‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 215 sur 368 · NE DÉROBEREZ POINT · texte numérisé non relu

NE DÉROBEREZ POINT

C'était la coutume, dans le commencement de l'Eglise , de recommander souvent aux fidèles l'observation de ce précepte. Nous en avons une preuve manifeste dans le reproche que fait l'Apôtre à des personnes qui avaient grand soin de déiourner les autres du vice qu'ils défendaient, quoiqu'ils le commissent eux-mêmes. Vous qui instruisez les autres , leur dit-il ( Rom. 2, 21 ), vous ne vous instruisez pas vous-mêmes. Vous qui enseignez qu'on ne doit point voler, vous volez. Et ce soin qu'on avait de répéter souvent cette vérité était très-utile non seulement pour corriger ceux qui tombaient dans ce péché, qui était fort commun en ce temps-là, mais encore pour apaiser les contestations , les procès et les autres sources de maux que les vols ont coutume de causer. Comme donc ces sortes de péchés , et les maux et les misères qui en sont les suites inévitables régnent malheureusement en ce temps-ci , il faut que les pasteurs, à l'exemple des SS. Pères et des maîtres de la discipline chrétienne , insistent sur ce sujet , et qu'ils expliquent soigneusement aux fidèles la force et le sens de ce précepte.

Mais ils tâcheront avant toutes choses de leur faire admirer la bonté infinie de Dieu envers les hommes, lequel, ne s'étant pas contenté de mettre en assurance leur vie et leur corps , leur honneur et leur réputation , par ces deux conmiandements : Vous ne tuerez point ; Vous ne commettrez point de fornication, a voulu encore par celui-ci : Vous ne déroberez point, mettre à couvert leurs biens et leurs richesses. Car il est visfble que ce commandement , ainsi que nous l'avons montré des deux précédents , est une défense que Dieu fait aux hommes de prendre ou d'endommager les biens d'autrui, dont il se déclare le protecteur.

Or, plus ce commandement nous est avantageux , plus nous devons en être reconnaissants envers Dieu qui en est l'auleur. Et comme la meilleure manière dont nous pouvons reconnaître les grâces que nous recevons de Dieu par le moyen de ses commandements, est de ne nous pas contenter de les recevoir avec joie , mais surtout de les pratiquer, il faut que les pasteurs fassent tous leurs efforts pour inspirer aux lidèies Tamour de ce précepte, afin qu'ils puissent l'observer fidèlement.

11 est certain que ce commandement renferme deux choses, comme les deux précédents : La première , qui y est énoncée expressément , est la défense du vol ; et la seconde , qui est comprise dans la première , est l'obligation qu'il nous impose d'être libéraux et bienfaisants envers le prochain. § 1 . De la défense de dérober que Dieu nous fait par ce commandement.

Il faut observer premièrement, que le vol ne consiste pas seulement à prendre une chose secrètement et sans la participation de celui à qui elle est , mais encore lorsque l'on retient une chose contre la volonté de celui à qui elle appartient ; car il ne faut pas

se persuader que Dieu , qui défend le vol , puisse approuver les rapines f:>iies avec violence et avec insuhe, puisque TApôtre dil(l Cor. 6, 10) quelesravisseurs du bien d'autrui ne seront point henliers du royaume de Dieu ; et qu'il a recommande de n avoir aucun commerce avec eux (ihid. 5, M).

2» Que, quoique les ravisseurs du bien d autrui commeltent un plus grai d péché que les simples voleurs, puisque, outre la chose qu'ils ravissent à une personne, ils lui font encore violence et insulte, c'est néanmoins avec beaucoup de raison que Dieu s'est plutôt servi dans ce commandement du mol de vol , qui marque un moindre péché, que de celui de rapine ; car, outre que le mol de vol est un terme dont la sigHi(icalion a bien plus d'éiendue que celui de rapine, qui ne peut convenir qu'aux personnes puissantes, il est aisé de juger (pie Dieu , en défendant les plus légers péchés qui se peuvent cominellre dans une certaine matière, défend aussi à plus forte raison les plus grands.

a peine à se retirer d'un boarbier épais, de même aussi celui qui a le bien d'autrui a bien de la peine à s'en dépouiller.

§ 2. De diverses espèces de vols et de rapines.

Il y a tant d'espèces de vols, qu'il est bien difficile de les marquer toutes; c'est pourquoi il suffira que'les pasteurs expliquent avec soin le vol et les rapines , qui sontlesdeux principales, auxauelles se rapportent toutes les autres, comme à iCur source, faisant tout leur possible pour inspirer aux fidèles de l'horreur et de l'aversion pour ces crimes.

Or voici quelques-unes des espèces de vols. Preniièrement, ceux qui achètent des choses qui ont été volées ou qui retiennent celles qui ont été trouvées ou prises, sont coupables de vol. Car, dit S. Augustin, t si vous n'avez pas rendu ce que vous avez trouvé , vous êtes censé l'avoir pris. î Et si l'on ne peut connaître celui à qui ces choses appartiennent , il faut les employer à l'usage des pauvres ; car celui qui ne

Woûe l'iniuste possession (i"u bien d'autrui est ap- peut être porté à restituer ces sortes de choses mon pelée diversement , selon la <iualilé des choses que t.A PvirhMn.uP.m. nar celle conduite au il était dans h l'on prend sans la participation de ceux à qui elles apparlieunenl; car lorsqu'on prend le bien d'un particulier, cela s'appelle proprement nu vol; quand on prend un bien public , ce vol est appelé péculal ; quand on réduit en servitude une personne libre ou le serviteur d'un autre, cela s'appelle un rapt ; quand on prend une chose sacrée, ce vol s'appelle un sacrilège , qui est le crime le plus détestable et le plus grand qu'on puisse commettre contre ce précepte, et qui cependant est présenlement très-commun , plusieurs ne faisant aucun scrupule de faire servir a leur propre convoitise et à leur sensualité des biens desUnes à 'servir au culte de Dieu , à l'entretien des ministres de l'Eglise, et à la subsistance des pauvres.

Dieu ne nous défend donc pas seulement par ce précepte le vol même, c'est-à-dire l'action extérieure du vol , mais le désir, la volonté de le commettre ; car l'esprit de la loi regarde le cœur, qui est la source de nos pensées et de nos désirs , parce , comme dit Not.re-Seigneur (Matth. 15, 19), que c'est du cœur que partent les mauvaises pensées , les meurtres , les adultères , les fornicalions, les larcins, les faux témoignages. Et Ton ne peut douter (pie le vol no soit un grand pécîié •• !a seule lumière de la naime et de la raison est sullii^ante pour nous en con\aincre. Car l' il est manilestenienl contraire à la justi«eqtii rend à chacun ce qui lui appartient, et qui veut, alin que la distribiilion et le partage des biens, qui est de tout temps établi par le droit des gens et conlirmé par les lois divines et humaines, ne soient point violés, que chacun possède paisiblement les biens qui de droit lui sont échus, si l'on ne veul déiruire la société humaine. Aussi l'Apôtre assure (1 Cor. G , 10), que ni les voleurs , ni les médisants , ni les ravisseurs du bien d'autrui, ne seront point liériliers du royaume de Dieu.

T Les suites malheureuses de ce crime en font encore voir davantage la grandeur, et le rendent loutà-fait insupportable ; car il est cause de plusieurs jugements téméraires , de haines, d'inimitiés, et même quelquefois de la mort des personnes innocentes.

3" Mais rien ne fait mieux connaître l'excès de ce péché, que la nécessité que Dieu impose de satisfaire à celui à (pii on a fait quelque lort, et que S. Auguslin nous a marquée par ces paroles : « Le péché de celui qui a pris le bien d'autrui n'est point rendis qu'il n'ait restitué ce qu'il a pris.» Car(piclle diflicullé n'a point un homme (jui a coutume de s'enrichir aux dépens des autres à faire restitulion? Chacun le peut juger par soi-même et par la manière dont en usent ordinairement les autres. El c'est ce que le prophète Ilabacuc marque parraitemenl, lors(pril dit (2, 6) : Malheur à celui qui amasse des biens qui ne lui appartiennent point. JSe cessera- t-il jamais d'amasser contre ^» .--, -> ^. . . ' r..- ;i pct usé

lui-même un tas de boue épaisse ? Car l'on voit que ce driez pas que l on vous fit a vous-même Car » esj aij^ prophète appelle une boue épaisse la possession des de juger de ces paroles, que ce pèche est de granuc biens d'autrui , pour montrer (pie, comme un homme étendue.

ire évidemment par celle conduite qu'il était dans la disposition de les prendre si l'occasion s'en fût préseuiée.

2° Ceux qui en vendant ou en achetant usent de fraude et de discours trompeurs, sont aussi coupables de ce crime, et Dieu punira les tromperies de ces personnes. Mais entre ceux qui commetlent celte espèce de vol, ceux-là commettent un plus grand péché, qui vendent leurs marchandises pour bonnes , lorscpi'ils savent (lu'elles ne valent rien et ne sonl pas telles qu'on les demande , ou qui vendenl à faux poids et à fausse mesure, et en moindre (luantité qu'il ne f;iut. Car il est défendu, dans le Deutéro.iome, d'avoir dans son sac des poids différents; dans le Lévilique,rft' faire aucune injustice , soit en jugement , soil pour la règle, le poids et la mesure : d'avoir des balances , des poids y un boisseau et un setier qui ne soient pas justes ; cl il esl dit dans les Proverbes , que le double poids est en abomination devant le Seigneur, et que la balance trompeuse n'est pas bonne.

5" Les ouvriers et les artisans, qui , quoiqu'ils n'aient pas travaillé comme ils le doivent , exigent néanmoins tout autant que s'ils l'avaient fait, sont encore visiblement coupables de vol. H on est de même d(;b serviteurs (jui n'ont pas le soin (pfils doivcni av()ir du bien de leurs maîtres qu'ils leur ont confié ; et ils sonl (rautant plus eoup-.ibhis (pie les autres voleurs à qui l'enlKM' de la maison est fermée, que tout, leur est ouvert , et «pie rien ne leur peut èlre caché (ians là maison de leurs maîtres.

4" Ceux qui par des paroles trompeuses et dissimulées et par une pauvreté feinte et aftectée, altrapentde l'argent, doivent être regardés comme des voleurs ; et ils font un péché d'autant plus grand , qu'ils ajoutent le mensonge au vol ;

5° Enfin ceux qui ont des appointements pour exercer quelque charge particulière ou publique, s'ils neiiligeiil de s'en acquitter et qu'ils ne laissent pas de jouir de ces appoinlemenls, sont de véritables voleurs. H faudrait trop de temps pour parcourir toutes les autres espèces de vol que l'avarice, qui est ingémeu e pour trouver toutes sortes de moyens d'avoir de l argent, a inventées , et même il serait irès-dillicile de le faire , comme nous l'avons déjà dit.

Quant aux rapines, qui est la seconde source de ces sortes de péchés, il sera bon que les pasteurs, avant que d'en expliquer les dilïérentes espèces, lassent taire réflexion aux fidèles sur ces paroles de l'Apôtre (o'i ini. 0*, 9) (pie tous ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et dans le piège du diable; et sur celles-ci de Noire-Seigneur (Mailh. 7, 12) : Agissez vousmême envers les hommes comme vous voudriez qu m agissent envers vous; et enfin sur ces autres du même Sauveur : Ne faites jamais à autrui ce que vous ne vou-^

PART, III. DES COMMANDEMENTS DE DIEU

La première espèce de rapine est donc celle que commetlent ceux qui ne paient pas aux ouvriiMS le salaire de leurs peines. Et c'est ce que S. Jacques a dit (5, 1 ) : Pleurez, riches ; poussez des soupirs et des cris dans la vue des misères qui doivent fondre sur vous ; et il eu ajoiile la raison (ib. 4) : Car sachez que le salaire que vous faites perdre aux ouvriers qui ont fait la réculte de votre moisson crie au ciel , et que les plaintes de ceux qui ont moissonné vos terres sont montées jusquaux oreilles du Dieu des armées. Et c'est celte sorte de rapine qui est si lorlenient condamnée dans le Lévitique, dans leDeutéronome, dans le p-rophèle Maiacliie et dans Tobie. 2" Ceux qui ne paient point, ou qui dét(*urneut et s'approprient les impôts, les tributs , les dîmes et autres choses semblables qui sont dues à TEgll e , aux princes et aux magistrats , sont coupables de ce crime. 5" Les usuriers, ((ui pillent et accablent le pauvre par leurs usures, sont aussi coupables de rapine, et même d'une rapine très-cruelle et très-pernicieuse. Or tout ce qu'on prend au-delà de ce qu'on a donné est usure , soit que ce soit de l'argent , soit que ce soit une chose qui se puisse acheter ou estimer à prix d'argent. C'est pourquoi le prophète Ezéchiel (18, 17) dit que celui-là sera juste qui n'aura point prêté à usure, et qui n'aura rien pris au-delà de ce qu'il aura prêté. Et Noire -Seigneur imus ordonne dans S. Luc (6, 35) de prêter sans en rien espérer. Ce péché a toujours été considéré,même par les païens, comme un crime très-^r;ind et très-odieux. C'est ce qui a fait dire à Cicéroii que prêter à usure et tuer un honune c'est la même chose. El en etFel , ceux qui prêtent à usure vendent deux fois une même chose, ou ils vendent ce qui n'est point.

4" Les juges qui, se laissant corrompre par de l'argent ou des piésenls , vendent la justice et font perdre une cause juste à un pauvre et à une personne de basse condition, sont des ravisseurs du bien d'autrui. 5° Ceux qui fraudent leurs créanciers , qui dénient leurs dettes, qui, après avoir pris du temps pour payer les marchandises qii^ils achètent, ne s'acquittent pas de la parole qu'ils ont donnée eux-mêmes ou par un répondaMi, seront condamnés comme coupables du crime de rapine. Et leur crime est d'autant plus Rrand, qu'ils sont cause (jue l 'S marchands, sous prétexte de leur mauvi)jse foi , vondciit les cl»^se^ hcuuxMip plus cher qu'elles no v.tlcrit, cf' qui (miisc un i^rand préjudice au piinlic. \}r sorte (|iie o>st avec beaucoup de laiion qu'(Mi aiiribue à'ces sortes de personnes ce que dit David (ns. 5(1, ^1\) <iue le pécheur empruntera . et i\\.\ll ne paiera point.

b" Les riches qui exigciit avec dureté ce qu'ils ont prêté à des personnes (jui sont dans l'impuissance de leur rendre , ou qui retiennent , contre le commandeinenl de Dieu , les choses qu'ils eu ont reçues en gage, qu()i(|ue nécessaires pour couvrir leur corps, sonten- C(tre ccuipables de ce crime. Si votre prochain, dit D'hn (Ex. 22, 2G), vous a donné sa couverture en gage, rendez-la-lui devant que le soleil se couche; car il n'a que :ela pour se couvrir , et oii il puisse dormir ; si vous ne [e faites et quil crie vers moi , je l'exaucerai , parce que 'e suis miséricordieux. Ahisï c'est avec justice que la lurclé que ces personnes font paraître par cette exac- »0j' est appelée une pillerie et une rapine.

T i.es SS. Pères meitent encore au nombre des ra- -isscnrs du bien d'autrui ceux qui dans la disetie des crains les resserrent et les cachent, et qui font par eur conduite qu'ils en deviennent plus chers et plus lifficdes à avoir; ce ({u'il laut éiendre à toutes les noses qui sont nécessaires à la vie. Et ce sont ces )ersonnes que regarde cette malédiction de Salomou Froy.il, 26) : Celui qui cache le blé sera maudit du wuple. Amsi il faut que les pasieurs avertissent- souvent ces personnes qu'ils commettent en cela de très- Tands crimes , et leur représentent avec étendue les •emes dojit ils sont menacés.

Voilà ce qui regarde la défense que Dieu nous fait ar ce commandement, il faut maintenant examiner t expliquer ce a quoi il nous oblige.

§ 3. 4 qno} Dieu nous oblige par ce commandement Il est certain que la reslilulion est une des principales choses à quoi Dieu nous oblige par ce commandement; car, selon S. Augustin , le péché du vol n'est point rends qu'on n'ait restitué ce que l'on a pris.

Or non seulement celui qui a commis le vol est cDiige de restituer à celui à qui il a fait tort, mais encore tous ceux qui y ont eu part. Ainsi, conune l'on peut participer en plusieurs manières à ce crime il est nécessaire que les pasteurs les expliquent avec soin, afin que l'on puisse connaître quand on est oblige a restituer.

L'on est donc participant d'un vol, 1° lorsqu'on le commande. Et cetle manière d'y participer est la plus crimmelle de toutes, puisque non seulement ou s'en rend complice, mais même l'auteur.

2" Lorsque n'ayant pas assez d'autoriié pour le commander, on porte néanmoins les autres à le commettre. En quoi l'on se rend aussi criminel que si on le commandait, puisqu'on en a la volonté, et que ce n e^st que faute de puissance qu'on ne le fait pas.

ù" Lors(iu'on est de concert et d'intelligence avec les voleurs.

r Lorsqu'on a part dans le gain que ceux qui le font en reiirent, si toutefois on peut appeler un gain une chose qui rend digne des supplices éternels si on ne la restitue. Et c'est de cette sorte de voleurs que David i)arle quand il dit : Loisque vous aviez trouvé un voleur, vous couriez avec lui.

5" Lorsque pouvant empêcher les vols , bien loin de le faire , l'on souffre et l'on permet qu'on les fasse impunément.

r Lorsqu'ayant connaissance d'im vol et du lieu où on la fait , bien loin de le découvrir, au contraire on le dissimule et on le cache.

7'' P:nfin lorsqu'on aide les voleurs, qu'on les défend qu on les protège , qu'on leur donne retraite et qu'oiî les retire chez s )i.

Ainsi ceux qui participent en quelqu'une de ces manières au vol sont obligés à restitution ; et les pasteurs doivent les exhorter fortement à s'en acquitter comm« d une obligation indispensable.

^ Mais, de plus, ceux qui louent et approuvent ie< v/>leurs parlK-ipenl en (juchpie soi'lc à W.ur cr^nif Ei h^ enriiiits de lamille cî les femmes uni dérobent de l'argenl a leurs pères et à leurs maris ne smit pus cxenmts de ce péché.

La seconde obligation (pie Dieu nous impose par ce précepte est d'avoir c()nip:issinn des pauvres et de, misérables , de les soulager de nos biens, et de les sel courir dans leurs besoins et leurs misères. C'est à quoi leurs pasieurs doivent exhorter souvent les lidèles El afin qu'ils puissent aisément les convaincre de l'obligation (ju'ils ont de s'acquitter avec joie , avec afjection et avec ardeur de ces devoirs de charité envers les pauvres , ils acront soin 1" de leur projioser ce (lue b. Cyprien, S. Cregoire de Nazianze el plusieurs auires saints qui ont cent si avantageusement de l'aumône ont dit de plus fort et de plus excellent sur ce ««liel' 2 Ils leur représenteront cette vérité de l'Evangile, que Notre-Seigneur, au jour du jugement, aura en execnuion, et condamnera aux flammes éternelles ceux qui aHiront négligé et omis de faire l'auinô.;e et les autres œuvres de charité : au lieu qu'il bénira et donnera le paradis à ceux qui auront assisté le^ pauvres et les misérables. Car c'est Jésus-Christ lui-même qui a prononcé de sa propre bouche ces deux jugements a l'égard de ces deux sortes de personires.

cl aux premiers: Retirez-vous de moi, maudits et allez au feu éternel, '

Enfin ils leur proposeront les passages de l'Ecriture qui sont les plus propres à les persuader de cetle venté ; comme ces paroles ( Luc. 6, 38) : Donnez a il vous sera donné; cetle promesse ample el magnifia

CATÉCHISME DU COiNClLE DE TRENTE.

que au-delà de tout ce que Ton petit penser, que Jesiis- Christ a faite, lorsqu'il a dit ( Marc. 10, 29): Personne ne quittera pour moi et pour rtvangi!e , sa mmson ses frères , que présentement dans ce siècle même H n'en reçoivent cent fois autant , et dans le siècle avenir la vie éternelle ; et ce qu'il dit dans S. Luc (16, 9 ) : Employez les richesses injustes à vous faire des amis , afin que lorsque vous viendrez à manquer , ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.

Mais comme les pasteurs ne doivent pas se contenter de faire voir aux fidèles l'obligation qu'ils ont de faire l'aumône et d'être libéraux envers les pauvres, mais encore leur marquer jusqu'où s'étend celle obligation qui est si indispensable , ils leur montreront qu'elle oblige : 1" lorsqu'on ne peut rien donner aux pauvres, à leur prêter du moins sans eu rien espérer. Et c'est ce que Jésus-Christ nous ordonne par ces paroles (Luc. 6, 55) : Prêtez sans en rien espérer ; ce qui a paru un si grand avantage à David, qu'il appelle (ps.-iO, 1 ) heureux celui qui donne et prête aux pauvres. T Lorsqu'on n'a pas d'ailleurs le moyen de leur faire du bien , à se mettre en état par le travail de ses propres mains d'avoir de quoi leur donner dans leur indigence, ce qui sera en même temps un moyen d'éviter l'oisiveié. C'est à quoi saint Paul exhorte tout le monde par son exemple, lorsqu'il dit dans son Epîlre 2 aux Thessaloniciens (3, 7) : Vous savez vous-mêmes ce qu'il faut faire pour nous imiter ; (IThess. 4,11) qu'il faut vous étudier à vivre enrepos, vous appliquer chacun à ce que vous avez à faire, et travailler de vos propres mains , ainsi que nous vous Cavons ordonné; que celui, dit-il encore aux Epliésiens (4, 28) , qui dérobait ne dérobe plus , mais qu'il s'occupe en travaillant des mains à quelque ouvrage bon et utile, pour avoir de quoi donner à ceux qui sont dans l'indigence.

5" Enlin à être sobre et modéré , et à prendre bien garde de ne pas mal user du bien des autres, de peur que nous ne leur ôlions le moyen d'en assister d'autres , et que nous ne leur soyions à charge. C'est ce que tous les apôlres ont pratiqué d'une manière admirable, mais particulièrement S. Paul , comme il le témoigne lui-même par ces paroles de son Epllre 1 aux fhessaloiiicieus (2, 9) : Vous vous souvenez, mes frères , de la peine et de la fatigue que nous avons souffertes en travaillant jour et 7iuit pour n'être à charge à aucun de vous. Ce qu'il répèle encore en un autre endroit : Nous avons été accablés de lassitude et de peine en travaillant jour et nuit pour n'être à charge à personne (2 Thess. 0, 8).

Au reste , afin que les pasteurs puissent imprimer davantage d'horreur aux (idèles pour toutes sortes de vols et de rapines, il laul qu'ils leur représentent avec quelle horreur les prophètes et toute l'Ecriture sainte parlent de ces crimes , et quelles sont les menaces épouvantables que Dieu fait à ceux qui les commettent. Entendez-vous ce que dit le Seigneur , s'écrie le prophète Amos ( 8, 4) , vous qui foulez aux pieds le pauvre et qui en diminuez le nombre à force de l'opprimer; qui dites : Quand est-ce que le mois de la moisson sera passé et que nous pourrons vendre nos marchandises ? Quand est-ce que le sabbat cessera , afin que nous ouvrions nos greniers et que nous vendions nos blés, que nous diminuiojis la mesure , que nous augmentions la valeur des monnaies , et que nous supposions défausses balances? \i y a plusieurs semblables menaces dans Jérémie , dans les Proverbes et dans l'Ecclésiastique. Et il ne faut point douter que la plupart des malheurs de notre lemps ne viennent de ces désordres qui sont des semences de toutes sortes de maux.

H faut aussi, pour engager davantage les fidèles à être libéraux et bienfaisants à l'égard des pauvres , (|u'ils leur proposent les grandes récompenses que Dieu promet de donner €l dans cette vie cl dans l'autre à ceux qui en useront de la sorte à l'égard des pauvres.

pi il faut ici que les pasteurs ne manquent pas de

désabuser quantité de persoimes qui prétendent par de faux prétextes justifier leurs vols. Car il n'y en a point qui puissent excuser ce péché devant Dieu ; bien loin de le diminuer, ils ne servent qu'à l'augmenter. Ainsi les personnes de qualité qui dissipent, et s'emparent du bien d'autrui pour fournir à leurs excès et à leurs dépenses, sont lout-à-fait inexcusables, quoiqu'ils assurent qu'ils ne le font ni par cupidité, ni par avarice, mais seulement pour maintenir la splendeur et la gloire de leur famille et de leurs ancêtres , qui autrement ne subsisteraient plus. Il faut donc tâcher de détromper ces personnes de celte erreur pernicieuse» en leur faisant voir qu'il n'y a qu'une voie légitime de conserver et d'augmenter leurs richesses , leurs biens , leur élévation et la gloire de leurs ancêtres , qui est d'obéir à la volonté de Dieu et d'observer ses commandements; au lieu que le mépris de ces mêmes commandements est capable de renverser les familles les plus riches et les mieux élablies , de précipiter les rois de leurs trônes , de les faire déchoir du souverain degré d'honneur où ils sont élevés , et d'obliger Dieu à mettre en leur place des hommes de la dernière condition, et pour qui ils ont eu plus d'aversion et de mépris. Car il n'est pas croyable combien ces personnes irritent la colère de Dieu. C'est ce que nous apprenons de ces paroles d'Isaïe ( 1 , 23), qu'il met dans la bouche de Dieu même : Tes princes, ô Jérusalem ! sont infidèles ; ils sont d'intelligence avec les voleurs, ils aiment tous les présents, ils recherchent les récompenses. C'est pourquoi, dit le Seigneur, le Dieu des armées , la force d'Israël : Malheur à ces personnes : car le temps viendraque je me réjouirai de la perte de mes ennemis j et que je me vengerai d'eux; au lieu que je te prendrai en ma protection , et que je te purifiercû entièrement de toutes tes impuretés.

II y en a d'autres qui n'excusent pas leurs vols sur la nécessité de maintenir la gloire et la splendeur de leur maison, mais parcequ'autrementilsne pourraient vivre ni si commodément, ni si à leur aise. 11 faut donc encoredéiromper ces personnes, etleur faire voir que leur dépense est aussi impie que leur action, puisqu'ils osent préférer leur commodité à la volonté et à la gloire de Dieu , que nous offensons étrangement lors que nous négligeons et méprisons ses commandements. Mais, tout bien considéré , quelle commodité peuvent-ils espérer d'une chose qui ordinairement a des suites si funestes? Le voleur , dit l'Ecclésiastique (5, 17), sera couvert de confusion et sera rongé par les remords de sa conscience, lihis, quand même ils n'auraient rien à craindre de semblable, ne suffit-il pas, pour les empêcher de commettre le mal, de savoir qu'ils déshoncr* rent le nom de Dieu, qu'ils résistent à sa sainte volonté, et qu'ils méprisent ses commandements, qui sont si siilutaires ; ce qui est la source de toutes sortes d'erreurs , do méchancetés et d'impiétés ?

11 y en a encore d'autres qui prétendent qu'ils ne sont point coupables de vol, parce que ce qu'ils prennent , ils ne le prennent qu'à des gens riches, qui en reçoivent un dommage si peu considérable, que même à peine s'a perçoivent-ils de ce qu'ils leur ont pris. Cependant celle excuse est très-injuste et très-pernicieuse?

Il y en a d'autres qui s'imaginent que l'habitude qu'ils ont contractée de voler leur est une excuse légitime pour voler. Mais s'ils ne suivent ce conseil de l'Apôtre (Eph. 4, 28) : Que celui qui dérobait ne dérobe plus, il faudra aussi qu'ils s'habituent, soit qu'ils le veuillent ou qu'ils ne le veuillent pas, à souffrir les peines éternelles.

Il y en a aussi quelques-uns qui excusent leur vol sur l'occasion qu'on leur en a donnée ; car on dit communément que l'occasion fait le larron. Mais il faut les désabuser de cette misérable opinion par celte seule raison qu'ils sont obligés de résister aux désirs de leur convoitise. En effet, s'il était permis de faire ce que notre convoitise nous suggère, quel nombre infini de crimos et de raéchanceiés ne commct-

PART. îir. DES COMMANDEMENTS DÉ DIEU.

trait-on point tous les jours ? Cette excuse est donc 'très-honteuse, ou, pour mieux dire, c'est plutôt wn aveu de son injustice et du peu dVinpire qu'on a sur SCS passions. Car celui qui dit qu'il ne pèche point, parce qu'il n*en a pas l'occasion , fait la même chose que s'il disait qu'il pécherait continuellement, si l'occasion s'en présentait toujours.

II y en a même qui prétendent qu'il leur est permis de voler pour se venger du tort qu'ils ont les premiers reçu. Mais il faut leur représenter que s'il n'est jamais permis de se venger ni de se l'aire justice à soi-même : il est encore moins permis de se venger de l'injustice qu'un autre nous a faite sur des personnes qui ne nous ont fait aucun tort.

Enfin il y en a qui prétendent justifier leurs vols et être en sûreté de conscience, lorsque c'est seulement pour payer leurs dettes dont ils sont accablés et dont ils ne pourraient se libérer autrement. Mais pour les retirer de cette erreur, il I-iul leur faire concevoir qu'ils n'ont point de dettes plus considérables et dont ils soient plus pressés que celles que nous demandons tous les jours à Dieu qu'il nous remette par ces paroles de rOraison dominicale ( Matlh. 6 , 12) : /?etneltez-nous nos detles ; et qu'ainsi c'est la dernière folie de prétendre s'acquitter envers les hommes, en se rendant de plus en plus redevable à Dieu par de nouveaux péchés ; qu'il vaut mieux être pour un temps dans une prison que d'être condamné aux supplices éternels de l'enfer ; que c'est une chose bien plus terrible d'être condamné de Dieu que des hommes, et enfin qu'ils doivent recourir à Dieu avec confiance et humilité, afin d'obtenir de sa bonté et de sa miséricorde leurs besoins et leurs nécessités.

Il y a encore plusieurs autres prétextes dont les hommes se servent pour justifier leurs vols, dont il sera aisé aux pasteurs de faire voir l'injustice et la fausseté. Et c'est à quoi ceux qui ont du zèle s'appliqueront avec soin , afin que leurs peuples soient fervents dans les bonnes œuvres.

HUITIÈME COMMANDEMENT DE DIEU. — Vous ne

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