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CHAPITRE VI

La doctrine de Luther est combattue d'abord par de simples particuliers, ensuite par l'empereur et par le souverain pontife.

1. Aux propositions de Luther, Telzel en opposa d'autres qu'il publia à Francfort, oit. il exerçait la charge d'inquisiteur. Dans cet. écrit Tetzel se montre bon théologien : car, avec précision et sous forme de thèses, il met à jour les équivoques de Luther et venge le pape ainsi que les prêcheurs de l'opinion défavorable que Luther avait cherché à donner d'eux par la rédaction astucieuse de ses thèses. Mais , comme celles de Tetzel étaient l'œuvre d'un rival, elles agirent comme par anlipéristase et ne servirent qu'à rendre Luther plus opiniâtrement attaché à son opinion {dans la Vie de Luther). Mélanchton ajoute que Tetzel fit aussi brûler les propositions de Luther comme hérétiques. Mais

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LIVftE PREMIER.

Lullicr n'en ïiùi aucunemcnl iiicntion dans des rivaux que rorgiioil humain n'avoue jases îetlros, soil que le fait ne soit pas exact, mais pour vainqueurs; d'un autre côté, il soit qu'il ne ^'oulûl pas en parîer, pour n'a- lui fît comprendre qu'il n'avait pas d'autre voir pas à parler non plus de la vengeance moyen d'éch.îpper à la honte que dt; s'attaqu'on en tira, car huit cents exemplaires de quer à l'autorité du pape, et qu'une fois qu'il l'écrit de Tctzel subirent le même traitement l'aurait renversée, il ne lui resterait plus de à Wittenberg, où on les livra aux flammes, grands obstacles à vaincre. Quoique cette exécution eût lieu sur la place k. Ces nouveautés dans les controverses publique et en présence de toute l'université religieuses, soulevées par Lutlier, inquié- ( tome I , lettre XLIl ct^ XLVll ) , cependant taieiU en Allemagne encore plus qu'à Rome. Luther dit que ce fut à l'insu du duc, des Les hommes sages , qui ne mesurent pas magistrats et de lui-même; lant il est rare leurs propres avantages sur les maux de cequ'on arrive, du premier pas, à ce dernier lui auquel ils portent envie, prévoyaient bien degré d'audace où, non contint de fouler aux que si elles pouvaient affaiblir l'autorilc de pieds son supérieur, on ne craint pas de s'en Rome, elles causeraient de bien plus grands gloriGer. maux en Allemagne, puisqu'elles auraient 2. Jean Eckius , vice-chancelier d'ïngol- pour résultat la perte d'âmes sans nombre stadt, et prédicateur à Augsbourg , homme par l'hérésie, et l'extermination des citoyens

aussi distingué par sa doctrine que par son éloquence, comme l'attestent les ouvrages qu'il nous a laissés , publia aussitôt contre Martin quelques notes très-concises. Luther, pour affaiblir la puissance de ses attaques, feignit en public du mépris pour lui. Peutêtre Eckius aurait-il pu mettre moins d'aigreur dans ce débat, et se siirvir, non pas tant d'une épée pour percer son ennemi que

dans les guerres civiles. Aussi, comu.e on tenait alors une diète solennelle à Augsbourg, l'empereur Maximilien y déféra auxélectetia's et aux autres or:îres de la noblesse rassemblée devant lui les doctrines nouvelles répandues par Luther, lant contre les indulgences que contre la vertu de l'excommunication. Luther venait encore de s'élever contre cette dernière, dans un discours plein de

vert, nécessité que nous ne sommes plus à lais: il ajoutait que ce misérable était enmême d'apprécier. Ce qu'il y a de certain, courage par la protection de quelques grands, c'est que ces notes d'Eckius aigrirent Luther II le priait donc très-instamment d'user de au dernier point, et qu'il y répondit sur le son autorité pour remédie r au mal, l'assuton le plus injurieux. Mais, dans une de ses rant qu'il aurait soin de faire observer dans lettres, qui n'était pas destinée à la publi- ses Etats telh s décisions i',ne prendrait Sa cité {lettre XLIV , tome 1), il montre la Sainteté relativement à cetteaffaire, qui était haute idée qu'il avait du mérite d'Eckius et dons ses attributions.

5. Ces lettres de Maximilien sont imprimées dans les OKiivrcs de Luther {(orne 1], et Soave ne devait pas les passer sous silence, s'il voulait franchement mettre ses lecteurs au courant de la vérité : car elles justifient Léon du reprc che vulgaire d'avoir, par trop de précipitation, irrité Luther et envenimé la plaie. Mais dans les événements fâcheux, les hommes s'en prennent toujours aux moyens qui ont été employés, et ils attachent toujours de merveilleux succès aux moyens qui ont été omis. De là vient que, jamais contents du présent ni du passé, nous mettons tout notre bonheur dans l'avenir, et nous nous figurons

sa douleur d'avoir pour adversaire un si grand homme, avec lequel il avait été lié d'amitié ; et c'est là ce qui donne plus d'autorité aux attaques d'Eckius, puisqu'il avait été ainsi forcé, pour obéir à sa conscience , de faire taire ses affections. Si Luther avait eu bien des adversaires comme Eckius, ses nouveautés, que celui-ci réprima en partie, auraient été entièrement étouffées.

3. Aussitôt qu'on apprit à Rome les troubles qui agitaient l'Allemagne, on publia un petit écrit qui n'eut pas le même succès que celui d'Eckius. Dans cet ouvrage, Sylvestre de Prierio, maître du sacré palais, et inqui-

siteur général, théologien fameux, et surtout toujours que ce qui n'est pas eût éiéle mieux

bon moraliste, comme on le voit par ses ou- pour nous.

vrages, réfuta toutes ces erreurs dans un pe- 6. Peut-être Léon fit-il une faute, mais

tit discours dédié au souverain pontife. Mais, une faute bien excusable, car elle est com-

autant ce discours faisait ressortir habile- mune aux grands : ce fut de se livrer avec

ment l'équivoque des raisons spécieuses de trop de confiance à l'idée qu'il pouvait en

Luther, autant il manquait de raisons pro- réalité ce qu'il pouvait en droit, idée que

près à démontrer la fausseté de ses proposi- vinrent entretenir les promesses si absolues

lions : car , il se contente souvent de les et si officieuses de reinpereur. Rassuré p;ir

condamner comme hérétiques, sans faire va- ces offres, il omit d'abord de s'adresser au

loir d'autre autorité que celle du souverain duc de Saxe, qui pouvait tout dans cette af-

pontife. Aussi, d'un côté, cet écrit aigrit Lu- faire; car l'autorité du pape étant purement

Uicr, qui se voyait profondément outragé par spiiituelie, n'a point de force sur celui (^^ui

nrSI OIRE 1 13 CONCILE DE TRKNTE.

la rejette, et Tautorité temporelle de Maxiinilien n'était pas telle quVlle pût par de simples ordres intimider un électeur aussi redoutable. Ainsi le duc de Saxe qui, avant d'entrer en lice pour un simple moine, se serait peut- être fait un honneur de servir spontanément ces deux grands princes en engageant Luiher à se soumettre, voyant qu'on se dispensait à son égard des prévenances auxquelles il avait droit, se laissa peu à peu enchaîner par cette force dont est douée la voix d'une personne éloquente et supérieure en science â celui qui l'écoute. Ajoutons à cela le plaisir qu'éprouve naturellementun prince en voyant un de ses sujets s'élever par la supériorité de son savoir et de sa raison au-dessus des étrangers, et cette autre disposition assez ordinaire, qui nous porte à croire que le plus faible est opprimé par le plus puissant,

7. On avait procédé à Kome avec trop de lenteur, selon l'habitude des grandes cours, lorsqu'il s'agit d'affaires qui ne paraissent pas encore bien importantes et surtout de celles qui se rapetissent aux yeux par l'effet du lointain. Ce ne fut donc qu*au commencement d'août, c'esl-à-dire neuf mois après les premières tentatives de frère Martin que, par commission du pape, l'auditeur de la chambre expédia contre lui un monitoire qui le sommait de comparaître en personne dans l'espace de soixante jours pour rendre compte des imputations qui ressortaientde sa doctrine. On délégua comme juge le même auditeur de la chambre, exécuteur ordinaire de tous les ordres du pontife ; mais on voulut lui adjoindre un théologien qui pût le diriger par ses lumières et on lui donna pour collègue le maître du sacré palaisdont nous avons déjà parlé, parce que cette affaire ressortait de ses attributions, comme inquisiteur général. Par là on laissait à Luther l'avantage de récuser, s'il le voulait, ce dernier, comme suspect, et il le pouvait très-bien, à cause de la première discussion qu'ils avaient soutenue.

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