprise par ce serment injuste.
5° On viole encore ce commandement par le défaut lu jugement, qui est la seconde condition qui doit ac- ;ompagner le serment , lorsque , bien qu'une chose oit vraie et qu'on la croie telle, on en juge sur de lé- ;ères conjectures et des raisons recherchées de loin, ^ar, quoique ce serment soit accompagné de vérité, il si néanmoins en quelque manière sujet à la fausseté, ùnsi celui qui jure avec si peu de précaution s'exose à un grand péril de se parjurer.
6" L'on fait aussi un faux serment, lorsque l'on ure par de fausses divinités. Car qu'y a-t-il de plus ontraire à la vérité que de prendre à témoin des diinilés fausses et imaginaires, comme si c'était le vé-
ÇONC. DE Trente. I,
ceux qui violent ce commandement ; mais qu'il ne fait que les menacer en général , en disant qu'ils no demeureront pas impunis. Et c'est ce qui donne sujet de croire que le violemonl de ce précepte est la cause la plus ordinaire des misères et des calamités dont les homnies sont accablés dans celte vie. Ainsi il y a lieu d'espérer que si nous faisons attention aux maux qui nous environnent de toutes parts , nous deviendrons plus leligieux à l'observer.
Il faut donc que , touchés d'une crainte salutaire, nous évitions ce péché avec tout le soin possible. Car si nous devons reiidre compte au jugement dernier de la moindre parole oiseuse , que sera-ce des crimes les plus énormes qui renferment un mépris tout extraordinaire du nom de Dieu?
TROISIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. — Souvenez-vous DE SANCTIFIER LE JOUR DU SABBAT. VoUS TRAVAILLEREZ ET FEREZ TOUTES VOS OEUVRES PEN- DANT SIX JOURS ; CAR LE SEPTIÈME JOUR EST LE SAB- BAT DU Seigneur votre Dieu, yous ne ferez aucune OEUVRE SERVILE EN CE JOUR-LA , NI VOUS, NI
votre fils , ni votre fille , ni votre serviteur , ni votre servante , ni vos bêtes de service , ni l'Étranger qui est parmi vous. Car le Seigneur a fait en six jours le ciel , la terre , la mer et
TOUT CE qu'ils RENFERMENT , ET IL SE REPOSA LE SEPTIÈME JOUR. C'EST POURQUOI LE SeIGNEUR A BÉNI ET SANCTIFIÉ LE JOUR DU SABBAT.
C'est avec beaucoup de raison que ce troisième commandement qui nous prescrit le culte extérieur que nniis devons rendre à Dieu suit le précédent, puisqu'il en est cornuie le fruit, et qu'il est impossible qu'honorant Dieu au-dedans de nous-mêmes par la foi , par l'espérance que nous avons en lui , nous ne l'honorions extérieurement, et ne lui rendions de publiques actions de grâces de tous les biens que nous avons reçus de sa bonté. Cependant, comme il était difficile que ceux qui sont occupés aux choses de (e monde s'acquittassent aisément de cette obligation , Dieu a voulu déterminer par un commandement exprès un temps certain où ils le pussent faire commodément.
Il est donc trè.s-im portant que les p;4Stcui> apportent un soin tout particulier à expliquer ce précepte, puis- (pic, outre qu'il est d^ine ires-ifrandculililé, cette parole; SoiJVJ NEZ-VOLS, par où il connncnce , leur doit cire un motif trés-pressaot pour les y porter. En efft'l, si les lidèles sont obligés de se souvenir di; s'ac- «luitier de ce précepte , les pasteurs sont sans doute obligés de leur en rafraîchir souvent la mémoire, soit en les en instruisant, ou en les avertissant de le garder.
Et ce qui fait voir combien il est important aux lidèles de garder ce commandement , c'est (ju'élant soigneux de l'observer, ce leur est un moyen irès-eflicace pour garder plus aisément tous les autres. Car comme une de leins obiigatious aux jours de fêles est d'assister à l'église pour y enlendre la parole de Dieu , il est certain qu'à mesure qu'ils seront p/lus instruits de la loi de Dieu , ils seront aussi plus disposes à l'observer de toute l'ardeur de leur cœur. C'est pourquoi nous voyons dans l'Ecriture sainte que la solemiilé et le culte du sabbat y est très-souvent recommandé , comme il est aisé de le remarquer dans l'Exode, leLévitique, le Deuléronome, et dans les prophètes Isaie , Jérémie et Ezéchiel , où il est expressément commandé de garder le sabbat.
Ainsi il faut que lespasieurs exhortent les princes et les magistrats de les appuyer de leur autorité , particulièrement dans les choses qui peuvent contribuer à maintenir et même à augmenter le culte extérieur de Dieu, et d'obéir en cela à leurs ordonnances. § 1 . En quoi ce commandement diffère des autres commandements ; en quoi il convient avec eux.
11 y a deux choses à considérer dans ce commanclement, dont il faut que les pasieurs instruisent les
fidèles , savoir en quoi il convient avec les autre cominandemcnts, et en quoi il en diflere. Car pari; il leur sera aisé de comprendre pourquoi nous n* sanctilions plus le jour du sabbat, mais celui du dif manche. * '
La différence qui est donc entre ce commandemen et tous les^ autres du Décalogue, c'est que tons h autres connnandements étant fondés dans la naliir subsistent toujours, et ne peuvent en auciuie ma nière être changés. C'est pour(|uoi, encore que la U de Moïse soit abolie, nous ne laissons pas de gard( tous les commandeuîcnts renfermés dans les deux t; blés. Et nous le faisons, non parce que Moïse a oi donné de les garder, mais parce «pi'ils sont conforuh à la loi naturelle, qui oblige tous les hommes à ii observer inviolablement.
Au contraire le commandement du culte du sabbn: si on le considère par rapport au temps prescrit et oi donné pour le garder, il n'est point fixe et immuable mais est sujet à changer : ne regarde pas tant h inœuîs, que le culte exlérieur que l'on renJ à Dieu qui consiste dans de pures cérémonies ; enfin il n'c; point fon lé dans la nature, puisque la nature ne noi; apprend vjns à rendre à Dieu le culle extériein* qii nous lui devons plutôt en un jour qu'en un autn Aussi le peuple d'Israël ne commença à le garder qu depuis qu'il eut été délivré de la servitude de PIki raon ; et il devait être aboli, lorsque toutes les ai 1res céiémonies des Juifs commenceraient à cesser c'est-à-dire au temps de la mort de Jésus-Christ. Cai comme toutes ces cérémonies n'étaient que les on bres et les images de la vérité et de la lumièi^e , était nécessaire qu'elles disparussent aussitôt que celi lumière et cette vérité qui est Jésus-Christ commei ceraient à paraître. C'est ce qui fait dire à S. Paul, rt prenant les Calâtes de ce qu'ils voulaient encore ol server les cérémonies de la loi : Vous observez les jou et les mois , les saisons et les années; appréhendez po\ vous que je n'aie peut-être travaillé en vain parmi vou Il témoigne la même crainte aux Colossiens. Et voi en (juoi difTère ce précepte des autres command( ments.
Mais il convient avec eux , non en ce (ju'il presci un cuite et des cérémonies extérieures ; mais en < qu'il renferme quelqtic chose qui regarde les mœur et qui est de droit naturel, (iar le culte divin qui e prescrit i)ar ce (■otiimandenii'ui e.sl de droit nature la nature nous appicnaut (ju»^ nous devons euiploy quelque temps aux choses qui regardeui le culte < Diea et la relii^ion, connue il paraît évidemment en i (jue nous voyons que toutes les nations ont eu ( certains jours qui étaient consacrés au culte des f;ii ses divinités qu'elle.'! adoraient. Et en effet comme nature a preïCrii des teujps pour les fonctions uécc; saires à la vie du corps de i'iiomme , connnepe| dormir el se reposer, et pour d'autres fonctions sci blahles; de même aussi elle a prescrit des temps po réparer les forces de son ân»e par la conlenqdalii des choses divines. La nature donc nous appreiia que nous devons en de certains temps rendre à Di le culte que nous lui devons, et nous appliquer ai choses divines , il est visible que ce culle apparlie au lèglement des mœurs.
C'est pourquoi les apôtres , de sept jours qui coi posent la seuKame , ont consacré le premier au cul de Dieu, et ils l'ont appelé le jour du Seigneur. S. Je parle de ce jour dans son Apocalypse (1 , 10), l'Apôtre ordonne (1 Cor. 16 , 2 ) de recueillir les a mènes des fidèles le premier jour d(^ la semaine, < est le jour du dimanche , comtne l'explique S. Chr sostôme. Ce qui nous montre que dès le temps o apôtres le jour du dimanche était regardé dans l'Egli comme saint et consacré au culte de Dieu.
Mais afin que les fidèles soient pleinement inslru de ce qu'ils doivent faire ou éviter en ce jour, il es propos que les pasteurs expliquent exactemcnl,lou les paroles de ce commandement. Et afin de le fa
ses
PART. III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU
pïiis utilement , ils pourront les partager en cpiatre parties , dont la première contiendra Texplication de chacune de ces premières paroles : Souvenez-vous
r>Ê SANCTIFIER LE JOUR DU SABBAT.
I 2. Souvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat. ^elte parole: Souvenez-vous, a élé mise à la tête de ce commandement pour nous avenir que le culte qui rious est commandé en ce jour fait partie du culte extérieur de religion que nous devons à Dieu. Et c'est le quoi il fallait que nous fussions avertis, puisque, enîorequelaloi naturelle nous apprenne qu'il fautdesiner un certain temps à honorer Dieu d'un culte extérieur de religion, elle ne nous prescrit pas néantioins le temps où nous le devons faire.
En second lieu, cetie parole nous apprend que dans Î6ui notre travail de la semaine nous devons touours avoir en vue le dimaFiclio comme le jour où ifous devons rendre compte à Dieu de nos actions et \e notre travail , et où par conséquent nous sommes )Wigésde faire des œuvres qui ne méritent pas d'élre ;ondam!iées de Dieu, et qui ne nous soient pas, comme Ht l'Ecriture , un sujet de sanglots et de remords de conscience, (i Reg. 17, 31.)
jifin nous sommes avertis par cette parole d'une îhose à^laquelle nous devons bien prendre garde, qui isl qu'il se présentera plusieurs occasions capables de lous faire oublier ce commandement, soit que nous '/ soyons portés par l'exemple de ceux qui le négligent , ou par l'amour des spectacles , des divertisseiients , qui ordinairement nous détournent du culte aint et religieux de ce jour.
Pour ce qui est du sabbat , c'est un terme hébreu |ue l'on interprète en latin par un mot qui signilie i'pos ou cessation de travail. Ainsi garder le sabbat, elon la signilication du mot latin, c'est cesser d'agir t se reposer. Et c'est suivant cette significaiion que e sepiième jour a été ajipelé le sabbat, parce (juc )leu ayant achevé la création du monde, se reposa et 'essa d'agir ce jour-là. C'est pourqjioi Dieu lui-même 'ppelle ce jour dans l'Exode le jour du sabbat. Mais 'lans la suite du temps l'on n'a pas donné seulement Il septième jour le nom de sabbat , mais même à la cinaine , à cause de la sainteté et de l'excellence de f jour, comme il paraît par ces proies un pharisien, ne saint Luc rapporte ( 18 , 12 ) : Je jeûne deux fois cndanl le sabbat.
Enfin sANGTiFiiiR lesabbaljbelon le langage de l'Ecriure , c'est s'abstenir de tout travail du corps et de joutes affaires temporellos, comme les paroles suivan- 'es de ce commandement le lunl voir manifestement: ^'ous ne ferez aucun travail en ce jour. Et non seulement ette sanctification emporte celte cessation de tout ravail , car autrement il eût sufli de dire dans le Deuéronome (5, 21) : Observez le jour du sabbat; mais, omme il est dit de plus au même lieu, pour le sancliier, cela montre que ce jour est un jour saint et conacré à religion , qui doit être employé au culte de )ieu et aux exercices de piété. Ain4 nous sanclilions l nous gardons véritablement le jour du sabbat, luisue nous nous ac(iuiltons envers Dieu des devoirs de eligion et de piété que nous sommes obligés de lui endre. Et c'est ce qui fait qu'lsaie appelle le sabbat ni jour de joie, parce qu'en elfe, les jours de fêtes sont )0ur ainsi dire les délices des personnes de piéié, et le Dieu même. De sorte que si l'on joint à ce culte aint et religieux du sabbat les œuvres de miséricorde, e même prophète nous fait espérer de très-grandes écompenses.
Ainsi le propre et véritable sens de ces premières )aroles de ce conmiandement est que rhoumie doit lans un certain temps prélix et déterminé s'appliquer à honorer Dieu de corps et d'esprit avec toute la piété lont il est capable , en s'absienant de toute atfalre emporelle et de tout travail du corps.
§ 5. Vous travaillerez pendant SIX jours et vous ferez en
ces jours tous vos ouvrages ; mais le septième jour
c''est le sabbat du Seigneur voire Dieu.
Ces paroles, qui font la seconde partie de ce commandement , nous apprennent qu« le jour du sabbat, qui est le septième de la semaine , était consacré au culte dii Dieu ; que les Israélites devaient en ce jour s'acquitter des devoirs de religion qu'ils éiaient obligés de rendre à Dieu, et (ju'il marquait surtout le repos du Seigneur. El ce jour avait élé destiné et consacré au culte de Dieu par Dieu mêuie , parce qu'il n'était pas à propos qu'un peuple aussi grossier que le peuple d'Israël eût eu sa liberté de choisir un temps pour rendre à Dieu les devoirs que la religion leur prescrivait , de peur ({u'ils n'imitassent les Egyptiens dans leur culte et leurs cérémonies. Ainsi Dieu ordonna que le septième jour , qui est le dernier de la semaine^, serait consacré à son culte, ce qui était tout à fait mystérieux. C'est pourquoi Dieu lui-même, dans l'Exode et dans Ezéchiel, l'appelle un signe : Prenez garde d'observer mon sabbat , parce qu'il est le sigue de l'alliance qui est entre vous et moi et votre postérité, et (jue c'est moi qui vous sanctifie.
Le sabbat était donc 1° un signe qui marquait que les hommes se devaient consacrer à Dieu et devaient paraître devant lui purs et saints , puisque ce jour lui était consacré, et qu'un jour n'est saint que parce que les hommes sont particulièrement obligé, d'y faire des actions de sainteté et de religion.
2" Il était un signe et comme un monument de la création admirable de tout l'univers.
5° Il était un signe aux Israélites et à leur postérité pour les taire ressouvenir qu'ils avaient été délivrés du joug très-dur de la servitude d'Egypte par le secours de Dieu , comme il le .témoigne lui-même par ces paroles (Dent. 5, 15) : Souvenez-vous que vous avez servi en Egypte, et que le Seigneur votre Dieu vous en a retirés par f effet de sa main toute-puissante et par la force de son bras, et que pour ce sujet il vous a commandé de garder le jour du sabbat. Enfin il marquait et le sabbat spirituel et le sabbat céleste.
Le sabbat spirituel consiste dans ce saint et sacré repos où les fidèles se trouvent, lorsrpie ayant enseveli le vieil homme pour vivre à Jésus-Christ ils ressuscitent à une nouvelle vie et s'appliquent avec soin à des actions conformes à la piéié chrétienne, se souvenant que saint Paul dit qu7/ faut que ceux qui n'étaient autrefois que ténèbres, mais qui sont maintenant lumière en ^olre-Seigneur , mar client comme des enfants de lumière en toute sorte de bonté , de justice et de vérité, et ne premient point de part aux œuvres infructueuses des ténèbres.
Le sabbat céleste consiste, comme le remarque saint Cyrille, expliquant ces paroles de l'Apôtre : Il reste encore un sabbat et un repos pour le peuple de Dieu, dans cette vie bieuheureuse et tranijuille où , vivant avec Jésus-Christ , nous jouirons de lonies sortes de biens, le péché élant entièrement détruit Ce (pie le prophète a voulu marquer par ces paroles : )/ n\j aura point en ce lieu de lion ni aucune autre méchante bêle ; mais il n'y aura rien que de pur et de saint. En effet les saints eu voyant Dieu sont comblés de l utes sortes de biens. H faut que les pasteurs, à l'exemple de S. Paul, exhortent les fidèles à désirer ce repos élernel : Efforçons 7wus, dit cet apôtre (liebr. 4, 1 î ), d'entrer dans ce repos.
Le peuple juif, outre le septième jour, avait plusieurs autres jours d(; fêtes, cjui étaient commandés par la loi, pour leur renouveler la mémoire des grâces et des bienfaits tout exlraordinaii es qu'ils avaienl reçus de Dieu.
Or l'Eglise a jugé à propos ue transférer la solen» nité et le culte du sabbat au jour du dimanche, non seulement parce que comme ce fut en ce jour que la * lumière commença à éclairer la terre, c'a aussi été en ce même jour que nous avons passé des ténèbres du péché à la lumière de la grâce de notre Rédempteur,
qui nous a donné entrée à la vie éternelle par sa résurrection qui est arrivée au jour du dnnanche : ce qui a fait que les apôtres ont voulu qu'il fût appelé le jour du Seigneur ; mais déplus, parce que c'a élé ce jour, comme nous l'aiip^enons de TEcriture sainte, que le monde a élé créé, et que le Saint- Esprit a élé donné
aux apôtres.
Les apôlres, et les saints Pères depuiseux, ont encore établi d'autres jours de lele, afin do nons porter à reconnaître par un culîe saint et religieux les grâces que nous avons reçues de Dieu, et pour nous en renouveler la mémoire.
Entre ces jours, les plus soleimels sont ceux qui ont élé consacrés à la mémoire des mystères de noire rédemption, et ensuite ceux qui ont élé institués pour honorer la irès-.sainle Vierge, lesapôlres, les martyrs et les autres saints <iui régnent avec Jésus- Christ, et dont la victoire sert à la louange do la grâce et à la puissance de Dieu. Et l'Eglise veut que nous .rendions en ces jours aux saints l'honneur qui leur est dû, afin de nous exciter â les imiter.
Au reste ces paroles : Vous îravaillerez pendant six jours, mais le septième jour est le sabbat et le reposait Seigneur votre Dieu, sont trcs-puissanles pour faire observer ce commandement ; et ainsi il faut que les pasteurs les expli(;uenl avec beaucoup de soin. Car il leur est aisé de conclure de ces jtaroles qu'ils sont obligés d'exhorter les (idèles à ne passer pas leur vie dans l'oisiveté et la paresse; mais au contraire, suivant le précepte de l'Apôtre, à s'appliquer chacun à ce qu'ils ont à faire, et à travailler de leurs mains. Mais déplus Dieu n'a ainsi ordonné de travailler pendant six jours que pour empêcher qu'on ne remît aux jours de fêtes ce qui se doit faire aux autres jours de la semaine, et ainsi que l'esprit ne fût détourné de l'application qu'il doit avoir en ces jours aux choses de Dieu.
§ 4. Vous ne ferez aucune œuvre servi le en ce jour, ni
vous, ni votre (ils, ni votre fille, ni voire serviteur, ni
voire servante, ni vos bêtes de service, ni l'étranyer
qui habite parmi vous.
Ces paroles, qui font la troisième partie de ce précepte, exprin)ent en quelque sorte la manière dont nous devons garder le jour du sabbat, et parliculiérement ce qu'il nous est défendu d'y faire. Car elles nous apprennent à éviter absolument lout ce qui peut nous empêcher de lendre à Dieu le culte que nons lui devons. D\îù il est aise de conclure non seulement que toutes sortes d'œuvies serviles nous sont défendues en ce jour, non qu'en elles-mêmes elles soient mauvaises et illiciles, mais parce qu'elles délournent noire esprit du culte de Dieu, qui est la fin de ce précepte; mais parliculièrcment que nous sommes obliges d'éviter le péché en ce jour, puisqu'il ne nousdélourne pas seulement des choses saintes, mais même qu'il nous fait perdre absolument l'amour de Dieu.
Les actions néanmoins et les œuvres quoique serviles qui regardent le culte de Dieu, comme dresser un autel, onîcr une église à cause de quelque solennité, et autres î^clions semblables ne sont point défendues par ce précepte; ce qui a fait dire à Notre-SeigîiiMu- (Matih. 12, 5 ) que les prêtres violent le sabbat dans le temple, et ne sont pas néanmoins coupables.
il n'( si pas non plus défendu par ce précepte de traviiiiler aux choses qui sont en danger de se perdre si ro!i n'y travaille les fêles, puisque les canons mêmes le pcîruieltenl. Et Noire-Seigneur nous a lui-même montré par son exemple qu'il est permis de faire plusieurs choses les jours de fêtes, coumie on le peut remarquer dans saint Matthieu et dans saint Jean.
Cependant, pour ne rien omettre de ce qui pouvait empêcher l'iionmie de garder le sabbat, Dieu lui dél'end uiêmede faire travailler ce jour-là les bêles de service, parce que leur travail le détourne ordinairement de le garder et de le sanctifier. En effet on ne peut destiner à aucun travail le jour du sabbat ces sortes de bêles que l'homme ne travaille en mêmç
temps, puisqu'il les conduit, et qu'elles ne peuven faire aucun ouvrage par elles-mêmes; mais seulemeii! aider l'homme dans le travail qu'il se propose de faire Or Dieu défend à l'homme de faire aucun travail en ce jour. Et par conséquent cette défense devait s'élen dre jusqu'aux bêles mêmes, dont il se sert pourfairi son travail.
Que si Dieu oblige par ce commandement d'épargner les bêtes le jour du sabbat, il est aisé de conclur< qu'il oblige sans doute bien davantage d'épargner la peine des ouvriers et des serviteurs.
Mais ce n'est pas assez que les pasleurs instruiseni les fidèles de ce qu'ils doivent éviter les jours de fêleSj il faut encore qu'ils leur marquent ce qu'ils sont obliger de faire pour les sanctifier, d'où il sera aisé de coa dure en quoi l'on viole cette partie de ce commandci ment.
Ils leur montreront donc qu'ils sont premièremeni obligés d'aller à l'église, d'assister avec attention e avec piété au saint sacrifice de la messe, et d'y recc voir souvent les sacrements qui sont institués poui opérer leur salut et pour, guérir les plaies de leur âmes ; devant être persuadés qu'ils ne pourront riei faire de meilleur ni de plus avantageux pour leur salu que de confesser souvent leurs péchés au prêtre. E c'est à quoi les pasteurs tâcheront de les porter pa toutes les raisons que nous avons touchées, lorsqin nous avons traité du sacrement de pénitence. Et noi seulement ils les porteront à fréquenter ce sacrement mais encore ils les exhorteront puissamment à recevoi souvent le Irès-saint sacrement de l'Eucharistie.
Il faut de plus qu'ils les exhortent à êire soigneu d'écouler avec altenlion les prédications qui sefon dans l'église, leur faisant voir qu'il n'y a rien de plu insupportable et de plus indigne que de mépriser o d'écouter avec négligence la parole de Jésus-Christ; s'exercer souvent à la prière et à chanter les louange de Dieu, et surtout à s'instruire soigneusement de tou ce qui peut contribuer à rendre leur vie chrétienne,c enfin à s'exercer dans toutes sortes de bonnes œuvres en donnant l'aumône aux pauvres, en visitant les ma lades, en consolant les affligés et ceux qui sont acca Liés de misères et de pauvreté, se souvenant que S Jacques dit(l, 27), que la religion et la piété pure i sans tache aux yeux de Dieu notre Père consiste à vi siter les orphelins et les veuves dans leur affliction.
Il est encore du devoir des pasteurs de cherche les preuves et des raisons propres à persuader au fidèles l'obligation qu'ils ont d'observer exactement c précepte. Mais rien n'est plus capable de les en per suader que s'ils tâchent de les convaincre et de Icu faire comprendre qu'il est juste et raisonnable qu'il ait de ccriains jours qui soient employés entièremen au service de Dieu, et où ils puissent l'iionorer et dorer connue leur souverain Seigneur , dont ils on reçu des bienfaits infinis. Et en efl'et, si Dieu nous aval commandé d'employer tous les jours de notre vie ai culte que nous lui devons, ne devrions-nous pas l'air tous nos efforts pour obéir ponctuellemenletavecjoi. à ce commandement, par la seule vue des bienfaii; infinis que nous avons reçus et que nous lecevons con linuellement de sa bonté V Avec quelle apparenci pourrions-nous donc, maintenant qu'il n'a desiiiic ; son culte que très-peu de jours , avoir de la peine c être négligents à nous acquitter d'im devoir si justt et si nécessaire? Le pourrions-nous faire sans non: rendre coupables d'un irès-grand crime?
Enfin, il faut que les fidèles sachent que les avan tages que reçoivent ceux qui observent comme il fan ce précepte sont tels, qu'ils semblent jouir en quelqm sorte de la présence de Dieu et s'entretenir avec lui En effet, par la prière, à quoi les jours de fêtes son particulièrement destinés, ne nous élevons-nous pa.' jusqu'à contempler, pour ainsi dire, la majesté d» Dieu, et ne nous y enlretenons-fious pas avec Ini'^ E lorsque nous écoutons dans l'église les prédicateur; qui nous prêchent avec piéié sa parole, ne pouvons
jous pas dire alors que nous Técoutons lui-même?
înfin n'adorons-nous pas Jésus-Christ présent dans le
;ainl sacrifice de l'autel ?
Au contraire ceux qui négligent entièrement de
arder ce commandement, comme ils désobéissent
m cela à Dieu et à l'Eglise , ils deviennent par ce
népris les ennemis de Dieu et de ses saints comman-
ements, d'autant plus que ce commandement est tel
u'on le peut garder sans aucune peine. Car, bien loin
ue Dieu nous ordonne rien de pénible par ce com-
nandemenl (ce que nous devrions soiilï'rir pour Ta-
nour de lui, quand même il le ferait), il nous ordonne
u conlraire de demeurer en repos, et d'abandonner
out le soin des choses de la terre. Peut-on donc, sans
e rendre coupable d'une insolence et d'une témérité
irès-punissable, ne pas se soumettre à ce commande-
nenl? C'est de quoi nous doivent convaincre les chà-
iineiUs que Dieu a exercés contre ceux qui l'ont violé,
omme il est rapporté dans les Nombres (15, 52). Ainsi,
)ournous empêcher de tomber dans une telle faute, il
:iulque nous ayons grand soin d'avoir toujours devant
es yeux ces paroles : Souvenez-vous, et de considérer
ouvent les grands avantages que nous avons fait voir
(ue reçoivent ceux qui sont fidèles à sanctifier les
ours de fêtes, et plusieurs autres choses semblables
|[ui peuvent nous porter à les passer saintement, que
'es pasteurs exacts et diligents pourront représenter
vec plus d'étendue quand l'occasion s'en présentera.
|]UATRIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. — Ho-
NOUEZ VOTRE PÈRE ET VOTRE MÈRE, AFJN QUE VOUS VIVIEZ LONGTEMPS SUR LA TERRE QUE LE SeiGNEUR
VOTRE Dieu vous doit donner.
i Comme les trois précédents commandements que lOus venons d'expliquer sont les plus grands et les lus considérables à cause de leur excellence et de |3ur dignité, ceux que nous allons ensuite examiner iiennent sans contredit le premier rang après eux, à lause de leur nécessité. Car comme les premiers relardenl uniquement Dieu qui est notre dernière fin , leux-ci nous instruisent de la charité du prochain, et néme se terminent à Dieu pour l'amour duquel nous levons aimer le prochain. C'est ce qui a fait dire à fotre-Seigneur Jésus-Christ que ces deux comuîanements d'aimer Dieu et d'aimer le prochain sont ^mblables.
! 11 est difficile de représenter combien l'observation ic ce commandement que Dieu nous fait d'honorer os pères et nos mères est utile, puisque, outre tous les iJtres avantages particuliers qui l'accompagnent, qui )nt très-considérables et en grand nombre, elle est iicore la preuve la plus certaine que nous puissions onner de l'obéissance que nous rendons au premier pniniandement et de l'amour que nous avons pour peu. Car, comme S. Jean a dit : Comment celui qui 'amie point son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il e voit pas ? l'on peut dire de même : Comment ceux 11 n'honorent pas leurs pères et leurs mères qu'ils it presque continuellement devant leurs yeux, quoiie Dieu leur commande de les aimer, peuvent-ils onorer Dieu qu'ils ne voient point? Et c'est ce qui it voir clairement la liaison qu'a ce commandement ^ec celui de l'amour de Dieu. .,
Mais il faut savoir que ce précepte ne regarde pas 'ulement nos pères et nos mères qui nous ont mis 1 monde, mais qu'il s'étend encore à toutes les per- )nnes que nous sommes obligés d'iionorer comme DUS tenant lieu de pères et de mères , soit à cause 3 1 autorité quMls ont sur nous, ou de leur dignité, ou I besoni que nous en avons, ou enfin de Téminence 3 leur charge et de leur ministère.
Déplus, ce précepte contribue beaucoup au soulaîmenl des pères et des mères et de tous les supéeurs. Car comme leur principal soin doit être de ire que ceux qui leur sont soumis vivent chrélien- 2raenl et conformément à la loi de Dieu, il leur sera se de réussir dans ce dessein si tous leurs inférieurs
PART. III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU
sont persuadés qu'ils sont obligés par le commandement de Dieu de leur rendre tout l'honneur et le respect qu'ils sont capables de leur rendre.
Il est nécessaire pour €et effet de faire remarquer aux fidèles la différence qu'il ya entre les préceptes de la première et de la seconde table. Ainsi il faut avant toutes choses que les pasteurs leur apprennent que les préceptes du Décalogue furent gravés en deux tables différentes, dont l'une, comme le marquent les saints Pères, contenait les trois premiers commandements que nous avons déjà expliqués , et l'autre les sept derniers. Et ils furent ainsi écrits dans deux tables différentes, pour nous marquer parcelle différente disposition la différence qu'il y a entre ces préceptes, et que tout ce que la loi divine commande ou défend, elle le commande ou le défend par rapport à l'un de ces deux amours, savoir l'amour de Dieu ou l'amour du prochain.
Ainsi les trois premiers commandements nous instruisent de l'amour que nous devons à Dieu , et les sept derniers des devoirs de charité et d'amitié que se doivent les hommes les uns aux autres. Les premiers ont Dieu pour objet, c'est-à-dire le souverain bien, et les autres ont pour objet le bien du prochain. L'objet des premiers est l'amour souverain, et l'amour du prochain fait l'objet des derniers. Ceux-là regardent la fin , et ceux-ci les choses qui se rapportent à cette fin.
De plus l'amour de Dieu ne dépend que de Dieu même, puisqu'il doit être aimé souverainement pour l'amour de lui-même, et non pour autre chose ; mais la charité du prochain tire sou origine de l'amour de Dieu, et doit être entièrement réglée par cet amour. De sorte que si nous aimons nos pères et nos mères, si nous obéissons à nos maîtres, si nous respectons nos supérieurs, tout cela se doit faire particulièrement, parce que Dieu est leur créateur, qu'il a voulu qu'ils lussent nos supérieurs , et qu'il s'en sert pour nous gouverner et pour veiller à notre conduite et à notre conservation. Et comme c'est Dieu même qui nous commande de les honorer, il est juste que nous le fassions, puisque lui-même les a rendus dignes de cet honneur. Et ainsi le respect et l'honneur que nous portons à nos pères et à nos mères se rapporte plus à Dieu qu'à leurs propres personnes. C'est ce que Notre-Seigncur nous a marqué, lorsque, voulant nous instruire du respect qui est dû aux supérieurs, il dit parlant de ses disciples (Malth. 10, 40) : Celui qui vous reçoit me reçoit. L'Apôtre enseigne la même chose par ces paroles de son Epître aux Ephésiens (6, 5) : Serviteurs, obéissez à ceux qui sont vos maîtres selon la chair, avec crainte et avec respect, dans la simplicité de voire cœur, comme à Jésus-Christ même. Ne les servez pas seulement lorsqu'ils ont l'œil sur vous, comme si vous ne pensiez qu'à plaire aux hommes, mais comme à Jésus- Christ même, dont vous êtes les serviteurs.
Enfin l'on ne saurait rendre à Dieu un honneur et un culte assez grands, et l'amour qu'on a pour lui peut augmenter infiniment ; de ^orle qu'il faut que notre amour pour Dieu soit de jour en jour plus ardent, puisque lui-même nous commande de l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces : au lieu que l'amour du prochain doit être borné et limité ; car Dieu ne nous commande d'aimer notre prochain que comme nous-mêmes. Ainsi, celui qui porte plus loin cet amour, aimant également Dieu et le prochain, commet un très-grand crime : Si quelqu'un vient à moi, dit Notre-Seigneur (Luc. 14, 26), et ne hait pas son père et sa mère, sa femme, ses enfants^ ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple ; et c'est ce qui lui fit dire à ce jeune homme qui voulait aller enterrer son père avant de le suivre ( Luc. 9, 60) : Laissez aux morts le soin d'ensevelir leurs morts. Il déclare la même chose encore plus clairement dans saint Matthieu par ces paroles ( 10, 57 ) : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi.
Ce n'esl pas néanmom que nous ne devions beaucoup aimer nos pères et nos mères et leur porter un très-ffrand respect. M;>is la piélé nous oblige d honorer nréferablemenl Dieu, qui est le principe et le crealenr de toutes choses ; en sorte que le Père celesie et élernol soit la fin de l'amour que nous portons a nos pères (l à nos mères, tt ainsi, lorsqu'ils nous commandent quelque chose de contraiie aux commandem'cnis de Dieu, n<>us devons alors préférer la volonté de Dieu à leur cupidiié , nous souvejiant de ces divines paroles : Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux
hommes. , ,
Ces vérités étant ainsi expliquées et établies, il faut examiner en particulier toutes les paroles de ce commandement, et premièrement ce qu'il faut entendre par ce mot : Honorez.
\\.Ce qu'il faut entendre par ce mol : Honorez, et par celui de père.
Honorer quelqu'un, c'est avoir de l'estime pour lui et faire grand état de tout ce qui le touche. El cet honneur emporte avec soi l'amour, le respect, l'obéissance et la vénération. C'est donc avec beaucoup de justice que Dieu s'est servi dans ce précepte du terme honorez, et non aimez ou craignez , <juoi(iue nous devions aimer et craindre beaucoup nos pères et nos mères. Car celui qui aime quelqu'un ne l'honore pas toujours, et celui qui craint quelqu'un ne Taime pas aussi toujours ; mais celui qui honore vérilablement une personne l'aime et la craiiit également.
Pour ce qui est du mot de père , il a dans ce précepte une signification plus éiendue que celle que l'on lui donne ordinairement. Car, quoique la loi regarde principalement nos pères qui nous ont donné la vie, néanmoins elle comprend encore sous ce nom plusieurs autres personnes, comme nous l'apprenons de l'Ecriture sainte, qui ne donne pas ce nom seulement à nos pères qui nous ont donné la vie, mais encore à plusieurs autres personnes à qui nous devons un respect et un honneur parliculiers. C'est ainsi qu'elle donne le nom de pères 1" aux évêques, aux pasteurs et aux prêires, comme il se voit par ces paroles de S. Paul aux Corinthiens ( 1 Episl. 4-, U ) : Je ne vous écris point ceci pour vous causer de la houte^ mais je vous avertis de votre devoir connue mes trcscliers enfants. Car quand vous auriez dix mille maîtres en Jésus-Christ, vous n'aurez pas néanmoins plusieurs pères, puisque c'est moi qui vous ai engendrés en Jésus- Christ par l' Evangile ; et par ces aulrcs de rEcclésiastique ( 44, 1 ) : Honorons la mémoire des personnes illustres et de nos pères dans ieur postérité.
T Ceux qui ont le commandement, la puissance et l'autorilé en main , et qui gouvernent les Etais, sont aussi appelés pères ; et c'est ainsi (jue Naaman était appelé par ceux de sa suite.
5" On donne encore le nom de pères aux personnes au soin, à la fidélité, à la probiié et à la sagesse de qui i on en confie d'autres, conmie sont les tuteurs et les curateurs, les précepteurs et les maîtres. D'où vient que les enfants des prophètes appelaient Elle et Elisée leurs pères.
4° Enfin l'on donne le nom de pères aux personnes avancées en âge et aux vieillards, que nous devons aussi respecter et honorer.
Ce précepte nous oblige donc d'honorer toutes ces personnes à qui Ton donne le nom de pères, mais particulièrement nos pères de qui nous tenons la naissance , qu'il regarde principalement , puisqu'ils sont comme les images de Dieu même, et que nous voyons en eux coniinuellement l'origine de noire naissance ; que c'est d'eux que nous tenons la vie, eî que c'est par eux que Dieu nous a donné fàme et l'esprit ; que ce sont eux enliu qui nous ont procuré les sacrements, qui nous ont instruit du culte de la religion et de la manière dont nous devons nous conduire dans les choses humaines, et qui nous ont inspiré la piélé et riutégriié des mœurs.
Au reste, il faut bien remarquer que c'est avec
beaucoup de raison que le nom de mère est exprimé dans ce commandement. Car c'est afin de nous fùre ressouvenir des obligations que nous avons à nos mères de nous avoir portés dans leur sein avec tant de soin et de sollicitude, et de nous avoir mis au monde et élevés avec tant de travail et de peine. § 2. En quoi consiste l'honneur que nous devons à noi pères et à nos mères.
Pour honorer el respecter nos pères et nos mères comme ce commandemeiit ncis y oblige, il laut :1° que riionneur et le respect que nous leur portons parlent de l'amour et de l'affectioii sincère (jue nous avons pour eux. Et c'est de quoi nous leur sommes d'aulant plus redevables, qu'ils sont disposés de telle sorte à notre égard, qu'il n'y a point de peines, point de travaux, point (le périisqu'ils ne soieni prêts d'embrasser pour nous, et que rien ne leur peut êlre plus agréable que la pensée de se voir chérir de leurs enfants qu'ils aiment sur tontes choses.
Ainsi l'Ecrilure remarque que Joseph, qui était, après le roi, le plus honoré el le plus puissant dans l'Egypte, recul avec de grands témoignages d'honneur el de respect son père qui était venu le voir ; et que Salonmn voyant venir à lui sa mère, se leva de sou trône, el ai^rès l'avoir saluée la fit asseoir à sa droite. 2° Nous honorons vérilablement nos pères el nos mères lorsque nous demandons à Dieu pour eux que tout leur succède heureusement, qu'ils soieni chéris et honorés des homines et aimés de Dieu et des saints qui régnent avec lui dans le ciel.
5°'lNous les honorons, lorsque nous soumettons cl conformons notre volonté à la leur. Et c'est à quoi Salomon nous exhorte par ces paroles (Prov. 1,8) : Ecoulez, mon fils, les instructions de votre père, el n'abandonnez point la loi de voira mère, et elles seront un ornement à voire tête et comme de riches colliers à votre cou. S. Paul fait la même chose. Enfants, dit-il (Eph. G, 1), obéissez à vos pères et à vos mères, en ce qui est selon le Seigneur , air cela est juste. Enfants, dit-il euc(U"e en un autre endroit (Coloss. 5, 20), obéissez en tout à vos pères et àvos mères, car cela est agréable à Dieu. C'est enfin ce que les saints nous ont appris par leur exemple, (^ar luius voyons qu'Isaacohéil humblement à la volonté de son père , et ne lui résista point lorsqu'il le voului lier pour en faire un sacrifice à Dieu ; et que les Uéchabites s'abslinren pour toujour-. de vin, afin d'exécuter fidèlement 1; volonté de leur père.
4° C'est encore honorer nos pères et nos mère que d'imiter leurs bonnes actions et leurs verlu>. Ca nous ne saurions domicr une pins grande marque d rcslime que nous faisons d'eue personne, quo d tâcher de lui être en toutes choses semblables.
5" C'est les honorer, que de ne lem- demander p? seulement leurs avis , mais encore de les suivre.
6" C'est les hoiiorer, que de subvenir à leurs bf soins et de leur fournir de quoi se nourrir el se vêt honnêlemeni sel iU leur condition. C'est ce que Jésii: Christ nous apprend lorsqu'il accuse d'impiété 1( pharisiens de eo (jifils en usaient autrement (Mattl 15, 5) : Pourquoi vous-mêmes , leur dit-il , violez-vot le commandement de Dieu pour suivre votre tradition car Dieu a fait ce commandement : « Honorez votre pè. et votre mère, » et cet autre : Que celui qui outragera sl père et sa mère soit puni de mort. j> Cependant vous dites Quiconque dira à son père ou à sa mère; Tout don que^ fais à Dieu vous est utile , satisfait à la loi, encore qut près cela il n'honore et n'assiste point son père ou mère; et ainsi vous avez rendu inutile le commandeme de Dieu par votre iradition.
Or , «luoique nous soyons obligés en tout temps » donner des marques de notre respect à nos pères à nos mères , nous y sommes néanmoins particulici ment obligés, lors(ju'ils sont dangereusement malade C'est pour.jnoi nous ne devons alors rien oublier jm» liiire qu'ils se confessent et qu'ils reçoivent les auU sacrements de l'Eglise, que les chrétiens doivent i
PART. m. DES COMMANDEMENTS DE DIEU.
iîvoir avant que de mourir ; et nous devons faire en
irtc qwe dos personnes de piélé les visitent souvent,
I pour les forlilier et les aiderdeleurs avis, s'ils sont
loore fnihles , on pour les enconrager et les exciler
l'espérance de rnuniorlalilé, s'ilssont déjà hiondis-
isés; i\ii\\ (pTaynnt détourné leurs pensées des cho-
s de I;i (erre, ils s'appliquent enlièrem"nl à Dieu,
(pTéianl uMUiis de la foi, de Tespérauce , de la
aillé et de loiis les antres se( ours que la religion
, iniit dans cet étal , non seulement ils ne craignent
^ la mort qui est nécessaire , mais même qu'ils se
( uenl. obligés de la désirer, puisqu'elle leur domie
«lié(>à réicrnilé hienhcureuse.
Eiidn nous honorons nos pères et nos mères même
; es leur mort, lorsque ntuis leur Taisons des olisè-
( es et des funérailles hoimêîes, nous leur procurons la
ii)ulture , nous avons soin de faire faire des prières
jbliques uour eux, de faire offrir le sacrifice de la
I sse au jour de l'anniversaire de leur mort, d'exé-
( er fidèlement leurs dernières volontés et d'accom-
jr les legs qu'ils ont faits.
[ïït nous ne devons pas seulement rendre ces hou- I irs à iu)s pères (jui nous ont donné la vie , mais lime à tous ceux qui nous lieunent lieu de pères , dnuje les évêques et les prêtres , les princes et les figistrats , nos luleurs et nos curateurs, nos midlres Cinos précepteurs, les vieillards et généralement tisceux que nous regardons en quehjue sorle comme M pères. Car toutes ces personnes sont dignes, les Uiïs plus, les autres moins, de ressentir les iVuits de rre charité, de notre obéissance et du soin que nous ans de les secourir.
I^'est ce que l'Apôire nous recommande en parli- C|ier à Tégaid des évêques et des autres pasteurs, Itjqu'ildii (1 Tim. 5, 17 ): Que les prêtres qui gotivern\t bien soient doublement honorés , principalement c\x qui travaillent à la prédication de la parole et à rMruction des peuples. Et l'oii peut juger des preuvi que les (îalales avaient données à l'Apôtre de \i\? amour par l'admirable témoignage qu'il ieiu' en r|(l par ces paroles (Gai. 4, 13) : Je puis vous rendre Cuinoignage que vous étiez prêts alors, sll eût été posiic, de vous arracher les yeux pour me les donner.
1 laui aussi avoir soin de leur subsistance, comme l<jiiéine apôlift nous le reconunande par ces })aroles (t^or. 9, 7) : Qui est celui qui aille à la guerre à ses éens ? El ilesidii dans l'Ecciésiastiipie (7,55) ; Ho- «''2 les prêtres , el faites leur part drs prétniccr, cl des 0(\ lions que vous jerez, cnnsi quil vous a éié conunanûé. -l'Apèlre enlin nous apprend cju'il faut leur obéir (M>r. 13 , 17) : Obéissez , dil-il., à vos conducteurs , ett'meurez soumis à leurs ordres ; car ils veiLent ^yi.Ul^ ieài'u de vos âmes comme en devant rendre compte. Et ^i|•e Sei;:neur Jésus-Cbri.st nous a cosnmandé d'o- 1", niéme aux mauvais pasteurs, lorsqii'il dit, p.u'laut d(i(locieuis de la loi el des pharisiens (Matih. ï^5, 2) . il\8onl assis mr la chaire de Moïse; observez donc et /«l'.s tout ce quils vous ordonnent, mais ne faites pas ce^'Cils font ; car ils disent ce qu'il faut faire , et ne le {o\ pas.
! iaut dire la même chose des rois, des princes, des niifistrais et de loiUes les personnes qui ont autorité si|noiis. Car saii:l Paulexj)!i(iue assez au long dans S'i Epître aux Koniains quel doit être l'honneur , ispect et la soumission (pie nous leur devons , et s avertit de plus de prier pour eux. Saint Pierre ^•i'igue la niéme( hose. Soyez soumis, dit il (1 Epist., 2,t3) , pour l'amour de Duu, à tout homme qui a dît voir sur vous , soit au roi comme au souverain , soit gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa ■ Car l'honneur que nous leur rendons se rape à Dieu , puisque les dignités où les bonunes sont es ne les rendent dignes de vénération que parce Iles les rendent en quelque sorte prrlicq)ants de missauce de Dieu ; de sorte qu'en 1 -s honorant , s honorons la providetice de Dieu qni veut bien commeilre le soin des afl'aires publiques , el s'Cii
servir pour être les ministres de sa puissance. Ainsi s'il s'en rencontre de méchants, c'est cette même puissance divine qui réside eu eux que nous craignons et que nous révérons , et non leur malice et leur mauvaise volonté ; tellement que ce n'est pas même une raison suffisante pour être dispensé de» leur rendre toute sorte de s.>umissiou et d'obéissance, que de savoir qu'ils ont une inimitié irréconciliable contre nous. C'est ce (jue David nous a appris, non seulement i)ar son exemple, ayant rendu de gr:nds services àSaù!, quoique ce loi rùt's(Ui plus cruel ennemi, mais encore par ces paroles (ps. 149, 7 ) : Je gardais, dit-il, la paix avec ceux qui étaient ennemis de la paix. Néan moins, lorsqu'ils nous commandent quelque chose àt mauvais ou d'injuste, nous ne devons pas leur obéir , parce qu'ils n'agissent pas en cela par cette autorité légitime que Dieu leur a confiée, mais par le moijvemeut de leur propre injustice et de lem- propre malice. § 3. Quelle est la récompense que Dieu promet à ceux qui observent ce commandement.
11 est certain que la promesse d'une longue vie que Dieu fait à ceux «pii observeront ce commandement, est nue récompense toul-à-fait convenable et proportionnée au mérite d'une telle aciicuK Car qu'y a-t-il de pins juste (jue ceux qui C(uiservent toujours le souvenir u'un bienfait en jouisscuil très-longtemps ; et ainsi, comiue ceux qui honorent leurs pères et leurs mères, qui leur ont donné la vie et l'usage de la lumière, lénioignent eu cela la reconnaissance qu'ils ont pour ce bienfait qu'ils ont reçu par leur uioyen , il est juste qu'ils en jouissent jusqu'à l'âge le plus avancé.
Mais il ne faut p'.s que les pasier.rs omettent ici une autre explication que l'on donne communément à celle proiuesse, qui est (lu'elle ne comprend pas seulement les bii.'us de la vie future, mais mêiue ceux de la vie présente. Saint Paul autorise ce sentiment lors- (pril dit ( l Tim. 4, 8 ) que la piélé est utile à tout, et que c'est elle à qui les biens de la vie présente et ceux de la vie future ont été promis.
Et il ne faut pas croire que la promesse d'une lon^ gue vie Soit une récompense qui soit petite el à mépri-er, quoique nous voyions (jue de très-grands saints, coiume Job, David et saint Paul, aient désiré la mort, cl que la vie soit ennuyeuse et pénible aux misérables cl aux afîîigés. Car ces paroles que Dieu y a jointes: Que le Seigneur votre Dieu vous doit donner, m rqueut que cette piomesse ne regarde pas tant la durée et la longueur, que le repos, la tranquilli;é etia douceur de la vie. D'oii vient que dans le Deuléronome ( 5, It) ) ii n'est pas dit seulement : Afin que vous viviez longtemps sur la terre, mais encore: Afin que vous soyez iidi>reux et contents ; ce que saint Paul a aussi répété ( Epb. 6, 5). Or c'est ce que Dieu ne manque point d'accorder à ceux dont il veul récompenser la piété, ce (|{ii .sulfil pour l'accomplissement de ses promesses. Car aulremeni, s'il fallait quM accordât toujouis une longiie \ie , il ne serait point véritable ni fidèle dans ses priuiK'Sses, puisque assez souvent il arrive que la vie de ceu\ (jui ont eu plus de piélé pour le«irs pères et leurs mères est plus courte (jue celle de ceux qui leur désobéissent. Mais Dieu le permet ainsi, ou parce ((ue c'est leur bien et leur avantage , faisant qu'il, meuient avant d'avoir abandonné la voie de la piélé et de la justice, selon ces paroles de la Sagesse (4,11) : Il a été enlevé, de peur que so)i esprit ne fût corrompu par la malice, et que les apparences trompeuses ne séduisissent son âme; ou afin qu'ils ne soient point enveloppés dans les malheurs dont les hommes sont menacés, cl qui sont près d'éclater. Le juste, dit Isaïe ( 57, 1 ), « été mis au lieu du repos, pour évilt r la malice prèle à paraître ; ce (jue Dieu permet, c<uiime nous venons de dire, de peur (ju'en rnenie teu ps qu'il venge les crimes des honmies, les justes ne soient exposés au danger de perdre leur salui par la perle de l'innocence eï de la justice ; ou enfin pour leur épargner la douleur sensible qu'ils recevraient dans les calamités publiques, des misères de leurs amis et de
^, . «.,r.; ,.A.ic ripvnn»; pxirême- Aussi il arrive qu'ils ne les font pas tant les héritiers
S Stdre Sue^rr/o s queTs boSnt de leurs biens 'que de leurs crim^es. et qu'ils ne son.
ment crainaie lorsque uuua j m ^^^^ j^^^^ guides pour les conduire dans le ciel,
^' An "r"p..e comme Dieu promet de récompenser les que pour les rendre les compagnons des supplices
cnhnls qui ont de îa rècommissance pour leurs pères qulils souffriront éternellement dans 1 enler.
et leurs mères , il veut aussi que ceux qui sont meronnaissanis et ingrats envers eux, soient rigoureusement punis. Car il est écrit (Exod. 21 , 1/) : Que celui qui outragera de parole son père ou sa mère, soit puni de mort; que celui qui afflige son père et méprise sa mère est infâme et malheureux (Prov. 19, 26) ; que quiconque maudit son père et sa mère, sa lampe s éteindra au milieu des ténèbres; que Cœil quiinsulte à son père et qui méprise l'enfantement de sa mère soit arraché par les corbeaux des torrents, et dévoré par les enfants de raigle (ibid. 50, 17). Et nous voyons encore dans 1 Ecriiiire que Dieu a lait éclater sa colère sur plusieurs qui oni malirailé leurs pères et leurs mères. C'est ainsi qu'il permit qu'Ahsalon fût percé de irois coups de lance, pour le punir de sa rébellion contre David.
Dieu veut de même (jue ceux qui désobéissent aux prêtres soient punis de mort. C'est ce (jui est expressément maniué par ces paroles du Deuléronome (17, 42) : Que celui qui par orgueil ne voudra pas obéir aux commandements du prêtre dans le temps qiCil s'acquittera de son ministère devant le Seigneur votre Dieu, soit -puni de mort par sentence du juge.
§ A. Des devoirs des pères et des mères envers leurs
enfants.
Si la loi de Dieu oblge les enfants d'honorer leurs pères et leurs mères, de^lenr obéir cl de les respecter, les pères cl les mères ne sont pas moins obligés de leur côlé, T de donner à leurs enfants des instructions saintes et s:ilulaires pour le règlement de leur vie, et de les instruire des obligations de la religion , afin qu'ils puissent servir Dieu avec (idélilé et sainteté. Et c'est de la manière que l'Ecriture remarque que Suganne avait été élevée par son père et sa mère.
2' Les pères et les mères sont encore obligés de donner à leurs enfants des exemples de vertu, de juslice, de continence, de modestie et de piélé.
5° Enfin ils doivent particulièrement éviter dans leur conduite trois défauls dans lesquels ils ont coutume de tomber:
Le premier est de les traiter avec trop de rigueur et de sévérité, soit dans leurs paroles ou dans leur conduite. Car c'est ce que l'Apôtre leur défend dans son Epitre aux Colossiens (5, 21 ). Pères, dit il, nirritez point vos enfants, de peur qu'ils ne tombent dans l'abattement. El ainsi ils doivent songer plutôt à les corriger qu'à les punir.
Le second est d'user d'une irop grande indulgence envers leurs enfants, lorsqu'ils ont commis quelque faute pour laquelle ils méritent d'être repris et severemenl châtiés. Car souvent la trop grande douceur et facilité des pères et des mères est cause de la dissolution et de la perte de leurs enfants. C'est pourquoi il faul que les pasteurs lâchent de faire appréhender aux pères et aux mères de tomber dans ce délaul, par
Il faut donc que les pasteurs soient soigneux d enseigner aux pères et aux mères ces vérités, et de les porter à imiter la conduite de Tobie, afin qu'après avoir parfaitement instruit leurs enfants du cuUe de Dieu et de la piété, ils puissent en recevoir des témoignages réciproques d'amour, de respect, d'obéissance et de soumission.
CINQUIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. — Vois