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DES NEUVIÈME ET DIXIÈME COMMANDEMENTS

DE DIEU. — Vous NE DÉSIREREZ POINT LA FEMME DE VOTRE PROCHAIN : YOUS NE DÉSIREREZ POINT SA MAI- SON, NI SON SERVITEUR, NI SA SERVANTE , NI SON BŒUF, NI SON ANE, NI AUCUNE CHOSE QUI LUI APPAR- TIENNE.

Ce qu'il y a à remarquer avant toutes choses dans ces deux derniers commandements c'est qu'ils établissent le véritable moyen de garder les précédents ; car ce que Dieu nous y prescrit tend à faire que celui qui veut observer les autres commandements du Décalogue ait un soin particulier de n'avoir point de désirs : en effet, celui qui ne désirera rien et qui sera satisfait de ce qu'il a , ne désirera point le bien d'autrni ; il se réjouira du bien qui arrivera à son prochain ; il en glorilieia Dieu, il lui en rendra des actions de grâces ; il observera le sabbat, c'est-à-dire il jouira d'un repos perpétuel ; il honorera ses supérieurs ; enfin, il ne fera point de mal à personne, soit d'effet, soit de parole ou de quelqu'aulre manière que ce puisse être. Car la convoitise est la source et l'origine de tous les maux, et c'est elle qui précipite tous ceux qui en sont animés dans toutes sortes de crimes et de désordres. Et c'est ce qui doit rendre les pasteurs plus soigneux à expliquer ce qui regarde ces commandements, et les lidèlesplus attentifs à les écouler. Quoique Ion ait joint ici ces deux commandements, parce que comme ils tendent à une même lin la manière d'en iraiier ne doit pas être dilférente, les pasteurs néanmoins pourront dans leurs instructions les expliquer ensemble ou séparément, selon qu'ils le ju-

il serait permis de ^«".J/.VL^ïL^rà son uréiulT ge ont plus à propos, si ce n'est qu'ils eussent enlrepeut néanmoins ^trc utile de se v enger a son préjudice, g ^ ^^ ^^ ^^,^^^ 1^ Décalogue , car alors .1

qui arnve loujoui^ l^^^^T ^A.^"J?f "L....... ..n. .v. faudra qifils montrent en quoi ces deux commande-

ments et les deux convoitises qu'ils défendent diffèrent

3" Ils représenteront à ceux qui apportent pour excuse l'infirmité et la fragilité de la nature, l'obligation qu'ils ont d'implorer le secours de Dieu et de ne point condescendre aux infirmités de la nature.

4° Ils avertiront ceux qui s'excusent sur 1 habitude qu'ils ont contractée de mentir de lâcher d'en coniracler une contraire en disant toujours la vente , puisque ceux qui pèchent par habitude sont plus coupables que les autres. . -, i .

5° Us tâcheront de désabuser ceux qui prétendent excuser leurs mensonges et leurs parjures sur ce qu'ils ne font que ce qu'ils voient faire souvent aux autres , en les convainquant qu'ils ne doivent pas imiter les méchants, mais plutôt les reprendre elles corriger et que c'est de quoi cependant ils se rendent incapables, puisque ce que l'on dit a bien moins de force lorsque fou commet soi-même le mal que l'on reprend dans

les autres.

6° ils feront voir à ceux qui défendent leurs mensonges par cette raison que pour avoir dit la vérité ils en ont reçu souvent du déplaisir et de la perte, que

l'une de l'autre.

Et c'est ce que saint Augustin explique dans son livre des Questions sur l'Exode , où il remarque que l'une regarde l'utilité et le profit, et l'autre la volupté el le plaisir; car celui qui désire la terre ou la maison d'un autre recherche plutôt le gain et ce qui lui est utile que la voluplé , au lieu que celui qui désire la femme de son prochain ne cherche pas le gain , mais la volupté et le plaisir des sens.

li était donc nécessaire que Dieu fil ces deux commandements pour deux raisons : la première, afin d'éclaircir davantage le sixième et le septième commandement , car quoique la seule lumière naturelle fasse connaître que dans la défense de l'adultère, celle de désirer la femme d'autrni pour en jouir y est aussi, renfermée, puisque s'il était permis de la désirer , il serait aussi permis d'en jouir ; néanmoins nous voyons que la plupart des Juifs aveuglés par leurs passions n'ont jamais pu être portés à croire que cela lût condamné

ont reçu souvent au ^^P'^^^f'^^,^^^,"^ ''^^^T^rm^^ de D en, et que plusieurs, ad contraire, de ceux

cette excuse »^%^«"damn^ f lo qu el e ne 1 e . ju Ue m ^^.q^. ^^p .^^^ ^, , ^^^ ^^^ .^^

U. puisqu n y ^. F;"^^e pei le^ m de fP^^^^^^ ^ ^^^^^^^ demeurés dans celle erreur après avoir

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qu'un chrétien ne doive plutôt souflrir que

7° Enfin ils lâcheront de désabuser encore deux

reçu et connu celle loi de Dieu. C'est ce qui paraît

mentent .^"^ ^7^;^^^'»^,^'%^;, ^^^^^^^^^^^^^^ ^aTcëTiu'a;: vou^ dis ',ue quiconque regardera une femme avec un celles qui le font pourjeur propre ut, ute parce / /^^ ^^^^^^^.^ r adultère dans son cœ

trenient elles ne pourraient, par exemple, vendre bien cher ni acheter à bon marché.

Ainsi ils feront voir aux premiers qu il n y a rien qui augmente davantage l'habitude du mensonge que de mentir en toute renconlre et ils lâcheront de leiir imprimer fortement dans l'esprit celte vente, qu ils doivent un jour rendre compte à Dieu de la moindre

mauvais désir, a déjà commis CadulCere dans son cœur. La seconde raison qui fait voir la nécessité de ces deux commandements, c'est que Dieu y défend claire^ men cl disiinctement des choses qui ne l'avaienl eie qu'en général dans le sixième et le septième commandements. Car, par exemple, au lieu qu'il est seulement défendu par le septième commandement de «e-

PART. m. DES COMMANDEMENTS DE DIEU.

tes, elle se porte souvent à des choses qui sont contraires aux désirs de l'esprit et à la raison.

De plus, lorsque ces désirs sont modérés et ne passent point les bornes de la raison, non seulement ils ne sont point mauvais, mais même nous en tirons de très-grands avaniages. Car ils font, 1" que nous prions Dieu avec plus d'assiduité, et que nous lui demandons humblement les choses que nous désirons le plus ; car

sirer et de ravir injustement le bien d'aulrui, il est défendu absolument par celui-ci de ne rien désirer qui puisse apporter du dommage au prochain en le lui ôlant , quoique même on le puisse acquérir légitimement.

Mais avant que d'entrer dans l'explication de ces préceptes, il faut que les pasieurs fasseni remarquer

aux lidèles que non seulement ils nous obligent à ré- ....^„, ..^ ,„„,,, ^..^ „„„^ uesinms le puis • car

pnmernos désirs et nos convoitises charnelles, mais la prière est l'interprète de nos désirs- et l'on peut qu'ils sont encore une excellente preuve de la bonté dire que ces désirs réglés par la raison' sont la source infime de Dieu envers nous. Car ayant mis parles de la plupart des prières de l'Eglise, précédenis conimandements nous et nos biens à cou- 2° Que nous avons plus d'estime* pour les dons de

vert des insultes et des violences des autres hommes, Dieu. Car plus nous désirons une chose avec ardeur il a voulu par ces deux derniers nous donner de quoi plus elle nous devient chère et agréable lorsque nous nous munir contre nos propres convoitises, afin quelles la possédons.

. t]t enfin que comme nous ressentons une satisfaction et un plaisir tout particulier de posséder une chose que nous avons souhaitée avec ardeur, nous nous portons aussi avec plus d'ardeur à en rendre à Dieu de dignes actions de grâces. Et par conséquent s'il est permis d'avoir quelquefois des désirs, il faut nécessai-

ne nous pussent nuire comme elles n'auraient pas manqué de faire s'il nous avait été libre e\ permis de désirer toutes choses indifféremment. Ainsi Dieu, en nous défendant d'avoir de mauvais désirs, a fait que notre convoitise qui, comme un aiguillon, a coutume

de nous exciter à toutes sortes de mauvaises actions, , ^ .„„.. ,,^^.,,..^.„., ,,^5 ucmi-s u ,;,ui necessai-

elant en quelque sorte mortifiée en nous par la force rement avouer que toutes sortes de désirs ne sont pas

de celle loi, ne nous presse plus si vivement, et Hôf«..^..^ ^«„ ^^^ j ^

qu'étant délivrés de ses poursuites importunes, nous avons plus de temps pour nous acquitter de tous les devoirs que la piété et la religion nous obligent de rendre à Dieu.

Non seulement cette loi est un témoignage de la bonlé infinie que Dieu a pour nous, mais elle nous apprend encore que l'observation de la loi de Dieu ne consiste pas dans l'exécution des devoirs extérieurs qu'elle commande, mais dans la volonté de s'en acquitter, et c'est la différence qu'il y a entre les lois de Dieu et celles des hommes ; car pour satisfaire à cellesci c'est assez de s'acquitter des devoirs extérieurs qu'elles commandent, au lieu que les autres demandent la pureté et Tintégrité du cœur : de sorte que la loi de Dieu est comme un miroir où nous découvrons la corruption de notre nature, d'où vient que l'Apôirc dit (Rom. 7, 1) : Je n'aurais point connu les mauvais désirs de la concupiscence , si la loi ne m'avait dit : Vous n^aurez point de mauvais désirs. Car nous faisant con- I naître que la concupiscence, c'est-à-dire la pente et irinclination au péché, qui vient du péché originel, dej meure toujours en nous, nous sonmies convaincus par Jaque nous sommes nés dans le péché; et(iu'ainsi nous devons recDurir à Dieu par nos prières comme à celui qui peut seul purifier les souillures de nos péchés.

Ces deux commandements ont cela de commun avec les autres commandemeiits, qu'ils défendent certaines jChoses, et qu'ils en commandent d'autres; ainsi il faut ique les pa^teurs expliijuenl les unes et les autres sépajrément, afin que les fidèles puissent avoir une entière eoiuiaissance de ce précepte.

§ 1. Ce que Dieu défend pur ces deux commandements.

Afin que personne ne croie que les désirs innocents :omme sont ceux de l'esprit, qui sont contraires à ceux Je la chair, ou ceux qui nous portent à vouloir connaître les coujinandemenls de Dieu, ce que David soulaitait avec tant d'ardeur, ne soient en quelque malièredéfendus par ces deux préceptes, il faut que les iasleurs expliquent aux fidèles quels sont proprement es désirs que Dieu leur ordonne de fuir par ces comnandements.

Ils leur feront donc remarquer, 1° que la concupisîence n'étant qu'un certain mouvement intérieur, qui ait que nous désirons quelque chose d'agréable dont lous ne jouissons pas, ce mouvement en soi n'est pas nauvais, de même que tous les autres mouvements de iotre esprit ne sont pas aussi toujours mauvais. Car ce iesl pas un n>al que de désirer de manger ou de boire orsqu on a faim ou soif, de se chaullér quand on a roid, ou au contraire de se rafraîchir quand on a chaud, ►uisijue c'est Dieu même qui a inspiré cette juste inhnatioa à la nature ; et que ce n'est que le péc'îé de los premiers pères qui est cause qu'elle est corrompe, et que, passant les bornes que la nature a prescri-

défendus par ces commandements.

C'est pourquoi, lorsque S. Paul a dit ( Rom. 7, 20) que la concupiscence était un péché, il faut croire qu'il l'a dit au même sens que Moïse, puisqu'il en rapporte même les paroles. Et il s'explique assez lui-même, en l'appelant la concupiscence de la chair. Conduisez-vous, dit-il aux Gai îles (5,16), selon l'esprit, et vous n'accomplirez point les désirs de la chair.

Dieu ne défend donc pas les désirs naturels qui sont modérés et ne passent pas les bornes de la raison, et encore moins les désirs de l'esprit qui sont contraires à ceux de la chair. Car l'Ecriture sainte nous exhorte h les avoir : Ayez un désir ardent pour mes paroles, dit la Sagesse (6, 12) ; e« venez tous à moi, vous qui désirez me posséder (Eccl. 24-, 26).

Ainsi, quand Dieu défend d'avoir des dé>irs, il n'exclut pas ces mouvements dont on peut faire un bon ou un mauvais u>age; mais cette mauvaise convoitise qu'on appelle la concupiscence de la chair, qui est la source du péché, et à laquelle on ne peut consentir sans péché. 11 n'y a donc que celte concupiscence delà chair, comme l'appelle l'Apôtre, c'est-à-dire ces désirs déréglés et contraires à la raison et qui passent les bornes que Dieu a prescrites à la nature, qui sont défendus par ces commandements. v

Or celte convoitise a été défendue, ou parce qu'elle' nous porte au mal, comme aux adultères, aux ivrogneries, aux meurtres, et à d'auires semblables crimes détestables; d'où vient que S. Paul voulant détourner les Corinthiens de suivre leurs désirs déréglés, par l'exemple des Ismélites qui périrent dans le désert, leur dit : Ne nous abandonnons pas aux tnauvais désirs de notrecœur, comme ils s'y abandonnèrent. {i Cor.lO, 6.)

Ou parce qu'encore que les choses qu'elle fiiit d'ésirer ne soient pas mauvaises en elles-mêmes, il y a d'aulres raisons qui ne permettent pas de les désirer, comme parce que Dieu ou l'Eglise nous défend de les rechercher ou posséder; car il ne nous est pas permis de souhaiter ce qu'il ne nous est pas permis de posséder. Et c'est ainsi qu'il n'était pas permis aux Israélites de désirer l'or et l'argent dont étaient faits les idoles, comme il paraît par le commandement exprès que Dieu leur en fait dans le Deutéronome (7,25).

Celte convoitise est encore défendue parce qu'elle fait désirer ce qui appartient au prochain, comme sa ' maison, son serviteur, sa servante, son champ, sa fem- 'me, son bœuf, son âne et plusieurs autres choses qui sont toutes choses que la loi de Dieu défend de désirer, parce qu'elles appartiennent au prochain. Ainsi le désir de ces choses est mauvais, et est môme un très-grand péché, lorsqu'on y consent. Car le péclié est consommé, lorsque les mouvements de la concupiscence s'étant élevés dans l'âme elle prend plaisir aux choses auxquelles ces mouvements la portent, elle

consent ou elle n'y résiste pas. C*estce que samt Jacques nous apprend lorsqu'il nous marque l'origiiie ei le progrès du péché- Chacun, dit-il (1,1 4), est tenté par sa propre concupiscence qui remporte et qui l'attire au mal; et ensuite quand la concupiscence a conçu, elle enfante le péché, et le péché étant accompli engendre la mort.

Ce que Dieu nous défend donc proprement par celte délense : Vous ne désirerez point, est de ne souhaiter jamais rien de ce qui appartient aux autres. Car la cupidité des biens d'auirui est infinie et sans bornes, et ne peut être satisfaite, selon celte parole du Sage (Eccl. 5, 9) : Vawre ne sera jamais rempli d'argent. El c'est ce qui a lait dire à Isaïe ( 5, 8 ) : Malheur à vous qui augmentez le nombre de vos maisons et de vos

ierres.

Mais afin que les fidèles puissent mieux connaître la grandeur et la difformité du crime que commettent ceux qui violent cette loi, il sera bon que les pasteurs en expliquent en particulier tous les termes. Ils feront voir que par le mot de maison il faut entendre non seulement le lieu où demeure notre prochain, mais encore tous ses autres biens, comme il paraît par les auteurs canoniques qui se servent de ce terme communément en ce sens. Car c'est ainsi qu'il est dit dans l'Exode, que Dieu bâtit des maisons aux sages- femmes de l'Egypte, c'est-à dire qu'il augmenta leurs richesseset leurs possessions. C'est pourquoi il estaiséde juger, par celte interprélaiion de ce terme, qu'il nous est défendu par celle loi d'avoir de la cupidité pour les richesses, de porter envie aux biens, à la puissance et à la noblesse de notre prochain , et que nous devons nous contenter de notre état quel qu'il puisse être, soit qu'il soit bas ou élevé. Il faut dire la même chose de la gloire et de la renommée du prochain ; car elle est encore comprise dans le mot de maison.

Et quand ensuite Dieu défend de désirer ni le boeuf NI l'ane du prochain, c'est pour nous apprendre qu'il ne nous est pas seulement défendu de désirer les biens les plus considérables du prochain, comme ses maisons, sa noblesse et sa gloire, mais même ceux qui le sont le moins, soit que ce soient des choses animées ou non.

Il ajoute encore, ni son serviteur, ni sa servante ; ce qu'il faut entendre non seulement des esclaves, mais de toutes sortes de serviteurs, qu'il est défendu de désirer non plus que les autres biens du prochain. Ainsi Dieu nous défend de solliciter en quelque manière que ce soit, ou par paroles, ou par promesses, ou par présents, les personnes libres de quiUjer ceux qu'ils servent, ou volontairement, ou à gages, ou par l'affection et le respect qu'ils ont pour eux; et même s'ils les quittent avant le temps qu'ils avaient pronns d'être à leur service, il faut les exhorter à y retourner, se servant de l'autorité de cette loi pour les y engager.

Enfin il est fait mention, dans ce précepte, du prochain, pour nous mar(juer la mauvaise inclination qu'ont les hommes de désirer tout ce qui est proche d'eux, soit terre ou maison; de sorte que le voisinage, qui est le fondement de l'amitié, devient par la cupidité une occasion de haine et d'inimitié.

Ceux néanmoins qui désirent d'acheter de leur prochain des choses qu'il veut vendre, ou qui les achètent à un juste prix, ne pèchent point contre ce précepte, puisque non seulement ils ne font en cela ancun tort au prochain, mais au contraire ils l'aident souvent beaucoup, l'argent qu'ils lui doiuient lui devenant plus utile et plus commode que les choses mêmes qu'il leur a vendues.

Cette loi, de ne point désirer le bien d'auirui, est suivie de celle qui défend de désirer la femme du prochain, et elle ne défend pas seulement cette concupiscence, qui fait qu'un adultère désire la femme de son prochain ; mais même celle qui porte un homme à désirer de se marier avec une femme mariée , ce qui pouvait arriver assez ordinairement du temps de la loi de Moise, Car, comme il était alors permis de quit-

ter sa femme, il arrivait souvent qu*un homme se mariait avec une femme qui avait été répudiée; et c'est ce que Noire-Seigneur a défendu expressément, de peur que ce ne lût une occasion aux maris d'abandonner leurs femmes, ou aux femmes de se rendre si difficiles et si fâcheuses à leurs maris, qu'elles les obligeassent à les répudier. Ainsi, maintenant qu'il est mênje défendu expres«^ément de se marier avec une femme qui a été répudiée avant la mort de son mari, l'on commet un plus grand péché en désirant la femme de son prochain. Et assurément, quiconque désirera la femme de son prochain tombera aisément dans l'un ou l'autre de ces désirs criminels, ou de souhaiter la mort du mari de cette femme, ou de commettre un adultère avec elle.

Il faut dire la même chose d'une fille qui est accordée et promise à un homme; car il n'est pas permis de désirer cette personne, parce que ceux qui lâchent de rompre ces promesses et ces alliances violent la foi donnée.

Enfin, comme c'est un crime de rechercher en mariage une femme mariée, c'en est aussi un de désirer pour femme une personne qui s'est consacrée au service de Dieu et à la religion.

Que si néanmoins quelqu'un désire de se marier à une femme mariée, mais qu'il ne croit pas l'êlre, et qu'il ne rechercherait jamais s'il le savait, comme il arriva à Pharaon et à Abimélech qui désirèrent de prendre Sara pour leur femme, ne croyant pas qu'elle fût mariée, ni qu'elle fût la femme, mais la sœur d'Abraham, il ne viole point ce commandement.

Or, afin que les pasteurs puissent donner aux fidèles des remèdes propres à réprimer celte malheureuse convoitise, que Dieu défend par ces deux commandements, il faut qu'ils leur fassent connaître à quoi ils les obligent.

§ 2. A quoi Dieu nous oblige par ces deux comman» déments.

1* Dieu ordonne aux riches de ne point attacher leur cœurs à leurs richesses, d'être prêts de les abandonner pour l'amour de lui et pour son service, et de les distribuer libéralement aux pauvres pour les soulager dans leur misère , et aux pauvres de supporter patiemment et avec joie leur pauvreté. Car le meilleur moyen, pour éteindre en soi le désir des biens d'auirui est do donner libéralement de ses propres biens; et c'est pourquoi il sera bon que les pasteurs" représentent ici aux fidèles ce que l'Ecriture sainte et les SS. Pères ont dit à la louange de la pauvreté et du mépris qu'on doit faire des richesses.

2" Dieu nous ordonne de désirer avec ardeur que sa volonté se fasse et non la nôtre, comme il nous est marqué dans l'Oraison dominicale.

Or Dieu veut particulièrement que nous soyons saints; que nous conservions notre cœur et notre esprit exempts de toute tache, de toute duplicité et de toute corruption ; que nous nous exercions aux actions de l'esprit, qui sont contraires aux sensualités du corps ; qu'après avoir dompté les désirs de la chair nous menions une vie pure et conforme aux désirs de l'esprit et de la raison, et qu'enfin nous tâchions surtout d'éviler tout ce qui peut être capable d'exciter et d'entretenir en nous nos convoitises et la volupté.

Mais co qui peut être encore un puissant remède pour éteindre dans noire cœur l'ardeur de notre convoitise, c'est de considérer les malheurs où elle nous engage.

Car V en lui obéissant elle fait régner le péché dans notre cœur, ce qui a fait dire à S. Paul (Rom. 6, 12): Ne souffrez point que le péché règne dans votre corps morielf en lui obéissant, pour suivre les désirs déréglés de votre chair. Et en eiïet, comme lorsque nous résistons à nos désirs déréglés le péché perd toutes ses forces, de même aussi lorsque nous nous y laissons aller nous chassons Dieu de son royaume, et nous y établissons en sa place le péché.

V Elle est comme une source de toutes sortes de

PkKt, IV. DE LA PRIÈRE.

péchés , comme S. Jacques et S. Jean nous renseignent : Tout ce qui est dans le monde, dit S. Jean, n'est que concupiscence de la chair ^ concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie.

3° Elle obscurcit notre raison ; car ceux qui sont ftTeuglés par les ténèbres de leurs passions s'imaginent que tout ce qu'ils désirent est bon et licite.

Enfin elle étouffe en nous la semence de la parole divine, que Dieu, cet admirable laboureur, a répandue dans le champ de nos cœurs. C'est ce que JésusCbrist nous apprend lui-même , quand il dit (Marc. 4, 48, i9) : Ceux qui sont marqués par ce qui est semé parmi les épines sont ceux qui écoulent la parole : mais les inquiétudes de ce siècle et les autres passions s' emparant de leurs esprits y étouffent la parolCy et font qu'elle demeure sans fruit.

Ceux qui sont plus sujets à violer cetle défense que Dieu fait de désirer le bien d'autrui, et qu'il faut par conséquent que les pasteurs exhortent avec plus de soin de la garder, sont, l*ceux qui se plaisent aux divertissements qui ne sont pas honnêtes , ou qui

s'adonnent avec excès au jeu. T Les marchands qui souhaitent la disette et la cherlé des vivres et des autres marchandises, et qui souffrent avec peine qu'il y en ait d autres qu'eux qui vendent ou qui achètent, afin de pouvoir vendre plus cher ou achelcr à nrcilleup marché. 5" Ceux qui souhaitent que les autres soient dans rindigence, afin qu'en vendant ou en aciielant ils s'enrichissent. 4" Les soldats qui désirent U guerre afin qu'ils puissent voler impunément. 5" Les médecins lorsqu'ils désirent les maladies. G° Los geiis de justice lorsqu'ils souhaitent que le nombre des affaires et des procès s'augmente. 7° Les ouvriers qui par le désir du gain souhaitent la cherté des choses qui servent à la vie et à l'ornement, afin qu'ils aient lieu de faire iju plus grand gain. 8'' Enfin ceux qui portent envie à la gloire et au mérite des autres, et qui tâchent de diminuer leur réputation , particulièrement si ce sont des fainéants et des gens de nul mérite. Car la réputation et la gloire est la récompense de la vertu et du travail, et non pas de l'oisiveté et de la paresse.

QUATRIEIKIE PARTIE,

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