‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 226 sur 368 · DU RÉVÉREND PÈRE J. BINER, JÉSUITE · texte numérisé non relu

DU RÉVÉREND PÈRE J. BINER, JÉSUITE

si;» LA QUESTION DE SAVOIR SI LES PROTESTANTS PEUVENT JUSTIFIER LEUR REFDS DE COMPARAITRE AU CONCILE DE TRENTE, ET d'eN ADOPTER LES DÉCISIONS.

Les proieslants d'Allemagne av;uent couluine de 'faire appel à un concile général qu'ils étaient loin de désirer sincèrement : leur but, c'était de gagner du temps et d'enraciner leurs pernicieuses docirines. iLorsqu'en etrct ce concile, convoqué surtout à cause 'd'eux, et pour leur ôier tout prétexte de ne pas comiparaîire, fut assemblé malgré mille obstacles, les proieslanls firent défaut , méprisant les invitations réilérécs que leur adressèrent et le souverain pontife Ici le synode, les ordres formels de l'empereur, et les promesses qu'eux-mêmes avaient données à Charles- Quint, à la dièie d'Angsbourg, d'assisler nu concile Cl de se soumettre à ses décrets. Ils firent défaut , Jis-je : car si Maurice , qui devait à l'empereur son [luché de Saxe, si quelques auties princes envoyèrent 3es délégués, les faits ont par la suite révélé que leur intention n'était pas de s'éclairer, mais bien de jprotester, de réclamer, de masquer leurs préparatifs fie révolte. C'est donc une question de haute imporiiance, que celle de savoir s'ils avaient droit de se re- Liiser à comparaître devant le concile et de lui obéir.

Je déclare formellement et en toute vérité que rien CoKC. DE Trente. I.

ne peut justifier leur contumace ; car le concile de Trente était général, légiiime, et tout chrétien lui devait obéissance. Car enfin , que lui manquait-U ? Il avait éié annoncé dans tout le monde chrétien, il l'avait été par celui que lo droit et un usage constant avaient investi du pouvoir de convoquer les conciles, par le souverain pontife romain , qui, comme successeur de saint Pierre, a reçu de Jésus-Christ la mission de remplir auprès de son troupeau sur la terre l'office de pasteur suprême, avec le droit de lier et de délier, avec les clefs, emblème significatif de sa puissance. Jamais l'Eglise n*a autrement procédé, ainsi que nous l'avons démoniré en traitant cello question : Qui a le droit de convoquer les conciles généraux? Et si les novateurs attribuent ce droit à Teinperenr, prétention que nous avons réfutée^ on répondra que le concile de Trente a été convoqué et oontinué par la volonté souveraine des empereurs.

On y appela tous ceux qui doivent y assister avec droit de suffrage, c'est-à-dire tous les évéques du monde chrétien, eux que saint Paul avertit de veiller avec autorité sur le troupeau tout entier, eux que l

[SpÀze.)

HISTOIRE DU CONCILE DE f UENTE.

Saint-fcsprit a chargés, comme cliefs, de gouvcnkor f Êgïïsê^ (Test ce que nous avons décidé ei prouvé ailleurs, en irailDnlde la question : Qui doit être appelé, à faire partie d'un concile général ?

Que si les protestants prétendent îpïê Ton devait aussi les y convoquer, ils Pont élé surabondamment |)ar lani de lettres, tant de légats qui leur ont été envoyés avec des sauf-conduits qui mettaient leur lilidné soiis lai garantie de la bonne foi publique, et tîonl les termes avaient élé prescrits par eux-mêmes.

Quant au suffrage dérisoire qu'ils réclamaient pour leurs docteurs, de quel droit se ratlribuaient-il-s? Jamais ni curés, ni simples docteurs, n'en ont joui. Estce que cette objection n'eût pas été une arme pour les hérétiques condamnés dans les premiers conciles de TEglise ? Attaque- t-on pour cela la légiiimité de ces conciles? Le droit divin, la comtmfie , lés décrets

ver à cet égard la discussion dajn^ le coi^cile eoiivo que par Tempereur , avant que le pape Ini-mêuie ex eût donné Tordre. Au concile de Rome, sous Syna maque, lôus^ les évéques s'accordèrent à reconnaîtra que nui autre que le souverain pontife n'avait ledroii de convoquer l'assemblée, malgré l'accusation don il était l'objet. Enlin, les incriminations des prolestants étaient connues dans tout l'univers. Les cla meurs de leurs prédicanis, les libelles diff;ima!oireî les avalent assez répandues. Ce ne l'ut pas seulemen le souverain poniife, ce fut l'assemblée de l'Eglise universelle qui eut à prononcer sur ces imputations et cela dans la plus entière liberté.

Je dis en pleine liberté: car il est de toute fansseléd dire que le concile en ail élé privé. Qu'on lise l'hisioin du concile de Trenie écrite avec autant de bonne f« que d'érudition par Pallaviciiii, partout on trouvera de

de nos Pères, ont établi qu'un concile serait composé preiives dé l'indépendance avec laquelle les Pères d; d'évôques qui tous auraient droit de suffrage. Avait- l'assemblée exposè/ent leur opinion, discuièreni leur

on donc à célébrer un concile nouveau et sans exemple dans l'Eglise? Qu'est-ce donc que celte préteuiion, sinon ranéantiisenient de la forme de tous les conciles ?

Mais, disent les protestants, le concile ne pouvait être présidé par le pape, prévenu lui-mônie d'avoir corrompu l'Eglise : on ne peut en même temps s'asseoir sur le siège du juge et sur le banc de l'accusé. Arrêtons-nous un moment. C'est là ce qu'aurait pu dire Arius, en voyant, au concile de Nicéo, siJ^cr pnrnlî ses juges, Alexandre, cvêiiue d'Alexandrie, son antagoniste en matière de foi. C'est là ce qu'aurait pu dire Nesiorius contre le concile d'Ephèse, présidé par son adversaire déclaré, saint Cyrille. C'est là ce qu'auraient pu dire, par la même raison , Eulycbès et Dioscore, contre le concile de Chalcédoine, présidé par Léi^n 1" en la personne de ses légats, puisque toute la discussion se passait entre Léon I" et Dioscore. Est-ce que ce n'est pas là une objection dont pourraient s'emparer Contre les conciles tenus dans les siècles les plus reculés par les papes en personne ou par leurs légats, ions les hérétiques qui y furent condamnés, puisque tous accusèrent de corruption et l'Eglise et ses prélats? Conclura-t-on de là qu'il n'y a pas eu un seul concile légitime ? Faut-il pour cela ravir au souverain pontife des droits qu'il possède, dont les litres sont dans les saintes Ecritures, et que la couttime de tant de siècles a sanctioimés? H est faut d'aiîteuré de dire qu'il s'agissait de la cause privée du pnpe : c'if* lait l'intérêt général de la foi , de la religion, de TEglise, que l'on avait à discuter. Quant à la maxime qu'ils allèguent, que nul ne peut être joge et partie tout ensemble , elle n'est applicable qu'aux particuliers et non aux souverains; tnul qu'une déclaration spéciale et un jugement légal ne leur ont pas ravi leur puissance, ceux-ci ne cessent pas d'êirè juges par cela seul que l'on est en litige avec eux • de là vient que l'on en appelle quelquefois du souverain mal informe au même souverain mieux informé. Lorsque lixie III fut accusé d'un crime, personne n'osa souié-

seritimenls et donnèrent leurs suffrages , sans aiicui égard pour la cour de Wurne^ ni pour les prérogatâ ves des souverains pontifes. Paul HI permit au cou cile de réformer les tribunaux et la cour niê ne d< Rome, et d'ordonner tout ce qu'ils jugeraient êin dans l'intérêi général de l'Eglise. Il n'y eut certc! pas un seul dogme, pas un seul règlement discipli naire établi en faveur des souverains pontifes. Ei veut-on un exemple? Les neuf dixièmes des PèreiB s'accordaient à reconnaître la supériorité du pape su; le concile; mais sur les réclamations de quebjue Français, soutenus par un petit nombre de leurs p.ar tisnns, le souverain pontife n'insista pas pour l'air confirmer cette décision. La ville même où se tint 1 concile dépendait de remperenr ei nondu pape, c les orateurs de toiitcs les Fiaiions orthodoxes fireii admis à faire entendre toutes Is propositions et Ici objeclions qu'ils jugèrent convenables.

Cette liberté même él cette affluence d'envoyés d tant de nations diverses firent naître des contesisf fions assez fréquentes ; d'accord sur les dogmes de K foi, on ne l'était pas sur les droits de préséance, se les litres, sur les réformes disciplinaires elles-mêmeai dans les(|nelles les princes croyaient voir une atteiiA portée à leurs droits et à leurs prérogatives. Exige qu'une si nombreuse assemblée, convoquée de ton. les points de la terre, ne donnât Texemple d'aucun» dissidence, c'est sortir de ce monde, ei vouloir assis ter à un conèile tenu par des anges. Si quebju'iu s'appuie sur ces discordes passagères , fruit de !; pleine liberté que l'on avait de tout dire, de tout pri poser, et déprécie le concile pour ce moiif, il fai. aussi qu'il rejette les premiers conciles œcuménique: de l'Eglise ; car tout homme un peu érudil sait que k concile de Trente ne fui pas témoin de la sixième partie des violentes discordes qui troublèrent ceux d'Ephèse et de Chalcédoine : ces discussions mêmes sont uh argument en faveur de la liberté dont on jouissait dans ce synod'c.

Sfais disent les protestants, on ne devait basiir kt

Page 1