DE LA RÉCEPTION
DANS L'ÉGLISE DE FRANCE
(Par M. BoYER , directeur du Séminaire de Saint-Sulpice. )
Le saint concile de Trente était respecté parmi /« </ua<re ^«ngft/es. Tous nos canonistes, hormis qw nous à l'égalT ces grands c^^ dont un ^rand ques avocats, qu'on n'oserait JPPelenî^nsconsuIte
p^ a ditf Jer^t^Tre fJsqi^atre premiers conciles comme tous nos théologiens , excepté le seul Richard Sima
DANS L'ÉGLISE DE FRANCE
célèbre par ses disputes avec Bossuet , homme p?iis ërudit que théologien, plus habile grammairien que raisonneur pn^fond ; tous nos docteurs , dis je, étaient unanimes à proclamer le concile de Trente comme le dernier et le plus savant de nos conciles œcuméniques. Ce n'est qu'en 1700, époque désastreuse, ou les erreurs qui fermentaient au sem de la France, depuis trente ans, éclatèroni par cette explosion terrible dont le contre-coup a renversé tant de trônes , couvert rEuro])e de tant de ruines, et ébranlé jusque dans ses fondements rédifice social; c'est, dis-je, à celte époque de sinistre mémoire, que l'héresie, entièrement émancipée sous le règne de Timpiele, osa dire et écrire pour la première fois , en présence de rauiorité publique, que la doctrine du concile de Trente n'était pas plus en France une règle de foi, que sa discipline n'y avait force de loi. Ennn,je lis dans un écrivain, digne , par son savoir , de delendre une meilleure cause, et , par l'honnêielé de ses sentiments religieux de professer des princi es plus callioliques ; c'est restimable i\n\e\\r de l" Origine et des Progrès de la Législation française, dont je veux parler , et nui avance cette assertion où la fausseté du fait le dispute à Pcrreur du principe : Non seulement on con- 'damna à Trente les décrets de Bâle et de Constance , mais on y en rendit encore un grand nombre absolument contraires à la doctrine reçue' par l'église de France: erreur qu'on essaie de corriger plus bas par cette pioposilion, où Tauleur, en donnant la main à Richard Simon, se contredit lui-même, et avance une seconde erreur en ces termes : Les décrets du concile de Trente ^sont observés en France, non comme émanant d'un confie œcuménique , mois comme ayant été de tous temps ceux de l'Eglise universelle. Je prie le lecteur de me- Isurer de TÔeil jusqu'où le mènent les suites de cette lerreur. Car enfin , si le concile de Trente n'est pas 'pour toutes les églises la règle immuable de la loi; si 'ses décrets ne sont pas irréf rmables ; s'ils ri*ont parmi liions d'autre autorité que celle que leur donne l'ac- 'ceptation, siij.Hie à l'erreur, de l'église de France; il 's'ensuit de ces prinripes, qu'on peut contester sur les dogmes délinis à Trente, comme on le faisait avant celte assemblée : ce qui ouvre la porte de rEglise a toutes les erreurs que ce concile a proscrites, à tou- |ies les sectes qui ont pulbjlé avec une etîroyable 'multitude des principes qu'il a réprouvés : on ra- 'mène encore sur la scène ces doctrines qui ont alors désolé le monde par de si affreuses discordes.
4e me propose , dans celle disseriaiion , de venger
Ile concile de Trente de toutes les attaques par où l'on
'a essayé jusqu'ici d'ébranler son autorité ; de prou-
'ver, par des témoignages irrécusables, que l'église
de France reçoit le coneile de Trente quant à la foi ,
et tient ses décrets dogmatiques pour irréiormahle^.
J'examinerai à part l'autorité qu'on accorde |)armi
nous aux décrets de ce concile sur la discipline : ce
qui divise naturellement cette dissertation en deux
!parties : t" de l'auiorilé du concile de Trente dans
l'église de France en matière de foi ; 2" de son auto-
jrité dans la même église en matière de discipline.
Jl. Le concile de Trente est reçu en France quant à
, ta doctrine, et l'on y tient ses décrets dogmatiques
r' ur irréformables.
n'y a pas eu, dans l'Eglise catholique, de concile
'plus souvent interrompu dans son cours, et plus persévérant dans sa marche que celui de Trente. 11 a rempli pendant dix-sept ans toute l'Eglise du bruit de
jses assemblées. Ouvert en 1545 , le 13 octobre , sous le ponlilicat de Paul III , il est suspendu en 1547, et transféré à Bologne. Jules III le convoqua de nouveau, et ses travaux se continuèrent dej)uis 1551 jusqu'à l'année 1552. Pie IV, soutenu et encouragé par le zèle de saint Charles-Borromée , son ne^ eu, força de grands obstacles , et en fil une nouvelle ouverture en 1562. Sous la direction de ce saint et sage ninislre, ce concile continua ses sessions jusqu'à Tannée 1564, où ii fut clos et terminé aux applaudissements de tous
les amis de l'Eglise. Jamais l'univers catholique n'avait été divisé par des guerres si acharnées et des hérésies si opiniâtres; et' c'est bien alors que le succèsseur de Pierre pouvait dire (pi'il conduisait la barque de 1 Eglise à travers les orages et les lem' êtes.
On ne peut se dissimuler que l'église de Fiajice n'ait manifesté contre le concile de Trente , à l'époque de sa tenue , des prétentions fâcheuses , dont voici^ les motifs ou les prétextes. La maison d'Autriche était alors chiirgée de ce grand nombre de couronnes qui fit craindre un moment aux autre> souverains de voir l'équilibre se rompre, et la monarchie universelle de cette couronne s'élever sur les ruines d^^ l'indépendance de l'Europe. Deux de nos plus vaillants rois, dans leurs guerres avec l'empire , avaient eu plus de part aux revers qu'à la victoire. La France était jalouse des égards marqués que la prudence coinmandait aux Pères du concile envers une puissance si prépondérante. Déjà on avait été ci.oqué de voir l'empci eiir seul nommé, e? ia mention accoutumée «lu roi très-chrétien omise dans la bulle de convocation. Jnles III, au moment de la reprise de ce concile interrompu, se déclarait allié de l'empereur, et faisait la guerre au roi de France , proiecieur du due de Parme; et Henri II protestait par la bouche du docte Amyol , son ambassadeur à Trente, ne pouvoir envoyer les prélats de son royaume à une assemblée où un souverain son ennemi présidait comme chef, et dans une ville si proche du pays où on lui faisait ia guerre. Enfin, sous la f;iible minorité de Chirles IX, i'ambassadeur d'Espagne osa disputer la préséance, au noire; et la cour de Rome, pnr sa condesc. ndanco pour celle prétention jusque là inouïe, s'attirait de la part des Français ce reproche amer, (jue le pontife do Rome, en contestant à un roi mineur des droits jusque là incontestables , se monirait bien plus l'oppresseur des pupilles que le père commun des fidèles. Ajoutez à cela que les Pères , las d'attendre nos prélats , avaient commencé leurs sessions avant leur arrivée»; et que nos ambassadeurs se plaignaient que dans les décrets sur la réforme, le con;'ile n'avait pas pour les demandes de la France tous les égards dus à un si grand roi el à une si grande église. Voilà bien assez de conlradiciions pour amasser comme un nuage emre le concile de Trente et le royaume de Fr;mce. Mais enfin les oppositions cessèrent , l'obscurité fit place à la lumière ; nos prélats, accueillis à leur arrivée avec les distinctions les plus marquées, prirent part aux délibérations; présents à la clôture, ils couvrirei't de leurs acclamaiioîis et revêtirent de leurs signatures tous les (îécrets formés en leur absence , sans distinction (le la foi et de la discipline. De retour dans leurs diocèses , ces mêmes prélats montrèrent pour la promulgation des décrets du concile , un zèle et une activité que n'eurent pas occasion de déployer les autres évêques, en des pays où l'Eglise ne renconira pas les mêmes obstacles de la part de l'autoiité civile. Une chose digne de remarque , c'est que dans celle lutte entre les magistrats et les évêques français , prolonsfée durant plus d'un siècle, on convenait de pan el d'autre que le concile de Tœnle était œcuménique, que sa doctrine était irréformable , que la discipline , à raison de son opposition avec nos libertés , était le seul point en litige. Or il entrait dans la résistance de nos rois plus de faiblesse (jue de mauvaise volonté, plus de crainte des réformés qued'inclinalion pour la réforme. On craignait les pmles lants, 011 ne voulait pas fournir le moindre préiexie ^ à leur révolte , mais on posait comme un principe ferme (lu'on ne pouvait sans hérésie contredire la foi du co-iOile de Trente. Ce fait a donc pour lui la notoriété publique , que le concile de Trente est reçu en Fiance quant à la doctrine. Néanmoins, puisquon nous somme d'en produire les preuves , je demande qu'on m'accorde ce principe, qui ne peut être me sans contester avec l'évidence, savoir : que le suffrage de l'église de France est suffisamment représente par