CHAPITRE ni
Si Soave peut, avec quelque apparence de raison, du moins aux yeux des hérétiques^ se disculper du reproche d'avoir été un homme sans conscience.
1. On me répondra peut-être qu'il pensait que l'homme peut faire son salut dans toute secte chrétienne où l'on admet les articles tondamentaux, de la même manière qu'on peut se sauver en embrassant la doctrine ou de Scot, ou de saint Thomas. Or c'était là précisément l'opinion que s'efforçait de pro° pager son ami l'archevêque de Spalatro , dont nous parlions ci-dessus. Celui-ci en effet, après son retour spontané à l'Eglise romaine (1), et après la feinte abjuration au
(l) Après la mort de Paul V on élul pour souverain poniile de TEglise romaine Grégoire XV. Celte nouvelle fui à peine parvenue en Angleterre que Taposlnt de Dominis reprit confiance. Ihe persuada que le nouveau pape l'accueillerait avec une bonté toute paternelle, s'il allait se jeter à ses pieds en lui faisant l'aven d'une faute si énorme. Sa confiance fut encore relevée par les conseils de l'ambassadeur exiraordinaire du roi catholique 5 la cour de la Grande-Bretagne. Celait le comte de <iondomar qui, plein de ce zèle pour la foi catholique, auquel on reconnaît tous ceux de sa nation, entreprit de traiter par lettres de celte affaire avec le pape; et il en reçut pour réponse le bref bienveillant que je transcris ici : c'est peutêtre pour la piemière lois qu'il est extrait desarcliives d.u Vatican, c A noire cher fils^ l'illustre Didace de Sermienlo^
comte de Gondomar, ambassadeur du roi catholigu^
dans la Grande Bretagne.
« Grégoire P. P. XV :
« A notre cher fds, l'illustre..., otc, salut. Les dernières lettres de voire Excellence nous ont fait comprendre ce que nous avait déjà dit le frère Thomas Priestonio, moine anglais du montCassin, et ce que nous avait annoncé dans le même temps, de votre part, notre bien-aimé fils le cardinal Miilinus, c'esià-dire (jue Marc-Antoine de Dominis, autrefois arclievê ]ue de Spalatro, pensait à l'Italie, et éiait résolu de demander à venir à Naples. Nous qtii, malgré nure indigiiité, tenons la place de ce Dieu qui a cru Vî\\Y\c niêine d'uu seul homme digne d'être rachetée p tr l'elfusion abondante de son sang précieux et par les s;iuiïVanc(is de son ti ès-saint corps, nous sounnes au comble de la joie d'apprendre que cet homme, rompant les liens infernaux (jui le letenaient, s'arrache aux goîiffres de la mort etern<lle, et qu'après s'éire montîé l'ennemi acharné du siège apostolique, cosuluii par le Vèrc, des miséricord'^s, il revient enfin à l'obéissance. Nous désirons vivemeni , vous n'en j)ouvez douter, que ce projet, qui intéresse le salut des âmes et la dignité de la religion catholique, soit mis le plus [)rompiement possible à exécution.. Alais, connue vous achèverez facilement une affaire qui a commencé sons les aus|)ices de votre Excellence, n(!us vous exhortons, en vertu de notre sollicitude pastorale, à vous apjjliijuer à cette affaire de tout votre cœur; ce b(m office ajoutera encore à la vivo affection que nous vous portons, comme v(>us rapprendrez plus en détail par les lettres du même c irdinal Alilliuns. Ku attendant, je vous félicite de votre piélé; au sein n»éme dos eimcniis du nom c;Uliolique, vous vous employez tout entier à pr()pag<»^r dans les cœuis le règne de l'aulorité apostolique, et nous donnons de rechef notre bénédiction à voire Excellence. Doimé à Uome, à Sainte-Marie-.Majeure, sons le sceau du |ièe'ieur, le 21 août 1021, première année de notri; pontificat. >
Ce bref nfii, de Dominis pensa sur-le-champ à son retour, nuus, craiguani d'encourir la disgrâce do
moyen de laquelle il oblinl îe pardon de ses erreurs passées (1), fut contraint d'avouer qu'il était dans cette opinion et qu'il tramait une ligue avec les hérétiques anglais dans le but d'assurer à chacun celte liberté de croyance (2), et il fut après sa mort condamné
INiKODl'CTlON. K<0
il mourut de mort naturelle dans sa prison (1), où il donna des marques évidentes
dé pénitence (2). Or, en admettant celle supposition , voici ce qu'on pourrait dire :
ejus cadaver ((îe l'église des Douze-A poires où on
à être brûlé (3); car, avant d'avoir été jugé, l'avait déposé) ad aciem campi Fli,rœ ibique educio
de capsn ejus capile el oUenso , fïamnns tradilits est
Jacques, roi d'Angleterre , il lui écrivit pour lui demander la permission dV.iier à Rome, sous le prétexte de procurer,» queliiue prix que ce lïif, la réunion de l'Eglise romaine à l'Eglise anglicane. Le roi ordonna à Joseph Hall, protestant qui était alors en grande répuialion à Londres, d'écrire fortement à de i)nminis pour le détourner de ce voyage ; mais l'a- 30Plat ne revint pas sur la résolution qu'il avait )rise, et nitlLjnt t(»ujours en avant ses rêves de réiiiion,'il finit par obtenir ce qn'il désirait, la perniislion de parirr pour Rome, «ù il arriva en 1622, et )on comme l'a écrit du Pin, en 1625.
(1) Celte abjuration porte la daie du 24 ïiovembre le la même année 1622; mais, ainsi que l'assure un émoii» oculaire, Janus Nicius Erytbricus, dans la coisième Pinacollieca, où il parle de Jean Barclay, elle i*eul lieu qu'au commencement de Tannée snivanie, îpoqne à laquelle, comme il le dit, rarchevêque de îpalalro distribua de sa propre main sa réira< talion ux cardinaux à la porte de la chapelle pontificale au iioment où ils sortaient de l'ofiice. L'édition romaine de celle rélraciaiion est très-rare; elle n'a m cessé de l'être, quoique Jean-Frédéric Mayer l'ail .éiujpriftiée en 1606, conjointement avec l'ouvrage iiéréiique de ce lïall, Rome irréconcHiable, traduit tar lui en latin sur l'original anglais de 1612.
(î) Tout ceci se lire des actes de la procédure édigés au château Saint- Ange par ordre de la sucrée ongrégaiion du saint office; ils sont rapportés en i.tande partie dans une lellre qu'on conserve manncrile daus la riche bibliollèque des Barberini; elle ^Ide Marc-Ânloine Cappella, mineur conventuel, à M religieux de ses amis, qu'il informe de la cause do larc-Anioine de Domiuis, autrefois archevêfjue de Ipalalro, condamné par la sacrée congrégation de la ! ouveraine inquisition, comme hérétique relaps, t Ce iésir que j'ai, avouail-il dans son interrogatoire, je 'ai publié dès le premier manifeste que je fis lorsque lî me rendis en Angleterre. Et j'en ai parlé bien des i:.)i8 avec une courageuse franchise aux prinopaux i nnistres anglais, et ce qui me détermina à faire mot) [ oyage en Angleterre, ce fut surtout l'envie de voir l' i celle union était possible et d'en traiter, el je di- !iis expressément qu'il fallait s'accorder avec chai:é sur les choses qui éuienl essentiellement de foi, t laisser pour les autres choses qui étaient indilféentes et non cssenlielles à chacun, la liberté d'aboner dans son sens. Et c'est là précisément ce que je eus comme le scntimeni le plus propre à faire hoorerDieu et triompher l'Eglise. Quant au schisme, onr y remédier, il faudrait faire comprendre à ceux ui se sont séparés d'avec nous, qu'ils n'ont pas eu aison de le farrc, puis(iue les articles controversés nlre eux el l'Eglise romaine ne sont pas [ondumenl^ux, et que l'union de l'Eglise cousisie daus la onformité de croyance touchant les articles fondamentaux. > (3) VAleona, maîire de cérémonies, parle ainsi dans on journal de cette abjuration. MD(>XXIV. Sabbaio 'câl decembris in die f'esio sancli Tliomœ aposloli, mane itie prandium in ecclesia B. Muriœ supra Minervam 'dt facla abjuralio pnblica luereliconm, el prœserlim Muratus relnpsus arcliiepiscopus spalaleiisis jain loriuus.On lit de plus dans le^ manuscrits du sacré 'Ollég-e : Ineccle&ia Minervœ, perleclo proci'ssu M . An- '^nius de Dominis anlea archiep. spnlnlemis, qui die f sepiembris in arce S. Angelicarcere maucipalus ubie- «^ ad cQmbuslionem condeninalus, iranslaluni (ait
ejns cwn omnibus ejus libris. Voyez la noie 6. Qui ne s'éloiniern après cela d'entendre Vliribeo qui se trouvait à Rome, rappnrler ce fait au jubilé de 1625, aux lêl(!S de la Pentecôte.
(i) M. de Bure cl l'auteur du DicHonnaire h'Htonque, lilléraire el critique le Font iw urir enipcisoniié par Ses amis, qui craignirent que s'il venait à éire condamné à mort par le saint office, comme il le méritait, ce jugement ne devînt déslioiioraîii pour lui et pour sa noble famille. Mais c'e>t une erreur; la note suivante va nou>< en cotjvaincre.
(2) C'est l'opinion q'i'o.n en eut à Rome, comme on le voit dans les éphémérides de ce temps-là dont les manuscrits se conservent au Vatican. Quanta Ces renseignements cl à ceux qu'on cite daij.s les noies précédentes, je suis bien aise d'apprendre aux lecteurs qu'ils en sont redevables à l'obligeance démon savant ami, l'abbé Gaétan Marini, ({ui s'est empressé, selon son ordinaire, de m'aider dans ces rocîiierches,
A la date du 14 septembre, qui était un samedi , il y est dit : Monseigneur de Dominis ancien archevê(jue deSpalairo, la nuit du dimanche (c'ost-à-dire le 9 de ce mois), est iiassé à une antre vie, après quel jues jours d'une lièvre maligne, dans ce château Saint-Ange, où il était prisonnier pour atîaires concernant le saint office. Il avait reçu aupi^ravant avec piété les sacrements de l'Eglise, ainsi que la bénédiction qui lui avait été envoyée par N. S. P., el son cadavre fut ensuite porté de nuit et sans aucune cérémonie à l'église des Saints- Apôtres. Ou répèle la même chose dans les éphémérides du 28 décembre, où on d 'noe connue un extrait de l'affaire d(; Dominis : « Rome 28 décembre 1624-, dans l'église de Minerve, a été donné sontmaireujent lecture, samedi malin (o'esi-à-dire 2i du mènic mois de décembre), en présence du sacié ollége, de bcaucou]) de prélats, de tous les officiers du e-aini office et il'tni grand concours de peuple, du procès de feu M. A. de Dominis, ancien arche\êque de Spalatro. Sous le p:uitifi(îat de Paul Y, il alla e-n Angleterre, où il écrivii sur diiiérents sujets d'héiésie contre la foi c;<t'holi(jiie; mais ayant ensuite reconnu ses graves erreurs il envoya demander pardon à Grégoire XV, (jui le lui aceoida, en lui enjoiyn ml d'avoir à venir à Rome, connue il le fit en elle!, el d'écrire de nouveau pour comballrc les opijuons l»éréii(iuos qu'il avait sontenoes : poui- lui en doni;er la IV.cililé, ce pontife lui assigna un bi^n revenu on aigeni, avec une j)artje du palais pour logement, des-domesli(jues el tomes sorte» d'autres conunodités. (Tons ces avantages lui fureiit conllrniés par le successeur de Grégoire XV, Urbain Mil, et on les lui laissa même dans le cliâteau. Aussi avait-il pu avec ,véiité écrii'e de cette piisoii où on le l'clenail à un de ses amis qui habilaii l'Espagne, (iu'il ne lui manquait que la liberté). Mais, comuic on vint à s'apercevoir })ar i i sriiia qu'd était lelombé dans son système pervers, il fut , Siir l'ordre de Sa Sainteté et a la diMuaudc du saint office, constitué prisonnier et conduit dans le château de Saint- Ange. LecaidinalScaglia,avecn)'insii uF l'assesseur el le père commissaire de ce inbunal, rinlerrogeail pour instruire son procès , tpiand il loinba malade el mourut d'une fièvre maligne , cb peu de jonr.s, dans sa soixante-dixième année accomplie , connm: il a éié rapporté, nprè. avoir nijulié du repe.tir et avî ir é é en con.-équence n.uui des sacrements; et son cadavre fnl dép-aé dans réjilijedes Saiiits- Apôtres. Mais depuis l'iasirucliou
MISTOIUE DU CONCILE DE Tl\ENïE.
q ninnt à ce aui se passa dans le concile, mort de l'oncle, quoique le neveu fut très^
Sotve ne nous dit pas en détail d'où il a tiré jeune, il lui accorda eveche de Mantoue
ts renseignements, ou il ne le fait que de Olivo ne se retira point du concile a la mort
i!f,. pn loin et à l'occasion de quelque cvé- du cardinal, mais il y demeura comme se-
noment particulier. Une seule fois cependant, crétaire des légats, avec une pension de qua^
n rnnnorte que Camille Olivo, qui était se- rante ecus par mois, qui lui fut allouée par
Sre du cardinal de Mantoue, le premier eux et qui lui fut continuée par le souveraiij
SpVuw.ts eut plus tard des démêlés avec pontife jusqu'à la fin du concik. Ajoutez a
l'inaufsitîon qui voulut le punir de ce qui cela qu'on se reposa toujours sur lui de 1^
Uaicéé fait par lui ou son patron au temps distribution des aumônes secrètes aux eve-
drcoiWle'^ A^^^ qu'il avait eu occasion quos nécessiteux, sans qu'il fut oblige de
de s'entretenir avec lui et qu'il ne l'avait pas produire des reçus. Les légats ne manque*
Il est dit encore que Soave recueillit auprès de lui les premiers documents et les renscienemonts les plus positifs touchant les fails relatifs au concile. Admettons tout cela pour vrai: chacun peut juger, s'il pouvait pjirler sans passion de cette assemblée, celui qui, à son occasion, avait été si profonde-
lui avait rent jamais de le louer et de le recommander
siZlu^rtfie 7e ^Am^ïmprimée à Leyde, dans leurs lettres au cardinal Borromée,
« Ï5 Or dans la Vie de Soave il est dit neveu du pape, et celui-c, dans ses réponses,
Su'au temps de sa jeunesse il se lia d'amitié témoigna pour lui la plus haue estime. U
avec o3e Mantoue; qu'avant cette époque sont là toutes choses dont 1 Histoire présente
celulcilvai été longtemps retenu prison- fournira en temps et lieu les preuves les
nier parle Fihunal dl l'inquisition, pour le plus manifestes et les plus authentiques,
mo if aue nous venons de faire connaître; 4. En attendant, j'en donnerai ici deux
r' Taît enfin Obtenu sa liberté, mais sans échantillons : le premier tire d'une réponse
qu 11 ayaii e»}"» "" ^^^^^ /. ^ Viorne, du card mal Borromée aux légats , peu de
pouvoir jamais rentrei en grâce avec nome. ^^^^^^^ ^^^^^^ ^^ ^^^^^^ ^^ cardinal de Mantoue;-
l'autre d'une semblable réponse à la fin du concile. Dans la première réponse (24 avrif 1563), on lit ce passage : « Notre saint-père voit avec satisfaction rengagement par lequel vous avez assuré à M. Camille Oliv® une pension pour son entretien, ainsi que les espérances que vous lui avez donnéesï car Sa Sainteté a réellement intention de lel récompenser de ses travaux, quand l'occasion s'en présentera. » Dans la seconde rér ponse (18 novembre 1563 ) il est dit : a Le pape sait très-bien qu Olivo mérite une ré compense pour les peines qu'il se donne, soi dans la distribution d'argent, soit dans s" autres fonctions. » Il n'est personne qui i voie évidemment combien il serait avanta geux à ma cause de supposer véritable ce qu est raconté dans la Vie de Soave, et ce qui lui-même nous fait connaître dans rendrot de son Histoire déjà cité, savoir, qu'il et lié d'amitié avec Olivo, et qu'il a recueilli auprès de lui les principaux renseignemen sur les faits; car dans cette supposition avant l'époque de ses liaisons avec Soave, Olivo avait été longtemps retenu prisonnier r l'inquisition, et s'il avait été mis en li-
ment bles<=é dans sa fortuné et dans son honneur. Notre cœur se trouble toutes les fois que nous entendons nommer des lieux ou que nous voyons des objets qui nous rappellent quelque grand désastre. Nous les haïssons, comme des ennemis, quoiqu'ils ne soient pas susceptibles d'inimitié,^^puis(iuc ce sont des êtres dépourvus de sentiment. Combien plus cela est-il vrai des personnes et des assemblées qui ont été cause de nos disgrâces? Mais comme je ne veux charger personne sans preuve, je me crois oblige de déclarer que je soupçonnerais Olivod avoir été non pas calomniateur, mais calomnie. (Liv Vr p. 502. Edition de Londres, imprimée en 1619.) En effet, que prétend Solive? qu'Olivo encourut la haine du papn, a cause des espérances, non suivies d'effet, qu'il avait données à ce pontife au nom du cardinal par qui il avait été envoyé a Rome ; et qnes'étant retiré du concile à la mort de sou maître, il subit une longue captivité dans les cachots de l'inquisition, sous divers prétextes. Or je trouve que toute cette narration est évidemment mensongère. Ce ne fut pas Olivo qui fut envoyé à Rome, dans la circonstance dont parle Soave, mais bien Frédéric Pendasio. Et dans cette occasion le pape fut si satisfait de la conduite du cardinal, qu'il le contraignit, par devoir d'obéissance, de ne pas se démettre de la présidence du concile, comme il le désirait. En outre quelques mois après, du vivant de ce môme cardinal, et à sa considération, il donna a pourpre à un de ses neveux, et, après la
i être aussi s(îiail-il venu la déguiser avec un suri cit>itdo motleslie, el à l'aide d'auU'es labiés; ou « bien le silence é.anl chose plus lacibv aiuaU-il pris I le pitviide se (aire. »
pa .
berté, c'était sans recouvrer les bonnes gra ces des papes, dont il croyait cependant avoir bien mérité par les longs services qu'il avait rendus pendant le concile. Dès lors rhistoire de Soave ne'serait que comme la copie d'ur original suspect, soit quant a sa doctrine soit quant aux intentions de l'auteur; et sous aucun rapport, elle ne mériterait notn confiance. Quanta la doctrine, je n'ai pas vi la procédure de Mantoue; mais dans lej dossiers du saint-office de Rome je trouy* que deux témoins signalèrent Camille Olivo (1), l'un comme ayant des intelligence; avec les hérétiques qui étaient à Mantoue
(1) Anloine Cerrulo, chanoine de Mantoue, Jisci pie de Yetgerio, dans son interrogatoire sMibi à Man loue, au nu)is de septembre 1567; cl Jeau-Baptisi ï\j>sa,égalcni(MU héréiique formel, dans son inlent^g;' luito suiu en aviti 5572,
INTRODUCTION. 518
présentée par lui au sénat ; relation qui a éié et qui est entre les mains de tout le monde. 11 y est (lit que du Ferrier était soupçonné d'être lui-même calviniste, et que, pendant qu'il assistalit à la -messe, il lisait Lucien, c'est-à-dire un professeur d'athéisme (1). Mais en outre, comme nous le ferons voir dans notre Histoire, il espéra pouvoir faire marchandise de la religi^on , et par là réaliser de grands profils. l»ans celte vue il voulut nouer des intrigues secrètes avec le pape, par l'intermédiaire de Bastien Guallieri , évoque de Viterbe, qui avait été nonce en France. Il proposait d'interrompre le concile et en même temps l'œuvre de la réforme, qu'il croyait odieuse à Rome. Ensuite on aurait tenu pour les affaires de France une assemblée d'ecclésiastiques sous la direction du souverain pontife. Il espérait se trouver à celte assemblée au nom du roi tte
l'autre comme hérétique lui-même. Par là on voit qu'il ne fut pas poursuivi sans cause, et que ses écrils ne faisaient pas autorité en ces sortes de matières. Néanmoins, comme je l'ai déjà dit, il me semble probable que la prétendue amitié de Soave avec Olivo e>t un mensonge de notre historien pour se donner quelque crédit à l'ombre de ses liaisons avec les personnes bien informées; car il ne me paraît pas possible qu'après les rapports si intimes qui avaient existé entre eux, et après beaucoup d'entretiens familiers sur les faits relatifs au concile, Soave ayant à parler des affaires d'Olivo liées avec celles du concile même, accumulât des erreurs aussi graves et aussi manifestes que les erreurs constatées ci-dessus (1). C'est ainsi qu'un intrépide parleur, jaloux de captiver l'attention de la compagnie dont il piquait la curiosité par la
description de divers pays, imagina d'ajou- . ^ „..v..«w.v... «^ »w.„ uu lui tio
ter aux autres beautés de la place Saint-Marc France, et il promettait beaucoup dans les a Venise une superbe fontaine dont les eaux intérêts du pape ; comme aussi il s'attendait jawlissaient précisément au milieu de cette à recevoir beaucoup de lui, affectant de paplace; et par là il donna évidemment à com- raître intimement convaincu de l'autorilé non ' prendre que jamais il n'avait vu cette ville, tificale, même dans les points contestés oar
5. Ceux qui voudront excuserSoavecomme '- '^- «^ ,. ^. . . ^ .. . 1
un historien plutôt trop facile à croire qu'à inventer le mal, pourront plus aisément supposer véritable ce qui est dit également dans sa Vieau sujet d'une autre source impure où iiest allé puiser. Ilyest rapporté qu'avant d'être admis dans les secrets de sa patrie, ce Huï s'opposa plus tard à ce qu'il le fût dans lés secrets des ministres de tout autre gouvernement, il avait eu des liaisons intimes avec les ambassadeurs de France et « partii culièrement avec du Ferrier, qui s'était trouvé au concile de Trente, et qui possédait sur ce concile nombre de mémoires et de lettres, en quoi se trouve le fondement le plus sûr ' et le plus réel de l'histoire. » Or il faut sa- I voir que du Ferrier était l'un des trois ora- I leurs envoyés à Trente par le roi Charles IX, j encore enfant, lorsque le conseil du roi était : en grande partie gouverné par des hommes I imbus des nouvelles erreurs du calvinisme. Cet 'homme se fit si bien connaître dans le con^ icile, que, sans parler de Pierre Gonzalve de iMendoza , évêque de Salamanque, qui en a flit quelque chose dans ses Actes (2), sans iparierdeMuzioCallino, archevêque de Zara, jqoi s'en explique dans ses lettres (3) écrites do Trente au cardinal Louis Cornaro, nous pouvons citer en témoignage Nicolas da Ponte, ambassadeur vénitien au concile, et deipuis doge, lequel a laissé par écrit ja relation complète de cette mémorable assemblée,
I (1) Ce qui a éié dil du voyage à fiome, non d'Olivo, mm (le Pendijsio, dans la circonslance dont parlait poave se irouve rappor(é au Ion£; dans les leliresde I archevêque de Zara,7 el 11 mai 1562. Nous en parlerons plus lard.
(2) A l'endroii où il rapporte la dernière prolestauon^faile par du Ferrier dans le concile. 1 (5) A la date du U mai 1562. On y irouve écrits 'e la propre main de Caliino des passages où sont ^apj)OrLéps diverses action» publiques de du Ferrier -i (le Fabri qui motivaient assez les soupçons eievgs •<ir leur croyance,
la Sorbonne. Il fit tant que Gualtieri, et en partie le pape lui-même, crurent à ses promesses ; mais il n'en fut pas de même des légats. Ensuite comme il vit que le pape ne voulait pas s'attirer mal à propos l'opposition des ministres français, mais qu'il voulait que l'on procédât* conséquemrrient , et avec l'édification et la réforme de l'Eglise , il commença dès lors à s'apercevoir que le prix de ses efforts avait baissé, et après le départ de Gualtieri, avec lequel il avait traité, sa cupidité se changea en rage. Ainsi il songea
(1) Pallavîcini n'avait pî« eu occasion de connaître d'autres particularités touchant du Ferrier, et l.i ()rofession qu'il faisait du calvinisme. Car il aurait pu démenlrer plus victorieusement qu'il ne l'a fait, que Soave ayant emprunté à du Ferrier la plus grande partie de ses renseignements, n'avait puise qu'à une; soiM'ce corrompue et pestilentielle. Le Père Buoiiafode {M. J., p. IG^i et suiv.) a depuis mis au jonr ces particularités en ces ternies r « Philippe du* Plessis Morc nay, dit l'auieur de la Vie de ce soi-disant arand homme, lequel par l'autorité de son nom cl par ses écrils, aussi bien que par son activité, mérita d'êirc surnommé le pape des huguenots, partant pour la guerre, rencontra sur son chemin du Ferner qui revenait de sa légation de Venise, où ris seiaienl connus d'une manière intime, en 15"0. Après les premières civiliiés, du Ferrier étant venu à <lire qu'il if)uchaii à sa soixanie-et dixième année du Plessisen prit occasion dc^dire : «Il n'est donc' pas temps de mettre ordre à sa conscienc!? de penser aux bonnes résolutions que vous prîtes aulrelois en ma présence à Vemse? et de réaliser ce orcjet tant de lois exprimé de vive voix et par lettres , ce projet de faire ouvertement prolession de la -'ériié depuis si longtemps connue, el depuis si longtemps ç.4Cliée? > Là dessus il le pressa si vivement qu'il lui arracha la promesse de se déclarer... Du Plessis manda à ses amis à Paris d'avoir soin de le confirmer d;uis ses bonnes intentions.... et il engagea !e roi de N<'varre à le nommer son chancelier.... t:nfin du Ferrier vint le trouver el fil profession publi.qtie de h religion réformée, du Plessis aurait encore voulu une aujurauou plus solennelle qui aurait retenti parioui, in^iell iva put l'obtenir,
gj9 mSTOIRE DU COiNClLE DE TRENTE. 520
à se Drévaîoir de l'ordre que le roi avait fois que, dans les pièces d'Aristophane et
donné condilionnellement à ses ministres de d'Eupolls, Socrale etaii introduit sur la scène
nrotcster cunlre le concile; et pour cela il pour être tourne en dérision ^Lucien, Dialo-
Drofila du moment où le cardinal de Lorraine gués des ressuscites, vers le milieu) , et qu on
était oarli pour Rome et que le sieur de Lan- débitait sur son compte des farces grossières :
sic chof de l'ambassade et bon catholique, c'est par le même artiflce que Lucien aussi se
élaiï retourné en France ; il ne restait pour concilia la faveur populaire, en tournant en
collègue à du Ferrier que Gui Lefèvre, hu- ridicule dans ses Dialogues les trois choses
euenot déclaré dès celte époque, d'après le les plus vénérables au monde : la sagesse des
lémoiîînase de l'ambassadeur vénitien déjà philosophes, la puissance des. princes, la
cité. H prononça donc une harangue publi- sainteté des dieux. L écrivain satirique e.*»
que dans le concile, et il la fit ensuite impri- donc plus réellement adulateur que tou
mer. Celte harangue n'est pas seulement une autre , parce que ses adulations s adressent
satire contre les Pères et contre les papes, à un plus grand nombre. Et comme chacun
mais elle tend (ainsi que les légats le faisaient est assez porté a croire véritable ce qu il de-
observer dans leur correspondance avec sire qui le soit, ainsi le flatteur, aussi bien
Rome) à donner aux rois très-chrétiens dans que le satirique , trouve crédit même en de-
l'Eîîlise ffallicane à peu près la même auto- bitant ce qui est incroyable,
rite que les rois schismatiques d'Angleterre 2. Cet avantage, qui est inhérent a la na-
s'étaient arrogée dans l'Eglise anglicane. Et lure même delà médisance, fut rehausse ir.i
depuis il cessa de paraître dans les réunions du moins aux yeux des hérétiques par a
synodales, voyant qu'il était odieux à tout le qualité de l'auteur , vu que 1 ouvrage porte
monde; mais peu de temps après il se retira en tête cette déclaration {dans l Epitre dedt-
àVenise, etdelà il écrivit au roi, dans des catoire de Varchevêque de Spalatro au rot
lettres qui ont été imprimées, tout ce qu'il d* Angleterre) qu'il était né et avait ete eleve
.. •„„-: A^ ^^..J^^^r.A^ ovon inc mi- smix Vohéissance du Dontife romain. Et c€
aducteui hommi
vover,soitlui,soittoutautre ambassadeur au attaché aux saints ordres de Ihrjlise lomame,
concile, ainsi que le lui conseillait le cardi- Le vulgaire ne fait pas attention que de toui
nal de Lorraine. Il voulait aussi le dissuader les témoignages le moins digne de créance
d'en accepter les décrets, comme préjudicia- est celui du traître. D ailleurs Soave a su
blés à son pouvoir temporel. On voit main- encore se donner bien d autres avantages
tenant à quel coin a été frappée la monnaie auprès des lecteurs par son habileté,
que Soave nous débite comme l'or le plus Premièrementila mis toute son applicatioi
^ « à montrer qu'il avait la parfaite intelligenct
^ * des affaires d'Etat, qu'il était versé dans l'é