CHAPITRE V
Ce que fit Luther après la lettre et les propos i^ lions envoyées à rélecteur de Maycnce.
1. Luther présenta ces propositions, la veille de la Toussaint, dans une magnifique église que Frédéric, électeur de Saxe lui-même avait fait bâtir au milieu de la citadelle de Wittenberg, sous l'invocation de tous les saints, en guise de puissant boulevard. Et, afin que l'incendie éclatât en même temps en plusieurs lieux à la fois, et devînt plus difficile à éteindre, il les fit imprimer et répan- <ire dans toute l'Allemagne. Mais, sachant bien que les disputes scoiastiques, à cause de leur obscurité, ne sont point goûtées de la multitude, qui est pourtant l'instrument le plus nécessaire et le plus puissant des révo-
lutions, il ne manqua pas de recourir à un moyen qui devait agir davantage sur le peuple, c'est-à-dire à la prédication. Il fit donc de ces arguments le sujet d'un sermon qu'il prononça s^olennellement dans la même église, et qu'il sut faire entendre dans toute I Allemagne par l'organe de la presse.
2. Luther exposait ses sentiments, comme tous les novateurs, avec une feinte modestie qui prend sa source dans une crainte véritable, n disait donc qu'il ne prononçait rien affirmativement, et Iqu'il se soumettrait en tout au jugement de l'Eglise. On peut le croire^ lorsqu'il dit dans la préface de son premier volume, qu'il n'avait pas, dans le principe,, les hautes prétentions que lui inspirèrent, dans la suite, ses succès, et que cette révolution se fit par pur hasard. On voit par là qu'il ne fut point un envoyé du ciel, comme les prophètes et le Rédempteur, qui enseignèrent la loi véritable : car ceuxci, soutenus par l'esprit de celui qui les envoyait, prédirent au peuple élu, en forme de promesses qui dans l'état présent des chose* paraissaient téméraires à la raison humaine, les immenses progrès que devait faire leur doctrine, et la suite vérifia ces promesses. Ils ue parlèrent jamais avec timidité : et Jésus - Christ ûe craignit pas d'avancer hardiment que le ciel et la terre passeraient, et non ses» paroles.
3. Ce ne fui pas tout. Nous avons vu Luther, dans ses conclusions, accuser les prédicateurs de s'attacher plus à exhorter les homr ' mes à profiter des indulgences pour se délivrer de la peine temporelle qu'à croître en charité par des œuvres méritoires. Mais il changea bientôt de langage : il nia le mérite et l'utilité de toutes les œuvres; il alla même jusqu'à affirmer que toutes renfermaient une faute mortelle.
4. Tantôt il parlait du souverain pontife avec soumission, afin de l'endormir et de se concilier la faveur par une feinte modestie;