‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 219 sur 368 · PART. ÏV. DE LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

PART. ÏV. DE LA PRIÈRE

Qu'elles ont ensemble ; ainsi pins une âme sainte s'aonne à la prière, qui est comme le moyen par lequel elle peiit s'entretenir avec Dieu , et implore sa mi>séricordc, plus elle irouve de satisfaction dans ces divint^s communications, et file sent augmenter le respect et l'amour qu'elle a pour Dieu.

Dieu donc vent que nous soyons soigneux de nous exercer à la prière, afin, d'une part, qu'élanl animés du désir ardent de lui demander ce que nous souhaitons, nous nous avancions tellement par cette assiduité et celte ardeur dans le chemin de la vertu, que nous devenions dignes d'être du nombre de ceux à qni il conmiunique ses grâces, que nous étions auparavant incapables de recevoir à cause de la langueur et de la tiédeur où se trouvait alors notre âme; et, de l'autre, que nous reconnaissions et que nous ayons toujours devant les yeux celle vérité, qu'il est impossible qu'étant privés du secours de sa grâce, nous puissions obtenir auctme chose par nos propres forces.

La prière a de plus celle ulililé, qu'elle est un moyen très-puissant pour nous défendre des attaques et nous mellre à couvert des surprises de nos ennemis. C'est ce qui fait dire à S. Hilairc qu'il faut que nous opposions la force et la verlu de nos prières aux armes que le démon emploie contre nous.

Nous tirons encore ce fruit merveilleux de la prière, que quoique, par la corruption de noire propre nature, nous soyons enclins et portés au mal et à suivre les divers rnouvemenls de noire concupiscence, Dieu souffre néanmoins que nous élevions nos pensées vers lui, afin que tandis que nous nous efforçons par nos prières de mériter les dons de sa grâce, il rende notre volonté pure et innocente de corrompue qu'elle élait auparavant, et nous purifie de toute tache par le retranchement de toutes sortes de crimes.

Enfin, selon le sentiment de S. Jérôme, la prière a cet avantage qu'elle désarme la colère de Dieu. D'où vient que l'Ecriture remarque qu'il dit à Moïse, qui l'empêchait par ses prières d'exécuter la résolution qu'il avait prise de punir le peuple d'Israël, qu'il le laissât faire. En effet, rien n'est plus capable d'apaiser la colère de Dieu ou de suspendre rexécution des vengeances qu'il est prêt de prendre des méchants, et de détourner plus promplement les effets de son indignation, que les prières des gens de bien. § 3. Des parties et des degrés de la prière. Après que les pasteurs auront expliqué aux fidèles quelle est la nécessité et l'utiliié de la prière, il faut qu'ils les instruisent de ses parties. L'apôlre S. Paul témoigne clairement que cela apparlienl à la perfection de leur ministère, puisque dans son Epîire à Timothée, où il l'exhorte de présenter à Dieu des prières qui partent d'un cœur pur et saint, il en marque exactement toutes les parties parées paroles (1 ïim. 2, i)' Je vous conjure, lui dit-il, avant t(Mles choses^ que l'on fasse des supplications, d^s pricreSy des demandes et des actions de grâces pour tons les hommes. Et quoique cette différence que l'Apôtre établit entre ces pariies de la prière semble assez subtile et même difficile à reconnaître, les pasteurs ne laisseront pas de l'ex-

f cliquer aux fidèles, s'ils jugent qu'elle puisse servir à eur édification, et ils pourront voir pour cet effet ce qu'en ont dit, entre tous les Pères, S. Hilaire et S. Augustin.

Or comme la demande et action de giâces sont les deux principales parties de la prière, dont toutes les autres prennent leur source, nous avons cru que nous ne pouvions nous dispenser d'en parler en paiiiculier. Il est certain que lorsque nous nous présentons à Dieu pour lui rendre nos respects et le culte que nous lui devons, ce n'est qu'à dessein, ou d'obtenir de lui quelque nouvelle faveur, ou de lui rendre grâces des bienfaits que nous avons déjà reçus de sa bonté, et jdont il nous comble continuellement.

I Dieu nous a marqué lui-même par la bouche de |David la nécessité de ces deux pariies de la prière, lorsqu'il dit : Invoquez-moi au jour de l'a^iction; je

vous délivrerai, et vous me glorifierez fps. 49, 15). Et qui est-ce qui peut douter qu'il n'ait besoin que Dieu exerce continuellement sa bonté et sa libéralité envers lui, s'il l'ait tant soit peu d'attention sur la pauvreté et l'extrême misère où sont réduits tous les hommes? Aussi il n'y a personne, si ce n'est peutêtre qu'il soit aveugle et de corps et d'esprit, qui ne voie combien la charité que Dieu a pour les hommes est grande, et combien il est libéral en leur endroit. Car de quelque côlé que nous jetions la vue, et sur quoi que ce soit que nous puissions arrêter notre pensée, il ne se présente à nous que des marques de sa libérable et des témoignages de sa bonté envers nous. Et certes, qu'est-ce que les hommes possèdent qu'ils n'aient reçu de sa main libérale (1 Cor. 5)? Ainsi, si tout ce qu'ils peuvent avoir ne sont que des dons de sa bonté et de sa libéralité, ne doivent-ils pas faire tous leurs efforts pour l'en louer hautement et lui en rendre de dignes actions de grâces?

Or il y a des manières de faire des demandes à Dieu cl de lui rendre des actions de grâces plus élevées et plus parfaites les unes que les autres. C'est pourquoi, afin que les fidèles puissent non seulement prier, mais même le faire de la manière la plus parfaite et la plus excellente, les pasteurs la leur prop.)seront, et les exhorieronl le plus soigneusement qu'il leur sera possible de la suivre et de l'embrasser.

Mais quelle est celte manière la plus excellenle de faire la prière, et le degré le plus élevé de l'oraison? L'on peut dire que c'esi celui des justes et des saints qui, étant établis sur le fondement inébranlable de h foi, arrivent par la pureté de leur conscience et la ferveur de leurs prières, comme par autant de différents degrés, jusqu'à ce point d'élévation qu'ils peuvent contempler la puissance, la bonlé et la sagesse infinie de Dieu, et qu'ils ont même cette confiance qu'ils obtiendront non seulement ce qu'ils demandent pour celte vie, mais même cette abondance des biens ineffables que Dieu a promis à tous ceux qui lui auront demandé avec piété et avec ardeur le secours de sa grâce, qui est nécessaire pour y parvenir.

C'est par ces deux mouvements, comme par deux ailes, que l'âme étant soutenue, s'élève en un moment jusqu'au trône de la majesté de Dieu, et que là elle le loue, ei lui rend de dignes actions de grâces pour les bienfiiiis extraordinaires qu'elle en a reçus, et qu'ensuite elle lui expose sans crainte ses besoins, quoique toujours dans des sentiments d'un profond respect et d'une piété toute singulière, ainsi qu'un fils unique pourrait faire à son pèr<\qu'il aimerait tendrement.

C'est pour cela que l'Écriture sainte exprime cette sorte de prière par le mot d'épanchement (psal. 141, 3) : Mon cœur s'est répandu en votre présence, d'il leVvophèle, et je vous ai représenté mon affliction. Or ce mot emporte avec soi que celui qui se présente devant Dieu pour le prier y vieime dans le dessein de n'avoir aucune réserve pour lui, et de ne lui rien cacher ; mais d'avoir au contraire une entière ouverture de cœur pour lui, de lui découvrir toutes choses, et de se jeter avec confiance entre ses bras, comme un fils entre les bras d'un père dont il est tendrement aimé. C'est à quoi la même Écrilure sainie nous exhorte par ces paroles (ps. 61,9; ps. 54, 23) : < Képandez vos cœurs en la présence du Seigneur, et mettez toute votre confiance en lui.» El S. Augustin marque ce degré d'oraisj)n, lorsqu'il dit dans son Enchiridion que c'est par la foi que nous croyons , mais que c'est l'espérance et la charité qui nous font prier.

Le second degré d'oraison est celui qui est propre à ceux qui, étant comme accablés par la pesanteur du poids des péchés mortels qu'ils ont commis, tâchent, par les efforts de cette foi qu'on appelle morte, de se relever et de se bien mettre avec Dieu ; mais qui à cause de la langueur de leurs forces et de la grande faiblesse de leur foi ne peuvent néanmoins s'élever audessus des choses de ce monde. Cependant si ces personnes viennent à reconnaître leurs péchés, et que^

se semant agitées par les remords de leur conscience, elles s'en humilient et en conçoivent du regret, elles ne doivent pas manquer, tout éloignées qu'elles sont 4Îe Dieu, de le prier de leur pardonner leurs crimes et de les réconcilier avec lui. C'est assurément la prière de ces personnes qui n'est point rejeléc de Dieu, puisque non seulement il écoute favorablement leurs prières, mais même que, par un effet tout particulier de sa bonté et de sa miséricorde, il les invite d'avoir recours à lui (Matth. H, 28) : Venez à moi, dit Jésus- Christ, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés , et je vous soulagerai. Le publicain était de ce nombre. Il n'osait lever les yeux vers le ciel, et il sortit néanmoins, selon le témoignage même de Jésus Clirisi , plus justifié devant Dieu que le pharisien.

Le troisième degré est celui de ceux qui, bien qu^ils n'aient pas encore une loi parfaite, Dieu néanmoins par un effet de sa miséricorde venant à rallumer en eux le peu de lumière naturelle qui leur reste, sont puissamment excités à l'amour et à la recherche de la vérité, et demandent même instamment par leurs prières d'en être instruits ; de sorte que s'ils persévèrent dans cette bonne volonté, Dieu ne manque point de leur accorder raccomplissemeni de leurs désirs. C'est ce que l'exemple de Corneille le centenier prouve manifestement; et assurément Dieu est toujours disposé cl'écouier ceux qui font une semblable prière, lorsqu'elle part du fond de leur cœur.

Le quatrième et dernier degré est celui de ceux qui ne se repentant point de leurs péchés ni de leurs mauvaises actions, mais même les augmentant tous les jours en ajoutant crimes sur crimes, ont la témérité de prier Dieu de leur pardonner les péchés dans lesquels ils veulent persévérer, quoique dans cet état ils ne devraient pas même avoir la hardiesse de demander une semblable grâce aux hommes qu'ils auraient offensés. Aussi Dieu n'écoute point les prières de ces sortes de gens. Et nous lisons de ce malheureux prince Antiochus que quoiqu'il priât Dieu de lui pardonner son péclié, Dieu néanmoins ne lui fit point miséricorde (2 Mach. 9, 13). C'est pourquoi les pasteurs doivent avoir un très-grand soin d'exhorter ceux qui sont engagés dans ce déplorable état à quitter leur mauvaise volonté et l'affection au péché, afin qu'ils puissent se convertir véritablement et de tout leur cœur à Dieu.

§ 4. Ce qu'il faut demander à Dieu.

Comme en expliquant chaque demande nous montrons en particulier ce qu'il faut demander à Dieu, et ce qu'il n'est pas permis de lui demander, il suffira d'avertir ici en général les fidèles qu'ils ne lui doivent demander que des choses justes et bonnes, de peur que s'ils lui demandaient quelque chose qui ne fût pas licite il ne les rejetât et ne leur fît celte réponse (Matth. 20, 22) : Vous ne savez ce que vous demandez.

Or il est permis de demander à Dieu tout ce que l'on peut légitimement désirer, selon celte promesse expresse que Notre-Seigneur nous a foiie dans l'Evangile : Vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera accordé ; car il est évident qu'il nous promet par ces paroles de nous accorder toutes choses.

Ainsi Tordre que nous devons garder dans nos désirs et nos demandes, c'est 1* de les rapporter à Dieu comme à leur fin ; T de souhaiter les choses qui peuvent nous unir à lui plus étroitement ; et enfin de fuir ce qui nous en sépare, ou qui peut en quelque sorte nous en séparer.

Il est aisé de conclure de celte règle qui regarde le souverain bien, de quelle manière nous pouvons désirer et demander à Dieu toutes les autres choses à qui l'on donne le nom de biens, et en particulier les biens du corps qu'on appelle ordinairement les biens extérieurs, tels que sont la santé, la force, la beauté, les richesses, les honneurs et la gloire. Car comme ils ne servent le plus souvent qu'à nous porter au péché, qu'ils en sont lu matière la plus ordinaire (ce

qui montre que la piété

ne permet pas et quMl est

même dangereux de les souhaiter ), il est certain que nous ne les pouvons demander que sous condition, et seulement autant qu'ils sont nécessaires; parce que cette manière de les demander se rapportant à Dieu, rend nos demandes justes et légitimes.

Car il nous est permis de demander à Dieu dans nos prières les mêmes choses que Jacob et Snlomcn lui ont demandées. Or nous voyons que Jacob a fait celle prière à Dieu (Gen. 28, 20) : Seigneur, si vous me donnez le pain qui m''est nécessaire pour me nourrir et des habits pour me vêtir ^ je vous servirai toujours comme mon Seigneur et mon Dieu ; et Salomon celleci (Prov. 50, 8 ) : Seigneur y donnez moi seulement ce qui me sera nécessaire pour la vie. Au reste, puisque Dieu a la bonié de nous accorder tout ce qui est nécessaire pour notre nourriture et notre entretien, il est juste que nous suivions le conseil que nous donne S. Paul par ces paroles (1 Cor. 7, 50 et 51) : Que ceux qui achètent soient comme ne possédant points ceux qui usent de ce monde comme n'en usant point, car la figure de ce monde passe ; etcetavis du Roi-Prophète (ps. Cl, 11) :Si vous possédez des richesses, prenez garde d'y altU" cher votre cœur. Et c'est Dieu même qui nous apprend que nous n'avons que l'usage de nos biens et même à celle condition d'en faire part aux autres dans leurs nécessités. De sorte que soit que nous soyons dans ui'.e pleine santé, ou que nous possédions abondamment les autres biens extérieurs du corps, il faut que nous nous souvenions continuellement qu'ils ne nous ont été donnés qu'afin que nous puissions plus aisément servir Dieu, et en soulager notre prochain en les partageant avec lui.

Pour ce qui est des biens et des avantages de l'esprit, tels que sont les arts et les sciences, il ne nous est encore permis de les demander que sons cellô condition qu'ils puissent contribuer à procurer la gloire de Dieu et notre salut. Nous ne pouvons donc désirer, rechercher et demander absolument et sans condiiion, comme nous le venons de dire, que la gloire de Dieu et toutes les choses qui nous peuvent unir à lui, comme la loi, sa crainte et son amour, desquelles noua parlerons plus amplement lorsque nous expliquerons chaque demande en particulier.

§ 5. Pour qui il faut prier.

Ce n'est pas assez de connaître ce qu'il faut demander à Dieu, il laul encore savoir qui sont ceux pouip qui on le doit prier. C'est pourquoi la prière consistant principalement, comme nous avons déjà dit, dans la demande et dans l'action de grâces, il f;>ut premièrement montrer pour qui nous devons faire desri prières à Dieu.

Nous sommes obligés de prier en général pour toufe le monde, sans^voir égard ni aux inimitiés parlicU-»! lières que nous pouvons avoir les uns contre les aulres, iii à la ditférence du pays ou de la religion. Car so" que la personne pour qui nous prions soit noire ennemi ou un étranger, ou même un infidèle, elle ne laisse pas d'être notre prochain, que Dieu nous commande d'aimer. Ainsi nous sommes obligés de prier pour lu», puisque la prière que nous faisons pour un autre est une marque de l'amour que nous lui porions. C'est à quoi l'Apôtre nous exhorte par ces paroles (|u'il adresse àTimothée(l Epist.2, 1) : Je vous conjure que l'on fasse des prières pour tous les hommes. El il laut bien remarquer que nous devons demander premièrement le salut de ceux pour qui nous prions, et ensuite ce qui peut regarder leurs nécessités corporelles.

Mais de plus nous sommes obligés de prier en particulier premièrement pour ceux qui ont la conduite des âmes. C'est de quoi l'apôtre S. Paul voulait nous instruire par son exemple, lorsqu'il écrit aux Colossiens de prier Dieu pour lui, afin qu'il lui ouvre ««« entrée pour prêcher sa parole. Il fait encore la même prière aux Thessaloniciens. El nous voyons dans les Actes des apôtres que toute l'Eglise était dans une prière continuelle pour obtenir la délivrance de

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