‹ Histoire du concile de TrenteChapitre 228 sur 368 · R. P. J. BINER · texte numérisé non relu

R. P. J. BINER

l'erreur, car la discussion sur lés obligations légales, soulevée à Aniiôche , ne fut fixée par eux qu*au concile de Jérusalem.

Et d^ailleurs, Trente, celte viflè É\ éorhittér^Jàiité, rendez-vous dé tant de péiipïéâ , est une ville d'Allemagne, soumise aux fois allemandes , faisant partie du TTyrol, province àllertiande. Aurait-on Jonc voulu que le concile fût convoqué à Wurtemberg , sous l'a pfésidence dé Luther? C'eût étô^ absolument comnne s\ les ariens avaient exigé que lé synbde s'assemblât à Alexandrie, en prenant pour présidénl Arius luiniême. Saint Cyprién veut que lés procès entre particuliers se teriTiirténl où ils ont éoimméncé, mais îl ne confond point avec eux lés discussions publiques où la foi et rEglisé entière sont intéressées.

L'on accuserait en vain le concile d'avoir élé composé d'ignorants el de n'avoir fait qu'effleurer la discussion, sans peséi* mûrement le pour el le contre. Ces hommes, c'était Péliie des nations orthodoxes, des hommes fameux dans le monde entier par leur science, leur érudition, leur sagesse, leur sagacité. - Les raisons pour et contre furent examinées et pesées avec le plus grand soin et l'attention la plus scrupuleuse. Ce fut au point que pour ajouter, ôier, mettre un mol l'un pour l'autre ou le changer , il fallut souvent de longues délibérations. En vain encore dirait-on qtie les décisions n'étaient pas conformes à la parole de Dieu : c'est une assertion gratuite et sans aucun fondement. Quels sont donc les points en opposition à la parole de Dieu? Est-ce que to/us les hérérniues précédemment condamnés ne poarraient pas élever la même prétention, ou plutôt formuler la même absurdité? Nu! dogme n'y fut fixé, sans avoir élé révélé par la parole dé Dieu, sans l'assistance du Saint-Esprit, qui , fidèle aux promesses qu'il a faites dans l'Evangile à son Eglise, lui prodigueses inspirations el lui enseigne toute vérité.Les protestants, trois fois invités, notamment dans les sessions treizième, quinzième et dix-huitième, à se rendre enfin auconcilc, ayant pour garantie la foi publique, auraient dû venir alléguer les témoignages des saintes Ecritures, si elles en contiennent en leur faveur. Pourquoi s'enfuirent-ils devant le jour? pourquoi les délégués arrivés à Trente avant la guerre d'Afrique ne produisirent-ils pas ces textes de l'Ecriture sainte? pourquoi s'en tinrent-ils à des reproches et à des réciama'lions? Non, non, ce n'est pas la ce qui révèle une âme avide de la vérité , c'est le propre d'un esprit qui la redoute, d'un esprit lurbuleni, obstiné dans seè funestes préventions.

On nous dira peul-êire que le concife de Trente n'a pas même élé reçu dans tous les royaumes ni darà toutes les provinces catholiques , comme en France, en Suisse, etc., et qu'ainsi on ne peut reprocher i\ni calvinistes ni aux luthériens de n'avoir rien de commun avec lui. Je réponds que, pour tout ce ^i concerne la docirine el les dogmes de foi, le éôncîle d(# '» rente a élé reçu par lou^ le» catholique» de l'uni^'

vers, et c*esl précisément le point où il est en désaccord avec les protestants. Puis, même pour ce qui concernait les nouveaux statuts disciplinaires, il fut admis dans la plupart des pays catholiques. Si le législateur Texigeait absolument , il faudrait bien que tout le monde l'admît et Tobservât, à moins de circonstances graves et exceptionnelles; car les sujets n'ont pas le droit de se soustraire ou de se soumettre à la loi selon qu'il leur plaît ou non de le faire. Mais notre bonne mère , la sainte Eglise , juge quelquefois utile d'avoir égard à la faiblesse de ses enfants , de peur que le remède ne devienne un poison , par suite de la faiblesse de l'estomac de celui qui le prend et qui ne peut digérer une nourriture plus substantielle.

La France envoya successivement au concile, avec le cardinal de Lorraine et les orateurs du roi, vingtsix prélats, et tous ceux qui assistèrent à la clôture du concile le contre-signèrenl. Jamais un catholique français n'a élevé le moindre doute sur luie solution dogmatique du concile de Trente. Mais quand il fut question d'en faire recevoir les nouvelles dispositions disciplinaires, pour les rendre universellement obligatoires, Caihcrifie de Médicis , mère et tutrice de Charles IX, ne voulut pas s'y prêter, soii qu'elle redoutât les hugnenots, ou ne voulût pas les irriter, soit à cause de la prohibition portée dans le concile, de livrer en commendes les sacerdoces des réguliers, abus dont le roi profilait pour s'attacher des personnages imporianls, dont il avait besoin pour faire face aux huguenots ; ce l'ut à cause de celle décision que le chancelier de rilôpiial osa bien dire au nonce du pape que le cardinal de Lorraine voulait faire jeûner les autres, après s'être bien bourré le ventre. Du Ferrier, envoyé de la France auprès du concile, se plaignait nussi qu'on eût décrété dans la vingt-quairièuîe session que les causes des évêques seraient portées à Rouie , décision contraire , selon lui, aux j)rérog.aives de la France, de retenir toutes les causes daus le royaume. Il n'en est pas moins certain que le concile jouissait en France d'une grande vénération. A cet effet, on peut surtout consulier Slorza Pallavicini, sans contredit le premier des écrivains de y Histoire du concile de Trcnle. Au liv. XXIY, chap. iO, n. io, il dit :

i C'est \m point indubitable pour moi que tout c l'univers catholique, que la France surtout a conçu « la plus grande estime pour le concile de Trente. Les c décreis qui lenaienl à la doctrine furent regardes c comme saints et inviolables par tous les catholic ques ; ensuite, bien qu'il s'élevât quelques difficulc lés relativement à des points disciplinaires, parce « que des membres du conseil et du parlement les « trouvaient incompatibles avec les privilèges du roi « et les libertés de rE{;lise gallicane , néanmoins» les « évêques s'y conformèrent de tout leur pouvoir dans < les synodes provinciaux qu'ils convoquèrent, et par f celte iniitaiion du grand concile , l'Eglise gallicane « se trouva heureusement réformée. Longtemps après A h concile icrnrmé, Hcnri-le-Grand, roi do France,

< s'engagea par serment envers Clément VIII à faire « tous ses efforts pont introduire ce concile dans ses « Etats. Ce grand prince, alors vainqueur de la Lic gue, n'eût certainement pas pris un pareil engage*

< ment, s'il avait vu dans les dispositions du concile f de l'injustice ou du danger. > Plus loin il dit que le cardinal d'Ossat, ministre de Henri IV , écrivait au roi que le concile de Trente n'avait pour adversaires en France que deux espèces de gens: ceux qui, persévérant dans l'hérésie , repoussaient tous les conci« les, et ceux qui ne pouvaient souffrir qu'on leur fermât l'accès à des charges sacerdotales incompatibles de leur nature avec les abus proscrits par le concile ; qu'au reste, il n'y voyait rien de contraire à l'autorité royale ; qu'en bien des points il était favorable à l'Eglise gallicane ; qu'il ne lui était défavorable en aucun; « à moins, disail-il , que la simonie, la corrup- « tion, les vices de tout genre, ne rentrent dans le

< domaine des privilèges de l'Eglise gallicane. > Le cardinal du Perron, Richelieu, étaient du même sentiment, et pressaient dans les parlements l'accepta lion du concile de Trente.

Mais admettons encore que des décrets disciplniaïres du concile aient paru trop sévères à des esprits faibles ; quel parti en tireront les prolestants , sinon de se fermer la bouche à eux-mêmes et de perdre le texte de leurs plaintes réitérées au sujet du relâche ment de la discipline et de la corruption qui eo éiail la suite? Ce n'est pas qu'ils soient pour eux-mêuies grands partisans d'une discipline rigoureuse; mais uniquement pour avoir un reproche à adresser aux Ca tholi(iues. Du reste, nous le répétons , il n'y eut pasj dans tout l'univers un seul catholique 'qui ne reçût avec la plus profonde vénération la doctrine dogmatique consacrée par le concile de Trente. Pourquoi les dissidents ne suivirent-ils pas la même voie? commeni pourraient-ils justifier cette rébellion ?

Ils ne peuvent alléguer que le concile se soit gardé de traiter les matières qu'il importait de discuter, ou celles qui avaient été discutées avec eux. Car, suivant en cela les anciennes coutumes, les membres du concile commencèrent par doimer une profession de foi dans laquelle ils prirent pour base et pour fondement de leurs acles à venir les saintes Ecritures. A l'exemple de l'antiquité la plus reculée, ils énuméré rent l'un après l'autre les livres de l'Ancien Testa ment et ceux du Nouveau : pour couper court menu aux disputes de mois, à cause des variantes, on ap prouva la traduction du grec et de l'hébreu depui' longtemps et partout en usage. Puis on passa au pé ché originel et aux ndsères de notre nature corrom pue, on établit sur ce point l'orthodoxie. Pour tout C( qui avait rapport à la nature, aux causes, aux effeli de la justification, on mit en relief la doctrine divi- • ne, à la confusion des hérésiarques anciens et mo* der/ies.

Puis on traita des sacrements en général et de chacun en particulier, les classant avec xOrdre, les dilTérencianl , selon les traditions chrétiennes et les in-

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