COMMETTREZ POINT FAUX TÉMOIGNAGE CONTRE VOTRE PROCHAIN
L'apôtre S. Jacques nous fait voir non seulement qu il est tres-utiIe , mais même nécessaire d'expliquer souvent ce commandement aux fidèles et de les avertir ilele garder exactement, lorsqu'il dit (3, 2) que celui qm ne fait point de fautes en parlant, c'est un Itomme parfait. La langue, dllAl au même lieu, n est qu une petite partie du corps, et cependant combien te peut-elle vanter de faire de grandes choses : ne vouez -
, vous pas combien un petit feu est capable d'allumer du bois? et le reste qu'il ajoute dans le même sens. Ces paroles nous avertissent de deux choses. La première est que le péché de la langue est de irès-ffrande étendue, comme le Prophète-Roi le confirme par ces paroles (psal. 115, H) : Tout homme est menteur; en
isorte qu il ny a presque que ce seul péché, dont il semble qu'il n'v ait personne qui soit exempt. L:. seconde qu jI est la source d'une infinité de maux Car il
I arnve assez souvent que la malice d'un médisant es cause de la perle des biens , de la réputation , de h
I vie et du salut même, ou de celui qui est offensé en nesupportant pas patiemment les injures qu'il a reçues et en cherchant tous les moyens imaginables de s'en venger; ou de celui qui lait l'injure, qui étant retenu par une mauvaise honte et par h criinte de perdre une fausse opinion de réputation, ne peut être norîé a faire sal.slaction à celui qu'il a offensé. A^nsfles pasteurs exhorteront les fidèles de rendre à S de
cZl?f^' """"'T^ ^^ ««-â^^s à leur avoir fait ce commandement de ne porter point de faux te^mo? gnages, puisqu'il ne nous défend pas seu emeni ?o ' ™ ;»7 ^"^.^« ^«'l ; «"«is même qi'u nous met à
CoNc. DE Trente, I.
Mais afin de garder en expliquant ce précepte le même ordre que nous avons tenu dans les autres , il faut remarquer qu'il renferme deux sortes de commandements : l'un négatif, qui nous déferid de porter faux témoignage; l'autre positif, qui nous ordonne d'êire sincères et véritables dans nos paroles et dans nos actions , nons éloignant de toute dissimnlatioo et de t(iute tromperie. C'est cette double obligation que ! Apoiie nous a niarquée par ces paroles ( Eph. 4, 15 ) : Pratiquez la vérité par la charité, afin que vous puissiez croire en toutes choses dans Jéms-Christ. § 1. Ce que Dieu nous défend par ce commandement. Il faut savoir 1° que quoique par le faux lémoiffnaffe qui est défendu par ce commandement il faille entendre tout ce qui se dit affirmativement d'un autre en bonne ou mauvaise part, soit en justice ou autrement néanmoins le faux témoignage que Dieu nous défend principalement ICI est celui qu'on rend en justice contre la venté , après avoir prêté le serment qu'on a coutume d'exiger. Car celui qui est témoin en justice prend Dieu à témoin ; et son témoignage étant ainsi autorise du nom de Dieu qu'il invoque, est d'un ffrand poids pour le faire croire. Ainsi comme ce témoi^na^e est d'une extrême et dangereuse conséquence , Dieu le défend particulièrement par ce commandement. En elïet le juge même n'a pas la liberté de rejeter des témoins qui ont fait serment, s'il n'y a de justes raisons de les récuser, ou qu'ils soient manifestement reconnus pour gens de mauvaise vie ; car il est ordonné par la loi de Dieu que le témoignage de deux ou trois personnes sera jugé véritable.
II faut, en second lieu, pour avoir une parfaite intelligence de ce commandement, savoir ce qu'il faut entendre par le mot de prochain contre qui Dieu nous^ celend de porter faux témoignage.
Le prochain , selon que nous l'apprend Notre-Seigneur Jésus -Christ, est tout homme quia besoin de notre secours , soit qu'il nous soit parent on non, soit qu'il soit notre concitoyen ou un étranger, soit qu'il soit notre ami ou notre ennemi. Car il n'est pas permis de croire qu'on puisse porter un faux témoit^naffe contre ses ennemis, que Dieu et Jésus-Christ nous commandent d'aimer.
Et comme chacun se lient lieu en quelque sorte à lui-même de prochain , personne ne peut aussi «ans crime porter faux témoignage contre soi-même parce que ceux qui le font en se diffamant ainsi'euxmemes, offensent en leur propre personne l'Eglise dont ils sont les membres , de la même manière^que ceux qui se tuent eux-mêmes nuisent à la république. Cest ce que S. Augustin nons apprend par ces paroles (de Civil. Dei, lib. 2, c. 20) : Il pourrait , dli^il sembler a des personnes peu éclairées qu'il n'est pas défendu de porter faux témoignage contre soi-même, parce que dans le commandement de Dieu il est seulement défendu d'en porter contre le prochain. Mais cela ne fait pas que si quelqu'un porte un faux témoignage contre lui-même, il ne viole ce commandement, puisque l'amour de nous-mêmes devant être la règle de l'amour du prochain, nous ne devons pas aimer le prochain plus que nous-mêmes f i
Dieu ne nous défend pas seulement par ce précepte de nuire a notre prochain par un faux témoignage mais même de procurer par un parjure quelque avantage a qui que ce soit, même à ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou de la religion. Car s'il jî est pas permis de procurer du bien à un autre par le mensonge et la fausseté , il est bien moins permis de le faire par le parjure. C'est pourquoi S. Augustin dans son hvre du Mensonge, qu'il adresse à Crescence, montre, par l'autorité de S. Paul, que c'est porter un faux témoignage contre une personne de lui donner de fausses louanges. Car examinant ces paroles de cet apôtre (1 Cor. *5, 15) : Nous serons nous-mêmes convaincus d'avoir été de faux témoins en parlant au nom de Dieu, puisque nous avons rendu témoignage contre Dieu même en disant qu'il a ressuscité
{Treize.)
çalTèchisme du concile de trente.
Efen .fferieT suUe^'de ce péché sont lout- à-fait Dernicieuses. Car il arrive souvent que celui qui favoîfse l'iM p^r un faux témoignage nuit en même ' ïèmp à un autre; qu'un juge étant surpris par de f^uxtémoins est obligé de juger même c(mtre la îuslire en faveur de 1 injustice , et ainsi il tombe dans l'erreur sans craindre d'en être puni ; et que quelquefois celui qui a gagné sa cause P^f^e/aux témoignage d'un autre, lout joyeux de sa détestable victoire, se fait une habitude de corrompre et demplovev de faux témoins , par le moyen desquels il esrère venir à bout de tout ce qu'il entreprend. Le panure est encore très- pernicieux au témoin ême: Car, outre qu'il est regarde de celui qu il a
même
servi et aidé par son parjure comme un faussaire et un parjure, voyant lui-même que son crime a eu le
'"'t/ll'àblt^eTat^oS^ nu^iu^ayde^louanges affectées et agréables dansjej
irdeYient plufplus^ ^œurs de ceux dont ils espèrent quelque grâce, de 1 arj
trouvait personne qui les écoutât.
Ceux qui , par leurs intrigues , désunissent des per-a sonnes et les commettent les unes contre les autres ,1 et qui prennent plai.Jr à semer des discordes , aflnfl qu'en rompant par de faux rapports l'union très-j éiroite qui est entre des amis intimes , ils les forceni à se déclarer une guerre immortelle , et à deveniri des ennemis irréconciliables, ces personnes , di^- je ,| sont aussi coupables du violement de ce précepte.! Dieu fait voir combien il déteste ces hommes , plus! dangereux que la peste même, lorsqu'il dit (Lev. 19);| Vous n'imposerez point de faux crimes à qui que ce soiti et vous ne médirez de personne. Il y avait plusieurs dq ces sortes de gens parmi ceux qui étaient du consei| de Saùl , qui lâchaient de l'éloigner de David et de l'animer contre lui. ,
Ceux qui sont flatteurs et complaisants , qui s insi^
Connue la supposition des témoins, leurs mensonges et leurs parjures sont défendus par ce commandement ceux des parties , des avocats et des procureurs et généralement de toutes les personnes qm ont part aux ju£çemenls , y sont aussi défendus.
Enfin Dieu défend tout témoignage , non seulement (lui se porte en justice , mais aussi ailleurs, qui peut
cœurs de ceux dont ils espèrent quelque grâce, de l'ar gent ou de l'honneur, leur faisant accroire, comme di le Prophète! Isai. 5, 20), que ce qui est mal est un bien ei ce qui est bien est un mal, pèchent encore contre C( commandement; David nous exhorte de n'avoir au cune communication avec ces personnes , et de nou éloigner d'elles , quand il dit (psal. 140, 5): Que / juste me reprenne par charité , et qu'il me corrige; mai
^,.^ //,» «.•//•ii/iM/c na rpwnniipnt nnint. Ifiurs nPA'nîcieUX Vl
qui se porte en £tice ma . --^--^ '^^-^^.^ ^ Ç^s^Mants ne répandent point leurs perniâeux par être nuisible et ^«^^'T'^'S^.^yl^;^^ y^us fums sur ma tête. Car quoiqu'ils ne parlent point mt
se voit par ces paroles ^u Lev 'que (1^ 1) .Vous ^^^^ ^"'p;^ , ^^j néanmoins ils lui huisent extrême ne déroberez point, vous ne »^^»^ f Y^j^/'^J^f,^^^^ ment parce qu'en le louant dans le mal qu'il fait il
îouterX's rm'/nstTe-s sont nterdits 7cZZ- M donn'ent lie'u d'y persévérer pendant toute sa vie Snar ce con^^^^^^ Et c'est ce que David dé- Mais il n'y a point de flatterie plus "^aligne qu;
nés par ce commanuuiem 1- 7\ • VoMs»erdre;5. lorsque l'on en use à dessein de surprendre et d
clare clairement lorsquil ^'^/W perdre son prochain. Ce fut par cet esprit de ms
Seigneur, tm^ ceuxqm P.^J'^^^^^^^^^^^ ^^, dé- E e'que sLl, désirant d'exposer David à la furet
feifduVarSe^^^^^^^^ ^^diSnce , eVauxlrmes d^s Philistins, afin qu'ils lui olâssent 1
m est^'L pestrcrtag^ d'où naît un nombre in- vie, lui dit (1 Reg. 18, 1 i):Je vous donnerai M ewb^ ?il .1 irde mauxZrribL L'Ecriture condamne ce ma fille aînée, enmanage , pourvu que vous vous con î[ce en D us^^^^^^^^ Je ne mangeais pas, dit portiez en homme de cœur, et que vous voubez combalt
T)avid f 0 00 Tavc le médisant. Et S. iacques pour le Seigneur; et q»e les Jinfs voulant surprend, s elLte à le fuir! lorsqu'il dit (4, 11 ) : Mesjrè- Jésus-Christ liu dirent (Malth. 22, 16; Marc. 12 U s exuorie a le luu , luiaq ^ v , j Maître, nous savons que vous êtes smcere et vertlabli
et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité.
Cependant les discours que tiennent quelquefois 1( amis, les alliés et les parents à des personnes altî; quées d'une maladie mortelle, et près de rendre dernier soupir, en les assurant qu'elles ne sont en ai cun péril de mort, et qu'elles n'ont au contraire qu'à i tenir gaies et joyeuses, en leur conseillant de rejet: la pensée de confesser leurs péchés, comme ui
res ne parlez point mal les uns des autres.
Et non seulement l'Ecriture sainte défend et damne expressément la médisance, mais encore eue nous en propose des exemples capables d'en faire connaître l'excès et la grandeur. Car elle nous apprend qu'Aman anima d'une telle colère Assuerus contre toute la nation des Juifs, en leur imposant de faux crimes , que ce roi ordonna qu'on les tuât tous. L'on peut reuiarquer dans l'Ecriture sainte plusieurs exemples semblables dont les pasteurs pourront se servir pour inspirer de l'horreur aux lidèles pour un si détestable crime.
Mais afin qu'on connaisse plus parfaitement jusqu'où s'étend le crime de la médisance , il faut savoir qu'on ne blesse pas la réputation d'un homme seulement en lui imposant de faux crimes, mais encore en au<^meniant ceux dont il est efleclivement coupable , ou°en publiant une chose qu'il a commise en secret, qui , venant à être connue , lui fait perdre en même temps sa réputation. Celui aussi qui , sans nécessité et sans avoir égard au temps , au besoin et aux personnes , publie une chose qui doit être cachée , est un calomniateur et un médisant.
Mais de toutes les médisances il n'y en a point de plus criminelle que celle de ceux qui parlent mal des vérités delà foi, et de ceux qui la prêchent, ou qui louent au contraire ceux qui publient une mauvaise doctrine et des erreurs.
pensée qui ne peut servir qu'à les attrister ; et en! en les détournant d'envisager sérieusement le dang; extrême auquel elles sont exposées ; ces discours, di je, sont encore une espèce de flatterie incornparabl ment plus criminelle et plus pernicieuse que tout les autres. Car, s'il faut fuir toutes sortes de me songes , et principalement celui qui peut nuire ik lablement au prochain, il est certain que c'est joii dre l'impiété au mensonge que d'en user dans 1 choses qui regardent la religion.
Dieu est encore grièvement oficnsé par les calw nies et les discours injurieux que l'ou répand par d libelles diffamatoires , et autres semblables livres o trageux.
C'est même une chose indigne d'un chrétien tromper par un mensonge officieux ou fait de ga; de cœur, quoique personne n'en reçoive aucun t( ou aucun avantage , puisque c'est pécher contre ( avertissement de l'Apôtre (Eph. 4, 25) : En vousel
('innp ei ciBS erreurs* »«»^«»»kj«jvy»»»»y».»"^ .•—j.w— — \^^i — > / ■
Ceux qui écoutent les médisants et les calomnia- gnant de tout niensonge, que chacun de ^ousparie
teuis, et qui bien loin de les reprendre les approu- son prochain dans la vente. Et certes il tsitres-a
vent et les croient volontiers, ne sont pas moins de passer du monsonge léger »» "^^'"fO"?^ ^'f. fj*"*
«ouyaWes qu'eux cl M pèchent pas moins contre ce quencc ; ei les hommes s accouiumeul in;>ensU)ieaw
t>ART.IlI. DES COMMANDEMENTS DE DIEU.
par les mensonges faits par raillerie et par divertisse- ger de causes injustes, à ne point prolonger les nm
ment à en faire de très-pernicieux et de Irès-crimi- ces par de faux incidents et à ne les poinl en'retpriir
iiels. Aussi ceux qui sont sujets à ces sortes de men- pour satisfaire leur avarice; enfin à ne prendre no p
fioéges ne passent pas ordinairement pour véritables, récompense de leur travail que ce que la iusiire p»
et ils sont continuellement obligés de jurer pour don- l'équité leur permettent. j c ci
lier quelque créance à leurs paroles.
Enfin toute sorte de dissimulation et d'hypocrisie est inierdite par ce commandement ; car non seulement }e.s paroles, mais même les actions trompeuses et dissimulées sont criminelles , nos paroles et nos actions
Et pour les demandeurs et ceux qui se portent parlies, ils sont obligés de prendre bien garde de ne se point porter ou par l'afifection qu'ils portent à un autre, ou par la haine qu'ils ont pour celui qu'ils accusent, ou par quelque autre passion secrète, à em
étant également les signes de nos pensées , d'où vient ployer des faussetés et de fausses accusations pour
Que Notre-Seigneur appelle souvent les pharisiens Iiy- faire condamner ceux contre qui ils se noriom Zl
pocriies a cause de leur dissimulation (Matlh. 15, 7). lies. puuuu par-
Voilà en quoi consiste la défense que Dieu nous 5" Enfin Dieu oblige par ce commandement toutes
fait par ce commandement. Il faut maintenant exami- les personnes de piété de dire touiours la \Xjf^
ner à quoi il nous oblige. d'être sincères en toutes leur paroles , de ne iamais
§ 2. A QUOI Dieu nous oblige par ce commandemenl. rien dire qui puisse nuire à la réputation d'anfr,;
Premièrement Dieu oblige les juges par ce commandement à garder les lois et la justice dans leurs
(rut ; de ne point juger qu'après avoir ouï les parties et avec connaissance de cause. Ce fut manque d'avoir observé cette condition que les prêtres et les docteurs de la loi condamnèrent injustement saint Etienne ,
même de ceux dont ils sont tourmentés et persécutes, se souvenant qu'ils doivent faire tous leurs efforis pour conserver la paix et l'union avec tout le monde comme étant tons membres du même corps. '
§ 3. Ce qui doit obliger à fuir le mensonge et que l'on ne peut le justifier par aucune juste raison. Ce qui doit donner plus d'aversion et d'éloiffnejnent pour le monsonge, c'est r qu'il est loul-à-fait honteux et infâme, rendant enfants du diable ceux oui
(Act. /, 17) et que les magistrats de Philippes commi- le commettent ; car, dit saint Jean (8 U) • Comme Ip
rent la même injustice a 1 égard de saint Paul et de démon n'est point demeuré dans la vérité, il est menteur
Silas, comme il s'en plaignait lui-même lorsqu'ils en- et père du mensonge ""^mcur
voyèrent dire au geôlier de la prison où ils étaient T Qu'il jette ceux qui le font dans de très-irrinric
retenus de les laisser aller : Quoi /j'dit saint Paul (ib.,16, maux et de très-grands malheurs. Et comme ils sont
57) , après nous avoir publiquement battus de verges sans presque infinis, il suffira que les pasteurs en mirmiPnf
connaissance de cause, nous qui sommes citoyens ro- ï'^e nrinm'no..^ «..: o^..* i^„ -„.A. . . "iai4uciii mains, ils nous ont mis en prison, et maintenant ils nous en font sortir en secret; de ne condamner point les innocents et de n'absoudre point les coupables , et enfin
les principaux qui sont les sources de tous les autres.
Le premier des malheurs où tombe un homme par le mensonge , c'est qu'il le rend l'objet de l'aversion
de ne se point laisser corrompre par les présents ou et de la délestation de Dieu'lFuaTx clwser^â'xu!^
par la faveur , par la haine ou par l'amitié , c'est de Sage (Prov. 6, 16), que Dieu hait, et son âme détese la
quoi Moïse avertit ceux qu'il avait établis pour juger septième : des yeux altiers , une langue amie du men.
le peuple (Deut. 1, 16) : Prenez garde , leur dit-il , « songe, des mains qui répandent le Lia innocent un
rendre justice a tout le monde , a l étranger comme au cœur qui forme de noirs desseins , des pieds léqprs pour
citoyen. Tout le monde vous sera égal. Vous écouterez courir au mal, le témoin trompeur qui assure des meZ
le pauvre comme le riche; vous ne ferez point acception songes et celui qui sème des dissensions entre les frères
de personnes, parce que cest Dieu qui vous a établis Qui osera donc promettre l'impunilé à celui noir nnî
Vow rendre justice a son peuple. Dieu témoigne une haine souveraine ? Ne doit-il pas
2 Dieu ordonne aux criminels par ce commande- au contraire en aiiendre les derniers supplices
ment de dire la vérité lorsqu'ils sont interrogés en juslice; cet aveu étant glorieux à Dieu, comme il paraît par ces paroles de Josué à Acham (Jos. 7,19): Mon enfant, rendez gloire au Seigneur, le Dieu d Israël.
3" Non seulement il défend aux témoins, que ce précepte regarde particulièrement , de porter faux témoignage, mais encore il leur ordonne de dire la vérité ; car il est d'une extrême conséquence pour jes affaires humaines que les témoins soient véritables, puisqu'il y a une infinjié de choses qu'il est important de savoir , dont on ne peut néanmoins être assuré que sur le témoignage et sur la bonne foi des témoins. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin : que celui qui lait la vérité et celui qui parle avec mensonge sont également criminels , celui-là parce qu'il ne veut pas profiter aux autres, et celui-ci parce qu'il leur veut nuire.
Ce n'est pas qu'il ne soit quelquefois permis de taire la vérité quand on ne la demande pas en justice; mais lorsqu'un témoin est interrogé par le juge selon les formes de la justice, il est absolument obligé de la dire. Les témoins, toutefois, doivent bien prendre garde qu'en se fiant trop à leur mémoire ils n'affirment quelque chose dont ils n'ont pas une parfaite connaissance.
4" Ce précepte oblige encore les avocats , les procureurs , les demandeurs et ceux qui se portent parties, a dire la vérité; eien particulier il oblige les avocats et les procureurs à ne pas refuser leur iBavail et leurs secours lorsque leurs parties ont besoin d'eux aj^roleger volontiers les pauvres , à ne se point cliar-
2 Mais qiCy a-t-il, comme dit saint Jacques (3, 9) déplus honteux et de plus inique que de faire servir la même langue par laquelle nous bénissons Dieu notre Père à maudire les hommes qui sont créés à l'image et à la ressemblance du même Dieu , comme s'il était possible qu'une fontaine puisse jeter par une même ouverture de l'eau douce et de l'eau amère? Cependant c'est ce qui arrive, dit saint Chrysostôme , lorsque celui qui publiait auparavant les louanges et la gloire de Dieu le déshonore et le couvre, autant (lu'il est en lui, de confusion et d'ignominie par son mensonge.
5° Les menteurs sont exclus de la béatitude céleste comme il paraît par la réponse que le Saint-Esprit tau a David ; car ce roi demandant à Dieu ( ps. 14, 1 et 3) : Seigneur, qui demeurera dans votre tabernacle '^ Le Saint Esprit lui répond : Celui qui dit la vérité selon qu'il l'a dans le cœur, et dont la langue n'est point médisante.
Â" Un des plus grands maux encore du mensonge, est qu'il est presque incurable; car, comme le péché que 1 on commet ou en imposant un faux crime au prochain, ou en diminuant de son estime et de sa réputation , ne se peut remettre, que le médisant et le calomniateur n'ait fait satisfaction à celui qu'il a faussement accusé, ce qui est très-difficile de faire , soit, comme nous avons déjà dit, qu'on soit retenu par une fausse honte ou par un faux point d'honneur; il s'ensuit que celui qui est coupable de ce péché ne peut presque éviter d'en être puni éernellement dans les enfers; car personne ne doit espérer de pouvoir jamais obtenir le pardon de ses calomnies et de ses mé-
disances qu'il n'ait premièrement satisfait à celui à qui il a ôlé rhonneuret la réputation, soit publiquement et en justice, ou dans des entretiens et des discours particuliers. , . i ^ • ^„*
Enliii le mensonge est un mal universel et qm est Dernicieux à tons les hommes ; car, comme la fidélité et la vérité, qui sont les liens les plus eiroiis de la sociéié civile, sont détruits par le mensonge, il faut nécessairement que, ne subsistant plus, il n'y ait qu une confusion générale parmi les hommes , qu ainsi ils soient semblables aux démons. . , ,
C'est ce qui doit obliger les pasteurs a exhorter les fidèles d'éviter avec grand soin la superfluiié et l'abondance des paroles, dont la fuite est un ires-pnissant remède contre tous les péchés et surtout contre le mensonge, dans lequel il est presque impossible que les personnes qui parlent beaucoup ne tombent sou-
\ent
11 'faut aussi qu'ils travaillent à leur ôler tous les Dréiextes dont ils se servent pour autoriser leurs
nement et l'éiégance du discours, s'autorisant de l'exemple des sages du monde qui savent, disent-ils, mentir à propos. Car ils doivent leur représenter, ce oui est très-véritable, que cette prudence de la chair est la mort de l'âme, et qu'ainsi ils doivent dans toutes choses se conûer en Dieu , et n'avoir jamais recours au mensonge, puisque ceux qui en usent font voir évidemment qu'ils s'appuient plus sur leur prudence que sur la sagesse de Dieu. . ,
2' Ils enseigneront à ceux qui croient qu ils peuvent mentir, lorsqu'ils ont été les premiers surpris et trompés par le mensonge des autres, qu'il n est jamais permis de se venger soi-même et qu'il ne faut jamais rendre le mal pour le mal, mais, au contraire, travailler à vaincre le mal par le bien , et que quand même
parole oiseuse ; et pour les autres ils les reprendront fortement et leur montreront que leur excuse les rend f encore plus coupables, puisqu'ils témoignent, par leur ^ conduite, n'ajouter aucune foi à ces paroles du Fils de ; Dieu ( Malth. 6, 35) : Cherchez premièrement le royaume '■ et la justice de Dieu, et toutes ces choses vous seront données comme par surcroît.