CHAPITRE llî
On examine Vemploi que fit Léon de Vargcnt qu'il perçut au moyen des indulgences.
1. Soave ne dit pas un seul mot qui indi- . que que les indulpjences furent motivées par
le besoin qu'on avait d'argent pour la construction delà basilique de Saint-Pierre. C'est pourtant un fait dont Luther parle expressément dans sa lettre (1) à l'électeur de Mayence et dans ses conclusions, qui furent, pour ainsi dire les premiers sons de trompelte qu'il fit entendre contre la religion catliolique. Par conséquentl'auteur, quiécrivaittousces faits, qu'il connaissait bien, n'a pu que céder à la mauvaise foi quand il a gardé le silence sur celui-ci.
2. S'il en avait du moins fait mention, je icxcuserais des reproches qu'il fait à Léon d'avoir donné à sa sœur Madeleine les contributions de quelques parties de l'Allemagne, c'est-à-dire, de la Saxe et des contrées voisines. Soave n'a pas hasardé cette assertion ; car il l'a puisée dans un auteur grave {Guichardin). Si le fait était vrai, il serait digne de blâme, à cause de ce qu'il présente 4i'inconvenantau premier abord : toutefois il ne serait pas au fond une aussi grande énormité que le suppose Soave, qui, dans le récit qu'il fait des actions des papes, s'alla- < !)e toujours aux historiens les plus mal inteniionnés. L'âme de Léon était trop noble pour qu'où puisse le soupçonner d'avoii* voulu priver le temple du Vatican de l'argent qu'il avait recueilli au moyen des in- (iulgences (2). Nous savons qu'il ne s'éloigna jamais des règles les plus austères de la justice dans la collation des bénérices : qu'il avait recommandé au cardinal Pucci, <!e ne pas lui faire accorder de faveur dont il dût rougir et se reptmlir dans la suite. Ou;, plus d'une fois il déchira des suppliques dans lesquelles ses camériers lui exposaient la demande de faveurs de ce genre, et qu'il {irenait dans sa propre bourse pour donner aux solliciteurs ce qu'ils esoéraient retirer
M] Daiis le l. I des CBRuvres de Lullier iniprimées à liîiia, CM Saxe, Tan ITiSO et I5S7. C'est à celle ciliii(»M qu'o?» r.n verra toujours à l'avoiir, quanJ < ., ciiera les loines de touiosscs W/ivn'S eu général.
(2) Paul Jove, dans la Yie de Léon, l.v. IV.
de ces indignes concessions. Nous savons aussi, par les historiens qui ont écrit sa Vie et par les monuments qui subsistent, combien il fut porlé à la magnificence, surtout quand il était question de construction d'é difices. Et quel plus magnifique édifice que celui du premier temple qui soit dans l'univers? Parmi les brefs de Bembo, qui ont été publiés, il y en a deux qu'il écrivit au nom de Léon à Raphaël d'Urbin et qui font connaître toute la sollicitude du pape pour cet édifice. Dans le premier de ces brefs il charge Raphaël d'exécuter et de perfection ner le dessein de Bramante, comme celui-ci l'avait conseillé à sa mort : et, après l'avoir encouragé par les éloges les plus flalteurf et lui avoir promis la plus riche récompense il s'exprime ainsi : Le plus ardent en quelque sorte de tous mes désirs, c'est que ce templ soit élevé avec la plus grande célérité et la plu grande magnificence. Et ensuite : Enfin y vous exhorte à vous acquitter de ce travail d manière qu'en le faisant votis ayez toujour en vue et votre nom et votre gloire, dont i faut solidement asseoir les fondements danf votre jeunesse. Souvenez^vous également d notre confiance en vous, de V affection qu'eu pour vous notre père, delà dignité et de l célébrité du temple lui-même, qui a toujour été sans contredit le plus saint et le plus ma gnifique de tout l'univers. Enfin rappelez vous la dévotion que nous avons au prine des apôtres. On lit que pour les seules tapis séries qui représenlaient des sujets de l'hi sloire sainte et qu'il destinait à l'ornemei! de la chapelle, il dépensa en une seule foi 50,000 mille écus d'or, somme qui dépassa celle de deux cent mille écus d'or de notr monnaie. Mais, comme il arrive souvent qu les princes, par économie, tel qu'était Léoi détournent pour l'employer à des chose moins importantes l'argent destiné à la gueri ou à d'autres enireprises plus nécessaire; avec l'espoir d'aviser à ces dernières dépense à l'aide d'autres deniers ; ainsi, si on suppOJ la vérité de cette prétendue donation, Léc ne se serait proposé en la faisant que de d' dommager sa sœur de ce que la famille Cib à laquelle elle s'était alliée, avait dépen: pour lui dans le temps oiî il était dans ui position de fortune moins brillante et pli gênée.
3. J'ai dît, si on suppose la vérité de prétendue donation, parce que je me suis a sure que c'était une fausseté, en parcoura avec un soin minutieux toutes lesconcessio et dispositions pontificales de ce temps, r cueillies par Félix Contelori. Ce prélat cl< Irès-vcrsc dans ces sortes de matières, ca préposé pendant plusieurs années à lagar des archives papales, il les avait étudié avec la plus scrupuleuse attention, et il 1 possédait de manière à n'avoir pas de riv; Or, dans un opuscule qu'il composa expr sur ce sujet, et où j'ai puisé la connaissan de beaucoup de faits particuliers jusque inconnus, il affirme positivement qu'on trouve celte prétendue donation sur auci des regisiros où elle aurait dû être consigiui
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autant par cohformilé à Tusage que pour la l'archevêque do Mayence, pour diverses parresponsabilité des ministres de la chambre lies de l'Allemagne ( Voyez le livre lY des apostolique. L'autorité de GuicharJin ne Brefs écrits par Sadolet, à la feuille soixaU'^ nous fera point changer de sentiment, car il tiême). Et les chevaliers teuloQs s'étaient tombe dans les erreurs les plus graves et servis peu auparavant des frèrcî? prêcheurs les plus évidentes, lorsqu'il rend compte de pour publier quelques indulgences semblable s CCS affaires, comme nous le démontrerons que le pape leur avait accordées, cornu c plus au long dans plusieurs passages du se- moyen de pourvoir aux dépenses qu'il fallat cond et du troisième livre. Du reste , il suffit faire pour résister aux Turcs. (le jeter un regard sur celte incomparable 7. Secondement, Soave se trompe sur pln^ basilique, pour justifier Léon et tous les pon- sieursautres points. Il dit queLéon promulgua I lifes de tout soupçon d'avoir détourné à leur les indulgences dans tous les pays calholii profit, comme le dit Soave, les aumônes que ques (c'est ce qui est prouvé dans ce IV» voles fidèles avaient données pour cet édifice, lume des Brefs secrets de Sadolet), tandis que Cette basilique a englouti de si grands Iré- dans la réalité les concessions ne furent faisors que ces aumônes spontanées ne furent tes qu'à quelques Etats particuliers, et que la qu'un atome pour ce colosse. teneur en était différente ; qu'il les promulgua k. Que les produits des indulgences aient en 1517, année où commença l'hérésie de été vendus à des collecteurs particuliers, c'^est Luther , assertion démentie par l'évidence, encore une chose qui répugne tellement par puisque les lettres apostoliques relatives à les seules apparences, que je déclare fran- cet objet furent expédiées en 1514 et au comchement qu'il aurait mieux valu s'exposer à mencementde 1515, et publiées en 1516; que tous les préjudices possibles que de donner dans la contrée de la Saxe ) dont les prolits aux chrétiens ce scandale actif ou passif, étaient, comme il le prétend, destinés à Macomme on voudra. Mais si l'on considère la deleine, fut envoyé en qualité de commischose en elle-même, pour peu qu'on soit saire l'évêque Arcimboldi (1) qui, élevé à la versé dans les affaires de ce monde, on verra dignité épiscopale , n'avait pas oublié son qu'il était à peine possible de recourir à un premier état de marchand génois : cependant autre mode. Quel prince n'est pas forcé de se Arcimboldi n'était pas encore évêque, et il ne i servir de ce même moyen pour la levée de fut rii génois ni marchand, mais milanai:i el ses impôts? Car si, perçus ainsi, ils lui rap- noble; bien plus, sa commission ne regardait portent moins, combien ne rapporteraicnl-ils pas ces contrées, mais d'autres lieux, spécia- I pas moins encore s'il les levait par des ad- îement les contrées du Uhin , de la basse Aiministrateurs agissant en son nom? Et ce- lemagne et du comté de Bourgogne; son I pendant la perception des impôts ordinaires bref en fait foi. Qu'on juge par cet échantilenlraîne avec elle les inconvénients et les Ion combien Soave a clé bien informé ou désordres inséparables des contributions for- véridique.
cées, tandis qu'il n'y avait rien de semblable 8. Revenons à la commission des frères
à craindre d'un impôt volontaire, tel qu'était prêcheurs : ce clioix ne fut fait ni par le pape,
celui des indulgences. Ainsi Léon tomba, il ni par les ministres de la cour de Rome. Le
est vrai, dans plusieurs erreurs, mais pas pape avait chargé de cette affaire Alhert ,
i dans des erreurs aussi graves que le suppo- archevêque et électeur de Mayence, delà
I seul ceux qui s'imaginent faire preuve de maison de Brandebourg , c'est-à-dire le plus
, zèle en cherchant à discréditer dans l'esprit grand homme que possédât alors rAllema-
; des peuples celui au respect duquel est atla- gne, de l'aveu même*des hérétiques (2). Eh
I ché le repos public, c'est-à-dire le prince, bien 1 c'est à an si grand prince que Luther
Miis supposons qu'en cela Léon ait élé s'en prend, au point d'oser afsiirer qu'on lui
plus que sacrilège, je m'étonne que Soave promit la moitié des profits, pour l'exciter à
trouve là l'origine de l'hérésie. Luther lui- faire monter la recette plus haut. Toutefois ,
même et son apologiste Sleidan lui donnent d'après le témoignage de Luther lui-même »
un démenti; car ni l'un ni l'autre n'attribuent ce n'est pas un trafic si scandaleux qui le
à une telle cause les nouveautés introduites pousse à la révolte, car il raconte qu'il ne le
dans la religion. C'est aussi une pure ca- connaissait pas quand il se souleva contre
lomnie de dire que la promulgation des in- les indulgences. Du reste, c'est sur l'âprelé
dulgences ne fut point confiée aux hermites des manières de l'archevêque de Mayence
de saint Augustin, comme c'était l'ancien qu'il rejette la cause de ces troubles. M<îis
I usage, mais aux dominicains, afin que la re- Soave, pour charger le pape, ne dit rien de
j celle fût plus abondante. C'est vouloir désho- tout cela. Or l'électeur délégué soumit la pro-
I norer un ordre qui, autant par l'intégrité que mulgation des indulgences à Jean Tetzel,do-
; par la doctrine, a toujours fait honneur à minicain, qui s'était peu auparavant acquitté
l'Eglise. heureusement d'une commission semblable ,
(). D'abord il est faux qu'il fût d'usage de
confier cette commission aux augustins, puis- P^"'' ^^^ édifice sont contenues dans le livre IJI des
que nous avons vu Jules la confier aux mi- •j'^^J ^^. '^^"" ^^-^ ''<^"'"c ^' ^^ ^^«"s les livres I et lî
neurs; et, pareillement encore, Léon X, le ^'^^ brels secrets écriis par Sadolct.
dernier innr d(* imr^î 1H1H ph ^«hirrypi 1.. U ^'^'^ commission d Arcimboldi esl du 2 décembre
.X^ a*' i»ais lbl5, en chargea le g( - |5|, ^^ ^,„ ,,^ ^,^jj j^,^^ , deuxième lixre des hrcis
ncuil des mineurs (1) , conjomlenuMU avec secrois de Léon écrits par Sadolci, à la page G5.
■ . ,, . .. , . C^) ^^••«'•■St'^s Sabin, liérélique, d.«ris Serarius, eu
tlj tes concessions* d indulgences faites par Lenn parl;<ni d'Albert.
i 6j rn^Toi ;t: du concile de triante.
pour ics clievaliers teutons, cl qui , par ses connaissances autant que par son litre d'inquisiteur , offrait des garanties suffisantes de talent et de probité {Luther, dans le tome I , en plusieurs endroits)^