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NOTRE PÈRE QUI ÊTES DANS LES CIEUX

Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a institué l'Oraison dominicale pour être la prière ordinaire des chrétiens, Ta tellement disposée, qu'il a voulu qu'avant d'en venir aux demandes, elle commençât par de certaines paroles qui tinssent lieu de préface, afin que ceux qui se présenteraient devant Dieu pour le prier avec piété le puissent faire avec plus de confiance. C'est pour(|uoi il faut que les pasteurs qui veulent s'ucqintler digne-

ment de leur ministère, expliquent aux fidèles le plus clairement et le plus nettement qu'il leur sera possible ces premières paroles de cette prière, afin qu'ils s'adonnent plus volontiers à la prière, sachant que c'est avec leur Père qu'ils y doivent traiter.

Si l'on fait simplement attention sur le nombre des paroles qui composent celte préface, elle paraîtra assurément très-courte; mais si on en considère les vérités qu'elle renferme, on avouera sans doute qu'elle est très-importante , et qu'elle est toute mystérieuse. Et c'est ce que l'on reconnaîtra par l'explication des paroles qui la composent.

§ 1. Notre Père.

La première parole dont nous nous servons dans celle divine prière, par l'ordre et le commandement de Jésus-Christ, c'est de celle de père. Car quoique Noire-Seigneur eût pu la commencer par quelque terme qui eût marqué davantage la majesté de Dieu, comme par ceux de Créateur et de Seigneur, il ne l'a pas néanmoins voulu faire, parce que cela nous aurait pu donner en même temps de la terreur et de la crainte; mais il s'e^t servi de celui de père, parce qu'il est plus propre pour inspirer de l'amour et de la confiance à ceux qui se présentent devant Dieu pour le prier et pour lui demander quelque grâce. Et en effet qu'y a-t il de plus doux et de plus aimable que le nom de père, qui ne marque que tendresse , que charité et que bienveillance ?

Or ce nom convient parfaitement à Dieu, comme il est aisé de le faire voir par des raisons prises de la création, du gouvernement et de la rédemption des hommes.

Car en premier lieu Dieu ayant créé l'homme à son image et à sa ressemblance , qui est une grâce qu'il n'a faite à aucun des autres animaux, c'est avec justice qu'il est notre père. Et c'est en vue de cette faveur toute particulière qu'il a faite à l'homme que l'Ecriture l'appelle le père de tous les honames, tant des fidèles que des infidèles.

Le soin particulier que Dieu prend des hommes fait aussi voir qu'il est leur véritable père, puisque ce ne peut être que par une charité et une providence toute paternelle qu'il pourvoit d'une manière si particulière à tous leurs besoins. Et comme les anges gardiens sont une des preuves les plus éclatantes du soin tout extraordinaire qu'il prend des hommes, il est à propos de faire voir ici en peu de mots pourquoi Dieu les a confiés à leur garde et les a mis sous leur protection. L'on ne peut douter que le dessein de Dieu, en donnant aux hommes des anges pour gardiens, n'ait élé afin que ces esprits célesies les secourussent el les garantissent des malheurs où ils pourraient tomber. De sorte que, de même que les pères et les mères ont coutume de donner à leurs enfants qui entreprennent un voyage dont les chemins sont difficiles et périlleux des personnes pour les conduire et les secourir dans les périls où ils peuvent se trouver, ainsi notre Père céleste a donné à chacun de nous des anges pour nous conduire dans le chemin qu'il nous faut tenir , dans celte vie pour arriver au ciel, qui est notre véri- ' table patrie, afin que par leur secours, étant à couvert de nos ennemis , nous évitions les pièges qu'ils nous tendent secrètement, nous repoussions avec vigueur les efforts surprenants qu'ils fonl contre nous, et nous tenions, sous leur conduite, le droit chemin qui mène au ciel, sans que nous puissions en être détournés par les erreurs qui nous sont proposées de la piarl du démon, cet ennemi trompeur.

Il est aisé de montrer par plusieurs exemples de l'Ecriture sainte combien est utile aux hommes ce soin tout particulier que Dieu prend d'eux , et dont il a commis l'exécution et l'adminisiration aux anges, qui sont d'une nature qui tient le milieu entre Dieu et les hommes. Car nous voyons dans ces exemples que Dieu, par un effet de sa bonté, a souvent permis que les anges fissent à la vue des hommes des choses merveilleuses et surprenantes, afin de nous faire enUindf

PART. ÎV. DE L'ORAtSON DOMINICALE.

que nos anges gardiens font pour notre bien et pour noire salut une infinité d'autres choses semblables que nous ne voyons point.

C'est ainsi que Dieu permit que Tange Raphaël ser- TÎt de guide et de compagnon à Tobie dans son voyage; qu'il le ramenât sans qu'il lui fût arrivé aucun mal ; qu'il l'empêchai d'être dévoré par un poisson d'une grandeur excessive et tout extraordinaire; qu'il lui fîi connaître la vertu secrète qui était renfermée dans le foie , le fiel et le cœur de ce poisson ; qu'après avoir premièrement lié la puissance du dénion et l'avoir chassé du lieu où il était, il l'empêchât de lui faire du mal; (ju'il l'instruisît du véritable et légitime usage du mariage, et qu'enfin il rendît la vue à son père, qui était aveugle.

C'est ainsi que par le nnnislère d'un autre ange S. Pierre, le premier des apôtres, lut délivré de la prison où il était enlermé. Et cet exemple est encore extrêmement propre pour faire connaître les avantages que nous recevons par l'assistance de nos anges gardiens. Car l'Ecritine dit qu'il remplit d'une lumière éclatante les ténèbres épaisses de la prison où était cet apôtre; qu'il le toucha au côié pour le réveiller; qu'il rompit les chaînes et les liens ; qu'il l'avertit de se lever, de meilre ses souliers ei de se vêtir pour le suivre ; enfin qu'il le fit passer au milieu de ses gardes et le mit en lieu de sûreté, après l'avoir fait sortir de la prison, dont les portes s'étaient ouvertes d'ellesmêmes.

L'Ecriture sainte, comme nous l'avons déjà remarqué, est remplie de semblables exemples, qui font connaître les grands biens que Dieu fait aux hommes par l'enlremise et le ministère des anges, qui sont non seulement les interprèles de ses desseins et les messagers de ses volontés dans quelque affaire particulière , mais comme des guides célestes qu'il a établis pour prendre soin de nous dès le moment de notre naissance, et qu'il a commis pour veiller à la garde et à la conservation de chaque homme en particulier.

Si les pasteurs sont soigneux d'instruire les fidèles de ces vérités, il ne faut point douter qu'ils n'en tirent de grands avantages. Car venant à connaître ce soin paternel que Dieu prend d'eux, ils seront excités à avoir plus de respect et de vénération pour sa providence.

Et cela arrivera infailliblement, s'ils s'appliquent particulièrement à leur faire remarquer que c'est en cela même que les richesses de la bonté de Dieu éclatent davantage envers les hommes. Car pouvons-nous en avoir une meilleure preuve que de voir que, quoique depuis la chuied'Adam jusqu'à présent ils n'aient pohit cessé de l'offenser par une infinité de crimes et de désordres, il ne laisse pas toutefois d'avoir de la charité pour eux, et un soin tout particulier de ce qui les regarde ? Ainsi l'on ne peut sans folie, et sans laire injure à Dieu d'une manière très-outrageuse, croire qu'il puisse oublier qui que ce soit d'entre les hommes.

Aussi nous voyons que toutes les fois que le peuple d'Israël a cru être abandonné du secours du ciel, en même temps Dieu s'est mis en colère contre ce peuple, et qu'il a toujours regardé cette hifidélité comme un blasphème. Car il est dit de c^ peuple dans l'Exode qu'il tenta Dieu, lorsqu'il commença à douter s'il était parmi eux. Et nous voyons dans Ezéchiel que Dieu s'était mis en colère contre ce même peuple, voyant qu'il avait osé prononcer ces paroles (Ezech. 8, 12) : Le Seigneur ne nom regarde plus^ te Seigneur a quitté la terre. Il faut donc que les pasteurs tâchent, par ces autorités, de faire concevoir aux fidèles de rhorreur pour un sentiment si détestable, et qu'ils leur persuadent fortement qu'il est impossible que Dieu nous abandonne et qu'il n'ait aucun soin de nous.

Les plaintes que le prophète Isaïe rapporte que le peuple d'Israël fit contre Dieu et la comparaison si digne de sa bonlé pour Dieu dont il se servit pour leur faire voir la folie de leurs plaintes sont encore une preuve de cette vérité. Yoici les paroles de ce pro-

phète (49, 14) : Les enfants de Sion ont dit : Le Seigneur nous a délaissés, le Seigneur nous a mis en oubli et Dieu a répondu : Se peut-il faire qu'une mère oublie son enfant, et qu'elle n'ait point de compassion pour celui qu''elle a porté dans son sein? Mais quand cela serait^ sachez, ô enfants de Sion, que pour moi je ne vous oublierai jamais, et que vous êtes gravés et écrits dans mes mains.

Quoique ces passages fassent voir suffisamment qu'il est impossible qu'il y ait aucun temps où Dieu ne prenne soin des hommes, et qu'il ne leur donne des marques sensibles de sa charité paternelle, néanmoins les pasteurs tâcheront encore d'en convaincre les fidèles par l'exemple mémorable des premiers hommes. Car qui ne croirait, voyant la manière dont Dieu se conduisit à leur égard, aussitôt qu'ils eurent méprisé et violé son commandement, comme il les en reprit fortement, et prononça contre eux cet arrêt épouvantable de leur condamnation (Gen. 3, 17) : La terre sera ingrate à voire travail, vous vous nourrùrez de ce qu'elle produira par votre travail, elle vous produira des ronces et des épines, et vous mangerez les herbes de la terre; comme il les chassa pour jamais du paradis terrestre ; mit à l'entrée un chérubin tenant en sa main une épée toute de feu et à deux tranchants pour leur ôter toute espérance d'y rentrer, et comme enfin, pour se venger de l'injure qu'ils lui avaient faite, il permit qu'ils fussent exposés à toutes sortes de misères , et tourmentés tant au dedans qu'au dehors d'eux-mêmes ; qui ne croirait, dis-je, à la vue d'un arrêt si terrible et d'une conduite si sévère, que ce ne soit fait de ces deux premiers hommes, et que le dessein de Dieu ne soit non seulement de les dépouiller de son secours, mais encore de les exposer à toutes sortes d'injures et de misères? Cependant nous voyons que lors même qu'il donne des marques si sensibles de sa colère et de sa vengeance contre ces misérables, il ne laisse pas de faire éclater sa charité envers eux. Car nous lisons dans le même endroit (Gen. 5, 21) qu'il prit des peaux dont il vêiit Adam et Eve. Peut-on désirer une preuve plus convaincante que dans quelque temps que ce puisse être. Dieu n'abandonne jamais entièrement les hommes ?

David confirme encore cette vérité par des paroles qui font bien connaître que la charité de Dieu ne peut êire épuisée par aucune injure qui lui soit faite de la part des hommes. Dieu, dil-iï (ps. 76, 10), a-t-il oublié sa clémence? et sa colère airêtera-t-elle le cours de ses wiisericort/es.^ Le prophète Habacuc, dans ce sentiment, s'adressant à Dieu lui parle de la sorte (cap. 3, v. 2) : Vous ferez ressentir, Seigneur, les effets de votre miséricorde dans le temps même de votre colère. Et c'est ce qui nous est encore iuar<iué par ces paroles du prophète Michée (7, 18) : Y a-t-il, Seigneur, un Dieu qui vous ressemble? vous qui effacez les péchés^ et les iniquités de votre peuple, et qui les en déchargez. Oui, Sei-gneur, vous faites bien voir que vous ne voulez pas davantage lui faire ressentir les effets de votre fureur, mais ceux de voire miséricorde.

El Dieu en use ordinairement de la sorte , lorsque nous nous croyons perdus , et que nous nous imaginons être le plus destitués de son assislanije et de son secours. Car c'est proprement alors qu'il nous recherche avec plus d'empressement et avec plus de soin pour nous assister. De sorte que Ton peut dire que e'esl principalement dans le temps de sa colère qu'il suspend le glaive de sa justice , et qu'il ne cesse de répandre sur nous les trésors inépuisables de sa miséricorde.

Il est donc constant que h création des hommes et le soin tout particulier que Dieu prend d'eux sont des preuves Irès-éclatantes de sa charité paternelle. Cependant on peut dire q-ue l'ouvrage de la rédeinpiion est une grâce qui surpasse tellement les deux premiers, qu'il est aisé de juger que Dieu a voulu par cel.le dernière faveur faire éclater jusqu'où pouvait aller

tATÉCHÎSME DÛ CONCILE DE TRENTE.

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cette bonté toute paternelle et bienfaisante qu'il a pour les hommes. . , . ji

Ainsi il faut que les pasieurs aient grand som d entretenir souvent les fidèles de l'excès de la cliariie que Dieu leur a témoignée dans le mystère de la rédemption et de leur faire connaître que par- elle ils ont ete élevés à la dignité d'enlants de Dieu d'une manière admirable. C'est ce que S. Jean a voulu marquer par ces paroles (1 . 12) : Il leur a donné le pouvoir d'être enfants de Dieu ', et par ces autres : Us sont nés de Dieu

même. , i .. • ,.

C'est pourquoi nous voyons que le baptême, qui est le premier gage et la première assurance que nous ayons de notre rédemption, est appelé le sacrement de la régénération. Et c'est eu effet par lui que nous naissons enfants de Dieu, comme Notre-Seigueur nous le déclare parces paroles (Joan. 5, 6) : Ce quiestnede Vesprit est esprit; et par ces autres {Tn.^,b):Jl faut que vous renaissiez de nouveau. Saint Pierre confirme la même chose, lorsqu'il dit (1 Epist. 1. 23) : Souvenezvous que vous êtes engendrés de nouveau, non pas dune semence corruptible, mais incorruptible, par la parolede Dieu, qui vit et subsiste éternellement.

Mais de plus c'est par le mérite et la vertu de la rédemption que nous avons reçu le S.-Esprit, qui, comme dit S. Paul, nous rend les enfants adoptifs de Dieu. Vous n'avez pas reçu, dit-il aux Romains (8, 15) un esprit de servitude et de crainte comme autrejois , mais vous avez reçu un esprit qui vous rend les en(anls adovlifs de Dieu , et qui fait que vous l'appelez voire vère. S. Jean marque la force et l'efficace de celle adoption , lorsqu'il dit (1 Joan. 3, 1) : Considérez quel amour le père nous a témoigné , de vouloir que nous soyons appelés et que nous soyons en effet enfants de

Dieu et

Après que les pasteurs auront expliqué ces vérités aux fidèles, ils leur feront voir quelle est 1 obligation Qu'ils ont de leur côté d'aimer Dieu , qui est un père si aimable, quelle est l'obéissance et la révérence quils lui doivent , et avec quelle confiance ils doivent le prier, puisqu'il est leur créateur, leur protecteur et leur rédempteur.

Mais afin de tirer de l'erreur certaines personnes qui par un sentiment tout-à-fait dangereux, s'imagi- Ment que l'unique preuve qu'ils peuvent avoir de l amour de Dieu est lorsqu'il permet que toutes choses leur réussissent selon leurs désirs, et qu'ils mènent une vie paisible et exempte d'afflictions et de traverses • et qui au contraire , si Dieu les éprouve par les adversités de celle vie, estiment en même temps que c'est une marque certaine qu'il ne les regarde plus aue comme ses ennemis, et qu'il n'a plus de bonne volonté pour eux ; afin, dis-je, de retirer ces personnes de celle erreur dangereuse, il faut que les pasteurs leur fassent voir que bien loin que Dieu prétende nous traiter comme ses ennemis, lorsqu'il permet que nous lombions dans quelque calamité, au contraire il ne le fait que parce iiu'il la regarde comnie un puissant remède pour nous guérir de nos pèches , et pour nous faire retourner à lui Car Dieu ne chaiie les pécheurs qu'afin de les rendre bons, et que par les soulfrances de cette vie ils puissent éviter les peines éternelles. De sorte qu'il esl vrai de dire qu encore ou'il se serve des afflictions et des maux de la vie pre-

de même qu'un jeune taureau indompté devient plus soU' pie par les coups qu'on lui donne. Convertissez moi donc. Seigneur mon Dieu, et je serai entièrement converti ; et enfin nous proposer toujours devant les yeux l'exemple deTobie, qui n'eût pas plus tôt reconnu que l'aveuglement dont il se sentait frappé, était un coup de la main paternelle de Dieu, qu'il s'écria (Tob. Il, 17) : Je vous bénis. Seigneur, Dieu d'Israël, parce que je reconnais que par ce châtiment vous me voulez sauver.

Ainsi dans quelque misère ou affliction que nous nous trouvions , nous ne devons pas croire que Dieu ignore notre état , puisque Notre-Seigneur lui-même nous assure dans rEvangde que pas même un cheveu de notre lêie ne se perdra. Mais nous devons au contraire nous consoler par la méditation de ces paroles de l'Apocalypse (3,19) : Je reprends et châtie ceux que faime , et de celles-ci de l'Apôire (Heb. 12, 5) : Mon fils , ne négligez pas le châtiment dont le Setgneur vous corrige, et ne vous laissez point abattre lorsqu'il vous reprend ; car le Seigneur châtie cmx qu'il aime, et il frappe de verges tous ceux qu'il reçoit au nombre de ses enfants; ; si vous n'êtes point châtiés , tous les autres l'atjant été, vous êtes donc des bâtards , et non pas de vrais enfants. Que si nous avons eu du respect pour les pères de notre corps, lorsqu'ils nous ont châtiés , combien devons-nous avoir plus de soumission pour celui qui est le père des es- i vrils, afin de recevoir de lui la vraie vie? § 2. Pourquoi Jésus-Christ a voulu que nous disions notre Père, et non pas mon Père.

Notre-Seigneur a voulu que lors même que nousi prierons en notre particulier nous disions notre Père, et non pas mon Père, pour nous apprendre que par la grâce de l'adoption divine nous sommes tous frères, et qu'en celte qualité nous sommes oblitjés de nous entr'aimer les uns les autres. Vous êtes tous frères, dit Jésus-Christ à ses apôires ( Maith. 23, 8 et 9 ) , et vous n'avez qu'un père qui est dans le ciel. C'est pour se conformer à ces paroles de Jésus-Christ, que les apô-j 1res appellent ordinairement dans leurs Epîlres les fi-| dèles leurs frères.

Il s'ensuit de celte adoption , non seulement que nous sommes tous unis entre nous par les liens de l'amour et de la charité fraternelle , mais même que nous sommes appelés, et que nous sommes en efîel les frères du Fils unique de Dieu, en tant qu'il s'esi revêtu de la nature humaine. C'est ce que saint Pau établit, non seulement lorsque parlant de Notre-Seigneur dans son Epître aux Hébreux (2, 11), il dit d( lui qu'il n'a point eu de honte d'appeler les hommes sei frères ; mais encore lorsqu'il lui lait dire après Davit ces paroles à son Père (ps. 21, 25) : J'annoncerai votri nom à mes frères. El Notre-Seigneur confirme lui même celte vérité, lorsqu'éiant apparu, après sa résurrection, à quelques femmes, il leur dit (Joan 20, 17 Marc. 1 6, 5) : Allez trouver mes frères, et leur dites de nu part qu'ils s'en aillent en Calilée, et que là ils me verront El il faui bien remarquer que Notre-Seigneur ne fi ce commandement à ces femmes qu'après être ressuscité, et par conséquent qu'après qu'il était deveni immortel ; afin qu'on ne crût pas que l'union fraternelle qu'il avait contractée avec nous ne subsistât plu: après sa résurre(îiion et son ascension dans le ciel Car bien loin que la résurrection de Jésus-Christ ai pu rompre ce lien si digne de la charité, nous ap prenons au contraire de sa propre bouche qu'au jou

Nous devons donc regarder les chaiimenls de Dieu

nn . 1 1- ^t.^«IfX k^É. 4 r\w>irkrk1 Irk /«Il II fi r\Afll1^

comme un efi'et de la cliariie paternelle (pi il a pour nous et avoir coniinuellemeni dans notre cœur et dans notre bouche ces paroles de Job, dont la paiience doit être le modèle de la nôtre (^Job. 5, 18) : C est le Seiqneur qui blesse et qui guérit. Il frappe et il applique le remède de ses propres mains; on ces autres du prophète Jéréinie qu'il adresse à Dieu parlant au nom du peuple d'Israël (Jer. 31 , 1 8) : Vous m avez chatte. Seigneur, ei j'en suis devenu plus capable de votre discipline ^

jamais été, il reconnaîtra le moindre des fidèles pou son frère et l'appellera de ce nom.

Et comment se pourrait il faire que nous ne fus sions pas ses frères étant comme nous sommes se cohéritiers? Car si en qualiié de premier-né, il eJ établi l'héritier universel de tous les biens éiernelj nous sommes aussi établis pour être les cohéritiers d ces mêmes biens, en qualité depuinés, selon la mesur des dons du ciel que nous aurons reçus , et que noi. aurons plus ou moins pratiqué la charité par leb.-fc'

PART. iV. DE L'ORAISON DOMINICALE.

prit dont nous sommes les ministres et les coopérateurs.

Car c'est cet Esprit divin qui nous inspire de l'ardeur pour la vertu, qui nous excite à la pratique des bonnes œuvres et qui fait f|ue, larlifiés de sou secours, nous entreprenons courageusement le combat du salul, alin qu'après l'avoir heurensemenl terminé, nous méritions de recevoir de noire Père céleste, après noire mort , le prix ei la couronne qu'il a avec tant de justice préparés à lous ceux qui auroiit tenu pendant leur vie le chemin de la vertu : Car , comme dit S. Paul ( Ileb. 6, 10), Dieu 71' est pas injuste pour oublier les travaux que nous aurons endurés pour son amour.

Lors donc que nous prononçons cetie parole notre, il faut que ce soit de cœur et d'afrccii(m. C'est ce que saint Chrysoslôme nous apprend par ces excellentes paroles : Dieu, dit-il, écoute volontiers un chrétien qui prie non seulement pour soi-même, mais pour les autres. Car il est naturel , et c'est même une nécessité de prier pour soi même; mais c'est un pur effet de la chanté fraternelle de prier pour les autres. Et il ajoute ensuite : La prière qui se fait par le seul motif de la charité fraternelle est beaucoup plus agréable à Dieu que celle que Con fait parce que la nécessité y oblige.

C'est pourquoi les pasteurs, en traitant cette matière si importante et si salutaire de la prière, auront soin d'avertir et d'exhorter les fidèles, de quelque âge, de quelque sexe et de quelque condition qu'ils soient^ de se souvenir qu'étant tous unis par les liens de la charité fraternelle , ils sont obligés de se traiter les uns les autres avec toute la douceur et toute Tlmnianité possible.et de ne se jamais laisser emporter à cetexcès d'insolence, de se préférer les uns aux autres. Car quoiqu'il y ait dans l'Eglise des fondions et des degrés dilférents , cette différence néanmoins ne ioit diminuer en aucune sorte l'union fraternelle qui doit être entre les lidèlcs qui la composent; de même que dans le corps humain la diversité des opérations et les différents offices auxquels sont destinés les membres qui le composent, n'empêchent pas que chaque partie n'en soit toujours un membre et ne fasse la fonction qui lui est propre.

Supposez donc une personne qui soitélevée à la dignité de roi ; pensez-vous pour cela que si elle a reçu la foi de Jésus-Christ elle soit moins obligée de re- ; garder tous les fidèles conime ses frères ? Nullement. Car Dieu donne également la vie aux pauvres et aux ' sujets comme aux riches et aux souverains , et ils n'ont tous qu'un même Dieu, un même Père ei un même Seigneur. Et par conséquent comme nous sommes lous nés enfants de Dieu, et que nous sommes cohéritiers du même héritage par la naissance que nous a donnée le même Esprit que nous avons reçu dans le même sacrement de baplême, noire naissance est aussi noble, aussi illustre et aussi excellente dans les uns que dans les autres. Car lès plus pauvres et les plus rabaissés des hommes ont Jésus-Christ pour Dieu aussi bien que les plus riches et les plus puissanis/ [le la terre ; ils participent aux mêmes sacrements ; ils espèrent tous de jouir du même héritage et du môme royaume des cieux. En un mot nous sommes lous frères; et, comme dit l'Apôtre ( Eph. 5, 50) nous sommes tous membres du corps de Jésus-Christ' formés de sa chair et de ses os. Ce qui nous est encore (narqué par ces paroles du même apôtre ( Gai. 3, 26 H 28) : Vous êtes lous enfants de Dieu par la fo) en Hsus Christ. Car vous tous qui avez été baptisés en Jésus- ^irtsl, vous avez été revêtus de Jésus-Christ. Il n'y a nus maintenant ni de Juif, ni de gentil, ni d'esclave w de hbre, m d'homme , ni de femme, mais vous n'êtes \ous qu un en Jésus-Christ, Il est donc nécessaire que les pasteurs traitent cette ente avec beaucoup de soin et d'exactitude , et juiis s y arrêtent pour la représenter avec toute la orce et TerudiiKm qui leur sera possible. Car elle » est pas un motif moins pressant pour fortifier et 'awurager les pauvres et les plus ,vils de lous les CoNc, DE Trente. I,

hommes que pour réprimer et abattre l'orgueii des riches et des puissanis de la terre. D'où vient que S. Paul, voulant apporter quelque remède à ce mal, recommande continuellement aux fidèles la chariié'fralernelle, et les presse toujoms sur ce point.

Que tout chrétien donc qui veut se servir de cotte prière, se souvienne qu'il doit s'approcher de Dieu comme un fils s'approche de son père; et lorsqu'il prononce ces paroles : Notre Père, qu'il pense sérieusemenl quelle est la dignité à laquelle la boulé de Dieu Fa eleve , puisqu'il ne veut pas qu'il ait recours à loi comme un serviteurqui, contre son gré et tout trcin- Dlanl de crainte, irait trouver son maîiVe; miiiscimme un fils qui, de sa propre volonté et loui plein de conhance, recourt à son père. El il p:)ssera sans doute de cette pensée à la considéralion des oblioaiions qu il a de son côté de le prier avec ferveur et avec pieîe, et de se comporter en toutes choses d'une manière digne d'un enf-^nt de Dieu : c'esl-à-dire faire que toutes ses prières et toutes ses actions soient dignes de cette alliance divine à laquelle Dieu, par un cflot desachariié bienfaisante, l'a élevé. C'est à quoi b. Paul nous exhorte, lorsqu'il dit ( Eph. 5, { ) : Soyez les imitateurs de Dieu , comme étant ses enfants bien-aîmés. Et alors on pourra dire de nous avec vérité ce que le même apôtre écrit aux Thessaloniciens • Vous êtes des enfants de lumière et des enfants du jour.

C'est une vérité reconnue de tous ceux qui ont les sentiments de Dieu qu'on en doit avoir, qu'il est dans tous les lieux du monde. Ce qu'il ne faut pourtant pas entendre de telle sorte que ï\m croie qu'il soit composé de plusieurs parties, dont l'une occupe une partie d'un lieu et une autre l'autre ; car Dieu est un pur esprit qui ne souffre point de division. Et en effet coni' ment se pourrait il trouver quehju'un assez hardi pour lui prescrire des bornes ei des limites et pt-ur lui détermmer quehpielieu parlicnlier, puisqu'il dit de luimême (Jérém. 23, 24) qu'i/ remplit le ciel et la terre? Cce qu'il ne faut pas non plus entendre Ci)mme s'il pouvait être renfermé dans aucun lieu, mais en tant qu'il comprend, par son immensité ei sa vertu infinie, le ciel, la terre et lout ce qu'ils renferment, étant pi éstnt à toutes choses, ou en leur donnant l'être, ou en le leur conservant. Et il n'y a point de lieu, quelque étendu qu'il soit, qui puisse le renfermer de telle sorle qu'il cesse d'être présent partout par la vertu de sa toutepuissance et par l'immensité de son essence. C'est ce que David nous fait comprendre admirablement, lorsqu'il dit (ps. 158, 8) : Seigneur, si je monte dans le ciel, vous y êtes ; si je descends jusque dans l'enfer, je vous y trouve présent.

Or, quoique Dieu, comme nous venons de dire, soit en tout lieu, en toutes choses, et qu'il ne puisse s(»uirrir de bornes ni de limites, nous voyons néaninoins que l'Eorilure sainte assure en plusieurs endroits qu'd fait sa demeure dans le ciel. Et elle le fait sans doute particulièrement pour trois raisons.

La première est afin que, comme le ciel est la plus noble partie qui compose ce monde, parce qu'il ne se corrompt point, et qu'il surpasse en vertu, en grandeur, en beauté ei par l'égalité de son mouvement, tou«" tes les autres créatures corporelles, nous fussions élevés par toutes ces considérations à la contemplation de la majesté et de la toute-puissance de Dieu, dont la vertu éclate d'une manière plus particulière dans cet ouvrage que dans les autres; quoiqu'il soit vrai, comme Dieu le déclare lui même souvent, qu'il n'y a aucune partie de ce monde à laquelle il ne soit présent par son essence et par sa toute-puissance. ^ La seconde, afin que les fidèles fissent réflexion que c'était non seulement avec le Père commun de toutes les créatures qu'ils devaient traiter dans leurs prières, niais aussi avec un Hieu régnant dans le ciel ; ei <|u'ainsî ils se souvinssent d'élever leur esprit vers le ciel dans leurs prières, et qu'autant que le nom de Père leur devait dQnner d'espérance et de confiance, autant la peiK

(Quatorze^

sce de la majesié d'un Père régnant dans le ciel devait les faire entrer dans des senl<ments d une liumililc profonde el d'une pieté sincère et véritable.

La iroisiènie raison est afin de nous apprendre Tordre que nous devons tenir dans nos prières, el qu'elles soûl vaines, inuiik'S et indignes même des chrétiens, %i, en demandant les biens et les iiécessiiés de cette vie, nous ne demandoiis eu même temps les biens du ciel, qui doivent être la fin de toutes nus prières.

Les pasieurs cxliorieront donc les iidèles de faire leurs prières dans celte vue et dans cet esprit; et, pour les y porter, ils se serviront de ces excellenies paroles de sainl Paul(Coloss. 3, 1) : Si vous êtes ressuscites avec Jéms-Christ, recherchez ce qui est dans le ciel oii Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu; n'ayez d'affection que pour les choses du ciel^ el non pour celles de la terre.

Première demande.— Que votre nom soit sanctifié. Noire Seigneur ne s'est pas contenié de nous commander la prière; mais, comme un excellent maître, il a encore Viulu lui-mêuiC nous enseigner ce que nous y devons demander, et Tordre que nous de\ous y tenir. En eiîet la prière étant Tinterprète de nos dé. irs et de nos alfeelions, elle ne p^'ui eue bonne et raisonnable, si Tordre de nos demandes n'est cou ibrme à Tordre des choses que nous devons désirer.

Or Tordre de la charité veut que nous rapportions toutes nos afteclions et tous nos désirs à Dieu. Car étant le souverain bien par lui-même, il mérile que nous Taimions d'un amour de jjiéféienee et lout singulier. El nous ne pouvons l'aimer souverainement et de tout notre cœur que nous ne piélérions son honneur el sa gloire à toutes les créatures, puisque nos biens et ceux des autres, etgénerahment lonles les choses à qui Ton donne le nom de biens, dépendent de ce souverain bien comme de leur source et de leur principe, et lui sont inférieurs.

Noire-Seigueur, voulant dtine nous faire garder cet ordre dans TOiaison dominicale, a voulu (jue la demande qui regarde le souver.iin bien lût la première et la capitale de toutes les auires , pour nous faire eu tendie que nous devons toujours demander, premièrement ce qui regarde la gloire de Dieu, et ensuite ce qui nous regarde, ou le prochain; puisque c'est le moyen que nous gardions Tordre de la chai ilé qui nous oblige, comme nous venons de dire, d'aimer Dieu plus que nous-mêmes et de préférer dans nos demandes ce qui regarde sa gloire à ce qui nous est uiile.

Ainsi tomme nous ne désirons ordinairement que les choses que nous ne possédons pas, et que la nature divine, étant très-parfaite el même au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir, ne peut recevoir aucune nouvelle perfection, il faut nécessairement que quoi que ce soit que nous puissions demander, qui regarde Dieu, ce soit quelque chose qui soit hors de lui et qui ne regarde que sa gloire extérieure. Car soit que nous demandions que le nom de Dieu soit connu des gentils ou que son royaume s'augmente de plus en plus, ou enfin que le nombre de ceux qui se sounieitent à lui pour lui obéir se muliiplie de jour en jour, celle connaissance du nom de Dieu, cet agrandissen;eni de son royuume el cette soumission à ^es commandements sont des choses qui ne sont point esseuiielles à Dieu, mais qui sont toutes hors de lui cl qui regardent purement sa gloire extérieure.

Lors donc que nous demandons que le nom de Dieu soit sanctifié , nous demandons que la gloire et la sainleiéde son nom éclatent et se répandent de plus en plus sur la terre. El il faut bien remarquer que Tiiilenlion de Noire-Seigneur , en nous prci-crivant celle demande, n'est point que le noiu de Dieu soit sanetilié sur la terre aussi parfaitement et de la même manière qu'il Test dans le ciel , puisque cela est impossible ; mais seulement qu'on le fasse avec toute l'ardeur et toute Tallection dont on est cap;ible.

Ainsi quoique le nom de Dieu n'ait pas besoin d'être sanctifié, puisqu'il est saint el terrible par lui-

même , de même que Dieu est saint par lui-même et ne peut recevoir dans le temps aucun degré de sainteté qu'il n'ait possédé de toute éternité ; néanmoins parce qu'il ne reçoit pas sur la terre lout Thonneur qui lui est dû, elque même très souvent il y est déshonoré et violé par les blasphèmes et les exécrations des hommes, nous demandoispouree sujet qu'il soit honoré, loué el gloriiié sur la terre, comme il Test dans le ciel, c'esi-à-dire que la gh)ire el Thonneur de son nom soit Tunique fin de nos pensées , de nos désirs et de nos paroles , aiin que nous Thonorions en toute manière, lant intérieurement qu'exlérieuiemenl,el qu'à l'exemple des esprits bienheureux, nous gloriliions ici bas, autant que nous en sommes capables, un Dieu si grand, si sainl et si rempli de gloire et de majesté.

El parce que tous les bienheureux louent et glorifient unanimement Dieu dans le ciel , nous demandons qu'il soit aussi loué cl honoré par toute la terre, que toutes les naiioiiS le coniiaisseni , l'adorent et le glorilient ; el qu'il ne s'en trouve aucun qui n'embrasse la religion chrétienne, qui ne se donne enlière ment à Dieu , et (jui ne le reconnaisse pour la source et le principe de toute sainteté , ne pouvant y avoiii rien de pur et de saint qui ne tire son origine de la sainlelé du nom de Dieu , seloii ce que dit S. Paul (Ephes. 5, 20), que l'Eglise a été purifiée dans le baptême de l'eau par la parole de vie. Car par cette parole de lie, il faut entendre le nom du Père, du Fils et du Saint Esprit , par lequel nous sommes lavés el puri-! lié.^ de nos pécliés dans les eaux du bapiême.

Comme done personne ne peut expier ses péchés ni êlre pur el saint qu'on n'ait premièrement invoqut le nom de Dieu sur lui, nous demandons encore qu( Dieu répande les rayons de sa divine lumière sur touJ les iiommes, afin (}u étant sortis des ténèbres de leui inlidéiiié ei qu'ayant quille Timpurelé de leur vie, il! puissent, a la faveur de celle divine lumière, connaîlr< si paifailenient la force ei la verlu de sou nom, qu'il; n'espèrent de véritable s.inlelé (jue de lui seul, e qu'après avoir reçu le sacrement de baptême au non de la sainte Trinité, ils rcçi)ivent de la miséricorde d' Dieu la plénilude de toute sainteté.

De plus iujus demandons qu'il plaise à Dieu d sanctifier son nom dans les personnes (|ui , s'élan souillées par des crimes, ont perdu leur innocence ei perdant Tiniégritéetla sainteté qu'elles avaient reçue dans leur bapième, et se sont rendues par-là pour un seconde fois la demeure ordinaire de Tesprit inipiu nous demandons, dis-je, qu'il sanctifie son nom dan ces personnes, c'est-à-dire que, les faisant rentrer e ciies-mémes et désirer la sanié qu'elles ont perdue elles recouvrent par le sacrement de pénitence leu première sainlelé, et qu'elles se rendent dignes par 1 pureté et la sainteté de leur vie d'êire le temple el 1 maison de Dieu.

Nous demandons encore que Dieu éclaire tous k hommes, afin que par la lunnère de sa grâce ils puis seul connaîire que lout ce qu'il y a de bon et de pai fait dans le monde, sont autant de dons qui vienner d'en haut el descendent du Père des lumières ; qn c'ctt à lui qu'ils sont redevables de la lempéranct de la justice, de la vie, du salui, cl enfin de tous fi autres biens (jui regardent ou le salut de Tàme , ou vie du corps ; qu'il est, comme TEghse ledit liauteinei dans une de ses prières , Tunique auteur de tout bien qui est en nous ; que si le soleil par sa luniiéi el les autres astres par leur mouvement el leur coui sont utiles aux hommes, s'ils respirent Tair qui 1< environne, si la terre leur fournil de quoi enlreien leur vie par Tabondance des grains et des fruits qu'el. produit , s'ils jouissent de la douceur de la paix p les soins des magistrats, c'est Dieu qui, par unefi'el i sa bonté i finie, leur procure tous ces biens et ui infinité d'aulres sembLil.les ; el qu'enfin loules 1< créatures, que les philosophes appellent ordinaireine; causes secondes, sont comme auiant de mains u> Dieu a disposées avec un ordre admirable de sa s:

PART. IV. DE L'ORAiSON DOMINICALE.

gesse , pour leur propre usage et pour leur communiquer ses bienfaits et les répandre avec profusion de toutes paris.

Eiilin nous demandons particulièrement par celte demande que tout le monde connaisse et révère l'Eglise, qui est réponse de Jésiis-Chria et la mère de tous les fidèles ; qui possède seule cette source admirable de grâce qui répand continuellement ses eaux pour laver et purilier nos âmes des souillures de nos péciiés, et qui est le principe de tous les sacremoMis , d'où découlent, comme d'auiant de canaux, cetio eui ei celte rosée admirable et louie céleste de la grâce par la(|uelle Dieu nous sanctifie, et qui enfin peut seule avec ceux <|u'elle renferme dans son sein invo<iuer le saint nom de Dieu, qui, comme dit saint Pierre ( Acl. 4 , i^), est. le seul qui ait été donné aux hommes par lequel ils doivent être sauvés.

Au reslo, les pasteurs auront soin de représenter aux fidèles qu'il ne suffit pas à un véritable enfant de Dieu de demander de bouche la sanctification de son non); mais encore (|u'il doit' faire paraître à tout le monde par ses actions qu'il le sanctifie elfectivement autant qu'il en est capable.

El plut à Dieu qu'il ne se trouvât plus de ces personnes qui en même temr.s qu'elles demanJeni avec le plus d'assiduité que le nom de Dieu soit sanctifié, le déshonorent et le méprisent auiant (ju'il est en elles par leurs actions cl leur mauvaise vie ! ce qui est cause trè^-souvent qu'il est blasphémé par les autres, comme S.Paul le reproche auxRomains : VoMs e^^s caMse, leur dit-il , par votre mauvaise vie, que le nom de Dieu est blasphémé parmi les nations. Dieu lui-mêmese plaint de ce désordre par la bouche du prophète Ezéchiel (37, 20) : I Ils se soni, dii-il, mêlés avec les nations étrangères, et ils ont habité avec elles; et en même lemps ils leur ont rendu mon nom méprisable , lorsque les considérant comme mon peuple qui était sorti d'un pays q\ii nj'apparlenaii , ils m'ont considéré comme l'approbateur de leurs crimes. •

El en effet le peuple qui est grossier et ignorant a coutume de juger d'une religion et de son auteur par h vie et les mœurs de ceux qui en font profession. C'est ponnjuoi ceux qui vivent conformément à la religion chrétienne qu'ils ont embrassée, ei qui règlent toutes leurs actions et leurs prières selon ses règles et ses lois , contribuent beaucoup à faire que le nom de Dieu soit loué , honoré et glorifié par les autres. Aussi il semble queNolre-Seigneur ait voulu que notre principal soin dans cette vie fût d'exciter par des actions héroïques de vertu les honnnes à louer et à glorifit;r le nom de Dieu son Père : Que votre lumière, dil-il (Matlh. 5, 16), luise devant les hommes, afin que voyant vos bonnes œuvres ils glorifient votre Père qui est dans le ciel. Et c'est à quoi S. Pierre nous exhorte par ces paroles (l Episl. 2, i2) : Conduisez-vous parmi les gentils d'une manière pure et sainte, afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants , les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu au jour qu'il daignera les visiter de sa grâce.

Seconde demande. — Que votre règne arrive. 11 est certain que le royaume du ciel que nous demandons parcelle seconde demande, est la fin de la prédication de l'Evangile. S. Jean-Baptiste conmiença Ipar-là à prêcher la pétiilence : Faites pénitence, dil-il (Mutih. 3,2), le royaume du ciel est proche. Ce fut aussi le comineniement de la prédication du Sauveur du inomle. Et la première chose qu'il dit dans cet admirable sermon qu'il fil sur la montagne, où il instruisit ses disciples de ce qu'il fallait faire pour arriver à la béatitude, ce lurent ces paroles (Matlh. 5, 3) : Bienmureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume du \ctel est à eux, pour leur marquer que le royaume du iciel devait être la fin de tout son discours. Nous voyons encore qu'une iroupe dépeuple vonlanl un jour le retenir comme il voulait les quitter, il no leur dit aulro ctose pour les obliger à le laisser aller, sinon : Il faut

quejevrêche aussi aux autres villes l'Evangile du royaume de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé (Luc. 4 43). II recommanda aussi dans la suite à ses apôtres de prêchoT ce même royaume. El répoiidant à ce jeune homme de l'Evangile qui Ini avait dit qu'il désirait avanl que de le suivre, aller ensevelir son père il ne lui dit aulre chose, sinon : Allons annoncer le royaume de Dieu {Luc. 9, 60). Enfin pendant le temps des quarante jours qu'il apparut à ses disciples après sa résurrection, son unique eniretien fui de leur parler du royaume de Dieu.

C'est ce qui fait voir que les pasteurs ont une obligation ires-etroite de traiter celte matière avecb<-'mcoup de s(un et d'exaciilude, afin que les fidèles puissenl connaître l'excellence ei la nécessité de celle seconde demande. El c'est de quoi il leur sera facile de les convaincre, s'ils leur font remarquer queNolre- Seigneur ne s'est pas contenté de joindre celte demande aux autres dem;indes de l'Orai.-,on dominicale mais même qu'il a conunandé expressément de là iaire séparément des autres, afin que nous recherchassions avec plus d'ardeur ce que nous y demandons. Cherchez, dil-il (Mallh. 0, 55), premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses vous seront données comme par surcroît.

Celte demande renferme donc une très-grande abondance dedon^ et de grâces du ciel. El l'on peut dire qu'elle comprend tout ce qui nous est nécessaire pour e itrelenir la vie de notre âme et celle de noire corps. El en effet qui oserait dire qu'un roi qui n'aurait aucun égard à ce qui peut conlribuer à la paix et à la conservation de son rovaume, fût digne de porter le nom de roi? si donc les hommes, pour être vraiment rois, sont obligés de veiller au bien et à la sûrelé de leurs étais, combien à plus forte raison devons imus croire que le Roi des rois apjdique tous les soins de sa providence à conserver la vie des hommes et à procurer leur salul! Ainsi celte demande du royaume de Dieu renferme, comme nous venons de dire, tout ce dont nous avons besoin pendant le pélerina^'e, ou pluiôt pendant l'exil de celte vie. Et Notre Seigneur nous promet de nous l'accorder, puisqu'il ajouie aussitôt après les paroles que nous venons de rapporter (Matlh. 6, 53) : Fa toutes choses vous seront données comme par surcroît. Par où il nous fait bien voir qu'il est vraiment le roi des hommes, puisqu'il nous donne avec tant d'abondance et de libéralité tout ce qui nous est nécessaire. C'était la vue de cette bonlé infinie de Dieu qui faisait dire à David (ps.22, 1) : Le Seigneur est mon pasteur, je ne puis manquer de rien.

Mais ce n'est pas assez de denmnder avec instance le royaume de Dieu, il faut encore que nous fassions tout ce qui est nécessaire pourcb relier vériiaidement ce royaume, et pour y parvenir. Car les cinq vierges folles dont il est parlé dans TlCvangile, priaient sans doute avec affection, lorsqu'elles disaient (Malih. 25,, 11): Seigneur, Seigneur, ouvrez- nous. Cependant ellel furent rejetées, parce que leur prière n'était pas accompagnée des dispositions nécessaires pour mériter d'entrer aux noces avec l'époux. Et C(; fui avec justice, puisque Notre- Seigneur lui-même a dit (Maiih. 7, 21) que tous ceux qui lui disent : Seigneur, Seigneur[ n'entreront pas pour cela dans le royaume du ciel.

Il faut donc que ceux à qui la charge des âmes est commise, puisent dans la source abondante de l'Ecriture sainte ce qu'ils jugeront le plus propre pour exciter dans le cœur des fidèles l'amour et le désir du; roy.mme du ciel, et pour leur mettre en même temps, devant les yeux le déplorable état de leur condition,, afin qu'en étant touchés et rentrant en eux-mêmes, ils repassent souvent en leur mémoire celte souveraine béatitude et lous ces biens ineffables dont le ciel, qui est la demeure éternelle de Dieu notre Père, est tout rempli.

Ils leur représenteront pour cet effet que celte vie n'est qu'un lieu d'exil, où les hommes habitent avec; les démons, qui sont leurs ennemis irréconciliables» ei

is-a

oui ont une haine implacable contre eux. non seulement la souveraineté de Dieu sur tous les

Ils leur feront faire attention sur les combats inté- hommes et sur toutes les créatures, mais encore sa rieurs et domestiques que se livrent continuellement providence, selon laquelle il conduit et gouverne lou-

le corps et Fàme, la chair et Tesprit, dans lesquels nous devons toujours craindre de succomber. Je dis que nous devons toujours craindre de succomber, parce qu'il est trés-ceriain que nous y succomnerions à tout moment , si nous iVélions soutenus par la force toute puissante de la grâce de Dieu. C'était ce combat que l'ypôtre S. Paiirressenl;tit en lui même, qui faisait qu'il s'écriait (Uom. 7, 24) : Malheureux que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ?

El (juoif'ue cette misère des hommes se fasse assez connaître par elle même, néanmoins, ahu que les fidèles la comprennent encore mieux , 1» s pasteurs n'auront qu'à comparer leur étal avec celui de tontes les autres créai ures. Car nous voyons qifil est assez rare qu'aucune d'elles, soit qu'elle soit privée de raison, ou même de sentiment, s'écarte de telle sorte, onde Taclion, ou de l'inclination, ou du mouvement qui lui est propre et naturel, qu'elle s'éloigne entièrement de la fin à laquelle elle est naturellement ordonnée de Dieu. C'est ce qu'il est si aisé de remarquer dans les animaux de la terre, dans les poissons et dans les oiseaux , qu'il est inutile de nous arrêter à en donner des preuves particulières.

Que si nous élevons nos yeux vers le ciel, n'avouerons-nous pas que c'est avec beaucoup de vérité que David a dit (ps. 118, 89) :Volreparole, Seigneur, subsistera éternel lemenl dans le ciel; puisque son mouvement est si réglé et si constant, qu'il ne s'écarte jamais des lois que Dieu lui a prescrites? El de même si nous considérons la terre et tout le reste des créatures, ne remarquerons-nous pas aussitôt qu'aucune d'elles ne s'éloigne jamais , ou du moins en fort peu de choses, de sa lin?

L'homme, au contraire, plus misérable en cela que toutes les autres créatures, s'éloigne très-souvent de sa fin ; il exécute rarement ses bons desseins ; souvent il abandonne les bonnes œuvre> qu'il avait commencées ; et une ré^îOlulion qu'il avaitauparavanlapprouvée lui devient tout d'un coup insupportable ; en sorte que la rejetant il en prend de mauvaises et de pernicieuses.

Et quelle est la cause de celte inconstance et de cette misère , sinon le méjiris que nous faisons des inspirations de Dieu, lorsque nous fermons nos oreilles à ses avertissements salutaires, que nous ne voulonspas ouvrir les yeux pour regarder la lumière qu'il nous présente, que nous négligeons les inslructions que notre Père céleste nous donne pour notre saltil? Il faut donc que les pasteurs s'appliquent ici fortement à exposer aux yeux des fidèles toutes ces misères, qu'ils leur en représentent les causes, et qu'ils leur fassent connaîlre les remèdes les plus propres pour s'en relever. Ils pourront aisémenl le faire s'ils ont recours à ce que S. Chrysoslôme et S. Augustin ont dit sur ce sujet, et surtout à ce (pie nous eu avons rapporté dans l'explication du Symbole. Car il n'y a personne si abandonné qu'il puisse être, qui, ayant connaissance de toutes ces choses, ne tâche avec le secours de la grâce de Dieu, qui doit toujours nous prévenir, de prendre courage, et qui ne se lève et ne vienne se présenter, à l'exemple de l'enfant prodigue de l'Evangile, à ce Roi du ciel comme à son père, pour en obtenir le pardon de ses péchés.

Les pasteurs ayant fait savoir aux fidèles combien cette demande leur est utile, ils leur expliqueront ensuite ce (jue c'est proprement que l'on demande par le règne de Dieu. Car comme ce règne de Dieu se peut entendre en diverses manières, celle explication leur sera tout-à-fait utile et uiême nécessaire tant pour l'iulelligence de l'Ecriture sainte, que pour celle du sujet dont il s'agit ici.

La première signification que l'on donne à ce mot

tes choses : Dieu tient en sa main , dit le Prophète (ps. 9i, 4), les limites de la terre. ( e qu'il faut entendre des lieux les plus profonds de la terre, et de ce qui est de plus caché et de plus secret dans toutes les autres créatures, c'est dans ce sens que Mardochée dit à Dieu (Esther. 13) : Seigneur tnon Dieu, roi tout- puissant, vous dominez sur toutes choses. Il n'y a rien qui puisse résister à voire volonté. Vous êtes le Seigneur de tous les hommes. Il n'y en a aucun qui puisse s'opposer à votre majesté.

2° Par le règne de Dieu l'on peut entendre ce soin tout particulier que Dieu prend du salut des justes et des gens de bien. C'a été la vue de celle protection toute particulière de Dieu qui a fait dire à David (ps. 2'2) : Le Seigneur est mon pasteur^ je ne puis manquer de rien; et à Isaïe (55) : Puisque le Seigneur est notre Roi, ce sera lui qui nous sauvera.

Or quoique, comme nous venons de dire. Dieu exerce dans ce monde son enipire d'une manière toute particulière sur les justes et les gens de bien, Nuire-Seigneur Jésus-Christ nous apprend néanmoins qu'il ne règne pas sur eux de la même manière que régnent les souverains de la terre, les rois, les républiques, les ducs, et enfin tous ceux qui, par le choix et l'éleclion des hommes, ont le gouvernement des villes ou des provinces, ou qui l'ont usurpé par la force et la violence. Car nous voyons qu'il dit à Pilale que son royaume n'était pas de ce monde, c'està-dire qu'il ne tirait point son origine de ce monde, qui a été produit et qui doit périr un jour. Mais Jésus- Christ, comme dit le Prophète, a été établi de Dieu son Père pour être roi d'un royaume qui, selon l'Apôtre (Rom. 14, 17), n'est autre que la justice, la paix et la joie du Sainl-lisprit.

Ainsi Jésus-Christ règne en nous par le moyen des vertus intérieures de la foi , de l'espérance et de la charité, qui font même que nous devenons en quelque sorte partie de ce royaume, et qu'étant par h>ur moyen soumis à Dieu d'une manière toute particulière, nous sommes consacrés à son culte et à son service. En sorte que, comme l'Apôtre a dit de lui-même (Gai. 2, 20) : Je vis, ou plutôt c'est Jésus-Christ qui vit en moi, chacun de nous peut dire au.>si : Je règne, ou plutôt c'est Jésus Christ qui règne en moi. L.t ce royaume, comme nous venons de dire, n'est autre que la justice, parce «ju'il est établi sur la justice de Jésus-Christ. C'est de ce royaume qu'il laul enlendre ces paroles de Jé-us-Christ (Luc. 17, 21) : Le royaume de Dieu ebt au-dedans de vous. Mais, quoique Jésus-Christ règne j)ar la loi dans tous ceux qui sont dans le sein de la sainte Eglise notre mère, il règne néanmoins d'une manière plus pariiculière dans ceux qui, étant animés d'une foi, d'une espérance et d'une charité plus pures et plus vives, ont soin de se conserver purs et sains, et d'être des membres vivants de son corps. Et c'est proprement de ces personnes-là qu'il est vrai de dire que le royaume de Dieu est au-dedans d'elles-mêmes. Enfin le royaume de Dieu n'est autre que la gloire éternelle. C'est en ce sens qu'il le faut enlendre dans plusieurs passages du nouveau Testament, comme lorsque Notre-Seigueur dit (Matth. 25, 54) : Venez , vous qui avez été bénis par mon Père ; possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde; dans ces paroles que le bon larron adressa à Jésus- Christ, touché du regret de ses péchés (Luc. 25, 42) : Seigneur, souvincz-vous de moi lorsque vous serez venu en votre royaume; quand S. Jean dit (Joan. 3, 5) : Si un homme ne renaît de l'eau et de l'esprit, il ne peut entrer datis le royaume de Dieu; dans ces paroles de S. Paul (Eph. 5, 5) : Sachez que nul fornicateur, nui impudique , nul avare {ce qui est une idolâtrie) ne sera héritier du royaume de Dieu ; et enfin dans plusieurs

de règne de Dieu, qui est commune, et dont l'Ecriture paraboles que Jésus-Christ propose dans lEvangile. (Baiute se sert très-souvent, est qu'il nous marque. Mais comme il est impossible que nous possédions

PART. IV. DE L'ORAISON DOMINICALE

la gloire éternelle , qui est rhéritage de Dieu, si la grâce ne régne premièrement en nous , il faut que nous fassions !ons nos efforts pour établir premièrement son règne en nous. Car comme, selon la parole du Sauveur du monde, la grâce est une source d'eau vive qui rejaillit jusque dans la vie éternelle, nous pouvons dire que la gloire n'est autre chose que la niém<^ grâce qui est consommée et qui a sa perfection. De sorte que fjuoi(iue, pendant que nous sommes revêtus de ce corps morlel et fragile, et que nous sommes absents du Seigneur, et errants dans l'exil et dans le pèlerinage de cette vie qui n*est que ténèbre?, nous tombions souvent dans nos premiers désordres aussitôt que nous avons été assez malheureux pour rejeter ce secours du royaume de la grâce qui nous soutenait, néanmoins la lumière admirable de ce royaume parfait de la gloire ne commencera pas plus tôt à se montrer en nous, que nous demeurerons en même temps fermes et stables pour toujours dans le bien ; nous serons exempts de tous vices et de tous déli^uts ; notre faiblesse sera fortifiée , et Dieu régnera pleinement dans notre âme et dans notre corps, conmie nous l'avons fait voir lorsque nous avons expliqué l'article du Symbole qui regarde la résurrection des corps.

Ce n'est pas assez d'avoir examiné ce que l'on entend communément par le royaume de Dieu ; il faut encore expliquer ce que nous demandons proprement par celte pr ère.

Premièrement nous demandons que l'Eglise, qui est le royaume de Jésus-Christ, s'étende et s'accroisse de plus en plus; que les infidèles se convertissent à la foi de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'ils reçoivent la coimaissance du vrai Dieu; que les Juifs, les schismaliques et les héréticjues, abandonnant leurs erreurs, embrassent la saine doctrine et rentrent dans la communion de l'Eglise, dont ils s'étaient séparés ; que la vérité de ces paroles que Dieu , en parlant de l'Eglise, a dites par la bouche du prophète Isaïe (S-i, 2) s'accomplisse : Elargis le lieu de ta tente ; étends les courtines de tes pavillons ; fais que les cordes dont tu te sers soient longuesy que tes clous soient forts; car tu t'étendras à droite et à gauche^ parce que celui qui t'a faite sera avec toi^ et que lu lui seras soumise ; et de ces autres du même pjophète (00, 3) : Les nations marcheront à la faveur de ta lumière , et les roisy à l'éclat qui accompagnera la naissance. Regarde de tous côtés^ et considère que tous ceux que tu vois assemblés l'appartiennent^ et qu'il te viendra des enfants de toutes ces parties de la terre.

Nous demandons en second lieu pour ceux qui quoiqu'ils soient dans le sein de l'Eglise, n'ont néanmoins qu'une loi imparfaite et morte, parce que confessant Dieu de bouche ils le renoncent par leurs œuvres, et dans qui par conséquent le démon fait sa demeure et domine souverainement par le péché, nous demandons, dis-je, pour ces personnes que le royaume de Dieu s'établisse en elles, afin que les ténèbres de leurs péchés étant dissipées, et qu'étant éclairées de la lumière divme, elles soient rétablies dans leur première dignité d'enfants de Dieu; et que le Père céleste, ayant chassé de son royaume tous les hérétiques et les schismaliques , et en ayant éloigné tous les sujets de trouble et de scandale, il purifie l'aire de S(tn Eglise, afin que l'honorant avec toute la piété et toute ia religion dont elle est capable, elle jouisse d'une paix et d'une tranquillité parfcùtes.

Enfin nous demandons que Dieu seul vive et règne en nous, que la mort n'ait plus de pouvoir sur nous, et qu elle soit absorbée par la victoire de Jésus-Christ, afin qu'après avoir détruit l'empire, la puissance et la vertu de ses ennemis, il assujélisse toutes les nations à son empire.

Il est encore du devoir des pasteurs de représenter aux fidèles ce qui peut leur servir de motif pour les exciter à faire cette demande avec toute la piété qui doit accompagner une prière si importante.

Hs les exhorteront donc premièrement de faire at^

tention à la force et au sens de cette parabole que Notre-Seigneur rapporte dans l'Evangile, parlant du royaume de Dieu : Le rojiaume du ciel, dit-il (Malth, 13, 4.4), est semblable à un trésor caché dans un champ, qu'un homme trouve et qu'il cache; et dans la joie qull en ressent, il va vendre tout ce qu'il a et achète ce champ. Car il n'y a personne qui , venant à connaître les richesses de Jésus-Christ, ne méprise aisément tous les autres biens : les richesses, les commodités et les hoimeurs de ce monde ne lui pouvant plus paraître que comme des ordures et des choses de néant auprès d'elles. Et assurément il n'y a aucun bien qui soit, je ne dis pas comparable à une chose d'un si grand prix, mais qui puisse même passer pour tel si on le compare avec elle. Ainsi il ne faut point douter que quiconque aura la connaissance de ce trésor, ne s'écrie en même temps avec l'Apôtre (Phil. 3, 8) : Je me suis privé de toutes choses pour gagner Jésus-Christ^ et tout ne me paraît plus que des ordures auprès de lui. C'est là cette pierre précieuse de l'Evangile, pour l'achat de laquelle quiconque aura vendu tous ses biens est assuré de jouir de la vie éternelle. Que nous serions heureux si nous pouvions être éclairés par Jésus-Christ de telle sorte que nous puissions voir clairement cette pierre précieuse de la grâce, par laquelle Dieu règne dans ceux qui lui appartiennent ! Sans doute que nous ne nous contenterions pas de vendre tous nos biens , mais que nous nous vendrions nous-mêmes, pour l'acheter et la couserver soigneusement après l'avoir achetée. Et ce serait alors que nous pourrions dire en assurance ces paroles de l'Apôtre (Rom. 8, 35) : Qui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ ? Que si nous recherclions quelle est l'excellence et la mag(»ificence du royaume de la gloire , nous n'avons qu'à considérer ce qu'en disent le prophète Isaïe et l'apôtre S. Paul, lesquels assurent qu'elle est telle, que l'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.

Mais rien ne sera plus effi(ace pour nous faire obtenir ce que nous demandons par ces paroles que si nous laisons une sérieuse réflexion sur ce que nous sommes , c'est-à-dire que nous sommes enfants d'Adam, qui, en cette qualité, avons été chassés avec justice du paradis el relégués en ce lieu d'exil , et avons mérité pai' notre indignité el notre n)alice d'éprouver les derniers efl'eis de la colère de Dieu et de souffrir les peines éternelles ; car , étant impossible que cette pensée ne nous jette dans la confusion et n'abatte l'orgueil de notre esprit, notre prière sera alors tonte remplie de l'humilité chrétieime; et ainsi nous défiant de nos propres forces , nous aurons recours uni(jnement à la miséricorde de Dieu, à l'exemple du publicain dont il est parlé dans l'Evangile; nous attribuerons tout le bien que nous pouvons faire à un effet tout particulier de sa bonté et de sa miséricorde , et nous lui rendrons des actions de grâces immortelles de ce qu'il nous a comnmniqué son Esprit , qui fait que nous osons l'appeler notre Père.

Celle considération nous obligera de penser à ce qu'il faut taire et éviter pour pouvoir arriver à la possession des biens éternels , el nous fera souvenir que nous n'avons pas été appelés de Dieu pour demeurer dans l'oisiveté et la paresse , mais pour travailler à acquérir le royaume du ciel, dont Jésus-Christ dit (Malth. {\ , 12) qu'il se prend par violence, et que ce sont les violents qui remportent ; ce qui lui fait dire encore dans un aulre endroit (ib. 19, 17) : Si vous voulez entrer en la vie, gardez les commandements.

Il ne suffit donc pas que nous demandions le royaume de Dieu , il faut encore que nous travaillions à l'acquérir , que nous coopérions à la grâce et que nous agissions avec elle pour tenir le chemin qui conduit au ciel. Mais il faut surtout que nous prenions garde de ne pas abandonner Dieu en nous abandonnant nous-mêmes au péché; car il ne nous abandonne jamais le premier, nous ayant promis d'être toujours

avec nous. Aussi est-ce de lui que viennent Ions les secDurs qui se trouvent dans le royaume présent de l'Eslise, qui penveni contribuer à entreieuir notre vie et à procurer notre salut, soit que ces secours nous soient in»porceplil)lesc():iHneceux que nous recevons par-le ministère des anges, soit qu'ils soient sensibles, coinme ceux que nous recevons par le moyen des sacrements, qui sont pour nous une source abondante de toutes sortes de grâces. Et ces secours qu'il a vouhi que nous reçussions, sont si puissants (jue non seulement nous somnn^s à couvert par leur moyen de la domination de nos plus irréconciliables ennemis , mais encore que nous pouvons terrasser et fouler aux pieds le démon , ce cruel tyran, ci tous ses exécrables ministres.

Il faut donc que nous terminions cette prière en demandant avec ardeur à Dieu qu'il nous communique son Esprit, afin que nous puis.^ons faire toutes nos actions selon les règles de sa volonté , qu'il détruise l'empire du démon afin qu'il n'ait aucun pouvoir sur nous au jour du dernier jugement, que Jésus-Christ triomphe et soit victorieux de ses ennemis, que ses lois soient suivies par toute la terre, que ses commandements se gardent et s'observent exactement, (ju'il ne se trouve personne assez misérable pour le traiiir et l'abandonner, et enfin que nous vivions tous de telle sorte que nous puissions

prep:

Christ de la félicité éternelle.

Troisième demande. — Que voire volonté soit faite en la terre comme an ciel.

Puisque Noire-Seigneur Jésus-Christ assure (Malth. 7, 21) (jue tous ceux qui disent : Seigneur, Seigneur , n'entreront pas pour cela dans le royaume du ciel; mais que celui-là seulement y entrera, qui fait la volonté de son Père, qui est dans le ciel; il faut que ceux qui désirent de parvenir à la jouissance de ce royaume demandent à Dieu que sa volonté soit faite; c'est pour ce sujet que Notre-Seigneur a joint cette demande immédiatement après celle du royaume du ciel.

Or, afin que les fidèles connaissent parfaitement la nécessité des choses que nous demandons par cette prière, et quels sont les grands avantiges (|ue nous en recevons lorsque Dieu l'exauac, les pasteurs leur feront voir quelles sont les niisères et les calamités dont les hommes ont été accablés par le péché du premier homme.

Ils leur représenteront donc que Dieu ayant inspiré à chaque créature le désir du bien qui lui est propre, en sorte que par une pente naturelle elles se portent toutes à la recherche de leur fin, dont elles ne peuvent être détournées que par violence et p.ar quelque empêchement extérieur , et qu'ayant donné en particulier à l'homme une inclination qui le portait à rechercher Dieu connue le principe et l'auleur de son bonheur, qui était d'auiani plus noble et plus parfaite qu'elle était fortifiée de la raison et du jugement , il est arrivé que toutes les créatures, quoique privées de la raison , ont conservé ce désir naturel de leur fin , et sont toujours demeurées dans cet étal de bonté dans lequel elles ont été créées de Dieu; au lieu que l'homme seul est déchu de son premier état et a été assez malheureux pour se détourner de sa lin ; en sorte qu'il n'a pas seulement perdu les avantages surnaturels de la justice originelle dont Dieu l'avait orné et relevé au-dessus des autres créatures , mais qu'il a encore presque éteint par son péché Tinclination naturelle qu'il avait pour la vertu ; ce qui fait dire à David (|)S. 52, 4) : Ils se sont tous détournés du droit chemin, ils sont tous corrompus, il n'y en a pas un qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul.

En effet , comme toutes les inclinations et tous les désirs de l'homme le portent au mal dès sa jeunesse, il est aisé de comprendre qu'il n'y en a pas un seul

portent tous naturellement au mal et qu'ils sont ea^» clins à une infinité de passions mauvaises, comme à la colère , à la haine , à la vanité , à l'ambition , et enfin à une infinité d'autres vices auxquels ils s'abandonnent avec une ardeur et une passion incroyable.

Mais ce qui fait le comble de leur misère , c'est qu'encore qu'ils se trouvent très souvent agités de ces passions, la plupart néanmoins ne leur paraissent pas mauvaises, et que l'aveuglement qui leur est causé par leur cupidité est tel que non seulement il leur fait prendre pour bonnes et salutaires les choses qui leur sont les plus pernicieuses, mais encore qu'ils se portent avec empressement à la recherche de ces mêmes maux comme à des biens dignes de leurs affections et de leurs désirs ; au lieu qu'ils ont en horreur et en abomination les choses qui sont véritablement bonnes et honnêtes comme si elles leur étaient mauvaises et pernicieuses.

C'est ce jugement corrompu des hommes que Dieu déteste, lorsqu'il dit par la bouche de son prophète (Isa. 5, 20) : Malheur à vous qui dites que ce qui est un mal est un bien, et que ce qui est un bien est un mal , qui faites passer les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres , qui voulez que ce qui est amer soit doux, et que ce qui est doux soit amer.

C'est pourquoi TEcriture sainte , pour nous faire connaître notre misère , nous compare tantôt à ces~ personnes qui, ayant perdu tout sentiment du goût, rejettent la bonne nourriture pour en prendre une qui est contraire à leur sanié; et tantôt à des malades ; car , comme ceux-ci ne peuvent faire les fonctions des personnes qui sont saines qu'ils n'aient éié premièrement guéris , ainsi nous ne pouvons faire des actions qui soient agréables à Dieu si nous ne sommes prévenus du secours de sa grâce ; et tout ce que nous pourrions faire, privés de ce secours, serait très-peu de chose et contribuerait de bien peu ou même point du tout à notre salut; car, pour ce qui est d'aimer et honorer Dieu comme nous le devons, nous ne le pouvojis faire qu'avec le secours de la grâce ; et c'est quelque chose de trop grand et de trop élevé pour prétendre, que nous qui rampons encore sur la terre, nous le puissions faire par les seules forces de la nature.

Enfin l'Ecriture nous compare à des enfants, ce qui est encore très-propre pour nous faire comprendre la misère de notre état ; car , comme les enfants étant abandonnés à eux-mêmes, agissent sans discernement et sans conduite , aussi du moment que nous sommes abandonnés du secours de Dieu, nous devenons imprudents comme des enfants, nous tenons comme eux des discours peu sérieux, et nous nous amusons comme eux à des choses vaines et lout-à-lait inutiles. C'est le reproche que nous fait le Sage par ces paroles (Prov. 1 , 22) : 0 enfants ! jusqu'à quand aimerez vous l'enfance? jusqu'à quand les insensés désireront-ils ce qui les perd ? Et c'est ce qui fait dire à saint Paul (1 Cor. 14, 20) : Ne soyez point enfants de ce qui est de C esprit et de la sagesse. Mais , dans la vérité, nous sommes encore dans un état plus déplorable et dans de plus grandes ténèbres (pie ne sont les enfants, puisqu'il ne leur manque que la prudence humaine, laquelle ils pourront acquérir par eux mômes dans la suite du temps; au lieu que nous matiquons de celle prudence divine qui est nécessaire au salut , laquelle nous ne pouvons acquérir que par lô secours de Dieu ; car il est impossible qu'étant destitués du secours de la grâce nous, n'abandonnions les véritables biens pour nous précipiter de nous-mêmes dans un abîme de maux.

Il n'y a donc personne qui, venant à connaître, à la faveur de la lumière de la grâce, les misères où sont réduits les hommes , à ressentir celle loi des membres dont parle l'Apôtre, à éprouver les combats continuels que se livrent la chair et l'esprit , et enfin à considérer rincliiialion malheureuse de notre na-

qui puisse faire le bien par lui-même , mais qu'ils se ture au péché, ne soit en même temps porté à recher

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PART. IV. DE L'ORAISON DOMINICALE

cher avec ardeur des remèdes contre un mal si violent, et à désirer de se coni'oi mer à celle règle salutaire et divine de la volonté de Dieu , sur laquelle doit êlre réglée toute la vie d'un véritable chrétien.

Et c'est ce que nous demandons à Dieu lorsque nous le prions que sa volonté soit faite. Car comme c'est par la désobéissance do nos premiers pères et par le mépris qu'ils ont fait de la volonté de Dieu, que nous avons été réduits à cet étal de misère dans lequel nous sommes, Dieu a voulu que le seul reuiède à de si grands maux fût de vivre selon celle même volonté que nous avons méprisée par nos péchés, et que nous réglassions toutes nos pen-ées et nos actions selon celle divine règle. C'est donc pour obtenir de Dieu cette grâce, que nous prions que sa volonté soit faite.

C'est pourquoi ceux en qui Dieu règne déjà par sa grâce et qui sont éclairés des rayons de sa divine lumière, ne sont pas moins oi)ligés de faire avec ardeur celte prière , afin (lu'élanl aidés par le seconrs de Dieu ils obéissent toujours à sa sainte volonté. Car comme ils ne laissent pas dans cet état même d'éprouver de la résistance de la part de leur concupiscence, laquelle étant répandue dans tous leurs membres les excile et les porte continuellement au mal, ils ont toujours lieu de craindre qu'étant emportés et attirés par ses charmes ils n'abandonnent une secmde fois le chemin du salut. C'est la vue de ce péril (pji a porté Jésus-Christ .^ nous dire ces paroles ( Matih. 26, 41 ) : Veillez et priez , afin que vous ne tombiez point dans la tentation ; l'esprit est prompt , mais la chair est faible.

Et en effet il n'est point en la puissance d'aucun homme, je dis même de celui qui est justifié par la grâce, d'assujélir de telle sorte les mouvements de sa chair, qu'il n'en ressente plus aucune attaque dans la suite. Car quoique Dieu en nous justifiant guérisse notre âme par sa grâce , notre corps néanmoins demeure toujours darjs quelque sorte d'infirmité et de faiblesse. Ce qui fait dire à saint Paul (Rom. 7, 18) qu'î7 sait qu'il n'y a rien de bon en /«/, c'est-à-dire dans sa chair.

Car le premier homme ayant été dépouillé par le péché de la justice originelle qui élait comme nu frein salutaire qui le rendait maître de ses passions, il n'a plus eu depuis ce moment la force de les contenir dans les justes bornes que la nature leur avait prescrites, ni de les empêcher de se porter à ce qui est contraire à la raison. C'est ce qui fait dire encore à saint Paul que le péché, c'est à-dire la loi du péché, habite en notre chair, pour nous donner à entendre qu'il n'est pas eu nous pour un temps comme un liôie qui ne fait (pie passer, mais que notre corps est la demeure ordinaire où il lait sa résidence pendant tout le temps de notre vie.

Rien donc n'est plus propre pour nous convaincre du besoin que nous avons du secours de Dieu , et de l'obligation que nous avons de le prier que sa volonté s'accomplisse en nous , que celte guerre domestique que nous font continuellement nos passions.

Après avoir montré la nécessité de cette demande, il faut tin faire voir le sens cl la force. Et sans s'arrêter à rapporter ici tout ce que disent, quoiqu'ulilement, les docteurs scolastiques de la volonté de Dieu, nous nous contenterons de dire qu'il faut entendre par la volonté de Dieu celle qu'ils appellent communément la volonté de signe, c'est-à-dire celle qui nous est connue ou par ses commandements ou par ses conseils.

Ainsi dans la volonté de Dieu , dont nous demandons l'accomplissement par cette demande , est compris tout ce qui nous est proposé comme nécessaire pour arriver au ciel, soit que cela regarde la foi ou le règlement des mœurs , et génér;.lenient tout ce que Jésus-Christ nous a commandé et détendu de faire, Ou par lui-même ou par son Eglise. C'est en ce sens que saint Paul prend la volonté de Dieu , lorsqu'il dit iaux Èphésiens : ISe soyez pas indiscrets, mais sachez

discerner auelle est la volonté de Dieu,

Nous demandons donc premièrement par cetio prière : Yoire volonté soit faite , que notre Père céleste nous donne la force d'obéii à ses divins commandements, et de le servir tous les jours de notre vie dans la sainteté et dans la justice ; que nous fassions toutes choses selon les ordres de sa volonté; que nous nous acquittions envers Dieu et envers les hommes de tous les devoirs qui nous sont prescrits dans l'Ecriture sainte; qu'étant conduits par son Esprit saint , nous ne fassions rien qui soit indigne de personnes qui sont nés de Dieu et non delà chaire, et que nous imitions Jésus-Christ, qui a été obéissanl jusqu'à la mort , et à la mort à la croix ; enfin qne nous soyons toujours prêts à souffrir en toutes choses plutôt que de nous éloigner en rien de sa volonté.

Ahisi, plus Dieu fait la grâce à un homme de comprendre quel est le degré d'honneur où sont élevés ceux qui lui obéissent , et de concevoir la vériié de ces paioles. que c'est récfner qne de servir Dieu et de lui obéir^ et de ces autres de Notre-Seigneiu- ( Matiii. 12, 50), que quiconque fait la volonté de son Père, qui est dans le ciel , celui-là est son frère y sa sœur et sa mère, c'esi-à-dire, dit saint Bernard, qu'il leur sera uni |)ar tous les lien:-, de l'amonr etde l'amitié la plus étroite; plus, dis-je. Dieu faitcette grâce à un homme, et pins il a d'ardeur pour lui demander ce premier Iruit de celle prière.

Aussi nous ne voyons presque point de saints qui ne l'aient deujandé à Dieu avec beaucoup d'ardeur et d'instance, et qui ne se soient sir\is pour l'obienir de prières très-excellenles, quoiqne sonvent dilTéreotes dans les termes; mais Davd est celui de tous qui l'a demandé en plus de différentes manières : Faiics^ mon Dieu, dil-i! (ps. 118), que mes voies s. lient tellement réglées qu'elles tendenf toutes à l'observation de vos ordonnances; faites -moi marcher , Seigneur, dans la voie de vos préceptes ; dressez , Seigneur, mes pas dans la voie de vos préceptes , afin que nulle iniquité ne domine en moi; donnez moi. Seigneur^ ^intelligence ^ afin que f apprenne vos préceptes; enseignez-moi vos commandements ; donnez-moi rinlelligence, afin que je connaisse vos préceptes. Enlin il exprime encore différemment la mênje prière en beaucoup d'au ires ( ndroit-s, qu'il faut que les pasteurs fassent remarquer afix fidèles et qu'ils leur expliquent , afin qu'ils comprennent quels soiit les grands avantages que nous tirons de cette prière prise en ce preaiier sei.s.

En second lien, par cette prière : Votre volonté soil faiie^ nous ne demandons pas seulemenl à Dieu (ju'ii nous fa -se détester toutes l(;s œuvres de la chair, qui sont, comme dit rApôlre ( Galat. 5, 19), /a fornication, l'impureté, Vimpudicité, la dissolution, et tons les autres péchés qu'il nonnne ensuite, puis(|u'ilesl certain , selon le même apôtre, que si nous vivons selon la cliair^ nous mourrons; mais encore (ju'il ne permette pas que nous suivions ce que i:os sens, notre convoitise et la faiblesse de notre nature nous inspirent , et qu'il fasse au contraire que nous réglions toutes nos volontés sur la sieime.

C'est ce que sont fort éloignés de faire tous ceu.>; qui sont adonnés à la volupté et aux plaisirs des sens, et dont tous les soins et toutes les pensées sont tournés vers les choses de la terre, puisqu'au contraire ils cherchent avec ardeur à contenter leur sensualité, qu'ils mettent en cela leur bonheur, et qu'ils n'estinieni heureux que ceux-là seuls qui obtiennent l'effet de leiu'S désirs. Ainsi au contraire nous demandons à Dieu jtar cette prière qu'il ne permette pas , comme dit l'Apôtre, que nous contentions notre sensualité en satisfaisant à ses désirs déréglés , mais qu'il fasse que nous suivions puremeiit sa volonté.

Ce n'est pas que nous ii'ayons assez de peine à nous laisser persuader que nous soyons obligés de faire cette prière à Dieu, d'autant plus qu'en la faisant il semble que nous ayons de la haine pour nous-mêmes et que nous passions pour fous aux yeux de ceux qui ne re^

connaissent point d'antres biens que ceux du corps. Mais ce nous doit être un sujet de joie de passer pour tels d(n nnt ces personnes pour l'amour de Jésus-Christ, piiis(ju'il assure lui-même dausTEvangile (Luc. 9, 23) nue quiconque le veut suivre doit se renoncer soi-même; que nous savons qu'd nous est bien plus avantageux de souhaiter ce qui est juste el raisonnable que d'obtenir ce (jui est contraire à la raison, à la justice cl aux lois de Dieu ; et que celui-là est infiniment plus misérable , qui obti^ nt l'accomplissement des désirs déréglés de sa concupiscence, que celui qui n'obtient pas l'effet, de ses justes désirs.

El nous ne demai'.dons p:»s seulement à Dieu par celte prière qu'il ne nous accorde pas ce que nous lui pouvons demander par le mouvement de notre propre esprit, dont les atïeciions sont toutes corrompues ; mais encore ce que nous lui pouvons demander à la persuasion du démon, lorsque, transformé en ange de lumière , il nous fait croire que ce que nous demandons est un véritable bien.

Car qui n'aurait cru que le mouvement qui porta saint Pierre à détourner Notre Seigneur du dessein qu'il avait d'aller à Jérusalem pour y souffrir la mort, ne fût très-juste et très-saint? Cependant Jésus-Christ l'en reprit "fortement , lui reprochant qu'il avait suivi en cela les seniiments de la chair et du sang, et non pas ceux de l'esprit et de la grâce. Quelles plus grandes marques encore pouvaient, ce semble, donnera Noirc- Seigneur saint Jacques et saint Jean de l'amour qu'ils avaient pour lui , que de le prier, comme ils firent, animés de zèle et de colère contre les Samaritains de ce (]u'ils ne l'avaient pas voulu recevoir chez eux, de permettre que le feu du ciel tombât sur leur ville pour consumer ces hommes barbares et inhumains? Cependant Notre-Seigneur les en reprit et leur dit : Vous ne savez pas à quel esprit vous èlcs appelés ; car le FiU de riiomme n'est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver.

En troisième lieu , nous devons demander à Dieu que sa volonté soit faite, non seulement lorsque ce que nous souhaiums est un mal véritable ou apparent, mais même lorsque ce n'en est pas un en effet, comme lorsque, suivant la première inclination de notre nature , nous nous portons à lui demander qu'il nous accorde les choses nécessaires à la vie ou qu'il éloigne celles qui nous sont nuisibles. Car c'est ah»rs principalement que nous devons le prier avec plus d'ardeur que sa volonté soit faite ; imitant Jésus-Christ, lequel, étant ému et troublé par la crainte que notre nature a des tourments et de la mort, soumit Sc* volonté à celle de son Père, au milieu même de l'horreur que lui causait la pensée des douleurs excessives qu'il devait endurer, en lui disant : Mon Père, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la vôtre.

Quatrièmement parce que notre nature est tellement corrompue (ju'encore que nous ayons fait violence à notre convoitise, et que nous l'ayons soumise à la volonté de Dieu, nous ne pouvons néaimioins éviter le péché sans le secours de sa grâce, qui nous fait éviter le mal et nous fait faire le bien ; il faut encore que nous ayons recours à cette prière pour demander à Dieu qu'il achève le bien qu'il a commencé en nous, qu'il réprime les mouvements de la concupiscence qui s'élèvent avec insolence dans notre chair, quM soumette l'appétit scnsiiif à la raison , et qu'<'nfin il nous rende entièrement coiiformes à sa volonté.

Nous deniMuduns en cinquième heu, par cette prière , (lue la connaissance de la voh)nté de Dieu se répande par t<»ut le monde, et (ju'il n'y ail personne qui ne connaisse le mystère de Jésus-Christ, qui a été caché dans tous les âges el les siècles précédents à toutes hîs nations de la terre.

Sixièmement, nous demandons que l'obéissance que nous lui rendons soit telle, qu'elle soit en quelque sorte conforme à celle que les anges et les bienheureux lui rendent dans le ciel, c'est-à-dire que, comme ils lui obéissent volonlairement et avec une satisfac-

tion entière, ainsi nous puissions lui obéir de la manière qu'il est plus conforme à sa divine volonté. Car Dieu demande de nous une grande plénitude de chariié el d'amour dans tout ce que nous entreprenons pour son service. C'est pcmrquoi , encore <|ue nous puissions nous consacrer à son service dans l'espérance des récompenses éternelles, il veut néanmoins que nous n'ayons même celle espérance que p;'rce qu'd a voulu que nous l'eussions. Et ainsi elle doit être appuyée uniquement sur l'amour que nous avons pour Dieu , qui a voulu que la vie éternelle fût la récompense de l'amour que nous aurions pour lui.

Nous ne devons donc pas nous co tenter dt' servir Dieu commeces personnes quiquoiiju'elles en servent d'autres avec alïeclion, ont néanmoin- toujours en vue la récompense qu'elles en attendent comme la fin de leur amour; mais comme ceux qui poussés paru» pur principe de charité et de piété ne considèrent dans ceux qu'ils servent que leur mérite el leur veitu, en sorte que la seule pensée qu'ils en ont les ravissant et leur donnant de l'admiration, ils s'estiment heureux de leur rendre service.

Et c'est ce qui nous est marqué par ces paroles : En la terre comme au ciel , qu'on joint ordinairement à celle demande. Car elles nous apprennent que nous devons faire tous nos efforts pour être obéissants à Dieu de la même manière que nous venons de remarquer que le sont les esprits bienheureux. D'oii vient que David fait consister toute leur gloire et toute leur louange dans celle prompte obéissance qu'ils rendent par amour aux ordres de Dieu. Anges du Seigneur, dit-il (ps. 102, 'i\), bénissez -le, vous qui êtes ses ministres, et qui exécutez ses volontés. Au reste, comme, selon le sentiment de S. Cyprien, on peut entendre par le ciel les bons et les gens de bien , et par la terre les méchants et les impies, l'on peut aussi, selon le même saint, entendre par le ciel l'espril, et par la terre la- chair dans qui nous demandons que la volonté de Dieu soit faite , afin qu'il soit obéi de tous et en toutes cJmses.

Cette demande est aussi une excellente action de grâces que nous rendons à Dieu pour tous ses ouvrages dont nous louons et publions hautement rexcellence, sachant qu'ils sont des effets de sa irèssainte volonté, et qu'il n'a rien f;iit que de bon et de parfait. Et en effet confessant qu'il est tout-puissant et souverainement bon , nous devons nécessairement croire que toutes choses ont été faites par sa volonté, et qu'il n'y en a aucune qui ne soit bonne, leur ayant communiqué à toutes en les créant quelque degré de sa bonté , quoique néanmoins nous ne puissions connaître les raisons pour lesquelles il les a faites, et que nous soyons obligés de confesser avec l'Apôtre que ses voies sont impénétrables.

Mais nous rendons encore à Dieu par celle prière des actions de grâces toutes particulières de ce qu'il a daigné nous communiquer sa divine lumière, et, comme dit l'Apôtre (Coloss. 1 , 15 ) , de ce qu'après nous avoir déliirés de la puissance du prince des ténèbres, il nous a rendus participants du royaume de son Fils bien-aimé.

Enfin, pour terminer ce qui regarde celte demande, il faut montrer ce que l'on doit avoir en vue en la faisant. Et pour cela il f:\ut reprendre ce que nous avons dil au eonnnencement, (|ue nous ne devons jamais faire cette prière qu'avec une très-profonde humilité d'esprit et de(œur;qie noub ccv( ns lious sM<v«nir que nous avons toujours en nous celle malheureuse convoitise qui nous est devenue comme naturelle, et (lui fait que nous résistons à la volonté de Dieu ; que nous sonmies même inférieurs à toutes les autres créatures en ce qui est de la soumission aux ordres de Dieu, puisqu'il est dit d'elles ( ps. 118 , 91 ) que toutes lui sont asservies et sont prêtes pour exécuter ses ordres ; que notre faiblesse est si grande que noiis sommes incapables , non seulement d'achever , mais même de commencer aucune action qui puisse ^lu

PART. IV. DE L'ORAISON DOMINICALE

agréable à Dieu sMl ne nous prévient de son secours ; que comme il n'y a rien de plus grand ei de plus excellent que de servir Dieu et de régler sa vie selon sa loi et ses commandements, nous ne devons aussi rien désirer plus ardemment que de marcher dans ses voies, et de régler toutes nos pensées et toutes nos actions selon sa divine volonté ; et qu'alin que nous soyons plus soigneux et exacts à le faire il est nécessaire que nous fassions attention aux exemples de certaines personnes dont il est parlé dans l'Ecriture sainte, lesquelles pour n'avoir pas rapporté tous leurs desseins à la volonté de Dieu, ont été malheureuses dans toutes leurs entreprises.

Nous devons donc nous reposer uniquement et absolument sur la volonté de Dieu ; supporter courageusement de nous voir réduits dans un état qui semble peu conforme à notre condition et à notre mérite; ne point faire d'efforts pour sortir de notre état, mais demeurer dans celui dans lequel nous avons été appelés; et enfin soumettre notre propre jugement à la volonté de Dieu, qui a un soin particulier de nous et qui nous comble de toute sorte de biens au-delà même de ce que nous saurions désirer. De sorte que soit que nous soyons pressés par la pauvreté , ou par les maladies, ou par les persécutions, ou par d'autres sortes de peines et de souffrances, nous devons être persuadés que rien de toutes ces choses ne nous arrive que par la disposition de la volonté de Dieu, qui est la souveraine raison de toutes choses, et par consé pient que nous ne devons point nous en troubler, mais lâcher de les supporter avec un courage invincible, ayant toujours dans notre bouche ces paroles ( Actor. 21, 14 ) : Que la volonté du Seigneur soit faite, et ces autres du bienheureux Job (Job .1, 21 ) : Cequ'il a plu à Dieu est arrivé; son saint nom soit béni ! Quatrième demande. — Donnez-nous aujourd'hui le pain dont nous avons besoin chaque jour.

Notre -Seigneur a voulu que cette quatrième demande et les suivantes, par lesquelles nous demandons proprement et même nommément les choses nécessaires pour entretenir la vie de notre âme et celle de noire corps, suivissent les trois précédentes où nous demandons les choses qui re£!ardent la gloire de Dieu, pour nous apprendre qu'elles s'y doivent rapporter comme à leur lin.

Et en effet de même que les hommes se rapportent à Dieu comme à leur fin, les biens du ciel doivent aussi être la fin des biens de cette vie, et nous ne les devons désirer et demander qu'autant que Dieu nous le permet, on qu'ils peuvent contribuer à nous faire acquérir les biens du ciel, et que nous pouvons nous en servir utilement à la fin que nous devons nous proposer en toutes choses , qui est la possession du royaume et de la gloire du Père céleste, et l'accomplissemenl de ses divins commandements, qui renferment sa volonté. Nous ne devons donc jamais nous proposer d'autre fin dans tout ce que nous demandons par cette quatrième demande, que Dieu et sa gloire.

C'est p()ur(|uoi il f jut que les pasteurs aient soin de faire entendre aux fidèles qu'ils ne doivent demander à Dieu les biens de la terre que de la manière que Dieu leur a prescrit de le faire, sans s'éloigner le moins du monde d( s règles de sa volonté sur ce point, puisque c'est particulièrement dans les prières que nous fais(ms pour obtenir les biens périssables de ce monde, que nous faisons une malheureuse expérience Je la vérité de ces paroles de l'Apôtre ( Rom. 8, 2G ) : Que nous ne savons ce que nous devons demander ' à Oieu dans nos prières pour le prier comme il faut, ^insi il faut demander ces biens comme il faut, si nous ne voulons recevoir de Dieu cette réponse ( Ma tth. 20, 22) : Voiis ne savez ce que vous demandez.

Or la règle par laquelle nous pouvons juger si nous lemandons comme il faut, ou non, les biens de cette Jie, est d'examiner l'intention que nous avons en les lemandani. Car si nous les demandons parce que ms le3 croyons de véritables biens dont la posses-

sion nous peut rendre heureux et contents, sans que nous ayons besoin de désirer rien davantage, il est certain que nous ne les demandons pas alors comme il faut, puis, comme dit excellemment S. Augustin, que nous ne devons pas désirer ces biens comme étant la fin de nos désirs , mais parce qu'ils sont nécessaires pour arriver à notre fin. C'est pourquoi l'ajiôtre S. Paul veut que nous rapportions toutes les fonctions de celte vie à la gloire et à rhonneur de Dieu. Soit que vous mangiez, dit-il ( i Cor. 10, 51 ) , soit que vous buviez, et quoi que ce soit que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu.

Pour comprendre donc l'importance de celte demande, il ne faut que considérer l'extrême besoin que nous ayons des choses extérieures pour entretenir notre vie ; ce que l'on ne peut mieux connaître que par la comparaison du besoin qu'avait le premier homme de ces biens, lorsqu'il était dans l'état d'innocence, avec celui que lui et tout le reste des hommes en ont eu depuis sa chuie. Car quoiqu'il eût eu besoin dans cet état de prendre quelque nourriture pour réjiarer et entretenir ses forces naturelles, il y aurait eu néanmoins une s:rande différence entre ses besoins et les nôtres. Il n'aurait point eu besoin d'habits pour se couvrir, de maisons pour se retirer, d'armes pour se défendre, de rensèdes contre les maladies, ni de beaucoup d'au'rcs choses dont nous avons maintenant besoin pour soulager la faiblesse et la fragilité de notre nature. Il n'aurait eu pour se rendre immortel qu'à manger du fruit que l'arbre de vie aurait produit de lui même sans son travail et sans celui de ses enfants ; et quoiqu'il ne fût pas demeuré oisif dans ce lieu de délices, puisque Dieu l'y avait mis pour le cultiver, il l'aurait fait néanmoins sans peines et sans fatigues, et même il aurait trouvé dans son travail son plaisir et sa salisfaciion. Enfin il aurait recueilli en tout temps de ce jardin délicieux et fertile des fruits très-agréables au goût, et il n'aurait jamais élé frustré du fruit de son travail; au lieu que tous ses enfants n'ont pas seulement élé privés du fruit de l'arbre de vie, mais qu'ils ont éprouvé l'effet de cet arrêt terrible que Dieu a prononcé contre eux (Gen. 3, 17) : La terre sera ingrate à votre travail , vous ne vivrez que de ce qu'elle produira par votre Iravail. Elle vous produira des ronces et des épines , et vous vous nourrirez des herbes de la terre. Vous man* gérez votre pain à la sueur de votre visage jusqu'à ce que vous reto.urniez en terre d'oii vous avez été tirés, parce que vous êtes poudre et que vous retournerez en poudre. Toutes choses donc nous sont arrivées tout autrement qu'elles n'eussent fait à Adam et à ses enfants, s'il fût demeuré obéissant au commandement de Dieu, et elles se sont lournées en mal pour nous. Car qu'y a-t-il de plus déplorable que de voir qu'après avoir fait beaucoup de fiais et de dépenses, après avoir employé beaucoup de travaux et de sueurs, lorsque nous pensons en tirer quelque fruit, tout cela est le plus souvent rendu inutile : que les grains, par exemple, que nous avions semés, étant souvent ou étouffés par les méchanles herbes, ou emportés par les eaux, ou battus des vents et des grêles , ou enlin brûlés par les trop grandes chaleurs et gâtés par les nielles, périssent malheureusement ; le travail d'une année entière se réduisant ainsi à rien en un moment par quelque injure du temps, ou par quel(|ue mauvaise disposition de la terre ? Et Dieu le permet ainsi pour la juste punition de nos crimes, qui font que, se retirant de nous, il ne bénit point notre travail, mais qu'au contraire cet horrible arrêt qu'il a prononcé contre nous ensuite du péché du premier homme, s'exécute toujours.

Ainsi il faut que les pasteurs s'efforcent ici de faire connaître aux fidèles que les hommes ne sont tombés dans ces misères et dans ces calamités que par leur propre faute, et qu'encore qu'ils soient obligés d'em^ ployer beaucoup de travaux et de sueurs pour acquérir les choses qui sont nécessaires à la vie, toute leur peine néanmoins sera inutile et leur espérance vain^

si Dieu n'y donne sa bénédiction; puis, comme dit l'Apôtre (I Cor. 3, 7) que celui qui plante n'est rien, que celui qui arrose n'est rien, mais que c'est Dieu qui donne C accroissement à toutes choses, et que selon le Prophète- Roi (psal. 126, i) : Si le Seigneur n'édifie lui-même une maison, en vain travaillent ceux qui s'efforcent de

l'édifier. . . » ., . . ,

11 est donc certain que rien ne fait mieux voir la nécessité de cette demande que le besoin que nous avons d'une infinité de choses qui sont si nécessaires à la vie , que venant à manquer, il fiuit que nous la perdions en même temps, ou que nous ne menions plus qu'une vie misérable et languissante. C'est pourquoi les pasteurs ne peuvent jamais les faire assez connaître aux fidèles. Car il est impassible qu'étant persuadés de ces besoins et de la faiblesse de notre nature, nous ne recourions à Dieu et ne lui demandions humblement les biens de la terre et ceux du ciel, imitant Tenfant prodigue de TEvaiigile, lequel, étant tombé dans la nécessité dans un pays éiranger et fort éloigné, et voyant qu'il n'y avait personne (lui voulût, même pour soulager sa faim, lui donner les écosses (jue les pourceaux mangeaienl, reconnut enfin, étant revenu à soi, qu'il ne devait attendre que de son père le remède aux maux dont il était accablé (Luc. 15, 16 et 17).

Et nous ferons même cette prière avec d'autant plus de confiance que la considération de son extrême bonté nous doit persuader que comme un bon père il est toujours prêt à écouter les pi ières que lui funt ses enfants. Car nous exhortant lui-même à demander notre pain, c'est comme une ;»ssurance qu'il donne accordera toutes choses à ceux qui le prient

comme il faut. Et en nous enseignant la manière dont nous devons le prier, n'est-ce pas nous exhorter à le faire ? en nous y exhortant, n'est-ce pas nous y porter ? en nous y portant, vresl-ce pas nous promettre en même temps que son dissein est de nous écouter ? et enfin en nous promettant de nous écouter, cela ne nous doil-il pas faire entrer dans une ferme confiance que nous obtiendrons de sa bonté tout ce que nous lui demanderons?

Après que les pasteurs auront par toules ces considérations lâché d'exciter dans le cœur des fidèles l'amour de cette demande, il faut qu'ils les instruisent de ce que l'un demande proprement par celte prière, et surtout quel est ce pain que nous y demandons.

Quoique l'Écrilnre sainte entende par le mot de pain plusieurs choses, elle s'en sert néanmoins parliculièrement pour m:.rqner ou ce qui sert à la nourriture corporelle et à entjelenir la vie do notre corps, ou les secours que Dieu nous donne pour la vie spirituelle et le salut de lotre âme. Ainsi tous les saints Pères enseignent que la première chose que nous demandons par celle prière, est tout ce (pii est nécessaire pour la subï^istance de la vie présente. C'est pourquoi il faut absolument rejeier l'opinion de ceux qui soutiennent qu'il n'esl pas permis -aux chrétiens de demander à Dieu les biens passagers de cette vie. Car outre que tous les saints Pères enseignent le contraire, ce sentiment est encore détruit par quantité d'exemples de l'ancien et du nouveau Testament.

Dans l'ancien Testament, Jacob, faisant vœu à Dieu pour son retour, dit ces paroles (Gen. 28, 20) : Si le Seigneur demeure avec moi, et qu'il me conserve pendant mon voijage, qu'il me donne de quoi vivre et me vêtir , et qu'il me ramène heureusement à la maison de mon père, je C honorerai comme mon Dieu ; et cet autel que je viens de dresser en témoignage de la promesse que je lui fais, s'appellera la maison du Seigneur; et je lui offrirai les dîmes de tous les biens qu'il me donnera.

Et Salomon sans doute demandait à Dieu les biens de la vie présente, lorsqu'il lui fit cette prière (Prov. 30, 8) ! Ne me donnez ni la pauvreté, ni les richesses, mais donnez-moi seulement ce qui me sera nécessaire pour vivre.

Dans le nouveau Testament le Sauveur du monde nous ordonne de demander des choses qui oppariiennenl sans contestation aux biens du corp> ; Priez, dit-il (Matlh. 24,20), que votre fui'e n'arrive point durant l'hiver, ni an jour du sabbat. Saint Jarques recommande la même chose, par ces paroles (3, 15) : Quelqu'un parmi vous est-il dans la tristesse , qu'il prie. Quelqu'un est-il dans la joie , qu'il chante de saints cantiques. Enfin saint Paul nous en donne l'exemple, lorsqu'il dit aux Romains (13, 30) : Je vous conjure, mes frères, par Jésus Christ N otre- Seigneur et par la charité du Saint- Esprit, de combattre avec moi par les prières que vous ferez à Dieu pour moi, afin qu'il me délivre des Juifs incrédules qui sont dans la Judée.

Vjm donc que Dieu nous permet de lui demander les 1}iens qui sont nécessaires à la vie, et que Jésus- Christ nous a donné l'Oraison dominicale comme le modèle d'une prière parfaite, il ne faut point douter que celle demande où sious lui demandons ces biens, ne soit une des sept (\u\ la composent.

Nous demandons donc par le jmin de chaque jour tout ce qui est riécessaire à la vie, c'est-à-dire tout ce dont nous avons besoin , tant pour le vêlement que pour la nourriture de notre corps, soit que ce soil effedivement du pain ou de la viande ou du poisson, ou toute autre chose pour le nourrir.

C'est en ce sens qu'Elisée s'en servit, lorsqu'il dit au roi d'Israël de faire donner du pain aux Assvriens. Car ce roi leur fil présenter non seulement du pain, mais toutes sortes de viandes avec abondance. Et nous lisons dans l'Evangile (Luc. 14,1) que Noire-Seigneur étant entré un jour de sabbat dans la maison d'un aes principaux pharisiens, il mangea du pain ; par où il n'y a personne qui ne juge qu'il faut entendre ce qui était nécessaire, tant pour le boire que pour le manger.

Mais pour avoir une plus parfaite coimaissance du sens de cette demande, il faut savoir que par le pain on ne doit pas entendre une abondance superflue de mets exquis et d'habits somptueux , mais seulement ceux (pii sont les plus nécessaires, les plus or*iinaires et les plus communs. Car, comme dit l'Apôtre (1 Tim. 6, 8), ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir,nous devons être contents. Aussi Salomo/i, comme nous l'avons déjà remarqué, se contenta de dire à Dieu (Prov. 50 , 8) : Donnez-moi seulement ce qui me sera nécessaire pour vivre.

C'est ce qui nous est marqué par le terme de notre qui précède immédiatement celui de pain dans celte demande. Car il nous apprend que nous ne devons demander que le nécessaire, et non pas rechercher l'abondance des biens de celle vie. Et il faut bien prendre garde que nous n'appelons pas ce pain notre parce que nous pouvons de nous-mêmes et par noire travail nous le procurer sans le secours de Dieu, puisque David lui adresse ces paroles (ps. 103, 28 et 29) : Toules les créatures. Seigneur, attendent de vous que vous leur donniez leur nourriture en leur temps . vous la leur donnez, et elles la recueillent ; vous ouvrei votre main, et elles sont rassasiées de vos biens ; et qu'en un autre endroit il dit ( ps. 144, 15) : Les yeux de toutes les créatures espèrent en vous. Seigneur, et vou do)inez à chacune sa nourriture en son temps ; mais nous l'appelons notre parce qu'il nous est nécessaire, ei ijue Dieu, qui est le père de toutes les créatures c.t qui nourrit par sa providence toules celles qui son' animées, veut que nous en usions.

Nous appelons encore ce pain notre pour noiu apprendre qu'il faut que nous Vacquérions par de voies justes et légiiimes,ct nm par des injustices, e des tromperies, et des larcins. Car ce que nous ac quérons par de mauvais moyens ne nous appar lient point. D'où vient qu'il arrive très-souvent qa' l'acquisition ou la possession, ou du moins la perii de ces biens est accompagnée de douleur et d'afflic tioji : au lieu que le gain que peuvent faire les gen de bien par un travail légitime et par des voies honnô tes est toujours, selon le sentiment du Prophète, sui\

PART. IV. DE L^ORAISON DOMINICALE

d'une grande paix el d'un bonlieur tout extraordinaire. Parce que, dil-il ( ps. 127, 2), vous vous nourrirez du travail de vos mains, vous serez heureux et comblés de biens. Et il porail par c<vs paroles du Deuléronome /28, 8) • Le Seigneur versera ses bénédicdons sur vos celliers et sur tous les ouvrages de vos mains, el il vous bMira, que Dieu promet de combler de hienfails ceux qui lâchent de gagner leur vie par un travail juste et légitime.

Mais nous ne demandons pas seulement à Dieu qu'il nous permette d'user de ce que nous avons acquis justement par notre travail et par nos sueurs, étant assistés de son secours, ce que nous pouvons dire proprement nous appartenir; mais encore qu'il nous fasse la grâce de le l'aire avec prudence et dis- 1 créiion.

I De chaque jour. Ces paroles, de même que colle de NOTRE, marquent que nous devons user sobrement et avec modération des choses nécessaires à la vie. Ainsi elles nous avertissent que nous ne prions pas Diou \ par celte demande de nous accorder des viandes dé- I licates et de diverses sortes, niais seulement celles ; qui sont nécessaires pour saiisfaire aux besoins de la ; nature. Et c'est ce qui doit couvrir de confusion ces personnes qui, ét;int dégoûtées dos viandes communes et des vins ordinaires, rechorclient avec empressement les viandes les plus délicates et les vins les plus exquis et les plus délicieux.

Ces paroles condamnont encore ceux contre qui le prophète isaïe fait ces horribles menaces (5, 8) : Malheur à vous qui augmentez le nombre de vos maisons el •de vos terres, et qui les joignez les unes aux autres jusquà ce que vous soyez parvenus aux limites du ^pays que vous habitez. Pensez-vous donc que vous habiterez seuls au milieu de la terre? En elFet la convoitise 'de ces personnes-là est insatiable, ce qui lait dire à iSalomon (Ecol. 5, 9) que l'avare n'aura jamais assez d'argent, el à Tapôtre S. Paul (1 Tim. 6, 9) que ceux ^qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et \dans le piège du diable.

i Nous appelons encore ce pajn, le pain de chaque jour, parce que nous en usons tous les jours pour réparer le principe vital (jue Tardeur de la clialeur nalurelle consume chaque jour.

' Enfin ces paroles nous maniuent que nous devons demander coniinuellement ce pain, afin ijue nous puissions eut retenir toujours eu nous Tamour de Dieu, et nous convaincre ple.noment que notre vie et 'notre salut dépendent absolument de lui.

Donnez-nous. Il n'y a personne qui ne voie combien cos deux paroles fournissent aux pasteurs de matière pour exhorter les fidèles à honorer et respecter avec loute la piélé possible la toute-puissance de Dieu, dans les mains de qui sont toutes choses, et à délester la inanité exécrable de Satan qui a bien osé dire à Jésuschrist ces paroles pleines d'un orgueil insupportable Luc. 4-, 6) • Toutes ces choses m\>nt été données, et je es donne à qui il me p/at/, quoique ce soit Dieu seul qui es domie, les conserve et les augmente comme il lui 3laît.

Mais quoi, dira quelqu'un, y a-t-il apparence que

les riches soient obligés de faire celte prière, et de

llemander ce pain de chaque jour, eux qui abondent

|mi tontes sortes de biens? Oui certes ils y sont obligés.

bon pas à la vérité pour demander de nouveaux biens,

uiis(iue Dieu par sa lihéralilé leur en a déjà doimé

|ivec profusiot) , mais de pour qu'ils ne perdent ceux

u'ils possèdent. Ce cpji doii apprendre aux riciies,

omme dit l'Apôlre (1 Tim. 6, 17), à n'être point or-

meilleux, à ne point mettre leur confiance dans les ri-

hesses incertaines et périssables, mais dans le Dieu vi-

ant, qui nous fournil avec abondance ce qui est nécessaire

! la vie.

El S. Chrysostôme montre parfaitement que ce (;ni lous doit obliger à faire cette demande : ce n'est p;ss eulement afin que nous ayons ce qui est nécessaire à a vie, mais encore afin que ce soit Dieu lui-même

qui nous le donne de sa main paternelle, afin que communiquant une vertu salutaire et vivifiante au pain qu'il nous accorde chaque jour, il le rende mile au corps, et que le corps soit ensuite mile o Tâme.

Mais pourquoi dire, au pluriel, donnez nous, et non pasd<!iuiez-moi?C'esl pour nous apprendre Tqne la charité ne souffre pas que celui dans qui e le habite soit moins soigneux du bien et des inlérêts des autres que des siens propres.

2° Que les biens (juc Diou fait à certaines personnes ne leur sont pas donnés pom* en jouir eux seuls, et puir vivre dans le luxe el dans l'abondance, mais afin qu'après avoir pris le nécessaire, ils distribuent le superflu aux autres. Car, connue disent excellmiment S. Basile et S- Ambroise, le pain que nous resserrons estlepaind<!s pauvres, les habits que nous enfermons sont les habits de ceux qui sont mis, et l'argent que nous enfouissons en terre est le prix et la rançon des misérables et des captifs.

Aujourd'hui. Celle parole nous doit faire reconnaître à lous noire faiblesse. Car qui est-ce qui, bien qn'd ne s'estime peut être pas capable de se procurer I)ar sa propre industrie tout ce qui est nécessaire pour fournir pendant un longtemps à la dépense qii'il lui faut faire pour subsister, ne croie au moins le pouvoir iiiire pour un jour? Cepondaiit il est visible par cette parole que Dieu ne nous permet pas d'avoir celte confiance môme pour un jour, puisqu'il nous ordonne de lui den^ander la nouirilure qui nous est nécessaire chaque jour. Et c'est ce qui nous doit en même temps convaincre de l'obligaiion que nous avons de dire tous les jours l'Oraison dominicale, puisqu'ayant tous besoin que Dieu nous donne tous les jours notre nourriture, il faut que nous la lui demandions tous les jours.

Voilà ce qui regarde le pain matériel que l'on demande par cette prière, qui sert à nourrir le corps et à le soutenir, et que Dieu, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes ( Mallh. 5, 45), distribue avec une charité admirable à tous les honmies, aux infidèles comme aux fidèles, aux méchants comme aux gens de bien.

Il reste à expliquer le pain spirituel que nous demandons encore par cette prière, qui con)prend tout ce qui peut servir à la vie spirituelle et au salut de noire âme. Car comme notre corps est nourri de diverses sortes de viandes, il y a aussi plusieurs sortes de viandes spirituelles qui servent à entretenir la vie de notre àme.

La plus ordinaire est la parole divine, comme il nous est clairement marqué par ces paroles du Sage (Prov. 9, 5) : Venez, mangez le pain que je vous donne, et buvez le vin que je vous ai préparé. C'est pourquoi lorsque Dieu prive les hommes de sa parole, ce qu'il fait ordinairement lorsqu'il a été beaucoup offensé par leurs criuïos, l'Ecriture sainte dit qu'il les afflige de famine : J'enverrai, dit Dieu par son prophète (Amos. 8, 11), la famine sur la terre; non une famine qui vienne faute de pain el d'eau, mais de la privation de ma parole. Et en effel, de même que lorsqu'un homme ne prend plus de nourriture ou qu'il rejette celle qu'il a prise, c'est une marque certaine qu'il est proche de sa fin, et qu'il est près de mourir: ainsi c'est une grande marque que le salut d'un homme est désespéré, lorsqu'il ne recherclui point à écouter la parole de Dieu, ou s'il l'écoute, non seulement il ne la peut souffrir, mais même il s'empurlejusqu'à cet excès de proférer ces paroles de blasphème contre Dieu (Job ^1, 14) : Retirez-vous de moi, je neveux point connaître vos commandements ni vosvoiis. Et c'est là l'excès de fureur et Fénouvanlable aveuglement où tombent propren»ent ceux qui après avoir méprisé les évêques el les prêtres, qui sont leur supérieurs légitimes, abandonnent l'Eglise pour suivre les hérétiques, qui sont les- corrupteurs de la parole de Dieu.

Jésus-Christ est encore le pain spirituel de notre

CATÉCIliSME DU CONCILE DE TRENTE.

âme. C'est ce quMl nous enseigne , lorsqu'il dit de lui-même (Joan.6, 51) qu'il est le pam vivant qm est descendu du ciel. Et il est incroyable conibieii ce pain apporte de joie et de salisfnclion aux personnes de piété , surtout lorsqu'elles sont agitées par les misères et les afflictions de ce monde. Nous en avons une admirable preuve dans l'exemple des apôires, dont FËcrilure dit (Actor. 5, 41) qu'//s sortirent du conseil tout remplis de joie de ce qu'ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus- Christ. Les vies des saints sont remplies d'exemples qui sont encore autant de preuves de cette vérité. Et Dieu lui-même voulant exprimer celte joie intérieure des saints (Apoc. 2, 17) l'appelle une manne cachée qu'il domie à ceux qui sont victorieux du monde.

Mais Jésus-Chîisl est principalement noire pain dans le sacrement de l'Eucbarislie, où il est réellement et en substance. Ce fut le gage tout divin et ineffable de sa charité qu'il nous laissa étant près de relourner à son Père, et dont il avait voulu parler , lorsqu'il avait dit (Joan. 6,57 ; Matih. 26, 26) :Ce/î(i qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui; prenez et mangez, ceci est mon corps.

Si les pasteurs jugent que pour l'édification des fidèles il soit besoin de dire ici quelque chose de l'elficacité et de l'essence de ce sacrement, ils se serviront pour cela de ce que nous avons dit lorsque nous avons traité en particulier de ce divin sacrement.

Et nous l'appelons notre pain, parce (pi'il appartient proprement aux fidèles, c'est-à-dire à ceux qui, joignant la charité à la foi, lavent les taches de leurs péchés dans le sacrement de pénitence , et qui, se souvenant continuellement qu'ils sont les enfants de Dieu, reçoivent l'Eucharistie avec toute la préparation, toute la sainteté, touie la vénération et tout le respect dont ils sont capables.

Nous l'appelons aussi le pain de chaque jour pour deux raisons : la première est parce qu'il est offert tous les jours à Dieu dans les sacrés mystères de l'Eglise, et qu'on le donne à tous ceux qui le demandent avec des sentiments véritables de piété et de religion ; et la seconde, parce que nous le devons recevoir tous les jours , ou du moins vivre en sorte que nous nous rendions dignes de le recevoir tous les jours. C'est pourquoi que ceux qui prétendent le contraire, et qtii veulent «pi'on ne prenne celte nourriture que de temps en temps, éccuilent ce que dit S. Ambroise : Si ce pain est un pain qui se doit manger chaque jour, pourquoi jje le mangez-vous qu'au bout d'une année?

Au reste, une des principales choses à quoi il faut que les pasteurs exhortent les fidèles eii leur expliquant cette demande , est qu'après qu'ils auront employé tous les moyens légilimes que leur industrie et leur esprit leur pourront fournir pour avoir les choses nécessaires à la vie, ils en abandonnent le succès à Dieu , et qu'ils tâchent de sounieiire tous leurs désirs à la volonté de celui qui assure (ju'i/ ne permettra point que le juste soit agité pour jamais (ps. 54). En effet, ou Dieu leur accordera ce qu'ils lui demandent, et alors ils seront satisfails, ou bien il ne le lei r accordera pas, et alors ce leur doit être une marque que ce qu'ils demandent n'est pas utile pour leur salut. Les pasteurs , pour éclaircir celle vérité, pourr-ont représenter ce que S. Augustin a dit dans son épître à Proba sur ce sujet.

Enlin les pasteurs ne doivent pas manquer, avant de finir l'explication de celle demande , d'avertir les riches de rendre grâces à Dieu de leurs richesses , et de se souvenir toujours que Dieu ne les leur a données avec une si grande abondance qu'afin qu'ils en assistent les pauvres. C'est ce que S. Paul établit dans sa première Epître à Timothée, d'une manière qui peut beaucoup donner de lumière aux pasteurs pour établir ce que Dieu nous commande sur ce sujet.

Cinquième demande. — Et nous pardonnez nos offen^ SCS, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Quoique la puissance , la sagesse et la bonlé de Dieu éclatent également dans une infinité de choses, et que, de quelque côté que nous jettions la vue , il ne se présenle rien à notre esprit qui n'en soit un témoignage évident ; rien néanmoins ne fait paraître davantage cet amour et cette chariié incompréhensibles qu'il a pour nous que le mystère ineffable de la passion de Jésus- Christ, qui est une source inépuisable d'où rejaillit continuellement cette eau salutaire qui efface les taches de nos péchés , et dont nous demandons à Dieu d'être arrosés pour l'expiaiion de nos fautes , lorsque nous lui adressons celle prière : Pardonnez-nous nos offenses.

Ainsi celte prière renferme en abrégé toutes les grâces dont Dieu a comblé les hommes par Jésus-Christ. C'est ce qu'Isaïe nous apprend, lorsqu'il dit (27, 9) : La maison de Jacob sera heureuse , parce que toutes sesini quiiés lui seront par données. Et c'est aussi ce que veut marquer David , lorscju'il appelle heureux ceux qui ont reçu cet avaiitage et ce bien : Heureux, dit il,i (ps. 51 , 1), celui dont les iniquités sont pardonnées. C'est pourquoi il faut que les pasteurs expliquent aux fidèles avec beaucoup d'exacliiude et de soin le sens de celte demande , puisqu'elle est si nécessaire pour arriver à celle vie bienheureuse où nous tendons.

Ce que nous demandons par celte demande est tou différent de ce que nous avons demandé par les précédentes. Car au lieu que nous avons demandé à Dieu non seulement les biens spirituels et éternels , mai[ encore les biens tempt)rels et périssables de cette vie nous le prions par celle-ci de nous délivrer des mau3 de l'âme et du corps, des maux temporels et éternels

Or, connue il est nécessaire pour obtenir ce que Toi demande de le demander comme il faut , il est im portant de connaître dans quelles dispositions il fau faire cette prière.

Premièrement , il faut reconnaître ses péchés.

2° Il faut en concevoir de la douleur, et en être vi vement touché.

Et 3° il faut être persuadé que Dieu est disposé pardonner, lorsqu'on le prie dans ces saintes dispo sillons, de peur qu'autrement le souvenir et le res sentiment qu'on aurait de ses péchés ne rejetât dan celle pensée de désespoii- qui s'empara autrefois d cœur de Caïn et de celui de Judas, et qui lit qu'il crurent que Dieu ne pouv\it plus avoir pour eux d douceur et de miséricorde, mais seulement des sent menls de vengeance et de colère. Ainsi quoique la vide nos péchés nous doive causer une douleur trèj sensible au fond de notre cœur, nous devons néai moins recourir à Dieu par cette prière , non comme notre juge, mais comme à notre Père que nous prier de ne p;is agir avec nous selon la rigueur de sa ju lice , mais selon la douceur de sa charité et de i miséricorde.

Il nous sera aisé d'entrer dans la première dispos lion et de reconnaître que nous sommes pécheurs, nous faisons réflexion que c'est Dieu lui-même q nous avertit, dans plusieurs endroits de l'Ecriture, qi nous sommes tous pécheurs : Ils se sont tous écartés i droit chemin, dit David (ps. 13, 3), ils sont tous co rompus , il n'y en a pas un qui fasse le bien. Il n'y en pas un seul. Salomon dit aussi (Prov. 20, 9) qu'f/ n a point d'homme juste sur la terre qui fasse le bien et pèche point; qu'il n'y a personne qui puisse dire qu'il le cœur net et qu'il est pur de péché, S. Jean vouh nous convaincre de cette vérilé , h)rsqu'il a dit ces p rôles capables de confondre l'orgueil des homm (1 Epist. 8) : Si nous disons que nous sommes sa péché , nous nous séduisons nous-mêmes , et la vér n'est point en nous. C'est ce que nous a aussi niarq Jérémie par ces paroles (cap. 2, v. 35) : Vous dite Je suis innocent et sans péché; retirez donc votre coU de dessus moi, El moi je vçus disque parce que vous «t

PART. IV. DE L^ORAlSOiN DOMINICALE.

dit : Je n\n point péché , je vous jugerai selon toute la rigueur de ma justice.

Enfin Noire-Seigneur Jésus-Clirisl a voulu lui-même citnfirmer celle vérité que Dieu avait enseignée par la bouche de ses sainls prophètes, en nous commaiidanl de faire cette demande, par l:«quel!e nous reconnaissons sincèrement qtie nous sommes péciieurs ; car le concile de Milève (c.7) défend expressémeni de donner un aulrc sens à ces paroles de l'Oraison dominicale. < Quetousceux, dit ce concile, qui soutiennent que ce n'est que par un senlimeni d'humilité ei non avec vérité que les sainls disent ces paroles de TOraisou dominicale : Pardonnez- nous nosoflenses, soient anallième.» Et en effet, qui pourrait souffrir Tinsolence d'un homme qui oserait menlir , non aux hommes, mais à Dieu; qui en même temps qu'il lui demanderait de houche de lui pardonner ses péchés, serait persuadé dans son cœur qu'il n'eu aurait commis aucun qui méritât le pardon?

El il ne suffit pas de se reconnaître pécheur, c'està-dire d'avouer et de confesser simplement ses péchés ; mais il faut de plus que le souveniren soit si amer, que le cœur en ait de la componction , que l'esprit en soit affligé, et qu'on en ait une sensible douleur.

Les pasteurs feront donc voir aux fidèles que ce n'est pas assez qu'ils aient devant leurs yeux leurs mauvaises actions et leurs crimes, mais qu'ils n'y doivent penser qu'avec beaucoup de déplaisir et de

cette corruption, ce désordre général que cause le péché, que nous veut marquer TEcrilure, lorsque parlant des pécheurs, elle les appelle des boiieux, des sourds, des muets, des aveugles, et des paralytiques privés de l'usage de tous leurs membres.

Mais entre tous les maux que la plaie du péché causait à David, rien ne l'aftligeait davantage que de voir qu'il avait attiré la colère de Dieu sur lui. Car Dieu, qiii se sent offensé par nos «rimes au-delà de ce que nous pouvons nous imaginer, nous déclare en même temps une guerre mortelle, eu sorte qu'il ré' pand, conmie dit l'Apôtre (Rom. 2, 8 et 9), la fureur de sa colère sur nous ; l'affliction et le désespoir accablant tout homme qui fait le mal Car quoique l'action du péché ne dure plus après qu'il est commis, néanmoins la lâche et l'offense du péché demeurent et subsistent toujours devant Dieu, ce qui fait que la colère de Dieu le poursuit sans cesse comme l'ombre suit le corps. David, étant pénétré de douleur à la vue de ces vérités, était porté à demander à Dieu le pardon de ses péchés. Et c'est de quoi il nous a laissé un exemple admirable dans son psaume 50, que les pasteurs pourront représenter aux fidèles pour les porter à concevoir, comme ce saint roi, une vive douleur de leurs péchés, c'esl-à-dire à en faire une véritable pénitence, et à avoir une ferme confiance d'en obtenir le pardon.

Mais ce qui fait voir combien c'est une chose utile

regret, afin qu'étant pénétrés de douleur au dedans pour concevoir un véritable repentir de ses péchés d'eux-mêmes, ils aient recours à Dieu pour lui deman- que de faire réflexion sur les maux qu'ils causent

c'est que Dieu même, exhortant, par la bouche de son prophète, le peuple d'Israël à faire pénitence, se contenta d'avertir ce peuple d'examiner avec attention les nmux (}ui avaient suivi son péché. Considérez^ lui dit-il, les malheurs et les afflictions oit vous êtes tombés du moment que vous avez abandonné le Seigneur votre Dieu, et que vous n'avez plus eu la crainte dans votre cœur, dit le Seigneur des armées. Et c'est ce qui a fiit dire aux prophètes Isaïe, Ezéchicl cl Zacharie qu'il faut que ceux qui n'ont piuni de ressenliment ni de douleur pour leurs péchés aient un cœur de pierre ou un cœur de diamant. Et dans 1 1 vérité il faut avoir une dureté de pierre pour n'être pas touché de douleur, et pour ne donner aucun témoignage d'un vif ressentiment à la vue de ses péchés.

Cependant, de crainie que les fidèles, épouvantés par le nombre et la grandeur de leurs crimes, ne désespèrent d'en obtenir le pardon , les pasteurs , pour leur donner de la confiance, leur représenteront: 1" que Jésus-Christ à donné à son Eglise le pouvoir de remettre les péchés, comme il est déclaré dans l'article onzième du Symbole;

2° Qu'il nous a doiaié en nous prescrivant cette quatrième demande une preuve bien convaincante de la bonté qu'il a pour nous, puisqu'il ne nous aurait jamais ordonné de le prier de nous pardonner nos offenses, s'il ne voulait pas nous pardonner nos péchés lorsque nous avons un regret sincère de les avoir commis.

C'est pourquoi nous devons être très-persuadés que Dieu nous ayant commandé d'implorer sa miséricorde par cette prière, ne manquera point de nous en faire ressentir les effets, puisqu'elle lend particulièrement à nous faire connaître qu'il est disposé de son côté à nous pardonner nos péchés toutes les fois que nous en aurons un véritable repentir.

der humblement qu'il arrache de leur âme les aiguillons du péché qui la pénètrent.

Et pour les y porter ils ne se contenteront pas de leur remettre souvent devant les yeux l'infamie qui accompagne leurs péchés, mais encore l'itisolence incroyable des hommes, qui tout indignes et tout souillés de crimes qu'ils sont, et quoiqu'ils ne soient d'euxmêmes qu'ordure et que corruption, osent offenser la majesté souveraine et incompréhensible d'un Dieu qui est leur créateur et leur libérateur , et qui les comble tous les jours d'une infinité de grâces et de faveurs très-signalées. El cela , afin qu'après avoir abandonné Dieu , leur Père, qui est le souverain bien, ils se rendent les esclaves misérables du démon, qui est l'infâme récompense qu'ils peuvent espérer de leurs crimes. Car c'est une chose étrange que la cruauté qu'exerce ce tyran sur l'esprit de ceux qui , après avoir secoué le doux joug de Jésus-Chi ist et rompu le lien trèsaimable de la charilé qui les unissait avec Dieu , leur Père , ont pris le parti de ce cruel ennemi. C'est pour celle raison qu'il est appelé dans l'Ecriture le prince et le maîire de ce monde, le prince des ténèbres et le roi des enfants de l'orgueil. De sorte que ce sont proprement ces personnes qui sont opprimées par la tyrannie du démon que regardent ces paroles du prophète Isaïe (26,13) : Seigneur, mon Dieu , d'autres que vous ont dominé i>ur nous.

Que si la considération de ce violement de la charité qui nous unit à Dieu n'est pas sulfisante pour nous faire rentrer en nous-mêmes, celle des misères et des calamités où le péché nous a réduits doit avoir cette force sur nous. Car non seulement il viole la sainteté de nos âmes, qui sont les épouses de Jésus-Christ, et prolane le temple du Seigneur, dont S. Paul dit (1 Cor. 3, 17) que quiconque viole le temple de Dieu, Dieu le perdra; mais il nous cause une infiiiité d'autres maux que David a voulu marquer par ces paro-

. ... Car quoique par notre désobéissance nous offen-

les (ps. 37, 4) : Votre indignation. Seigneur, a détruit sions Dieu, que nous troublions autant qu'il est en

tout ce qu'il y avait de sain dans ma chair, et mon pé- nous l'ordre de sa sagesse, que nous l'outragions par

cité a jeté le trouble jusqu'au fond de mes os. Car ce nos actions et par nos paroles, néanmoins comme il

saml prophète ne pouvait pas faire mieux connaître la profondeur de la plaie que le péché avait faite à son âme qu'en disant qu'il n'y a aucune partie dans luimême qui ne soit frappée de celle peste malheureuse du péché, et que son venin s'est répandu jusque dans ses os, c'est-à-dire jusque dans sa raison et sa volonté, qui sQDl les parties les plus solides de l'âme. C'est

est un Père tout plein de bonté et de charité, et qu'il est tout puissant pour remettre nos péchés, il n'a pas seulement témoigné qu'il était disposé à le faire, mais il nous a même obligés à lui eu demander pardon, et nous a prescrit la forme des paroles dont nous nous devions servir pour cet effei. L'on ne peut donc douter qu'il ne nous ait donné par cette demande uq

moyen très-efficace de nous réconcilier avec lui et de recouvrer sa grâce.

Comme rien ne peut plus contribuer a augmenter notre fo^ à nourrir notre t spérance et à rendre notre charité plus ardente que le témoignnge que nous avons que Dieu est disposé à nous purdonner nos péchés, il est à 5 ropos que les pasteurs établissent celte vérité par Tautorité de TEcriture sainte et par les exemples do ceux à qui Dieu a pardonné de trèsgrands crimes lorsqu'ils ont témoigné de la douleur de les av(/ir commis. Et comme nous l'avons sulfisamment établi, autant que le sujet le pouvait permettre, au commencement de l'explication de celte prière et dans rarlicle du Symbole qui traite de la rémission des péchés, les pasteurs pourront eu tirer ce qu'ils jugeront être propre pour l'éclaircissement de cette vérité, et puiser le reste dans la source de l'Ecriture

sainte*

Il sera aussi à propos qu'ils observent en expliquant celte demande le même ordre que nous avons cru devoir être gardé en expliquant les précédentes, qui est d'examiner en particulier tontes les paroles qui la composent. Ainsi ils expliqueront ce qu'il faut entendre par le mot de délies, de peur que les fidèles, étant trompés par l'ambiguiié de ce lerme, ne demandent à Dieu tout autre chose que ce (ju'ils lui doivent demander.

Il est certain d'abord que nous ne demandons pas par ces paroles d'être dispensés de l'obligation que nous avons d'aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de tout notre esprit, puisqu'il faut nécessairement que nous nous acquittiOiis de celle obligation envers lui si nous voulons être sauvés, ni d'êire déchargés de l'obligation que nous avons de lui obéir, de le respecter, et de lui rendre tous les autres devoirs qui peuvent être compris sous ce lerme de dette; mais nous lui demandons proprement qu'il nous délivre de nos péchés.

C'est ce que S. Luc nous apprend lorsque, au lieu du mot de dette, il s'est servi de celui de péché. Ce qu'il a fait sans doute parce que, comme nous devenons criminels defânl Dieii en péchant, nous contractons en même temps l'obligation de souffrir comme en paiement et en satisfacliou de nos crimes, les peines qui leur soni dues. C'est de cette sorte de dettes que Noire-Seigneur Jésus- Christ a voulu parler, lorsqu'il a (lit par la bouche du Prophète ( ps. 68, 5) : rai payé ce que je ne devais point.

Nous apprenons de ces paroles que non seulement nous sommes red«-vables à Dieu, mais même que nous n'avons pas de quoi lui payer nos dettes, parce qu'un pécheur n'est |)as capable de satisfaire pour lui-même à ce qu'il doit à Dieu, et qu'ainsi nous sommes obligés de recourir à sa miséricorde.

Mais parce que s.» justice, dont il est extrêmement jaloux, égîtle sa miséricorde, il faut que nous lui demandiiius le pardon de nos péchés par le mérite de la pas^ion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, puisque personne n'a obtenu que par elle le pardon de ses offenses, et que c'est d'elle seule, comme de leur source, que toutes les satisfactions (jue nous pouvons faire à Dieu pour nos péchés tirent toute leur force el leur vertu. Car le mérite de la passion de Jésus Christ, par liquelle il a satisfait à Dieu pour nous, est si efficace, que l-irsqu'il nous est appliqué par les sacrements, soit que nous les rcceviims réellement ou seulement de désir, il nous obtient la rémission de nos péchés (pie nous demandons par celle prière. Ce qu'il ne faut pas entendre seulement des fautes légères et dont il est facile d'obtenir le pardon, mais aussi des crimes et des péchés mortels, (quoique, comme nous venous de le dire, il faille rcconnaîire que cette prière n'a de force à legard de ces péchés, qu'autani qu'elle est jointe d'effet ou de désir au sacrement de pénitence.

Nous disons nos offenses, et non pas mes olTenses, «omme noub disons daiis la demande précédente

notre pain, et non pas mon pain, mais par une raison bien différente. Car nous disons notre pain, parce que c'est de Dieu que nous le recevons ; mais nous disons nos offenses, parce que nous en sommes seuls coupables, étant le fruitde notre propre volonté, qui seule rend nos actions criminelles, puisque nulle action n'est péché si elle n'est volontaire. Nous reconnaissant donc coupables, nous implorons par celte prière la miséricorde de Dieu, qui peut seule nous remettre nos péchés, et nous prenons bien garde de nous en excuser sur qui que ce soit, ni d'en rejeter la cause sur d'autres que sur nous-mêmes, comme firent autrefois nos premiers pères Adam et Eve, mais au eouliaire nous les confessons humblement, en disant à Dieu avec le Prophèle (ps. 140) : Ne permettez point que mon cœur s'égare dans des paroles de malice pour chercher des excuses dans mes péchés.

Nous ne disons pas non plus : Pardonnez moi, mais paidounez-nous ; parce que comme la charité fraternelle que nous nous devons les uns aux autres demande que imus ayous soin du salut de tous nos frères connue de notre propre salut, elle veut que lorsque nous prions pour nous nous priions aussi pour eux.

Cette manière de prier qui a été établie par Jésus- Christ , et gardée de tout temps par l'Eglise, a été trèsreligieusement observée par les apôires, et ils ont ordonné aux fidèles de la garder. Mais Moïse et S. Paul nous ont laisse dans l'un et l'autre Testament deà exemples tout singuliers de cet ardent désir que noua devons avoir pour le salut de nos frères. Car nous voyonsquele premier fil celle prière à Dieu pour le peuple d'Israël (Exod. 52, 31, 32) : Ou pardonnez leur cette faute ; ou, si vous ne le voulez pas, effacez mon nom dm, livre de vie ; et que le second a souhaité ( Rom 9, 3 J à^être anal hème el d'être séparé de Jésus-Christ pour lé salut de ses frères.

Comme nous pardonnons a ceux qui nous ont offensés. Ce mot COMME se peut entendre en deux manières. Car ou il a la force d'un lerme de comparaison et de similitude , et c'est en ce sens que nousdeuiandons à Dieu que comme nous remettons les injureS et les offenses qu'on nous a faites, il nous pardonne aussi nos péchés ; ou il est conditionnel, et c'est en ce sens que Noire-Seigneur lui même le pree.d, lorsqu'il dit (Matlh. G, 14 ) : Si vous pardonnez aux hommes les fautes qu'ils font contre vous, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres ; mais si vous ne leur pardonnez point leurs fautes, voire Père ne vous pardonnera point aussi les vôtres.

Mais soit que l'on prenne ce mot dans l'une ou l'autre de ces deux significations, il nous marque égalen>enl l'obligation que nous avons de pardonner, e( que si nous voulons que Dieu nous pardonoe nos péchés, il faut nécessairement que nous pardonnions à ceux qui nous ont offensés. Car Dieu veut que l'amour et rafl'ection que nous nous devons les uns aux autres soient réciproques, puisqu'il méprise el rejette même les sacrifices et les offrandes de ceux qui ne sont pas réconciliés avec leurs frères. Et c'est même une loi indispensable de la nature qui nous ordonne de nous comporter à l'égard des autres de la même sorte que nous voulons qu'ils se comportent envers nous. Ce qui montre que c'est une témérité insupportable à un homme de den^ander à Dieu qu'il lui pardonne ses crimes, en même temps qu'il a le cœur rempli d'aigreur et d'animosité contre son prochain, et qu'il est prêl de le persécnler comme son enniîmi.

Nous devons donc être toujours disposés à pardonner à ceux (pji nous ont fait des injures, puisque Jésus-Christ nous y oblige en nous prescrivant celle prière, et qu'il nous le commande expressément par ces paroles rapportées par S. Luc (17, 3) : Si voire frère pèche contre vous, reprenez-le; cl s'Use repenl, pardonnezlui. El même s'il pèche contre vous sept fois le jour^ et que sept fois le jour il vienne vous trouver, et vous dise : Je me repens de ce que j ai fait, pardomiez-lui. Ces* w

PART. IV. DE L'ORAISON DOMINICALE

ches, mais la grâce d'en faire une parfaite pénitence. Nous demandons d'en avoir une frès-sensible douleur de nous en corriger, de les confesser sincèrement aii prêtre avec de véritables semimenls de piété. Enfin nous demandons que, puis u'il nous oblige indispensablement de pardonner à ceux qui nous ont fait quelque tort et quelque injure, ii nous fasse la ^râce de pouvoir nous réconcilier avec ceux que nous 'haïssons.

11 faut donc tâcher de faire concevoir à ceux qui elant touchés de cette fausse crainte, croient qu'ils se rendraient plus coupables devant Dieu s'ils faisaient cette prière, que celte pensée est une pure illusion et qu ils doivent au contraire la faire souvent pour obtenir de Dieu qu'il leur donne celte disposition d'esprit qui leur est nécessaire pour pardonner à ceux qui les ont offensés et pour aimer leurs ennemis.

Mais afin que nous puissions tirer plus de fruit de cette prière , il faut que nous nous souvenions de la laire dans des sentiments de suppliants qui demandent a Dieu le pardon de leurs péchés , qui est une ffrûc*» qu il n accorde qu'à ceux qui en ont un sincère reWetet qu'ainsi nous devons avoir la charité et la piété qu'il demande dans de véritables pénitents, qui doivent surtout avoir continuellement leurs crimes devant leurs yeux, afin de les expier par leurs gémissements et par leurs larmes.

Il faut joindre à celte disposition la résolution d'éviter dans la suite tout ce qui a pu nous faire tomber dans le pehé, et qui peut être une occasion de nous l^ure offenser Dieu. C'est là la disposition où était David comme il le témoigne par ces paroles

qu'il nous enseigne encore par ces paroles (Maiih. 5,

44 ) : Aimez vos ennemis. S. Paul etSalomon ont aussi

voulu nous marquer celte obligation, lorsqu'ils ont dit

(Prov. 25, "Il ) : Si votre ennemi a faim, donnez lui à

manger ; s'i/ a soif donnez-Uii à boire. Enfin c'est ce

que nous apprenons de ces paroles de Jésus-Christ

(Marc. H, 2o) : Lorsque vous vous présenterez pour

prier, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est dans le ciel vous

pardonne aussi vos offenses. Cependant notre nature

est si corrompue, que nous avons toutes les peines

imnginnbles à nous résoudre de pardonner à ceux qui

nous oui offensés. E( c'est ce qui oblige les pasteurs à

employer tniile la force de leurespri! pour porter les

fidèles à la douceur ei à la miséricorde, qui est une

vertu si nécessaire à un chrétien.

Pour cela il faut qu'ils s'atiachent à leur expliquer

les endroits de l'IJcriture sainte où Dieu nous commande de pardonner à nos ennemis ; qu'ils leur fassent comprendre (jue c'est une grande marque qu'un

homme est du nombre des enfanls de Dieu, lorsqu'il ! pardonne facilemeiil les injures qu'on lui a faites et

qu'il aime véritablement ses ennemis, puisque par l'amour que nous avons pour eux nous devenons en

quelque sorte semblables à Dieu, qui s'est réconcilié I avec les hommes, et les a rachetés de l'enfer par la i mort de son Fils, quoiqu'ils fussent ses ennemis, et ' qu'enfin ils les exhortent d'avoir toujours présent dans

leur esprit le commandement que Jésus-Christ nous

fait, el(|ue nous ne pouvons omettre sans nous charger de la dernière confusion, et sans un danger évident I de nous perdre, lorsquMl dit (Matlh. 5, 44) : Priez .„ , .^......, „ ,^ t«„Hngne par ces naroles

pour ceux qm vous persécutent et qui vous calomnient, ( ps. 50, 5 ) : Mon péché est toujours présent devam afin que vous soyez les enfants de voire Père qui est dans moi ; et par ces autres ( ps. 6, 7 ) r Je fais naqermon

\ f} \ ,.. i. ,.. , , , , '^^ ^""^ "'^« P'^"»'« ^oute la nuit, je le verce de mp*

I Ce n'est pas qu'il faut qu'ils n'usent en cela de beau- larmes. •' ^ *

I coup de prudence, de crainie que la connaissance de Nous devons encore nous proposer les exemples de la difficulté et de la nécessite qu'il y a d'observer ce ces personnes qui par l'ardeur de leurs ori^èref ont précepte ne jette quelqu'un dans le désespoir. Car il y obtenu de Dieu le pardon de leurs pêchers comme I a des personnes qui, sachanlqu'elles sont obligées d'où- celui du publicain qui, dans la confusion et d ins la Ion Ibher smceremeni les injures qu'on leurafaiies, et d'ai- leur où il était, se tenait à l'entrée du lemnlé el nni IjTier ceux qui les ont offensées, souhaitent fort de le n'osant lever les yeux au ciel se conentat de

faire, et même le font autant qu'il esi en elles; mais ^^ '—- - - ' - conientaii de

qui, voyant qu'elles ne peuvent entièrement détruire le !SOuvenirde ces injures, et qu'elles conservent quelque .reste d'aigreur et d'asûmosité, sont troublées par de puissants remords de leur conscience, craignant que leur cœur n'étant pas entièrement dépouillé de la haine qu'elles avaient conçue contre ceux qui les avaient offensées, elles ne violent ce commandement de Dieu.

Il sera donc à propos que les pasteurs Cassen i connaître aux fidèles que celle coniraréié de semimenls qu'ils éprouvent en eux mêmes n'est qu'un effet des désirs de la chair et de ceux de l'esprit, qui ;8ont opposés les uns aux autres , les uns les portant jà la vengeance, et les autres à pardonner; et qu'ainsi, Quelque contraires que soient en eux les désirs de la phair àceux de l'esprit, ils ne doivent jamais désespéi'er de leur salul, ni croire avoir violé ce précepte du )ardou des ennemis, pourvu qu'ils soient toujours lans la disposition de pardonner à ceux qui les ont >ffensés, et dans la volonté de les aimer.

Que s'il se trouve des personnes qui, ne pouvant se éaondre à oublier les injures qu'elles ont reçues, ni à limer ceux qui les leur ont faites, n'osent réciter l'Oai!^on dominicale, à cause de celte condition qui acoinpagne cette demande, les pasteurs se serviront, our les retirer d'une erreur si pernicieuse et si conraire à leur salut, de ces deux considérations : la prenère, que qui que ce soit des fidèles qui fasse cette nere la fait au nom de toute l'Eglise, où il est lièserîain qu'il se trouve toujours des personnes de piété ui pardonnent les offenses qu'elles ont reçues ;

La seconde, que faisant celte prière à lieu'nous H demandons en même temps toutes les disp» sillons ui nous ^onl nécessaires pour en obtenir l'effet. Car &u» demandons non seuleraenl le pardon de nos pé-

Irapper sa poitrine en disant : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur; celui de cette femme pécheresse qui, après avoir arrosé de ses larmes les pieds de Jcsus-Christ et les avoir essuyés de ses cheveux les baisait, se tenant derrière lui; et enfin celui dé S. Pierre qui , après être sorti du lieu où il avait renie Jesus-Christ, pleura amèrement son péché.

Enfin il faul que nous nous souvenions que plus nous sommes infirmes et enclins au péché, qui est la maladie de l'àme , nous avons aussi besoin d'un plus grand nombre de remèdes et qui soient plus fréquentset qu'ainsi, comme entre les remèdes qui sont nécessaires pour rendre la santé à notre âme qui est maade es sacrements de péi.itence el d'Eucharistie sont tes plus nécessaires, il faul nous meître en état de nous en approcher très-souvent.

L'Ecriiure sainte nous apprend que l'aumône est encore un excellent remède pour guérir les maladies de nos âmes : c'est pourquoi ceux qui veulent sincèrement demander à Dieu le pardon de leurs fautes doivent, autant (ju'ils le peuvent, faire l'aumône aux pauvres, puisqu'elle a une vertu toute particulière pour efiacer les taches du péché. Nous avons une excellente preuve de celle vérité dans ces paroles de lange Raphaël, que nous lisons dans l'histoire de lobie (12, 9) ; Vaumàne délivre de la mort, elle purifie lame de ses péchés, elle obtient miséricorde, el elle conduit à la vie éternelle. Daniel témoigne la même chose par cet avertisheinent qu'il donna au roi Nabuchodonosor ( Dan. 4 , 24) : Rachetez vos péchés par des aumônes, et vos iniquités en faisant miséricorde aux pauvres.

Mais la meilleure aumône que nous puissions faire et la plus excellente manière que nous ayons de faire miséricorde , c'est d'oublier les injures qu'on nous a

faites, el d'avoir de l'amour et de la charité pour ceux qui nous ont mallrailés, ou dans nos biens , ou dans noire répulalion, ou dans noire propre personne, ou dans ceux qui nous î.pparliennenl. Quiconque donc désire que Dieu lui fasse miséricorde, il faut qu'il reniellc pour l'amour de lui les sujets d'inimitié qu'on lui a pu donner, qu'il pardonne les offenses qu'on lui a faites, et qu'il prie volontiers pour ses ennemis, lâchant de ne laisser passer aucune occasion de leur faire du bien.

Nous ne nous arrêterons pas davantage a prouver celte vérité, puisque nous l'avons suflisamment expliquée lorsque nous avons parlé de l'homicide. Les pasteurs pourront avoir recours à ce que nous en avons dit en ce lieu; et ils se souviendront de conclure rexplicalion de cette demande en faisant connaître aux (idèles qu'il n'v a point d'injustice semblable à celle d'un homme qui, n'ayant que de la dureie pour les autres, demande néanmoins que Dieu use de douceur et de miséricorde en son endroit. Sixième demande. — Ne nous laissez pas succomber à la tentation. Il ne faut point douter que le démon, voyant que les enfants de Dieu, après avoir obtenu le pardon de leurs péchés, souhaitent avec ardeur le royaume de Dieu dans le désir qu'ils ont de lui rendre le culte et l'honneur qu'ils lui doivent, et q-ue, rendant à sa majesté souveraine tous les devoirs que la piété leur inspire, ils sont parfaitement soumis à sa divine volonté, el s'abandonnent entièrement à la cond^iiie de sa providence ; il ne faut, dis-je, point douter que cet ennemi commun du genre humain ne redouble alors tous ses efforts, el n'emploie tous les arlilices imaginables pour les surprendre. De sorte qu'il est fort à craindre que, changeant de sentiments, ils ne retombent dans leurs premiers désordres, et ne deviennent même plus méchants ou'ils n'étaient auparavant, el qu'on ne Boil contraint de dire d'eux avec l'apôtre S. Pierre (2 Episi. 2, 21 ) qu'il leur eût été meilleur de n'avoir poiiil connu la voie de la piété et de la justice que de retourner en arrière après l'avoir connue , et d'abandonner la loi suinte qui leur avait été prescrite.

C'a éié pour remédier à ce mal, el pour nous obliger à avoir recours tous les jours à Dieu, el à le prier qu'il ail soin de nous, el nous prenne en sa pioieclion , que Notre-Seigneur nous a ordonné de faire celte sixième demande, étant impossible que nous ne tombions dans les pièges que nous tend le démon, si nous sommes abandonnés de son secours-

Notre-Seigneur ne nous a pas seulement commandé dans l'Oraison dominicale de lui demander qu'il ne permette pas que nous succombions à la tenlaiion , mais encore d:>ns l'entretien qu'il eut avec ses apôires, lorsqu'il fut près de soufl'rir la mort, où, après leur avoir dit qu'ils étaient purs el sanctiiiés, il les avertit de ce devoir, leur disant (Maiih. 26, Ai) : Priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation. Et c'est ce qui doit faire voir aux pasteurs l'obligation qu'ils ont d'exhorter les hdèlcs de faire fréquemment celle prière, afin que comme le démon veille eonlinuellemenl pour leur dresser des pièges où il puisse les faire tomber, ils demandent souvent à Dieu, qui peut seul les préserver d'y tomber, qu'il ne permette pas qu'ils succombent à la tentation.

El ils comprendront d'eux-mêmes assez combien est grand le besoin qu'ils ont du secours de Dieu, s'ils font réflexion sur leur faiblesse et leur ignorance; s'ils se souviennent de ces paroles de Notre-Seigneur (ibid.) : L'esprit est prompt el la chair est faible; et s'ils considèrent combien sont grandes et funestes les chutes que font les honmies par la malice et les efforts du démon, s'ils ne sont fortifiés el soutenus par le secours du ciel. Pouvons-nous en avoir un exemple plus terrible que celui des apôtres, qui, après avoir fait paraître beaucoup de resolution el de fermeté dans leurs paroles, s'enfuirent el abandonnèrent Nolre- Çegneur à la première vue du péril? Mais TexemplQ

de S. Pierre est encore plus étonnant. Car nous voyons' qu'après avoir donné des marques toutes singulières de son courage et de l'amour qu'il avait pour Jésus- Christ et lui avoir dit, en se confiant en ses propres forces (ibid., 35), que quand même il devrait mourir avec lui il ne le renierait jamais, ayant été troublé à la parole d'une seule femme, il confirma avec serment qu'il ne connaissait point Notre Seigneur. Ce qui est une marque bien convaincante qu'il n'avait point tant de force qu'il s'imaginait en avoir, lorsqu'il faisait une si belle promesse à Jésus-Christ. Que si les plus grands saints sont tombés dans de très-grands crimes parla fragilité de la nature, lorsqu'ils se sont appuyés sur leurs propres forces, que ne doiv^nl pas craindre ceux qui sont très-éloignés de leur sainteté.

il faut donc que les pasteurs, pour convaincre les fidèles de la nécessité de cette prière, mettent devant leurs yeux tous les combats el les périls auxquels nous sommes exposés continuellemenl pondant que notre âme est encore unie à ce corps mortel ; la chair, le monde et le démon nous attaquant de toutes parts. Il faut qu'ils leur représentent ce que peuvent sur nous la colère et la cupidité , dont il n'y a persoime qui n'éprouve malheureusement en soi les funestes effets. Car qui est-ce qui ne se sent point ému el troublé par ces passions? qui est-ce qui évite l'ardeur de leurs désirs? En un mot, les attaques el les combats que nous livrent ces passions sont si rudes, qu'il est bien difficile que nous n'y recevions quelques blessures mortelles.

Mais outre ces ennemis domestiques, nous avons encore à combattre de puissants ennemis étrangers que saint Paul nous a marqués lorsqu'il dit (Eph. 6, Ï2) que nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les princes du monde, c'està-dire de ce siècle ténébreux, et contre les esprits demU' lice répandus dans l'air. Outre donc les combats intérieurs de nos passions, nous avons encore à soutenir les allaques que nous livrent extérieurement les démons, el à souffrir les impressions des images étrangères, dont ils troublent notre imagination. Car tantôt ils nous attaquent ouvertement, el tantôt ils s*insiniienl dans nos âmes d'une manière si imperceptible, qu'il est Irès-dilficile de nous défendre de leurs surprises. Or S. Paul les appelle des principautés pour marquer rexcellence de leur nature, au-dessus non seulement de celle des hommes, mais encore de celle de loules les autres créatures visibles. Il les appelle des puissances, parce qu'ils sont au-dessus d'eux, non seulement à cause de l'excellence de leur nature, mais aussi à cause de leur puissance. Il les appelle les princes du monde, c'est à-dire de ce siècle lé. hébreux, parce qu'ils ne gouvernent pas le monde de lumière et qui est éclairé, c'est-à dire les bons el les gens de bien, mais celui de ténèbres et qui est dans l'obscurité, c'est-à-dire ceux qui, étant aveuglés par les le-" nèbres (pie leurs crimes et leurs désordres ont formées dans leur âme, suivent avec joie le diable (|ui est le prince des ténèbres. Enfin il les appelle des esprits de malice, parce qu'il y a une double malice, l'une charnelle, et l'autre spirituelle. La malice de la chair porte aux plaisirs des sens ; et celle do l'esprit n'est rien autre chose que les mauvaises affections et les désirs déréglés de la partie supérieure de l'âme, qui sont d'autant plus mauvais que ceux de la chair, que l'esprit et la raison sont plus élevés et plus excellents que le corps. Et comme la malice du démon tend surtout à nous priver de l'héritage du ciel, c'est pour cela que l'Apôtre ajoute, répandus dans l'air.

Tout cela nous fait voir que nous ayons affaire à de puissants ennemis, que leur animosiié est insurmontable, que la haine qu'ils nous portent est extrême el implacable, et qu'ils nous ont déclaré une guerre mortelle, en sorte qu'il n'y a poin! de paix ni de trêve à espérer avec eux. Mais rien ne nous fait mieux voir quelle est l'audac^ du démon et de quoi il est capable,

éSl

que ces paroles que le prophète lui met dans la bouche (Is. 14, i3) : Je monterai dans le ciel; ci de ce qu'il a bien osé allaquer le premier homme dans le paradis terreslre ; qu'il a lâché de surprendre les prophètes; qu'il s'esl adressé aux apôtres, afin, comme dit Noire Seigneur dans l'Evangile (Luc. 22, 31), de les cribler comme l'on crible le froment, et qu'enlin il n'a pas crainid'aiiaquer Jésus-Chrisi même. S. Pierre marque cet insaiiable désir qu'a le démon de nous perdre, et ce soin t: ut extraordinaire qu'il apporte pour en venir à boni, lorsqu'il dit (jue le démon notre ennemi tourne autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer (1 Pelri 5, 8).

El non seulement nous sommes tenlés par un seul démon, mais même quelquefois ils viennent en troupe nous allaquer, ainsi que l'avoua ce démon dont il est parlé dans l'Evangile, auquel Notre-Seigneur ayant demandé (Luc. 8, 50) quel était son nom, il répondit que son nom était Légion, pour marquer qu'ils élaicnt une multitude de démons qui tourmenlaient ce pauvre mal- ' heureux qu'ils possédaient. Il est dit encore dans l'E- I vangile d'un autre démon (Maith. 12, 45), qu'ayant ! pris avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, ils entrèrent ensemble dans la maison d'oii il était sorti, ' et qu'ils y firent leur demeure.

Plusieurs s'imaginent que parce qu'ils n'éprouvent pas en eux-mêmes ces attaques et ces efforts des déi nions, tout ce qu'on en dit n'est pas véiitable. Mais ce n'est pas une chose surprenante qu'ils n'en soient point attaqués, puisqu'ils sont tout à lui, s'y étant donnés de leur propre mouvement. Car n'ayant ni piété, ■ni charité, ni aucufie autre vertu qui soit digne d'un I chrétien, ils sont entièrement soumis à son empire. El par conséquent il n'a pas besoin de les tenter pour les faire tomber, puisqu'il fait sa demeure dans leur !âme.

Il n'en est pas de même de ceux qui se sont consajCrés au service de Dieu , et qui mènent sur la terre une vie toute célesie. Car ce sont ces personnes principalement que le démon attaque , pour qui il a une îhaine mortelle , et à qui il dresse à tout moment des pièges pour les surprendre. L'Ecriture sainte est remplie d'exemples de personiies très-saintes , qui, bien qu'elles fussent sur leurs gardes, sont néanmoins tombées ou vaincues par la force de ses attaques, ou trompées par ses ruses et ses arlilices. C'est ainsi qu'A- :[lam, David, Salomon , et plusieurs autres qu'il serait Irop long de rapporter, ont éprouvé malheureusement ou la violence et les efforts des démons, ou eurs ruses et leurs tromperies ; les hommes n'ayant |ii assez de force, ni assez d'adresse pour y résister. \li certes qui pourrait, après l'exemple de ces grands pommes, s'estimer en sûreté, n'étant appuyé que sur es propres forces ? H faut donc demander à Dieu avec |>eaucoup de piété , non seulement de ne pas periieltre que nous soyons lentes au-delà de nos forces, pais encore lorsqu'il permet que nous soyons tentés, e nous faire sortir de la tentation avec avantage, en jorle que nous puissions l:i surmonter.

C'est pourquoi, si quelqu'un, par défaut de courage u de lumière, redoute la violeoce des démons , il lul, lorsqu'il se sent agité par les ilôts de la tenta- Ion , l'encourager à avoir recours à celte j)rière pmme à un port très-assuré. Car, quoique le démon il beaucoup de puissance, et que la haine qu'il a înlrenous soit irréconciliable, il ne peut néanmoins ous tenter ni nous affliger autant et aussi longtemps u'il le veut, mais Dieu met des bornes à sa puismce , et elle n'a d'effet qu'autant qu'il veut et qu'il crmct qu'elle en ait.

Nous en avons un illustre exemple dans la per- )nne de Job. Car, comme le démon n'eût jamais osé 'ucher à ses biens ni à son corps , si Dieu ne lui n donné la puissance de le faire en lui livrant enses mains tout ce qui lui appartenait, il n'eût issi jamais manqué de le faire périr avec tous ses ens el tousses enfants, si Dieu ne lui eùi défendu CoNc. DE Trente. 1,

PART. IV. DE L'ORAISON DOMINICALE

d'attenter à sa vie.

Nous voyons aussi dans l'Evangile combien la puissance du démon esi liée, puisqu'il n'eût jamais osé s'emparer de ce troupeau de pourceaux, dont il est parlé, si Notre Seigneur ne le lui eût permis.

Pour nn'eux comprendre la force de cette prière. Il laut savoir ce qu'il faut enl^Midre par le mot de tentation, et ce que c'est que d'être abandonné à la tentation.

Premièrement, tenter n'est antre chose (lue sonder une personne, alin de tirer d'elle la vérité d'une ch;.se inconnue qu'on désire de savoir. Or Dieu ne tente pomt de la sorte, puisqu'il n'y a rien qu'il ne ?aehe et que tout est à nu et à découvert devant ses ueux ' comme dit l'Apôtre (Hebr. 4, 13).

11 y a une autre manière de tenter, lorsqu'on éprouve une personne pour son bien ou pour sa perte. Ainsi l'on tente une personne pour son bien lorsqu'on éprouve sa vertu afin qu'étant connue elle en reçoive de l'honneur el delà gloire; que son exemple serve aux autres pour l'imiter, que tout le monde soit porté à en louer et bénir Dieu, C'est là la manière dont Dieu tente les honimes. Et c'est de cette sorte de tentation qu'il faut entendre ces paroles du Denléroiiome (13, 3). Le Seigneur voire Dieu vous tente, afin que tout le monde sache si vous l'aimez ou non.

Dieu lente donc de cette sorte ceux qui sont à lui , lorsque, pour éprouver leur pa'.ience , il permet qu ils soient dans la pauvreté, dans la mnhdie et dans d'autres sortes de misères, voulant faire éclater en eux quelles sont les obligations d'un chrélien test ainsi qu'il tenta autrefois Abraham ; lorsqu'il* lui commanda de lui immoler son fils , voulant qu'il fût aux hommes un exemple singulier et immortel d'obéissance et de patience Et c'est dans ce même sens qu'il est dit de Tobie (15, 12) qu'i/ était nécessaire qu'il fut éprouvé par la tentation parce qu'il était agréable à Dieu.

Les hommes sont tentés à leur désavaniaî?e, lorsque la tentation les porte au péché et à ce "qui peut les perdre : et celle manière de tenter est })r<'pre au démon ; car son dessein en teniant les hommes est de les tromper et de les précipiter dans le mal. C'est pourquoi l'Ecriture sainte lui donne le nom de tentateur. Or il nous tenie de différentes manières. Car tantôt il excite an-dedans de nous-mêmes les désirs déréglés de nos passions pour nous hlfQ tomber dans le péché , et taniôt il se serl des choses extérieures comme de la prospérité pour nous porter à nous eiî élever, ()u de l'adversité pour nous abattre, el cuûn quelquefois il emploie le ministère de certaines personnes corrompues et abandonnées, mais suriouldes hérétiques qui étant assis dans la chaire de l'erreur répandent les semences de leur méchante doctrine afin de faire loinber dans le précipice ceux qui ne s«aveni pas faire le choix et la différence de la vertu d'avec le vice, et qui étant naturellement portés au mal sont encore faibles et chancelants dans la voie de la vérité et de la vertu.

11 faut en second lieu savoir qu'être abandonné à la tentation n'est autre chose que d'y succomber Or nous succombons à la teniaiion en deux manières • Premièrement lorsque, abandonnant le bien que nous faisions , nous tombons dans le mal dans lequel celui qui nous tentait lâchait de nous faire tomber. Dieu ne lente personne en cette manière , parce qu'il ne peut être la cause du péché d'aucun homme, et qu'au contraire il hait tous ceux qui commettent l'iniquité ( ps. 5,7). C'est ce qui fait dire à l'apôtre S. Jacques (1, 13) : Que nul ne dise, lorsquil est tenté par le mal, que c'est Dieu qui le tente; car Dieu est incapable de tenter el de pousser au mal.

T Celui-là est censé nous abandonner à la tentation, qui, bien qu'il ne nous tente pas par lui-même, ou qu'il ne soit pas l'auteur de la tentaiion, n'empêche pas néanmoins , quoiqu'il le puisse, ou que uous

('Quinze^

^^9 CATÉCHISME Dt CONCILE DE TRENTE.

soyons tentés , oti que nous succombions à la tentalion C'est de celle manière que Dieu aban<Jonne Guelquefols les bons et les gens de bien à la leniation. Car comme quelquefois il ne les délaisse pas eniièrêment , et qu'il les soutient par sa grâce, il permet aussi assez souvent que les abandonnant à eux-mêmes par un impénétrable, mais très-juste jugement, ils toujbenl en punition de leurs crimes.

[iieu nous abandonne encore à la tentation , lorsqu'il permet que i;ons abusions à noire malheur des bienlailset d(S grâces qu'il nous a donnés pour acquérir le salut éternel , et qu'à Texeniple de l'enfant prodgue, dont il est parlé dans l'Evangile, nous dissipons tous les biens de noire Père céleste en menant une vie toute ciiarnelle , et nous abandonnant aveuglénienl aux désirs déréglés de nos passions. Car nous' pouvons dire alors do ces biens ce que TApôire a dit de la lui ( Uom. 7, 10 ) : que ce qui devait servir à 7ious donner la vie , a seivi à nous donner la

mort. .

Nous avons, au rapport d'Ezéchiel, un exemple bien remarquable de cet abandonnement de Dieu à l'égard do la ville de Jérusalem. Car quoique Dieu Teûi enrichie de tout ce qu'il pouvait y avoir de beau et de magnifique, en sorte même qu'il disait d'elle par la b(»uche de son prophète (Ezech. 10) : que /// beauté qiCil Lui avait donnée la rendait accomplie et parfaite ; néanmoins, bien loin de rendre grâtesà Dieu de tous ces biens dont il l'avait comblée , et de s'en servir pour son salut, pour lequel Dieu les lui avait donnés, ell^eu fut si ingrate, que ne pensaniplus.iux biens du ciel, elle nesoiigeaqu'à jouir des biens de ce monde, en se plongeant dans toutes sortes de luxe et de débauches, coumie le rapporte fort au long le même prophète dans le sixième chapitre de ses prophéties. Ainsi nousinnions l'ingratiiude de celte ville misérable, lors qu'au lieu d'user des biens (lue Dieu nous a donrtés avec aboiidance pour faire de bonnes actions, il permet que nous nous eo servions au contraire pour nous plonger dans toutes sortes de vices.

Il faut encore" bien remarquer, que quoi<|ue l'Ecriture Yonlant nous faire connaître que Dieu permet une chose , ait coutume d'exprimer cette permission en des termes, lesquels si on les prend dans leur propre signilicaiion , semblent marquer en Dieu une action et une volonté positive , connue lorsqu'elle lui fait dire dans l'Exode (4, 21) : J'endurcirai le cœur de Pharaon ; et dans Isaie : J'aveuglerai le cœur de ce peuple: et que l'Apôtre dil (Rom. 1, 26) : qu il a abandonné les gentils à des payions honteuses^ et à un sens reprouvé, néanmoins toutes ces manières de parler ne se doivent entendre que d'une siinple permission , et non d'une volonté positive qui marque quelque action en Dieu.

Ces ch'^bcs étant ainsi établies et supposées , il est aisé de voir que nous ne demandons pas à Dieu par celte demande de rOraisf^n dominicale, de n être point du tout tentés , puisque la vie de l'hounne n'est qu'une tentation continuelle , et que même la tentation nous est ut le et avantageuse. Car elle nous fait coujiaitre ce que nous sommes et ce que nous pouvons de nons-niên»es; elle nous humilie sou.^ la main touîe-piiis^ante de Dieu , et elle nous donne cette confiance , qu'après avoir généreusement combattu , nous recevrons la couromie innuortelle de la gloire. Ce qui fait dire à l'Apôtre ( 2 Tim. 2, 5) qui/ n'y aura que ceux qui auront généreusement combattu qui seront couronnés ; et à S. Jacques (1, 12 ) i\ue celuilà est heureux qui souffre patienimeni les tentations et les maux de celle vie , parceque lorsque sa venu aura été éprouvée , il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. Que si quelquefois nous 140US sentons pressés par les tentations que nous suscitent nos ennemis, il faut en même lemps nous munir contre elles de celte pensée (Hebr. 4., 15 ) que nous avons un pontife, qui , compatissant à nos infirmités f et ayant été lui-même tenté en toutes dioses , ne

manquera pas de nous assister. Et nous reccvrom sans doute de cette pensée beaucoup de soulagemen et de consolation.

Mais que demandons-nous donc, si nous ne deman dons pas de n'être point tentés ? Nous demandons qu( Dieu ne permette pas qu'étant abandonnés de son se cours nous cédions à la tentation, soit en nous lais sant aller aux attraits de la volupté, ou en succom bant sous le [ioids des afflictions, et qu'il nous donn sa grâce , afin qu'elle nous fortifie et nous soutieiiii dans les maux de cette vie , b.rsqu'ils sont au-dessu de nos forces. Et nous ne devons pas nous conlenie d'implorer le secours de Dieu contre les tentations e général, mais contre chacune en parliculier. C'est c que David pratiquait soii>nensement , demandant Dieu qu'il le délivrât, tantôt du mensonge par celi prière {ps. H8, 45) : Ne m'ôtez jamaisde la bouche i parole de la vérité; tantôt de l'avarica par cette autr (il)id. 3G) : Portez mon cœur à l'observation de vos o, donnances, et non pas à l'avarice; et tantôt des vanil( du monde et des attraits de la volupté, par ces autre paroles (ibid. 37) : Détournez mes yeux , afin qu'ils t voient point la vanité.

Nous demandons encore que Dieu ne permette p{ que nous obéissions aux désirs déréglés de la conci piscence, que nous nous lassions de résister à la ter talion, et que nous nous écartions de la voie de la v( rite. Irinfin nous prions Dieu de nous faire la grâce i garder une égdité d'esprit et une même conslam dans la prospérité, que nous éprouvions en tout choses sa protection, et qu'il brise Satan sous nos pie (Rom. 16, 20).

Il ne reste plus pour terminer cette demande qu examiner ce que nous devons particulièrement avo en vue pour la faire utilement.

Premièrement, nous devons faire une sérieuse n flexion sur notre faiblesse, afin que, nous défiant < nos propres forces , nous mettions toute l'espérant de notre salut en la bonté de Dieu, et que, nous coi fiant en son secours, nous agissions avec beaucoiipil constance et de courage dans les plus grands péril sachant que plusieurs ayant mis leur confianceen Oie il les a délivrés du péril où ils étaient de tomber en puissance du démon. ,

C'est ainsi qu'il délivra Joseph du péril si pressa où il était, lui ayant donné la force de résister a sollicitations d'une fennne impudique qui l'aimait pa sionnén!enl,et qu'il l'éleva ensuiieà un très-haut de^ d'honv.eur et de gloire. Ne conserva-i-il pas aussi vie à Susanne , lorsqu'on était sur le point de la ravir par le jugement injuste de deux ministres dcî tan qui avaient attenté à sa pudicité. Ce qui ne no doit pas étonner, dit le prophète, \)\mqii' elle avait n son espérance en Dieu. El quelle gloire et quelles loiin ges n'a point reçues Job pour avoir triomphé monde, de la chair et de Satan? 11 y a une inliii d'exemples de celle sorte dans l'Ecrituie sainte, de les pasteurs pourront se servir pour exciter les lidé à mettre toute leur confiance eu Dieu.

Il faut (le plus que nous considérions que Jési Christ a été tenté le premier parle démon, eiqnen seulement il en est demeuré victorieux, étant ce / dont il est parlé dans l'Evangile, qui, étant survenu surmonté le fort armé , et l'a dépouillé de ses an (Lucll,22j. D'où vient qu'il dit lui-mêmedansS.Jt (16, 33) : Ayez confiance, j'ai vaincu le monde; etq est appelé dans l'Apocalypse (5, 5), un lion toujo vainqueur , qui est sorti de ce motide triomphant p^ remporter de nouvelles victoires: mais même qu'i ac<{uis par sa victoire à ses serviteurs la grâce de p voir vaincre leurs ermemis.L'Epître de S. Paul : Héhreux est toute remplie des victoires de plusie saints qui, comme le dit cet ajjôtre (Hebr. 11), conquis des royaumes , fermé la gueule des lions et d'autres actions admirables, qu'il rapporte au même l Mais les victoires que reinporlenl tous les jours c qui sont pleins de foi , d'espérance et de charilé Q

PART. IV. DE L'ORAISON DOMINICALE

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iKf^^ ^"^l^rS^lZ^^'I^ 1^ Si^ ^ -i^P^^^^"^<i-nedemroison dorni.

démon , ne sont pas moins illuslres. Klles soni en si grand nombre et si considérables , que si nous pouvions les remarquer, nous avouerions sans doiite qu'il n'y a i^ien de plus ordinaire ni rien de plus glorieux. S. Jean nous veut marquer cette défiiile de nos ennemis, lorsqu'il dit (1 Joan. 2, \A): Je vous écris, jeunes gens , parce que vous êtes forts , que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le malin esprit.

Mais il faut nous souvenir que l'on ne surmonte point le démon par i'oisivelé , par le sommeil , par ie vin , par la bonne chère et par le plaisir, mois par la prière,' par le travail, par les veilles, par l'abslinence, par la continence et p;ir la cbasteté. Veillez et priez , dit Jé- Sus-Christ (Matth. 26, ^1) , afin que vous ne tombiez point dans la tentation. 11 n'y a donc que ceux qui se servent de ces dernières armes , qui mettent en fuite le démon; car il fuit ceux qui lui résistent.

El il faut que nous prenions bien garde de ne pas prendre une vaine complaisance dans les victoires des saints, ni de nous en élever avec insolence et avec orgueil , comme si nous pouvions soutenir par no3 projires forces les attaques et les tentations du démon ; car ce ne peut être un effet de nos propres forces, et cela est au-dessus de notre faiblesse. C'est Dieu seul qui nous donne des forces capables de terrasser les ministres de Satan. C'est lui qui rend iios bras aussi fermes qu'un arc d'acier. C'est par la force de son secours q»ie Varc des forts est rendu inutile, et que les faibles deviennent forts (1 Heg. 2, A). C'est lui qui nous protège et nous conserve, qui nous lend le bras de sa miséricorde pourrions recevoir, ^mz instruit nos mains w combat et nos doigis.àla guerre {ps. 445, 1 ). C'est donc J lui seul que nous devons rendre grâces de nos victoires, puisque nous ne pouvons vaincre que par lui M par le inoyen de son secours. Et c'est à quoi S. Paul lous exhorte, lorsqu'il dit (1 Cor. i5, 57) : Bendons grâces à Dieu qui nous a donné la victoire de nos enne- ^nis par Nôtre-Seigneur Jésus-Christ. Ces paroles de

nicale, comprend en soi toutes les autres. C'est ce qu'il a voulu lui-même nous faire connaître par son exemple. Car priant son Père pour le salut des hommes, lorsqu'il était près de mourir, il se servit de celle prière (Jean. i7, 15) : Je vous prie de les préserver du mal. Ainsi il a ^enfermé en abrégé dans cette demande , qu'il a autorisée par son cornmandeuxent et confirmée par son exemple, tout ce qui est compri^s dans toutes les autres dematides. Et en effet ouc nous restc-t-ilà demander, dit S. Cyprien,si nous obtenons le secours de Dieu contre le mal comme nous le demandons par cette prière , puisque l'ayanl une fois obtenu, nous ne devons plus craindre ni appréhender les elKoris du démon et de la chair? Celle demande étant donc d'une aussi grande imporlanc e que nous venons de le faire voir, ii faut que les pasteurs s'appliquent avec beaucoup de soin à l'expliquer aux fidèles. Car comme nous demandons à Dieu par la précédente demande qu'il ne permette pas que nous tombions dans b' péché , nous lui demandons par celle-ci qu'il nous délivre de la peine du péché.

On ne eroii pas qu'il soit ici besoin de représenter quels sont les maux dont nous souimes acca'Jés dans cette vie, et (juel est le besoin que nous avons du .secours de la grâce de Dieu pour les supporter patieminenî. Car, outre que iesr.uleurs, tant sacrés qtie proianes, ont fait un dénombrement exact de toutes les misères auxquelles les hon.mes sont sujets dans ce monde, il n'y a point d'uomme qui n'ait fait une funeste expérience en soi-même ou dans les autres de cette vérité , et qui ne soit très-pevsuadé de a- que dit Job, ce parfait modèle de patience : que l'homme n'est pas plus tôt sorti du ventre de sa mère, qu'il est rempli dç toutes sortes de misères pendant le peu de temps qu'il Vît sur la terre; qu'il est comwe une fleur qui n'est pas plus tôt sortie de terre, qu 'elle se flétrit; (\\\'il disparaît comme une ombre; -iu'i/ ne d meure jamais dans le même état, et qu'il ne se passe pas un seul jour de sa vie qui ne lui soit remarquable par quelque nouvelle aflliction

rem, qui les accusait jour et nuit devant noire Dieu , o Jioiiimos lôrsmi'il i Hpi-Iiip i„À\'hii^i',Z.J"} ^'" ""'' ^.l!::ffrl'',".f'^'.vl:'»"* '■''»' ""'"f P«': '" ^Vale pStà croix et le .S^ro ^ ' " ■'""'''

Connue donc chacun en pariiculier éprouve en soimême combien la vie qu'il mène est laborieuse et accompagnée de périls et de traverses , il sera ixké de persuader aux fidèles d'avoir recours à Dieu pour lui demander qu'il les délivre du mal, puisqu'il n'y a rien qui porte davantage les hommes à prier que le désir et l'espérance qu'ils ont d'êire délivrés des maux et des peines qu'ils souffrent actuellement , ou dont ils sont menacés. Car c'est un sentin:ent naturel aux hommes de recourir à Dieu sitôt qu'ils sont dansTaffliction : ce qui fait dire au prophète (ps. 82 17)- Sei-

n. C-çs. ce qui nous èsl n,a,qué dal.s-piu^ieurs p;;! ^ZI;;,"'^,.'''"' ""''^'' "'""""""'' """ ""''"''''"'- !f!.:'!ll.:iPr."!5'J''.«' """»'« '',?»^ ^^"■'^-.«i : Celui ,,„• Mais quoigue les hommes se portent presque uatu

Apeau, montrent bien encore que c'est Jé>us-Christ m est l'auteur de toutes nos victoires. M;iis nous jvons d;uis ce même livre une preuve bien authentiuede la victoire que Jésus-Christ a remportée sur

, - .. — j — ...v,.^,^« u «. wii vuiiaïucic 1 auieur

je nos victoM-es et les moyens dont nous nous devons iryir pour les remporter , il faut encore que nous ivisagions la couronne immorlelle et l'abondance des .lens éternels que Dieu a préparés à ceux qui seront jimem-es victorieux du monde, de la chair et de Sa-

. . .. . ^..^^....qm

fa victorieux ne recevra point d'atteinte de h seconde m. Celui qui demeurera victorieux sera revêtu d'une M Hanche, et je n'effacerai.point son nom du livre de |î, et je le reconnaîtrai et l'appellerai par son nom dem vion Père et devant les anges. Quiconque sera vie- \^eux, je le rendrai une colonne dans le temple de mon •|«<, et îl n'en sortira plus dehors; quiconque sera vieyeux, je le ferat asseoir avec moi sur mon trône, ainsi fJ^/ws assis avrc mon Pire sur son trône, après mr été victorieux de mes ennemis. C'est ce qui parait core dans ces paroles que S. Jean, après avoir parlé

la gloire et de la grandeur des biens éternels que |>vent posséder les bienheureux dans le ciel, met en ^^)uche de Dieu même (Apoc. 21, 7} : Celui qui sera Glorieux possédera toutes ces chose .

Septième demande. ~ Mais délivrcz-nons du mal

U€tte dernière dcmai;-dc, par laquelle le Fils de

rellem-nt a invoquer Dieu dans les péiils et les misères où ils se trouvent ; néanmoins comme il est nécessaire pour le faire utilement de le faire comme il faut, les pasteurs à qui Dieu a confié le soin du salut de leurs peuples sont obligés de les en instruire , d'autant plus qu'il se trouve des personnes assez té- .meraires pour renverser l'ordre que Jésus-Christ , veut que nous gardions dans nos prières. Car, quoique nous sachions que comme il nous a commandé d'avoir recours à lui dans nos afllictions, il a aussi établi l'ordre que nous devons garder en le priant, et qu'ainsi il veut qu'avant que de demander qu'il nous délivre du mal , nous lui demandions que son nom soit sanctifié, que son règne arrive, et que nous fassions toutes les autres demandes par lesquelles comnie par autant de degrés nous devons être portés à faire celle-ci ; cependant si nous souffrons quelque mal dans notre corps , si nous faist>itô (quelque

I ^- i.în.«<i cî no<i ennemis nous -menacent perle dans nos bicnâ , si '»o^,V ^ «nim dressent dt's ït nue nous craignons quils ne nous arcsseni utb embûches si nous sommes alOigés ou par la famine nu uar rguene, ou par la peste; omeiiant les autres Kndes^de rOraison dominicale, nous demandons uSauèmeni qu'i^ nous délivre de tous ces maux, conrîe S mandenient exprès que jésus-Chnst nous a fait de cLc/'^'- premièrement le royaume et la justice

'^tr Bl'e^e prière comme il faut, nous ne devons demander à Dieu quMl éloigne de nous les maux, les cdanûlés et les misères de cet e viC que S la vue de sa gloire. C'est ce que la.sa.t David. Caî après avoir fait celte prière a D.eu ( psalm. 0 vers. G) : Seigneur , ne me reprenez pas dans vote jnreur il en rai porie ensuite celle raison , (pu (ait bien yoTr'cu ' ne h faisail (pie par le désir de la .i;lmre de dTcu (:«r, dit-il(ibid. 5), annexe ressouvwit pomt dlvus dans lu mort : cl qui vous louera au {cnuldu tombeau ? Kt le même prophète , apre^ avoir pi le Die de lui faire miséricorde, ajo.iie ces paroles d».. oU 15) : rapprendrai vos voies aux pécheurs , et les wipus xp. convertiront à I'ohs. , .

iiiîsi nous dcv.n.s lâcher <rimiior ce sa.nl prophète dans nos prières, el nous scmvenir q.i . ;^;>;; V 'J^'»' '"^ crande difiércnce entre noire manière d.; pi lei el celle l^'^Jlfidèlcs. Car au lieu que le. -•'<«;; -jM^»'!^ même ils prient Dieu avec ardeur de loi au de I. guérison de leurs mala.lus el de leur, blessuie., le les délivrer de. maux dont ils sont mnia.e., aie dent néanmoins leur suèrisun pariiculieiomeni de. einèdes que la nature <ui l'indusine ues honum-s leui peu'ïn?fournir,etque même ils ne ^^uimi^or^ science d.^ prendre un remède, qui que ce .oi m le leur piésonie, quand même ils .aura.en qu il aurai éé lait par magie et soriilége , el par rmdusirie du dé non pourvu 'pi'on les assure .pril leur pourra f;".' recomVer la santé; nous ^i^vor.s ;u. conlia.re dans nos maladies et dans toutes nos ainictions. axon recours uniquement à Dieu comme a celui qui scu est noire asile et noire force, el qui seul "/e jte d ci e honoré et révéré par nous comme 1 auteur de oui le L en qui est en nous , el comme notre unique libérateur :^ nous ne devons point reconnaître aussi dans les remèdes naturels d'auire vertu pour rendre la ^inlé que celle que nous croyons que Dieu leur a communiquée; nous ne devons é.re persi^^^^^^^^^ sont utiles aux malades qu'autant qu il lu. pl^U Wj^ le soient s^.chani que c'est lui qui a donne la mededne aux hommes plur les guérir dans le^s maladies selon ce fp.i est dit dans TLcclesiast^ique (.:>8 4), que Dieu a tiré de la terre les remèdes de la médecine, et qu'un homme prudetit ne doit jamais les mépriser.

C'est pourquoi tous tant que nous som.nes qui faisons orolession d'ai parienir à Jesus-Chr.st nous ne rvoifsramais espérer le recouvrement de noire saute par les seuls remèdes delà médecine; ma'smeUr« principalement notre confiance en Dieu , qui est l auteur de ces remèdes.

Aussi voyons-nous dans rEcrilure sainte, que ceux qui , se conliant aux seuls remèdes de la médecine , il'ont pas eu recours à Dieu dans leurs maux , en sont forlcment repris ; et que ceux au contraire qui vivaient selon la loi de Dieu, n'ont jamais use d aucun des remèdes qirils savaient qu'il n'avait pas eiablis pour la euérisou des maladies , et que, quoiqu'ils sussent par expérience qu'en les prenant ils pourraient recouvrer leur sanié , ils les ont néanmoins toujours eus en horreur cl en abomination, les aj^ant regardes corrime des enchantements et des sortilèges mvenies par l .n-

^^^NoîîsïevonTdonc mell.e louic noire conr.ance cr» Dieu, puisqu'il ne nous a ordonne de lu. demander de nous délivrer de nos maux , qne pour nous 1-^'^c concevoir par ce commandement la même une îeime

capables d'inspirer de la confiance à ceux qui ne peu vent y êire poriés par aucune raison. Ceux d ADra

ham , de

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