CHAPITRE XIL
,!•: DE iUENTE.
premier aspect avaient quelque chose de spécieux, et qui étaient professées par des gens qui en même temps professaient Ja religion du Christ et la croyance à rEcriiure sainte; en sorte qu'il fût nécessaire d'assembler les fidèles pour les examiner.
2. Entamons une autre question, qui est bien autrement importante. Il raconte qu après que Dieu eut daigné accorder la paix à l'Eglise au temps heureux de Constantin, s'éleva l'hérésie d'Arius, laquelle donna occasion à ce prince d'assembler de tous ses Etals un concile à Nicée , et que ce concile fut d'abord surnommé grand ei saint ; mais non œcuménique, ni général; qu'il obtint ces deux derniers titres dans le siècle suivant ; parce qu^ de même que l'empire soumis aux Césars de Rome, quoiqu'il ne contînt pas la dixième partie du monde, était appelé par adulation le monde entier, de même aussi ce concile, composé des évêques de tout l'empire romain, fut appelé : Concile général du monde
Si les assertions de Soave sont vraies en ce qui touche le concile de Nicée.
1. Il dit ensuite que, durant les persécutions contre l'Eglise, qui mettaient obstacle aux relations commerciales, les controverses ne sortaient pas d'une ville, ou tout au plus d'une province , et par conséquent pour les terminer, on n'eut pas besoin de conciles généraux jusqu'au temps de Constantin. Je pourrais montrer ici qu'avant Constantin il y eut dans l'Eglise au moins dix hérésies qui ne se renfermèrent point dans une seule province, mais s'étendirent de toute part, à commencer par celle de Simon le Magicien, appelé fils aîné du démon par saint Ignace martyr, et à continuer par celles des nazaréens, d'Ebion, de Carpocras, de Cerdon, de Valentin, de Montan, de Pr^^xéas, de Novat, de Manès. Mais je ne puis me persuader que tout cela ne se représentât point à la mémoire d'un homme tel que Soave, à qui les histoires ecclésiastiques n'étaient point étrangères. Ainsi je ne veux pas imiter précisément ce que je blâme en lui , c'est-àdire son peu de sincérité à subtiliser sur toutes les paroles, ou écrites dans le concile, ou prononcées par les personnes doctes qui y assistaient. Il est une règle commune aux dialecticiens et aux légistes , et favorable à la réputation des hommes , c'est que toute parole susceptible de plusieurs significations, s'il y a doute, s'interprète dans le sens qui est celui de la vérité. Par coîisé(}uent, je veux bien ici entendre que Soave parle de toute sorte d'hérésies , mais de celles qui au
(1) Tuuc placuit apostolis et senioribus, ciun oiiuii Ecclesia, eliçiere v'uo& ex eis el mi itère Anliocliiam cum Muido el Barnaba.
entier. Ce fut de la même manière, dans Ls siècles suivants, jusqu'à la division de l'empire, que le titre de concile œcuménique fut donné à ceux que les successeurs deConst.aitin réunirent de toutes les parties de l'empire romain.
3. Cet exposé présente deux intentions bien dangereuses : l'une de donner tacitement à entendre que le pouvoir de convoquer les conciles réside dans les empereurs, et non dans les papes. Voilà pourquoi il suppose que ce premier concile etensuile les suivants furent assemblés par l'autorilé de Constantin et de ses successeurs.
k. L'autre intention est de faire croire que le titre d' œcuménique n'est qu'une épi- Ihète accidentelle, attachée à certains conciles, non par leur nature intrinsèque qui les distingue des synodes particuliers, mais à causede l'universalité extrinsèque de cet empire profane dans l'étendue duquel se trouvaient les évêques appelés au concile, fit voilà pourquoi Soave s'attache à démonirer que la dénomination cVœcuménique surajoutée au concile de Nicée, ne fut ni employée dès l'origine, ni prise au sens propre, riiais donnée plus tard et abusive.
5. Or si les conclusions sont friusses, les principes que débite Soave pour en déduire ces conclusions, ne sont pas moins faux. Il imite en cela l'artifice qu'Arislote loue dans les poètes : je veux dire, de glisser au commencement des drames certains fails, dont les spectateurs nesoupçonncnt pas encor(3 l'importance, et qu'ils n'examinent, ni n'observent, pour savoir s'ils méritent d'être crus. Puis dans le cours de la pièce naissent de ces faits tous les accidenls merveilleux qu'il plaît au poëte d'imaginer. Il n'entre pas dans mon plan d'établir ici une discussion dogmatique sur l'essence et l'origine des conciles : je me contenterai de réfuter, par une preuve très-courte, ce qu'il affirme sans preuve aucune.
G. Il n'est pas vrai de dire que le concile de Nicée ne fut assemblé que par l'autorité seule de Constantin. Nous laisserons de côté
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INTUODUCTION.
les autres preuves ou trop longues ou moins claires, pour nous en tenir à celle-ci : dans ie sixième concile général, célébré non à Rome, mais à Constanlinople, il est dit clairement que le concile de Nicée fut assemblé conjointement par Sylvestre et par Gonslanlin. Mais comme cette matière doit se trouver ailleurs ie nouveau sous nos mains , nous monlrerons alors comment et ce concile et ceux qui furent assemblés depuis tirèrent leur autorité le la convocation des papes et non de celle le l'empereur. Ceux-ci s'occupaient des conciles, non qu'ils eussent juridiction dans les îauses spirituelles; mais parce que, la maeure partie de la chrétienté leur appartelant , le concile se célébrait toujours sur eurs terres. Or il y avait défense {Voyez Sellarmin , liv. 1, de conciiiis, c. 13 ) de se éunir en collèges et assemblées sans leur onsentement; et cela par crainte des sédiions. C'étaient eux d'ailleurs qui pouroyaient à toutes les dépenses (1).
i 7. Ensuite il n'est pas vrai que ce concile lès son origine ne fut pas appelé œcuménique, )eux témoins irrécusables et contemporains jious en donnent la preuve (//î?.11I,c.6): Euèbe dans la Vie de Constantin, où cet auteur onne au concile le titre di œcuménique, ainsi u'on le voitdans le texte grec; et (2) saint Atha-
(J) Userait à propos de consulierjci le tome 11 d'un ouvel ouvrage imprimé en français, à Suasbourg, ur les deux puissances. Nous nous contenlerons de 1er ce que le célèbre et savant évéque du Puy écrit ce sujet dans le livre intitulé : Défense des actes du 'ergêcie France, 1709 (p. 1, p. 69) :
« Quelle que soit la part qu'on ait voulu donner à lulorilé séculière d.nis la convocation des conciles, il m renoncer à tous les principes di; la catholicité, ou iiivenir qu'il appartient à l'auloriié ecclésiastique de i(:icier*si celle coiivocaiion est nécessaire et utile à
religion ; qu'à elle il appartiejil d'oi donner en vertu ) l'obéissance canoni(jue aux prélats qui doivent imer le concile, de s'y rendre en temps et lieu influés, s'ils n'ont pas des raisons légilimcs qui les I empêchent. D'autre part, il est incontestable que luiorilé ecclésiastique doit nécessairement se conl'ter avec l'autorité séculière; qu'elle ne peut se sser du consentement de celle-ci pour la convecajm et la célébration du concile ; qu'inutilement la emière ferait connaître à cet égard ses ini entions ,
celle-ci ne lui fournissait un territoire converiable iir la tenue du concile; si elle ne pcrmeltait aux éliUs, placés sous sa dépendaiice, de s'y rendre et |f demeurer tout le temps nécessaire ; si elle ne pro- ?eait la liberté du concile, alors qu'on peut craindre 'elle ne soit troublée par des violences et des hosties. On sait encore que les empereurs chrétiens, dont > Klats comprenaient une grande pariie de l'Eglise iliolique, concouraient à la célébration des conciles r les ordres qu'ils donnaient aux gouverneurs des évinces et aux magistrats des villes, pour faciliter voyage des évêques, et pour les déirajer, soit pen- 111 le trajet, soit pendant le séjour. Mais il n'est pas )iiis vrai que lout ce qu'il y a de spirituel dans la nvocation des conciles, c'est-à-dire l'appréciation s motifs qui exigent celte convocation, et l'obliga- •» canonique d'y obtempérer, imposée à qui de ''U, est une attribution de l'autorité ecclésiasiie. >
(2) Voyez sesOEuvresgrœco-lalines, imprimées à
'■'S, l'an 1627. Oans le premier discours contre les
;iens, page 288 et suivantes ; dans le second, page
"*«, et dans la lettre sur les décret» de Nicée contre
nasc,qui l'appelle très-souvent ainsi: ces deux a-uteurs ayanl écrit avant le concile de Constantinople, qui fut le second concile universel, on ne peut pas soupçonner qu'ils aient puisé là cette dénomination. Ceci est confirmé par un fait remarquable rapporté par Nicéphore {Livre YUl, ch.2S, voyez Baronius, à l'an de Jésus-Christ 325 ).I1 raconte que deux évéques, nommés Chrysante et Musonius, moururent avant de pouvoir apposer leur si gnature aux décrets de ce concile. Les aulies évêques allèrent au lieu de leur sépulture et les prièrent, si Dieu l'agréait, de joindre leur approbation au jugement de tous, contenu dans un écrit qu'ils laissèrent sur la tombe : étant retournés le lendemain, ils trouvèrent l'écrit signé avec cette souscription ; Chrysanle et Musonius, qui n'avons qu'un même sentiment avec le premier concile saint et œcu^ ménique. Maintenant, ou ce récit est admis commevéridique,et la proposition de Soave demeure détruite; ou, on le rejette comme faux, et supposé que ce soit avec raison, il n'en est pas moins cerîain queNicéphore, versé comme il l'était dans l'antiquité ecclésiastique, dans les traditions historiques de la Grèce, oii il naquit et vécut, put bien par hasard admettre comme vrai un fait particulier, quoique faux; mais il devait savoir mieux que Soave quel avait é(é à l'origine le titre donné au concile de Nicée. Ainsi supposé que ie titre d' œcuménique a' ç^ûi été introduit que plus tard, il ne l'aurait pas aussi maladroitement placé dans la souscription de ces deux évêques. De même que si on citait aujourd'hui une pièce dans laquelle on aurait nommé, il y a cent ans, un cardinal, on ne serait pas assez sot pour l'admettre et la donner comme authentique, supposé qu'elle contînt le titre à'éminence. Mais peu importe à notre objet que cette dénomination expresse fût appliquée dans les premiers temps au concile de Nicée; puisque nous avons la certitude qu'on reconnut dans ce concile cette plénitude d'universalité et d'autorité que le mot signifie et emporte avec soi.
8. En troisième lieu, ce qui démontre avec combien peu de fondement Soave fait dériver le nom c^'œcuménique de rétendue de l'empire ; c'est que des pays d'Occident soumis à l'empire il ne vint que trois évéques et quelques prêtres (1), comme on lit dans le cinquième concile général. Et cela est si vrai que le cardinal du Perron , pour établir comment toutefois ce concile fut réellement œcuménique, conjecture qu'il y vint quelque déprié au nom commun des évêques d'Occident. Mais dans toute l'antiquité on n'aperçoit pas le moindre vestige de cette députation. Ainsi la défense la plus vraie et la plus solide est que le concile de Nicée fut convoqué par une autorité léfjitime et ouvert à tous ; et qu'il fut ensuite coules ariens, page 231 et 257 ; dans le Livre sur les i.ynodes de Hintini et de Séleucie, page 885 et 881) ; et dans la Lettre aux Africains, page 932 et suiv.
(1) Si l'on veut savoir ([uel concours d'évêques cs| requis j)Our l'essence du concile général, on trouvera cette question bien traitée dans Suarès, de (ide, disp, 11, sect. 2.
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niSTOÎftE DM CONCILE DE TRENTE.
firme et reçu comme œcuménique. En conséquence V absence de plusieurs ne hn ôta point le titre et les prérogatives d'universel ; et il en est de même de toutes les autres diètes et assemblées. En preuve de ceci^ nous voyons que le concile d'Ephèse fut réputé légitime et complet , quoiqu'on eiit procédé à la condamnation de Nestorius avant que les évêques d'Occident fussent arrivés à Ephèse.
9. D'ailleurs il n'est pas vrai non plus quHl ne vint pas au concile de Nicée des évêques d'autre part que des provinces de l'empire romain. Il y eut encore Jean , évêque de Perse , dont le nom se trouve au bas des actes du concile^ et dont il est fait mention par Eusèbe, qui était présent ; de plus^ Gélase deCyzique, qui en écrivit les actes commencés ainsi : Les choses f/iites dans le saint, grand et universel synode, assemblé de toutes les provinces , pour ainsi dire , de l'empire romain et de la Perse. Or dans la procédure il compte avec les autres, comme.évêque de la Perse , V évêque Jean, dont nous venons de parler. Il est constaté maintenant que la Perse ne faisait aucunement partie de l'empire au temps de Constantin. Et si l'on en veut un plus sûr témoignage, on n'a qu'à lire dans Eusèbe les relations qui s'établirent entre Constantin et Sapor, roi de Perse.
1 0. Ce ne fut pas le seul évêque de ce royaume qui se trouvât au concile : il s'y trouva aussi cinq évêques de la grande Arménie, qui depuis le temps de l'empereur Philippe fut séparée de l'empire de Rome et soumise aux Perses. Et c'est pour cela que les habitants de ce pays furent appelés Persarmeni, comme on le voit dans Evagre ; jusqu'à ce qu'au temps de Justin, c'est-à-dire longtemps après le concile de Nicée, fatigués du joug des Perses^ ils eurent recours à la protection des Romains et se placèrent de nouveau sous leur domination. Or ces cinq évêques de la grande Arménie sont inscrits dans le catalogue du concile de Nicée.
Par conséquent on ne peut pas dire que les évêques appelés à Nicée marchèrent au seul commandement de Constantin ; ils durent obéir à un autre supérieur dont le domaine spirituel s'étendît au delà des limites de l'empire des Césars. Il n'était pas possible que spontanément ils se déterminassent à quitter de si vastes diocèses, mal affermis dans la foi , et à subir les incommodités et les dépenses de si longs et si pénibUs voyages. On ne peut pas dire non plus que la dénomination d'oecuméniques, appliquée aux conciles, signifiât seulement qu'ils avaient été réunis de toutes les parties de l empire romain.
Certes, qu'à des preuves aussi authentiques et aussi fortes les hérétiques opposent divers systèmes de défense, c'est ce dont je ne suis nullement étonné : parce qu'en effet les intelligences qui se sont une fois opiniâtrement retranchées clans une opinion, n'examinent pas les fortifications de l'opinion contraire avec l'œil de l'ingénieur pour les mesurer, mais avec l'œil de l'artilleur pour les battre en brèche. Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que cet homme affirme avec tant d'assurance des choses si positivement contredites par l'histoire ;
et cela sans faire aucune mention des témoignages contraires , mais comme si c'étaient des faits aussi certains que la dictature dt Jules César. \