‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 214 sur 368 · NE TUEREZ POINT · texte numérisé non relu

NE TUEREZ POINT

Le grand bonheur qui est promis aux pacifiques, lorsqu'il est dit qu'ils seront ai)pelés enfants de Dieu, doit être un motif très-puissant pour porter les pasleurs à instruire exactement les fidèles de ce cinqnième commandement. Et en effet il n'y h rien qui soil plus capable d'entretenir l'union entre les hommes, que si, anrèsêlre parlaitementinslruitsdece précepte,! ils l'observent religieusement. Car étant alors étroite ment unis de sentiment sur ce point, ils conserveront entre eux une paix el une union parfaites.

Mais ce qui fait voir encore combien il est nécessaire que les pasteurs expliquent avec soin ce précepte, c'est que i ous voyons que la première chose que Dieu défendit aux hommes après le déluge lut de ne point tremper leurs mains dans le sang. Je demanderai compte, leur dit-il ( Gen. 9,5), devotn sang à quiconque Caura versé, soit homme, soil bête. E\\ nous lisons dans l'Evangile que Noire-Seigneur, expli quant les commandements de la loi, commença pa-, celui-ci, et dit (Malth. 5,21) : Vous avez appris qui\ a été dit aux anciens : Vous ne tuerez point, et le reste que S. Matthieu rapporte au même lieu sur ce sujet. Les fidèles, de leur côlé, doivent être soigneux d'éj couler altentivemenl et volontiers les instructions qii(| les pasteurs leur font sur ce commandement. Car il| reconnaîtront qu'il tend uniquement à conserver la vi de chacun en particulier, puisque par ces paroles Vous ne tuerez point, l'homicide est absolument de fendu. El ainsi chacun doit se soumettre à ce com mandement avec la même satisfaciion et la mêm joie que si Dieu y défendait, sous peine d'encourir so indignation et sa vengeance, et d'autres peines Irei rigoureuses, d'attenter à sa propre vie en parliculiei Comme donc la proposition de ce commandemei nous doit être agréable, nous devons aussi éviter ave joie toutes les occasions de commettre le péché qu défend.

Or Notre-Seit?neur expliquant ce précepte a moi tré qu'il renferme deux choses. La première est i commandement négatif qui est de ne point tuer, la seconde un commandement positif qui est d'avo de la charité et de l'amour pour nos ennemis, d'ave sa paix avec tout le monde, et de supporter patiei ment toutes sortes de mauvais iraiiemenls et d'injur sans nous en venger

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reusement puni de Dieu pour avoir été trop indulgent envers ses enfants.

Le troisième défaut est de se proposer, dans l'éducalion el l'instruction de leurs enfants, des fins tout opposées à celles qu'ils doivent avoir; ce qui est la chose du monde la plus indigne el la plus honteuse. Car la phipart des pères et des mères ne liavaillent et ne pensent qu'à laisser à leurs enfants des richesses, de grandes sonunes d'argent el un riche el ample patrimoine. Et au lieu de les exhorter à s'acquitter des devoirs de la religion, de pratiquer la piélé, de s'exercer à quelque emploi honnête , ils leur inspirent 1 avaiice, ils les portent à augmenter leurs ricliesses et leurs biens, se mettant peu en peine de leur réputation

ce commandement

11 est certain que Dieu ne nous défend pas par commandement toutes sortes de meurires. Car pr mièremeni il ne nous est pas défendu de tuer les betc puisque Dieu nous ayant permis de nous eu nouri" il faut nécessairement qu'il nous ail en même lem permis de les tuer. C'est pourquoi S. Auguslin ( que lorsque Dieu nous dit : Vous ne tuerez point, ce ne se doit point entendre des arbres fruitiers, pui qu'ils n'ont aucun sentiment; ni des animaux irrî sonnables, puisqu'ils ne nous sont point unis par raison. . i

T H est permis aux magistrats de faire mourir i hommes mêmes. Car Dieu leur ayant donne pouv(

leurs biens, se mettant peu en peine ue leur repuiaiion nom .ics n«:...c=. v.-. — " -"' "^:": "", ,' g lo

et de leur salut, pourvu qu'ils aient bien de l'argent de vie et de mort sur ^"'';;î^ «"^^^',7^;|„''^"ie^^^^

el qu'ils soient puissamment riches. Cependant peut- de faire punir les méchants et de proieger les»

on rien concevoir de plus honteux que celle conduite ? cents. Ainsi, lorsque la juslice leb oblige de coiiu

PART. III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU

ner un homme à la mort, non seulement ils ne violent point ce commandement de Dieu -et ne sont point coupables d'iiomicide, mais au contraire ils témoignent en cela qu'ils y sont parfaitement soumis. Et en elTet comme la fin de ce commandement est de conserver la vie des hommes, les magistrats, qui sont les justes vengeurs des crimes, ne tendent aussi par les divers supplices auxquels ils condamnent les criminels, qu'à l'aire que l'audace et l'injustice des méchants étant réprimée par la crainte des supplices, la vie des hommes soit en sûreté. C'est pourquoi David disait (psalm. 100, 8) : J'exterminerai dès le matin tous les pécheurs de la terre, pour purger la ville du Seigneur de tous ceux qui commettent l'injustice.

C'est pour la même raison que les soldats qui tuent leurs ennemis dans une juste guerre ne sont point coupables d'homicide, lorsqu 'ils ne le l'ont que pour la défense de la patrie, et non par un désir de satisfaire leur cruauté ou leur convoitise.

Les meurtres aussi qui se font par un ordre exprès de Dieu ne sont point contre ce précepte. Ainsi nous voyons qu.e Moïse, bien loin de croire que les Lévites eussent péché contre ce précepte pour avoir tué en un seul jour près de vingt-trois mille hommes , au contraire, il leur dit après qu'ils eurent fait ce carnage ( Exod. 52 , 29 ) : Vous avez aujourd'hui consacré vos mains au Seigneur,

Ceux qui tuent un homme par hasard et non de volonté délibérée ne sont point encore coupables d'homicide. C'est pourquoi il est dit dans le Deutéronome (19, 4) que celui qui, sans y penser, aura frappé un autre avec qui il n'avait point eu de différend les deux jours d'auparavant, eî qui étant allé dans un bois simplement pour couper du bois, lui aura donné un coup de sa cognée et l'aura tué, sa cognée lui étant échappée par hasard de la main, ou parce quelle aura quitté le manche, ne sera point coupable de la mort de cet homme. Ainsi comme ces meurtres ne sont point volontaires ni faits avec dessein, c'est avec justice c|u'ils ne sont pas imputés à crime à ceux qui les commettent. Et c'est ce que saint Augustin nous apprend par ces paroles : A Dieu ne plaise, dit-il, que si contre notre volonté il arrive du mal des choses que nous faisons licitement et pour un bien, ce mal nous soit imputé. i On peut néanmoins en deux manières se rendre coupable d'homicide, quoiqu'il arrive contre notre dessein: premièrement, lorsqu'en faisant quelque action injuste on vient à tuer un homme sans y penser, comme, par exemple, si un homme donne à une femme grosse quelque coup de poing ou de pied qui la fasse avorter : car, quoique cet avortemeni soit contre sa volonté, il ne laisse pas néanmoins d'en être coupable, lui étant absolument défendu de frapper une femme grosse ;et secondement, lorsqu'un homme en tue un autre faute de précaution, et pour n'avoir pas assez pris garde à ce qu'il faisait.

Enfin, il est constant que celui qui en défendant sa propre vie en tue un autre après avoir fait tout son possible pour éviter de le tuer, n'est point coupable d'homicide.

Toutes ces espèces de meurtres ne sont donc point renfermées dans la défense de tuer, que Dieu fait par ce commandement. Mais à leur exception tous les autres meurtres sont absolument défendus, soit qu'on ait égard à celui qui lue, ou à celui qui est tué, ou aux différentes manières dont on peut commettre le meurtre.

Car, premièrement, quant à ceux qui peuvent commettre le meurtre, cette défense de tuer s'étend généralement à tous, aux riches et aux pauvres, aux personnes de qualité et à celles qui sont de basse condition, aux maîtres et aux serviteurs, aux pères et aux enfants.

De même si l'on regarde ceux qui peuvent être lues, celle loi s'étend encore généralement à tout le monde. Car il n'y a point d'homme, si vil et si méprisable qu'il soit, dont la vie ne soit en sûreté par celle

loi. Et il est même défendu de se tuer soi-même; personne n'étant tellement maître de sa vie qu'il puisse se Tôter à sa volonté. C'est pourquoi il n'est pas dit par ce précepte : Vous ne tuerez point les autres, mais absolument : Vous ne tuerez point.

Enfin il n'y a point de manière de commettre le meurtre qui ne soil interdite par celte défense. Car il est également défendu d'ôler la vie à un homme d'un coup de poing ou d'un coup dépée, d'un coup de pierre ou d'un coup de bâton, en l'étranglant, en l'empoisonnant, en conseillant aux autres de le tuer ou en prêtant la main pour commeltre ce crinre, ou par quelque autre manière que ce soit. Et c'est pourquoi l'aveuglement des Juifs paraît étrange, qui s'imaginaient ne pas violer ce commandement , pourvu qu'ils ne tuassent pas un homme de leurs propres mains. Ainsi un chrétien doit avoir bien d'autres pensées, puisqu'il a appris de Jésus-Chrisi que celle loi est spirituelle, qu'elle ne commande pas seulenieni de conserver ses mains pures du sang de ses frères, mais son cœur et son esprit; et qu'il lui défend même de se mettre en colère contre ses frères. Mais moi, dit Notre-Seigneur (Malth. 5, 21), je vous dis que quiconque se met en colère contre son frère, méritera d'êlre condamné par le jugement ; que celui qui dira à son frère: Raca, méritera d'être condamné; et que celui qui lui dira : Vous êtes un fou, méritera d'être condamné au. feu de l'enfer. Où l'on voit que celui qui se m^t en colère contre son frère ne laisse pas d'être condamné par Notre-Seigneur, quoiqu'il ne fasse point éclater sa colère au dehors et qu'il la retienne dans son cœur ; que celui qui en donne quel(|ue marque au dehors fait un grand péché ; et que celui-là en commet un bien plus grand, qui maltraite son frère et lui dit des injures.

Et c'est ce qui est toujours vrai lorsque nous n'avons point de juste raison de nous mettre en colère, puisque sans cela notre colère n'est point juste selon Dieu, et i|ue nous ne pouvons punir avec justice ceux qui nous sont soumis, s'ils ne sont effectivement coupables. Car la colère d'un chrétien ne doit pas être un effet de sa passion, mais du zèle que le Saint-Esprit lui inspire, comme étant le temple du Saint-Esprit où Jésus-Christ habite (1 Cor. 6, 19).

Notre-Seigneur nous a encore donné d'autres instructions qui regardent la perfection de ce précepte ; comme (Malth. 5, 59 ) de ne point résister à celui qui nous traite mal ; que si quelqu'un nous donne un soufflet sur la joue droite, de lui présetiter l'autre; si quelqu'un veut plaider contre nous pour nous prendre notre robe, de lui laisser emporter encore noire manteau; et si quelqu'un nous veut contraindre de faire mille pas avec lui, d'en faire encore deux mille.

L'on peut juger de tout ce que nous avons dit jusqu ici qu'il est bien difficile que les hommes ne violent souvent ce précepte, et qu'il y en a beaucoup, lesquels, s'ils ne sont pas homicides d'effet, le sont du moins de volonté.

C'est pourquoi les pasteurs ne doivent négliger aucun des remèdes que l'Ecriture sainte leur présente contre un si dangereux mal, pour empêcher les fidèles d'y tomber. Or le plus efficace est de leur en faire voir l'excès ei rénormiié,qui est telle, que l'Ecriture remarque que Dieu, pour témoigner l'horreur qu'il en a, assure qu'il vengera même la mort des hommes par la mort des bêles qui les auront tués, et qu'il conunande de tuer celle qui aura seulemeni blessé un homnie. Et Dieu n'a recommandé en tant de lieux aux Israélites d'avoir horreur et de s'abstenir du sang, qu'afin qu'ils évitassent absolumenl de commettre et de désir et d'effet le meurtre détestable d'un homme.

Et en effet les homicides sont les ennemis jurés du genre humain, et par conséquent de toute la nature, puisqu'en détruisant l'homme, pour lequel Dieu déclare qu'il a créé toutes choses, ils détruisent autant qu'il est en eux tous ses ouvrages. Mais de plus, Dieu défendant dans la Genèse de tuer l'homme, parçQ

q-n'il Ta créé à son image et à sa ressemblance, peuton lui faire une injure plus signalée, et n'esi-ce p.is vouloir pour ainsi flire le tuer et le délrun^e lui-même, que (le ilé'rnire son image?

David, pénétré de celte vérilé, fait celle plainte roD'ro les Immirides. Ils ont, dil-il (ps. 15, 5 ), les pi'ds viles et léqers à répandre le smiq. Où il faut r'pv.r Mor (iii'il ne dit pas amplement (\vCih ont .es pjr.'ls viles et légers à tuer, mais à répandre le sang, poiir fîure coiirovnir davantage, par celle forte cxi-re sioii. réiKMMMiié de ce crime détestable et Thorriblc riMinulé des bomicides. El. il ajoute quils ont les pieds lûtes et légers, pour marquer la fureur et la vio- I lire avec laqnelb' ils se portent, par la suggestion du di:d)!e, àcommetlre ce crime.

§ ^2. Ce qui nous est commandé par ce précepte. Cè que Jésus Ch'i4 nous commande par ce précepte est de g irder la paix avec tout le monde. Et c'est ce qu'il nous a voulu marriuer, lorsau'il a dit, exp'iqunntce commatidemeiit (MatUi. 5,^5) : Si lorsque vous présentez votre don h C autel, vous vous souvenez que voire frère a quelque chof^e contre vous, taissez-là votre don devant r autel, et allez vous réconcilier auparavant avec voire frh'e. et puis vous viendrez offrir votre don. Car il est ai<é de conclure de ces paroles que Jésus-Clirist nous oblige à avoir de la charité pour tout le monde sans exception, puisqu'il veut que nous nous réconcilions même avec nos ennemis. Et ainsi les pasteurs s'appliqueront avec d'autant plus de soin à inspirer aux fidèles cette charité commune et universelle, qu'il paraît qu elle nous est expressément commandée parce précepte.

En effet Dieu nous y défendant clairement de baïr notre prochain, puisque, selon S. Jean, celui qui hait son frère est homicide , il s'ensuit nécessnirement qu'il nous commande d'avoir de l'amour et de la charité pour lui.

Non seulement la charité, mais encore toutes les actions de vertu qui accompagnent la charité nous sont commandées par ce précepte. Ainsi, comme selon S. Paul (1 Cor. 15, 4), la charité est patiente, la palienee, par laquelle Notre-Seigneur nous assure (Luc. 21, 19) que nous posséderons ms âmes, nous est aussi commandée p:ir ce précepte. 11 faut diie d(; même de la libéraliié, qui est la compagne de la charité; car /a chariié est bienfaisante et libérale. Or celle vertu est de grande étendue. Mais ses principales fonctions sont de fournir aux pauvres les choses nécessaires à la vie, de d<!nner à maegcr à ceux nui ont faim et à boire à ceux qui oiit soif, de revêtir ceux qui sont nns, et surtout de faire plus de part de nos biens aux personnes, à proportion qu'elles ont plus besoin de notre assistance.

Ces actions de charité et de libéralité qui sont îï'orieuses en elles-mêmes, le deviennent incomparabb;ment davantage lorsqu'elles se font à des enne-. is. C'est pourqu -i Notre Seigneur nous dit (lan>^ l'E.vangi!e (Mit th. ii, -1-4) : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Et c'est à quoi S. Paul nous exhorte par ces paroles (Rom. 12.20) : S/ votre ennem a faim donnez- lui à manger, s'il a soif donnez- lui à boire ; car agissant de la sorte vous amasserez des charbons de feu s'tr sa tête. Ne vous laissez point vaincre par le mal, mais travaillez à vaincre le mal par le bien.

Enfin, comme une des qualités de la charité est d'être douce, il nous est encore commandé par ce précepte de garder en toutes choses la m(>d<'siie, la bonté et tontes h's antres vertus qui appartiennent à la douceur chrétii'nne.

M is ra< tion de charité la plus excellente de toutes, et qui est proprement tonte de (hariîé, à laquelle il faut (jue nous nous exercions particulièreuienl pour observer comme il faut ce commandeme it. c'est de remettre et de pardonner tont(;s les injnnvs qu'on noi's a faites. Et c'est à quoi TEciiture sainie. comme nous Pavons déjà remanpié. nons exborie souvent. Car non bculemeut elle appelle heureux coux qui par-

donnent véritablement et du fond de leur cœur, mais encore elle assure que Dieu leur pardonnera leurs péchés. El, au contraire, elle témoigne que Dieu ne pardonnera pa*^ les péchés à ceux qui négligent ou reiusciit de le faire.

Cependant, comme le désir de se venger est en quelque sorte naturel .à l'homme, il faut que les pasteurs non seulement fassent voir aux fidèles l'obligation qu'ils ont d'oublier et de pardonner les injures qu'on leur a faiies, mais même qu'ils tâchent de les en persuader entièrement. Pour cet effet il faut qu'ils s'instruisent de ce que les SS. Fères ont dit sur cette matière, qu'ils ont traitée avec beaucoup d'exactitude, afin que se servant des raisons les plus fortes que ces saints ont emiloyées pour persuader cette vé»ité, ils puissent surmonter et vaincre Topiniâtretéde ceux qui semblent être dans line résolution fixe et arrêtée de se venger.

Mais, de toutes les raisons que l'on peut représenter aux fidèles pour l'S dé'ourner d'une semblable ré' solution, il y en a particulièrement trois que les pasteurs ne d()ivent pas manquer de leur proposer. La première est, que la personne dont celui qui croit avoir été offensé, désire de se.vengev, n'est pas la principale cause de l'injure qu'il croit en avoir reçue. Et de quoi Job, cet homme admirable, élait bien persuadé, puisque sans avoir égard aux mauvais traitements qu'il avait reçus dans ses biens des Sabéens, des Chaldéens et du démon, il se contenta de dire ces paroles dignes d'un homme aussi saint et aussi pieux qu'il é\n\i: Le Seigneur ni avait, donné c?s biens; c'est lui qui me les a ôtés (Job. 1 , 21).

Les paroh^s et l'exemple de cet homme si patient doivent donc nT)us convaincre de cette vérilé, que c'est Dieu qui est le père de tonte miséricorde et de toute justice, qui est l'auteur de tout ce que nous souffrons dans celle vie ; et que c'est en cela même qu'il fait paraître la bonté infinie qu'il a pour nous, puisque son dessein n'est pas de nous punir comme ses ennemis, mais de nous corriger et de nons châtier comme ses enfants. Ainsi nous devons reconnaître que dans tous les mauvais traitements que nous recevons de la part des hommes, ils ne sont que les ministres et c "mmc les exécuteurs de la justice de Dieu. Et en effet, un homme a beau avoir de la haine pour un autre et lui vouloir beaucoup de mal, il ne lui peut nuire si Dieu ne le permet. Ce fut celte vue qui fit supporter patiemment à Joseph les mauvais tra'temenis de ses frères et à David les injures de Se- . méi»

Mais rien n'est plus capable de nous confirmer d:ins ce sentiment que cequeditS.Chry^ostôme, quepersonne n'a de mal que celui qu'il se fait lui-même. Car si ceux qui se persuadent avoii- été traités avec omrge et avec injure jugent équitablement des choses, ils trouveront en effet que le mal qu'ils prétendent qu'on leur a fait est sans comparaison moindre que celui qu'ils se font eux mêmes, lorsqu"*ils se laissent aller à leur ressentiment; puisque les maux qu'ils prétendent qu'on leur a faits ne sont (lu'extéritMirs; eu lien qu'ils font une plaie mortelle à leur âme, lorsqu'il en souillent la fuireté par la haine, l'avarice et l'envie.

La seconde raison qui doit nous porter à oublier les injures qu'on nous a faites, c'est (|u'eu le fai-ant dans la vue de plaire à Dieu , nous en recevons deux avantages très-considérables : le premier est le pardon de nos fautes que Dieu nous a promis si nous remettions aux antres les fautes qu'ils auarient faites contre nous. D'où il est aisé de juger combien cet acte de cbariié est ; giéable à Dieu.

La seconde est que nous acipiénms un nouveau degré de perfection qui nous relève exlrêinemeal, en ce que par celle action nous devenons eu quelque manière semblables à Dieu, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

Eiifiu, ce qui doit nous obliger à oublier les injures

PART. III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU

gii*oh nous a faites, ce sont les désordres cl les péchés où nous voyons que Dieu permet que tombent ceux qui ne peuvent se résoudre à les pnrdoiiuer. Car d'abord il osi cerlaln que plus on dilï'ère à pardonner, plus la hnine, qui est un irés-grand péché, prend de plus profondes r.icines dans ce cœur; en sorie que ceiiii qui est possédé de celte passion devient comme aiiéié du sang de son ennemi; -et, dans le dessein qu*il a de s'en venger, il ne pense jour et nuit qu'aux moyens d ■ lui ôler la vie, nu du moins de ini faire quol(jne méchancelé ; ce qui fait qu'on ne le peut jam;ti> ou que irès-diflicileinent porter ou à pardonner eniièrenient, ou du moins à oubliei- en partie les injures qu'on lui a laites. Ainsi c'est avec beaucoup de raison qu > la plaie que la haine fail à Tàme est com- I arée à la plaie dans laquelle le dard qui Ta faite den)eure eidbnoé.

Mais la haine est encore la source de plusieurs autres maux et péchés dont elle est seule comme le lien qui les unit ensemble. C'est ce qui a fait dire à S. Jean que celui qui hait son frère eut dans les ténèbres , qii'il marche clans les ténèbres, qu'il ne sait où il vn , parce que les ténèbres l'ont aveuglé. Et c'est ce qui fail voir qu'il faut nécessairement que celui qui est possédé de celle passion pèche souvent, puisqu'il est connue impossible que celui qui en hait un autre puisse approuver ce qu'il dit ou ce qu'il fail. El c'est là la véritable source des jugements téméraires et injustes, des colères, des envies, des médisances et de tous les autres péchés, dans lesquels nous voyons que ceux mc:!:es ({ui sonl unis par les liens du sang et de l'amitié ont coutume de tomber. C'est ainsi que le seul péché de la haine est souvenl la cause de plusieurs autres péchés. Car tel péché e?t appelé avec beaucoup de justice le péché du diable, puisqu'il e^t homicide dès le commencement. Aussi Jésus-Christ, voyant que les pharisiens cherchaient les movens de le faire Inourir, leur dit qu'i/s étaient les enfants du diable. (1 Joan. 8, 41.)

Mais oulre ces considérations qui doivent être de puissants motifs pour nous doun(>r de Thorreur de ce crime, FEcriture sainte nous présente deux remèdes entre autres qui sont très-propres pour nous guérir de te mal.

Le premier et le plus puissant de tous est l'exemple deNolre-Seigueur.)ésus-Christ, que nous devoiis avoir conlinuellemenl devant les yeux pour rimiter. Car nous voyoï.s qu'après avoir été, tout iimocenl ([u'il était , fiappé de verges, couronné d'épines et attaché à la croix par les Juifs, il ne laissa pas de faire pour eux celle prière à son Père, digne de son extrême charité ( Luc, 14, 2i) : Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font; quoique, counne dit S.Paul ( llebr. 12, 24 ) : son sang qu'ils avaient rép:mdn parlât plus avanlagensement que celui d'Abel.

L'Ecclésiaslique nous propose le second, qui est de nous souvenir du jour de noire mort el de celui du jugement : Souvenez-vous, dit-il ( 7, 4 ), de votre fm^ et vous ne pécherez jamais ; car c'est comn^e s'il disait : Pensez souvent (jue vous devez mourir bientôt. Et ainsi , conmie vous désirerez et que vous aurez alors un exlrêine besoin d'implorer la souveraim; miséricorde de Dieu , lâchez dès à présent d'avoir cpnlinuellcm{ ni devant les yeux le besoin que vous 'avez que Dieu vous fasse miséricorde. Car ce sera le moyen de détruire entièrement en vous ce désir déleslablc de vous venger, puisque rien rj'est plus propre et plus puissant pour vous fure obtenir de Dieu miséricorde que d'oid)lier les injures que l'on vous a faites, et d';«iiner ceux qui vous ont offensés ou les vôtres par leurs actions ou par leurs paroles.

SIXIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. — Vous ne

COMMETTREZ POINT d'aDULTÈRE.

Comme rien ne peut ê!re plus agréable et plus doux aux personnes qui sonl «mies par le iien du mariage que de savoir qu'ils s'aimenl réciproquement

d'un amour parfail el sans mélange, rien au contraire ne leur est plus sensible que de voir partager avec un autre cet amour légitime qu'ils se doivent l'un à l'autre. Ainsi il était nécessaire que Dieu , aprè-i avoir fait un commaiidement pour défendre d'attenter à la vie de l'homme, (il celui-ci coulre l'adulîère, a!in que personne ne fût si téméraire que de violer ou de rompre l'union sain'e et honorable du mariage, qui est ordinairement le principe d'une charité par. aile.

Or, quoi'ju'il soit nécessaire que les pile^ns instruisent les lidèles de ce commandement, il fani néanmoins qu'ils le fassent avec beaucoup de précantiou el de prîideuce, et en des termes couverts el lion, étes ; celle matière demandant plutôt une graiide réserve qu'une aboi'.daiice de paroles. Car il est à craindre qu'eu voulant e\pli(iuer avec trop d'élendue et trop en particulier toutes les manières dont on peut pécher contre ce commatulemenl, il n'arrive qu'on ne tombe insensiblemeni à parler de certaines choses qui sonl plus propres à exciter (|u*à éteindre l'urdeur de la concupiscence.

Néanmoins, parce que ce commandement renferme plusieurs choses (jue les pasteurs ne peuvent se dispenser d'expliquer aux fidèles, ils lâcheront de le faire le mieux qu'il leur sera possible.

Ils leur feront donc remarquer que ce précepte renferme deux choses : la première est une défense expresse que Dieu y fail de l'adultère; et la seconde est l'obligation qu'il nous impose d'être purs de corps et d'esprit.

^ i. Ce que Dieu îious défend par ce commandement.

Quoique proprement par l'adultère il faille eniendie le violemenldu lit nupiial, soit du sien propre, comme husqu'un homme marié a habitude avec une femme qui estlihre, ou decelui d'un autre, lors(|u'uu homme qui est libre a habiludc avec une femme mariée , S. AiSibioise et S. Aui;uslin assurent néanmoins que par l'adulîère que Dieu défend par ce commandement, il faut entendre toutes sortes d'im[)uretés et d'actions déshounôtes. Et ce sentiment est très-conforme à ce que l'Ecriture sainte nous enseigne sur ce sujet. Cai* nous voyons dans l'ancien Teslameni que d'autres impuretés que l'adultère étaient punies par la loi de Moi e, el qu'il est manpié dans la Genèse que Judas condamna Thamar au feu p >ur s'être trouvée grosse pendant sa viduité; que Moïse défend dans le Deutéronome, par une loi expres-^e, à toutes les filles d'Israël de se prostituer ; que Tobie , dans l'exhortation qu il lit à son (ils, se croyant près de la mort, lui dit, entre autres choses (Tob. 4, 13) : Mon (ils, fuyez toute sorte d'impuretés , et qu'enfin l'Ecclésiastique nous avertit (il, 15) de rougir déliante à la vue d'une femme corrompue et prostituée.

Nous voyons aussi dans le nouveau Testament que Noire-Se'igneur Jésus-Christ assure (Maith. 15, 19) que ce so)tt les adultères et les fornications qui partent du cœur de lliomme, qui rendent V homme impur , el que l'apôire S. Paul déleste en plusieurs endroits le vice de l'impureté avec des paroles liés pressantes. La volonté de Dieu, dit- il (1 Thcss. 4, 5), est que vous soyez saints et purs , et que vous vous absteniez de la fornication. Fuyez (a fornication, dit-il encore (1 Cor. 5, 9, el G, 18), el n'ayez point de commerce avec les fornicaleurs. Et dans l'Epîlre aux Ephésieus (5, 3) : Qu'on n'entende pas seulement parler parmi vous ni de fornication, ni de quelque impureté que ce soit, 7ii d'avarice. Et dans la première aux Corinlhiens (0, 9 ) : Ne vous trompez pas : îii les fornicaleurs, ni les adultères, ni les impudiques, ni les abominables, ne seront point héritiers du royaume de Dieu.

Ainsi la principale raison pour laquelle l'adultère est expressément défendu parce commandement, c'est qu'outre la honte et l'iulamie qui accompagnciil aussi tfuiies les autres impuretés, il re'îferme encore une injustice, non seulemenl contre le prochain en paniinlicr, mais même conire louie la s !cié:é civile.

Mais de plus, connue il est presque impossibie quo

CATÉCHISME DU COiNCILE DE TRENTE.

Ne savez-vons pas que celui qui se joint à me prostituée est un même corps avec elle ?

4° Enfin ce péché éloigne de nous le Saint-Esprit. Car violer le temple du Saint-Esprit , qui est notre corps, selon S. Paul (1 Cor. 6, 29), c'est en chasser le Saint-Esprit ; et comme pa^- ce péché nous violons la

celui qui s'abandonne aux autres actions d'impureté ne tombe dans l'adultère, il est certain que Dieu nous défendant l'adultère, nous défend en même temps, non seulement toutes les impuretés qui peuvent souiller le corps, mais même celles qui peuvent blesser la

pureté du cœur et de l'esprit. C'est ce que Nolre-Sei- ^ ^ ^^

neur nous a enseigné par ces paroles (Matth. 5, 27 et sainteté de notre corps, il 'faut que nous en cïiassïons 28) : Vous avez appris quîl a été dit aux anciens : Vous en même temps le Saint-Esprit. ne commettrez point d'adultère; et moi je vous dis que Et il faut bien remarquer que l'adultère renferme

quiconque regardera une femme avec un mauvais désir, de plus une très-grande injuslice. Car si, comme dit a déjà commis Vadullère dans son cœur. l'Apôtre , les personnes mariées sont tellement en la

Yoilà ce que les pasteurs doivent représenter aux puissance l'une de l'autre que ni l'une m l'autre n'a fidèles touchant la défense (\ue Dieu fait dans ce corn- en sa puissance son propre corps , mais qu'elles sont mandement. A quoi néanmoins ils pourront ajouter tellement assujélies Tune à l'autre que le mari est ce que le sacré concile de Trente (supra , sess. 2^ , obligé de s'accommoder à la volonté de sa femme, et la c. 28, de Reform.) a ordonné contre les adultères et femme à celle de son mari, il est visible que s'il arrive

ceux qui entretiennent des femmes de mauvaise vie. "' ; - • ->

Ainsi ils passeront sons silence plusieurs autres sortes d'impuretés , et ils se conlenleront d'exhorter chacun en particulier de les éviter, selon que le temps et la disposition des personnes leur permettront de le faire.

§ 2. Ce que Dieu nous commande par ce commandement.

Il est certain que Dieu nous oblige par ce commandement à garder la chasteté et la continence, et à nous purifier, comme dit S. Paul (2 Cor. 7, 1) , de tout ce

que le man ou la femme abandonne a un autre son corps qui n'est point en sa puissance, l'un ou l'autre commet eu cela une injustice et une iniquité trèsgrande.

Ce péché n'est pas moins honteux que pernicieux; et c'est de quoi il faut que les pasteurs lâchent de convamcro les fidèles, puisque la crainte de l'opprobre et de Tinfamie n'est pas moins efficace pour porter les hommes à l'amour de la chasteté que pour les détourner de l'impureté. C'est ce qui leur sera aisé de . . . »»'ï"e par la seule proposition de ces paroles : Celui qui

qui souille le corps et l'esprit j achevant r œuvre de notre est adultère perdra son âme par la folie de son cœur, il sanciificalion dans la crainte de Dieu. Et c'est à quoi il s attire de plus en plus l'opprobre et llgnominie; et son faut que les pasteurs exhortent puissamment les fidè- opprobre ne s'effacera jamais (Prov. 0, 31). les. Car, bien que la vertu de la chasteté éclate d'une Mais rien n'est plus capable de nous fair

manière toute particulière dans les personnes qui gardent religieusement l'excellente et divine vertu de la virginité, elle ne laisse pas néanmoins de pouvoir être pratiquée par les personnes qui vivent dans le célibat, et même par celles qui étant engagées dans le mariage ont soin d'éviter tout ce qui est capable de souiller la pureté de leur corps et de leur esprit. § 3. Quels sont les remèdes par lesquels nous pouvons éviter le péché d'impureté.

Entre les remèdes que les saints Pères ont cru les plus propres pour dompter notre concupiscence et réprimer les mouvements de notre sensualité , les uns regardent l'esprit, et les autres l'action.

Les remèdes qui dépendent de l'esprit consistent particulièrement à connaître combien le vice de Timpurelé est honteux et pernicieux. Car si l'on en est une fois bien persuadé, il sera comme impossible qu'on ne l'ait en horreur et en déteslation.

Or ce qui fait voir combien ce crime est pernicieux, c'est : 1° qu'il exclut ceux qui le commettent du royaume de Dieu , ce qui est le plus grand de tous les malheurs.

2° Qu'outre ce malheur qui lui est commun avec tous les crimes, il fait encore que ceux qui le commeilent pèchent contre leur propre corps ; ce que l'Apôtre témoigne être particulier à ce péché. Fuyez, ditil, la fornication. Quelque autre péché que l'homme commette, il est hors du corps: mais celui qui commet forincation pèche contre son propre corps , parce qu'il lui fait injure en le souillant et en violant sa sainteté. D'où vient que le même apôtre dit dans son E pitre aux Thessaloniciens (5, 4 , 5) : La volonté de Dieu est que vous soyez saints et purs , que vous vous absteniez de la fornication, et que chacun de vous sache posséder le vase de son corps saintement et honnêtement , et non point suivant les mouvements de la concupiscence, comme les païens, qui ne connaissent point Dieu.

3° Mais ce qui est encore plus horrible, c'est que lorsqu'un chrétien s'abandonne à une prostituée, il fait tlevenir les propres membres de Jésus-Christ les membres de cette prostituée, comme l'Apôtre nous l'apprend (1 Cor. 0, 25). Ne savez-vous pas , dit-il , que vos corps sont les membres de Jésus-Christ ? Arracheraije donc à Jésus Christ ses propres membres pour les faire devenir les membres d'une prostituée ? A Dieu ne plaise!

. . .'e compren-

dre la grandeur du crime de la fornication, et surtout de 1 adultère, que la sévérité avec laquelle il est puni par la loi de Dieu. Car nous voyons dans l'Ecriture sainte que les adultères étaient condamnés, par une loi expresse, à être lapidés, et même que Dieu a détruit des villes entières pour l'impureté d'un seul homme. C'est de quoi nous avons une preuve bien terrible dans le meurtre des Sichimites. Et l'Ecriture sainîe nous fournit plusieurs autres exemples de vengeance que Dieu a prise de ce crime, que les pasteurs pourront représenter aux fidèles pour les détourner des plaisirs infâmes de la chair: comme l'embrasement de Sodoine et des autres villes voisines , le meurtre des Isr.téliles qui se joignirent dans le désert aux filles des Moabites , et la destruction des Benjamites. ï

Que si quelquefois nous voyons que ceux qui commettent ce péché ne sont pas punis de mort, il est certain néanmoins que Dieu ne les laisse pas impunis, et qu'il permet ordinairement qu'ils tombentdans des maladies et des maux très-insupportables , et que quelquefois même ils tombent dans un tel aveuglement d'esprit, qui est la peine la plus terrible de toutes , qu'ils ne se soucient ni de Dieu , ni de leur réputation ; qu'ils n'ont égard ni à leurs emplois , ni à leurs enfants, ni à leur vie même ; qu'ils se rendent si méprisables par leur infâme mollesse , qu'on ne leur veut confier aucune affaire considérable , et qu'ils sont incapables de toutes sortes d'emplois.

Nous avons une preuve de cette vérité dans les exemples de David et de Salomon. Car le premier n'eut pas plus tôt commis adultère avec Bethsabée, qu'il changea tout d'un coup de disposition. Car, au lieu qu'il était très-doux auparavant , il devint si cruel, qu'il immola même à sa passion Urie, qui lui avait rendu de très-grands services. Et Salomon, s'étant abandonné entièrement aux plaisirs des femmes, oublia tellement Dieu , qu'il embrassa lout-à-fait le culte des faux dieux. Ainsi l'effet le plus ordinaire de ce péché, comme le remanjuo le prophète Osée , c'est de changer le cœur de l'homme et de l'aveugler. Pour ce qui est des actions qui peuvent servir de remèdes contre ce péché , c'est premièrement de fuir l'oisiveté , laquelle , comme remarque le prophète Ezéchiel , précipita les Sodomites dans le crime abominable d'impureté où ils tombèrent.

PART. III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU

2" D'éviter avec tout le soin possible l'excès des viandes et du vin, l'ivrognerie et la bonne chère. Je tes ai remplis de biens, dit Dieu par son proplièle (Jerem. 5, 7), et ils se sont abandonnés à rimpiirclé. En effet la réplélion du ventre est la mère de l'impureté. Et c'est ce que Notre-Seigneur nous a marqué par ces paroles ( Luc. 21 , 54 ) : Prenez garde à vous , de peur que voire cœur ne s'appesantisse par l'excès des viandes et du vin. L'Apôlre nous enseigne la même ciiose, lorsqu'il (lit (Epli. 5, 18) « : Ne vous laissez point aller aux excès du vin , d'où naissent les dissolutions, i

3" De ne pas donner une trop grande liberlé à nos yeux , qui j)uisse exciter en nous celle passion. C.ir c'est particulièrement par les yeux que le leu de l'impurelé s'allume dans le cœur. C'est ce que Notre- Seigneur nous a recommandé par ces paroles (Malth. 5, 29 ) : Si votre œil droit vous est un sujet de scandale et de chute , arrachez- le et jettez-le loin de vous. Et c'est ce que l'Ecriture sainte nous recommande en beaucoup d'endroits. J'ai fait pacte avec mes yeux, dit Job (cap*. 31 ), de ne pas même regarder une fille; et elle nous fournit une infiniié d'exemples de péchés contre la chasteté , qui ne sont arrivés que par la vue, comme celui de David , celui de Sichem et celui des deux vieillards qui calomnièrent Susamie.

4° D'éviter le trop grand ajustement dans les habits, qui attire les regards, qui pour cet effet est souvent une occasion prochaine d'exciier les mouvements de l'impureté. C'est pourquoi l'Ecclésiaslique donne cet avis (Eccli.9, 8) : Détournez votre vue d'une femme parée. Ainsi, comme les lemmes sont ordinairement lort attachées aux ajustements et aux ornements du corps , il iaut que les pasteurs prennent soin de temps en temps de les avenir d'éviter ce défaut , et même de les en reprendre fortement, leur représentant souvent ce que l'apôtre S. Pierre leur ordonne s^ir ce sujet (1 Epist. 5, 3), Vous, femmes, dit-il, ne mettez point votre ornement à vous parer au dehors par la frisure des cheveux, par les enrichissements d'or, et par la beauté des habits; et ces paroles de S. Paul (1 Tim. 2,9): Que les femmes se parent, non avec des cheveux frisés, ni des ornements d'or, ni de perles, ni des habits somptueux. Et en effet, il arrive souvent que plusieurs, pour s'être parées avec des ornements d'or et des perles, perdent la chasteté, qui est le véritable ornement de Tàme et du corps.

5° De fuir les entreliens et les discours impurs et déshonnêles ; car l'impureté de paroles est comme u\\ flambeau ardent qui allume dans le cœur des jeunes gens le feu de l'impureté. Les mauvais entreliens gâtent les bonnes mœurs, dit l'Apôtre (1 Cor. 15, 55). Et comme les chansons tendres. et amoureuses et les danses produisent le même effet, il faut aussi les éviter soigneusement. 11 faut dire la même chose des livres qui parlent d'impurelé el d'amour, et des tableaux et des images qui sont le moins du monde déshonnêles , puisque toutes ces choses ont une force tout extraordinaire pour exciler dans les cœurs des jeunes gens le feu de l'amour impudique el des voluptés infâmes. C'est pourquoi il faut que les pasteurs aient grand soin de recommander qu'on observe religieusement ce que le saint concile de Trente a ordonné sur ce sujet ( sup., sess. 25). Il est certain que si nous avons soin d'éviter toutes ces choses, nous ôterons à l'impureté toutes les occasions de nous tenter.

6° Mais il n'y a rien qui soit plus propre pour reiprimer la violence des mouvements de cette passion jhonteuse de la chair, que la fré(iuentalion des sacrements de pénitence et d'Eucharistie , et qu'une iprière continuelle faite avec piété et jointe à l'aumône jct au jeûne. Car la chasteté est un don que Dieu ne refuse point à ceux qui le lui demandent comme il faut. Et il ne souffre point que nous soyons tentés &u-delà de nos forces.

7' En lin il est bon, pour réprimer la sensualité du

corps, de l'exercer non seulement par ces jeûnes, et particulièrement par ceux qui sont commandés par l'Eglise, mais encore par des veilles , par des pèlerinages de dévotion, et par d'autres actions pénibles et laborieuses. Car l'amour de la venu de tempérance paraît particulièrement dans ces sortes d'exercices. D'où vient que S. Paul dit ( 1 Cor. 9 , 25, 27) ; que comme tous les athlètes gardent en toutes choses une exacte tempérance^ quoique néanmoins ce ne soit que pour gagner une couronne corruptible , au lieu que nous en attendons une incorruptible, il traite aussi rudement son corps et il le réduit en servitude , de peur qu'ayant prêché aux autres il ne soit reprouvé lui-même. Et dans l'Epître aux Romains (13, 14): iVe recherchez pas, dit-il, à contenter votre sensualité, en satisfaisant à ses désirs déréglés,

SEPTIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. — Vous

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